Menteurs, voleurs, tricheurs by Sifoell
Summary:

Philomena est née Fletcher. Elle est née de deux sorciers, pourtant, elle est loin de porter son nom comme un étendard. Le nom de Fletcher est mal vu, très mal vu dans la communauté sorcière. Des membres de sa famille peuplent Azkaban, d'autres l'allée des Embrumes. Le nom de Fletcher est traîné dans la boue, car, tout sorcier qui se respecte sait qu'on ne peut pas leur faire confiance. Voici donc une plongée dans les bas-fonds de la communauté sorcière avec Philomena, qui se démène pour être une nouvelle Fletcher, et cultive la ruse et le système D pour survivre dans un milieu qui lui est hostile.

 



L'image est issue du Blog de Klaus et Heidi


Categories: Durant Poudlard, Univers Alternatifs Characters: Albus Dumbledore, Autre personnage, Severus Rogue
Genres: Aventure/Action
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les Fletcher, Les Résilients
Chapters: 46 Completed: Non Word count: 92128 Read: 10291 Published: 19/12/2011 Updated: 18/11/2021
Story Notes:

Je vais tenter de respecter au maximum le canon de JKR mais en intercalant cette histoire entre l'époque des Maraudeurs et celle de Harry Potter. L'histoire est centrée sur Philomena Fletcher, de son entrée à Poudlard jusqu'à... eh bien, on verra... Je vais bien entendu la faire évoluer avec des personnages ultra secondaires, mais aussi des perso bien plus connus, mais chut...

1. Tout commence sur un quai de gare. by Sifoell

2. La gare de Pré-au-Lard by Sifoell

3. La répartition by Sifoell

4. Moqueries et demande d'aide by Sifoell

5. Vengeance et sanction by Sifoell

6. La petite fille qui avait une autre baguette que la sienne. by Sifoell

7. Premier cours de potions by Sifoell

8. ASAP, Aide aux Sorciers Affligés et Purotins by Sifoell

9. Bourse et chiffons by Sifoell

10. Fabricant de baguettes depuis -382 by Sifoell

11. Fioles, rossée et bouquins by Sifoell

12. Sans se lasser, Philomena évite la catastrophe ! by Sifoell

13. Une question de regard by Sifoell

14. Longue nuit et oreille tendue by Sifoell

15. Mara et ma chère Philomena by Sifoell

16. Chica déménage by Sifoell

17. L'échappée interdite by Sifoell

18. Poena by Sifoell

19. La recette secrète des scones, la fille de la lune et la bestiole; by Sifoell

20. L'accident du pauseur de temps by Sifoell

21. Une bonne relation prof-élève et une harpe silencieuse by Sifoell

22. Une élève studieuse, dans l'air du temps by Sifoell

23. Une nouvelle amitié avec la fille la plus étrange qui soit. by Sifoell

24. Willow, chaussures ailées et un présent. by Sifoell

25. Lettres sans réponse et futures retenues by Sifoell

26. Un allié inattendu by Sifoell

27. De la vermine by Sifoell

28. Les affaires sont les affaires by Sifoell

29. Une si belle journée by Sifoell

30. A l'attention de Philomena Fletcher by Sifoell

31. L'ami de l'imbécile ne sait pas boutonner sa chemise by Sifoell

32. Bonnes vacances Philomena ! by Sifoell

33. La plus petite maison de Bothwellhaug by Sifoell

34. Couture et jarre brisée by Sifoell

35. Oh chouette by Sifoell

36. La femme qui murmurait à l'oreille des Bulbobulles by Sifoell

37. La liberté et l'inquiétude by Sifoell

38. La foire aux chevaux de Ballinasloe by Sifoell

39. Lumière d'argent by Sifoell

40. Quand Oscar papillonne, Willow rayonne by Sifoell

41. C'est plus qu'un secret, c'est un pacte by Sifoell

42. Des nouvelles du père by Sifoell

43. L'Etre de l'Eau by Sifoell

44. Furie by Sifoell

45. Bulle de temps et runes anciennes by Sifoell

46. La magie de l'illusion by Sifoell

Tout commence sur un quai de gare. by Sifoell
Author's Notes:
Un petit prologue faisant écho à celui de Harry Potter à l'école des sorciers. Philomena se trouve à King's Cross, pour sa première année à Poudlard...
Elle est seule dans l'immense hall de la gare de King's Cross. Elle se sent curieusement mal à l'aise, parmi tous ces gens qui marchent de tous côtés et la contournent machinalement, comme si elle était un meuble. Elle regarde le panneau d'affichage des trains et consulte l'heure. Il est 7h50, en ce premier jour du mois de septembre 1982. Elle vient d'avoir ses onze ans, et elle est seule à la gare. Comme d'habitude, elle sait qu'elle doit se débrouiller, mais pour son premier jour à l'école, elle aurait aimé que ses parents soient présents. Si seulement cela avait été possible...

Elle voit des familles se précipiter vers un quai, poussant des chariots remplis de malles et de cages, et se décide à les suivre. Avec leurs capes sombres, leurs chapeaux haut de forme, et leurs bottes de caoutchouc, ils ont l'air trop sorciers dans cette gare moldue. Elle les regarde disparaître dans un pilier et les suit.




Elle est toute seule sur le quai 9 3/4, entourée de familles qui disent au revoir à leurs enfants, de pères aimant portant des valises et des cages, de mères fières serrant contre leur poitrine leur progéniture.

Mais elle, elle est seule. Elle regarde ce qu'il se passe autour d'elle, comme à son habitude, petite souris habillée de gris et de noir, peau claire, yeux noirs cernés de gris, chevelure noire disciplinée en une longue natte qui serpente jusqu'à sa poitrine plate. Elle lève le menton pour regarder où elle va. Elle sera certainement la plus petite élève de première année, comme d'habitude. Elle est toujours la plus petite.

Elle se faufile entre les familles, traînant derrière elle sa malle. Sa pie est sur son épaule, comme à son habitude, et picore son oreille. Quand elle heurte un homme blond massif et qu'elle s'attire un regard noir, elle rentre la tête dans ses épaules et poursuit sa route.

Elle sent sur elle des regards de pitié, de mépris, de surprise. Sur ses vêtements, sur son visage, il est écrit qui elle est. Une pauvresse. Dans sa main, elle chiffonne son billet de train à destination de Poudlard. Dans sa poche, la lettre qu'elle a tellement lu cet été qu'elle la connait par coeur : la lettre l'informant qu'elle entre en première année à l'école de sorcellerie de Poudlard, et la liste des fournitures. Un pli amer se forme sur le coin de ses lèvres. Ses fournitures... Elle n'a pas pu aller les acheter cet été, ses parents, et sa famille au sens large, ne s'étant même pas donné la peine de l'accompagner sur le Chemin de Traverse. De toute façon, avec quel argent les auraient-ils payées ? Elle secoue la tête. Il y aura une solution. Il y a toujours une solution. Elle a déjà la baguette de sa mère, ainsi qu'un vieux chaudron et de vieux uniformes lui ayant appartenu.




Le vieux vapeur est là, et la locomotive relâche un filet blanc. Le train ne va pas tarder à partir. Alors, elle s'avance encore un peu plus vite, et de sa voix aiguëe demande pardon. Elle ne s'amuse même pas de ces regards adultes qui cherchent autour d'eux, près du sol, qui peut bien leur demander pardon. Elle a l'habitude de ne pas se faire remarquer. Petite, discrète et furtive. Soudain, des élèves qui portent déjà leurs robes de sorcier quittent les bras de leurs parents et montent les uns après les autres dans le train, et des têtes se montrent aux fenêtres pour saluer une dernière fois ceux qui restent sur le quai. Alors, elle accélère, de ses jambes courtes, et tire sur sa malle à moitié vide. Elle s'arrête près d'une porte et regarde autour d'elle, en proie à une panique soudaine, si quelqu'un peut l'aider à hisser sa malle dans le wagon.

Une haute silhouette portant une cape noire et un écusson bleu se penche vers elle, souriant.

"Tu es en retard ! Il faut te dépêcher... Première année ?"

Elle acquiesce et lève les yeux vers le bon visage. Le jeune homme brun sort sa baguette magique de sa poche et fait un petit moulinet en direction de la malle qui lévite tranquillement vers la porte du wagon.

"Allez, suis-la, elle va se ranger toute seule... Tu n'as que cette malle ? Où est la cage pour ton oiseau ?

- Je n'ai pas de cage... Et je n'ai que cette malle. - Elle se sent rougir et termine, chuchotant presque. - Je n'ai pas beaucoup de moyens.

- Ah. Tu pourras faire une demande de bourses auprès du directeur de ta maison, quand tu auras été répartie... "

Il sort un parchemin d'une de ses manches, ainsi qu'une plume qu'il glisse entre ses lèvres, tout en parcourant les noms.

"C'est quoi ton nom ?"

Elle baisse encore la tête, et c'est un tout petit filet de voix qui répond.

"Philomena Fletcher.

- Fletcher ? - La déception qui s'entend dans sa voix ne se lit pas sur son visage. -D'accord, c'est noté. Tu peux monter, Philomena. Bienvenue dans le Poudlard Express."

Philomena monte les quatre marches, Chica battant des ailes pour conserver son équilibre sur l'épaule de la fillette. Philomena flatte l'encolure de l'oiseau pour l'apaiser. Elle se retrouve dans l'étroit couloir du train, et les compartiments sont sur sa gauche. Elle ne voit plus sa malle, et s'arrête à chaque porte pour voir si elle s'y trouve. Les compartiments sont pleins. Quand elle passe la tête par la troisième porte, elle voit sept élèves déjà installés et bavardant gaiement. Ils interrompent leur conversation, tournent leurs regards vers elle, avisent l'enfant qui vient de rentrer, et quelque conversation reprend, tandis qu'un grand gars qui semble avoir poussé trop vite lui dit :

"Y a plus de place."

Philomena, interdite, s'arrête. Elle désigne d'un geste avorté de la main sa malle, sagement rangée sur le porte-bagage au-dessus des sièges.

Le grand gars se lève, sort sa baguette magique de sa poche, et fait léviter la malle.

"Elle se rangera toute seule quand tu auras trouvé une place. Tu fermeras la porte en partant."

Philomena ne se vexe même pas de se voir ainsi congédiée. Elle est si peu de choses. Petite souris qui fait si peu de bruit, et grignote constamment des miettes. Miettes d'attention, reliquats d'amour, restes de gentillesse. Elle fait demi-tour, alors que Chica assure son assise en rouspétant et battant des ailes pour la forme.

"Qu'est-ce que tu fais encore dans le couloir... - Le jeune homme brun à l'écusson bleu consulte sa liste... - Fletcher !"

Philomena bredouille quelques phrases inintelligibles avant de se taire et de hausser les épaules.

Le jeune homme la dépasse, ouvre la porte du compartiment et se fait rabrouer par les occupants. Il élève un peu la voix, et les protestations cessent aussitôt. Philomena n'écoute pas, et sent dans son dos la masse de sa malle qui lévite tout doucement, vacillant. Elle essaie de refouler les larmes qui menacent de poindre. Le jeune homme revient vers elle, semble s'excuser, chercher ses mots.

"Ecoute. Tu vas attendre un peu, je vais voir s'il y a un autre compartiment disponible, d'accord ?"

Philomena hoche la tête, les yeux toujours baissés sur ses chaussures dont elle compte les tâches. Le jeune homme lui tend une main franche, la paume est légèrement tournée vers elle, comme une invite. La petite fille glisse sa main menue dans celle du jeune garçon qui lui fait un sourire rapide et se présente.

"Dempster Wiggleswade, je suis préfet en chef. Je suis en cinquième année, à Serdaigle."

Philomena n'a pas le temps d'ajouter quoi que ce soit, Dempster est déjà parti. Déconcertée, elle l'attend dans le couloir, sa malle voletant paresseusement derrière elle. Le train siffle, et les machines semblent se mettre en route, le monstre vorace avalant sa fournée de charbon. Dempster revient du couloir, l'air plus avenant. Il tapote la malle de sa baguette, et elle le suit. Philomena met ses jambes en branle et voit sa malle entrer dans un compartiment. Dempster la pousse à l'intérieur, lui glisse un mot gentil et referme la porte.




Sept paires d'yeux la fixent. La petite fille a encore l'impression d'arriver au beau milieu d'une conversation. Elle regarde machinalement sa malle se glisser sur le porte-bagages, et reste plantée là, les bras ballants. Une petite fille blonde avec deux grands yeux bleus rieurs enlève la cage de sa chouette du siège. Cette dernière ouvre un oeil courroucé avant de se rendormir.

"Ben alors, tu viens pas t'asseoir ?"

Philomena, qui n'est pas contrariante, se précipite sur le siège et entortille ses pieds sous elle, reconnaissante et rougissante.

"Je m'appelle Gladys Gourdenièze, et c'est ma première année à Poudlard."

Philomena a à peine le temps de se présenter que Gladys se lance dans une grande tirade vantant l'école de sorcellerie, le bonheur qu'elle a ressenti en recevant sa lettre, la fierté de ses parents, et surtout de son père qui est sorcier. Volubile, elle agite les mains autour d'elle en parlant, au point que Philomena, entre deux sourires timides, s'écarte parfois prudemment de ces petits oiseaux vifs qui menacent de la gifler. Elle promène son regard sur les autres enfants assis dans le compartiment. Mis à part la blonde Gladys, il y a une fille au nez retroussé et constellé de tâches de rousseur, et aux yeux marrons, qui écoute avec grande attention les papotages de Gladys. Elle s'appelle Daisy Miggens. Alfie Lovenburke est assis à côté d'elle, petit garçon brun à l'air constamment endormi, qui semble flotter dans ses vêtements. A côté de la fenêtre, c'est Willy Larbrouss et sa tête qui semble trop grosse pour ses épaules. Il regarde le paysage défiler en mâchonnant un bâton de réglisse.

Philomena continue de regarder les enfants assis en face d'elle. Il y a le déjà grand Scott Scabior, qui semble avoir trop vite gagné des centimètres, au vu de ses pantalons qui laissent voir trop de chaussettes, et même deviner un peu du mollet. Philomena regarde sa propre mise. Il n'y a pas de doute. Il n'est guère plus argenté qu'elle. Elle laisse son regard se perdre sur ce visage hautain qui l'ignore totalement. Scott promène ses yeux hésitant entre le vert et le gris sur un magazine de Quidditch. Philomena regarde alors Troy Travis qui dodeline de la tête, ce qui fait agiter ses tresses. Elle le trouve touchant, avec sa peau claire et ses traits fins. Willow Seed est occupée à fouiller dans ses poches et à étaler ses trésors de bonbons, bouts de ficelles et têtes de cafard sur ses genoux, à la recherche d'un énième joyau. Willow lui adresse un léger sourire de ses lèvres fines avant de se tourner vers Royston Travis, qui lui raconte son week-end avec ses parents. Philomena comprend que Willow et Royston sont voisins. Elle comprend surtout qu'elle a eu le temps de faire connaissance avec tous les passagers du compartiment, et que Gladys, qui est assise à côté d'elle, n'a toujours pas l'air d'avoir besoin de respirer entre deux phrases.

Philomena se dit que le trajet sera long.
End Notes:
(Moi qui m'étais promis de ne pas mener plusieurs fics de front... Je compte... Une longue, une mi-longue, et une courte pas finies... Plus celle-là, une autre longue... Ciel !!!) Tout ça pour vous dire que je vais tenter de faire correspondre Menteurs, voleurs, tricheurs, avec Drago au pays des Moldus... Je sais pas encore (c'est bien trop tôt dans l'histoire, là), mais je le ferai... Mon alternative universe à moi, na ! J'espère que vous avez pris plaisir à ce prologue sans prétention. A bientôt peut-être ;)

MAJ de janvier 2020 : relecture et corrections, léger complément pour éviter incohérences
MAJ de juin 2020 : relecture et corrections.
La gare de Pré-au-Lard by Sifoell
Author's Notes:
Nous avons quitté Philomena dans le train. Maintenant, elle arrive à la gare (forcément). Elle observe toujours ce qui se passe autour d'elle et découvre à la fin, Poudlard, émerveillée comme les autres élèves.
Gladys n'est pas comme les autres humains. Gladys respire en parlant, ou alors, elle ne respire pas du tout. Philomena subit son avalanche de discours et sa bonne humeur qui ne semble jamais se ternir, tout au long du voyage. Gladys est très gentille, mais qu'est-ce qu'elle est chiante.

D'ailleurs, certains passagers du compartiment se sont endormis, comme Scott, qui dodeline de la tête, et se réveille parfois en sursaut, tentant de faire semblant de lire le magazine de Quidditch qu'il tient à l'envers. Cela fait sourire Philomena. Il est mignon.

Philomena n'écoute plus Gladys que d'une oreille. Et encore. Elle ponctue la conversation de "oui", de "hum", et de "ah bon", à intervalles suffisamment régulières pour rester crédible. En face d'elle, Willow, qui a compris qu'elle n'écoute rien, lui lance de temps en temps des regards amusés, avant de reprendre sa conversation avec Royston. Philomena commence enfin à se détendre. Elle se sent moins seule.

Elle se laisse aller à regarder ces visages dans le compartiment. Ces visages d'enfants plein d'émerveillement, qui n'ont qu'une hâte : entrer à Poudlard. Philomena s'inquiète un peu de ce qu'est cette fameuse cérémonie de répartition. Luis, son cousin, lui en a parlé. Il ne voulait pas lui gâcher la surprise, mais il l'a quand même fait. Elle regarde ces visages aux rondeurs enfantines, et s'imagine déjà les répartir. Gladys à Poufsouffle, parce qu'elle n'en manque pas, de souffle. Philomena pouffe sans pouvoir récupérer son fou rire, mais en voyant Gladys s'illuminer et se gondoler aussi, elle se dit qu'il tombe bien à propos, son rire. Elle a toujours eu du pot, avec ça, Philomena. S'il y a bien quelque chose qu'elle sait faire, c'est observer, et se taire. Les deux premiers trucs fondamentaux qu'il faut savoir pour être une Fletcher. Observer pour s'adapter et éventuellement partir en courant, et se taire, parce que les Fletcher ont toujours été de très mauvais menteurs, et Philomena ne déroge pas à la règle.

Chica lui picore l'oreille et Philomena lui flatte distraitement le col. Chica entreprend alors avec beaucoup de ténacité de détresser les cheveux de la petite fille qui se laisse faire, et continue de regarder les autres enfants... Son coeur bat très fort dans sa poitrine... Ele a hâte d'y être pour enfin, peut-être, appartenir à une famille dont elle puisse être fière.



Le train commence à ralentir et Philomena se tend vers la fenêtre, essayant de voir quelque chose. Gladys Gourdenièze essaie de vanter les mérites des Dragées Surprises de Bertie Crochue tout en mangeant les friandises qu'elle vient d'acheter, ce qu'elle arrive très bien, d'ailleurs, au grand dam de Philomena qui espère de tout son coeur ne pas être dans le même dortoir qu'elle. Elle ne la supporterait pas. Scott ouvre soudain les yeux et les fixe un instant sur Philomena, arborant un air surpris. La petite fille lui fait un sourire alors qu'il s'étire et donne un coup de coude à Troy qui a récupéré son magazine de Quidditch. Le train se met à freiner, dans de tels crissements que les élèves portent les mains à leurs oreilles. Alors, Daisy agite ses boucles et dit à personne en particulier, que la voie vient d'être refaite, ayant été détruite par des Mangemorts quelques mois auparavant... Il y a un petit temps de flottement, pendant lequel les enfants regardent n'importe où, mais surtout pas dans les yeux de quelqu'un. Philomena s'agite, mal à l'aise. Elle sait que la guerre a touché durement certaines familles de sorciers, mais les Fletcher se sont surtout illustrés par leur absence de conviction dans un camp comme dans l'autre... Ils ont évité toute prise de position et tout combat. Les murmures ajoutent la lâcheté aux autres tares des Fletcher, mais ce défaut a au moins eu le mérite de les garder en vie.

La porte du compartiment s'ouvre en grand, dévoilant Dempster, le préfet de Serdaigle. Il sourit rapidement à Philomena qui était adossée à la porte et balaye du regard le petit espace.

"Préparez-vous, on arrive dans cinq minutes. Si vous n'y arrivez pas avec vos malles, n'hésitez pas à m'appeler."

Et il disparaît aussi rapidement qu'il était apparu. Gladys est la première à se lever, et elle rassemble ses bonbons dans ses mains avant de les enfouir dans ses poches. Philomena les regarde disparaître à regret et détourne les yeux. Les garçons bâillent et s'étirent, les filles se recoiffent et commencent à ranger. Willow aide Troy à ranger ses affaires, tout en racontant à Royston comment elle a encore perdu son fléreur ce week-end, et que la brave bête est terriblement efficace pour trouver les cachettes les plus improbables. Entre deux rires, elle s'essuie les yeux et dévoile sur un ton de conspiratrice comment le fléreur s'est retrouvé pris dans un accident de poudre de cheminette quand ce maladroit, passant sur le manteau de la cheminée, a fait tomber le seau de poudre, juste au moment où sa maman, Mme Seed, prononçait le nom du Bureau de Liaison des Centaures. Ce Bureau étant comme d'habitude vide, les Centaures n'entretenant que très peu de lien avec les Sorciers, les Seed ont mis trois jours à remplir différents formulaires pour enfin pouvoir récupérer le fléreur de fort méchante humeur... Les enfants partent tous dans un éclat de rire, et Philomena les suit, amusée. Elle se promet de retenir cette histoire.




Philomena suit docilement la déjà haute silhouette de Scott. Sa malle lévite paresseusement derrière elle. Ils descendent du train, et sont accueillis par un véritable géant. La petite fille a un instant de frayeur en se rendant compte à quel point cet homme, mais est-ce bien un homme, est grand. Il a de petits yeux très noirs mais souriants, une longue barbe hirsute qui lui mange les joues, et des cheveux noirs. Son manteau ressemble à une tente et ses mains ont la taille de couvercles de marmites. De très grosses marmites. Philomena lui adresse un petit sourire peu rassuré avant de se mettre en rang, toujours derrière Scott. Elle roule des yeux effarés vers Gladys qui, une fois n'est pas coutume, se tait. Philomena se dit qu'elle aurait bien aimé entendre l'avalanche de mots couler de la bouche de la petite blonde. Enfin, plus grande qu'elle.


Le géant se présente. C'est donc Rubeus Hagrid, le Gardien des Clefs et des Lieux de Poudlard. Il présente aussi un petit homme à la chevelure rare mais grasse, et qui semble voûté plus par une attitude de fourberie que par le poids de l'âge... Philomena s'attendrait presque à le voir frotter ses mains en ricanant. Argus Rusard, le concierge. Un chaton tigré le suit partout en regardant les élèves d'un air méfiant et hautain. La petite fille se méfie instantanément de ces deux-là. En particulier du chaton, qui vient lui renifler le bas de la robe avec dédain.

"Bien... Maintenant que les présentations sont faites, veuillez me suivre. Vos bagages resteront là et seront acheminés jusqu'à vos dortoirs. Vous les retrouverez donc en arrivant."

La silhouette massive de Rubeus se détourne d'eux et de ses grandes foulées il avance très vite, bien que sa démarche soit nonchalante. Ils descendent tous du quai, suivant le géant. Le temps de dépasser la gare de briques rouges, les premiers enfants tournent la tête vers leur droite et poussent des cris d'exclamation. Rubeus se retourne vers eux, souriant. Il tend son bras vers sa droite et annonce de sa grosse voix.

"Au premier plan, vous voyez le Lac Noir. Nous allons prendre les petites barques qui sont amarrées au ponton, et ensuite nous allons le traverser pour entrer dans Poudlard, qui est ce grand château que vous voyez au-delà du lac, perché sur la falaise."

Philomena dépasse à son tour la gare de Pré-au-Lard et ouvre des grands yeux aussi, émerveillée. Même s'il ne fait pas très beau, le paysage est magnifique. Elle quitte sans regret le train rouge et laisse ses yeux s'égarer sur le lac à la surface gris métallique. Les falaises sont escarpées, et elle se demande comment le château peut tenir là-dessus. D'ailleurs, ce château, est superbe, avec ses tourelles comme plantées au petit bonheur.

Chica s'agite sur l'épaule de Philomena, et bat des ailes pour se les dégourdir. Rubeus se retourne, les sourcils froncés.

"Hé, toi, là... Tu n'as pas de cage ?"

Philomena secoue la tête. Rubeus semble se renfrogner et la petite fille le craint un peu.

"Bon, marmonne-t-il dans sa barbe. Tu le mettras dans la volière avec les autres, hein..."

Il achève sa phrase par quelque chose qui ressemble à : "Je veux pas d'ennuis, moi."

Le géant s'arrête soudain sur un ridicule petit ponton de bois qui ploie sous son poids. Il invite de ses grosses mains les premiers élèves à monter dans les barques, quatre par quatre. Mais ceux-ci hésitent. Il y a à peine la place pour le géant, sur ce ponton, alors pour eux... Mais celui-ci agite les mains, leur faisant signe de presser, ce qui fait tressauter le ponton et les incite à plus de réticence encore.

"Ben alors ? Ca fait quarante ans qu'il est là, ce ponton... Pas maintenant qu'il va craquer, l'en a vu d'autres..."

Pour démontrer la véracité de ses dires, le géant fait mine de sauter, pour éprouver la solidité des planches qui grincent atrocement. Les premiers élèves s'engagent prudemment dessus, et le quittent rapidement pour monter dans les barques. L'un d'eux pousse un cri, en ramassant ses mains contre lui : un tentacule tâtonne en effet le rebord de sa barque. Le géant les rassure d'un air bourru.

"Mais t'inquiète pas. Il est pas méchant, le Calamar Géant. T'es dans une école, tu crois qu'on laisserait des choses dangereuses, ici ?"

Il n'attend pas spécialement de réponse, mais semble réfléchir un instant, et a soudain l'air très gêné quand son regard se détourne vers la forêt sombre qui s'étend sur la droite du lac, derrière ce qui semble être des champs. Il marmonne alors...

"Bon... Y a peut-être bien des choses dangereuses dans la Forêt Interdite. D'ailleurs, c'est pour ça qu'elle l'est. Interdite."

Puis il se détourne d'eux, gêné. Les élèves, certains arborant une mine pâle, défilent l'un après l'autre pour s'installer dans les barques. Quatre par quatre.
End Notes:
Prochain chapitre, découverte de Poudlard... Je vous préviens juste que je me prends un peu le chou sur comment bidouiller entre cette histoire et Je vous ferai mentir, qui démarre à la répartition de Philomena. Donc, il est possible qu'à un moment donné, je vous conseille de lire cet OS, qui raconte en gros la première semaine de scolarité de Philomena, et comment elle se venge d'une fillette qui l'humilie.
La répartition by Sifoell
Author's Notes:
Ajout de la fanfiction one shot Je vous ferai mentir comme chapitre à part entière de Menteurs, voleurs, tricheurs, et modification du chapitre précédent en fonction de cela.
L'année dernière, année funeste
L'Angleterre, dans son entièreté
S'est retrouvé déchirée
Entre deux camps sorciers opposés

Ceux qui se disaient de Sang Pur
Meilleurs que les Nés Moldus et Sang mêlés
Et qui pour toute finalité
Ne voulaient que de leur sang sorcier faire la purge

Et de l'autre côté
Ceux qui se battaient pour leur liberté
Pour que tous les sorciers vivent
En parfaite égalité

Beaucoup de morts des deux côtés
Beaucoup de gâchis, même pour un Choixpeau
Qui des enfants a réparti
Mais pas pour les voir si tôt au tombeau

De Godric le chapeau je fus
Et même si des quatre sorciers, j'obtins l'esprit
Du même bois que Gryffondor je suis
Et même sans coeur, je pleure

Quatre sorciers ont fondé Poudlard
Quatre personnalités, quatre convictions
Des valeurs et finalités complémentaires
Mais séparées par quatre maisons
Ecoutez bien, enfants, ma chanson

Même si à Gryffondor tu es réparti
Parce que de courage tu n'es pas départi
Si tu es fonceur et que tu agis avant d'écouter
Chez les rouge et or tu seras orienté

Même si à Serdaigle tu es accueilli
Et que comme Rowena tu as la tête pleine
Parce que studieux et tenace tu mènes
Tes études, bleue et blanche sera ta mise

Même si à Poufsouffle tu dois aller
Parce que ta loyauté prime sur toute autre qualité
Que sans ami tu es peu, comme Helga
De noir et de jaune tu t'habilleras

Même si c'est à Serpentard que tu dormiras
Au fond des cachots où Salazar officiait
Parce que stratège et roublard tu es
De vert et d'argent tu te pareras

Même si je suis bien obligé
Dans une Maison de t'orienter
Parce que c'est pour cela que j'ai été fait
Et que rien d'autre je ne saurais

Ce n'est pas pour te mettre à part des autres sorciers
Mais pour travailler tes qualités particulières
Parce que tous différents vous êtes
Mais surtout pour être complémentaires.
Alors vers moi, avec confiance, enfants, venez.



A la fin de la chanson du Choixpeau, un lourd silence s'abat sur la Grande Salle, et s'installe. Bientôt, quelques soupirs et sanglots étouffés se font entendre. Même les fantômes semblent peinés. Philomena garde les yeux secs. Les membres de la famille Fletcher ne se sont guère illustrés, d'un côté ou de l'autre de la guerre. Ils ne s'illustrent plus depuis longtemps, ou dans des choses insignifiantes, ou indignes d'être remarquées.

A la table des professeurs, Minerva McGonagall a les yeux brillants. Rubeus Hagrid déplie un tissu grand comme une nappe et s'y mouche bruyamment avant de le fourrer dans une de ses immenses poches qui couine. Le demi-géant bafouille des mots inintelligibles et changea de poche, avant de caresser distraitement la boule qui s'agite dans son manteau, s'attirant les regards courroucés du professeur McGonagall qui n'aime rien tant que la discipline.

Philomena commence à se tortiller sur sa chaise, mal à l'aise. Le directeur vient de se lever, et écarte les bras, comme s'il embrasse la salle entière. Un petit sourire retrousse sa moustache et fait saillir ses pommettes. Philomena promène son regard sur les visages graves, les yeux rougis, les lèvres tremblantes. Le discours commence, mais Philomena ne peut plus écouter, trop effrayée par ce qui va lui arriver. Les Fletcher ne s'illustrent en rien, et chaque sorcier sait qu'il ne faut pas s'y fier. Philomena l'a appris par les regards chargés de mépris et les chuchotis sur son passage.

Comme dans un rêve, la petite fille voit tous les élèves applaudir et Albus Dumbledore inviter Minerva McGonagall à se lever. Elle s'éclaircit la voix et égrène les noms des nouveaux élèves. Un par un, ils s'avancent, se font coiffer du Choixpeau, qui avec appréhension, qui avec dégoût. Le chapeau est d'une propreté douteuse. Certains arborent une mine amusée, ou ont l'air sûrs d'eux. Le Choixpeau effleure parfois à peine les cheveux d'un enfant, et il énonce alors son choix de sa voix claironnante. Pour d'autres, il marmotte une petite ou une grande conversation. Quand le professeur McGonagall prononce son nom, Philomena tressaille et ignore les chuchotis et les rires étouffés sur son passage. Elle arrive sur l'estrade où est posé le tabouret et s'y juche. Ses pieds ne touchent pas le sol, ce qui déclenche une certaine hilarité. Le professeur McGonagall lui adresse un petit sourire avant de la coiffer du Choixpeau. Philomena sent son coeur s'emballer. Tous les Fletcher sont passés par Serpentard, et même s'ils ne se sont illustrés que dans la médiocrité, elle a quelque part l'impression qu'elle va les trahir en demandant à aller à Serdaigle.

Quand le Choixpeau est sur sa tête, la petite fille pouffe. Il est beaucoup trop grand, et elle a l'impression de parler à son propre esprit.

"Une Fletcher, marmotte-t-il. Une des dernières fois que j'ai eu un Fletcher, c'était un petit garçon pas très courageux, et un paresseux. Mondingus, qu'il s'appelait. Qu'est-il devenu ?

- C'est le cousin de mon père... Il est à Azkaban, pour avoir vendu des potions contrefaites. Ce n'était que de l'eau, du colorant, et un arôme. Il les faisait passer pour des potions de guérison."

Le Choixpeau se secoue sur sa tête, il doit rire.

"Il n'était pas bien malin... Bien, ma petite... Tes qualités te prédisposent à aller à Serpentard ou...

- Je veux aller à Serdaigle.

- Ou à Serdaigle. Je te vois travailleuse, et je suis sûre que tu n'abandonnes jamais. Pourquoi veux-tu aller à Serdaigle ?

- Toute ma famille est passée par Serpentard. Ils sont aussi célèbres que d'autres familles de sorciers, mais plutôt à la rubrique faits divers. Je ne veux pas leur ressembler...

- Pourtant, jeune fille, tes autres qualités s'épanouiraient si bien à Serpentard... Tu es fine stratège, tu es très réfléchie, et tu n'hésiteras pas à emprunter des chemins sinueux pour obtenir ce que tu souhaites. Connais-tu Flynn Fletcher ?

- Flynn ? Non.

- C'est un jeune homme que j'ai réparti à Serpentard il y a plus de cinquante ans... Je pense que lui s'est illustré dans de grandes choses. Il s'est détaché de sa famille, au temps où les Fletcher étaient aussi célèbres que les Malefoy... Tu pourrais suivre le même chemin. Tu en as les capacités. Je vois que tu veux soit ne plus appartenir aux Fletcher, soit leur rester fidèle et les aider à rester dans un chemin que tu estimes juste..."

La petite fille sent son coeur s'emballer. Est-il donc si facile de lire en elle ? Et qui est donc ce Flynn Fletcher ? Elle va dire son hésitation quand la voix du Choixpeau résonne jusque dans sa tête.

"Serpentard !"



Philomena s'est assise sur le banc, à côté d'un jeune garçon fébrile qui s'appelle Arkie Philpott et qui est en deuxième année, à Serpentard. Quand le Choixpeau répartit le dernier enfant à Gryffondor et qu'il est accueilli par un tonnerre d'applaudissement, Albus Dumbledore se lève, remercie tout le monde de sa patience, et tape dans ses mains, faisant apparaître des plats tous plus savoureux les uns que les autres sur les tables désormais décorées aux couleurs des maisons. Philomena entend Arkie dire quelque chose à sa voisine d'en face, une jeune fille aux cheveux jaunes et au menton en galoche, avec quelque chose de porcin dans son regard.

" Une Fletcher ? pouffe la jeune fille. Cela ne m'étonne pas. On dirait qu'elle a trouvé ses vêtements dans une poubelle."

Philomena lève ses yeux des plats - elle ne sait lesquels goûter en premier - et plante son regard dans les petits yeux marrons de la jeune fille qui en rajoute.

"Et elle n'a probablement jamais vu autant de nourriture qu'aujourd'hui... Elle doit manger des détritus."

Philomena sent son estomac se serrer, et une bouffée de haine la submerge, la faisant trembler. Arkie, sentant l'ambiance s'alourdir, change de sujet. Et Philomena se jure que plus jamais cette fille ne se moquera d'elle.

Plus jamais on ne se moquera d'elle.
End Notes:
MAJ janvier 2020 : relecture et corrections (rectifications mineures des incohérences)
Moqueries et demande d'aide by Sifoell
Author's Notes:
Deuxième partie de l'OS Je vous ferai mentir ajoutée
Le lendemain matin, après avoir découvert les dortoirs et le confort de son lit, Philomena part à la volière voir sa pie Chica, alors que Poudlard dort encore. Le ciel a ce gris clair qui prédit une belle couverture nuageuse. Emmitouflée dans son manteau de laine, elle tire aussi fort qu'elle le peut la lourde porte de la volière, mais rien n'y fait. Elle sursaute quand elle sent quelque chose se frotter à ses jambes, et un énorme chien jappe pour la saluer. Sa tête lui arrive au nombril. Une immense silhouette surgit de derrière la volière. Philomena reconnait le géant qui mangeait à la table des professeurs, mais ne se souvient pas de son nom. Il a l'air soudain gêné quand il la voit, et cache quelque chose dans son manteau, quelque chose qui grogne et bouge dans tous les sens.

" Hé bien, jeune fille... Qu'est-ce que tu fais là ?"

Philomena hésite...

"- Je suis venue dire bonjour à ma pie..."

Le géant pose sa main sur la poignée et tire sur la porte qui s'ouvre dans un grincement effroyable. Philomena se dit qu'elle aimerait bien avoir autant de force qu'un géant.

"- Appelle-la donc..."

Philomena passe sa tête dans l'ouverture et imite le jacassement d'une pie, et dans un battement d'ailes, l'oiseau vient se poser sur son épaule et lui taquiner l'oreille.

"- Comment l'as-tu appelée ?"

"- Chica."

Le géant a l'air de réfléchir un instant, puis part dans un grand rire...

"Chica ! C'est une bonne idée... Cela ressemble à son chant !"

Philomena sourit. Le géant lui tend une de ses grandes mains.

" - Rubeus Hagrid, Gardien des Lieux et des Clés à Poudlard. Je m'occupe aussi des animaux et des créatures magiques. Ma cabane est là-bas. Et lui, c'est Pataud. C'est encore un bébé."

Philomena avise l'énorme chien qui a la taille d'un veau, et frémit en se demandant quelle taille il fera une fois adulte.

"- Philomena Fletcher. Je suis à Serpentard."

Sa voix n'a pas tremblé. Elle s'est fait depuis longtemps à l'idée d'être une Fletcher. Et la nuit l'a apaisée quant au choix de sa maison. Rubeus fronce les sourcils, semblant réfléchir.

"Fletcher, Fletcher... Tu n'as perdu personne pendant la guerre. Tu as bien de la chance."

Le coeur de Philomena a un sursaut dans sa poitrine. Elle pense à tous ces sanglots étouffés lors du discours du directeur. Elle pense aux yeux brillants et aux gorges serrées. Oui. Elle a peut-être bien de la chance.




Toute la journée, Ethel Shammade se moque de Philomena de diverses manières, ne se gênant pas pour rappeler que les Fletcher alimentent la rubrique Faits Divers de la Gazette des Sorciers, et que même un Auror aussi médiocre que Woodenbee a réussi à en arrêter un. C'est dire si Luis Fletcher est minable.

Philomena serre les dents. Sur son dernier cambriolage, Luis a été particulièrement ridicule, et s'est fait stupéfixer par une vieillarde qui lisait au coin du feu quand il a transplané sur ses genoux. L'Auror n'avait eu plus qu'à le cueillir.

Philomena réfléchit à un moyen de ridiculiser cette langue de vipère. Elle n'a que onze ans, n'a pas encore ses affaires scolaires - ses parents ne l'ont pas accompagnée sur le Chemin de Traverse -, elle ne sait pas encore lancer de sort, n'a pas d'amis à même de la défendre. Elle se sent impuissante. Mais elle ne veut plus baisser la tête comme elle l'a toujours fait, devant les humiliations et les déceptions quotidiennes. Philomena se dit bien qu'ignorer Ethel pourrait être un bon moyen de l'amener à se lasser et à trouver peut-être une autre cible, mais elle se dit surtout qu'elle va trop loin. Et que ces provocations méritent une réponse.

Au repas du soir, Philomena s'asseoit à côté de Scott Scabior, qui est avec ses amis du wagon du Poudlard Express. Elle reconnait le jeune garçon qui a prêté un magazine de Quidditch au grand ténébreux. Elle leur sourit brièvement avant de plonger dans son assiette. Au bout de quelques minutes, elle se rend compte que plusieurs têtes se tournent vers sa gauche : Ethel doit encore être en train de répandre son venin. Scott pose un instant son regard sur elle, et lui dit.

"Au moins, ma famille a eu la décence de ne pas se faire remarquer."

Philomena blémit, accuse le coup. C'en est trop. Elle quitte la table, fuyant des rires qui doivent lui être adressés. Elle va se diriger vers le couloir menant à sa Salle Commune quand une haute silhouette se dresse sur son passage. Elle bute contre la robe noire et recule, soudain effrayée.

C'est le professeur de Potions, celui qui a l'air malade, avec son teint cireux, ses dents jaunes et sa maigreur. D'une voix susurrante, il lui demande où elle va.

"Je voudrai rejoindre mon dortoir, Monsieur."

"- Professeur Rogue."

"- Professeur Rogue."

Philomena baisse la tête.

"Et pour quelle raison une élève de première année veut-elle enfreindre le règlement selon lequel les élèves de première année ne peuvent circuler dans l'enceinte de Poudlard qu'accompagnés par un Préfet, a fortiori quand c'est leur deuxième jour ?"

"- Ethel Shammade... Elle..."

"- Je l'ai entendue, oui. Et cette raison est insuffisante pour quitter la table et se mettre en danger. Retournez manger, jeune fille, avant que je ne retire des points à votre maison à cause de vous."

Philomena, les yeux toujours baissés, hausse les épaules, mais reste sur place.

" Vous ne m'avez pas entendu ?"

"- C'est que... Ce qu'elle dit... Ca me blesse, Mon... Professeur Rogue."

"- Vos parents ne vous ont donc pas habituée à ne plus entendre ce genre d'inepties ? Ils sont pourtant réputés pour être mauvais en tout."

Philomena serre les poings, lève les yeux vers le professeur, et tourne les talons pour rejoindre sa table. Scott lui donne un coup de pied sous la table.

"Il t'a dit quoi, le cadavre ?"

"- De ne pas écouter."

Le cadavre en question se glisse derrière Philomena et lui chuchote à l'oreille.

"Cinq points en moins pour la Maison Serpentard, pour avoir interrompu une conversation avec un professeur sans son consentement, ce qui est très impoli."

Philomena serre les dents et joua avec sa fourchette. L'année commence très mal.
End Notes:
MAJ janvier 2020 : relecture et correction, plus d'incohérences
Vengeance et sanction by Sifoell
Author's Notes:
Dernière partie de l'os Je vous ferai mentir ajoutée, j'ai divisé l'os en trois pour faciliter la lecture de l'ensemble, mais l'os peut être lisible seul. Je modifie donc le chapitre suivant de Menteurs, voleurs, tricheurs en fonction de l'ajout de l'os pour éviter des redites.
C'est son premier cours d'Histoire de la Magie, avec le professeur Binns qui est... transparent et dont la voix lui promet des heures délicieuses de sommeil... A sa grande surprise, Scott Scabior s'asseoit à côté d'elle. Il déroule son parchemin, et distraitement, écrit ce que marmonne le professeur Binns. Au bout de quelques minutes, il lui donne un coup de coude.

" Tu as une idée pour faire taire cette grosse vache d'Ethel ?"

Philomena secoue la tête.

"- Pourquoi ? Ca t'intéresse ?"

Un fin sourire étire les lèvres de Scott. Il lève ses yeux gris-vert vers les billes noires de Philomena.

"- Elle a dit que j'étais un pouilleux."

"- Donc ça t'intéresse."

"- Je me disais qu'on pourrait faire quelque chose contre elle, tous les deux."

"- Parce que tu te sens concerné maintenant que tu es sa cible aussi."

Le jeune garçon sourit distraitement et ne répond pas. Philomena, qui n'attend pas de réponse, reprend.

"Et tu as une idée ? "

"- Non", Scott secoue la tête.

"- Moi non plus."

Philomena se désintéresse du jeune garçon et pose ses yeux sur le professeur qui volette doucement.




Le repas de midi tire sur sa fin quand Scott arrive. Il se jette sur les gâteaux, fourre du pain et du fromage dans ses poches, puis il pousse Gladys Gourdenièze qui discute avec Philomena. Ou plutôt, Gladys parle et Philomena mange. Scott pique la place de Gladys et entreprend de finir son assiette. Puis, il donne un coup de coude à Philomena.

" Tu connais Peeves ?"

Philomena relève les yeux de son assiette et parcourt la salle du regard. Elle a un mal fou à retenir quel nom allait avec quelle tête. Scott poursuit.

"C'est l'esprit frappeur de Poudlard. Je l'ai trouvé à côté de la Salle Commune. Il enlevait les mèches des bougies. Rusard lui fait tout le temps la course. Seul le Baron Sanglant lui fait peur."

Philomena acquiesce tandis qu'elle assimile les informations. Elle se remémore le fantôme au plastron recouvert de sang et frémit.

"Tu connais quelqu'un qui n'a pas peur du Baron Sanglant ?"

Scott élude.

"- Je pense qu'il y a moyen que Peeves fasse quelque chose pour nous."

"- Et Ethel a dit quoi, cette fois-ci ?"

Scott grimaça.

"- Elle a dit que je puais."

"- Et tu veux faire quoi ?"

"- Faire faire quelque chose à Peeves. Ca le défoule, ça nous venge, et on ne sera pas puni. Tout le monde est content."

Philomena achève son plum cake et hoche la tête. Son regard s'oriente vers Ethel qui la regarde déjà, ainsi que les membres de sa cour.

" Il faut qu'on trouve ce que Peeves lui fera. Il peut avoir des idées ?"

Scott sourit.

"Ne t'inquiète pas pour ça. Je crois qu'il en aura plein."




Philomena se dit que c'est une des situations les plus bizarres qu'elle ait vécu. Scott et elle ont passé deux heures à écumer l'école, le plus discrètement possible, pour trouver des objets métalliques. Cuillers, vis, pièces d'échec, boucles de ceintures, de chaussures, boutons... Peeves leur a demandé de trouver le plus d'objets métalliques possible, et leurs trouvailles remplissent la moitié de la besace. Ils attendent maintenant Peeves, au détour d'un couloir. Un caquètement annonce l'esprit frappeur et Peeves traverse un mur à toute vitesse et par jeu, ne s'arrêta qu'après avoir traversé aussi Scott et Philomena. Les deux enfants prennent un air dégoûté. Ils ont l'impression de s'être baignés dans de la gelée tiède et parcourue de décharges électriques.

Philomena secoue la besace qui cliquette, s'attirant l'attention de l'esprit frappeur.

"On a ce que tu as demandé."

Elle vide le contenu de la besace sur le sol, et Peeves se précipite dessus, ouvrant sa bouche démesurée et y enfournant à toute vitesse les clous, les boulons et les fourchettes. Il rote bruyamment à la fin, puis caquette.

"T'as une idée ?"

"- Cela fait à peine trois jours qu'on est à Poudlard et Ethel Shammade ne cesse de nous insulter. On veut lui rendre la pareille."

"- Faire quoi ?"

"- Lui vider une poubelle sur la tête", commence Philomena, l'air rêveur.

"- Il faut qu'il y ait du monde", continue Scott.

"- Tu pourrais lui dire qu'elle ressemble à une truie qui sort de sa soue", finit Philomena.




Toute la journée, Philomena se demande quand Peeves va passer à l'attaque. Aussi, elle est particulièrement attentive pendant les cours, les pauses, s'attendant à voir débouler le petit homme à la grande bouche moustachue. Deux sentiments s'opposent en elle : la jubilation de se voir bientôt vengée, et la culpabilité de punir trop durement une seule fille, pour toutes les humiliations reçues.

Philomena n'en peut plus d'impatience quand vient le repas du soir. La Grande Salle se remplit doucement d'élèves accompagnés de leur préfet. Scott s'est assis une nouvelle fois aux côtés de la petite fille. Ils se font gratifier d'un perfide "les pouilleux vont par deux" quand Ethel passe devant eux pour s'installer plus loin. Scott secoue la tête, les mâchoires serrées, puis il donne un coup de pied à sa voisine. Son visage s'adoucit quand il regarde sous la table pour se rendre compte que les pieds de Philomena ne touchent qu'à peine le sol. Il lui murmure :

"Hé, petite souris, c'est pour ce soir."

Philomena lui lance un regard interrogateur, et musèle cette chaleur qui envahit sa poitrine. Scott la balaye du regard, fait la moue.

"Toute petite, habillée de noir et de gris, comme la robe d'une souris... Maintenant, assiste au spectacle..."

Scott se sert abondamment de poulet et de gratin et mâchonne rêveusement en regardant le plafond. De temps en temps, ses yeux dérivent vers Ethel Shammade et ses satellites. Quand à Philomena, elle picore à peine.

Soudain, Peeves traverse en partie le mur faisant face à Ethel. Son visage grimaçant caquette et il fait semblant de chercher quelqu'un, comme s'il était à une fenêtre. "La truie, la truie, où est la truie ?" chantonne-t-il. Quelques élèves pouffent. Arthur Wood, le préfet en chef de Serpentard, lui demande de partir, sous la menace d'aller chercher le Baron Sanglant. Peeves rentre sa tête dans le mur, et montre ses fesses, déclenchant une avalanche de rires. Puis il disparait. Un fracas métallique se fait entendre, comme si on avait jeté une poignée de boulons dans un chaudron, et qu'on remuait le tout. Scott et Philomena échangent un regard quand ils voient le professeur McGonagall quitter la Grande Salle d'un air furibond, suivie par deux autres professeurs. Peeves revient, chargé d'un énorme sac, alors que le fracas métallique s'éloigne. Les élèves le regardent arriver, comme fascinés par le spectacle. Peeves fuse jusqu'à la table d'Ethel qui ouvre de grands yeux quand il pile devant elle, glapissant.

"J'ai trouvé la truie, elle sort de sa soue!" caquette-t-il, tout en lui déversant sur la tête le contenu de son sac de détritus. Ethel lève les bras en l'air, vaine tentative de se protéger. Puis elle porte ses mains à ses yeux, et commence à pleurer en regardant l'étendue des dégâts. Elle ne sait pas ce qui la dégoûte le plus, les épluchures, ou le liquide gluant qui ressemble à un fond de sauce plein de graisse brûlée. Peeves lui mime une révérence obséquieuse et s'enfuit en traversant le mur.

Ethel s'échappe sous les rires. Philomena est mortifiée. L'idée de se venger lui avait été douce, mais le résultat la rend très mal à l'aise. La culpabilité vient tracer son sillon dans son amusement, et vient tout ternir. Elle se rend compte que ce qu'elle a fait subir à Ethel est pire que tout. Elle se rend surtout compte qu'elle aurait détesté quiconque lui aurait fait subir cela. La gorge serrée, elle regarde les autres élèves dont la majorité rit aux éclats. Les proches d'Ethel l'ont suivie, sans doute pour réparer les dégâts. Philomena se sent mal. Elle tourne la tête vers Scott qui rit avec les autres, et quelque chose la gêne. Le pli cruel qui s'est formé au creux de ses lèvres, l'éclat inquiétant de ses yeux gris ? Il lui donna un coup de coude et lui murmura : "On lui a bien fait payer, hein ?"

Philomena secoue la tête, incapable de prononcer un mot.

Non. Ils ont été odieux.

Leur professeur de potions se lève et quitte sa table pour déambuler entre les élèves, dardant sur chacun d'entre eux un regard perçant, une moue dédaigneuse sur les lèvres. Scott arrête soudain de rire.

"Méfie-toi de lui. C'était un Mangemort."

Scott se tait, et suit du regard la sombre silhouette du professeur Rogue qui s'arrête à leur hauteur, et plonge son regard dans leurs yeux, ce qui met Philomena encore plus mal à l'aise qu'il n'était possible. Le professeur susurra.

"Hé bien, il me semble que j'ai trouvé les petits plaisantins. Veuillez me suivre."

De ses mains crochues il attrape le col de leur robe de sorcier et les force à se lever. Il les pousse jusqu'à son bureau, après avoir suivi un dédale de couloirs et d'escaliers tarabiscotés. Le bureau du professeur Rogue est à son image : sinistre, sombre et froid. Philomena serre le col de sa robe autour de son cou et enfouit ses mains dans ses poches... pour les en sortir immédiatement après avoir surpris le regard acerbe du professeur qui semble scruter le moindre de leurs gestes.

"Alors, claque sa voix. Vous avez fait payer à Mademoiselle Shammade les humiliations qu'elle vous a fait subir ?"

Les deux enfants demeurent cois.

"Mademoiselle Shammade est une imbécile. Mais, vous m'avez déçus, tous les deux. Au vu des premier cours que vous avez suivi, je vous pensais bien plus intelligents, en particulier vous, Mademoiselle Fletcher."

Philomena tressaille, et sent le rouge de la honte lui enflammer les joues.

"Vous allez être punis, sévèrement. Vu que vous avez l'air d'apprécier les ordures, vous allez pendant un mois récurer les chaudrons de mon cours, sans l'intervention de la magie."

Severus Rogue s'interrompt, regardant chacun des enfants. Il fixe son regard sur Scott Scabior qui tremble d'indignation.

"Des objections ?"

"- Comment voulez-vous qu'on se défende ? Cette... Cette truie d'Ethel Shammade n'a pas cessé de nous critiquer dans notre dos, pour amuser la galerie..."

"- Je voudrais que vous vous défendiez autrement. Et ce sera deux mois pour vous, Monsieur Scabior."

Philomena attrape le bras de Scott pour tenter de l"apaiser. Il s'arrache à son emprise. Philomena lève la main.

"Mademoiselle Fletcher ?"

"- Je ne voudrai pas nous justifier, mais expliquer pourquoi nous avons agi comme ça, Monsieur."

"- Professeur", précisa Severus.

"- Professeur."

"- Hé bien ?"

"- Ethel Shammade n'a pas cessé d'être désagréable. Elle nous dénigre devant ses amis, sa cour... Enfin, devant les autres. Elle parle de notre pauvreté, est très méprisante..."

"- Il me semble, Mademoiselle Fletcher, qu'avec une famille comme la vôtre, qui ne s'illustre pas dans des faits admirables, vous devriez vous être habituée à ce genre de critiques."

Cette phrase assomme Philomena. Parce que non seulement, elle l'a déjà entendu, et pas qu'une fois. Mais surtout, parce que son professeur a raison. La révélation de Scott sur le passé du professeur lui revient en mémoire. Elle aurait aimé lui poser la question, savoir comment il faisait malgré ce passé si peu reluisant.

"Mademoiselle Fletcher. Vous devriez vous montrer bien meilleure que ce que laisse paraître votre famille. Bien meilleure que vous ne l'êtes maintenant."

Philomena baisse la tête, et se sent devenir plus petite qu'elle ne l'est. Aussi petite qu'une souris, et insignifiante. Parce que ce qu'elle a fait est vraiment minable. Elle ignore Scott qui est à côté d'elle et semble indigné d'avoir été puni. Puis une question vient affleurer aux pensées de Philomena.

Comment diable Severus Rogue avait-il su ?




La petite fille tourne et retourne dans son lit, ne pouvant trouver le sommeil. Cela fait trois jours qu'elle est à Poudlard, et elle a réussi à se faire un ami qu'elle craint, une ennemie dont elle a pitié. Sans compter ce professeur qu'elle redoute. Elle se sent encore minable. Cela ne lui ressemble pas, de faire mal aux gens. Philomena est tellement habituée à être traitée comme une Fletcher, ce qui est presque un synonyme de moins que rien, chez les sorciers britanniques. D'habitude, les critiques et le mépris ne s'accrochent pas à elle ainsi. Philomena sait maintenant qu'elle aurait voulu qu'il en soit autrement, dans cette école. Elle aurait voulu redémarrer de zéro, être une Serdaigle. Mais elle a mis toute son intelligence de côté, et a laissé parler sa roublardise. Le Choixpeau l'a peut-être répartie à Serpentard, mais elle s'y sen si peu chez elle...

Par contre, Scott y a sa place. Scott et le plaisir qu'il a montré quand Ethel a été humiliée d'une manière si horrible. Scott Scabior, aussi désargenté qu'elle, mais issu d'une famille moins célèbre.

Alors qu'elle se tourne encore, ses pensées dérivent vers le professeur Rogue. Un ancien Mangemort... Comment cela a-t-il pu lui échapper ? Elle a beaucoup lu les journaux à la fin de la guerre, mais s'en est vite lassée. Les papiers semblent autant haineux que les actes de ces adorateurs de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Comment a-t-il pu être innocenté, et surtout, devenir professeur à Poudlard, avec un passé pareil ? Un frisson la secoue à la pensée de ce que ce professeur a pu réaliser quand il était Mangemort.

Puis, Philomena décide de faire avec. Après tout, c'est ce qu'elle fait tous les jours. Elle fait avec sa famille. Le professeur Rogue semble faire avec son passé. Et il semble lui demander de dépasser les membres de sa famille, devenir meilleure en quelque sorte.

Peut-être est-ce ce qu'il convient de faire.
End Notes:
MAJ janvier 2020 : relecture et corrections
La petite fille qui avait une autre baguette que la sienne. by Sifoell
Author's Notes:
Réécriture totale de ce chapitre
Le professeur Flitwick monte sur son tas de livres et reprend son explication.

« Allons, allons, ce n'est pas compliqué, les enfants. Un geste souple de la main, et Wingardium Leviosa ! Une voix assurée, et la plume s'élève ! »

Son regard enfantin suit l'évolution de la plume dans l'air, qu'il fait danser d'un mouvement de la main, comme un chef d'orchestre regarderait s'élever l'aria qu'il dirige.

Tous les enfants sont appliqués à reproduire ce qu'ils montrent, les sourcils sont froncés, les mines sérieuses. Philomena est assise à côté de Gladys qui, pour une fois, ne déblatère pas à tort et à travers mais se montre élève soucieuse de réussir. Philomena serra dans son poing la baguette de sa mère. Le geste est bon, la prononciation également, mais la plume ne frémit même pas. Découragée, elle souffle bruyamment. Le professeur Flitwick croise son regard, il fronce les sourcils, et descend de son tas de livres.

« Fletcher ! Que se passe-t-il ? »

« Je n'y arrive pas, Monsieur... »

« Recommencez. »

Philomena s'exécute, et reproduit parfaitement ce que le professeur Flitwick vient de leur enseigner, sans plus de succès.

« Cette baguette, Fletcher, c'est bien la vôtre ? »

Des ricanements se font entendre dans les rangs. Ethel Shammade vient de laisser s'échapper une énième remarque blessante, et Philomena pique du nez sur son bureau.

« Shammade, cinq points de moins pour avoir perturbé mon cours, auxquels je retire encore cinq points pour être irrespectueuse envers votre camarade. Je ne tolèrerai pas une telle attitude ! »

Ethel ouvre de grands yeux choqués sur son si petit professeur, et sa bouche s'ouvre également, mais aucune protestation ne franchit ses lèvres. Le professeur Flitwick s'approche alors tout doucement du pupitre de Philomena. D'un geste de la baguette, sa pile de livres se matérialise au pied du pupitre de Philomena. Le professeur grimpe alors dessus pour se trouver au même niveau que la petite fille.

« Alors, Fletcher, cette baguette, elle est à vous ? »

« Non, Monsieur... Elle est à ma mère. »

« Elle ne l'utilise pas ? » Soudain, le professeur Flitwick semble comprendre qu'il va aborder un sujet trop lourd, le décès d'une mère, et il se tait. Philomena lui répond alors.

« Non, elle ne l'utilise plus, professeur... Elle n'en a plus besoin. »

La mine du professeur se chiffonne alors, et il tapote de sa petite main l'avant-bras de Philomena qui ouvre alors de grands yeux et s'exclame :

« Non, mais elle n'est pas morte !!! Elle ne l'utilise plus, c'est tout... »

Sentant que l'explication réelle risque d'être encore pire que la mort, Philomena ramasse alors avec de grands gestes de ses bras toutes ses affaires, en renversant son encrier qu'elle laisse se répandre sur le bureau. Elle quitte la salle précipitamment.


Après le cours de sortilèges, Gladys retrouve Philomena à la table des Serpentards. La petite fille se tient là, silencieuse, les mains maculées d'encre, tout comme les manches de son uniforme élimé. Gladys lui remet son encrier avec un petit sourire gentil, et s’assoit à côté d'elle. Elle choisit alors de faire quelque chose d'extraordinaire chez elle, et qui va contre sa nature habituellement volubile et joviale : elle se tait, et laisse sa copine s'apaiser seule.

Philomena récupère son encrier, voit qu'il a été rempli, remercie Gladys d'un hochement de tête avant de le ranger dans son sac. Les professeurs entrent alors dans la Grande Salle et le professeur Dumbledore souhaite à tout le monde un bon appétit avant de claquer des mains et de faire apparaître sur les grandes tablées des plats tous plus succulents les uns que les autres.

Philomena ne se sert pas, les dents serrées, la mine longue. Gladys remplit alors son assiette, ainsi que celle de Philomena, qu'elle pousse vers elle. Philomena chipote un peu avant de manger quelques cuillerées de purée de butternut, et un peu de poisson. Gladys commence alors à bavarder avec les autres enfants de la table, ceux qui sont en première année avec elles, et ceux qui sont plus vieux.

Philomena sent quelques regards sur elle. Le professeur Flitwick est en pleine discussion avec le professeur McGonagall qui est à sa gauche, puis avec le professeur Rogue qui est à sa droite. Les regards des professeurs se portent d'abord sur Philomena, puis sur Scott qui mange comme si c'était son dernier repas, et enfin sur quelques autres élèves d'autres maisons, attablés ailleurs.

Le professeur McGonagall chuchote alors à l'oreille du professeur Dumbledore qui préside la table des professeurs, au milieu. Les regards passent alors de nouveau sur Philomena, Scott puis les autres élèves.

A la fin du repas, le professeur Dumbledore frappe de nouveau dans ses mains, et toutes les victuailles disparaissent. Il se lève alors et, de cette voix que nul ne peut soupçonner surgir de ce vieil homme, annonce.

« Bon... Messieurs Scabior, Weasley, Clifford, et Mesdemoiselles Fletcher, Rooney, Southgate et O'Driscoll, veuillez me retrouver dans mon bureau quinze minutes avant la reprise de vos cours. Les autres, vous pouvez retourner à vos activités... Passez une bonne journée ! »

Les enfants se regardent les uns les autres, indécis.


Quinze minutes avant les cours, les enfants se trouvent tous dans le couloir où se situe le bureau du professeur Dumbledore, au pied de la statue. Dempster s'y trouve également, et il attend patiemment la préfète de Gryffondor qui connaît le mot de passe de la statue. Une jeune fille échevelée arrive en courant, plusieurs volumes dans les bras, et laisse tomber son balai au passage.

« Toujours en retard, Morten ! »

Dempster a une mine sévère mais ses yeux pétillent. La jeune fille, les joues rouges, regarde Dempster ramasser son balai et le garder dans la main. Il embrasse la joue de la préfète qui en rougit encore plus. Les enfants ouvrent de grands yeux sur ce qui se passe devant eux.

« Bonjour tout le monde, je m'appelle Wendy Morten, je suis en cinquième année à Gryffondor, mais tu me connais déjà, Bill Weasley. Et je suis également préfète. Vous me rappelez vos noms ? »

Les enfants se présentent alors, les uns après les autres.

« Le mot de passe, Wendy... »

« Pardon ? »

Dempster montre d'un mouvement de la tête la statue.

« Oh pardon ! Ballongomme ! »

La statue tourne alors sur elle-même, révélant un escalier en colimaçon. Dempster gravit les marches, suivi par Wendy et les enfants.

Le professeur Dumbledore est assis à son bureau qui est immense. Une gigantesque bibliothèque épouse l'arrondi du mur, sur la droite du bureau. De l'autre côté, des fenêtres montrent le parc. La pièce est très lumineuse. Un cri aiguë fait sursauter les élèves dont les yeux se promenaient partout. Sur son perchoir, un magnifique oiseau au plumage de feu s'ébroue, comme après une sieste. Un sourire fend le visage de Philomena, qui après avoir papillonné de la bibliothèque aux fenêtres donnant sur le parc, viennent se poser sur l'oiseau. Instinctivement, elle s'en rapproche et tend la main, avant d'être rappelée à l'ordre par Dempster.

« Fletcher ! Ce n'est pas le moment ! »

Elle enfonce alors ses mains dans ses poches et son sourire s'éteint.

« Bonjour, Philomena. Les enfants, je vous présente Fumseck, qui me fait l'honneur d'accepter d'être mon compagnon depuis bientôt cinquante ans. »

« C'est un phénix ? »

« Oui, Philomena. Tu peux le caresser, si tu le souhaites. Fumseck est de nature aimable. »

Philomena acquiesce, et, quoiqu'impressionnée par le professeur, s'approche doucement de Fumseck, la main tendue. Elle laisse l'oiseau sentir ses doigts, qu'il vient picorer doucement, avant de lover sa tête dans sa main. Philomena arbore alors un sourire radieux, et une fois le câlin passé, se retourne avec chaleur vers le professeur Dumbledore.

« Merci, professeur. Je n'avais jamais eu l'occasion de voir un phénix en vrai. Il est magnifique. »

« Oui, Philomena. Il est au plus haut de sa vie, il vient de terminer sa croissance. Vous ne le verrez jamais en meilleure forme, les enfants. Un autre volontaire pour lui faire une caresse ? »

Les têtes s'agitent, en signe de dénégation, les enfants étant impressionnés tant par leur professeur qui est aussi le directeur de Poudlard, que par le bureau, le phénix, ou le courage de Philomena.

« Bien. Dempster et Wendy, laissez répondre les enfants. Savez-vous quels sont les pouvoirs des phénix ? »

Les têtes s'agitent de nouveau, les épaules se haussent. Philomena lève alors la main.

« Philomena ? »

En confiance, la petite fille répond d'une manière assurée.

« Les larmes du phénix permettent de guérir toute blessure, même magique. Ils sont très forts également et peuvent porter des charges lourdes. Enfin, ce sont des oiseaux connus pour leur extrême loyauté. Et, bien sûr, ils renaissent de leurs cendres. Ils ont un cycle de vie qui ne s'arrête jamais. Ils ne meurent pas. »

« Je vois que l'on a bien lu ses livres avant la rentrée, Philomena Fletcher. Dix points pour Serpentard, je vous félicite. »

Le professeur promène alors son regard sur les sept enfants présents dans son bureau.

« Bien, les enfants. Je vous ai invités à venir dans mon bureau car j'ai entendu dire que vous n'aviez pas toutes vos affaires scolaires. J'ai écrit une lettre à vos familles pour leur rappeler qu'elles doivent vous fournir le matériel nécessaire à votre scolarité. Ne soyez pas gênés de ne pas avoir toutes vos affaires. Si la semaine prochaine, il vous manque encore des choses, le Fond de Soutien aux Sorciers dans le Besoin peut vous aider à acheter ce qu'il vous manque. Vous devrez en faire la demande auprès du directeur ou de la directrice de votre maison. En attendant, l'école vous prêtera ce qu'il vous manque. »

Les enfants écoutent religieusement le professeur, certains étant affreusement gênés.

« Bill, tu adresseras mes amitiés à Molly et Arthur. Dis-leur qu'ils sont dans mes pensées. Tu peux sortir et rejoindre ton cour. »

Le grand garçon roux hoche de la tête avant de sortir du bureau.

« Scott, Rickard, Mara, Cindy et Drusilla, transmettez également mes amitiés à vos parents. Vous pouvez quitter le bureau également. »

Les enfants, sortent rapidement de la pièce, et certains lancent un regard indécis vers Philomena qui reste là.

« Wendy et Dempster, je vous remercie de votre présence, vous pouvez raccompagner les enfants dans leurs classes respectives. »

Les deux préfets saluent leur professeur avant de partir.

« Bien, Philomena. Maintenant que nous sommes tous les deux, veux-tu un bonbon ? Mes préférés sont au citron. »

Philomena refuse d'un geste de la tête.

« Le professeur Flitwick m'a dit que tu avais la baguette de ta mère, Marjorie Fawley. C'est exact ? »

Philomena hoche de la tête.

« Et tu n'as pas de baguette à toi ? »

Incapable de parler, Philomena secoue de nouveau nerveusement la tête. Le professeur se tait alors, et observe d'un regard intense la petite fille qui tressaille, avant de se toucher machinalement la tempe, comme pour se débarrasser d'un insecte importun. L'esprit du professeur Dumbledore est alors envahi d'images de bonbons, au point d'en percevoir presque le goût sucré. Il ouvre alors de grands yeux surpris sur la petite fille qui le regarde toujours, l'air impassible.

« Très bien, Philomena. Je vais te raccompagner en cours. Tu iras mercredi au Chemin de Traverse, à Londres, acheter une baguette. Dès que tu seras en cours, je vais envoyer un message à Garrick Ollivander pour qu'il s'apprête à te recevoir mercredi après le repas de midi. Félicitations, jeune fille, tu es boursière. »

Chantonnant, le professeur ouvre largement son bras gauche, montrant à Philomena l'escalier qu'elle emprunte.
End Notes:
MAJ de mai 2018 : relecture et corrections

MAJ de décembre 2019 : réécriture du chapitre après l'ajout de l'OS Je vous ferai mentir, à cette fanfic. Bonne lecture !
Premier cours de potions by Sifoell
Le professeur Dumbledore accompagne Philomena dans le dédale de couloirs et d'escaliers capricieux, jusque sous le lac, où se trouve la salle du Maître des Potions. Tout au long du chemin, le vieil homme essaie de deviser tranquillement avec son élève, car son petit doigt lui dit que cette petite fille mène une vie difficile. Et son petit doigt a toujours raison.
Le professeur apostrophe gaiment les portraits qui ornent les couloirs, étant civils avec ces sorciers et sorcières qui ont vécu des siècles auparavant. La petite fille reste silencieuse, et presque immobile mais ses yeux se promènent partout. La mémoire du professeur Dumbledore ne lui fait jamais défaut, et il se souvient du père de Philomena. Fortunat Fletcher, un sorcier malhabile et plein de colère. Le seul élève qui a réussi à se faire exclure définitivement de l'école, sans que le professeur n'essaie de le maintenir dans l'établissement. Fortunat était, dans son souvenir, un grand gaillard qui réglait à coups de poings les différents qu'il avait avec les autres élèves, et même avec Argus Rusard, qui, bien qu'il ne soit pas un exemple de gentillesse et de compréhension, fait plutôt bien son travail de concierge de Poudlard, étant les yeux et les oreilles d'Albus, parmi d'autres yeux et d'autres oreilles.
Bien avant la guerre contre Tom Jedusor, quand Fortunat était encore à l'école, il s'est mis à vendre sous le manteau des objets magiques détournés, et qui auraient pu mettre en danger la santé voire même la vie des autres élèves. Fortunat avait du mauvais en lui, et personne n'était capable de lui mettre de limites. Et quand Argus l'a surpris avec des potions frelatées, Fortunat l'a passé à tabac. Et le pauvre Argus ne pouvait rien contre l'immense Fortunat, cette grande brute de sorcier. Les professeurs sont arrivés à temps pour sauver Argus, et cela a marqué la fin de l'histoire de Fortunat à Poudlard.
Passant devant le quadriptyque du Baron Sanglant, le professeur Dumbledore le salue avec déférence.

« Bonjour, Baron, comment allez-vous aujourd'hui ? »

Le Baron, se découvre et s'incline, saluant le professeur et son élève.

« Je vous présente Philomena Fletcher, qui est en première année dans votre maison. »

Le Baron s'incline de nouveau.

« Philomena, ton père est Fortunat Fletcher, n'est-ce pas ? »

La petite fille acquiesce.

« Et ta mère ? »

« Marjorie Fawley. »

Le professeur fouille sa mémoire. Une petite silhouette grise et brune, maladroite, qui a étudié quelques années après Fortunat. Une élève qui brillait par sa discrétion. Le professeur hoche de la tête, et essaie de nouveau de sonder l'esprit de Philomena. La petite fille se gratte encore le front, et le professeur a un goût de citron sur la langue, et l'odeur de la menthe dans le nez. La petite fille lui jette alors un regard, comme l'accusant de lui chatouiller le front. Le professeur esquisse alors un petit sourire et frappe à la porte de la salle des potions, qu'il ouvre en grand.

Une longue silhouette noire se tourne vers eux, des yeux noirs enfoncés dans des orbites sombres et un teint cireux. La petite fille enfonce sa tête dans les épaules.

« Severus, je vous présente Philomena Fletcher, votre nouvelle élève. Je l'excuse pour son retard, mais je devais absolument voir quelque chose avec cette jeune fille. »

Le professeur Dumbledore esquisse alors un geste de la main, avant de tourner les talons. Le professeur de Potions n'a pas bougé. Sa voix claque soudainement dans le silence de la pièce. Philomena promène son regard partout, les élèves paraissent terrorisés par leur professeur.

« Hé bien, qu'attendez-vous ? Allez vous asseoir, ne nous faites pas perdre plus de temps que cela ! »

Philomena accélère alors le pas, et la porte claque derrière elle, la faisant sursauter. Les bougies qui éclairent la salle de classe vacillent, ne dispensant qu'une lumière faible et verdâtre. Philomena repère une place à côté de Gladys, qui pousse ses affaires. Philomena s'y précipite et se juche sur le tabouret. Ses pieds ne touchent pas le sol.

« Mademoiselle Fletcher, votre chaudron et votre livre de potions s'il vous-plaît. »

La petite fille regarde partout autour d'elle, le silence est pesant dans la salle, même Ethel Shammade ne se sert pas de ce prétexte pour se moquer.

« Au fond de la pièce, sur les étagères. Pressons, pressons ! »

Philomena va récupérer son chaudron. Gladys met son livre de potions au milieu du pupitre. Quand Philomena se juche de nouveau sur le tabouret, Gladys lui fait un petit sourire. Le cour commence alors.


Les élèves sont silencieux et appliqués, personne ne bouge une oreille dans cette salle de classe. Le professeur Rogue leur inspire une profonde crainte. Philomena est, comme ses camarades, attentive.

« Je n'espère pas le moins du monde faire du moindre d'entre vous un sorcier capable de réaliser des potions correctes. »

Le professeur circule entre les tables, tel un rapace tourmentant ses proies. Il continue à asséner ses phrases assassines et les petits corps se tassent sur les tabourets. Dans une grande envolée de cape, il se retourne et commence à leur faire la démonstration de l'utilisation du chaudron, des instruments de mesure. Les élèves ont sur leur pupitre l'ouvrage Mille Herbes et Champignons Magiques, ouvert à la table des matières. Les yeux de Philomena se promènent de la démonstration de leur professeur qui fait danser dans l'air fioles, pattes de cafards, liquides variés, à la table des matières qu'elle lit à toute vitesse. Sa main se pose sur un coin de pages, et elle chuchote à Gladys :

« Je peux ? »

La petite fille acquiesce, concentrée sur les gestes gracieux du sombre professeur. Philomena tourne alors les pages, analysant ce que leur montre le professeur Rogue, et papillonnant entre les différentes pages. Tout à coup, la voix sèche du professeur claque dans le relatif silence de la salle.

« Alors, qui sera capable de m'énumérer les ingrédients et leur juste mesure, et la potion que je suis en train de préparer ? »

Le regard perçant du professeur passe sur les élèves qui, impressionnés, ont la tête baissée et les yeux partout sauf sur cet homme. Mais Philomena se tient droite comme un i, et le fixe.

« Mademoiselle Fletcher ? »

« Vous avez préparé dans le chaudron de cuivre une potion de force. Vous avez mis quatre onces d'os, deux crochets de serpent, une fleur à corne que vous avez réduit en poudre dans le mortier qui est au-dessus de votre tête. Les autres ingrédients n'étaient là que pour nous distraire. Et la base de la potion est le liquide orange, un mélange de 50% de jus de citrouille pesante et de 50% de curcuma tartare. »

Le professeur reste immobile et silencieux. Rien ne transparaît sur son visage impassible.

« Dix points pour Serpentard... Maintenant, je souhaite que chacun de vous prenne les instruments et ingrédients nécessaires à la préparation de la potion de force. Soyez sûrs de bien la réaliser, parce que vous la boirez. Si elle est bien réalisée, vous bénéficierez de ses effets : une force accrue pendant une heure. Sinon, vous irez dans l'aile de Poudlard où est l'infirmerie ainsi que Mme Pomfresh. Vous avez trente minutes. »

Dans un silence religieux mais fébrile, les élèves s'exécutent.
End Notes:
MAJ de janvier 2020 : relecture et corrections
ASAP, Aide aux Sorciers Affligés et Purotins by Sifoell
Author's Notes:
Bonjour à tous, j'ajoute un cours chapitre à l'histoire (que je vais sûrement relire et corriger dans les jours qui viennent parce que je crois avoir remarqué des incohérences).
J'ai pas mal d'idées sous le coude (la faute à 5h de route et une appli dictaphone en marche), donc je risque d'avoir un bon rythme de parution pendant les vacances. Je croise les doigts.
Je vous souhaite une bonne lecture !
Scott et Philomena sont dans leur salle commune, en train de faire leurs devoirs. Ou plutôt, Scott lance en l'air des boules de papier, alors qu'il est allongé de tout son long sur un des canapés de velours vert, pendant que Philomena, assise dans un coin de la pièce à côté d'un des hublots donnant sur le lac, lit un livre de cours qu'elle a glané dans une des bibliothèques de la salle commune. Une longue silhouette s'approche de Scott et lui met un coup de pied, lui intimant de s'asseoir correctement.

« Hé !!! » s'exclame Scott qui s'assied en se massant le côté. Il a les cheveux dans les yeux, et regarde l'importun d'un air furibond.

« Scabior ! Fletcher ! Le professeur Rogue vous demande dans son bureau immédiatement. Je ne sais pas ce que vous avez fait, mais vous avez intérêt à ne pas avoir fait de conneries, sinon vous aurez aussi affaire à moi. »

Philomena, qui regardait l'échange d'un air prudent, referme le livre de potions qu'elle lisait et le dépose à côté du hublot.

« Bon, allez, magnez-vous ! J'ai pas que ça à foutre, moi ! »

Philomena se lève, mal à l'aise. Elle suit Scott, et se cache derrière sa déjà haute silhouette, en suivant le dédale de couloirs sombres et humides qui mènent au bureau du professeur Rogue, qui est aussi sinistre que l'est sa personne. Arthur frappe à la porte et entre quand une voix cassante l'invite. Le professeur est assis à son bureau, plongé dans un parchemin long comme le bras. Philomena regarde autour d'elle, cette grande pièce carrée, à la cheminée éteinte et noire de suie. Les murs sont remplis d'étagères elles-mêmes croulant sous les livres, parchemins, et bocaux de toute taille. Tout est soigneusement rangé et étiqueté, mais il y a une telle masse d'objets que cela en devient oppressant. Certaines choses flasques flottent paresseusement dans les bocaux, tandis que des fumerolles s'échappent de fioles. Un chaudron bouillonne dans un coin, au-dessus d'un feu rosâtre, dégageant une odeur écoeurante. Les enfants attendent poliment.

Le professeur lève brusquement la tête et remercie d'un geste Arthur qui va patienter dans le couloir, agacé.

« Fletcher, Scabior. Le professeur Dumbledore, en tant que directeur de cette école, m'a parlé de vos problèmes pécuniers, et m'a confié la très désagréable mission de m'entretenir avec vous afin de voir si vous pouvez prétendre à l'ASAP, aide pour les sorciers affligés et purotins. »

« La quoi ? » demande Scott qui semble soudain effrayé par cette question maladroite.

« Cela veut dire qu'on est pauvre, Scott. » répond Philomena d'un air distant.

Le professeur Rogue fixe ses deux billes noires sur la petite fille qui n'a pas l'air d'avoir plus de huit ans mais ne répond pas. S'ensuit un très long et laborieux questionnaire où les deux enfants répondent à une avalanche de questions, le professeur Rogue commentant de son air impatient, toutes les réponses qu'ils donnent.

« Scabior, vous avez vos deux parents ? »

« Oui... »

« Tous deux sont sorciers ? »

« Oui »...

Les questions sont tellement rapides que les enfants ont à peine le temps d'en répondre à une qu'une autre arrive déjà. Ainsi, le professeur Rogue sait déjà que Philomena et Scott ont tous deux leurs deux parents, qu'ils sont tous sorciers, mais ne travaillent pas (« cela m'aurait étonné »), qu'ils vivent chacun dans une maison qu'ils n'ont pas fini de payer (« ben voyons »), qu'ils sont enfant unique (« à quoi bon insister »), et qu'ils ont du mal à joindre les deux bouts (« ben voyons »). Le professeur gratte à toute vitesse son parchemin d'une petite écriture serrée et peu appliquée. Il apprend ainsi que les enfants n'ont pas pu acheter toutes leurs fournitures scolaires (« pourquoi faire »), que Philomena a une baguette qui n'est pas la sienne (« quelqu'un est mort ? »), que Scott a en tout et pour tout deux tenues (« et alors ? »), et qu'aucun n'a payé ses droits d'inscription à l'école (« de toute façon, tout est dû... »).

Après un échange douloureux et insatisfaisant, le professeur congédie les deux élèves en leur disant « Félicitations, vous êtes boursiers... », et se tourne vers Philomena qui, interloquée, apprend d'une part que « vos parents ne répondent pas à nos courriers et refusent d'ouvrir leur porte quand on les visite » et d'autre part que « le professeur Dumbledore, dans sa grande générosité, va vous offrir une baguette de chez Ollivander, qui est le meilleur fabricant de baguettes qui soit, en Grande-Bretagne » et enfin que « vous serez accompagnée par quelqu'un d'autre que moi pour aller acheter votre baguette, parce que bon, j'ai un métier, hein... ». Finalement, le professeur les raccompagne à la porte, les pousse franchement dans le couloir, pour enfin pouvoir claquer cette porte et réclamer la paix enfin méritée.

Les deux enfants se retrouvent dans le couloir sombre, se regardant en se demandant ce qu'il vient de se passer, et Arthur les récupère avec son habituel air blasé.

Ils reprennent le dédale de couloirs sombres et humides, et autour d'eux, certains portraits chuchotent, gloussent et les montrent du doigt. Philomena pense même avoir entendu quelques remarques déplacées dignes d'Ethel Shammade. Scott la regarde d'un air désabusé en haussant les épaules. Après tout, ils pourront avoir le matériel qu'il faut et sans débourser la moindre mornille, donc, l'un dans l'autre, ils ne sont pas si mal lotis que cela...
End Notes:
MAJ janvier 2020 : relecture et corrections
Bourse et chiffons by Sifoell
Author's Notes:
Bonjour tout le monde, voici un nouveau chapitre à ma fic.
Je préfère rajouter maintenant, quitte à effectuer de petites modifications des chapitres précédents s'il y a des incohérences.
J'ai quelques chapitres d'avance sous le coude, mais ne promets rien en terme de publication, comme ça je ne déçois personne (moi incluse).
Je vous souhaite une bonne lecture et meilleurs voeux pour cette nouvelle année :)
Un mercredi franchement pluvieux s'annonce, et les élèves ont le plaisir de découvrir leur deuxième cours d'histoire de la magie, dispensé par le très décédé professeur Binns. Flottant nonchalamment au-dessus de son estrade, le professeur, d'une voix éthérée et fort peu captivante, récite mot pour mot le premier chapitre du premier livre de l'Histoire de la Magie. Luttant pour ne pas s'endormir, Philomena suit le livre, tandis qu'elle se rend compte autour d'elle que l'attention des autres élèves va s'amenuisant, et que juste à côté d'elle, Gladys Gourdenièze et Daisy Miggens entament une grande discussion sur la dernière boutique de vêtements qui a ouverte sur le Chemin de Traverse, à Londres, et qui est tenue par une sorcière « à la pointe de la mode ».

Philomena regarde alors sa tenue ayant appartenu à sa mère qui est bien plus grande qu'elle, bien que fort petite déjà. Elle fouille alors dans la pile de livres qu'elle a emprunté à la bibliothèque de sa salle commune, et entreprend de compulser les différents sorts de la bonne ménagère. Faire un ourlet magique, réparer une malencontreuse déchirure dans sa cape préférée, paraître plus grande que l'on est, sort de réparation : cacher un affreux accroc sous une ravissante broderie. Philomena apprend par cœur quelques sorts qu'elle repère et laisse de côté les autres qui ne lui serviront sans doute pas (l'art de boucler ses cheveux, ajouter de mignonnes tâches de rousseur sur son nez et augmenter le volume de sa poitrine pour faire pâlir d'envie les autres sorcières).

Alors, tenant sa plume en guise de baguette magique, Philomena prononce les formules, effectue les gestes justes, comme une pianiste peut réviser la plus belle aria sur un comptoir. Gracieuse, le geste assuré, ignorant les regards étonnés et les moqueries, Philomena répète inlassablement les sorts qu'elle apprend. Elle sait que quand elle a répété sept fois un sort, elle s'en souvient. Sa mémoire a toujours fonctionné comme cela. Répéter sept fois, et graver à tout jamais.


Lors du repas, alors que Philomena écoute Gladys râler sur le cours d'histoire de la magie, promettant que jaaaaamais elle ne pourra supporter ce cours toute sa scolarité, elle picore dans son assiette et jette des regards nerveux vers Scott qui engouffre tout ce qui est à portée de mains, et Arthur Wood qui les ignore avec superbe. Une fois le repas terminé, Rubeus Hagrid se lève et vient les voir, ainsi que les cinq autres élèves concernés par l'ASAP, et d'une voix comme d'habitude peu assurée, prévient que les directeurs et directrices de maison veulent voir les jeunes boursiers, et que les préfets les accompagneront avec lui au Chemin de Traverse. Alors, rendez-vous à 14h pétante dans la Salle Commune.

Dans le même mouvement et silencieusement, les sept élèves boursiers se lèvent de leur table et se rendent au bureau de leur directeur ou directrice de maison. Scott et Philomena ont tellement hâte de revoir le professeur Rogue qu'ils traînent des pieds. Ils suivent Arthur Wood dans le dédale de couloirs et d'escaliers mouvants. Sans la présence de leur préfet, les enfants auraient été les jouets des facéties de leur école. Sans grande conviction, ils entrent dans le désormais familier bureau du sombre professeur. Ledit professeur a du mal à cacher son agacement. De cette espèce de moue dédaigneuse qu'il arbore souvent, il lit à voix haute le parchemin qui est déplié sur son bureau.

« Cher élève boursier. Cette année, vous avez l'immense privilège de bénéficier d'une bourse pour vous permettre de poursuivre vos études et d'acheter vos fournitures scolaires. Le montant alloué est d'une valeur de 147 gallions, 16 mornilles et 23 noises, ce qui correspond au prix des fournitures vendues par les magasins dont la liste figure ci-joint. Les gérants de ces magasins sont avertis de votre venue cet après-midi au Chemin de Traverse. Votre bourse sera confiée à Rubeus Hagrid, gardien des lieux et des clés de Poudlard. Vous serez accompagnés par les préfets de votre maison qui connaissent le Chemin de Traverse. Profitez bien de cette journée exceptionnelle, cher élève. Albus Dumbledore, directeur de Poudlard. »

Les yeux noirs du professeur Rogue se lèvent sur les deux élèves et d'une voix monocorde il ajoute.

« Je vous passe la lecture de la liste des magasins. Je présume et espère que si vous vous trouvez devant moi, vous savez lire. »

Après cet accueil glacial, le professeur Rogue fait un geste de la main leur signifiant de quitter son bureau avant de les ignorer totalement et de replonger dans un livre de potions envahi de notes griffonnées à chaque ligne, dans la moindre partie vierge du parchemin.

Les deux enfants se regardent avant de quitter le bureau du professeur silencieusement. Sur les jeunes épaules pèse le poids de ce jugement : ils sont pauvres et ont besoin d'aide pour payer leurs études parce que leurs parents ne peuvent pas le faire ou ne le font pas.


L'humeur des deux enfants Serpentard est sombre alors qu'ils montent dans les calèches menées par des destriers fantômes. Arthur Wood est avec eux, ainsi que Dempster et une élève de Serdaigle qui fixe d'un air effrayé l'avant de la calèche. Hagrid porte un énorme sac de cuir qui a l'air dégoûtant et fouraille à l'intérieur avec ses grosses mains pour en sortir de la viande crue qu'il lance en l'air face à l'avant de la calèche. La viande disparaît comme par enchantement, tandis que l'élève de Serdaigle détourne le regard, blanche comme un linge.

Passant à côté de leur calèche, Hagrid lance un regard triste à la jeune Mara et lui pose son énorme poigne sur l'épaule d'un air pataud qui se veut rassurant.

« Il faut bien les nourrir, Mara. Ils ont du trajet jusqu'à Londres... »

Philomena ouvre de grands yeux, ne voyant pas de quoi Hagrid parle, mais elle n'ose pas poser la question qui lui brûle les lèvres. Arthur marmonne alors.

« Des sombrals. Ce sont des sombrals qui tirent les calèches, et seuls ceux qui ont vu la mort peuvent les voir. »

Philomena acquiesce alors, pose un regard sympathique sur la petite Mara avant de regarder le paysage pour lui laisser le temps de se recomposer. Mara se tasse alors encore plus dans son siège et pleure silencieusement. Philomena lui saisit alors la main qu'elle garde dans la sienne un long moment. Une fois que les calèches s'envolent, Mara semble revenir à la vie, reprend sa main et chuchote un merci avec un tout petit sourire à Philomena. Le voyage commence alors vraiment, à une allure et une hauteur vertigineuses. Les enfants serrent leurs manteaux autour d'eux avant de profiter du paysage.


Les calèches atterrissent plus tard dans une sorte de terrain vague entouré de petites maisons. Dans un calme absolu, les calèches se vident d'élèves et Hagrid descend en dernier, alors que les essieux de la calèche qui l'a fait voyager grincent atrocement, faisant grimacer les enfants qui échangent des regards amusés.

« Bon, heu... Ben, c'est par là... » dit Hagrid d'un vague geste de la main. Hagrid appuie sur un bouton qui ferme son manteau qui émet alors une douce lueur blanche avant de s'éteindre. La petite troupe marche un petit quart d'heure avant d'arriver dans une rue moldue qui est remplie de gens qui s'effacent devant eux en ne les remarquant pas. Hagrid s'arrête brusquement devant un pub crasseux appelé le Chaudron Baveur, les élèves qui le suivent venant s'écraser dans ses jambes. Hagrid ramasse alors la petite Mara qui se masse discrètement les fesses alors que des rires étouffés se font entendre. Le géant entre alors dans le pub qui sent mauvais, où plusieurs sorciers sont attablés partout dans la salle sombre. Il sort un parapluie ridicule d'un recoin de son manteau et appuie de nouveau sur son bouton qui émet la lumière blanche et s'éteint. Puis il traverse le pub, en sort par une porte qui tient on ne sait comment au chambranle, suivi par les élèves qui sont très près de lui, peu rassurés. A l'aide de son parapluie ridicule, le géant appuie sur plusieurs briques du mur de la ruelle dans laquelle ils se trouvent, les briques vibrent puis tournent sur elles-mêmes avant de se déplacer et de laisser un passage suffisamment grand pour laisser passer la petite troupe.

Une fois dans la rue principale du Chemin de Traverse, l'atmosphère est tout de suite plus respirable. Les enfants regardent les devantures des magasins avec envie, ou les sorciers et sorcières qui traversent la rue, discutent devant les vitrines. Ils ont l'impression d'un bouillonnement des gens et ne savent où poser les yeux tant la rue est animée.

Hagrid range alors son parapluie, et farfouille de nouveau dans son sac en cuir dégoûtant. Des yeux s'agrandissent, s'attendant à ce qu'il en sorte de la viande crue, mais non, il leur montre les pièces d'or, d'argent et de bronze qu'il a. Puis, se ravisant, il les remet dans son sac, et en sort la liste de fournitures ainsi que la liste des magasins.

« Bon... Heu... On va commencer par aller là », il montre la boutique de prêt à porter de Mme Guipure et se fraie un chemin parmi la foule faisant du lèche vitrine, suivi par les élèves. L'énorme silhouette d'Hagrid essaie de se faufiler dans le magasin, poussant portants, sorcières encombrées de paquets et jusqu'à Mme Guipure qui, le chignon défait et le rouge aux joues, somme « Monsieur Hagrid » de « bien vouloir se donner la peine d'attendre dans la rue » parce que « quand on est trop grand pour rentrer dans une boutique, on reste dehors ! ». Hagrid, confus, sort en marmottant quelque excuse et en renversant des piles de boîtes de chaussures. Philomena ramasse quelques vêtements qu'elle accroche aux portants, et quelques boîtes qu'elle entasse, avant que mme Guipure, qui s'est repeignée, promène sa petite silhouette dodue vers la toute petite fille et la remercie d'un sourire que l'on sent à moitié attendri et à moitié agacé.

Philomena lui sourit aussi avant de se lever et de mettre ses mains dans ses poches.


Mme Guipure se place alors au centre de son magasin, et de grands gestes des bras invite les enfants à s'approcher d'elle.

« Bien, bien, les enfants. J'ai reçu une lettre du professeur Dumbledore qui m'a dit que sept enfants de première année bénéficient aujourd'hui d'une bourse, et que je dois leur faire des vêtements : trois robes de travail noires, un chapeau pointu noir, une paire de gants protecteurs en cuir de dragon et une cape d'hiver noire avec une attache en argent. ».

Une petite main se lève parmi les enfants.

« Oui ? »

« Le professeur Rogue nous a dit qu'on avait la même somme pour tout le monde, mais si par exemple vous utilisez des robes d'occasion, cela sera moins cher. En gros, je voudrai savoir si vous pouvez me faire des vêtements moins chers, et si vous le pouvez, est-ce que je peux acheter autre chose dans votre boutique ? »

Mme Guipure fronça les sourcils, réfléchissant.

« Ecoute... »

« Philomena. »

« Philomena, c'est un très joli prénom. Le professeur Dumbledore m'a confié 25 gallions par enfant pour le trousseau dont je viens de vous parler. Mais, oui, si des tissus de seconde main ou des robes d'occasion peuvent être adaptées à toi, je pense bien que tu peux acheter autre chose dans ma boutique, si on a le temps. Parce que c'est du sur mesure, ici, Philomena, cela demande du temps. Vous êtes sept enfants, et je travaille avec deux autres couturières. »

« Sinon, si j'apprends des sorts pour coudre, je peux acheter du tissu... Ou... »

« Toi, tu as vu quelque chose qui t'a plu dans ma boutique... Je reconnais cette petite étincelle qui s'allume dans les yeux des filles quand un objet a touché leur cœur... Qu'as-tu repéré ? »

Philomena semble soudain gênée, et montre du nez une paire de chaussures rouges avec des ailes de cuir brodées sur les côtés. Elles coûtent 10 gallions... Mme Guipure a l'air soudain un peu triste, mais son naturel joyeux l'emporte.

« Je te promets de faire ce que je peux pour que tu aies ce qu'il te faut, voire ce que tu souhaites aussi. »

Soudainement, Mme Guipure se redresse, frappe dans ses mains et chasse les préfets de la boutique en leur disant « Allez vous promener, les enfants, profitez de la journée ! » Dempster et Wendy quittent la boutique main dans la main, Arthur marmonne qu'il va s'acheter des bonbons et la préfète de Poufsouffle, Linda, murmure qu'elle va acheter des ingrédients pour des potions. Deux jeunes sorcières fort bien apprêtées sortent alors de l'arrière boutique. Mme Guipure fait apparaître deux autres de ces sortes d'estrades rondes sur lesquelles elle fait monter trois des élèves (« les garçons d'abord ! ») tandis que les quatre filles patientent. Bill Weasley est pris en charge par mme Guipure elle-même, tandis que la jolie sorcière brune s'occupe de Scott et la jolie sorcière blonde de Rickard qui n'en peut plus de rosier. Bill fait un peu la tête mais adresse un sourire poli à la très ronde et enjouée Mme Guipure qui de gestes de la main enjoint les filles à regarder ce qu'il y a dans sa boutique. Drusilla, Mara et Cindy s'empressent de regarder puis toucher l'avalanche de robes, fanfreluches, tout en poussant des exclamations heureuses, tandis que Philomena reste assise à regarder autour d'elle. D'une voix timide, elle demande.

« Vous n'avez pas un livre sur les sorts de couture ? »

La jolie sorcière blonde en somme un d'un « Accio Couture pour sorcière débutante et branchée » et sourit en lui disant qu'elle le lui prête le temps de s'occuper des garçons. Philomena la remercie d'un sourire et plonge alors dans la lecture, lisant les astuces sept fois et mimant de sa main vide les gestes qu'il faut effectuer avec sa baguette, chuchotant les sortilèges. Et quand Philomena est dans un livre, le monde peut s'écrouler autour d'elle, elle n'en saura rien.


Quand vient son tour et que les garçons portent leurs nouveaux vêtements d'un air pas peu fier, Philomena se rend compte que les filles aussi sont prêtes. Elle se lève alors d'un air affolé, en reposant le livre qu'elle a presque terminé (elle était au chapitre « Des finitions raffinées pour une silhouette élégante »). Les deux sorcières s'occupent de mettre dans des sacs les vêtements que les six enfants ont acheté, et Mme Guipure fait disparaître les deux estrades en trop, avant de l'inviter à grimper dessus. La patronne déborde d'une énergie contagieuse et Philomena se sent rassérénée.

Le mètre de la couturière semble se mouvoir selon sa propre volonté, tandis que Philomena doit écarte les bras, toucher ses orteils avec ses doigts, lever les yeux vers le ciel et toucher son nez en levant un pied, mais pas tout cela en même temps, sinon bien entendu elle serait tombée. Mme Guipure s'agite encore, tandis que la jolie sorcière brune marmonne en regardant dehors.

« Merlin, ce n'est pas possible. Il mesure 2m50 et il a réussi à se perdre dans la rue... » avant de sortir de la boutique et d'appeler « Rubeus !!! Les enfants sont prêts ! » et d'agiter le bras en direction du bas de la rue principale.

Hagrid arrive alors tout penaud, serrant son manteau qui émet des couinements contre lui. Les enfants le suivent, et Philomena reste sur l'estrade. Avant de fermer la porte, Hagrid informe qui veut bien l'entendre qu'il va chez Fleury et Bott, et « où sont donc les préfets ? »

La sorcière brune dit alors : « A la boutique de l'apothicaire pour la Poufsouffle, les amoureux sont chez Fortarôme et le Serpentard doit être chez Pirouette et Badin. »

Hagrid pâlit fortement avant de fermer la porte. Il doit sans doute faire plusieurs allers retours entre les différentes boutiques pour rassembler ses élèves, tout en en laissant une chez Mme Guipure. Hagrid sent que la tâche est compliquée et que la journée sera longue.
Fabricant de baguettes depuis -382 by Sifoell
Author's Notes:
Bonjour, je poursuis sur ma lancée et publie un court chapitre où Philomena continue ses courses au Chemin de Traverse.
Ce week-end, je profiterai de prendre un peu de temps de relecture / corrections pour la fic depuis le tout début.
Je vous souhaite une bonne lecture et passez un bon week-end.
Mme Guipure est la seule couturière du magasin à ne pas avoir bronché quand Philomena a dit qu'elle s'appelait Fletcher. La jolie sorcière blonde, Eline, a dit que Ding' lui avait vendu une potion frelatée lui ayant provoquée des éruptions cutanées fort déplaisante, tandis que la jolie sorcière brune, Lisbeth, a marmonné que son mari était encore à Sainte-Mangouste après que Fortunat l'ait « sauvagement frappé le visage ». Le sourire de Mme Guipure s'est à peine atténué, et elle s'est empressée d'empaqueter les achats de Philomena, ainsi que la paire de chaussures. Philomena a quitté la boutique la tête rentrée dans les épaules, entendant la patronne invectiver ses employées : « les enfants n'ont pas à payer pour les erreurs des grands, mesdemoiselles ! ».

La rue est pleine de sorciers affairés, et Philomena repère la haute silhouette d'Hagrid, et les élèves réunis en troupeau autour de lui. Elle avance d'un bon pas pour les rejoindre. Hagrid l'accueille alors d'un demi-sourire avant de la pousser dans la boutique d'Olivander, fabricant de baguettes depuis -382, comme son enseigne l'indique. Le bâtiment semble miteux, ayant besoin de réparations, contrairement à la jolie boutique raffinée qu'est celle de Mme Guipure. Dans un désordre indescriptible de petites boîtes de bois, de carton, ou d'étuis en cuir tous étiquetés et griffonnés d'une écriture de mouche, un petit monsieur à l'air intelligent et à la mise simple accueille Philomena chaleureusement.

« Mademoiselle Fletcher... Enchanté de faire votre connaissance. Le professeur Dumbledore m'a écrit pour me prévenir de votre venue, et vous dire qu'il vous offrait votre baguette, parce que celle que vous utilisez ne vous obéit pas. »

Impressionnée, Philomena enfonce ses mains dans ses poches et acquiesce.

« Approchez, approchez, je ne mords que mes ennemis. »

Philomena fait un demi-sourire et s'avance.

« Montrez-moi donc la baguette que vous utilisez, car, je me souviens de chaque baguette que j'ai fabriquée, et de chaque sorcier ou sorcière à qui je l'ai vendue. »

Philomena sort de sa poche la baguette de sa mère, que le vieil homme regarde d'un air attentif, perdu dans ses souvenirs.

« Baguette de frêne de 22 centimètres, souple, avec en son cœur un crin de licorne. Cette baguette ne peut pas être utilisée par quelqu'un d'autre que votre mère, Marjorie Fawley, parce que le frêne est fidèle, d'autant plus quand il est associé au crin de licorne. Votre mère n'a plus le droit de l'utiliser, n'est-ce pas ? »

Philomena reste figée sur place, ne répondant rien. Alors, de sa voix douce et lente, continuant à asséner la vérité, Ollivander poursuit...

« Votre mère a offert sa loyauté et sa fidélité mais c'est un choix qui est fort peu avisé. Fortunat Fletcher refuse que votre mère se serve de sa baguette ? »

Philomena a les yeux qui brillent mais serre les dents.

« Alors, cette baguette est morte, si elle vous a été confiée. Si Marjorie veut venir en acheter une autre, ma porte est ouverte. Cette baguette n'est plus d'aucune utilité, malheureusement. »

Le vieil homme s'approche alors de Philomena, tout doucement.

« Mais maintenant je vais m'occuper de vous, et tâcher de trouver la baguette qui sied à ce caractère que je devine, et à cette grande puissance magique que je sens émaner de cette si petite personne. Vous êtes destinée à faire de grandes choses, Philomena Fletcher, soyez en sûre... Commençons ! »

D'un geste de sa propre baguette, Ollivander convoque un mètre de couturier qui s'agite autour de Philomena, à lui en donner le tournis. Il mesure la longueur de ses bras, de ses mains, du poignet au bout du majeur, l'écartement de ses doigts et la longueur de son nez, comme doué d'une volonté propre. Ollivander regarde avec une grande attention le balai de son mètre qui se vole autour de la petite fille comme un ruban porté par un vent furieux. Puis, il sourit.

« J'ai envie d'essayer autre chose, Philomena. Regardez les baguettes qui vous entourent. La baguette choisit son sorcier. Appelez-la. »

Les yeux de Philomena quittent le vieil homme pour regarder autour d'elle, les étagères encombrées de centaines et centaines boîtes et elle sent comme si cet instant allait déterminer le reste de sa vie. Elle tourne sur elle-même, ses yeux se promenant sur les boîtes poussiéreuses.

« Vous devez dire Accio baguette de Philomena Fletcher et tendre le bras » chuchota Ollivander.

Philomena ouvre de grands yeux sur le vieil homme, pensant à son premier cours de sortilèges où elle avait été si mauvaise.

« Et vous devez y croire, jeune fille... »

Philomena ferme alors les yeux, très fort, comme quand on fait un vœu, tend le bras gauche, la main offerte, et d'une voix que l'on ne penserait pas sortir de ce petit corps, elle prononce.

« Accio baguette de Philomena Fletcher ! »

Quelque chose vibre dans un étui en cuir élimé, quelque part tout en haut d'une étagère, puis la baguette se lance en l'air, aimantée par la petite sorcière, et vient se ficher dans sa main, toujours dans son étui, comme emplie de pudeur. Philomena ouvre alors les yeux, n'y croyant pas.

« Ouvrez l'étui... »

Philomena défait l'étui qui s'ouvre comme une enveloppe, et en sort une baguette courte et ferme.

« 16 centimètres, bois de sorbier et crin de queue de sombral. Une baguette puissante dans les mains d'une sorcière au cœur pur et qui est capable de vaincre la mort. Cette baguette vous protègera, vous et les vôtres, vous et ceux que votre cœur choisira. Vous ne ferez jamais aucun mal avec cette baguette, Philomena Fletcher, car vous en êtes incapable. »

Soudainement, le vieil homme s'éloigne, part dans son arrière boutique, et Philomena l'entend ouvrir et fermer des tiroirs, entend des bruissements de papier que l'on défroisse. Le vieil homme revient alors.

« Bois de frêne et cœur de licorne. Fabriquez une autre baguette qui ne sera fidèle qu'à votre mère, ou vous, Philomena. J'imagine bien, d'après ce que m'a dit le professeur Dumbledore de vous, que vous serez capable de fabriquer une baguette correcte. Et si vous avez besoin de conseils, écrivez-moi ou venez me voir. »

Philomena prend dans sa main le matériel, et enfouit dans sa poche sa baguette.

Sa baguette.

Deux petits mots qui prennent une importance de plus en plus grande dans son esprit.

Sa baguette.

Philomena remercie alors le vieil homme et quitte la boutique, à la recherche des autres élèves et de ce grand pataud d'Hagrid.
Fioles, rossée et bouquins by Sifoell
Author's Notes:
Bon, ben je continue sur ma lancée, Philo continue ses courses, on découvre un petit peu plus son caractère, et son entourage.
Sa baguette dans sa poche, Philomena sort de chez Olivander et balaie du regard la rue encombrée de sorciers et sorcières faisant leurs achats. Elle ne voit que capes noires et chapeaux pointus, des châles colorés et des hiboux sur des épaules. Aucun élève n'est en vue, ni Hagrid dont la haute silhouette serait comme un phare dans cette foule. Elle cherche les magasins dans lesquels ils sont censés acheter le reste de leurs fournitures : Wiseacres équipements pour sorciers, et la librairie Fleury et Bott. Philomena promène sa petite silhouette, se faufilant parmi les personnes qu'elle croise et qui ne la voient pas. Le magasin d'équipement est au centre de la rue, elle s'y rend alors, en espérant retrouver les autres.

La devanture est plutôt avenante, et le magasin ressemble à une brocante moldue, proposant plein d'équipements divers, des fioles aux chaudrons en passant par des balances, des télescopes. Certains outils sont montés en pendentifs et qui tournent sur eux-mêmes. Il y a même des jouets ensorcelés, quelques magasines et un peu de nourriture. Lorsqu'elle entre dans le magasin, une petite cloche signale sa présence et une très grande sorcière fumant une pipe qui dégage une odeur sucrée l'accueille d'un bonjour glacial. Elle est en train de ramasser à coups de balais coléreux des bris de verre.

« Tu dois être Philomena Fletcher. Rubeus Hagrid et les élèves viennent de passer. Et il a refusé d'attendre dehors, pensant qu'il passerait facilement entre les rayons... Et après avoir renversé un rayonnage de fioles, il a eu le culot de me dire qu'elles étaient mal rangées... »

« Bonjour, Madame. Désolée pour cela... »

Puis, hésitante, sa petite voix poursuite :

« J'aurai besoin de... »

« Je sais, le professeur Dumbledore m'a fourni la liste de fournitures. Un chaudron standard en étain de taille 2, bien que je pense qu'un taille 1 serait mieux pour toi, tu n'es pas bien grande... Tu es sûre d'avoir 11 ans ? »

« Oui, madame... »

« Madame Sparrow... Mais tu peux m'appeler Elise. Bon, on part sur un taille 1 ? Tu n'auras pas besoin de modifier tes recettes, le taille 1 est à peine plus petit. »

La sorcière s'est radoucie et lui adresse un petit sourire. Elle jette son châle qui se balançait devant elle sur son épaule, et éteint une frange qui prenait feu.

« Ne commence jamais, dit-elle en désignant sa pipe... »

Elle promène sa haute silhouette parmi les rayonnages débordant d'objets hétéroclites et accio un chaudron de taille 1.

« Celui-là te va ? Il est un peu moins cher que la taille 2. »

« Vous en avez en bon état et d'occasion ? »

La sorcière fronce les sourcils.

« Oui... Hagrid m'a dit que tu souhaitais acheter d'occasion. Tu es une petite maligne. »

Elle repose en rayon le chaudron qu'elle avait pris et en reprend un autre qu'elle dépoussière en soufflant dessus, et en toussant bruyamment d'une toux bien rauque.

« Bon... On a le chaudron. Je te conseille d'acheter des fioles neuves, parce que c'est un peu compliqué de les nettoyer correctement. Par contre, la boîte, tu peux la prendre d'occasion. Celles en verre sont moins chères, tu préfères ? »

La petite fille acquiesce.

La sorcière rassemble au fur et à mesure ce dont elle parle.

« Pareil, la balance de cuivre, tu peux la prendre d'occasion aussi, elles sont solides. Par contre, je te conseille un télescope neuf parce que c'est un matériel fragile, et on ne sait jamais comment il a été traité avant. »

La sorcière montre alors un panneau : « tout objet acheté d'occasion devient la responsabilité de son acheteur. Merci de vous assurer de son état AVANT de l'acheter au lieu de vous plaindre APRES. Aucun remboursement ne sera fait, ni acompte, ni remplacement. Tous nos produits sont testés par nos soins. ». Philomena fronce alors les sourcils.

« Mais pourquoi vous vendez des télescopes d'occasion, alors ? »

« Pour pièces. Tu sais que tu es la seule élève à vouloir acheter d'occasion ? Et avoir tout cela, tu dois encore dépenser 5 gallions et 4 mornilles... Veux-tu quelque chose de particulier ? Nous avons des jeux éducatifs, de petits objets ensorcelés... »

Philomena regarde partout autour d'elle, les rayonnages encombrés et plein de poussière. Elle avise une espèce de trousse tout en longueur.

« C'est une trousse à ourlet. Les sorcières y rangent leurs petits effets personnels et la trousse se glisse d'elle-même dans un ourlet. Il y a un sort de rétrécissement donc tu peux ranger des objets volumineux. C'est très discret et à l'abri des voleurs. Elle compte deux gallions. »

« Je la veux bien... Et ça, c'est quoi ? » demande Philomena en désignant ce qui ressemble à une montre à gousset.

« C'est une montre ensorcelée... Celle-là, je n'ai jamais bien compris à quoi elle servait. Tu vois, elle a deux cadrans, et la mécanique est complexe. Je pense qu'elle peut sonner pour te rappeler un rendez-vous. »

Tout en parlant, la sorcière promène ses longs doigts fins sur la montre à gousset métallique, et somme toute plutôt banale, si ce n'est les jolis engrenages intriqués l'un dans l'autre. Elle ouvre et ferme le clapet, triture les mécanismes et approche de très près le cœur de la montre de son œil vert.

« Elle me plaît bien, elle est belle. »

« Je te fais les deux pour cinq gallions, et je te rends quatre mornilles, comme ça tu pourras t'acheter des bonbons. »

Sur ce, la sorcière lui fait un clin d'oeil et sourit. Elle s'approche alors de son épais registre ouvert sur son comptoir encombré.

« Je le mets au nom de qui ? »

Philomena hésite.

« Philomena Fletcher... »

La petite fille voit la très grande sorcière tiquer sur ce nom. Mais elle ne dit rien. Et son attitude ne change pas.

« Très bien, c'est noté. Vous repasserez quand vous aurez fini ? Les autres n'ont pas emmené leurs affaires non plus. Mais tu peux prendre la montre à gousset et la trousse à ourlet, si tu veux. »

La petite fille acquiesce, empoche la montre et la trousse, et sourit à la grande sorcière avant de quitter Wiseacres.


Les quatre pièces dans sa main, Philomena descend la rue, voyant l'immense enseigne de la librairie Fleury et Bott. De l'autre main, elle joue avec la montre qu'elle fait tourner dans sa main, au fond de sa poche. Elle saute d'un pavé à l'autre, esquivant les flaques et les passants, et se rapproche sans s'en rendre compte d'une ruelle sombre et boueuse que les autres sorciers évitent inconsciemment. Philomena ne s'en rend pas compte non plus, mais un sorcier est adossé à un mur, tandis qu'une sorcière est assise sur un banc, et ils ne ratent pas un seul détail de ce qui se passe sous leurs yeux dans la rue. Philomena ralentit alors qu'elle regarde la devanture très colorée du magasin de farces et attrapes Pirouette et Badin, et ses yeux se sont à peine posés sur l'étalage de bonbons de toutes les couleurs quand une main la tire brutalement en arrière, serrant son bras au point de lui faire mal. Elle n'a pas le temps de protester qu'une main vient se poser sur sa bouche et son nez et elle est emportée en arrière.

C'est quand son petit corps est plaqué sur les murs humides et crasseux de l'allée des embrumes qu'elle reconnaît son père. Fortunat est là, immense et furieux, à la dévisager. Philomena tremble de peur et aimerait que le mur la dévore plutôt que d'avoir affaire à son père dans un tel état de rage. Sa voix éraillée murmure.

« Une bourse pour nécessiteux ? Le professeur Dumbledore m'a envoyé une lettre disant que tu n'avais pas les fournitures nécessaires à ta scolarité... Et il t'a donné une bourse pour nécessiteux ? »

Philomena sait qu'il vaut mieux ne rien répondre, le laisser exprimer sa colère vaut mieux que l'attiser.
« Et elle est où, cette bourse pour nécessiteux ? Vu que je suis un si mauvais père que je n'ai pas les moyens d'habiller ma fille ! »

La voix de Fortunat s'élève sur quelques mots, avant de redevenir sourde comme une menace.

« Elle est dans tes poches ? » et ses mains commencent à la fouiller.

Sa petite voix s'élève alors, se frayant difficilement un chemin dans sa gorge serrée par la peur.

« Non... C'est Rubeus Hagrid qui a l'argent... »

La tête de Fortunat Fletcher se lève alors, et ses petits yeux noirs s'engouffrent dans les grands yeux noirs de sa fille. Ses cheveux roux et sales lui tombent sur le visage qui est mangé d'une barbe drue. Fortunat Fletcher devient alors d'un coup franchement rouge, puis blanc, et Philomena serra les yeux, les poings et les dents quand elle reçoit un coup du poing de son père juste sous les côtes, lui coupant la respiration. Fortunat s'éloigne alors de sa fille qui tombe au sol comme une poupée de chiffons, et darde sur elle un doigt menaçant.

« Tu me ramèneras tout cet argent aux vacances, pour remercie ton père de tout ce qu'il fait pour ton inutile de mère et toi. Sinon, ce n'est pas la peine de revenir, ma fille ! »

Sa voix siffle sur le dernier mot, et il s'éloigne.


Titubant dans la ruelle sombre, Philomena rejoint le chemin de traverse, une main posée sur ses côtes. Elle entend plusieurs voix l'appeler. Elle se redresse alors, et lève la main, en serrant les dents. Passant devant un sorcier adossé à un mur, elle l'entend murmurer.

« Ce n'est pas un assez gros poisson, Babeth... Souviens-toi, vigilance constante ! »

Son regard est porté sur une sorcière assise en face de lui, sur un banc, l'air renfrogné. Des Aurors ! Philomena est sûre que ces deux sorciers sont des Aurors qui sont en planque pour arrêter des sympathisants de Voldemort en cavale. Et ils ont laissé faire son père. Philomena se redresse alors encore plus, essayant de se faire plus grande et plus importante qu'elle ne l'est, et elle passe devant le sorcier en le regardant bien, rejoignant la haute silhouette d'Hagrid et les autres élèves.

Hagrid tient par une corde une espèce de petite charrette à roulettes où sont entassés des tas de livres. Il accueille Philomena d'un sourire chaleureux en lui disant.

« Comme on te voyait pas venir, je t'ai pris tes bouquins... »

Puis, se tournant vers les autres enfants.

« Bon, on récupère toutes les courses et on y va ! »

Et c'est cahin-caha que la petite troupe repart, Philomena derrière, le teint pâle et les mâchoires serrées.
End Notes:
Bonjour,

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Je reprends le travail demain, donc je pense que le rythme de publication sera plus lent. Sans doute le mercredi et le week-end.
Je travaille sur un plan de plusieurs chapitres afin de pouvoir avancer tranquillement l'histoire.
A bientôt :)
Sans se lasser, Philomena évite la catastrophe ! by Sifoell
Author's Notes:
Bonjour,

Allez, hop, un petit nouveau.
Je commence à pratiquer le dictaphone avec mon téléphone quand je suis dans mes bouchons quotidiens, ce qui me permet de jeter quelques idées deci delà et de structurer progressivement mon récit. Je publie dès que je les ai fini les chapitres (pour le moment, j'ai un bon rythme je trouve), parce que j'ai très envie d'avancer l'histoire de Philomena qui précède celle de Drago au Pays des Moldus (et d'autres encore). Ce sont des histoires qui m'habitent depuis des années (regardez donc la date de publication du premier chapitre... Pfff...), et je pense qu'il est largement temps de leur donner naissance.

En tout cas, j'espère que cela vous plaît, n'hésitez pas à poster des reviews si vous en avez envie.

Je vous souhaite une bonne lecture !!! Puis bonne année si je ne l'ai pas déjà dit :)
Personne n'a rien remarqué. Philomena maîtrise l'art de la discrétion au plus haut point. Personne n'a remarqué cette raideur qu'elle essaie de dissimuler sous l'air de vouloir paraître plus grande. Personne n'a remarqué qu'elle parle moins que d'habitude, alors que déjà elle n'est pas loquace. Elle a peut-être moins posé de questions en classe, a sans doute moins ri aux blagues de Gladys que la plupart du temps elle n'écoute pas. Mais, Merlin merci, pas de rhume à l'horizon donc pas d'éternuement ou de toux intempestifs lui donnant l'impression de s'ouvrir à vif la cage thoracique. Oh, sans doute a-t-elle plus de mal à soulever son chaudron en étain de taille 1, sans doute aussi a-t-elle du mal à faire ses lacets, et de toute façon, au bout de deux semaines de cours seulement, et après avoir une baguette qui est sienne depuis à peine deux jours, elle connaît peu de sorts de lévitation et peu de sorts pour faire ses lacets. Tout s'est bien passé pendant deux jours, jusqu'au cours de vol.

Tous les élèves sont en rond, un balai prêté par l'école au sol, et Mme Bibine papillonne d'un élève à l'autre en donnant ses directives. Se tenir droit, regarder l'horizon, et d'une voix ferme prononcer « Debout » pour récupérer son balai dans sa main. Tout de suite, Philomena ne l'a pas senti, ce cours. Les hauteurs lui font peur, elle est plus furtive que funambule. Et quand elle a récupéré le balai dans la main, du côté d'où son père l'avait frappé, cela lui a fait comme un coup de poignard. Mais elle a serré les dents. Elle serre toujours les dents. Toujours faire semblant que tout va bien, que tout est normal. Ne pas attirer l'attention, et surtout ne pas attirer les questions.

Mme Bibine félicite les élèves qui ont réussi à faire se lever leur balai du premier coup, sans s'en prendre un coup dans la tête, et sans qu'il reste à vibrer au sol. Mme Bibine est rapide et efficace, et demande aux élèves qui ont réussi de recommencer, sans laisser tomber leur balai. Alors, Philomena se baisse le plus possible, et ça lui compresse le ventre, et elle se relève et elle a la tête qui tourne. Il faut qu'elle pense à respirer. Mme Bibine porte sur elle un regard interrogatif. Après tout, c'est peut-être de l'appréhension des hauteurs. Cela doit être ça.

« Ne vous inquiétez pas, les enfants, apprendre le balai, c'est comme apprendre le vélo pour les enfants moldus. Une chute ou deux, sans gravité, et on ne l'oublie jamais. »

Philomena esquisse un sourire qui ne monte pas à ses yeux. Et inlassablement, elle répète, debout, pose son balai au sol, se relève, respire un coup et recommence.

Maintenant, tous les élèves arrivent à peu près à faire se lever leur balai. Vient le moment de l'enfourcher, et Philomena ne le sent pas du tout. Mais alors, pas du tout.

Elle a sur le côté un bleu de la taille d'une assiette et ses côtes crissent quand elle bouge.

Cela ne va pas le faire.

Mme Bibine poursuit ses explications, on grimpe sur son balai comme en enfourche une bicyclette, le guidon est le manche à balai, et les cale-pieds sont généralement intégrés à la brosse du balai. Philomena enfourche son balai, se cale comme elle peut. C'est inconfortable. Déjà, en temps normal, elle trouverait cela inconfortable, et elle n'a jamais fait de vélo. Ses doigts serrent le manche à balai à en blanchir ses phalanges. Ses mâchoires sont tellement serrées qu'elle pense qu'elle pourrait se casser les dents. Mme Bibine, les sourcils froncés, lui dit :

« Philomena, n'aie pas peur, je suis là. Il ne peut rien t'arriver. »

Philomena secoue la tête. Ce sont des mensonges, il arrive toujours quelque chose.

« Non, ça va, Mme Bibine. »

« Tu peux essayer au prochain cours, si tu veux... J'ai déjà eu des élèves qui étaient impressionnés par les hauteurs, tu n'es pas obligée de le faire maintenant. »

« Non, ça va aller, Mme Bibine... » répète Philomena d'un filet de voix.

Mme Bibine acquiesce, guère convaincue, et poursuit ses instructions. Se pencher un peu en arrière pour prendre de la hauteur et diriger son balai avec l'ensemble du corps, les pieds. Ne pas prendre de la vitesse trop vite, ralentir en orientant le « nez » du balai vers le sol. Ne pas prendre de la hauteur trop vite, ne pas se pencher trop en arrière.

Philomena s'exécute, raide comme un piquet. Aucune position n'est confortable. Cela crisse, se tend comme des draps mouillés. Il a du lui casser une côte, c'est pas possible. Et progressivement, Philomena prend de la hauteur jusqu'à ce qu'elle voit le bureau du professeur Dumbledore, qu'elle se rende compte qu'elle est très haut, beaucoup trop haut, et que les cris en bas sont ceux des élèves et de Mme Bibine. Un vertige la saisit, elle ferme les yeux, sent son balai plonger, les rouvre grand et crie, essaie de redresser (se pencher en arrière mais pas trop), mais c'est inconfortable, tellement inconfortable. Et tellement haut. Tellement rapide. La panique commence à la faire respirer bien trop vite, et Philomena voit le mur se rapprocher à toute vitesse à sa droite, et le sol sous ses pieds. Elle sursaute, part en vrille, se cogne la tête la première contre le mur, rentre sa tête dans les épaules, serre les dents, et rencontre le sol à pleine vitesse.

Philomena ne s'en est pas rendue compte, mais Mme Bibine a essayé de la rejoindre, elle-même en balai. Et le bourdonnement dans ses oreilles a camouflé les conseils que Mme Bibine lui criait. Et là, tout ce que Philomena entend, c'est sa respiration qui siffle, ses côtes qui crissent, ses muscles qui peuvent à peine s'étirer pour lui permettre de respirer. Recroquevillée sur elle-même, enfourchant toujours le balai, elle essaie de disparaître dans le sol. Elle a dans les yeux des larmes qui les noient, et qu'elle voudrait ne pas laisser couler.

Philomena sent sur sa joue une main fraîche, et dans son champ de vision il y a le visage de Mme Bibine qui parle à toute vitesse, et ses yeux jaunes qui la regardent dans ses yeux noirs. Mme Bibine lui pose des questions mais la douleur est trop grande et l'empêche de parler. Des rires se font entendre, encore Ethel et sa bande, mais cela n'a pas d'importance. Mme Bibine saisit les épaules de Philomena comme pour la relever, mais elle gémit.

« Allons, tu n'as pas chuté de si haut. Un bleu et des bosses et c'est tout... »

Mme Bibine la relève alors mais Philomena est comme une poupée de chiffons, franchement penchée sur sa droite, incapable de se tenir droite, les mains enveloppant son torse. Philomena essuie alors ses larmes et son visage, trouve ses doigts poisseux de sang, se redresse quand même, et fait le plus petit sourire possible en chuchotant.

« Ca va aller, ça va mieux... Ca va aller... »

Mme Bibine se baisse à sa hauteur, la regarde bien dans les yeux avant d'appeler Gladys Gourdenièze et Scott Scabior, et leur demande de l'accompagner à l'infirmerie.

« Non, pas besoin... Ca va aller... »

Les rires s'éteignent, la haute silhouette maigre de Scott s'approche, un peu mécontent de louper son premier cours de balais, et les bouclettes blondes de Gladys toutes ébouriffées se rapprochent aussi.

Gladys se met à sa droite et lui propose sa main, tandis que Scott l'enveloppe de son bras pour la soutenir. Philomena se laisse faire, la mine fermée. Elle ne sait pas si elle sera capable de faire le moindre pas.

Mais un pas, puis un deuxième, puis un troisième... Tout doucement, les trois élèves se dirigent vers l'infirmerie...


Quand les trois élèves, à la vitesse d'un escargot, arrivent aux portes de l'infirmerie, Philomena a une respiration hachée, serrant les dents, serrant le poing dans l'uniforme de Scott. Les deux élèves entourant la troisième grimacent, comme s'ils partageaient une partie de sa douleur. Les portes s'ouvrent, et à leur surprise, c'est le professeur Dumbledore qui les accueille, Mme Pomfresh étant en train de fouiller dans ses étagères à la recherche de potions.

Philomena lance un regard curieux vers le professeur Dumbledore.

« Je t'ai vue tomber de ton balai, Philomena. Alors, je suis venu ici tout de suite prévenir Poppy. Viens t'installer. »

Scott et une très silencieuse Gladys accompagnent Philomena jusqu'à un lit où ils l'aident à s'asseoir avec précaution. Quand le professeur Dumbledore leur demande de repartir, leurs silhouettes étrangement se redressent comme soulagées.

Aussitôt Mme Pomfresh s'active autour de Philomena en râlant sur ces cours de balai qui lui donnent tant de fil à retordre. Elle nettoie les plaies de son front et de sa joue, là où la pierre a frotté, faisant tressaillir Philomena, puis étale un onguent qui sent l'herbe fraîche et atténue tout de suite le picotement. Puis, elle marmonne, en lançant un regard réprobateur vers le professeur Dumbledore.

« Voyons maintenant ces côtes... »

Mais les mains de Philomena sont de suite sur sa cape et elle secoue la tête.

« Tu ne peux pas te défaire, Philomena, cela te fait trop mal ? »

Philomena secoue la tête de nouveau.

« Le professeur Dumbledore peut sortir si sa présence te gêne. »

Philomena murmure alors...

« Non, le professeur Dumbledore peut rester, mais donnez-moi juste quelque chose pour apaiser... »

L'infirmière se redresse.

« Philomena, si tes côtes sont cassées, il faut les soigner. »

La respiration de Philomena s'accélère et ses yeux s'écarquillent. Sa voix n'est qu'un filet fluet. Inconsciemment, l'infirmière prend de plus grandes respirations, sous le regard étonné du professeur Dumbledore.

« Non. Donnez-moi juste quelque chose pour la douleur. Ca va passer... 
»
La gorge de Philomena se serre, et Poppy Pomfresh se relève, et se met à chercher dans ses armoires une potion calmante, les mains tremblantes, faisant un bruit de vaisselle dans toutes ses fioles. Les yeux du professeur Dumbledore, graves, ne quitte pas la toute petite silhouette de Philomena recroquevillée sur le lit. Ses pieds ne touchent pas le sol. Alors, d'une voix distante, le professeur demande à l'infirmière de quitter l'infirmerie et de demander au professeur Rogue de les rejoindre. L'infirmière s'exécute sans s'offusquer.


La longue silhouette du professeur Dumbledore s'approche alors doucement, et il s’assoit sur le lit qui fait face à celui sur lequel est posée Philomena. Les mains en avant, dans un geste d'apaisement, il dit de cette voix toute douce que l'on prend quand on est face à un animal blessé.

« Philomena, j'ai reçu un hibou de deux personnes qui t'ont vue lorsque tu es sortie acheter tes fournitures mercredi sur le Chemin de Traverse... »

Philomena se souvient instantanément du sorcier adossé au mur et de la sorcière assise sur le banc d'en face. Elle se redresse alors imperceptiblement. Toujours avoir l'air normale, ne jamais rien montrer...

« Ces deux personnes m'ont dit qu'elles ont vu ton père te rencontrer et t'entraîner vers l'allée des embrumes... Quand tu en es ressortie, tu tenais ton côté droit comme si tu avais mal. »

Philomena est absolument impassible.

« Que s'est-il passé mercredi, Philomena ? »

La panique et la douleur refluent, et d'une voix assurée, puisant dans ses réserves d'énergie, Philomena dit alors.

« Il ne s'est rien passé, professeur Dumbledore. »

Le professeur Dumbledore se recule alors, quelque part impressionné par son élève.

« Je t'ai vue tomber de ton balai, tu as fait une bonne chute... »

Philomena le coupe alors, et d'une voix ferme et rapide répond.

« Oui, j'ai fait une bonne chute, professeur. C'est pour cela que j'ai mal. Rien d'autre. »

Les portes de l'infirmerie s'ouvrent en grand, et dans une envolée de sa cape noire qui claque derrière lui, le professeur Rogue arrive à grands pas, l'air agacé d'avoir été dérangé, suivi par l'infirmière. Au passage, il se plaint à Mme Pomfresh d'être sûr qu'elle a en réserve du dictame et de la potion calmante. Il s'arrête brusquement devant le lit où est assise la petite fille qui l'ignore avec superbe, absorbée par Albus. Le professeur Rogue lui tend alors un flacon de dictame en lui disant de l'appliquer maintenant, puis avant de se coucher pour passer une bonne nuit, puis demain matin, et elle sera guérie ; puis il lui tend une potion calmante « deux gouttes maintenant, six gouttes avant de dormir, et si vous en avez encore besoin, vous m'en demanderez demain matin ». Philomena n'esquisse pas le moindre geste pour les prendre, alors le professeur Rogue les pose sur le lit avant de faire volte face et de repartir d'un bon pas. Albus Dumbledore n'a pas quitté des yeux la petite fille, et annonce au professeur Rogue d'une bonne voix qu'ils se verront ce soir à 18h dans son bureau pour traiter d'une affaire importante. Philomena, le visage fermé, tâtonne alors pour récupérer les deux flacons, avant de se lever et de quitter l'infirmerie à son tour.
End Notes:
Bon, elle est coriace, la petite, non ?
Une question de regard by Sifoell
Author's Notes:
Et un nouveau petit chapitre !!! Ca marche bien le dictaphone dans la voiture ;) (Bon, on doit penser que je râle sur ceux qui n'avancent pas et ne mettent pas leur clignotant :)
Quelques jours de repos ont été nécessaires pour que Philomena puisse se mouvoir à peu près correctement. Debout devant le miroir après sa douche, elle porte son uniforme et en relève sa chemise pour regarder son côté croit. L'hématome est toujours là, mais prend des couleurs jaunâtres qui vont en s'estompant. Elle remet sa chemise en place sans grimacer.

Ces derniers jours, les moqueries ont été présentes, de retour. Après la chute de balai, certains élèves, toujours les mêmes, continuent non seulement de la traiter de pauvresse mais aussi de pleurnicheuse. Mais aucun des élèves ne sait vraiment ce qu'il s'est passé. Par contre, Philomena a remarqué des regards compatissants chez certains professeurs, ce qui l'agace au plus haut point. Ces deux aurors n'ont pas levé le petit doigt pour empêcher son père de lui mettre une dérouillée. Pourquoi les professeurs feraient-ils quelque chose ? Personne n'a jamais rien fait pour sa mère ou elle.

Ces dernières nuits, Philomena ne dort pas très bien, elle tourne et retourne dans son lit, trouve le temps long, court après le sommeil qui ne se laisse pas attraper, et pas seulement parce qu'elle avait mal en changeant de position dans le lit, mais surtout parce que son esprit perpétuellement inquiet ne s'arrête jamais. Des scénarios tournent perpétuellement dès que ses paupières sont closes, des plus horribles aux plus improbables, et même dans ces saynètes, personne ne la sauve jamais. Elle est seule. Elle l'a toujours été.

Et Gladys est dégoulinante de gentillesse que cela en devient écoeurant. Elle lui prête des affaires, ne cesse de lui sourire et de parler avec sa petite voix haut perchée. Même Scabior semble avoir presque gagné un peu de douceur. Les autres l'ignorent avec plus ou moins de succès. Il faut dire que Philomena n'est pas au centre de toutes les attentions. Les Aurors ont en effet arrête cinq Mangemorts en cavale, dont l'oncle d'Ethel Shammade qui pour une fois, ne la ramène pas.


C'est le deuxième week-end que Philomena passe à Poudlard, et elle se sent tellement nerveuse... Elle ouvre et ferme les livres, relit une dizaine de fois une phrase avant de pouvoir passer à la suivante. Elle n'arrive à rien. Les cours de sortilèges qu'elle aime beaucoup, ainsi que ceux de métamorphose, elle a l'impression de les survoler, d'être uniquement spectatrice, d'être à l'extérieur de tout cela, l'esprit ailleurs, toujours ailleurs.

Dans la cuisine d'une maison délabrée, envahie de l'odeur pestilentielle des marais sur laquelle elle est construite. Près de la petite silhouette grise et noire de sa mère, qui attend éternellement autant qu'elle le redoute le retour de son mari...

Philomena est assise à table, les yeux dans le vague, la main en train de jouer machinalement avec sa fourchette, se contentant de déplacer les aliments dans son assiette. Gladys pour une fois se tait, et la regarde d'un air triste et compatissant. Philomena plante alors sa fourchette dans un bout de viande qui ne lui a rien fait quand elle sent la présence de quelqu'un derrière elle, sur sa gauche. C'est Arthur Wood, la bouche pleine.

« Quand tu auras fini de manger, je dois t'accompagner au bureau du professeur Rogue. »

Philomena lève la tête vers Arthur Wood qui a déjà fait demi-tour et rejoint sa table, puis pose son regard sur le professeur Rogue qui a l'air singulièrement agacé. Elle rentre alors la tête dans ses épaules et repousse définitivement son assiette.


Philomena suit Arthur Wood dans les couloirs, et pour une fois, les escaliers ne leur font pas la blague de se déplacer. Elle commence à connaître le labyrinthe pour y avoir été plusieurs fois, après avoir convaincu Peeves de la venger d'Ethel Shammade, puis avoir rencontré le professeur Rogue qui leur a annoncé qu'ils étaient boursiers. Philomena se sent stressée et a l'impression de transpirer l'anxiété. Sans qu'elle ne le remarque, Arthur tire un peu sur le nœud de sa cravate. Il a l'air un peu pâle quand il arrive devant la porte du bureau du professeur Rogue.

« Bon, je te laisse là... J'ai un besoin naturel à satisfaire, si tu vois ce que je veux dire... »

Sur ce, il s'en va en vitesse en laissant Philomena plantée là.

La porte s'ouvre alors brusquement, et la haute silhouette noire du professeur Rogue la surplombe. Merlin, qu'il est grand. Merlin, que je suis petite. Il s'efface alors pour la laisser entrer et s'assoit à son bureau. Philomena entre, ferme la porte derrière elle et salue son professeur. Rogue fait une drôle de moue, comme s'il était sur le point de faire quelque chose de particulièrement déplaisant. Sa voix cassante s'élève alors, doucereuse.

« Fletcher... Vos professeurs ont remarqué que depuis votre sortie au Chemin de Traverse, où vous avez acheté tout le matériel nécessaire à la poursuite de vos études, vous étiez moins attentive en cours. De plus, il y a eu cet incident de balai la semaine dernière, où vous avez été soignée correctement et il ne devrait quasiment plus rien y paraître... »

Le professeur se tait alors, cherchant manifestement ses mots, puis il renonce, déroule un parchemin qu'il relit rapidement dans sa tête, avant de soupirer, très agacé.

« Le professeur Dumbledore a adressé cette lettre à votre famille pour l'informer que vous avez acheté tout le matériel pédagogique, et aussi que vous avez été blessée. »

De cette voix toute professorale et peu agréable, il lit alors.

« M. et Mme Fletcher,

J'ai le plaisir de vous annoncer que votre fille Philomena a bénéficié de l'ASAP (aide aux sorciers affligés et purotins), car nous avons constaté lors de la rentrée scolaire du mercredi 1er septembre 1982, qu'elle n'avait pas le matériel nécessaire à la poursuite de sa scolarité dans les meilleures conditions possibles. Nous vous avons alors adressé deux lettres qui sont restées sans réponse.

Votre fille Philomena a pu le mercredi 15 septembre 1982 acheter le trousseau et les fournitures scolaires (confère le second parchemin ci-joint), soyez donc rassurés que les conditions pour poursuivre ses études sont maintenant optimales.

Néanmoins, j'ai le regret de vous annoncer que le vendredi 17 septembre 1982, votre fille Philomena a fait une mauvaise chute lors du cours de balai, malgré l'intervention du professeur. Elle a été blessée légèrement au niveau de la tête, et de manière plus importante au niveau des côtes.

Votre fille a bien entendu été soignée et est en bonne voie de guérison.

Nous nous inquiétons par contre sur le fait que votre fille était déjà visiblement blessée avant même de pratiquer ce cours, et nous supposons qu'il s'est passé quelque chose lors de la sortie au Chemin de Traverse, car deux sorciers de bonne réputation ont vu Philomena revenir choquée d'une rue attenante au Chemin de Traverse. Soyez sûrs que nous serons désormais particulièrement attentifs à la santé de votre fille.

Cordialement,

Albus Dumbledore, Directeur de Poudlard, Commandeur de l'Ordre de Merlin, Docteur ès Sorcellerie, Enchanteur en Chef, Manitou Suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers. »

Le professeur Rogue enroule alors le parchemin avec soin avant de le poser sur son bureau devant lui. Il plante alors son regard noir dans les yeux de Philomena qui sont un miroir aux siens. L'élève est très petite sur son immense chaise de bois, ses pieds ne touchent pas le sol. Les yeux du professeur se rétrécissent alors que Philomena sent quelque chose lui chatouiller la tempe. L'image d'un homme brun et alcoolisé brandissant un poing, prêt à la frapper, dans une pièce qu'elle ne reconnaît pas, s'impose à elle, alors qu'en elle, c'est la panique à bord. Le professeur Rogue tire alors sur son col, le teint pâle, et son regard sur elle a changé. Il se lève alors brusquement, avant de lui crier en lui montrant la porte :

« Sortez... Sortez !! »

Sautant de sa chaise, Philomena n'en demande pas son reste et s'enfuit presque du bureau du sombre professeur, qui la suit d'un regard stupéfait par ce qui vient de se produire. Sur les étagères, les quelques fioles qui sont trop proches les unes des autres s'entrechoquent, tandis que les oreilles du professeur Rogue bourdonnent d'un cri depuis longtemps oublié, et que dans sa bouche il a le goût du sang. Il passe alors sa langue sur ses lèvres et à l'intérieur de sa joue, comme par réflexe.

Il ne s'est pas mordu.
End Notes:
En espérant que la lecture de ce court chapitre vous a plu.
Longue nuit et oreille tendue by Sifoell
Author's Notes:
Bonjour, bonjour,

Petit chapitre du week-end, bonne lecture !

Etre petite, être encore plus petite pour qu'on ne la remarque pas. Elle en pleurerait, Philomena, tellement elle crève de peur pour sa mère. Elle en pleurerait, tellement elle crève de peur de la réaction de son père à la lecture de la lettre. Elle espère que sa mère l'a eue, l'a éventuellement lue, et l'a brûlée. Elle l'espère tellement...

Tournant et retournant dans son lit alors que le dortoir est plein d'élèves endormis, Philomena n'arrive pas à fermer l'oeil. Trop de questions s'entrechoquent dans son esprit, trop de scénarios tous plus effrayants les uns que les autres. Dans le lit d'à côté, Gladys se met à pleurnicher dans son sommeil. Cela fait éclater la bulle d'angoisse de Philomena et elle se lève, inquiète.

Pied nus, et flottant dans une chemise de nuit trop grande, Philomena appelle doucement...

« Gladys ? Gladys ? »

Seuls des pleurs lui répondent.

Elle s'approche alors lentement du grand lit aux riches tentures vertes et argent, et en tire une, révélant le corps frêle de Gladys, auréolée de boucles blondes étalées sur son oreiller. La petite fille pleure à gros bouillons, le poing serré sur son oreiller. Philomena se rapproche alors encore, et pose sa main sur l'épaule de Gladys, et la secoue doucement pour la réveiller.

« Gladys ? Tu fais un mauvais rêve... »

Les grands yeux bleus s'ouvrent soudainement, ne se fixant sur rien en particulier, jusqu'à ce que Gladys reconnaisse Philomena et esquisse un sourire avant d'éclater de nouveau en sanglots.

« J'ai fait un rêve horrible... J'ai rêvé que quelqu'un tuait ma mère... »

Les jambes de Philomena cèdent alors sous son poids et elle s’assoit sur le lit de Gladys.

« Moi aussi... Moi aussi j'ai rêvé de ça... »

Les yeux de Philomena se remplissent alors de larmes et elle se met aussi à pleurer.

Les rideaux des autres lits s'ouvrent, révélant Daisy et Willow qui n'ont pas l'air dans leur assiette non plus. Les paupières sont lourdes et les cernes marquées. Les cheveux bruns de Daisy font un halo autour de sa tête, tandis que ceux de Willow pendent comme des rideaux autour de son visage long et fin. Willow passe ses poings sur ses yeux, puis fouille dans le tiroir de sa table de nuit.

« Quelqu'un veut du chocolat ? »

Les autres filles rejoignent toutes Willow sur son lit et s'ensuit une orgie de chocolat et de bonbons jusque tard dans la nuit. Quand Willow les chasse parce que « au bout d'un moment, faut bien dormir », Philomena rejoint son lit et se demande ce qu'il vient de se passer.


Sur le dos, Philomena contemple le ciel de son lit et joue machinalement avec sa montre à gousset. Parfois, elle émet quelques vigoureux tic tac, parfois elle s'arrête, sans que Philomena ne sache pourquoi. Elle jette un œil sur l'horloge de leur dortoir, qui est accrochée au mur au-dessus de la porte, et tourne les aiguilles en se fiant au premier cadran pour indiquer l'heure. Il est 1h17. Il y a également un cadran à l'intérieur, mais pas d'autres aiguilles. Philomena n'a pas la moindre idée de comment régler cette fichue montre. Elle joue avec la molette qui permet sans doute de remonter la montre. Il y a une sorte de bouton sur le dessus qu'elle actionne une fois. Les tic tac s'arrêtent. Quand elle rappuie dessus, ils redémarrent. Elle appuie une dernière fois et cela s'arrête de nouveau.

Philomena se tourne alors sur le côté, regarde d'un œil paresseux par le hublot qui ne leur envoie que les reflets verdâtres du lac. Philomena ouvre le capot de la montre à gousset qui révèle toute la richesse d'engrenages et de mécanismes de ses intérieurs. Du bout d'un doigt, elle tourne un engrenage, puis un autre dont elle a l'impression qu'il est grippé. Elle préfère ne pas forcer, et trouve un espèce de petit balancier qui paraît fragile et sensible au moindre mouvement. Philomena attrape alors sa baguette et murmure un « lumos minima », tout en faisant un petit moulinet du poignet. L'extrémité de sa baguette s'allume alors d'une lumière blanche, et Philomena coince sa baguette entre ses dents pour regarder mieux l'intérieur de la montre à gousset. Elle a l'impression que le cadran intérieur a la possibilité de tourner. Elle a même l'impression qu'il y a deux mécanismes distincts. Il faudrait qu'elle voie comment est faite une autre montre afin de comparer. Elle meurt d'envie de la démonter mais craint de ne pas réussir à la remonter correctement, tant les pièces sont petites, et doivent sans doute être montées dans un ordre précis, chacun agissant sur la suivante. Philomena soupire alors, referme sa montre qu'elle pose sur sa table de nuit, avec sa baguette, et se tourne vers la porte et l'horloge. Il est 1h18. Elle soupire alors de nouveau, se force à fermer les yeux et se pelotonne sous sa couette.

Philomena enrage. Elle s'agace, se désole. Malgré tous ses efforts, pas une de ses notes ne décolle. Elle fait pourtant ce qu'elle peut, mais elle a tellement mal dormi qu'elle n'arrive pas à se concentrer. Et elle a vraiment peur des effets que cette lettre aura sur sa famille.

« Elève passable et peu disciplinée. Tête en l'air, dans la lune, peu attentive. » Mais ce qui l'a plus blessée c'est la remarque du professeur Flitwick « On sent que tu as un fort potentiel que tu n'exploites pas. » Elle les déçoit tous.


Toutes ces pensées tournent et retournent dans sa petite tête tressée et Philomena marche machinalement dans les couloirs, sans se rendre compte qu'elle aura dû un moment tourner à droite, et pas à gauche. Elle tombe sur un immense quadryptique représentant un chevalier en armure qui cavale d'un tableau à l'autre en secouant son panache pour la saluer. Philomena porte sa main à sa bouche pour étouffer un rire, et serrant ses livres contre elle, elle fait une petite révérence en soulevant sa robe de sorcière de sa main droite et en baissant la tête. Elle entend alors des voix arriver vers elle, et ne se trouvant pas au bon endroit, et donc, potentiellement, se trouvant dans un endroit interdit, son premier réflexe est de se cacher. Philomena cherche alors autour d'elle, voit la statue du même chevalier au panache dans un renfoncement, et court se cacher derrière. C'est étroit et plein de poussières et de toiles d'araignée, mais elle est si petite qu'elle y passe sans souci.

Elle voudrait ne pas écouter, elle voudrait ne pas avoir entendu cette conversation. Mais c'est bien le professeur Rogue et le professeur Dumbledore qui discutent ensemble. Les deux marchent d'un pas lent, et le professeur Dumbledore de sa voix douce, essaie d'apaiser le jeune professeur Rogue qui paraît très en colère. Ils font quelques pas, puis s'arrêtent, et reprennent leur marche avant de s'arrêter de nouveau.

« Elle n'a que 11 ans, Severus », commence le professeur Dumbledore.

« Tout comme je n'avais que 11 ans, Albus », coupe le professeur Rogue.

« J'ai fait tout ce que j'ai pu, Severus, mais tu n'étais pas un enfant facile à approcher... »

« Oh, cessez de faire comme si vous vous en étiez soucié ! J'ai été battu aussi, ainsi que ma mère, et personne n'a jamais rien fait... Elle survivra... » Le professeur Rogue coupe le professeur Dumbledore de nouveau, et sa voix est cassante, sans appel. Philomena entend alors plus qu'elle ne voit le professeur Rogue partir d'un bon pas, et ses enjambées devenir plus longues.

Le professeur Dumbledore n'a pas bougé. Il attend que le professeur Rogue soit hors de portée de voix pour se tourner vers la statue du chevalier au panache.

« Tu t'es perdue, Philomena ? »

Philomena sursaute, fait tomber ses livres, les ramasse et se cogne au bras de la statue en se relevant. Elle sort de derrière la statue en se frottant la tête mais ne répond rien.

« Viens avec moi, je vais t'accompagner à ton cours de défense contre les forces du mal. »

Philomena a du mal à suivre au début le professeur Dumbledore qui est très grand et marche vite. Puis, de sa petite voix, elle dit, surtout pour elle-même, mais peut-être aussi pour le professeur Rogue.

« Il a raison, vous savez... Le professeur Rogue, quand il dit que je survivrai. »

Philomena lève alors ses grands yeux noirs vers les petits yeux bleus et étonnés du professeur Dumbledore. Puis, se rendant compte de ce qu'elle vient de dire, Philomena rougit violemment, et dépasse le professeur Dumbledore en serrant ses livres contre elle et en lui laissant dans la bouche un goût de citron.

Mara et ma chère Philomena by Sifoell
Author's Notes:
Bonsoir tout le monde, un nouveau chapitre s'annonce, j'espère qu'il vous plaira ! Bonne lecture !

Au fond de la salle du cours de défense contre les forces du mal, Philomena occupe le dernier rang. Elle est assise entre Willow et Scott. Tous les élèves sont attentifs et regardent le petit bout de femme qu'est la professeure Eviah Ebony leur faire un cour magistral. Elle parle de magie noire, de sortilège de sang et de mort, de l'utilisation de reliques humaines. Les élèves arborent tous une mine chiffonnée parce que les rituels évoqués se font essentiellement avec des parties du corps humain, et pour des fins néfastes autant pour celui qui sera du mauvais côté de la baguette ou de la potion que pour celui qui lance le sort.

Le professeur Ebony, petit bout de femme rondelette au carré blond et aux yeux bleus pétillants, dont la bouche vive n'attend qu'un sourire pour s'animer, arpente son estrade en faisant claquer ses talons, drapée dans sa cape noire. Tout en elle inspire l'irrésistible énergie de la professeure passionnée par sa matière. Les plumes grattent vivement les parchemins. Mais les cœurs sont serrés. Trop tôt.

Ces cours ont lieu bien trop tôt après la guerre. La petite Mara Southgate, jeune élève de Serdaigle appliquée, cache son visage dans ses mains alors qu'elle est au premier rang. De petits sanglots étouffés s'échappent malgré tout et la professeure s'arrête immédiatement. Elle descend de son estrade, s'approche de la petite fille et d'une voix toute douce, murmure.

« Mara, tu veux sortir prendre l'air ? »

La petite fille acquiesce, ce qui fait agiter ses couettes.

« Y a-t-il un volontaire pour l'accompagner ? » demande le professeur en promenant son regard dans la salle. Un autre chuchotis s'échappe de Mara qui a toujours son visage caché par ses mains. Le professeur se rapproche de nouveau d'elle.

« Qu'est-ce que tu as dit ? »

« Je veux Philomena. »

Le professeur se redresse alors de toute sa stature, et un air grave sur le visage, pose son regard sur Philomena.

« Philomena, tu veux bien accompagner Mara ? Allez faire un tour dans le couloir et revenez quand cela ira mieux... » Elle fait un moulinet du poignet avec sa baguette et une plume enchantée se met à gratter un parchemin sur son bureau.

« Tu prendras ce rouleau de parchemin qui vous autorise à aller faire un tour. »

Puis, se baissant vers Mara dont le visage bouffi émerge enfin de ses mains.

« Tu reviendras quand tu iras mieux, Mara, d'accord ? »

La petite fille descend de son tabouret et se dirige vers la porte, y attendant Philomena qui avance lentement, ne sachant clairement pas que faire.

Une fois sortie, Mara se tourne vers Philomena qui espère qu'elle ne va pas de nouveau fondre en larmes.

« Tu peux juste être à côté de moi, Philomena. Cela va passer, avec le temps. »


Les deux petites filles s'assoient sur un banc de pièce éclairé par une large fenêtre donnant sur le parc. Malgré le temps incertain et le ciel gris lourd de nuages menaçants, la fenêtre dispense une lumière franche dans le couloir sombre. Mara essuie ses larmes et adresse un sourire poli à Philomena.

« J'ai demandé que tu m'accompagnes parce que tu as été gentille avec moi dans la calèche quand on est sorti au Chemin de Traverse. Mes parents ont été tués il y a un peu plus d'un an par des Mangemorts. Ma grande sœur, Lydia, a juste eu le temps de lancer un sortilège de confusion sur eux, et de dissimulation sur nous avant que la maison ne soit détruite. On a vraiment failli... »

De nouveau, ses yeux se remplissent de larmes et Mara laisse échapper un soupir chevrotant. Philomena l'écoute attentivement, et spontanément, sa petite main saisit la guère plus grande main de Mara.

« J'ai du mal avec ce cours... Ca me rappelle trop de choses... »

Les yeux dans le vague, Mara poursuit son récit.

« Ils ont tué nos parents parce qu'ils écrivaient pour la Gazette du Sorcier, et ils ont averti la communauté magique de l'émergence de Tu-Sais-Qui... Et quand ils ont été virés comme des malpropres parce qu'on pensait qu'ils étaient des oiseaux de mauvais augure, ils ont continué à écrire au Ministère, partout, pour prévenir du danger... Mais ils gênaient, parce que Tu-Sais-Qui ne veut pas être remis en cause... Donc, ils ont été tués. »

Mara plante alors ses yeux marrons dans les yeux noirs de Philomena.

« Lydia et moi on habite chez notre oncle, qui est employé au Ministère de la Magie. Ils pensent que nos parents ont eu tort de s'opposer à Tu-Sais-Qui. Ils pensent qu'ils n'auraient pas du écrire d'article contre lui, qu'ils sont responsables de leurs propres morts. Mais moi, je pense qu'ils ont eu le courage de le faire. Même s'ils ne sont plus là maintenant. »

Mara frotte alors ses yeux avec ses manches, fouille dans ses poches pour en sortir un mouchoir et se mouche discrètement.

« Et toi, Philomena, tu me raconteras ton histoire ? »

Philomena hausse les épaules et saute du banc de pierre, suivie par Mara.

« Tu veux retourner en cours, Mara ? »

La petite fille acquiesce et bras dessus, bras dessous, elles regagnent leur cours.


Après le cours de défense contre les forces du mal, Mara invite Philomena à sa table pour le repas de midi. Ravie de cette attention, Philomena accepte et s'installe sur le long banc parmi les Serdaigle. Elle sent le regard de certains Serpentard dans son dos mais n'en tient pas compte. Les deux petites filles ne discutent pas plus que cela, mais leurs corps se rapprochent imperceptiblement l'une de l'autre, comme si chacune cherchait un peu de chaleur humaine chez l'autre.

Au début du repas, Philomena sent une silhouette passer derrière elle, et la préfète des Serdaigle se tient derrière Mara et lui cache les yeux de ses mains. Mara enlève les mains qui l'aveuglent, lève la tête et reconnaît sa grande sœur. Elles s'embrassent toutes deux et Lydia s'assoit à côté de sa sœur. Lydia étudie Philomena un moment avant de sourire et de la saluer. Philomena sent inconsciemment qu'elle vient de passer une sorte de test.

Soudain, vers la fin du repas, les grandes portes de la Grande Salle s'ouvrent et un escadron de chouettes et de hibou vole au-dessus des tables avant de se poser devant certains enfants, délivrant lettres, journaux et colis. Une chouette effraie se pose avec délicatesse devant Lydia qui récupère la Gazette du Sorcier, fouille dans sa poche, en sort quelques pièces qu'elle met dans le petit sac accroché à la patte du volatile. La chouette cligne des yeux, fixant la jeune fille, et suit tous les mouvements de la main de la jeune fille qui soupire, et cherche sur la table quelque chose pouvant convenir à la chouette. Elle se tourne alors vers son voisin d'à côté et lui demande des friandises pour chouette, ce qu'il lui donne en râlant. Lydia tend alors sa main vers l'oiseau qui émet une sorte de « crin-crin » avant de saisir délicatement de la viande crue dans la main de la jeune fille qui s'essuie sur sa robe. L'oiseau semble alors roucouler un « merci » avant de s'envoler. Lydia ouvre alors le journal et entreprend de le lire.

A la grande surprise de Philomena, une petite chouette chevêche se pose devant elle, portant une lettre. Philomena se sent pâlir de crainte, et d'une main tremblante, elle défait le lien retenant la lettre à la serre de l'oiseau, avant que la chevêche s'envole rapidement. Philomena rompt le cachet de cire fermant le parchemin et le déplie. C'est une lettre de sa mère. Inconsciemment, Philomena soupire de soulagement et entreprend de lire.

Ma chère Philomena,

J'ai bien reçu la lettre du professeur Dumbledore, et je suis heureuse que tu aies pu acheter le matériel scolaire. Tu es une enfant brillante, et je suis sûre que tu vas briller dans tes études, tu n'attendais que cela. Sache que les études sont le plus sûr moyen de réussir sa vie d'adulte et de trouver un emploi qui te plaît, loin de la maison.

Ton père était sur le Chemin de Traverse le jour où tu as acheté tes fournitures. Il ne m'a pas dit t'avoir vue. J'espère que tu vas mieux, ma fille chérie.

Te souviens-tu de la recette de scones que je t'ai enseignée cet été ? J'en fais quasiment tous les jours. Garde précieusement cette recette secrète, elle est notre petite confidence à toutes les deux, et personne ne doit jamais la découvrir.

Je t'aime très fort, Philomena, et espère que tu seras raisonnable. Je te souhaite tout le bonheur du monde, ma fille. A bientôt chez nous pour les fêtes de Yule.

Ta maman qui t'aime,

Marjorie Fletcher.

Philomena referme la lettre d'une main tremblante. Personne à la tablée n'a remarqué son trouble. Elle plie en toute petit la lettre de sa mère qu'elle souhaite relire plus tard, et la glisse dans sa trousse à ourlet qu'elle a placé dans l'ourlet de sa manche gauche.

Philomena repousse son assiette, n'ayant plus faim du tout et ayant soudainement l'envie de prendre l'air.

C'est la première lettre qu'elle reçoit depuis le début de l'année.

Elle se lève du banc, s'excuse d'un sourire auprès de Mara et Lydia, et quitte la Grande Salle.

A la table des professeurs, deux paires d'yeux la suivent, l'une d'un bleu pétillant et l'autre noire comme la nuit.

End Notes:
Non, non, non, je ne vous dévoilerai pas la recette des scones, c'est un secret des femmes Fletcher !
Chica déménage by Sifoell
Author's Notes:
Nouveau chapitre !!! Il est frais, il est tout frais, mon chapitre ! J'espère qu'il vous plaira, je vous souhaite une bonne lecture !

Philomena serre sa cape noire autour d'elle. Il fait un froid de canard et de sa bouche sort un petit nuage de vapeur. Elle sent que le bout de son nez est tout froid, comme ses doigts emmitouflés dans les poches de sa cape, et ses orteils dans deux paires de chaussettes rayées. Elle marche tellement vite dans sa robe trop longue qu'elle semble flotter au-dessus du sol à toute vitesse. Le froid lui fait briller les yeux, mais peut-être sont-ce des larmes qui les emplissent toutes seules, sans qu'on ne leur ait rien demandé.

Philomena se dirige vers la volière, et grimpe avec difficulté les marches inégales qui semblent avoir été taillées pour un géant, ou en tout cas pas pour elle. Plus elle se rapproche de la volière, plus les cris des oiseaux se font entendre, de plus en plus fort, toujours de plus en plus fort. Maintenant qu'elle est tout près, elle entend aussi le battement des ailes, le crissement des serres sur les perchoirs, les becs qui claquent. Et, derrière les hululements des chouettes et des hiboux, Chica jacasse fort, très fort.

Hagrid, immense, surgit de la volière et ouvre la porte en grand, surprenant Philomena qui s'en assoit sur les marches de pierre, de peur de tomber à la renverse. Il s'arrête d'un coup, regarde la petite fille au sol et lui tend sa grosse poigne. Il saisit entre deux doigts la petite main de Philomena et la relève avec une délicatesse que l'on ne penserait pas venir de lui.

« Ah, Philomena, bonjour... Heu... Il y a un problème avec Chica. Elle se fait trop embêter, avec les chouettes et les hiboux. Elle serait mieux à vivre en dehors de la volière... »

Le demi-géant se gratte alors la tête machinalement.

« Mais tu ne peux pas non plus l'installer avec toi dans les cachots de Serpentard, il faut qu'elle puisse aller dehors... »

Philomena acquiesce, pensive, puis claque plusieurs fois de la langue pour appeler Chica qui rapplique en croassant. L'oiseau se perche sur son épaule et joue avec son oreille, sa natte tout en émettant quelques roucoulements.

« Chica pourrait nicher dans le parc, non ? Il y a plein d'arbres... » suggère Hagrid.

La petite fille promène alors son regard sur le parc et machinalement joue avec sa manche gauche, se rappelant la lettre de sa mère. Son visage s'assombrit alors. Hagrid, qui l'observe, lui demande alors.

« Et sinon, ça se passe bien avec les autres élèves ? Tu t'es fait des copains ? Personne ne t'embête plus, maintenant ? »

Philomena lève alors la tête vers la bonne bouille d'Hagrid et, soudainement impassible, dit d'une voix lointaine.

« Non, tout va bien. »

Elle parvient même à esquisser l'once d'un sourire alors qu'en elle elle ne sent qu'un grand vide qui se tord dans tous les sens.

« J'ai un peu de temps avant mon cours d'histoire de la magie. Je vais aller me promener dans le parc avec Chica pour chercher un arbre. Peut-être proche du lac... »

Son visage se tourne alors vers les rives grisâtres du lac et les petits clapotis qu'on distingue de loin. Sans regarder Hagrid, elle le salue d'un « à bientôt alors ! » et s'éloigne, triturant sa manche gauche, et Chica battant des ailes pour se maintenir sur son épaule en râlant.


Philomena se dirige alors vers le lac, serrant contre elle sa cape d'une main, tout en flattant la tête de Chica de l'autre. L'oiseau râle quand Philomena trébuche sur sa cape trop longue que la petite fille relève alors machinalement.

Elle observe les arbres autour du lac. Le saule cogneur, connu pour ses coups de branches capricieux, pourrait sans souci assommer Chica voire pire. Mauvaise option.

« Chica, on va te trouver une nouvelle maison, et tu pourras même t'y faire des copains. »

De loin, au milieu du lac, une île à l'apparence ronde abrite un bataillon de pins calédoniens droits comme des i et coiffés d'une forêt de branches et d'épines. Sur le côté, à peine éloigné de ses congénères, un autre pin plus chétif, se courbe vers l'eau que ses branches tordues effleurent, touchant son reflet. Philomena se rapproche, jusqu'à toucher l'eau des rives du lac, et montre le bras tendu l'île à Chica, en lui disant « va ! »

Chica bat des ailes, râle pour dire qu'elle n'est pas contente, et prend son envol, en partant dans le sens opposé. Elle fait une grande boucle dans l'air, en croassant, heureuse de cette liberté retrouvée, et vole vers l'île. Philomena la suit en plissant des yeux, admirant sa grâce qu'elle envie un peu. Elle se note dans un coin de sa tête qu'il faut vraiment qu'elle s'améliore en cours de balai parce qu'elle adorerait voler avec son oiseau. Chica survole désormais le bataillon de pins à l'écorce claire, fait plusieurs tours au-dessus d'eux en croassant, réveillant quelques autres pies et corbeaux qui croassent à leur tour et s'envole avec elle, la poursuivant. Philomena serre les dents et les poings, elle espère que son oiseau va trouver sa place et soupire en se demandant si elle-même a trouvé la sienne. Chica est poursuivie par une nuée d'oiseaux noirs et noirs et blancs qui croassent et jacassent. Et voilà Chica qui fait sa belle, fait des piqués, des remontés, des volutes, dans un concert de crincrins et de jacassements.

Le cœur de Philomena se serre tandis qu'elle observe l'oiseau qu'elle a trouvé tout bébé, sans même du duvet sur son corps chétif et transparent. Son bébé pie a trouvé une famille. Philomena s'assoit alors sans prêter attention à l'herbe mouillée et la boue, et soudainement, les larmes qu'elle retenait depuis des heures s'écoulent en de longs sanglots. Mais, heureusement, personne n'est autour d'elle, personne pour la voir. Pas même la haute silhouette d'Hagrid qui l'observe depuis tout à l'heure depuis la volière qu'il n'a pas quitté. Ni même le corps longiligne d'Albus Dumbledore dont le regard s'attarde sur cette toute petite fillette roulée en boule sur la rive du lac, et dans le fond, une nuée d'oiseaux.

Soudain, dans une formation digne des meilleurs avions chasseurs, les oiseaux tout de noir et de noir et blanc plumés, dessinent un grand cercle qui va grandissant et s'éloigne avec lenteur de l'île qu'ils survolaient, se dirigeant vers Philomena, mine de rien. Et les cercles immenses se mettent à tournoyer au-dessus de sa tête, comme si elle était leur soleil. Philomena essuie alors ses larmes sur sa manche, se relève, vidée de toute énergie, et tend le bras vers le ciel, appelant Chica qu'elle aurait presque du mal à différencier des autres pies, mais elle est là, elle tombe en tourbillonnant de ses hauteurs, et vient se poser en jacassant et picorant les joues de la petite fille, puis ses oreilles, puis les petits cheveux échappés de sa nappe et chatouillant son cou. Alors, Chica se livre à un de ses jeux préférés, glisser le long du bras de Philomena pour qu'elle la rattrape et lui gratouille le ventre. Albus Dumbledore pouffe alors comme une petite fille et s'éloigne de la fenêtre, rajustant ses lunettes rondes sur son nez.

L'échappée interdite by Sifoell
Author's Notes:
Bon, j'ai mis le temps (je suis enfin en vacances, ouf), donc voici un chapitre tout frais que j'ai repris en trois fois... j'espère être plus régulière par la suite, mais je ne promets rien, si ce n'est de continuer à publier cette histoire qui me tient à coeur.
Je vous souhaite une bonne lecture, et un bon premier voyage en compagnie de Philomena dans la Forêt Interdite.
Il commence à faire froid, et la cape boueuse de Philomena l'enserre comme une gangue visqueuse. Elle est restée sous la pluie sans s'en apercevoir. Elle regarde autour d'elle et se rend compte qu'elle est seule. Hagrid n'est plus à la volière, et elle ne voit personne dans le parc ou aux fenêtres. Philomena pense encore avoir un peu de temps devant elle avant de retourner en cours. Elle grattouille une dernière fois le ventre de Chica qui proteste quand Philomena rajuste sa cape autour d'elle en frissonnant. Chica bat des ailes en jacassant et prend son envol, rejoignant les autres corvidés qui volent bien haut dans le ciel orageux, jusqu'à ce que Philomena ne puisse plus discerner son oiseau parmi la nuée noire et blanche, dans un concert de crincrin.


La petite fille s'ébroue, essayant de se sécher au maximum, et elle prend le chemin du château, quand elle se retourne une dernière fois vers les oiseaux. La nuée survole maintenant la Forêt Interdite, et le cœur de Philomena se serre d'inquiétude. Elle s'arrête, observant les oiseaux qui font encore plus de bruit si c'est possible. Les yeux plissés, il lui semble qu'un oiseau s'est fait attraper par quelque chose, à la cime d'un arbre, et d'autres oiseaux font des piqués, crient, les serres en avant.


Philomena murmure « non... » avant de se mettre à courir vers la Forêt Interdite, contournant le Lac Noir. Elle court aussi vite que le lui permettent ses petites jambes, tandis qu'une paire d'yeux noirs la regarde. Philomena n'hésite pas le moins du monde et entre dans la Forêt.




Philomena regarde à peine où elle met les pieds, son attention attirée par les hauts arbres de la Forêt Interdite. Elle s'appuie un moment contre un arbre pour reprendre son souffle, et une myriade de petites araignées s'échappe, la faisant sursauter, reculer, et trébucher sur une racine. Atterrissant une nouvelle fois sur les fesses, Philomena se relève, respirant lentement et essayant de ralentir les battements de son cœur qui va à toute allure. Elle s'essuie à la va-vite les mains sur sa cape, pensant avoir de petites araignées sur elle, mais non. Philomena lève alors le nez vers les cimes vertigineuses, l'oreille tendue, et se dirige vers les cris, appelant elle aussi Chica de sa petite voix.


Plus elle s'enfonce dans la Forêt et plus celle-ci devient sombre, le sol enchevêtré de racines et recouvert de mousse et de lichen. Philomena poursuit son chemin, les jambes griffées par les ronces, pendant de longues, très longues minutes. De temps en temps, elle se retourne pour essayer de se repérer, mais tous les arbres se ressemblent. Serrant les lèvres, déterminée, elle pense à retrouver Chica avant de retrouver le chemin du château. Chaque chose en son temps.


Les oiseaux crient toujours autant, et elle entend des bruissements partout autour et au-dessus d'elle. Parfois, elle perçoit le bruit d'un petit animal qui fuit, et elle sent des centaines de paires d'yeux qui l'observent. Mais Chica est plus importante que ses peurs, alors Philomena avance, et s'enfonce encore plus dans la forêt.


La luminosité baisse d'un coup, la végétation est tellement dense que les rayons du soleil peinent à se frayer un chemin entre les branches recouvertes de feuilles bruissantes. Le cœur de la Forêt Interdite baignent dans une lumière tantôt verdâtre tantôt bleuâtre, donnant l'impression à Philomena d'être dans un aquarium ou un de ces magasins moldus faiblement éclairés.


Les arbres laissent soudain la place à une petite clairière où un tapis d'herbe inviterait au repos, si ce n'étaient les ronciers entourant l'énorme arbre mort qui n'en finit pas de pourrir au sol. Philomena lève les yeux vers les cimes, se dirigeant à l'oreille. Elle est toute proche des oiseaux. Elle se rapproche encore un peu et repère un arbre tortueux, dont les branches s'élancent vers le ciel. Les plus petites branches tout là haut se terminent par des vrilles qui semblent vouloir accrocher le ciel, et elle repère une corneille qui a la patte accrochée à une de ces vrilles. Les autres oiseaux crient en essayant de libérer leur amie. Le regard de Philomena se promène le long du tronc tortueux et d'un air dégoûté, elle remarque accrochés aux branches basses, les cadavres putrescents de petits animaux. Alors, déterminée, Philomena noue autour de ses hanches les pans de sa cape pour ne pas qu'elle la gêne, et elle entreprend de grimper à l'arbre, qui offre tellement de branches pour l'aider qu'elle a l'impression de monter une échelle vers le ciel.


Philomena s'accroche comme elle le peut aux branches glissantes, évitant de marcher sur les charognes. Elle entend autour d'elle des bruissements, et se rend compte que les branches les plus hautes se baissent vers elle, et que les vrilles tentent de l'attraper et s'accrochent à ses poignets, ses oreilles, mais elle s'en libère facilement. Elle arrive bientôt au sommet de l'arbre, et Philomena voit maintenant l'oiseau qui a les deux pattes nouées par des vrilles. Précautionneusement, elle s'en rapproche, fait de petits bruits de bouche pour rassurer l'oiseau, et de sa petite voix chantante, lui dit qu'elle va le libérer. Elle saisit doucement les vrilles, tire dessus pour les arracher des branches, et l'oiseau de plusieurs battements d'ailes furieux et affolés, s'échappe. Philomena le regarde prendre son envol en souriant, et repère parmi la nuée Chica, qui s'éloigne avec les autres oiseaux.


Philomena baisse alors la tête vers ses pieds et le sol, s'aperçoit qu'elle est très loin du sol, et ayant soudainement peur, s'accroche à la branche, crispant ses jambes et ses bras sur l'écorce rugueuse. Sa respiration et les battements de son cœur s'accélèrent, et ses mains deviennent soudainement moites. Philomena ne se sent pas capable de redescendre toute seule. Elle a envie de pleurer, mais comme cela ne sert à rien, elle serre les dents, respire un grand coup, et tâtonne les branches de ses pieds pour redescendre. L'arbre continue d'enrouler ses vrilles autour de ses chevilles, poignets, oreilles, cheveux. Elle les arrache quand elle le peut. Elle continue de descendre tout doucement, mais dérape alors qu'elle n'est qu'à la moitié du chemin, et glisse le long du tronc et des branches, s'écorchant la joue, le menton, les avant-bras et les genoux. Son genou gauche vient cogner durement sur un nœud de l'arbre, provoquant un petit craquement suivi d'une douleur intense qui lui fait monter les larmes aux yeux. Arrivée au sol, sur ce beau parterre vert invitant au repos, elle regarde autour d'elle la petite clairière et les arbres l'entourant et ne sait pas vraiment par où repartir, incapable de deviner d'où elle vient.





Philomena boitille alors entre les arbres, se dirigeant au hasard parmi les sentes à peine visibles. Plus elle marche, et plus elle a mal. Elle retrousse sa cape boueuse et déchirée et observe son genou, écorché et vilainement enflé. Elle avance malgré tout, s'appuyant sur les troncs et branches basses des arbres qu'elle dépasse, luttant contre la curieuse impression d'être suivie. Cette forêt sombre pleine d'arbres tous plus sinistres les uns que les autres et tellement rapprochés qu'entre certains, deux personnes ne passeraient pas côte à côte, rend Philomena presque claustrophobe, lui faisant remonter à l'esprit des souvenirs de son père l'enfermant dans sa petite chambre au grenier, pendant qu'en bas ils se disputaient, dans un concert de cris et de vitres brisées. Soudain, les arbres s'écartent et une petite clairière se laisse deviner, tapissée de fleurs violettes qui s'épanouissent dans le moindre centimètre carré offert aux rayons du soleil. Et là, au cœur de cette toute petite clairière, il y a une espèce de poney doré court sur pattes et aux sabots d'or qui se régale de fleurs. L'animal lève soudain la tête et la lumière vient faire briller son unique et courte corne argentée qui pointe sur son front, au-dessus de ses yeux qui fixent la petite fille immobile, calmes et presque affectueux. La licorne continue à mâcher paresseusement ses fleurs violettes qui emplissent sa bouche, et Philomena l'observe, très émue d'avoir la chance d'en voir une. Elles restent se regarder pendant de longues minutes, et Philomena sent que quelque chose passe entre elles, et peu importe qu'elle soit perdue, peu importe qu'elle ait mal, peu importe qu'elle soit en retard en cours et se fasse disputer quand elle va arriver alors qu'elle est dans la Forêt qui lui est interdite. Rien n'importe que ce moment de complétude, un de ces moments dans la vie où tout semble enfin avoir un sens, un de ces moments de pause dans le tumulte quotidien.


« Tu es perdue ? »


Philomena sursaute et se retourne vivement, tout en entendant derrière elle la cavalcade de la licorne qui s'enfuit de sa clairière. Philomena cherche parmi les arbres et les ronciers d'où vient cette petite voix d'enfant. Une branche casse, et un centaurion sort entre les arbres, suivie par une centauride. Seul le centaurion porte un arc et des flèches dans un carquois. Le corps palomino du poulain se prolonge d'un buste de garçon à la peau claire et aux longs cheveux blonds. Ses yeux sont noirs comme des billes. Il porte son arc en travers de son torse, et son carquois de flèches dans son dos. Derrière lui, une jument noire comme la nuit, dont le corps se prolonge par un buste d'une belle femme noire aux longs cheveux, mais aux yeux laiteux, avance en attrapant les branches une à une, comme pour se guider.


L'enfant centaure répète alors sa question.


« Tu es perdue ? »


Philomena acquiesce, incapable de prononcer le moindre mot.


« Tu n'as rien à faire ici, c'est le territoire des centaures. Tu n'es pas la bienvenue. » dit le jeune centaure d'une voix qui ne montre aucune animosité.


La centauride avance alors encore, et pose sa main sur l'épaule du centaurion.


« Aureus. Ce n'est qu'une enfant. Je m'appelle Mavros, Aureus est mon fils. Comment t'appelles-tu ? »


« Philomena. »


« C'est un joli prénom. Quel âge as-tu ? Tu sembles toute petite. Poudlard admet donc des enfants de moins de dix ans maintenant ? » demande Mavros en s'avançant encore, ses yeux laiteux dansant dans ses orbites.


« Non, Madame, j'ai onze ans. »


« Oh. Ta voix te rend plus jeune que tu ne l'es. »


« Et sa taille aussi, je n'ai jamais vu d'enfant si petite. » maugrée Aureus.


« Je suis la plus petite de l'école, mais j'ai onze ans », dit Philomena en se tenant droite comme un i.


La centauride se rapproche encore, presque à toucher Philomena qui ne recule pas, bien qu'impressionnée.


« Aureus m'a dit que la jeune licorne t'avait laissée te rapprocher, et que vous vous êtes regardées longuement. C'est un bon présage, Philomena. La licorne a montré ainsi que tu es une bonne personne. Veux-tu que l'on te raccompagne ? La Forêt Interdite est dangereuse pour quiconque. »



Philomena acquiesce, la tête levée sur le buste de femme à la peau d'ébène et aux yeux laiteux. Mavros lui tend alors une de ses mains.


« La vie m'a pris mes yeux, alors, je t'invite à prendre ma main. Mon fils Aureus va nous montrer le chemin pour te ramener à Poudlard en évitant certaines zones de la Forêt qui sont bien trop dangereuses, même pour mon fils et moi. »


Philomena glisse sa petite main dans la grande main sèche et solide de Mavros.


« J'ai senti que cette année, Poudlard recevait une enfant prophète, aux pouvoirs immenses mais encore indisciplinés. Tu n'es pas cette enfant, Philomena. Tes pouvoirs sont ailleurs, mais tout aussi immenses. Tu feras de grandes choses. »


Philomena lève alors la tête vers Mavros qui a le regard dans le lointain, devant elle. Aureus vient de les dépasser.


« Et vous avez deviné tout ça en me tenant la main ? »


Mavros esquisse un petit sourire.


« Non, Aureus m'a décrit le ciel de la nuit d'hier et je l'ai interprété. C'est un des talents de mon peuple, Philomena. Tout comme est un des talents de ton peuple de faire de la magie avec des baguettes et de cuisiner des potions. »


Les yeux de Philomena se promènent partout autour d'elle, et elle remarque l'aisance avec laquelle Aureus se déplace entre les arbres. Mavros n'est pas en reste malgré sa cécité. En leur compagnie, se déplacer dans la Forêt Interdite est presque une promenade. Tout de suite, la Forêt paraît moins menaçante. De temps à autre, Aureus lance des regards plein de dédain vers Philomena qui semble trop à l'aise avec sa mère.


La voix grave de Mavros retentit encore.


« Aureus m'a dit que tu avais sauvé un oiseau du Charognarbre. C'est la raison pour laquelle tu es entrée dans la Forêt Interdite ? »


« J'ai cru que Chica, ma pie, était en danger. Mais ce n'était pas elle... »


« Et pourtant tu l'as sauvé... »


Philomena acquiesce et sent l'approbation de Mavros dans son sourire.


« Tu ne manques pas de courage, Philomena. Du courage et des talents immenses... De grandes choses à venir de ta petite personne... Je t'invite à revenir dans la Forêt Interdite quand tu le souhaites, Philomena. Et si tu as un problème, appelle Aureus ou Mavros, et nous viendrons te secourir... »


Aureus et Mavros tournent la tête vers la droite, leurs oreilles bougeant dans tous les sens, comme les oreilles des chevaux. Mais, ayant bien compris qu'ils détestaient être comparés à ces bêtes, Philomena se tait et attend, poursuivant tranquillement son chemin.


La petite voix d'Aureus retentit, alors qu'il se retourne vers sa mère.


« Je n'ai jamais compris comment il pouvait attraper tant de créatures magiques en étant si peu discret. »


Mavros sourit alors.


« Tu peux repartir avec Rubeus, Philomena. Nous te laissons en de bonnes mains. Salue-le de notre part, nous n'irons pas plus loin. Nous sommes déjà sortis du territoire des centaures. »


Philomena sourit et lâche la main de Mavros, poursuivant son chemin entre les arbres tortueux, vers Rubeus dont les pas lourds sonnent maintenant à l'oreille de la petite fille. Quand elle aperçoit Rubeus Hagrid, qui paraît soulagé de l'avoir retrouvée, elle se retourne et salue de la main Mavros qui avance entre les arbres, s'accrochant aux branches, et le petit Aureus qui n'arbore aucune expression et se détourne d'elle, guidant sa mère.


Philomena entend Hagrid s'approcher d'elle à pas lourds et son visage alors détendu se ferme. Elle s'attend à ce que le gardien des Clés et des Lieux de Poudlard la gronde, elle s'attend à être punie. Mais Hagrid lui fait ce petit sourire gêné.


« J'ai vu que tu avais sauvé l'oiseau, Philomena... C'est bien... Mais ce n'est pas bien du tout d'être entrée dans la Forêt Interdite. »


Il sort une montre à gousset d'une de ses poches qui sent le foin et la viande.


« Et tu es en retard... »


Philomena se lance alors dans plein d'explications, inquiète des conséquences... Elle parle à toute vitesse.


« Je pensais que c'était Chica, du coup je me suis dit tant pis, je vais la sauver... C'est mon oiseau, je l'ai trouvée bébé et je l'ai élevée... Et après je me suis perdue, et j'ai vu une licorne, et Aureus et Mavros m'ont trouvée et raccompagnée... Je ne voulais pas avoir de problèmes... »


Hagrid lève les mains en signe d'apaisement.


« Je vais dire tout ça au professeur Rogue, ne t'inquiète pas... Tu as vu une licorne ? »


Hagrid et Philomena repartent tranquillement vers le château, parlant avec animation des créatures de la Forêt que Philomena a rencontré, et Hagrid dévoilant des anecdotes sur chacune d'elle.
Poena by Sifoell
La tête baissée, Philomena se tient dans le bureau du professeur Rogue dont elle sent la colère froide bouillonner. Silencieux, il la fixe de son regard noir, la clouant sur place. Les mains serrées dans le dos, elle attend que la tempête passe. Elle se doute qu'aucune explication qu'elle pourrait avouer ne sera prise en compte par le professeur, qui a à peine écouté les balbutiements du gardien des clés. Philomena a peur de recevoir un coup, tout en se disant que le professeur ne le fera jamais. Son instinct le lui crie : cet homme ne perd pas son sang froid.

« Vous êtes ici depuis à peine un mois, Fletcher. Et c'est la deuxième fois que je vous vois dans mon bureau pour votre conduite irrespectueuse des règles. Vous avez d'abord embêté Shammade, et maintenant, vous pénétrez dans la Forêt Interdite ? Savez-vous pourquoi elle est appelée comme cela, Fletcher ? »

Philomena reste stoïque et silencieuse. Le professeur Rogue élève à peine la voix, son ton appuyant certaines syllabes comme un acteur de théâtre.

« Parce qu'elle regorge de dangers ! Vous êtes une enfant inconséquente. Vous auriez pu être blessée ou tuée. Un mois de corvée de nettoyage de chaudrons à la main, Fletcher. Vous viendrez me rejoindre tous les soirs de 17h à 18h dans la salle des potions, et j'espère que cela vous mettra un peu de plomb dans la cervelle. Vous pouvez retourner dans votre salle commune. »

Philomena reste sur place, hésitante. Elle sent que d'un côté elle mérite cette punition parce qu'elle a enfreint le règlement, mais d'un autre côté, elle avait une bonne raison de le faire, et quelque part, elle trouve cela injuste d'être punie. Le professeur Rogue s'impatiente. D'un geste de la main, il ouvre la porte alors qu'il se tient toujours derrière son bureau.

« Alors ? »

Philomena ne bouge toujours pas, elle respire vite, elle a envie de se justifier. Elle relève la tête et parle à toute vitesse de sa petite voix.

« Je suis entrée dans la Forêt Interdite pour sauver mon oiseau.»

Elle se redresse de toute sa stature, immensément fière de cela. Elle a sauvé un oiseau, a rencontré une licorne et deux centaures, s'est sans doute aventurée là où la majorité des élèves n'ira jamais. Et pour une bonne raison. Le professeur Rogue a son habituelle moue dédaigneuse qui lui tord les lèvres, comme s'il avait sous le nez quelque chose de dégoûtant.

« Je vous demande pardon ? »

Philomena se répète, d'une voix bien plus assurée.

« Je suis entrée dans la Forêt Interdite pour sauver mon oiseau. J'ai sauvé un oiseau, qui n'était pas le mien. J'ai rencontré une licorne et deux centaures. J'ai appris à reconnaître un Charognarbre et à m'en méfier. Je me suis fait mal, mais ce n'est pas grave. J'ai appris plein de choses, et c'est pour apprendre que je suis là, professeur Rogue. Alors, j'apprends. »

Philomena soutient son regard, bien qu'impressionnée.

« Deux mois de retenue. Et 20 points enlevés à votre maison. Vous pouvez disposer. »

D'un geste de la main, le professeur Rogue désigne la porte laissée ouverte. Philomena le salue d'un hochement de tête avant de quitter la salle.


Philomena est assise dans la bibliothèque à côté de Mara et de Lydia qui les aide à faire leurs devoirs. N'arrivant pas à se concentrer, Philomena regarde les deux sœurs et ne peut s'empêcher de les comparer. Lydia est plus âgée, elle va sur ses seize ans, arbore des cheveux blonds bouclés et de grands yeux bleus. Le regard de Philomena se pose sur le piercing qu'elle a entre ses deux narines, et le foulard noir et blanc qu'elle arbore tout le temps. Lydia a mauvais genre, et cela entraîne parfois quelques regards des professeurs, en particulier du professeur Mc Gonagall qui est somme toute, bien comme il faut. Philomena est fascinée par la relation des deux sœurs. Lydia est très attentive à sa petite sœur, l'aide pour faire ses devoirs, est très présente quand Mara a ses moments de tristesse. Les deux sœurs se ressemblent indéniablement. Mara est plus frêle que sa sœur, ce qui lui donne une apparence de fragilité. Mara a les cheveux châtains qu'elle noue en deux nattes sur les côtés, et de grands yeux marrons, et le visage constellé de tâches de rousseur, ce qui lui donne un air de poupée. Et là où on peut voir de la fragilité chez Mara, on ne voit que de la force chez Lydia qui a un physique sportif et est grande pour son âge. Lydia a l'air sûre d'elle-même et cela rassure Mara.

Sentant le regard de Philomena sur elle, Lydia lève les yeux du livre qu'elle lit avec sa sœur et l'interroge d'un haussement de sourcils. Philomena enroule son parchemin en soupirant.

« Tu n'arrives pas à faire ton essai ? »

Philomena secoue la tête.

« Non, c'est pas ça... »

Et Philomena entreprend de raconter son escapade aux deux filles dont les yeux s'agrandissent au fur et à mesure du récit.

« Enfin bref, d'un côté je sais que je mérite d'être punie parce que je me suis mise en danger, mais d'un autre côté, je l'ai fait pour Chica ! »

Philomena ne s'en est pas rendu compte, mais les élèves aux tables voisines se sont aussi arrêté de lire ou d'écrire, et écoutent attentivement leur conversation. Mara reste coite, mais Lydia est fascinée et pose plein de questions à Philomena. La mine soudain sérieuse, Lydia se rapproche de Philomena.

« Ecoute, c'est mon devoir de préfète de te rappeler le règlement et ses raisons d'être. Il y a eu un loup garou pendant des années dans la Forêt Interdite. Il y a des araignées énormes, des acromentules. Les centaures sont également des créatures fières et susceptibles. La moindre bourde de ta part, et tu étais en danger. Seuls Hagrid et des sorciers chevronnés comme le professeur Dumbledore ou le professeur Brûlopot peuvent y entrer sans trop de danger. »

Philomena se tasse alors un peu sur sa chaise.

« Mais, ne te trompe pas, Philomena. Je te dis que oui, ce n'est pas bien de l'avoir fait. Mais tes raisons étaient honorables. Il ressemble à quoi le Charognarbre ? Et tu es restée longtemps seule en face de la licorne ? Elle a fait quoi ? »

Philomena sourit alors en coin et reprend son récit de manière plus détaillée. Puis, le cours de la conversation dévie une nouvelle fois sur la dernière guerre, comme la majeure partie des conversations des élèves. La dernière guerre est encore si proche, des Mangemorts sont poursuivis encore aujourd'hui, presque un an après la fin du Seigneur des Ténèbres.

Après avoir réussi à terminer ses devoirs, c'est l'esprit plus léger que Philomena rejoint la salle des potions pour nettoyer les chaudrons.


Philomena toque timidement à la porte de la salle des potions, mais n'entendant pas de réponse, soupire et reste dehors. Elle s'assoit alors dans le couloir devant la porte et s'amuse à faire léviter un gravier qu'elle sort de sous sa chaussure. Elle entend des voix d'hommes dans la salle des potions, mais n'entend pas ce qu'ils disent. Soudain, la porte s'ouvre et le professeur Dumbledore en sort.

« Ah, Severus. Je vois que votre élève est arrivée. Vous saluerez son courage d'avoir été sauver un oiseau dans la Forêt Interdite, et j'apprécie beaucoup que vous acceptiez de lui donner des cours particuliers tous les soirs pendant deux mois. C'est bien aimable de votre part. Philomena, je t'offre vingt points pour Serpentard pour ton courage. »

Il s'avance alors vers elle, et lui murmure en lui adressant un clin d'oeil.

« Mais tu aurais eu plus de points si tu avais demandé de l'aide. Tu es trop jeune et trop inexpérimentée pour te rendre dans la Forêt Interdite. »

Puis, se redressant, il salue le professeur Rogue avant de s'avancer dans le couloir.

Le professeur Rogue arbore une mine pincée, entre dans sa salle de potions.

« Alors, qu'attendez-vous pour entrer ? Ces chaudrons ne se nettoieront pas tous seuls ! »

Philomena se lève alors et entre dans la salle, suivant le très intimidant professeur Rogue. De sa petite voix, elle demande alors.

« Vous n'allez pas me donner des cours particuliers comme le disait le professeur Dumbledore ? »

Le sombre professeur émet une espèce de rire crispant.

« D'après vous ? »

Philomena baisse alors la tête, remonte ses manches, et demande.

« Ils sont où ces chaudrons ? »

Elle passe l'heure suivante à récurer des substances visqueuses et brûlées dans le fond d'un nombre incalculable de chaudrons, jusqu'à ce que ses doigts soient rouges. A la fin de sa punition, Philomena se dit qu'elle va apprendre par cœur les sortilèges destinés à les nettoyer, histoire de ne pas perdre de temps. A 18h, le professeur Rogue lui demande de rejoindre la salle commune et Philomena, ayant supporté son humeur massacrante depuis une heure, sans la moindre distraction, se permet de lui demander si elle peut apprendre des sortilèges de nettoyage. Le professeur se contente de la mettre dehors et ne répond pas à sa question. Mais, qui ne dit mot consent, pense-t-elle.

Le soir, dans son lit, Philomena lit jusqu'à se brûler les yeux les sortilèges de nettoyage du livre Sorcières ménagères : nous ne sommes pas des elfes de maison ! De Cathy Kien, qu'elle vient d'emprunter à la bibliothèque. Elle fait danser dans l'air sa baguette, murmurant les incantations. Pour s'entraîner, elle a pris avec elle un tee-shirt tâché de moutarde, un verre sale et une clé rouillée. Inlassablement, elle répète et répète jusqu'à ce que chaque sortilège soit parfait. Étouffant un bâillement, elle regarde dans la table des matières et remarque qu'elle a déjà appris par cœur une vingtaine de sortilèges sur ce livre qui en compte quatre-vingt-dix-huit.
La recette secrète des scones, la fille de la lune et la bestiole; by Sifoell
Author's Notes:
Un petit nouveau pour la route et saluer le beau soleil d'aujourd'hui, qui montre son nez entre deux averses. Bonne lecture !

En rassemblant ses affaires pour partir en cours, alors qu'elle s'est levée en retard, Philomena retombe sur la lettre que lui a envoyé sa mère, et qu'elle a enlevé de sa trousse à ourlet. Elle la relit machinalement, alors que ses copines de dortoir se préparent aussi, et cela réactive des peurs chez Philomena qui réprime ses émotions et les enferme toutes dans sa tête, essayant de ne pas y penser.

C'est un peu fébrile qu'elle va en cours, assise tantôt à côté de Mara avec qui c'est un bonheur de travailler tant elle est studieuse, ou de Gladys, qui parle sans respirer, ou enfin de Willow, que Philomena trouve de plus en plus lunaire, participant aux conversations sans les écouter vraiment. Philomena sent bien qu'elle n'arrive pas à se concentrer. Même qu'au cours de sortilèges, le professeur Flitwick lui demande à un moment de ne plus s'entraîner sur les sorts, mais de juste écouter, après qu'elle ait brûlé son bureau qui aurait fait une belle flambée si le tout petit professeur n'avait pas lancé rapidement un contre sort.

Personne ne se rend compte qu'elle est préoccupée, plus silencieuse que d'habitude, pas même Mara qui est pourtant observatrice. Ne tourne que dans l'esprit de Philomena cette menace sourde, ce que son père pourrait faire à sa mère en son absence. A midi, n'y tenant plus, Philomena écrit une lettre à sa mère sur un coin de la table de la Grande Salle.

Maman,

J'espère que tu vas bien. Il m'est arrivé plein d'aventures, Chica a déménagé parce qu'elle ne s'entendait pas avec les chouettes et hiboux qui sont dans la Volière. A un moment, j'ai eu peur de l'avoir perdue parce qu'elle a volé au-dessus de la Forêt Interdite, et je suis allée la sauver, pensant que c'était elle qui était en danger. J'ai rencontré des créatures magnifiques : une centauride et un centaurion, un Charognarbre (une espèce d'arbre carnivore qui attire de petites bêtes et les digèrent sur ses branches), et j'ai même vu une licorne !

Par contre, comme je n'avais pas le droit d'aller dans la Forêt Interdite (bien que je n'aie pu m'en empêcher), j'ai été punie par le directeur de ma maison, le professeur Rogue. Je suis de corvée de récurage de chaudrons pendant au moins un mois. Mais j'ai appris, et j'apprends encore, plein de sorts de nettoyage, j'espère qu'il me laissera m'exercer.

Comme tu me l'as demandé, j'ai bien gardé secrète la recette des scones, que je connais par cœur. Mais j'espère que tu n'en fais pas tous les jours car cela peut être lassant. Veux-tu que je rentre aux vacances d'Halloween, on peut demander la permission au directeur, ou préfères-tu que je ne rentre qu'aux vacances de Yule ? Pourras-tu aussi m'autoriser à sortir au Pré-au-Lard avec les autres élèves et les professeurs ?

Je pense toujours à papa et à ce qu'il m'a demandé pour la bourse, je fais ce que je peux pour le satisfaire.
Je pense fort à toi, et à papa. J'espère qu'il ne mange pas trop de scones car cela va abîmer ses dents.

Je t'aime très fort,


Philomena.



Après son repas, Philomena demande à Gladys si elle peut lui donner une pièce pour envoyer sa lettre à sa maman, ce que Gladys accepte volontiers. Philomena lui propose alors de faire ses devoirs avec Mara, Lydia et elle le soir-même à la bibliothèque, car les trois amies ont pris l'habitude de se retrouver là avant le repas du soir. Gladys qui est une élève peu sérieuse et a du mal à rédiger des essais accepte aussi. Philomena se dit que peut-être, quelque part, la timide Mara et la très bavarde Gladys, vont peut-être s'apprécier.

Après avoir envoyé son courrier, Philomena rejoint la salle d'histoire de la magie, où le cours commence dans un brouhaha de discussions des élèves. Le professeur Binns se contente d’ânonner à la virgule près les chapitres du livre d'histoire de la magie, ne répond jamais aux questions des élèves. Philomena a pris l'habitude de lire le chapitre correspondant avant chaque cours d'histoire de la magie mais elle reste sur sa faim sur ce cours qui n'est vraiment pas passionnant.

Son esprit divague régulièrement vers sa maman, la maison, et son père, et tournent dans sa tête des souvenirs des colères terribles de son père, et de la peur de sa mère.


Un peu plus tard, alors qu'elle est en cours de vol avec Willow, Philomena essaie comme elle peut d'apprivoiser le balai, mais rien n'y fait. Elle a peur d'être en hauteur, peur de tomber, alors elle tombe. Le professeur Bibine arbore une mine navrée devant les exploits de Philomena et ceux de Willow qui semblent toutes deux être des cas désespérés. Le cours s'arrête sur quelques bleus pour Philomena, mais Willow n'a même pas essayé d'enfourcher son balai et reste intacte.

Philomena commence à repartir avec les autres élèves après qu'ils aient tous rassemblés leurs balais et que le professeur Bibine s'en soit allée, quand elle se rend compte que Willow est restée sur place, immobile, contemplant le paysage. Philomena se rapproche doucement de la longue silhouette de la petite fille. Willow est grande et élancée, a la peau pâle sans la moindre tâche de rousseur ou le moindre grain de beauté. Derrière elle, le soleil commence à se coucher, parant le ciel de couleurs de feu qui semblent mettre un peu de vie à la chevelure châtain de Willow. La lune, pâle et immense, s'est levée dans un coin de ciel bleu. Le paysage est magnifique et les couleurs à couper le souffle. Philomena semble se réveiller d'un songe et demande alors à Willow de venir, il est temps de rentrer au château.

D'une voix lointaine, Willow murmure à on ne sait qui.

« Non... Je vais rester là un peu encore, tant que je peux voir tout cela. »

Philomena reste alors fixer Willow, ne sachant pas trop d'où vient cette idée. Elle insiste alors.

« Willow, il commence à faire froid et je dois aller voir le professeur Rogue, je suis punie. Viens avec moi. Tu ne vas pas rester garder les balais. »

Philomena esquisse un sourire mal à l'aise, elle sent bien que quelque chose ne va pas mais sans comprendre. Willow se retourne alors vers Philomena, et ses yeux se promènent un peu partout avant de se poser sur Philomena, comme si Willow venait de se rendre compte que Philomena était là. Un sourire se dessine sur ses lèvres.

« Tu sauras voler, Philomena, mais tu as besoin de tes chaussures pour cela. »

Là-dessus, Willow prend la direction du château, laissant derrière elle Philomena qui ne sait pas du tout ce qu'il vient de se passer.


Après avoir récupéré un biscuit lors du goûter de la Grande Salle, Philomena ne traîne pas et se rend à la salle des Potions pour sa punition. Elle espère que le professeur Rogue acceptera qu'elle s'entraîne et utilise la vingtaine de sorts de récurage qu'elle a appris dans le livre hier soir. Philomena frappe à la porte et entre lorsqu'elle y est invitée. Ne levant même pas la tête de la pile de parchemin qu'il est en train de corriger, le professeur Rogue ne dit pas un mot, fait un mouvement de baguette et fait apparaître sur une table les chaudrons puis de quoi les nettoyer. Philomena soupire devant la tâche et se rapproche de la table. Elle ose alors lui poser la question qui lui brûle les lèvres.

« Professeur Rogue, j'ai appris quelques sorts de récurage dans le livre Sorcières ménagères, est-ce que je peux les essayer ? »

Son cœur bat vite quand les yeux noirs du professeur se posent sur elle.

« Bien sûr que non. Le professeur Flitwick m'a fait part de vos exploits en sortilèges tout à l'heure. Je ne veux pas que vous utilisiez votre baguette et transformiez cette salle de classe en brasier. »

Les yeux noirs du professeur retournent alors sur la pile de parchemin, et Philomena se tasse un peu sur elle. Elle retrousse alors ses manches et se met à nettoyer les chaudrons dont certains sont tellement grands qu'elle y plonge pour en atteindre le fond et peut à peine les déplacer tant ils sont lourds.

Quelqu'un frappe à la porte et entre avant d'y être invité. C'est le professeur Eviah Ebony, qui arbore une expression inquiète. Le professeur Rogue a l'air mécontent d'être dérangé.

« Severus, j'ai perdu Duster... Tu m'aides ? »

Philomena fait tout pour ne pas les regarder ni écouter leur conversation, mais elle est intriguée. Le professeur Rogue la pointe alors du doigt.

« Poursuivez votre punition, Fletcher. Je reviens... Et n'essayez même pas d'arrêter de frotter le temps de mon absence, je le saurai... »

Là-dessus, le grand et sombre professeur Rogue accompagne la petite et blonde professeur Ebony et quitte la salle.

Malgré son interdiction de pratiquer les sorts qu'elle a appris, Philomena se dit qu'elle peut toujours essayer sur un petit bout d'un grand chaudron, ceux qui sont si grands et si lourds. Elle attrape sa baguette, fait un mouvement rectiligne de son poignet et murmure recurvite et a la surprise de reconnaître l'efficacité du sortilège. Elle en essaie alors un autre, puis un autre, et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le chaudron est comme neuf. Mais les sourcils de Philomena se froncent... Le professeur Rogue va forcément s'en rendre compte, et la réprimander... Mais Philomena ne connaît pas de sorts pour rétablir l'état d'origine du chaudron, donc elle hausse les épaules, reprend sa brosse et son eau savonneuse, et continue de récurer le chaudron suivant.

A un moment, la poignée de la porte se fait entendre, comme si quelqu'un avait du mal à l'ouvrir. Philomena reste la regarder, et la porte s'ouvre enfin, révélant une créature très laide, qui ressemble à un gros rat dépourvu du moindre pelage, si ce ne sont d'impressionnantes moustaches, et qui semble avoir sur le dos une espèce de carapace comme celle d'un tatou. Philomena se souvient d'avoir vu dans des illustrés ces bêtes lointaines. Elle reste immobile, et l'animal entre en furetant, son petit nez rose et ses grandes moustaches bougeant dans tous les sens. L'animal repère soudain Philomena, et plutôt que de s'enfuir, un grand ploc se fait entendre et en lieu et place de la bestiole se tient Fortunat Fletcher, déguenillé, les cheveux roux ébouriffés, le poing brandi et vociférant.

Philomena n'a pas le temps de réfléchir à quoi que ce soit, de se dire qu'il n'y a aucune raison que son père vienne de prendre la place de la bestiole, et elle se cache sous la table, se cognant la tête au passage. Elle voit encore les jambes de son père, qui n'a pas bougé. Elle se tapit alors contre le pied de la table, se faisant toute petite, tremblant de tous ses membres. Dans un autre ploc retentissant, la créature redevient ce gros rat moche et carapaçonné et furète du côté du bureau du professeur Rogue. Philomena n'a pas bougé, essayant de respirer doucement et de ralentir les battements de son cœur. La bestiole repère les rouleaux de parchemin que le professeur Rogue corrigeait, se dresse sur ses pattes arrière, et commence à en grignoter un bout, et tire sur le rouleau d'un mouvement de tête. La bestiole ne voit plus du tout Philomena et vaque à ses occupations.

La porte s'ouvre soudain à la volée, la bestiole va se cacher sous le bureau du professeur, entrevoit Philomena sous la table et se transforme dans un ploc qui la fait sursauter en un grimaçant Fortunat Fletcher recroquevillé sous le bureau dans une allure bestiale. Philomena voit deux paires de chaussures noires, l'une à talons qui se dirige vers elle dans un mouvement dansant de robe noire, l'autre sans talons qui se dirige vers le bureau. La bestiole voit alors le professeur Rogue, se transforme dans un nouveau ploc en un mélange entre Fortunat Fletcher et autre chose portant un masque argenté.

« Riddikulus. » marmonne le professeur Rogue, tandis que le professeur Ebony, s'accroupit sous la table et tend la main à Philomena avec un sourire confiant. Philomena saisit la main, laisse la petite professeur blonde la sortir de sous le bureau et reste debout, ne sachant que faire de sa peau.

« Je te raccompagne à ta salle commune, Philomena. »

La voix du professeur Rogue claque, alors qu'il enferme la bestiole dans une malle poussiéreuse.

« Il n'est pas encore 18h... »

La voix du professeur Ebony s'élève alors, profondément agacée.

« Cette enfant est terrifiée, Severus ! Je la raccompagne à sa salle commune et vient récupérer Duster ensuite. Demain il fera jour, elle pourra faire sa punition à ce moment-là... »

D'autorité, le professeur Ebony met sa main dans le dos de Philomena, qui ramasse sa baguette au passage, et l'accompagne jusqu'à la porte de sa salle commune.
L'accident du pauseur de temps by Sifoell
Author's Notes:
Et bien, je vous ai abandonné pendant quelques mois, et ce confinement ne m'a pas vraiment aidée à rêver, malheureusement.
Consultant mon dictaphone, je me suis rendue compte que j'avais un sacré paquet d'idées en attente, et je m'y suis donc replongée.
Encore une fois, je ne promets rien en terme de rythme de publication, ça viendra quand ça viendra... Je m'en excuse mais j'ai du mal à faire autrement.
Je vous souhaite une bonne lecture, et bon courage à ceux qui sont encore confinés ;)

La petite main du professeur Ebony est dans le dos de Philomena qui suit les couloirs machinalement, sans regarder où elle va, se laissant complètement guider. Alors qu'elle se rapproche de sa salle commune, Philomena, d'une voix fantomatique, demande, sans forcément attendre de réponse.

« Ce n'était pas un vrai épouvantard ? Ils sont des esprits et n'ont pas de corps... C'était autre chose... »

Le professeur Ebony lui répond alors, hésitante.

« Non, tu as raison. Ce n'était pas un vrai épouvantard. Duster est un tatoogony, un animal magique fouisseur et difficile à capturer, qui creuse des tunnels sous les fondations et peut faire s'écrouler des bâtiments. Je l'ai blessé par erreur il y a des années, et depuis, il a les pouvoirs d'un épouvantard, et il est bien plus facile à capturer qu'un véritable épouvantard dont aucun sorcier n'a jamais vu la vraie apparence d'ailleurs. Duster ne pouvait plus vivre avec les autres tatoogony de son groupe, parce qu'ils avaient peur de lui. Il est donc plus ou moins devenu mon tatou de compagnie... »

Le professeur s'arrête alors et attrape le poignet de Philomena d'une main douce, comme si elle essayait de l'apprivoiser.

« Est-ce que tu vas mieux Philomena ? »

La petite fille lève les yeux vers le visage rond du professeur.

« Oui, ça va mieux... Dès que j'ai compris que ce n'était pas possible... Il m'a fait une belle frayeur, Duster ! »

Un petit sourire vient fendre le visage de Philomena, et le professeur Ebony lui sourit en retour.

Philomena s'arrête alors près de l'entrée de sa salle commune. Elle lève ses yeux vers ceux du professeur Ebony, qui n'est guère plus grande qu'elle.

« Merci de m'avoir raccompagnée. Cela va mieux, ne vous inquiétez pas. Et excusez-moi auprès du professeur Rogue, je rattraperai ma punition. »

« Ne t'inquiète pas du professeur Rogue, j'en fais mon affaire, Philomena. Je te souhaite une bonne soirée, et à demain en cours. »

Philomena adresse alors un petit sourire au professeur Ebony, prononce le mot de passe et rentre dans sa salle commune ; elle ne prend pas la peine de s'arrêter et rejoint directement son dortoir où Gladys et Daisy sont en grande conversation, et Willow démêle ses longs cheveux d'un geste répétitif et comme absent. Philomena grimpe dans son lit sans rien dire, les filles n'ont même pas remarqué qu'elle était entrée. Philomena ferme les rideaux de son lit et fouille dans sa trousse à ourlet à la recherche de ses trésors.

Elle en saisit la montre à gousset, ne l'entend pas tic-taquer, la tapote de son doigt, la porte à son oreille, comme si la montre allait lui raconter la magie du temps comme un coquillage celle de l'océan, et en ouvre l'arrière. Là, c'est une véritable machinerie qui se révèle, machinerie qu'elle a déjà découverte, mais qu'elle ne comprend pas bien. De tous petits engrenages assemblés les uns aux autres. Elle approche la montre très près de ses yeux, pour en saisir les plus petits mécanismes, cet espèce de petit balancier. Philomena repère la tige qui permet de remonter la montre, tire sur le bouton, règle l'heure qui s'était arrêtée, de ses petits doigts trifouille un peu dans les engrenages. Les tics-tacs retentissent, mais semblent aller de plus en plus lentement. Frustrée, elle garde sa montre à la main et ouvre les rideaux parce qu'elle voulait dire aux filles qu'elle était rentrée, parce qu'elle a absolument besoin d'occuper son esprit sinon elle sent qu'elle va devenir folle.

Et là, elle s'arrête. Enfin tout s'arrête. Non. Tout s'est arrêté, sauf elle. Willow a toujours sa main sur sa brosse, sa brosse dans ses cheveux mais elle est suspendue dans son geste. Daisy et Gladys sont comme interrompues dans un grand fou rire. Daisy a les yeux fermés, la tête penchée en arrière, et Gladys cache son visage de ses mains. Philomena descend doucement de son lit, le cœur battant à tout rompre. Elle s'approche doucement de Willow dont le lit est le plus proche du sien. Les yeux de la fillette regardent vers la fenêtre, les derniers rayons du soleil dardant à travers les nuages lui donnent un teint lunaire, et ses grands yeux bleus métalliques paraissent loin, perdus. Philomena, serrant toujours sa montre à gousset dans la main, effleure de ses doigts une longue mèche de cheveux de Willow qui s'anime soudain, comme finissant le geste de se brosser les cheveux, et ses yeux se posent sur elle. Philomena sursaute, et recule. Willow s'arrête alors de nouveau, totalement immobile, les yeux posés sur l'endroit où Philomena était présente un instant plus tôt.

Alors, comme dans un rêve, Philomena s'approche de Daisy qui lui tourne le dos, et effleure le gilet vert de la fille, et Daisy continue de pencher sa tête en arrière, ses boucles bondissant au rythme de son rire. Dès que Philomena cesse de la toucher, Daisy s'arrête aussi. Philomena ouvre alors sa main qui tient toujours la montre à gousset, et elle l'étudie de plus près. Il n'y a aucune inscription pouvant lui donner un indice sur ce qu'est cet objet, à quoi il sert, et comment il fonctionne. Elle porte alors de nouveau la montre à son oreille, mais pas le moindre tic tac. Elle l'ouvre. Tout est immobile, là-dedans.

Et soudain, ça s'agite, ça tourne, ça cliquète. Et c'est comme si tout ce qui était figé autour de Philomena reprenait vie. Willow semble confuse, et cherche Philomena du regard, Daisy sursaute, se retourne et de sa voix pleine de vie :

« Oh, tu m'as fait une peur bleue, Philo ! »

Gladys regarde alternativement Philomena, interdite, et Daisy qui se marre de plus belle, l'entraînant avec elle.

Philomena range alors dans sa trousse à ourlet la montre, et se dit qu'elle étudiera plus tard l'objet magique, parce que ça en est un.


Après avoir dîné et fait leurs devoirs dans la grande Salle avec Mara et Lydia, les quatre filles retournent au dortoir et se couchent. Petit à petit, les respirations se font plus longues. Gladys marmonne dans son sommeil. Mais, couchée sur le dos dans son lit, Philomena sent qu'elle n'arrivera pas à dormir. La journée repasse en continu dans son esprit. La lette qu'elle a écrite à sa mère. Willow et ses phrases sibyllines. La punition dans la salle de cours du professeur Rogue. La bestiole du professeur Ebony. Et la montre qui a figé ses copines.

Sa gorge se serre, et sans que Philomena puisse le sentir venir, elle est pliée dans son lit, son corps tressautant avec ses sanglots. Elle pose sa main sur sa bouche, essayant de les étouffer. Elle ne se sent à sa place nulle part. Tout ce qu'elle entreprend est tellement difficile. Elle a si peur, si peur pour sa mère qui est seule avec son père. Tout l'effraie. Absolument tout. Le professeur Rogue qui semble lui en vouloir personnellement. La bestiole du professeur Ebony. Rater ses examens.

Cela s'agite dans les lits alentours, Gladys pleurniche dans son sommeil et Daisy se tourne et se retourne. Et un long, si long gémissement fend le silence. C'est celui de Willow dont le long corps pâle capture la lumière de la lune.

Quelque part dans les couloirs, des fracas se font entendre, suivis par des protestations des préfets qui font leur ronde, puis des pas rapides de professeurs haranguant Peeves et le menaçant de faire venir un mage exorciste.

Secouée de sanglots inexprimés qui l'étouffent presque, Philomena a plaqué sur sa bouche sa main comme pour se bâillonner. Les copines de dortoir ont le sommeil encore plus agité, jusqu'à ce que Daisy, à force de se retourner, tombe de son lit bruyamment et se réveille. Secouant la tête à droite puis à gauche, étonnée d'être assise par terre, empêtrée dans ses couvertures, Daisy se lève brusquement et ouvre les rideaux du lit de Willow qui pousse des cris de banshee à glacer le sang. Daisy la secoue et Willow ouvre ses grands yeux délavés qu'elle ne fixe sur rien, les yeux remplis de larmes. Daisy se dirige alors vers le lit de Gladys qui chouine comme un petit chien, et la secoue à son tour. Gladys finit alors en grands sanglots qui achèvent de tremper sa chemise de nuit. Daisy, le cœur battant à tout rompre, ouvre alors les rideaux du lit de Philomena dont elle devine la petite forme sombre tapie sous ses couvertures, une main plaquée sur sa bouche, le visage cramoisi, et les yeux immenses, clignant comme des ailes de papillon. Daisy recule alors quand les yeux noirs de Philomena se plantent dans ses yeux, et qu'elle perçoit cette frayeur immense qui l'assaille également.

La porte s'ouvre alors à la volée sur le professeur Rogue qui fait sursauter les filles, alors que dans le couloir on entend les caquètements de Peeves qui vient encore de briser quelque chose. Les petits yeux sombres de Rogue, enfoncés dans ses orbites, balayent la chambre. Daisy recule, remarquant la baguette que le professeur tient dans ses mains crochues. Le visage livide, le professeur tient plus du vampire que du magicien, et il achève de terroriser les jeunes élèves. Dans une grande envolée de cape violette, le professeur Ebony entre et bouscule le professeur Rogue.

« Poussez-vous donc, Severus. »

Et dans de petits gestes apaisés, comme pour apprivoiser une bête sauvage blessée, la petite professeure blonde s'approche à petits pas du lit de Philomena, l'appelant d'une voix douce.

« Philomena ? C'est le professeur Ebony. »

Philomena, immobile, sent un petit poids faire ployer le matelas, tandis que le doux visage inquiet du professeur Ebony surgit dans son champ de vision. Alors, dans cet ample geste maternel, les bras du professeur se referment autour de la petite silhouette de Philomena dans une grande embrassade qui l'enveloppe jusqu'à la faire disparaître dans sa cape. Un des bras du professeur est fermement refermé autour de Philomena, tandis que son autre main lui caresse les cheveux, le dos.

« Ca va aller. Ca va aller, Philomena. Viens avec moi... »

Alors, comme un pantin, elle se laisse entraîner, enveloppée, la main toujours sur sa bouche et les yeux immenses. La femme et l'enfant dépassent le professeur Rogue qui n'a pas bougé, et dont le visage livide a repris quelques couleurs.

« Retournez vous coucher, le spectacle est fini... »

Les filles ne demandent pas leur reste, et la porte fermée, Daisy et Gladys pépient d'une voix chuchotante, tandis que Willow s'allonge de tout son long dans son lit, ses immenses yeux fixés sur un point du ciel de lit.

End Notes:
J'espère que ce court chapitre vous a plu et espère également pouvoir vous en fournir un autre dans pas trop longtemps ;) Merci d'avoir pris le temps de me lire.
Une bonne relation prof-élève et une harpe silencieuse by Sifoell
Author's Notes:
L'occasion fait le larron ! Je participe ce week-end au marathon d'écriture (que je ne connaissais pas, mais superbe occasion d'écrire !)
En voici en partie le fruit, que, j'espère, vous savourerez.
Je vous souhaite une bonne lecture !

Philomena est juchée sur une chaise trop haute, le bout de ses pieds effleurant à peine le sol. D'autorité, le professeur Ebony lui a mis une tasse de chocolat chaud dans les mains. Une odeur de cannelle envahit la pièce. Les yeux de Philomena quittent les fleurs dessinées sur sa tasse et errent sur le salon du professeur Ebony. Réalisant qu'elle est dans les appartements du professeur, Philomena se redresse sur sa chaise, et porte la tasse à ses lèvres en souriant un remerciement. D'ordinaire si labile, Eviah Ebony observe avec une grande attention son élève, avec un regard plein d'empathie. Se sentant observée, étudiée, Philomena regarde partout sauf la petite dame dans la cape violette. Le salon est chaleureux, un feu dans l'âtre colore le salon d'orange, baignant de douceur la bibliothèque largement fournie et méticuleusement rangée. Tous les meubles sont dans un bois jaune, et des objets décoratifs apportent quelques touches de bleu et de violet à la pièce chaleureuse. Au sol, un large tapis couvre presque entièrement les pierres du château.

« Philomena... »

La petite fille, baignant dans cette atmosphère apaisée, plonge son regard dans celui, franc, de sa professeure.

« Connais-tu la légilimancie ? »

La petite fille acquiesce.

« Les fondateurs de Poudlard ont enchanté le Choixpeau pour qu'il repère dans l'esprit des futurs élèves leurs qualités, et soient correctement répartis. »

« C'est exact, sourit Eviah Ebony. C'est une sorte de magie qui peut s'apprendre, et donc s'enseigner, mais qui est également naturelle. Et, je pense que tu es emplie de cette magie, Philomena. Sais-tu comment fonctionne une radio moldue ? »

Philomena, intéressée, secoue la tête, buvant les mots de sa professeure.

« Elle fonctionne plus ou moins comme la radio sorcière, mais avec une autre forme de magie appelée ondes, ou électricité. Un appareil émetteur envoie un message, une musique, par des ondes que les autres appareils réceptionnent et diffusent. Je pense que tu es une sorte de radio, Philomena. »

D'une voix posée, le professeur Ebony s'avance, sa cape violette bruissant en frottant sur le sol. Elle s'assoit sur la chaise à côté de Philomena, et lui prend la main.

« Tu es emplie de peur, Philomena, et sans le vouloir, tu transmets cette peur immense à ceux qui t'entourent. Les amies du dortoir, les professeurs. Et même ce fichu sacripant de Peeves. Il a fallu pas moins de quatre professeurs et un arsenal de menaces terribles pour venir à bout de ce vaurien. »

Philomena se raidit imperceptiblement, tandis que le professeur lui tient la main avec plus de vigueur. Elle sent comme un picotement sur son front entre ses deux sourcils, tandis que les yeux du petit professeur s'assombrissent. La jeune femme prend comme une grande inspiration comme pour remplir ses poumons d'un délicieux parfum, puis elle lâche la main de son élève et a un petit rire haut perché qu'elle étouffe dans son poing. Les yeux éclaircis, un sourire illuminant son visage, elle se lève alors d'un pas guilleret et se dirige vers sa bibliothèque, où elle consulte un instant la tranche des volumes épais avant de prendre deux livres qu'elle cale sur son bras. Puis elle se retourne vers son élève qui n'a pas raté un seul de ses mouvements.

« Et sais-tu ce qu'est l'occlumancie ? »

« Oui. C'est une magie complémentaire à la légilimancie qui permet au sorcier de former une sorte de bouclier empêchant quiconque de lire son esprit. »

« C'est exact. Dix points pour Serpentard. Nous pensons, les autres professeurs et moi, que tu es également une occlumens innée. Mais cette magie est également brute, chez toi, comme un diamant qui n'a pas été taillé. Ta magie est puissante, et tu es intelligente, bien qu'un peu indisciplinée. Mes collègues ne voulaient pas que j'aie cette conversation avec toi, mais j'en prends l'entière responsabilité. Mais, avant tout, j'aimerai que tu lises ces deux livres. »

Le professeur lui tend les deux épais ouvrages que Philomena prend avec avidité. Magie de la pensée, pensée magique, lit Philomena sur la couverture du premier livre, et Le livre des émotions, ressentir pleinement sans être plein de ressentiment sur le second.

« Philomena. Il est important que tu saches que ta magie est puissante. Ce n'est pas la première fois qu'un incident de ce genre se produit. Quand tu envoies ainsi tes émotions tout autour de toi, elles envahissent les personnes de ton entourage. Elles les perturbent. Il est important que tu apprennes à les contrôler, car elles peuvent être destructrices. »

La petite fille se raidit de nouveau, culpabilisant.

« Mais ne t'inquiète pas, Philomena. Tu es au bon endroit pour apprendre. Et tu es entourée de professeurs qui vouent leur vie à enseigner aux élèves. As-tu senti un picotement au niveau de ton front il y a quelques instants ? »

Philomena ne répond pas, attendant la réponse.

« J'ai essayé de lire dans tes pensées, et je n'y suis pas arrivée. A la place, j'ai senti une odeur qui m'a rappelé mon enfance : l'odeur des gâteaux que ma grand-mère faisait le dimanche. Je pense que je n'ai rien à t'apprendre sur l'occlumancie. Tu sais très bien le faire. Par contre, reste à traiter le problème de l'antenne radio qui envoie des ondes d'affolement tout autour d'elle. Sais-tu que tu peux nous faire confiance, Philomena ? »

La petite fille reste coite, le visage impassible, les livres serrés contre son petit torse.

« Sais-tu que tu peux me faire confiance ? Quand je t'ai trouvée sous le bureau tout à l'heure, quand je cherchais Duster, il était entre deux formes. Ce grand Mangemort roux, qui est-il ? »

Philomena inspire, expire, anticipant le galop dans sa poitrine.

« Personne. Un article de journal que j'ai lu sur la guerre... »

Le professeur Ebony acquiesce, l'air déçue, ne la croyant visiblement pas le moins du monde. Philomena se fait petite sous son regard inquisiteur. Une horloge de la pièce sonne huit heures.

« Bien ! C'est l'heure de manger... Je te raccompagne ? »

« Cela ne sera pas nécessaire. Merci. Et merci pour les livres. »

Suivant le dédale de couloirs, et ayant bien entendu les recommandations de la professeure, Philomena tait le tumulte de ses pensées, les emprisonne en quelque sorte. Rien ne ressemble plus à un couloir qu'un autre couloir. Il ne lui faut pas bien longtemps pour être complètement perdue, mais, dans ses pensées, la petite fille ne s'en rend pas compte tout de suite, quand elle arrive à un croisement de trois couloirs au centre duquel trône une curieuse petite fontaine de pierres. Philomena s'arrête devant cette fontaine où un grassouillet être aux oreilles immenses joue de la harpe, dans un geste incessant, animé par on ne sait quelle magie ancienne. Le petit visage de Philomena s'illumine et elle frôle de sa main une des oreilles qu'elle trouve caoutchouteuse. Mais inlassablement, les bras maigrelets de la créature continuent de pincer la harpe, jouant une musique que nul ne peut entendre.

Sortant de sa contemplation comme si la bulle qui l'entourait venait d'exploser, Philomena regarde autour d'elle. Les deux couloirs qui s'ouvrent devant elle sont les copies parfaites du couloir dont elle vient. Les murs de pierre sont tendus par de larges tentures vertes et argentées, sur sa gauche. Sur sa droite, des torches y sont accrochées à des piques, dispensant une faible lumière. Philomena s'approche alors des tentures, curieuse, les livres du professeur Ebony toujours coincés sous son bras. Elle tire d'un coup une des tentures qui révèle un portrait inconnu.

Un sorcier est assis dans sur le bout des fesses dans un immense fauteuil. Il porte un costume de velours noir, des bas blancs, des chaussures noires avec une boucle d'argent. Autour de son cou, une fraise de dentelle. Une barbichette finement taillée lui donne un profil tout en angles, tout comme son long nez et ses pommettes saillantes. Toute sa posture, assis ainsi droit comme un I dans ce fauteuil immense, démontre une certaine impatience. D'ailleurs, il a à la main une montre reliée à sa poche par une chaîne dorée.

Le cœur de Philomena marque un arrêt. Elle ouvre la deuxième tenture, révélant l'ensemble du tableau. Mais son attention est toute orientée vers la montre à gousset que tient le sorcier à la fraise dans ses mains. Elle n'est pas comme la sienne. Elle est plus grande, et la chaîne est d'or et non d'argent. Le sorcier agite ses doigts autour de la montre, et tout le tableau s'anime alors que lui est immobile. Les rideaux de la fenêtre flottent sous une brise invisible, un chat roulé en boule sur un coussin rouge bâille, s'étire, se tourne et se rendort. Le sorcier alors, tire sur le remontoir, le tourne plusieurs fois entre ses longs doigts fins, et appuie dessus. Il lève alors la tête de sa montre, regarde autour de lui les rideaux de la fenêtre qui claquent sous une brise ayant l'air d'avoir fait demi-tour, et le chat se réveiller, se tourner, s'étirer, bâiller et se remettre en boule.

Quelque chose s'agite dans le cœur et la tête de Philomena, cette forte intuition lui disant qu'elle tient là la réponse qu'elle cherche. Elle approche son visage très près de la peinture, dardant ses yeux sur le visage peint de l'homme du portrait qui l'ignore superbement, semblant regarder au-delà d'elle, contrairement à tous les tableaux qu'elle a croisés jusqu'à présent qui ne demandent que de l'attention et des discussions interminables. Capricieux personnages de toiles, de pigments et de vernis craquelés.

« Hé ! » s'exclame Philomena, dont la voix résonne dans les trois couloirs, portant loin, loin, plus loin qu'elle ne l'aurait voulu...

La petite fille regarde autour d'elle, surprise par la portée de sa voix, et chuchote alors.

« Hé... Monsieur... Qui êtes-vous ? »

Le sorcier à la fraise continue de regarder au-delà d'elle, dans le lointain, alors que tous les mouvements dans la toile semble faussés, rembobinés comme ces films moldus.

« Monsieur ! S'il-vous-plaît... Je m'appelle Philomena... Je crois que j'ai une montre comme la vôtre... »

Les sourcils du sorcier se froncent, mais il continue de l'ignorer avec superbe. Agacée, Philomena gratte la toile de son ongle, comme un enfant tapoterait les parois d'un aquarium. Une exclamation la fait sursauter et se retourner, pour voir les gros yeux globuleux de la statue aux ailes de chauve-souris fixés sur elle, profondément choqués. Les doigts noueux de la créature continuent de pincer les cordes de la harpe, alors qu'aucune musique ne se fait entendre. Philomena hoquette de surprise, ne voit personne dans les couloirs, et ignore à son tour la statue pour retourner toute son attention sur le portrait de l'homme à la fraise. La toile est de nouveau immobile, et le visage anguleux de l'homme à la barbe pointue se peint d'une infinie tristesse. La voix tonne alors une phrase que Philomena ne comprend pas, les yeux noirs de l'homme plantés dans les yeux noirs de la petite fille qui recule alors, tandis que les tentures vertes et argentées se referment comme si une main les avait tirées brusquement.

Son cœur bat vite et fort, ses yeux posés sur les teintures maintenant immobiles. Son regard dérive sur une plaque de métal qui renvoie les lueurs tremblotantes des torches. Philomena s'en approche doucement. La plaque est toute rayée, mais elle arrive à lire.

Flynn ..et....
Maître …...mp......l..u

L'inscription est abîmée, comme si quelque chose avait frotté contre la plaque et l'avait endommagée de manière irréversible. Philomena recule, déçue et, saisie d'un doute, fouille dans sa trousse à ourlet à la recherche de sa montre à gousset. 20H20 !!! Elle est terriblement en retard pour aller dîner, et est perdue en plus ! Philomena cale les livres contre elle et se met à courir dans les couloirs, des yeux noirs et sévères la regardant s'éloigner.

Une élève studieuse, dans l'air du temps by Sifoell
Author's Notes:
Allez, hop hop hop, un p'tit nouveau. Merci le marathon d'écriture de ce week-end !
Comme je suis un peu dingue, j'ai tenté de participer en même temps aux nuits insolites mais il n'était pas possible qu'une partie de ce chapitre participe aux nuits insolites. Mais, quelque part, si le mot "chaussette" apparaît, c'est grâce à elles.

Après avoir dîné avec Mara et Lydia, Philomena rejoint son dortoir. Elle sent bien qu'il y a une ambiance bizarre, Gladys et Daisy étant étrangement silencieuses et lui lançant de temps à autre des regards inquiets. Willow, elle, est toujours un peu dans la lune, et est dans son coin à lire un livre sans en tourner les pages. Peut-être s'est-elle endormie les yeux grands ouverts. Philomena ne trouve pas le sommeil non plus. Elle a fait ses devoirs, et sur sa table de nuit sont rangés les deux livres que lui a prêté le professeur Ebony.

La journée passe et repasse sans cesse dans l'esprit de Philomena. Il faut qu'elle fasse attention. Il faut vraiment qu'elle fasse attention. Il est hors de question que ses peurs les plus intimes soient connues. Il faut alors qu'elle les fasse taire.

Philomena soupire et prend le premier livre à la couverture noire et à l'écriture argentée. Le livre des émotions, ressentir pleinement sans être plein de ressentiment, de Garance Funkel. Elle l'ouvre alors et le feuillette par curiosité, guère motivée pour le lire. Elle en consulte le sommaire, puis la table des matières, puis la préface, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, elle a déjà lu deux chapitres. Ce n'est pas le livre le plus passionnant qu'elle ait lu. Il lui semble même un peu faire partie de ces littératures pour bonne femme que l'on trouve à l'épicerie, ces modes d'emploi pour que les femmes se sentent épanouies dans leur petite vie.

Sa mère en a plein à la maison.

Philomena soupire de nouveau, peu impressionnée par les conseils dispensés. « Les émotions sont une richesse, certaines personnes en sont presque dépourvues. Ressentir des émotions est une réaction normale à son environnement, son entourage. S'attendrir devant un enfant et lui sourire. Avoir les larmes aux yeux parce qu'un ami pleure devant nous. Nier ses émotions est un bon moyen d'exploser. Vivre ses émotions est le meilleur moyen de vivre pleinement. »

Le livre lui tombe presque des mains tant elle le trouve plein de lieux communs. Philomena jette un œil aux filles qui dorment profondément. Ayant perdu la notion du temps, elle se penche un peu pour regarder le réveil de Daisy qui indique minuit trente et elle a lu avec peu d'entrain la moitié du livre. Philomena se dit que si elle arrive à le rendre au professeur Ebony à la première heure de cours demain, celle-ci sera impressionnée. Une idée lui vient, et elle prend sa montre à gousset. Elle tire sur le remontoir, le fait tourner trois fois entre ses doigts et appuie dessus. Elle porte la montre à son oreille et entend les cliquetis de celle-ci s'espacer jusqu'à s'arrêter presque. Elle compte un cliquetis toutes les soixante secondes. Intriguée, elle se lève et regarde le réveil de Daisy qui s'est arrêté. Comme tout à l'heure, elle a figé dans le temps sa chambre. Elle se met à la fenêtre et regarde dehors mais ne voit pas grand chose. Philomena a la soudaine envie de bouger et de vérifier un peu la portée de la montre à gousset. Elle met alors un gros gilet sur sa chemise de nuit élimée, enfile ses chaussures, prend sa trousse à ourlet qui contient sa baguette et ses autres trésors, et sort de la chambre, traverse la salle commune, et se retrouve dans le couloir.

Il faut qu'elle trouve quelque chose qui bouge, quelque chose de vivant, une horloge... Enfin, il faut qu'elle mesure l'aire d'action de la montre. Elle erre alors dans les couloirs, ne sachant trop où aller. Les tableaux se figent, il lui semble, quand elle passe devant eux, mais ils ne sont déjà pas d'habitude très actifs.

Soudain, au détour d'un couloir, elle entend les miaulements de Miss Teigne qui a du l'entendre et se dirige vers elle, suivi par un Argus Rusard particulièrement menaçant. Philomena se fige, ne sachant que faire, puis se souvient que, de toute façon, la montre à gousset va finir par faire effet sur eux. Pour se rassurer, elle la porte à son oreille et n'entend toujours pas le cliquetis reprendre comme une montre normale, alors Philomena les laisse venir vers elle. Quand ils sont environ à cinq mètres d'elle, ils s'arrêtent dans leur élan, s'immobilisent. Philomena regarde alors le vieil homme et son chat et pouffe de bonheur. Ils ne peuvent rien faire... Mais il ne faut pas qu'elle reste là, cela ne va pas durer éternellement. La petite fille serre alors sa montre à gousset dans son poing et se met à détaler dans les couloirs pour rejoindre son dortoir. Elle marche à pas de souris dans la salle commune, rejoint sa chambre et son lit sans faire un bruit. Elle en tire les rideaux et reprend la lecture du livre sur les émotions, tout en surveillant de temps à autre sa montre à gousset et le réveil de Daisy.


Le lendemain matin, c'est Gladys et Daisy qui la réveillent, inquiètes de la voir dormir encore. Philomena se frotte les yeux, réalise qu'elle s'est endormie avec sa montre à gousset dans la main, qui cliquette comme une montre normale, et avec le livre sur sa poitrine. Elle sourit, elle a réussi à le finir, le professeur Ebony sera fière d'elle. Soudain, un océan de possibilité surgit à son esprit. Si la montre à gousset sert à faire une pause dans le temps pour son porteur et ce qui est autour, elle pourra lui servir à faire ses devoirs, ou plein d'autres choses ! C'est avec le cœur léger mais la tête embrumée qu'elle sort de son lit et se prépare à toute vitesse pour sa journée d'école, emportant baguette, livres, et trousse à ourlets.

Philomena regrettera de ne pas avoir, comme d'habitude, lu le chapitre suivant de L'histoire de Poudlard, parce que le cours d'histoire de la magie du professeur Binns est extrêmement long et la moitié des élèves dort tandis que l'autre moitié lutte contre le sommeil. Ecoutant d'une oreille distraite le cours ânonné par le professeur fantomatique, Philomena lit le chapitre du jour en même temps. Quand elle a fini de le lire, elle consulte le sommaire et cherche si les portraits du château sont mentionnés quelque part, mais mis à part ceux des quatre fondateurs, rien. Elle cherche alors s'il y a quelque chose sur la magie du temps, mais ne trouve rien non plus. Elle regarde la pile de livres qu'elle a emmené, tandis que Mara étouffe un bâillement en la regardant d'un air interrogatif.

« C'est rien, je cherche quelque chose... »

Mara acquiesce et retourne à sa semi-léthargie. Il n'y a rien dans le livre de potions, et juste une mention sur la dangerosité de la magie du temps et son encadrement très strict par les lois sorcières dans le livre de défense contre les forces du mal. Ils ne mentionnent pas la moindre utilisation d'objets magiques contrôlant le temps par des mages noirs. On dirait qu'ils font juste un raccourci entre magie du temps et forces du mal. Aucune mention des portraits non plus. Philomena se met alors à chuchoter à Mara.

« Tu t'y connais, en portraits de Poudlard ? »

« Quoi ? » demande-t-elle, endormie.

« Les tableaux... Tu sais qui sont ces sorciers et sorcières représentés partout dans Poudlard ? Ce qu'ils ont fait ? »

« Ben non, pourquoi... De toute façon, ils sont pour la plupart complètement impolis, et préoccupés par leur propre toile, ou les cancans de l'école. »

Philomena acquiesce et se dit qu'elle ira faire des recherches à la bibliothèque quand ils feront leurs devoirs.

Après le cours avec le fantomatique professeur Binns, vient celui avec le professeur Rogue. Les élèves sont silencieux et appliqués, le professeur tout de noir vêtu paraissant visiblement en colère. Philomena est assise à côté de Willow qui, comme à son habitude, semble être totalement ailleurs. Philomena aime bien les cours de potions, cette discipline qui n'a pas l'air de laisser place à la création, mais en fait si. Elle remarque rapidement que le professeur donne des conseils qui ne sont pas écrits dans le livre voire même contredisent les recettes. Alors qu'elle écrase six crochets de serpents dans le mortier tandis que Willow regarde tous les ingrédients étalés autour de son chaudron, sa balance, et ne commence rien.

« Willow. Tu prends six crochets de serpent et tu les réduis en poudre. »

La longue enfant s'anime alors, et ses longues mains blanches volent d'un récipient à l'autre, tandis qu'elle en lit les étiquettes. Philomena prend six crochets de sa réserve et les mets dans le mortier de Willow qui cligne des yeux comme s'ils étaient apparus devant elle comme par magie. Philomena lui donne un coup de coude, jetant des coups d'oeil vers le professeur Rogue qu'elle sent bouillir de colère. Elle fait le geste avec son poing droit fermé et sa main gauche en coupe de piler, faisant un signe de tête vers le mortier. Les longues mains de Willow s'animent encore et font comme dit.

Le professeur passe entre les tables de élèves, attentif à la moindre faute, prêt à sauter sur la moindre occasion d'enlever des points aux Gryffondor qui partagent le cours de potions avec les Serpentard. Philomena a déjà remarqué que le professeur Rogue, s'il apprécie vraiment quelque chose, ne porte vraiment pas du tout les rouge et or dans son cœur. Sa voix grave susurre alors.

« Ajoutez quatre mesures de crochets de serpent réduits en poudre fine dans votre chaudron qui devrait déjà avoir atteint les 250° si vous étiez un tout petit peu attentif à mes instructions et à ce que vous faites... »

Philomena contrôle rapidement la température de son chaudron et celui de Willow, et satisfaite, rajoute les quatre mesures dans son chaudron, tandis que Willow continue de piler ses crochets de serpents paresseusement.

« Willow, presse-toi avant que ton chaudron ne soit trop chaud ! »

Philomena contrôle rapidement de nouveau la température du chaudron de Willow qui est toujours à 250°. Willow s'anime alors et jette le contenu entier de son mortier dans le chaudron avant que Philomena ait pu intervenir.

« Non, Willow... Il faut que tu recommences... »

La voix cassante du professeur qui vient de passer furtivement derrière elles sans qu'elles ne s'en aperçoivent fait sursauter Philomena.

« Seed. Soit vous écoutez votre camarade, soit vous continuez cette catastrophe, et au lieu d'avoir une potion anti-furoncles, vous aurez une potion qui en fera apparaître sur votre visage, parce que je vous assure que vous la boirez avant la fin de ce cours... »

Willow ne dit rien, ne réagit pas, se contente d'être éteinte. Philomena attend que le professeur s'éloigne pour lancer un « evanesco » discret sur le contenu du chaudron de Willow, vérifier sa température, mesure quatre doses de poudre de crochets de serpent qu'il lui restait dans son mortier, et les mettre délicatement dans le chaudron de Willow. La fille semble tellement éteinte que cela commence à inquiéter Philomena qui chuchote.

« Willow, ça va ? »

« Des voix... »

« Quoi ? »

« J'ai des voix plein la tête qui parlent toute en même temps, j'ai du mal à discerner une phrase d'une autre. »

Philomena fronce les sourcils, continue de préparer sa potion ainsi que celle de Willow qui vacille sur son tabouret. La main de Philomena rattrape rapidement le poignet de Willow qui a l'air de revenir en quelque sorte à elle. D'une voix diaphane, elle dit.

« Tu me protègeras quand il sera temps. »

Philomena marque un temps d'arrêt, sa petite main emprisonnant toujours le poignet fin de Willow.

« Qu'est-ce que tu dis ? »

« Tu seras mon amie la plus chère, celle qui sera toujours là pour moi, même lorsque de grands dangers menaceront le monde sorcier. »

Philomena pâlit, avale sa salive.

« Il faut faire quoi après ? »

« Après quoi ? »

« Après les crochets de serpent. »

La petite fille qui n'écoutait plus du tout le professeur Rogue consulte rapidement la recette de son livre. Elle agite sa baguette au-dessus de son chaudron et au-dessus de celui de Willow.

« Il faut laisser chauffer pendant trente-neuf minutes. Après, on s'occupe des limaces. »

Le professeur Rogue regarde nulle part en particulier, un air profondément triste peint son visage pâle. Au moment où Philomena croise ses yeux, il paraît en colère d'avoir été surpris ainsi.

« Fletcher et Seed. Quand vous aurez fini de jacasser comme des pies, vous pourrez me dire comment on prépare ces limaces. »

Philomena se redresse sur son tabouret, ses pieds ne touchent pas la barre où ils devraient être si elle était plus grande.

« On ajoute les quatre limaces dans le chaudron dans... » elle consulte sa montre à gousset dont le tic tac retentit jusque dans la pulpe de ses doigts.

« Dans trente-quatre minutes. Ensuite, hors du feu, on ajoute les épines de porc-épic qui, si elles étaient ajoutées sur le feu, provoqueraient immédiatement des furoncles sur la personne qui prépare la potion. »

Un tic fait se relever un coin de la bouche du professeur Rogue.

« Cinq points pour Serpentard. Seed, votre nonchalance vient d'être sauvée par votre camarade dont vous pouvez remercier la vivacité d'esprit. »

Le cours continue ainsi. Au bout d'un moment, Philomena remarque que le professeur Rogue conseille de ciseler les orties séchées et non de les écraser comme l'indique le livre des potions. Elle lève alors la main.

« Professeur, pourquoi nous demandez-vous de les ciseler ? »

Il se tourne alors vers elle, arborant une expression indescriptible mais Philomena y lit une once de fierté.

« Concocter des potions ne requiert pas simplement d'écrabouiller les ingrédients. Ciseler les orties séchées en augmentera l'efficacité. Je remarque que vous êtes la seule à oser remettre en question mon enseignement. »

« Pas du tout, professeur. Si vous nous le demandez, c'est que vous savez ce que vous faites. »

Le professeur hoche la tête et continue son cours. Quelque part, étrangement, même s'il se fiche éperdument de ce que les gens pensent de lui, il apprécie toujours quand on reconnaît ses compétences.


Le dernier cours de la journée est celui de défense contre les forces du mal. En arrivant dans la pièce, Philomena rend le livre que le professeur Ebony lui a prêté la veille. La petite sorcière blonde, surprise, le récupère.

« Bonjour Philomena. Tu n'en veux pas ? »

« Bonjour, professeur. Si, je l'ai lu. »

« Déjà ? Et qu'en as-tu pensé ? »

« Beaucoup de choses évidentes. »

Le professeur sourit et range son livre dans ses affaires.

« Bien. Installez-vous tous ! Nous allons commencer. »

Le cours aborde le sortilège des crottes de nez et les enfants s'en donnent à cœur joie, apprenant les gestes de la baguette et la bonne prononciation de la formule. Le professeur a bien pris le temps de leur apprendre avant comment l'annuler, « parce que c'est dégoûtant, mais bon, c'est au programme... »

La salle résonne de rires et même Willow a pris quelques couleurs et baigne dans cette bonne ambiance qui éloigne ce premier cours où étaient abordés des histoires bien sombres de la guerre tout juste achevée.

Philomena lance le contre-sort vers son nez, tout en riant.

« Oh, c'est répugnant ! »

Willow aussi rigole, essuyant son nez dans sa manche avec une moue écoeurée.

« En tout cas, celui-là, je ne le lancerai que sous la contrainte... »

Willow rit, pliée en deux, agite sa baguette vers Philomena qui est son adversaire, mais, agitée par ses hoquets de rire, elle marmonne une phrase qui ressemble à mimblewimble, sa baguette par soubresaut allant vers Scott Scabior qui jusque là s'en sortait plutôt bien. C'est juste à la fin du cours, alors que des élèves sortent les uns après les autres de la classe, rangent leurs affaires, marquant la fin de la journée. Philomena remarque à peine le faible rayon de lumière bleutée, à peine visible, qui virevolte entre les élèves avant de toucher la déjà haute silhouette de Scott entre les omoplates. Il tressaille, se retourne, ne remarque rien de spécial à part Philomena et Willow qui se tordent de rire dans le fond de la classe. Il hausse alors les épaules et suit Travis comme son ombre, comme depuis le début de l'année.

Ce n'est qu'arrivées dans la salle commune que Philomena se rend compte que quelque chose cloche. Willow ne remarque rien, bien entendu. Scott est affalé sur le canapé vert, et autour de lui, absolument tous les élèves rient à ne plus pouvoir respirer. Ses mains attrapent sa gorge à s'en griffer, son catogan ne retient plus ses cheveux trop longs qui s'en échappent, lui donnant un air singulièrement ébouriffé. Sa bouche essaie de former des mots, mais rien d'autre que « chaussette » n'en sort, renforçant l'hilarité de plus belle.

« Quoi, tu as encore perdu tes chaussettes ? » demande Troy Travis dont les tresses s'agitent au rythme de ses secousses. Les autres garçons autour pleurent de rire également. Il y a même des élèves plus âgés, mais personne ne vient en aide à Scott qui en a fort besoin, le visage écarlate, des larmes de rage dans les yeux.

« Willow ! Murmure Philomena. Je crois que tu lui as lancé un sort sans faire attention. »

Les rires cessent alors, et les visages se tournent vers les deux filles qui viennent de rentrer. Philomena ne perd pas sa contenance, avance vers Scott d'un air confiant, sa baguette en main qu'elle agite vers lui en déclamant.

« Finite incantatem ! »

Le silence se fait dans la pièce alors que les élèves cessent complètement de rire. C'est un sort de deuxième année que la petite fille vient de lancer. Scott se relève alors brusquement et sort de la salle commune en bousculant Philomena puis Willow, qu'il pousse sans ménagement dans la porte. Philomena se retourne vers Willow qui se frotte le coude d'un air absent, chuchotant.

« Il fera du mal, lui... »

Soupirant, Philomena ramasse ses affaires, ainsi que celles de Willow, et la prend par le bras.

« Viens, on va rentrer dans notre dortoir, on sera plus tranquille. »

End Notes:
En espérant que vous avez apprécié la lecture ;)
Une nouvelle amitié avec la fille la plus étrange qui soit. by Sifoell
Author's Notes:
Bon, il va y avoir des larmes et des pleurs.

J'espère que la lecture vous sera agréable.

Je suis officiellement en vacances et ne vais sans doute que peu bouger cet été, donc je pense que j'avancerai mes fics longues en cours (Drago au pays des moldus, Menteurs voleurs tricheurs, et Libéré par effraction). ;)

Philomena a fait ses devoirs dans la soirée avec Willow, et n'a pas quitté leur dortoir où les garçons ne peuvent pas rentrer, de toute manière, une herse tombant à leurs pieds s'ils essayaient de la franchir. Philomena n'a pas quitté Willow d'une semelle, l'accompagnant à la grande salle pour le dîner, s'asseyant à côté d'elle. La petite fille est inquiète. Willow est de plus en plus ailleurs, et cela risque vraiment de lui attirer des problèmes. Willow mâchonne son pain comme si elle n'était pas là et que rien n'existait autour d'elle, tandis que les yeux de Philomena ne quittent la silhouette transparente de Willow que pour se fixer sur Scott qui regarde Willow d'un air mauvais. Inquiète, Philomena se lève brusquement, marmonnant qu'elle revient, et va s'asseoir avec les garçons, poussant de ses fesses Troy Travis.

« Scott ! Elle ne l'a pas fait exprès ! »

Scott, de nouveau coiffé et présentable, l'ignore totalement. Philomena insiste.

« Oh ! Willow ne l'a pas fait exprès, de te lancer ce sort. Elle était morte de rire avec le sortilège des crottes de nez, comme à peu près toute la classe. »

La petite fille agite son index sous le nez du garçon qui le repousse brusquement d'un mouvement de la main, reprenant son repas.

« Tu ne lui feras rien, Scott. »

Pour la première fois, le garçon la regarde dans les yeux, ayant bien perçu la menace.

« Sinon quoi ? »

Philomena ne se démonte pas.

« Sinon tu auras affaire à moi. »

Quelques ricanements retentissent derrière elle alors qu'elle retourne s'asseoir à côté de Willow qui émiette son pain et en porte des morceaux à sa bouche, et n'a absolument rien remarqué du tout. Mara mange à côté d'elles avec Lydia. Les deux sœurs n'ont rien raté de l'échange. La préfète demande, l'air sérieux.

« Que se passe-t-il ? »

Philomena s'anime alors, inquiète et en colère.

« On était en cours de défense contre les forces du mal, et on étudiait le sortilège des crottes de nez. Toute la classe était pliée de rire, Gryffondor comme Serpentard. A la fin du cours, Willow a lancé un sortilège à Scott sans le vouloir. Cela ressemblait au sort de babillage. Et quand on est rentré dans la salle commune, on aurait dit que Scott ne pouvait plus parler, sauf dire le mot chaussette. Et forcément, les autres se moquaient de lui et ne l'aidaient pas du tout. J'ai compris que c'était Willow qui lui avait lancé ce sort, parce que je l'ai vu. Mais quand cela s'est passé, je n'ai pas fait le rapprochement tout de suite. Donc, en voyant Scott dans cet état, j'ai dit à Willow que c'était elle qui l'avait lancé. Scott l'a compris et cela l'a énervé, d'autant plus que tous les autres dans la salle commune se moquaient de lui. Je l'ai délivré du sort et il est sorti en me bousculant et en poussant Willow. Et depuis tout à l'heure, il n'arrête pas de la regarder méchamment, mais elle n'a pas fait exprès. Hein, Willow ? »

Lydia s'étonne que la petite fille ait parlé autant, elle qui d'ordinaire est si discrète. Elle se tourne alors vers Willow qui continue d'émietter son pain et d'en picorer les morceaux. La jeune fille demande alors.

« Tu n'as pas faim, Willow ? »

Les yeux délavés de Willow se posent alors sur Lydia, mais elle ne répond pas. Un silence flotte autour d'elles, et Lydia parle alors à Philomena, ignorant Willow qui est on ne sait où.

« Tu l'as prévenu, mais tu ne feras rien, Philo. Tu es en première année, tu n'as même pas le droit d'utiliser ta magie en dehors des cours, d'accord ? Par contre, je vais l'avoir à l’œil, Scabior. Et si tu as le moindre problème, tu vas voir ton préfet. »

Une grimace vient froncer le nez de Philomena.

« Ou tu viens me voir... »

Willow intervient alors.

« On est vendredi, non ? »

Les trois filles se tournent vers Willow, mal à l'aise. Mara confirme. Willow demande alors :

« On fait quoi ce week-end ? »

Mara demande, de sa petite voix timide :

« Qu'est-ce que tu aimerais faire ? »

Willow semble réfléchir un instant.

« Aller me promener dans le parc, aller à la bibliothèque, lire les lettres de mes parents et leur écrire... »

Les filles hochent la tête, suspendues à ses lèvres. Philomena dit alors.

« On pourra aller à la volière voir vos hiboux et vos chouettes ? Et on pourra aussi aller voir Chica et ses copines si vous voulez... »

« Et se faire un jeu ! J'adore les jeux ! » s'exclame Mara, enthousiaste.

« Tu penses à quoi ? » demande Lydia.

« Les échecs sorciers, une bataille explosive, les bavboules... » énumère Mara.

Tel un match de tennis, les filles se lancent plein d'idées, s'interrompant, riant, enchérissant. Et parmi elles, Willow, qui goûte, en souriant, à la chaleur de ses amies.


Le lendemain, les quatre filles se lèvent tranquillement le matin et se préparent pour la journée, qui consistera pour Gladys et Daisy à parler jusqu'à ce que le soleil se couche, et à travailler un petit peu. Philomena a le cœur qui s'emballe en pensant à la journée qui l'attend. Elle a des amies. Des amies. Mara, Lydia et Willow. Cette dernière se retourne dans son lit et émet un petit rire de joie. Philomena la regarde en souriant, avant de se lever, et de prendre ses affaires pour aller se doucher, suivie par Gladys et Daisy qui ont pris un nombre incalculable de fioles et de flacons pour se faire belles et sentir bon.

Philomena repasse par la chambre pour redéposer ses affaires avant de descendre manger, et Willow est toujours là, allongée dans son lit comme une planche, les yeux grands ouverts sur le ciel de lit, ne fixant rien de particulier.

« Ca va Willow ? Il est temps d'y aller. »

Willow est toujours parfaitement immobile, le visage impassible, comme une gisante. Cette idée fait frissonner Philomena qui se rapproche du lit de son amie, tout en séchant ses cheveux avec sa serviette éponge. Elle fronce les sourcils, constatant que Willow ne bouge pas, ne réagit même pas à sa présence, et ne cligne pas des yeux. Un doute soudain lui serre le cœur et elle l'appelle tout en laissant tomber ses affaires au sol et en se précipitant sur le lit. La tête châtain de la petite fille se tourne lentement vers elle, et Willow dit, lointaine, si lointaine...

« J'arrive. »

Les yeux de Willow semblent regarder au-delà d'elle.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Willow ? »

Willow parle lentement, totalement détachée de tout ce qu'il se passe autour d'elle, comme cherchant ses mots parmi tant d'autres.

« Trop de voix. »

Willow ferme alors doucement les yeux et semble s'endormir. Philomena, trop inquiète pour son amie, décide de se rendre à l'infirmerie pour parler de Willow.


Philomena, les cheveux longs et pieds nus, court à toute vitesse dans les couloirs pour rejoindre l'infirmerie. Elle bouscule quelques élèves au passage, dont un préfet qui lui rappelle qu'il est interdit de courir dans les couloirs. Elle arrive hors d'haleine à l'infirmerie où elle fait sursauter Mme Pomfresh en déboulant dans la pièce. Une main sur le cœur, Mme Pomfresh demande alors.

« Philomena ? Ca ne va pas ? Tu es blessée ? »

La petite fille, entre deux respires, répond rapidement.

« Non... C'est pas moi... C'est Willow... Il y a un problème avec elle... Je crois qu'elle devient aveugle... Elle entend des voix... On dirait qu'elle s'éloigne... Elle n'est pas là...  »

Philomena montre sa tête de son index. L'infirmière acquiesce et se lève, pour suivre Philomena qui refait tout le chemin inverse en marchant d'un bon pas.

Willow n'a pas bougé, Daisy et Gladys sont sorties sans se rendre compte que Willow n'avait pas bougé. Elle est toujours allongée sur le dos, les yeux grands ouverts ne regardant rien et bougeant dans l'air, comme suivant des poussières invisibles. Mme Pomfresh s'assied sur le lit et lui prend la main.

« Willow ? C'est Mme Pomfresh. Tu vas bien ? »

D'une voix éthérée, comme se réveillant d'un long sommeil, Willow répond.

« Oh ! Bonjour. Oui, je vais bien... »

Mme Pomfresh passe sa main au-dessus des yeux de Willow qui ne cille pas.

« Assieds-toi, et montre-moi tes yeux, Willow. »

« Oh ! Ils voient de moins en moins. Ils ne voient que la lumière aujourd'hui. C'est pour ça que je les entends de plus en plus. »

Mme Pomfresh glisse son bras sous les épaules de Willow et l'aide à s'asseoir. Les longs cheveux châtains tombent en un rideau sur Willow. Ses yeux délavés papillonnent. Mme Pomfresh écarte des mèches du visage de Willow qui a un air serein et lointain. L'infirmière sort sa baguette et entreprend de lancer quelques sortilèges de détection de maladie magique, puis examine les yeux de Willow, ses oreilles. L'enfant se laisse faire comme une poupée sans volonté, le tout sous les yeux aiguisés de Philomena qui n'en perd pas une miette, ses mains répétant les gestes de l'infirmière et ses lèvres ses paroles.

Mme Pomfresh recule brusquement, marmonnant. Puis elle se tourne vers Philomena.

« Tu vas aller chercher le professeur Rogue. Ce qu'a Willow dépasse mes compétences. Il faut qu'elle aille à Sainte-Mangouste et que l'on prévienne ses parents. Je vais l'accompagner à l'infirmerie. Vous me rejoignez là ? »

Philomena acquiesce, l'air grave, et repart. Elle n'a pas fermé la porte qu'elle entend la voix diaphane de Willow s'élever.

« Alors, c'est maintenant ? »

Et ses pleurs.

End Notes:
Brrrr... Vous l'avez eu aussi, ce frisson à la fin du chapitre ?
Willow, chaussures ailées et un présent. by Sifoell
Author's Notes:
Bonjour à tous ! J'ai un rythme de petit caboteur (tchou tchou... Oui, c'est un caboteur qui fait tchou tchou comme un train).

Voici donc un nouveau (et court) chapitre concernant Philomena.
Plus j'avance dans cette histoire (je rappelle que l'histoire de Philomena court sur une vingtaine d'années), plus je me dis qu'il y aura au moins deux fics concernant Philomena : une (au moins) sur son enfance, et une sur l'âge adulte et ses aventures.
Je vous souhaite une bonne lecture ;)

Philomena court dans les couloirs de nouveau, le cœur serré par l'inquiétude pour son amie, le cœur meurtri par les pleurs de la petite fille. Trouver le professeur Rogue qui doit appeler ses parents, c'est ce que lui a dit Mme Pomfresh. Cela dépasse ses compétences. Tournent dans sa tête les paroles alors confuses de Willow devant le coucher de soleil. Quelque chose comme : « je regarde le coucher du soleil tant que je le peux. » Alors, Philomena court dans les couloirs aussi vite qu'elle peut, les yeux pleins de larmes, tout comme ceux des élèves qu'elle croise, qui se demanderont d'où vient cette soudaine bouffée d'émotion. Le parfum d'un souvenir ? Une pensée fugace ? Certainement pas la petite fille en chemise de nuit qu'ils ont à peine aperçu.

Quand elle arrive à la salle des potions, celle-ci est vide. Philomena fait alors demi-tour et court vers la Grande Salle. Dans un des couloirs qui y mène, elle l'aperçoit enfin, sa haute silhouette guindée, tout de noir vêtu, sa robe de sorcier qui claque derrière lui au rythme de ses pas. Alors elle l'appelle, et quand il se retourne, intrigué, tous ce que Philomena devait dire se bouscule à ses lèvres en même temps que ses pleurs et il ne comprend rien.

L’œil humide, il saisit le bras de la petite fille, l'emmène dans la salle et grince entre ses dents.

« Vous devez vous calmer immédiatement. »

Philomena, pense rapidement à ce stupide livre que lui a donné à lire le professeur Ebony, qui disait notamment qu'elle devait se remémorer des moments heureux, et son esprit file. Avec ses amies, elles ont prévu de faire plein de choses ensemble ce week-end. Reflue alors un peu la crise de larmes, qui revient de suite quand elle pense que Willow n'en fera pas partie. Mais elle pense de nouveau à cette idée qu'elle a des amies, et que les amies, ça dure toute la vie. Et la vague reflue encore, plus loin. Philomena respire, apaise son cœur qui se tord en protestation, essuie ses yeux dans sa manche. La voix retentit de nouveau, et quand elle regarde le professeur Rogue, il est de manière imperceptible, un peu moins raide et ses mâchoires se sont un peu desserrées. Alors, les mots trouvent leur place et dans l'ordre quand elle lui dit ce qu'il se passe.

« Willow est à l'infirmerie. Elle entend des voix et devient aveugle. Mme Pomfresh veut que vous préveniez ses parents, Willow doit aller à Sainte-Mangouste. »

Philomena se redresse alors, inspire, expire, et plante son regard dans celui du professeur.

« C'est urgent, professeur Rogue. »

Ce dernier sort de la salle sans dire un mot, suivi par Philomena. Elle a du mal à suivre ses grandes enjambées, mais veut être au chevet de Willow, parce que les amies, ça se serre les coudes, et c'est pour la vie.


Philomena est restée toute la matinée à tenir la main de Willow, enveloppée par le calme de la petite fille, et cette espèce de résignation tranquille. C'est même Willow qui lui remonte le moral parce que :

« Tu sais, Philomena, je savais que cela allait arriver. Je l'ai entendu, les voix me l'ont dit. Et moins je vois, plus elles me disent de choses. »

Philomena trouve cela profondément injuste. Willow est si jeune. Et elle rajoute, d'une voix un peu triste et distante.

« Mes parents m'ont toujours trouvée bizarre, et n'ont jamais su comment faire avec moi. Ils le sauront de moins en moins. Mais j'ai des amies, maintenant. Ce n'est pas grave, c'est comme ça. Les gens vont me trouver de plus en plus bizarre et ne sauront pas comment faire avec moi. Mais tu es là, Philomena. »

Alors, Willow serre dans sa main aux longs doigts la petite main de Philomena, et elles restent comme ça toute la matinée, à se dire des secrets, à rire parfois, en attendant que les parents de Willow arrivent et qu'elle parte à Sainte-Mangouste, même si Willow le sait :

« Les médicomages ne pourront rien pour moi, mais ce n'est pas grave, c'est comme ça... »

Quand Monsieur et Mme Seed arrivent, tous deux grands, à la peau pâle et aux yeux délavés, ils restent l'un à côté de l'autre, empruntés, ne sachant que faire. Le professeur Rogue les a à peine salués et est reparti. Mme Pomfresh leur dit ce qu'il se passe avec leur fille, en choisissant avec soin ses mots. Et ils repartent tous, Willow derrière ses parents qui transpirent le malaise. Le cœur de Philomena se serre alors. Mais elle repense à la résignation tranquille de Willow, et bien que peinée, elle va manger.

Elle passera le week-end avec Mara et Lydia à jouer à tous les jeux sorciers que Mara connaît, et elle en connaît plein, mais le cœur n'y est pas. Alors, pour s'occuper l'esprit, Philomena va lire le livre sur la légilimencie que lui a prêté le professeur Ebony, jusqu'à ce que ses yeux brûlent, et s'entraîner sur des sorts ménagers et de couture jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement exécutés.

Et, se remémorant une autre phrase sibylline de Willow, qui lui a dit le jour de ce fameux coucher de soleil qu'elle aurait besoin de ses chaussures pour voler, une fois seule dans le parc, elle s'accorde une pause dans l'herbe malgré le temps pluvieux, et étudie ses chaussures de plus près.

Parce que s'occuper l'esprit, c'est un excellent moyen de repousser la tristesse.

Ses chaussures sont en cuir rouge, et ont comme deux pièces de cuir qu'elle peut séparer du corps de la chaussure. Philomena, les sourcils froncés mais un sourire fasciné aux lèvres, découvre que de chaque côté de ses chaussures, ces deux pièces de cuir forment deux ailes caoutchouteuses. Alors, regardant autour d'elle si personne ne la voit, elle prend sa baguette, en fait un petit mouvement du poignet, et murmure « Wingardium Leviosa » vers elle-même, écartant les bras pour assurer son équilibre. Après plusieurs chutes et un coude écorché, Philomena décide d'arrêter et d'appeler Chica. Couverte de boue, elle fait ce petit bruit de langue et la voilà donc, sa belle oiselle noire et blanche, qui vient se poser sur son épaule et lui picorer les cheveux, les oreilles, la faisant rire. Puis elle repart dans les airs, va se percher sur son arbre, et semble comme chercher dans ses affaires, avant de saisir quelque chose dans son bec et de revenir vers la petite fille qui n'a rien raté de sa progression. Chica se repose de nouveau sur son perchoir favori, jacasse, et laisse tomber dans la main tendue de Philomena un petit objet brillant.

Alors, Philomena regarde, étonnée, cette boucle d'oreille d'argent sertie d'une pierre bleue. Elle flatte l'encolure de la pie qui en roucoule de plaisir, et range son trésor dans sa trousse à ourlets, le gardant pour plus tard. Pour régler ses dettes, se rappelle-t-elle, l'air soudain grave.

End Notes:
J'espère que la lecture vous a été agréable, le petit caboteur repart, tchou tchou, pour aller vous livrer le prochain chapitre :)
Lettres sans réponse et futures retenues by Sifoell
Author's Notes:
Bien, en voilà un petit nouveau.
C'est étrange comment des fois, je projette de nouveaux chapitres, fais un plan, et finalement, l'écriture me mène un peu à autre chose.
Donc voilà Philo qui s'inquiète pour Willow, et qui se met dans de beaux draps.

« Mais ne t'inquiète pas, Philomena. Ce ne sont que quelques mornilles... »

Lydia balaye d'une main ses protestations, et envoie la lettre pour Willow. C'est la troisième lettre que Philomena lui envoie, depuis deux semaines, et elle n'a eu aucune réponse. Alors, dans cette dernière lettre, qu'elle a adressé aux parents de Willow, elle explique qui elle est, et qu'elle souhaite avoir des nouvelles de leur fille. Cela commence à l'inquiéter.

Ce qui l'attriste, aussi, c'est qu'une sortie à Pré-au-Lard est prévue ce week-end, mais que ses parents – son père – n'ont pas signé le papier d'autorisation. Philomena aurait aimé montrer la boucle d'oreille que Chica lui a ramené à Mme Sparrow, du magasin d'équipement. Chica lui a en plus ramené une pièce en argent, mais qui n'est pas de l'argent sorcier, ainsi qu'une broche pour châle en cuivre qu'elle préfère garder.

Les vacances de la Toussaint approchent, mais la plupart des élèves de Poudlard restent à l'école. Son père lui a demandé de lui rembourser la bourse pour nécessiteux pour les vacances de Noël. Et elle compte bien le faire, parce qu'elle ne veut pas en payer les conséquences. Cela fait quelques temps qu'elle n'a pas de nouvelles de ses parents, de sa mère, et cela commence à l'inquiéter de nouveau. Il faut qu'elle trouve de l'argent.

Philomena est dans la grande salle avec Mara et Lydia, et comme elle ne participe plus à leur conversation, les deux sœurs papotent toutes les deux. Alors, dans l'esprit de Philomena, un plan se dessine : elle va utiliser la montre à gousset pour gagner du temps, une heure ou deux de travail par jour en plus. Elle va étirer ses journées sur 25 à 26h et pouvoir créer des potions qu'elle vendra à Mme Sparrow, à la boutique d'équipement à Pré-au-Lard.

Parce qu'il est hors de question qu'elle n'aille pas à la sortie.

Il faudra donc qu'elle trouve un stratagème pour pouvoir y aller, si elle n'y est pas autorisée. Il lui reste quelques jours pour mettre son plan à exécution et pouvoir aller à Pré-au-Lard, même si elle se fait avoir et qu'elle est retenue.


Dans l'après-midi, Philomena est en cours de potions, et elle fixe la place vide de Willow d'un air désolé. Elle se concentre comme elle le peut, le professeur Rogue se promenant entre les tables comme une chauve-souris agacée, prêt à fondre sur les élèves quand ils s'y attendent le moins. Philomena a du mal à se concentrer et repense, tout en mesurant, tranchant, écrasant, versant les ingrédients dans son chaudron, aux conseils dispensés par les livres que le professeur Ebony lui a prêtés. Respirer. Inspirer, expirer. Avoir des pensées joyeuses. Philomena finit sa potion dans les temps, mais elle voit bien que celle-ci est défectueuse. Elle n'est pas parfaite. Avant même que le professeur Rogue ne vienne vérifier, elle lance un evanesco et recommence.

« Que faites-vous ? »

« Elle était ratée. » dit Philomena, en mesurant, travaillant à toute vitesse et le mieux possible.

« Etes-vous maître des Potions ? »

Philomena secoue la tête.

« Pardon ? »

« Non, professeur, je ne suis pas maître des Potions. »

« Alors pourquoi ne pas attendre que je vérifie avant de la faire disparaître ? »

La petite fille relâche un instant son attention de sa tâche et lance un œil vers le professeur Rogue.

« Parce que je veux qu'elle soit parfaite. »

« Il vous reste 48 minutes de cours... »

« Et la potion ne nécessite que 45 minutes de préparation... J'ai le temps, professeur. »

« Si la potion n'est pas prête, cela fera un devoir non rendu. »

« Elle sera prête, professeur. »

« Vous serez retenue ce soir à 20h pour votre impertinence. »

La petite fille acquiesce et poursuit son travail, avec des gestes précis, les yeux de temps à autre posés sur l'immense horloge pour vérifier qu'elle est dans les temps. Elle entend d'autres élèves murmurer, se moquer d'elle, mais, maintenant concentrée sur sa tâche, rien ne peut l'arrêter dans son accomplissement sauf elle.

Il lui reste quatre minutes, et Philomena commence à jubiler. La potion a bien pris la couleur bleue nuit recommandée, est à la bonne température. D'un geste élégant de la baguette, elle remue la potion avec des mouvements en huit, et s'arrête juste au bon moment, un énorme sourire aux lèvres. Elle est parfaite.

Le professeur passe encore entre les tables, sa robe noire battant derrière ses jambes. Il se plante au-dessus de Philomena et inspecte le contenu du chaudron. S'il est étonné ou déçu, il n'en laisse rien paraître.

« Bien. Reposez tout de suite vos instruments et vos baguettes. Je tiens à saluer le travail de Philomena Fletcher qui a réussi sa potion. Philomena, vous avez donc obtenu un Effort exceptionnel. »

Philomena relève la tête, soudain douchée.

« Mais, professeur, elle est parfaite ? »

« Au deuxième essai. » grince le professeur.

Philomena va pour protester de nouveau, mais renonce. Le professeur Rogue n'a jamais montré aucune faveur envers un élève et ce n'est pas prêt de commencer.


En cours de métamorphose, Philomena vient de transformer sa souris en tasse parfaitement pour la sixième fois, alors que les élèves autour se retrouvent avec des tasses aux museaux qui s'agitent, ou des choses informes et poilues qui couinent. Alors, jetant un œil au professeur MacGonagall qui vient en aide aux élèves en difficulté, Philomena entreprend de consulter le sommaire, puis parcourt rapidement le livre. Pas de métamorphose humaine dans le livre. Frustrée, elle le referme brusquement avec un soupir, et reprend la métamorphose de la tasse en souris et de la souris en tasse. Elle se décide à aller à la bibliothèque après les cours. Pour pouvoir modifier son apparence, trouver des informations sur les tableaux et ce Flynn qui a une montre qui ressemble à la sienne. Et soupirant encore, Philomena se souvient qu'elle a une retenue avec le professeur Rogue.

Arrivée à la bibliothèque, Philomena commence à consulter les ouvrages dans les sections métamorphoses humaines et en choisit un. Apparemment, il est utilisé pour les BUSES. Elle en trouve également un intitulé Prolonger la gloire d'une vie en réalisant votre portrait magique, de Franca Ravage. Il n'y a aucune section sur la magie du temps, ce dont Philomena se doutait. Guère sûre d'elle-même, elle choisit Ensorceler un objet, décoratif, usuel ou formidable, de Kevin Ichéa. Quand elle se présente à Mme Pince pour les emprunter, celle-ci les repousse immédiatement.

« Allez me les ranger à l'exacte place où vous les avez pris. Ils sont bien trop difficiles pour une élève de première année et ne font pas partie de votre programme. »

« Mais Mme Pince, j'ai envie de les lire, c'est pour apprendre. »

proteste Philomena d'une petite voix aiguë.

« Hors de question. Des étudiants plus âgés en auront certainement besoin. Sinon, vous les consultez sur place. »

Philomena serre les dents et repart s'asseoir avec ses livres à une table isolée. Elle regarde autour d'elle pour voir si personne ne la regarde, et sort de sa manche sa trousse à ourlet. Elle fouille dedans, tâte entre ses doigts sa montre, et la sort, incertaine. Elle la fait rouler entre ses doigts fins. Combien de temps lui faut-il pour lire un livre ? Trois heures ? Quatre heures ? Elle tire sur le remontoir, le fait tourner quatre fois, et met la montre à son oreille, appréciant les tics tacs qui ralentissent, s'espacent, jusqu'à ne plus retentir qu'une fois par minute. Une seconde pour une minute. Une minute pour une heure... Philomena calcule dans sa tête et blêmit. Elle n'y a pas pensé plus tôt, mais si elle reste coincée ? Si le temps s'arrête pour elle et continue pour les autres ? Elle se souvient aussi que Rusard et Miss Teigne l'ont vue lors de sa sortie nocturne hors des dortoirs, et se décide à se trouver un recoin sombre dans la bibliothèque avec les livres. Philomena se sent étrangement vulnérable et se sent surtout très imprudente. Non. Il faut vraiment qu'elle en apprenne plus sur la montre.

Philomena met les livres sous son bras et va se chercher un coin isolé, mais avec une horloge en vue. La bibliothèque ferme à 20h et sa retenue est à 20h. Si elle ne se trompe pas, elle vient de s'offrir trois ou quatre heures de lecture gratuite.


Les livres étalés sur la table devant elle, Philomena priorise ses lectures. D'abord, modifier son visage pour pouvoir faire la sortie à Pré-au-Lard. Ensuite, les portraits et les objets ensorcelés. Philomena sort sa trousse à ourlet dans laquelle elle a enfourné un rouleau de parchemin, son encrier et sa plume. Philomena fait comme à son habitude, et parcourt à toute vitesse la table des matières, puis va chercher ce qui l'intéresse : modifier des parties de son visage. Elle s'entraîne sur son auriculaire gauche : le faire grandir, grossir, changer imperceptiblement sa couleur, annuler le sortilège. Complètement dans sa bulle, elle répète et répète inlassablement la formule, jusqu'à la connaître par coeur, ainsi que le geste avec sa baguette, gracieusement. Elle jette de fréquents coups d’œil à l'horloge. Mais elle trouve qu'elle ne va pas assez vite. Elle farfouille dans le livre de sortilèges à la recherche d'un sort pour recopier ce qu'elle lit. Elle note dans son esprit qu'il faut qu'elle s'achète une plume à papote à Pré-au-Lard.

Puis elle lit à toute vitesse le livre sur les tableaux, mais cela traite plutôt de comment réaliser la peinture et y insuffler un peu de l'esprit des personnes qui sont peintes. Philomena est ravie d'apprendre tout cela, mais cela n'est pas ce qu'elle cherche. Plongée dans les livres, elle ne remarque pas l'arrivée du professeur Rogue qui va dans la réserve derrière son rayonnage, en lui jetant un coup d'oeil. En repassant derrière les rayons de livres, il regarde de nouveau Philomena et, intrigué par le parchemin beaucoup plus noirci qu'il y a quelques minutes, s'approche. Sa voix claquante retentit alors.

« Je peux savoir ce que vous faites là ? »

Philomena sursaute. Le professeur s'avance alors de trois bonnes enjambées, le bras tendu, avant de se figer. Philomena a la bouche grande ouverte, et un sentiment de panique la saisit. Elle fait ce qui lui semble le plus raisonnable de faire sur le moment : elle ferme les livres qu'elle laisse sur la table, ramasse toutes ses affaires dans la trousse à ourlet, puis se lève précipitamment, mais, quand elle passe près de la haute silhouette du professeur Rogue, figé dans son élan, elle fait bien attention de ne pas le toucher, renverse des livres qu'elle laisse par terre, et quitte à toute vitesse la bibliothèque en courant, renversant d'autres choses sur son passage. Elle court comme si elle avait le diable aux trousses, jusqu'à son dortoir, remarquant à peine les élèves, professeurs, fantômes, qui se figent sur son passage. Elle croise le professeur MacGonagall qui commence à lever l'index.

« Miss Fletcher, il est absolument interdit de cour... »

Quand le professeur MacGonagall termine sa phrase "rir dans les couloirs...", Philomena l'a déjà dépassée, et le professeur regarde de l'autre côté du couloir, un peu confuse.

Philomena entre dans le dortoir, Daisy et Gladys sont figées. Philomena se jette sur son lit, récupère les mains tremblantes sa trousse à ourlet où sont rangées la montre et sa baguette. Elle fouille dans les livres du dortoir, cherchant une solution pour ne pas que l'on confisque sa montre, à part la cacher. Une solution pour ne pas qu'elle réponde à un simple Accio lancé par un professeur. Alors elle sort sa baguette, réfléchit à toute vitesse, et tapote trois fois la montre à gousset de sa baguette, murmurant « Philomena tunc cessat »*, et elle réitère l'opération trois fois. Puis elle pose la montre à gousset sur le lit, s'en éloigne de trois pas, et murmure « Philomena tunc cessat », et la montre vient se nicher dans sa main tendue. Philomena rit, porte la montre à son oreille, le temps s'accélère, elle compte un tic toutes les dix secondes. Elle la range alors rapidement dans sa trousse à ourlet avec sa baguette, puis sa trousse dans l'ourlet de sa robe de sorcière.

Elle apaise un peu son cœur qui bat à toute vitesse, elle s'en rend compte maintenant. Inspire, expire. Elle regarde par le hublot de la chambre la lumière verdâtre venant du Lac Noir et attend. Parce qu'elle sait bien qu'elle s'est fait avoir, comme une enfant en faute. Il faut qu'elle soit plus prudente. Il est hors de question qu'on lui confisque la montre à gousset, et hors de question qu'elle n'aille pas à Pré-au-Lard.

Les filles recommencent doucement à bouger, et Philomena entend frapper à la porte qui s'ouvre sur un professeur Rogue particulièrement mécontent. Philomena se fige. Daisy et Gladys se tournent vers le professeur, interdites.

« Fletcher ! Dans mon bureau ! Tout de suite ! »

End Notes:
* Philomena tunc cessat : Philomena arrête le temps.

Je ne suis pas latiniste et m'étonnais en regardant sur des sites de traduction qu'elles soient si différentes quand je tentais "arrêter le temps", "j'arrête le temps". Bref, ce n'est peut-être pas ultra exact, mais s'il y a des latinistes, n'hésitez pas à m'orienter vers une phrase à peu près correcte.

J'espère que la lecture vous a été agréable.
Un allié inattendu by Sifoell
Author's Notes:
Et voici un petit nouveau ! Philomena s'est mise dans une situation délicate...

A la réflexion, concernant ce personnage dont je compte raconter l'histoire sur une bonne vingtaine d'années, elle fera donc l'objet de plusieurs fics pour éviter de me lancer dans quelque chose de bien trop long. Vu comment je l'envisage (je crois me répéter d'ailleurs), il y aura sans doute deux fics sur sa scolarité et une sur sa vie adulte qui sera tumultueuse !

J'espère que vous êtes prêts à suivre ma petite Philo pendant quelques temps histoire de voir comment elle va évoluer.

Philomena regarde, abasourdie, le professeur Rogue faire demi-tour et repartir d'où il vient. Elle soupire. Gladys, curieuse comme toujours, tente un :

« Mais qu'est-ce qu'il s'est passé, Philomena ? »

La petite fille hausse les épaules et quitte la pièce, suivant dans le dédale de couloirs la haute silhouette du professeur Rogue. Elle a du mal à suivre, mais ne le perd pas de vue. Quand elle entre dans le bureau dont la porte est restée ouverte, le professeur est assis derrière son bureau et fulmine.

« Asseyez-vous. » Il pointe d'un geste la chaise qui est devant son bureau. Philomena s'y assoit, calant son dos contre le dossier en bois, comme ayant besoin d'un soutien. Ses pieds ne touchent pas le sol. Le professeur se lève brusquement, tout de noir et de fureur drapé. Philomena ne le quitte pas des yeux, parce que là, sa peur se faufile insidieusement, partant de ses entrailles et s'insinuant dans tout son corps. La voix grave claque encore.

« Expliquez-moi ce qu'il vient de se passer. Je vais à la bibliothèque dans la réserve, chercher un livre. Vous grattez un parchemin. Je reviens quelques instants après, le parchemin est entièrement noirci. »

Philomena bafouille, et murmure entre ses dents.

« J'écris vite. »

La voix grave de Rogue éclate alors.

« Ne vous moquez pas de moi ! Je vais alors vous voir parce que ce que j'ai vu de mes yeux n'est pas normal, et vous passez de la table à quelques mètres derrière moi, en un battement de cil. Je vous suis, et je remarque une chose très étrange, c'est que les personnes que vous croisez se figent à votre passage. Ensuite, le professeur MacGonagall n'a pas le temps de vous ordonner d'arrêter de courir dans les couloirs, que vous l'avez déjà traversé ! Quel objet magique avez-vous en votre possession ? Et ne me dites pas que vous courrez vite... »

« Je ne sais pas, professeur. »

« Videz vos poches immédiatement. »

Philomena commence à trembler, et fouille ses poches qu'elle vide sur le bureau. Elle y dépose quelques bonbons, un caillou qu'elle a ramassé parce qu'elle le trouvait joli, et la broche de cuivre. Le professeur manipule les objets avec précautions, du bout de sa baguette, marmonnant entre ses dents. Une faible lueur bleutée vient éclairer les objets, l'un après l'autre, avant de s'éteindre. Le professeur pointe de sa baguette la broche.

« Et cela, où l'avez-vous eu ? »

« C'est Chica qui me l'a apporté. »

« Chica ? »

« Ma pie. »

Le professeur Rogue soupire bruyamment.

« Levez-vous. »

La petite fille saute de la chaise et reste debout, empruntée. Le professeur s'approche vivement d'elle mais s'arrête quand Philomena se recule d'un pas, renversant sa chaise, et protégeant sa tête de ses bras. Elle respire à toute vitesse. La voix agacée du professeur Rogue retentit.

« Ne soyez pas ridicule, je ne vais pas vous frapper. »

Quand Philomena remet ses bras le long de son corps, ses yeux se remplissent de larmes et elle se met à sangloter. Le professeur Rogue ne sait plus du tout que faire et reste sur place, mal à l'aise. C'est à ce moment-là que le professeur MacGonagall entre dans le bureau dont la porte était restée ouverte. Son regard passe du professeur Rogue qui est debout à côté de la petite fille qui sanglote. Elle fronce les sourcils.

« Minerva... Nous n'avons pas fini notre conversation. »

Le professeur MacGonagall pince ses lèvres et ses yeux s'agrandissent derrière ses petites lunettes.

« Oh, il me semble que si, votre conversation est terminée, parce que mademoiselle Fletcher ne semble plus être en capacité de parler. Venez, Philomena. »

La petite fille essuie ses joues avec ses manches et fait le geste d'aller vers le professeur MacGonagall quand la voix de Rogue retentit de nouveau.

« Fletcher est en retenue avec moi jusqu'à 21h pour avoir été insolente lors du cours de potions de cet après-midi. De plus, notre conversation n'est définitivement pas terminée parce que je soupçonne Fletcher d'avoir en sa possession un objet magique illégal et probablement dangereux. »

La petite voix pincée du professeur MacGonagall résonne alors de nouveau.

« Oh, vraiment ? Et bien, je vais me permettre de participer à cette conversation alors. Ramassez votre chaise, mademoiselle Fletcher, essuyez vos larmes et reprenez-vous. »

Les deux professeurs échangent un regard, les yeux de Minerva brillent un peu et Severus a la gorge serrée. Philomena ramasse la chaise, s'y assoit, regardant ses chaussures et reniflant. Le professeur MacGonagall, d'un mouvement de baguette, convoque une chaise sur laquelle elle prend place, un service à thé dont la théière fume, ainsi que des petits gâteaux et un sandwich qui apparaissent sur le bureau du professeur Rogue.

« Servez-vous, Philomena. Je ne vous ai pas vue au dîner dans la grande salle, qui est, je vous le rappelle, entre 18h30 et 19h45. Vous êtes tenue d'y assister et de vous nourrir correctement, maigre comme vous êtes. »

La petite main de Philomena attrape le sandwich sur le plateau. Le professeur MacGonagall sert trois tasses de thé. Elle prend un gâteau.

« Severus, servez-vous. »

Philomena qui a les yeux sur ses chaussures ne remarque pas le regard indigné que le professeur Rogue lance à son aînée. Mais il soupire et prend un gâteau dans lequel il mord. La petite voix du professeur MacGonagall retentit alors, sa tête tournée vers Philomena.

« Bien. Je suis venue vous voir parce que j'allais vous dire de ne pas courir dans les couloirs, et, en un claquement de doigts, vous étiez quasiment à l'autre bout du couloir. Comment avez-vous fait, mademoiselle Fletcher ? »

Philomena, les yeux toujours baissés, mord dans son sandwich pour gagner du temps. Doit-elle leur mentir, ou leur cacher la vérité ? Ou leur dire qu'elle ne répondra pas ? Son esprit file à toute vitesse.

« Hé bien, mademoiselle Fletcher ? De quel objet illégal et dangereux parle le professeur Rogue ? »

La petite fille secoue la tête.

« Ce n'est pas un objet illégal ou dangereux, je l'ai acheté à la boutique d'équipement pour sorciers, sur le Chemin de Traverse. »

« Et avec quel argent ? » demande Rogue.

« J'ai acheté une majeure partie de mes affaires d'occasion, donc j'ai dépensé le reste comme il me plaisait. »

« Et qu'avez-vous acheté qui vous plaisait ? »

« Une trousse à ourlet, dans laquelle on peut ranger... »

« Je sais ce qu'est une trousse à ourlet, Philomena. » interrompt le professeur MacGonagall.

« Et une montre à gousset, mais elle ne marche pas bien... »

« Montrez-la moi ! » ordonne le professeur Rogue qui tend la main.

« Non. »

« Pardon ? »

« Non, je ne vous montrerai pas la montre à gousset parce qu'elle est à moi, je l'ai achetée. Je ne veux pas que vous me la confisquiez. »

« Vous venez de gagner une semaine de retenue pour votre insolence et votre obstination. Accio montre à gousset ! » murmure le professeur Rogue, mais rien ne se passe.

La petite fille se détend soudainement, a l'air plus sûre d'elle, elle sourit presque.

« Où est-elle ? Dans votre dortoir ? »

Elle secoue la tête, rassurée. Cela a marché. Le professeur MacGonagall adopte alors une autre tactique, levant une main apaisante vers le jeune professeur.

« Comment est-elle, cette montre ? »

Philomena reste muette et secoue la tête. Puis, de nouveau des sanglots dans la voix, elle dit.

« Je n'ai pas envie de vous mentir, et je n'ai pas envie de trahir votre confiance. Mais je ne vous montrerai pas la montre, et je ne vous la donnerai pas. »

« Deux semaines de retenue. » susurre le professeur Rogue.

« Je veux juste avoir du temps pour apprendre », dit la petite fille qui lève soudain les yeux de ses chaussures et les plante dans ceux du professeur Rogue, puis dans ceux du professeur MacGonagall. « Je ne veux rien faire d'autre qu'apprendre, même si j'ai déjà fait des bêtises ici, et que j'ai déjà été en retenue. Je ne veux rien faire d'autre qu'apprendre. C'est le seul moyen de... »

Puis elle se tait soudainement. Le professeur MacGonagall se lève alors, en un geste invite Philomena à faire de même.

« Philomena, vous allez sortir du bureau, fermer la porte et nous attendre dans le couloir, sans bouger. Je dois m'entretenir avec le professeur Rogue. »

La petite fille balaie son regard entre les deux professeurs, puis acquiesce et sort du bureau en fermant la porte. Elle regarde dans le couloir où il n'y a personne et colle son oreille à la porte du bureau, mais n'entend rien. Le professeur Rogue a lancé un sort de discrétion sur la porte. Les bras ballants, elle attend debout dans le couloir. Quelques élèves passent devant elle sans vraiment la remarquer. Au bout de quelques minutes, la porte s'ouvre de nouveau sur le professeur MacGonagall qui l'invite à rentrer. Le professeur Rogue a l'air franchement furieux. Enfin, encore plus furieux que d'habitude.

Philomena se rassoit sur la chaise désignée et attend la sentence. La voix du professeur Rogue claque.

« Deux semaines de retenue, tous les soirs entre 19h et 20h. Et même si vos parents n'ont pas jugé bon de vous autoriser à la sortie à Pré-au-Lard, s'ils l'avaient fait, vous ne seriez pas autorisée par l'école à vous y rendre. Et vous allez montrer cet objet au professeur Dumbledore, sinon nous allons avertir le département de la justice magique qui doit bien être au fait de ce que fabrique votre famille et qui saura prendre une décision en conséquence. »

Philomena pâlit sensiblement et se fait toute petite sur sa chaise. Elle sursaute quand le professeur Dumbledore apparaît dans la cheminée du bureau du professeur Rogue. Il s'époussette en sortant de la cheminée, salue les deux professeurs, puis Philomena, d'une voix douce. Ses yeux pétillent derrière ses lunettes en demi-lune.

« Bien. Qu'avez-vous fait aujourd'hui ? »

D'un petit filet de voix, Philomena répète ce qu'elle a dit aux professeurs.

« Le professeur Rogue puis le professeur MacGonagall m'ont surpris à utiliser une montre à gousset qui arrête le temps. Je l'ai déjà utilisée plusieurs fois pour avoir plus de temps pour travailler et apprendre. Le professeur Rogue veut me la confisquer... »

Le professeur Rogue complète.

« Mademoiselle Fletcher a dépensé sa bourse comme elle le souhaitait. Elle a acheté des affaires d'occasion et a pu acquérir d'autres choses qui ne font pas partie de la liste de fournitures pour les élèves... »

Le vieil homme hoche la tête, pensif.

« Mademoiselle Fletcher semble être astucieuse. Qu'avez-vous acheté ? »

« Une trousse à ourlet, et des chaussures chez Mme Guipure, et la montre à gousset à la boutique d'équipements. »

« Des objets utiles, ma foi. La bourse lui appartient, c'est son argent, elle le dépense comme elle le souhaite. Et pourquoi cette avidité à gagner des heures de travail ? »

Philomena hausse les épaules.

« Je vous l'ai dit, je veux apprendre le plus possible, c'est pour ça que je suis là. »

Le professeur Dumbledore murmure son assentiment, et son regard se fait plus vif sur la petite fille, qui sent presque une douleur dans sa tête. Elle pose alors ses yeux froids sur le directeur qui a aussitôt la bouche emplie du goût d'un sacré paquet de bonbons, au point que ça l’écœure. Le vieil homme sort sa baguette et fait apparaître une quatrième tasse dans laquelle il verse du thé. Il a grand besoin de se rincer la bouche. Il en prend une bonne lampée avant de murmurer.

« Je vois que le professeur Ebony vous a aidée, Philomena. »

Puis il tend sa main vers la petite fille.

« Montrez-moi la montre à gousset. Je ne la confisquerai pas, je vous le promets... »

Le professeur Rogue intervient.

« Sinon, vous aurez affaire aux Aurors. »

Le vieil homme ignore avec superbe le jeune professeur, a toujours le regard qui pétille, et soupirant, Philomena sort sa trousse à ourlet de sa robe de sorcière, fouille dedans et en sort la fameuse montre qu'elle pose dans la main offert du professeur Dumbledore. Ce dernier réajuste ses lunettes, passe sa main au-dessus de la montre, agitant ses doigts. La montre émet une faible lueur bleue qui scintille avant de s'éteindre. Alors, il ouvre la montre, en observe les mécanismes, l'écoute.

« Une montre pour stopper le temps. Que c'est ingénieux. Ce sont des objets rares, je n'en ai pas vu il y a bien longtemps. »

Philomena regarde intensément le directeur, craignant qu'il ne lui confisque la montre à gousset. Mais il la lui tend, et elle la reprend, et s'empresse de la ranger dans sa trousse à ourlet. Elle sent le professeur Rogue fulminer sur sa chaise. Le professeur MacGonagall, elle, semble contrariée. Le vieil homme se penche alors vers la petite fille.

« Faites-en bon usage, uniquement pour le travail. Car si l'on apprenait que vous l'utilisez à d'autres fins, je peux vous assurer que le Ministère sera mis au courant. Ne vous mettez pas en danger. Vous pouvez regagner votre dortoir, il est tard, jeune fille. »

« Merci, professeur Dumbledore. Au revoir. »

Là-dessus, Philomena se lève avec hâte, remarquant que le professeur Dumbledore fait un geste de la main. Elle s'empresse de quitter le bureau qu'elle referme. Une fois derrière la porte, après s'être assurée que personne n'était dans le couloir, elle colle de nouveau son oreille sur la lourde porte de bois, et sourit quand elle se rend compte que Dumbledore a annulé le sortilège de discrétion lancé par Rogue. Elle entend une partie de leur conversation, mais la voix de Rogue est trop basse pour qu'elle comprenne ce qu'il dit. Elle entend juste le professeur Dumbledore dire de la garder à l’œil, et que c'est une élève prometteuse, et le professeur MacGonagall arguer sur le respect des règles. Enfin, le professeur Dumbledore les informe que les stoppeurs de temps ne font pas partie des objets interdits par le Ministère, contrairement aux retourneurs de temps. Quand les voix s'éteignent, Philomena se dépêche de rejoindre son dortoir, pour ne pas s'attirer plus d'ennuis.

End Notes:
J'espère que la lecture vous a été agréable, et à bientôt pour de nouvelles aventures ;)
De la vermine by Sifoell
Author's Notes:
Ce chapitre a été écrit entièrement hier à 20h, lors du premier thème de la nuit de l'écriture (seule la dernière partie répond vraiment au thème). La thématique générale était les addictions et dépendances, ce dont je ne me suis pas du tout servi, et le thème scénaristique de 20h que j'ai choisi et à peine effleuré, c'est le pari (dernière partie).

Je reprécise que l'histoire de Philomena va courir sur de nombreuses années, et je tiens vraiment à développer ce personnage, depuis ce moment où elle a 11 ans et jusqu'à loin dans le temps.

Cette fic est liée à Drago au pays des moldus (dans laquelle à ce moment de l'écriture, Philomena n'est pas encore apparu, et l'action se passe en 1997 pour le moment), et dans Libéré par effraction (qui se passe en 2005 et Philomena est juste mentionnée pour le moment), elle est également liée à Contrastées (Philomena n'y est pas encore mentionnée, mais on peut y retrouver Mara et Lydia Southgate).

Donc, si vous percevez des choses qui vous paraissent incohérentes, c'est que je ne les ai pas encore écrites tout simplement). Je suis partie dans plusieurs histoires qui s'entrecroisent et ça peut paraître aller dans tous les sens, mais je tente vraiment de tout relier.

Je vous souhaite une bonne lecture :)

Les jours se suivent et Philomena se tient à carreau, consciente que les professeurs ne la rateront pas et la surveillent, en particulier Rogue, qui est mécontent de ne pas lui avoir confisqué la montre à gousset. Daisy et Gladys n'arrêtent pas d'essayer de savoir ce qu'il s'est passé, mais Philomena s'est complètement refermée sur elle-même, silencieuse et évitant la compagnie. Mara et Lydia ont aussi remarqué qu'il s'est passé quelque chose, mais Philomena ne dit rien, est fuyante.

Elle passe toutes ses colles à récurer des chaudrons, ranger des ingrédients, sous le regard inquisiteur du professeur Rogue. Et tous les soirs, quand elle rejoint son dortoir et regarde, encore un peu triste, le lit vide de Willow dont elle n'a toujours pas de nouvelles, elle se couche dans son lit, en bloque les rideaux par un sort qu'elle a lu dans un livre La décence apprise aux jeunes sorcières. Et tous les soirs, inlassablement, elle utilise sa montre à gousset, dont elle fait tourner deux fois le bouton, et apprend par cœur les sorts ménagers et des potions de récurage.

Puis un jour, Scott Scabior s'assoit à côté d'elle à table et lui met un coup de coude pour qu'elle lève la tête de son assiette et prête attention à sa petite personne.

« Oui, Scott ? » demande-t-elle d'un air lointain.

Philomena voit les vacances de la Toussaint s'approcher à grands pas, et elle n'a pas réuni suffisamment d'argent pour espérer rembourser son père. Elle doit réunir une belle somme pour Noël et de nouveau, cela la travaille.

« Elle est où, ta copine folle ? » demande-t-il d'un air dégagé.

« Willow n'est pas folle, déjà. Elle est chez elle, elle se repose. » affirme Philomena sans le savoir. Elle n'a aucune nouvelle de la petite fille et cela commence aussi à l'inquiéter. Elle ira demander ce soir au professeur Rogue, il sait peut-être quelque chose. Scott ne bougeant pas et la regardant de manière insistante, Philomena pose sa fourchette dans son assiette et se tourne vers lui.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« On a un devoir de potions à rendre... »

« Oui, à rendre demain... »

« Je suis nul en potions... Tu m'aides ? »

Les rouages se mettent à tourner dans la tête de la petite fille.

« Tu me donnes quoi en échange ? »

Scott hésite, surpris. D'habitude, quand Philomena l'aide, c'est gratuit.

« Des bonbons de Bertie Crochue. »

Philomena secoue la tête. Elle a besoin d'argent ou de quelque chose qu'elle puisse revendre.

« Tu veux quelle note ? Ne me dis pas un Optimal, tu n'es pas capable de l'obtenir. Je peux faire en sorte de faire croire au professeur Rogue que tu mérites un Effort Exceptionnel. Je t'apprends deux trois trucs, on rédige le parchemin ensemble, mais avec tes mots, je n'écris rien, et tu ne recopies pas mon parchemin. On en a pour deux heures de travail. Mais tu me donnes quelque chose en échange, Scott. Sinon, tu te débrouilles. »

Le visage du garçon s'est assombri. Philomena l'étonne, et un fin sourire se dessine sur ses lèvres.

« Non, je ne plaisante pas, Scott. J'ai besoin d'argent. », chuchote-t-elle.

« Je te ramène quelque chose ce soir, et tu m'aides. » dit-il en se levant.

« Je t'aide avant 20h ou après 21h, je suis collée avec le professeur Rogue. » précise Philomena, suivant des yeux Scott qui est déjà parti, louvoyant entre les élèves qui s'installent ou repartent de leur banc. Mara qui mange en face d'elle a suivi toute la conversation.

« Tu devrais te méfier de Scott... »

« Je sais. »

« Pourquoi tu as besoin d'argent ? »

Philomena hausse les épaules et poursuit son repas en silence, ignorant les yeux inquiets de Mara.


Philomena n'a pas de nouvelles de Scott et marche vers la salle des potions pour son avant-dernière colle. Mais avant d'y entrer, un bras l'attrape et l'entraîne en arrière. Philomena agite les bras et les pieds avant de se raidir en se rendant compte que c'est Scott qui l'entraîne en arrière. Il ouvre la porte d'un placard à balai repoussant de saleté et la fait entrer, puis ferme la porte derrière lui. Il lui tend un petit paquet qu'elle prend en hésitant. Philomena découvre une petite boîte de bois en marqueterie avec des fermoirs métalliques ouvragés, le tout emballé dans un chiffon.

« C'est quoi ? »

« Ben ouvre. »

Philomena soupire et ouvre la boîte avec précaution, se souvenant quelque part dans son esprit des paroles de Willow au sujet de Scott. Celui-là fera du mal. Elle jette un œil aux yeux sérieux de Scott et à son visage concentré avant de défaire le dernier loquet et d'ouvrir le couvercle. Il révèle un pendentif, peut-être en argent, mais grisé par le temps, qui ressemble à un vif d'or.

« Tu l'as pas volé ? »

Scott hausse les épaules et ne répond pas. Philomena soupire et pince les lèvres.

« Tu me feras trois devoirs pour ça. »

Philomena hausse les sourcils.

« OK. Faut que j'y aille, je vais être en retard. Pousse-toi. »

Elle met Scott dehors, et il retourne au dortoir, tandis qu'elle prend sa trousse à ourlet, et y glisse la boîte de bois à l'intérieur, puis la remet dans sa ceinture. Elle espère en tirer un bon prix à Pré-au-Lard ce week-end.

Philomena rejoint la salle des potions et regarde la grande horloge. Elle lit 20h02 et grimace devant le regard noir du professeur.

« Bonjour, professeur, excusez-moi pour mon retard. »

« Je me doute bien que cela ne vous dérange pas d'être en retard, vu le peu de respect que vous avez pour les règles. »

Philomena baisse la tête, et se dirige vers le fond de la salle. Puis elle lève la main, consciente du regard du professeur qui la suit, comme s'il cherchait une faille.

« Oui ? »

« Professeur, j'ai réalisé quelques potions ménagères, je peux vous les montrer ? Je pense qu'elles sont plutôt pas mal. »

« Non. Vous allez nettoyer les chaudrons. Vous savez où est la brosse. »

Philomena baisse alors la tête et se met au travail.

"Professeur ? Vous avez des nouvelles de Willow ?"

Le sombre professeur relève les yeux des parchemins qu'il est en train de corriger.

"Et en quoi cela vous regarde ?" claque la voix polaire.

"C'est mon amie, professeur. Et je n'ai pas de ses nouvelles. Elle ne répond pas à mes lettres, ni ses parents, d'ailleurs." La voix de Philomena devient grave.

"Elle va bientôt revenir à Poudlard. Après les vacances de la Toussaint." Le professeur replonge dans ses corrections, coupant là la conversation, et Philomena esquisse un petit sourire, mettant plus d'entrain à frotter à la brosse le fond brûlé des chaudrons.


A la fin de sa colle, Scott l'attend dans le couloir. Le professeur Rogue lui adresse un regard froid avant de verrouiller la porte de la salle des potions et de traverser le couloir telle une chauve souris de mauvaise humeur. Scott attend silencieusement qu'il soit parti avant de dire à Philomena, sur un ton confiant.

« Je te parie que tu n'oserais pas entrer dans la salle. »

« Ben non, vu qu'il l'a fermée à clé et que cela veut dire qu'on n'a pas le droit d'y entrer. »

Scott sort sa baguette et l'agite sous le nez de Philomena.

« Je te parie que tu ne sais pas déverrouiller une porte. »

Philomena s'offusque.

« Bien sûr que si ! »

Alors, elle sort sa propre baguette, dessine l'arabesque dans l'air et murmure la formule.

« Alohomora. »

Puis, Scott fait jouer la poignée de la porte et l'ouvre, devant les yeux effrayés de Philomena qui le regarde, puis regarde le bout du couloir où vient de disparaître le professer Rogue.

« Non, mais tu plaisantes ? Je n'ai plus qu'une soirée de colle et c'est fini. »

Scott hausse les épaules et entre dans la classe, il tourne la tête partout, s'attendant à entendre une alarme, ou voir surgir quelque chose mais rien ne se passe. Il ouvre alors grand ses bras.

« Tu vois, rien ! Allez, entre, poule mouillée ! »

Philomena secoue la tête.

« Tu me feras quatre devoirs. »

« Non. »

« Si tu n'entres pas, tu m'en feras cinq. »

« Laisse tomber, on avait convenu trois devoirs. »

« Oui, mais on ne s'est pas serré la main. » Scott a un sourire en coin et les yeux moqueurs, et Philomena est comme figée sur place, elle se dit qu'elle devrait partir mais n'y arrive pas.

« Tu sors de là, ne fais pas de conneries dans la salle des potions ! »

Scott fait la moue, puis s'éloigne en courant dans la salle, ses cheveux voletant derrière lui. Il s'arrête à une étagère, prend une fiole entre deux doigts, en ôte le bouchon et la renifle avec un air méfiant.

« Sors de là, Scott ! » Philomena s'approche du seuil de la porte, mais n'entre pas, surveillant d'un air furieux Scott. Il rebouche la fiole, la replace sur l'étagère et s'éloigne dans la salle. Philomena entre alors.

« Mais tu ne l'as pas bien rangée, il va s'en rendre compte ! » Elle prend alors la fiole et la remet sur l'étagère du dessus, à côté des autres fioles.

Scott lui montre toute une collection de fioles de toutes formes, tailles et couleurs.

« Tu devrais lui en piquer, tu peux peut-être en revendre quelques unes... »

Ses mains touchent à tout, et Philomena attend qu'il les rapproche de son corps pour le pousser vers la sortie. Scott se laisse étonnamment faire, et quand elle l'a poussé jusque dans le couloir, il se retourne vers elle.

« De toute façon, tu fais semblant. Tu es bien une comédienne. Tu fais la fille qui est sage, mais t'es bien comme moi... » dit-il d'un air méprisant.

Philomena fronce les sourcils.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« La boîte que je t'ai donnée, je l'ai piqué à quelqu'un. Je l'ai frappé et l'ai menacé, et le gamin me l'a donné. Tu sais, le petit gros de Poufsouffle qui est tellement énorme qu'il a du mal à marcher. »

Philomena le regarde, interdite...

« Et bien je suis sûre que tu as tellement besoin de cet argent que tu ne vas pas me rendre la boîte. Parce que t'es bien comme moi, Philo. »

Le cœur de Philomena bat à toute vitesse.

« T'es de la vermine. »

Philomena se met en colère d'un coup, et fonce dans la trop haute silhouette de Scott et le pousse violemment, mais elle le fait à peine bouger. Elle défait alors sa trousse à ourlet, sous le regard perçant de Scott, et en sort la petite boîte et le chiffon.

« Tu peux la reprendre. Et tu te débrouilles avec ton devoir de potions. Et je m'en fous si tu as un Troll. »

Scott ne dit rien, ne bouge pas, et reste la regarder, attend cette hésitation dans le regard de Philomena. Elle lui enfonce la petite boîte de bois dans le ventre et la relâche, alors qu'il la rattrape.

« Tu la rends à Lance. Et tu t'excuses. Sinon, je vais voir le préfet. »

Puis elle s'éloigne à toute vitesse dans le couloir, les larmes aux yeux. Elle a tellement besoin d'argent !

« Je la laisse là, et je te parie que tu la ramasseras, Philo, parce que tu en as besoin et que tu es comme moi, sous tes grands airs ! » Et Philomena entend les pas de Scott s'éloigner d'elle. Elle s'arrête, se reprend, essuie d'un geste furieux ses yeux, et fais demi-tour pour récupérer la boîte.

Bien sûr que Scott a raison.

End Notes:
Un petit chapitre tout tristou sur Philomena, qui, rappelons-le, fait partie de la maison Serpentard, a besoin d'argent, et parfois, fera des choses qu'elle ne veut pas faire parce qu'elle est obligée de le faire. Elle assumera tous ses choix, les bons comme les mauvais.
Les affaires sont les affaires by Sifoell
Author's Notes:

Où Philo entreprend plusieurs choses...



« Trois fois seulement, Scott. Après, tu te débrouilles... »

Le jeune garçon secoue la tête.

« J'ai dit cinq fois. »

Philomena tape du pied sur le sol.

« Non, c'est trois fois et c'est fini. Je ne te rendrai plus service. »

« Tu vois, tu recommences à te croire au-dessus de moi. Tu ne me rends pas service, on se rend mutuellement service. Grâce à toi, je vais avoir de meilleurs notes en potions, et grâce à moi, tu as un pendentif que tu peux revendre pour un bon prix. Ma part du marché est supérieure à la tienne, tu m'aides pour cinq devoirs. »

Philomena essaie de ne pas réagir à ses sous-entendus, puis elle réfléchit sur sa proposition.

« On attend la sortie à Pré-au-Lard pour voir combien je vends le pendentif. Si c'est plus de 20 gallions, je t'aide quatre fois, plus de 25 gallions, je t'aide cinq fois. »

Scott secoue la tête, un nerf saute à l'angle de sa mâchoire et ses yeux se durcissent.

« Plus de 15 gallions, tu m'aides quatre fois, plus de 20 gallions, tu m'aides cinq fois, plus de 25 gallions, c'est sept fois que tu m'aides. »

Il se rapproche soudainement de Philomena, qui a pris l'habitude ces derniers temps de garder ses distances avec Scott dont elle se méfie. Scott Scabior est déjà grand pour son âge, et Philomena est la plus petite de Poudlard, elle surplombe à peine le professeur Flitwick. Scott la dépasse et son regard sombre se pose sur elle, coupant sa respiration et serrant sa gorge. Il lui tend la main.

« On a un marché ? »

Philomena serre les dents, puis lui serre la main.

« Ouais. »

Puis elle s'enfuit, et Scott desserre le foulard qu'il a autour du cou et essuie son front sur lequel de la sueur brille.

« Ce soir 20h dans la salle commune pour le devoir de potions, Fletcher ! »

A l'autre bout du couloir, Philomena crie.

« 19h ! »


Philomena est assise avec Mara et Lydia dans la Grande Salle pour le déjeuner. La petite fille chipote avec son assiette, qu'elle repousse finalement, jetant un œil curieux vers la Gazette du Sorcier que Lydia lit attentivement. Quand Lydia a fini sa lecture, elle remarque le regard de Philomena et lui tend le journal, que la petite fille saisit avec avidité. Elle parcourt rapidement le sommaire, tourne quelques pages.

« Tu cherches quoi, Philo ? » demande Lydia.

« Il n'y a pas des jeux dans le journal, tu sais, comme dans les journaux moldus... »

« Avant-dernière page. »

Les doigts de Philomena filent à l'avant-dernière page, et elle regarde les grilles de mots mêlés, fléchés, la grille d'échecs où en trois coups on peut faire mat. Ses yeux parcourent les prix pour chaque jeu proposé. Alors, le brouhaha de Grande Salle s'efface, et réfléchissant à toute vitesse, Philomena remplit les grilles l'une après l'autre dans sa tête. Puis elle fouille dans sa trousse à ourlet, en sort une plume et l'encrier.

« Lydia, je peux ? »

La jeune fille fronce les sourcils.

« Tu sais que c'est du niveau 5... »

« Je peux ?

« Bien sûr... »

Et la plume de Philo court sur les grilles de jeux à toute vitesse, Philomena étant complètement dans sa bulle. Alors que les autres élèves finissent leur repas en parlant, la petite silhouette de Philomena, que n'importe qui prendrait pour une enfant bien plus jeune, agite seulement sa main et son bras, occupée à répondre aux énigmes, l'esprit uniquement tourné vers la réussite, et vers le prix que propose le journal. 10 gallions par grille réussie (il y en a cinq), 100 gallions pour le sorcier qui résout toutes les énigmes. Le cœur palpitant d'excitation, elle noircit les cases, visualise le déplacement des pièces d'échec. Les élèves commencent à se lever pour se rendre en cours, et Mara et Lydia regardent, souriant entre elles, Philomena qui est tellement concentrée qu'elle ne se rend compte de rien. Lydia fait un signe à Mara qui se lève, et vient poser sa main sur l'épaule de Philomena.

Mara, puis Lydia, jettent un œil par-dessus l'épaule de Philomena, et les yeux bleus de Lydia s'agrandissent quand elle se rend compte que Philo a résolu quasiment toutes les grilles. Il ne manque que les échecs. Répondant à une question non formulée, Lydia lui dit.

« Tu gardes le journal. Si tu veux gagner cet argent, il faut que le hibou parte avant 17h. »

Les yeux noirs de Philomena restent dans les yeux bleus de Lydia, graves. Puis elle hoche la tête, enfourne le journal dans sa robe, la plume et l'encrier dans sa trousse et s'en va.

« Prends un bout de pain, tu n'as rien mangé. »

La petite main de Philo file vers une corbeille emplie de pain et de brioches, et elle en prend deux qu'elle grignote avant de filer en cours, suivie par Mara.


A la fin du cours de défense contre les forces du mal, le professeur Ebony demande à Philomena de rester quelques minutes. Alors que les élèves sortent de la salle, Philomena rassemble ses affaires et attend.

« Comment vas-tu ces jours-ci, Philomena ? »

La petite fille fait la moue. Elle est toujours inquiète pour Willow, sa mère, la somme d'argent qu'elle doit réunir pour les vacances de Noël. Mais elle balaie tout cela d'un revers de main.

« Ca va. »

Un sourire se dessine sur les lèvres du professeur Ebony.

« Bien. Je vais me contenter de ce petit mensonge, alors. J'aimerai commencer à te faire des cours sur la legilimencie et l'occlumencie, Philomena. Que dis-tu des mardi et jeudi à 18h ? J'aimerai aussi te prêter deux autres livres, que tu préfèreras à ceux que je t'ai déjà prêtés. »

Le professeur attrape deux ouvrages à la couverture de cuir, et les lui tend.

« Tu lis le premier pour la semaine prochaine. J'ai entendu que tu avais un stoppeur de temps. Utilise-le à bon escient. »

Philomena prend les deux livres et lis leur titre. La magie du temps pour les débutants, ce qui est légal et ce qui ne l'est pas. Et La magie de l'esprit pour ceux qui en ont trop, dompter ses émotions pour apprivoiser ses pouvoirs. La petite fille lutte contre l'idée de les parcourir et reste sur place.

« Pose-moi ta question, Philomena. »

Elle lève timidement la tête pour rencontrer les yeux francs de sa professeure.

« Est-ce que vous connaissez un Flynn Fletcher ? Le Choixpeau m'en a parlé pendant la cérémonie de la répartition. »

Le professeur Ebony secoue la tête.

« Ce nom ne me dit rien. C'est quelqu'un de ta famille ? »

« Je n'en sais rien. Mais j'ai l'impression d'avoir vu son portrait dans Poudlard. Et... je crois qu'il avait une montre à gousset, un peu comme celle que j'ai. Je n'ai pas réussi à lire la plaque du tableau qui était abîmée... »

« Tu veux que je demande aux autres professeurs ? »

« Oh non, ce n'est pas la peine. »

« Je demanderai au professeur Dumbledore, ou au professeur Binns. Ce sont eux qui sont là depuis le plus longtemps, après tout. La mémoire d'Albus est phénoménale. »

Le professeur Ebony sourit de nouveau.

« Et quelle est ton autre question ? »

Philomena esquisse un sourire timide.

« J'ai fait quelques potions de récurage que j'aimerai vous montrer, mais elles sont dans ma chambre. »

« Tu ne les as pas montrées au professeur Rogue ? »

« Il n'a pas voulu. »

Le professeur Ebony grommelle quelque chose d'inintelligible, puis sourit de nouveau.

« Tu me les montreras mardi. Et n'hésite pas à les montrer aux elfes de maison, ils sont généralement dans les cuisines. »

Philomena sursaute, surprise.

« Il y a des elfes de maison à Poudlard ? »

« Comment crois-tu que tout est nettoyé, que les plats apparaissent comme ça ? »

La petite fille hausse les épaules, elle n'y avait pas pensé. Puis elle regarde l'heure.

« Oh, il faut que je me dépêche, il est bientôt 17h. »

« Et bien file, alors. A demain en cours, Philomena. »

La petite fille acquiesce et part, les livres sous le bras.


Philomena court dans les couloirs, ses livres sous le bras. Elle ralentit quand elle croise un professeur, pour repartir aussitôt à toute berzingue, en direction de la Grande Salle. Quand elle sort, elle file vers la volière, et, hors d'haleine, appelle Hagrid dont elle voit la haute silhouette. Il se retourne vers elle.

Philomena essaie de reprendre son souffle en se tenant les côtes, et en fouillant dans sa robe à la recherche du journal, donc elle a complété le jeu d'échecs pendant le cours d'histoire de la magie, entre deux révoltes de gobelins.

« Hagrid, bonjour. S'il-te-plaît, tu peux m'aider à attraper une chouette ou un hibou ? »

Elle fouille dans ses poches, à la recherche de pièces. Elle en trouve une en argent.

« Tiens. »

« Bonjour Philomena. »

Hagrid saisit entre son pouce et son index la pièce que lui tend Philomena. Puis, il ouvre la lourde porte de la volière, cherche un bout de viande dans ses poches et claque de la langue, jusqu'à ce qu'un hibou vienne se poser sur son bras. Philomena griffonne l'adresse de la Gazette du Sorcier sur un bout de parchemin, déchire la page des jeux du journal, roule le tout, et le fourre dans la petite bourse accrochée à la patte du hibou. Puis, regardant l'oiseau s'envoler, elle met instinctivement sa petite main dans la main immense d'Hagrid, et la serre, avant de la retirer et de partir en lui lançant un merci et en lui faisant un signe de la main, avec le plus beau sourire qu'elle a eu depuis des semaines. Hagrid répond à son signe de main, les sourcils froncés, puis secoue la tête. Qui sait ce qu'il se passe dans l'esprit de cette petite ?

End Notes:

Et hop hop hop, un petit nouveau.

Je me nourris exclusivement de reviews, pitié, ne me laissez pas mourir de faim.

Une si belle journée by Sifoell
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Je m'excuse de ne pas réussir à publier plus régulièrement, mais avec le travail, j'ai un peu de mal à m'y mettre, bien que je fourmille d'idées.

Pour me faire pardonner, voici un long chapitre concernant ma petite Philo préférée, en espérant que la lecture vous sera agréable !

Bientôt 5000 lectures et c'est bien grâce à vous. Merci infiniment.

« Non, mais tu plaisantes, Scott ! Je t'ai dit que je ferai pas tout ton devoir, alors je t'aide, mais je ne fais pas tout ! »

L'enfant la fixe d'un air goguenard et se balance sur sa chaise, les mains croisées derrière sa tête. Ses cheveux châtains sont trop longs, arrivent un peu sous ses épaules, ses yeux hésitant entre le vert et le gris roulant dans leurs orbites. Il fait une crise de flemmingite aiguë. Philomena souffle bruyamment, et reprend le livre de potions, suivant du doigt une ligne.

« Non, mais lis au moins la marche à suivre ! C'est comme une recette de cuisine, si tu la suis, tu ne peux pas te tromper. Il faut juste de la rigueur et de la précision! »

Scott se rapproche nonchalamment de la chaise de Philomena, lorgnant sur le devoir de la petite fille.

« Non, hors de question que tu recopies bêtement mon devoir ! »

Philomena roule le parchemin et le fourre dans sa robe, défiant Scott de venir le chercher. Scott émet un petit rire, puis il dit quelque chose qui met le feu aux joues de Philomena.

« Tu aurais quelques années de plus et tu serais moins plate, j'irai le chercher. »

Le regard de Philomena devient franchement horrifié et un voile de tristesse passe devant ses yeux noirs. Son premier réflexe est de fuir, et elle rassemble les mains tremblantes ses affaires mais Scott l'arrête tout de suite.

« Bon, je m'y mets, Fletcher. Pose tes fesses et explique-moi. »

Philomena reste le regarder d'un air méfiant, le visage impassible, et semble prendre quelques instants pour peser le pour et le contre, avant de s'y remettre. La petite fille pince les lèvres et rouvre l'épais livre de potions. Elle soupire, le visage fermé et ignore complètement les yeux entre le vert et le gris qui la regardent, comme cherchant à percer sa carapace. L'atmosphère étant devenue polaire, Scott s'assoit correctement sur sa chaise, et se met à travailler en silence.


Philomena est rentrée à son dortoir en faisant un peu la tête. Daisy et Gladys, inséparables, l'ont regardée prendre son chaudron et fouiller dans sa malle pour y mettre plusieurs fioles, puis sortir d'un air soucieux. Puis elles ont repris leur conversation sans plus se préoccuper de leur copine de dortoir qui ne parle jamais vraiment, sauf à Willow qui est franchement trop bizarre.

Portant à deux mains son chaudron taille 1, Philomena se déplace dans les couloirs, puis descend les escaliers pour aller vers les cuisines, qu'elle croit savoir situer. Une fois arrivée au milieu des marches, voilà que l'escalier se décide à se déplacer. La petite fille lâche une main de l'anse du chaudron pour la poser sur la rambarde de pierre. Elle ferme les yeux, s'enivrant du vertige du déplacement. L'escalier ne débouche plus sur le couloir passant sous la Grande Salle, et desservant les cuisines et les dortoirs des Poufsouffles, mais complètement à l'opposé. Elle se retourne, dans l'espoir de pouvoir remonter les escaliers et éviter de se perdre, mais l'escalier se déplace en haut aussi. Elle serre sa petite main sur la rambarde et ferme les yeux. Puis, quand tout mouvement a cessé, elle descend les escaliers à toute vitesse.

Philomena plisse les yeux quand elle arrive dans ce couloir inconnu, ayant l'impression d'arriver pas très loin de son dortoir, mais malheureusement, pas du tout au bon endroit pour aller voir les elfes de maison. Soupirant, elle porte à deux mains son chaudron et les fioles qui s'entrechoquent. Philomena lève les yeux vers les immenses fenêtres verdâtres donnant sur le lac noir, et s'arrête un instant, ayant vu passer quelque chose. Elle trotte jusqu'à la fenêtre suivante, et aperçoit un petit corps doté de nageoires passer à toute vitesse. Philomena court franchement et voit un petit selkie la remarquer, s'enfuir, et venir flotter juste sur un bord de la fenêtre.

Philomena rit, s'avance, et laisse voir la moitié de son visage à la fenêtre suivante. Le petit selkie la suit, curieux, et étend ses tentacules vers le carreau. Philomena s'avance brusquement, le regarde, cache son visage de ses mains, puis révèle une grimace. Le petit selkie paraît surpris. Philomena recommence, préparant une autre grimace. La créature ouvre la bouche et fait des bulles, comme s'il piquait un fou rire. Philomena rit aussi, puis pose doucement sa main sur la vitre, et le petit en fait de même au bout d'un instant de réflexion. La main de Philomena est petite, et celle de l'enfant selkie, petite, grisâtre et palmée. Les yeux noirs de Philomena pétillent de malice, et elle sourit. L'enfant selkie met à son tour ses deux mains sur son visage, émet quelques bulles, et le montre de nouveau. Le sourire de Philomena s'agrandit encore. Puis, l'enfant nage rapidement jusqu'à la nouvelle fenêtre, suivi par Philomena qui court et le suit. Une fenêtre, deux fenêtres, trois fenêtres, et le petit selkie fait demi-tour, suivi par la petite fille amusée. Il y a si longtemps qu'elle n'a pas joué à fléreur. Mais une selkie plus âgée arrive, attrape de sa main palmée l'enfant selkie qu'elle met derrière son dos comme pour la protéger, et brandit son trident vers Philomena en montrant ses dents.

« Non » murmure Philomena. Des pas se font entendre dans le couloir et elle se détourne un instant de la fenêtre. Quand elle la regarde de nouveau, les selkies ont disparu. Philomena arbore un petit sourire triste, puis se dit qu'elle racontera cette histoire à Hagrid. Elle fait alors demi-tour, dans l'espoir de pouvoir rejoindre les escaliers qui, cette fois-ci s'ils sont coopératifs, l'emmèneront vers les cuisines.


Philomena est d'une humeur radieuse quand elle se lève ce samedi matin. C'est le jour de la sortie à Pré-au-Lard, où elle ira, de gré ou de force. En plus, la veille, elle a pu montrer ses potions aux elfes, une fois que les escaliers ont décidé de la mener aux cuisines. Les petites créatures se sont montrées enchantées par ses potions de récurage, et l'ont encouragée à en fabriquer d'autres. Philomena s'est ensuite entraînée toute la soirée à modifier quelques détails de son visage pour qu'on ne la reconnaisse pas, activant son pauseur de temps. Elle a même réussi à avoir des nouvelles de Willow par ses voisins, les frères Travis, qui sont en première et deuxième année. Willow est encore à Sainte-Mangouste, veillée par ses parents, et devrait revenir après Halloween, d'ici trois semaines.

Philomena sent qu'aujourd'hui est un de ces jours où tout est possible. Sortant de la salle de bain, toute préparée, sa bonne humeur fait sourire dans leur sommeil Daisy et Gladys qui restent traîner au lit. Philomena descend prendre son petit déjeuner avec Mara et Lydia qui la regarde d'un air un peu méfiant, mais la petite fille n'en fait pas cas.

« Tu es toute apprêtée, tu as prévu d'aller quelque part ? »

La bouche pleine de brioche, Philomena secoue la tête.

« Non, je suis comme d'habitude » dit-elle en regardant sa robe noire sur laquelle elle a piqué une broche trouvée par Chica, ses chaussures rouges. Elle est vraiment habillée comme d'habitude. Lydia plisse les yeux, cherchant à trouver la faille. Philomena secoue la tête.

« Je suis de bonne humeur, c'est tout... » ajoute-t-elle.

Les yeux de Lydia s'agrandissent, puis se concentrent sur son petit déjeuner et la liste des élèves prévus pour la sortie de Pré-au-Lard. Le nom de Philomena n'y figure pas.

« Lydia, tu penses que Philomena le saura quand pour les jeux de la Gazette ? »

Lydia regarde sa petite sœur, puis Philomena, avec un sourire.

« Tu les as toutes réussies, les énigmes ? »

Philomena rougit et acquiesce.

« Tu le sauras ce soir. »

Philomena sourit, un sourire qui se propage aux lèvres de Mara et de Lydia, qui fait pétiller leurs yeux à toutes, et vient toucher comme une vague les élèves autour qui sentent une chaleur dans la poitrine, un parfum d'enfance, un souvenir heureux qui vient enlever un poids léger de leurs épaules.

A la table des professeurs, Eviah Ebony met un coup de coude au sombre professeur Rogue, attirant son attention sur la table de Philomena, puis lui chuchote quelque chose à l'oreille, le professeur Rogue s'éloignant imperceptiblement d'Ebony, ses yeux noirs de nuit sur la petite fille toute de noir vêtue, qui semble irradier de bonheur.


Philomena est à la bibliothèque avec Mara et Lydia. Daisy et Gladys n'ont pas daigné venir travailler avec elles, comme elles peuvent le faire parfois, ayant préféré se faire jolies pour leur première sortie avec l'école. Mara ramasse ses affaires, aidée par Lydia. Philomena fait de même, et, devant le regard inquisiteur de Lydia, marmonne.

« Je vous accompagne juste à la Grande Salle et je vais voir Chica. »

Elle a effectivement prévu de voir Chica, au cas où sa pie lui ramène quelques babioles avant qu'elle sorte à Pré-au-Lard. Philomena suit les sœurs Southgate de ses petits pas, jusqu'à la Grande Salle, leur dit au revoir, puis, devant les yeux inquisiteurs du professeur Rogue, quitte la Grande Salle et se dirige vers le Lac Noir. Elle pose ses affaires au sol : son sac contenant ses livres notamment, et reste bien visible sur la rive, appelant Chica.

Son cœur a toujours ce battement particulier, cet élan de fierté quand elle regarde sa pie croasser de loin, puis venir vers elle, suivie par d'autres pies. Elle a l'impression que Chica s'est fait des copines. Chica vient se faire cajoler, et lui dépose dans la main une clé rouillée. Philomena n'est pas déçue, Chica lui amène ce qu'elle trouve. Mais quand une deuxième pie fait tomber à ses pieds un autre objet brillant, et que Philomena le ramasse, faisant râler la Chica perchée sur son épaule, son cœur fait un bond dans sa poitrine. Une bague en argent ternie, que la petite fille s'empresse de frotter contre sa cape. Il y a une jolie pierre bleu clair dessus. Philomena passe son ongle sur la pierre et la bague. Cela a l'air précieux. Elle l'enfourne alors dans sa poche, cajole une dernière fois sa pie, et rejoint la Grande Salle, puis un placard à balais.

Là, à la faveur de l'obscurité, Philomena commence à modifier son visage : elle a allonge un peu son nez, gonfle ses joues creusées, se lance un petit sortilège d'engorgement qui lui fait gagner une vingtaine de centimètres. Les joues rosissantes, elle fait se gonfler sa poitrine, creuser sa taille. Sa robe devient un peu serrée, alors Philomena l'enlève à toute vitesse et enfile celle de Daisy qu'elle a piqué dans sa malle, et qui est bien plus grande qu'elle. Philomena détache ses cheveux, leur change leur couleur pour qu'ils aient l'air blonds, ainsi que ses sourcils. Quand elle pense avoir fini, elle ramasse le tout dans son sac, entrouvre la porte du placard, vérifie que personne n'est dans les couloirs, et se met à courir vers les toilettes qui sont à côté de la Grande Salle. Elle croise le Baron Sanglant qui file dans l'air à la poursuite de Peeves et ne lui prête pas la moindre attention. Arrivée dans les toilettes, Philomena s'approche des miroirs et, à la faveur des chandelles, regarde d'un air effaré cette jeune fille aux cheveux jaunes – la couleur c'est pas trop ça. Avec sa baguette, elle tente de refaire partir ses cheveux vers un châtain raisonnable, et finit par un blond cendré. Les sourcils aussi. Elle ne se reconnaît pas, c'est déjà ça. La robe de Daisy est un peu serrée à la poitrine mais elle fermera sa cape qui est un peu trop courte.

Philomena regarde ses pieds, ne sachant trop que faire. Elle n'a pas trouvé de chaussures plus grandes, alors, tant pis, elle sera grande mais aura de tout petits pieds. Plutôt satisfaite, elle enfile sa cape qu'elle ferme bien, jette son sac sur l'épaule, et file vers le parc. Elle a plutôt de la chance, il n'y a personne. Tout le monde est à Pré-au-Lard. Elle n'a pas vu Rusard hanter les couloirs, il n'a pas l'air d'être dehors non plus. Elle voit de loin la large silhouette d'Hagrid qui met sa main au-dessus des yeux, sans doute à se demander qui est cette fille, mais il fait un coucou auquel Philomena répond, puis elle poursuit son chemin, faisant mine de savoir où elle va, alors que pas du tout.

Philomena plisse les yeux. Les grilles de Poudlard sont devant elles, fermées, elle marche d'un pas vif vers elles. Quand elle arrive devant, elle pose sa main sur un des barreaux et essaie de tirer sur les lourdes portes mais rien ne bouge. Elle sort sa baguette, tente un alohomora pas du tout convaincu, et qui n'a aucun effet. Philomena tente de passer entre les barreaux, mais elle n'y arrive pas. Philomena sursaute et se fige en entendant des pas lourds derrière elle. Elle se retourne vivement. Hagrid. Elle se redresse de toute sa hauteur.

« Oh, monsieur Hagrid, vous pouvez m'aider s'il-vous-plaît ? J'ai raté le départ à la sortie à Pré-au-Lard. »

Il fronce les sourcils, la dévisageant.

« Oh. Heu... Bien. Et tu es qui ? »

Le cœur battant à tout rompre, Philomena redresse le menton, prenant un air vexé.

« Marly Sanders... Je suis à Poufsouffle, enfin. C'est ma cinquième année ici ! »

Les petits yeux noirs d'Hagrid rapetissent encore dans un effort visible de mémoire, puis sa moustache se soulève sur les côtés, signe qu'il sourit.

« Marly ! C'est toi qui m'a aidé avec les véracrasses ? »

« Oui, c'est ça... »

Philomena lui adresse un franc sourire, plein d'espoir. La perspective de sortir enfin la remplit de joie. Hagrid regarde autour de lui, gêné. Philomena lui adresse alors un regard suppliant.

« Oh, s'il-vous-plaît, monsieur Hagrid, il n'y aura pas de sortie avant les prochaines vacances, et c'est vraiment trop loin... Vous voulez que je vous ramène quelque chose de Pré-au-Lard ? Des confiseries ? »

Les petits yeux noirs d'Hagrid se posent sur les grands yeux bruns de la jeune fille.

« Des dragées de Bertie Crochue... Si cela ne te dérange pas. »

Il fouille dans une de ses immenses poches qui couinent et lui pose dans la main quelques pièces argentées qui collent. Philomena lui sourit alors de toutes ses dents. Le demi-géant prend alors dans sa grosse pogne une des poignées du portail et tire dessus, l'ouvrant suffisamment pour laisser passer la fille. Elle se retourne alors sur le chemin, excitée comme une puce.

« Merci, monsieur Hagrid, merci mille fois ! Je vous ramène tout ça tout à l'heure ! »

Puis elle file en courant sur le chemin, ne sachant pas vraiment où elle doit aller, mais y courant à en perdre haleine.

End Notes:

Elle va enfin la faire, sa sortie à Pré-au-Lard ?

A l'attention de Philomena Fletcher by Sifoell
Author's Notes:

Trois semaines que je n'avais pas mis à jour cette fic. Ma pauvre petite Philo a du se sentir abandonnée, pourtant je pense à elle tous les jours !

Voici donc le 30ème chapitre de Menteurs, voleurs, tricheurs. J'espère que la lecture vous sera agréable !

Et vivent les Word Wars sur le discord d'HPF !!! Venez nombreux, c'est trop bien ! 20 ou 30 minutes d'écriture, on se pointe quand on en a envie, on s'encourage, on papote et ça fait trop du bien !!!

Philomena parcourt le chemin qui serpente entre les rangées d'arbres, se retournant plusieurs fois pour faire coucou à Hagrid qui a l'air de plus en plus mal à l'aise. Philomena se met alors à courir, essayant de s'orienter. Ils étaient venus en barque, elle cherche donc un bruit d'eau, ou des conversations, mais n'entend rien. Elle se dit alors que tout droit, c'est déjà ça, et continue entre les arbres, s'arrêtant de temps en temps pour reprendre son souffle et tendre l'oreille.

Déjà, elle n'est pas dans la Forêt Interdite, ce qui est pas mal.

Philomena entend alors des bruits de pas et se cache derrière un arbre. Deux étudiants de sixième ou septième année se tiennent la main, tout en marchant, et en s'embrassant, ce qui a l'air extrêmement dur de faire en même temps. Elle les regarde passer, puis se met à courir dans la direction dont ils viennent. Ils ont d'ailleurs perdu un gant, un mouchoir et des papiers de bonbons sur leur chemin. Philomena sourit alors qu'elle voit les premiers toits de Pré-au-Lard.

La petite fille s'approche des magasins, imaginant faire plein de bonnes affaires. Quand elle avance dans une petite ruelle sombre entre deux maisons, elle se regarde dans une fenêtre en passant mais s'arrête directement. Les cheveux blonds cendrés sont redevenus noirs, le nez s'est rétréci, et la robe de Daisy devient plus lâche autour d'elle. Le cœur battant fort dans sa poitrine, Philomena rabat sur sa tête la capuche dans l'espoir de cacher son visage, puis s'avance dans la rue principale de Pré-au-Lard.

Elle consulte les enseignes, cherchant son bonheur dans ce village sorcier qu'elle ne connait pas. La quatrième s'appelle Dervish et Banges. Philomena regarde d'un air timide la façade vitrée, la multitude d'objets sorciers, l'affiche disant qu'ils réparent des objets brisés. Philomena souffle un coup et pousse la porte du magasin qui est plutôt animé. Elle se fraye un chemin parmi les sorciers, et se dit qu'heureusement, il n'y a pas d'élèves encore ici, et va jusqu'au comptoir où un très grand homme portant un chapeau violet et de gigantesques moustaches pointues, se penche vers elle.

« Tu es perdue, petite ? »

Philomena lève alors la tête.

« Non, monsieur, mais j'ai plusieurs objets que je souhaite vendre. Vous accepteriez de les voir ? »

Ses grands yeux noirs interrogent le visage ouvert du vendeur, et attend un assentiment avant de se mettre à fouiller sa trousse à ourlet qui est dans sa ceinture. Philomena met dans sa petite main les trésors qu'elle a amassés : la bague en argent terni qu'une pie vient de lui apporter. Le monsieur la prend dans sa main, installe une loupe de bijoutier sur son œil, et observe la pierre d'un air intéressé. Puis il se détourne, jette la pierre dans un verre contenant du liquide qui se met à mousser, et l'enlève avec une paire de pinces. La bague étincelle, complètement nettoyée de son oxydation. La pierre bleue ressemble à une étoile tombée du ciel. L'homme la met devant lui sur le comptoir.

« Et qu'est-ce que tu as d'autre ? »

« Un pendentif dans une jolie boîte... »

Philomena approche des mains de l'homme la boîte argentée contenant le vif d'or en pendentif. Il l'ouvre délicatement, et déroule la chaîne. Il observe le pendentif avec sa loupe de bijoutier qui rend son œil globuleux. Si Philomena n'avait pas si peur de se faire prendre à vendre un objet volé, cela la ferait sourire. L'homme semble apprécier le pendentif qui rejoint la bague devant lui. Sa tête se balance un peu et sa bouche dessine une moue appréciatrice.

« Et la montre ? »

« Pardon ? »

« La montre qui est dans ta trousse. Je l'ai vue quand tu as sorti tes affaires. Combien la vends-tu ? »

« Elle n'est pas à vendre. »

L'homme a un air un peu désolé, mais acquiesce.

« Bien, et les autres choses ? »

Philomena sort un peigne en os de dragon et une boucle d'oreille. Les deux objets rejoignent les autres devant le vendeur, après qu'il les ait observés avec sa loupe de bijoutier.

« Quinze gallions pour l'ensemble, mais je n'achète pas le pendentif et sa boîte. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu'ils ne sont pas à toi. »

Une sueur glacée parcourt le dos de Philomena.

« Comment le savez-vous ? »

L'homme s'accoude sur le comptoir et se penche vers elle avant de murmurer.

« J'ai été jeune avant toi, et j'ai fait des bêtises. J'accepte d'acheter tout sauf le pendentif si tu acceptes de le rendre au petit Lance. Je suis son voisin, et on s'écrit. Il m'a raconté ce qu'il s'était passé. Je sais que ce n'est pas toi qui le lui a volé, mais c'est toi qui te retrouve en sa possession. Ce qui fait que tu es au moins complice. Donc, tu le rends, et si dans sa prochaine lettre Lance ne dit pas qu'il a retrouvé son pendentif, j'écrirai une belle lettre à Poudlard. »

Philomena avale sa salive et acquiesce. L'homme repousse vers elle le pendentif et son coffret. Il sort alors de sous le comptoir plusieurs pièces qu'il pousse vers elle.

« Au fait, je suis Eddie Banges. Tu peux revenir quand tu veux me vendre des objets que tu as trouvé, ou qui t'appartiennent. »

Il lui adresse alors un clin d'oeil, même si son visage est maintenant un masque de sévérité. Philomena acquiesce, et lui tend la main.

« Philomena F... »

Son nom de famille a du mal à franchir ses lèvres.

« Oui ? »

« Philomena Fletcher. »

La grande main d'Eddie Banges vient serrer la sienne avec fermeté. Philomena récupère ensuite l'argent qu'elle s'empresse de ranger dans sa ceinture, ainsi que le pendentif et sa boîte, puis file de la boutique, ayant soudain besoin de respirer. Mais à peine est-elle sortie qu'elle tombe sur un groupe d'élèves qui est de l'autre côté de la rue, le nez collé contre la vitrine de Honeydukes. Philomena longe le magasin de Dervish et Banges, espérant retrouver la ruelle par laquelle elle est entrée quand quelqu'un l'appelle, et elle se fige.

« Philomena ! Qu'est-ce que tu fais là ? »

Les sourcils froncés, Lydia s'approche à grands pas de la petite fille dont les yeux s'agrandissent de surprise.

« Je... Je... »

« Je fais totalement ce que je veux alors qu'il m'a été spécifiquement interdit de le faire ? »

Lydia a mis ses mains sur ses hanches et semble en colère.

« Tu sais parfaitement que je suis obligée d'en référer à ton préfet, ou à ton directeur de maison, d'ailleurs... Tu restes avec moi, maintenant, le temps que je les trouve. »

Si Philomena avait pu entrer dans un trou de souris et s'y cacher en attendant que la tempête passe, elle l'aurait fait. Elle distingue dans le groupe d'élèves agglutinés devant la confiserie le visage de Mara qui secoue la tête. Philomena commence alors à avoir du mal à respirer, et ses yeux se remplissent de larmes.

« Et ne me fais pas le coup des larmes, Philo. »

La petite fille les essuie alors dans ses manches. Elle va avoir des problèmes, de gros problèmes. Elle va être collée jusqu'à la fin de l'année à récurer des chaudrons brûlés...


Quand le groupe d'élèves surveillés par Lydia se rassemble pour repartir, Lydia apostrophe le préfet de Serpentard qui fronce les sourcils, visiblement agacé. Il attrape la petite fille par le bras et l'emmène plus bas dans la rue pour la planter face à un Severus Rogue particulièrement ombrageux, qui la regarde comme si son existence même était une erreur. Philomena serre les dents, ne dit rien, et suit le professeur la tête basse.

Quand ils franchissent les grilles de Poudlard, les élèves s'égayent dans le parc, regagnent leurs dortoirs ou les salles d'étude, mais Philomena suit le sombre professeur dans le dédale de couloirs et d'escaliers capricieux jusqu'à un bureau bien trop familier.

« Deux mois de retenue, et dix points pour Serdaigle, parce que Lydia Southgate a eu le bon sens de vous retrouver et de vous ramener ici. Vous serez collée tous les soirs de la semaine, sauf le mardi parce que vous avez des cours supplémentaires avec le professeur Ebony pour vous apprendre à contrôler vos humeurs. »

La petite fille est totalement silencieuse.

« Alors ? »

« Oui, professeur. »

« Bien. Vous pouvez aller à votre dortoir, je vous interdis de vous promener où que ce soit en dehors des cours, des salles d'étude, de la Grande Salle et de la bibliothèque. »

« Oui, professeur. »

« Et que je ne vous voie pas utiliser votre montre à mauvais escient, je connais suffisamment de sorts pour vous la confisquer ou la détruire. »

« Oui, professeur. »

« A votre dortoir, maintenant. Et que je ne vous voie pas avant le dîner. »

« Au revoir, professeur. »

Quand Philomena rejoint son dortoir, il est vide. Daisy et Gladys doivent être quelque part dans le château à discuter. L'absence de Willow est encore pesante, mais Philomena sait qu'elle revient bientôt et qu'elle va bien. Elle se déshabille alors et remet dans la malle la robe trop grande de Daisy, puis elle prend alors un livre qui traînait sur sa table de nuit et se met à le lire.


Au repas du soir, Philomena chipote avec son assiette, la mine sombre. Les discussions ininterrompues de Daisy et Gladys ne parviennent pas à la distraire, pas plus que le véritable banquet qui s'étale sous ses yeux. Elle n'a gagné que 15 gallions, et elle doit en réunir 200 au total pour les vacances de Noël sinon son père va lui en faire voir de toutes les couleurs.

Une petite voix demande alors à Daisy de lui faire une place, et Philomena voit Mara s'installer à côté d'elle avec son assiette et ses couverts. Mara lui jette un œil et se sert en purée et en jambon. Puis, tant qu'elle est debout, elle se met une bonne cuillerée de légumes verts à côté de la purée. Elle se rassoit, regarde son assiette, puis marmonne.

« Tu n'aurais pas du, Philomena. Cela ne t'a attiré que des ennuis. »

La tête de Philomena pique dans son assiette. Mara la regarde alors de manière plus intense, presque sévère.

« Pourquoi tu nous a menti ? Lydia et moi sommes tes amies, Philomena. Les amies ne se mentent pas, sinon ils ne sont pas de vraies amies. »

La petite fille reste silencieuse, le peu d'appétit qu'elle avait totalement envolé.

« Mais réponds-moi, au moins... »

Philomena repousse alors brusquement son assiette, puis se lève du banc et s'enfuit. Les conversations se sont tues, aux alentours, et quelque part, la voix d'Ethel résonne, tandis qu'elle applaudit lentement.

« Oh ! J'ai failli pleurer ! Bravo, Southgate ! »

Mara lui jette un regard froid avant de suivre des yeux Philomena qui s'éloigne entre les rangées d'élèves attablés. Les portes de la Grande Salle s'ouvre alors, laissant passer un énorme hibou aux yeux orange terrifiants. Il bat lourdement des ailes, ébouriffants quelques élèves, propulsant quelques meringues des assiettes. Il se pose à l'endroit délaissé par Philomena, un parchemin et une bourse volumineuse attachés à sa patte. Mara se tourne vers le hibou, fouille dans sa poche à la recherche des friandises Croq'hibou, et lui en donne dans la main. Elle décroche alors le parchemin et la bourse qui contient des pièces, et regarde le nom inscrit sur le parchemin.


A l'attention de Philomena Fletcher.


Mara se lève alors brusquement, un immense sourire sur les lèvres, et appelle Philomena qui vient juste de quitter la Grande Salle.

« Lydia ! C'est le journal ! »

Les conversations se sont de nouveau tues à la table, les élèves et les professeurs tendant l'oreille. Mara fouille dans ses poches, remet quelques pièces dans la bourse attachée à l'autre patte du hibou qui bat des ailes, pataud, sur la table, et ne parvient pas à prendre son envol. Mara récupère son écharpe qu'elle roule sur son bras, et invite le hibou en claquant de la langue à y grimper. Quand elle sent la familière prise sur son bras, elle le tend en l'air d'un coup et le hibou prend son envol, donnant quelques coups de ses rémiges sur la tête de Mara qui en est toute décoiffée et rit à gorge déployée. Elle met dans sa poche le parchemin au nom de Philomena, la bourse, et file en courant vers les portes que Philomena vient de franchir. Lydia se lève alors, esquissant un sourire, et suit sa petite sœur.

« Philomena ! Philomena, attends-moi ! »

Mara court dans les couloirs, à la recherche du dortoir des Serpentards, mais une soudaine boule d'angoisse serre sa gorge. Elle avance alors, ralentissant, et essuyant machinalement des larmes qui poignent à ses yeux. Mara entend alors des sanglots étouffés, et se dirige vers une fenêtre dont les épais rideaux de velours sont tirés.

« Philomena ? » appelle-t-elle d'une voix douce.

Mara tire les rideaux pour découvrir Philomena assise par terre contre le mur, les jambes ramenées contre son tronc, la tête posée sur ses bras croisés. Mara s'accroupit, pleurant elle aussi. Elle entoure Philomena de ses bras, et la serre fort contre elle.

« Philomena. C'est une lettre du journal, et une bourse, je crois que tu as gagné ! »

Philomena hausse les épaules, le visage toujours caché par ses bras, ignorant les pas dans le couloir.

« Philomena. Ça va aller, je suis là pour toi. Les vraies amies, ça se pardonne aussi ! »

End Notes:

Ah, ben enfin, un chapitre qui se finit sur une note positive ! J'adore ma petite Mara ! C'est elle qui m'a dicté ces paroles.

J'espère que la lecture vous aura été aussi agréable que l'écriture l'a été pour moi, et à bientôt pour de nouvelles aventures !

L'ami de l'imbécile ne sait pas boutonner sa chemise by Sifoell
Author's Notes:

Bonjour tout le monde, et merci pour vos très gentilles reviews qui sont toujours appréciées !!!

Voici donc un nouveau chapitre sur ma petite Philo.

Merci beaucoup au Nano qui me motive à avancer cette fiction qui est mon gros gros gros projet (je vous ai dit qu'il était gros, ce projet ?) et aux WW pour me faire faire la course aux mots avec d'autres fanfictionneurs :)

C'est avec un grand sérieux que Philomena voit partir ses gains par une chouette postale. Inquiète par les réactions de son père, elle a envoyé la totalité de ce qu'elle a gagné aux énigmes du journal, ainsi qu'une partie de ce qu'elle a gagné en vendant des objets. Elle serre d'ailleurs contre elle le pendentif en forme de Vif d'Or qu'elle s'est promis de rendre aujourd'hui à Lance. Elle s'excusera auprès de lui aussi. Quand elle repense à ce garçon joufflu et un peu empoté, elle se dit que Scott exagère vraiment. Bien sûr que Lance ne peut pas se défendre, il est totalement inoffensif.

Philomena a écrit à son père ce coup-ci, et elle a bien choisi, soupesé, le moindre mot. Elle a écrit sa lettre dans le secret d'un placard à balai, dans un couloir isolé, en ayant fait tourner deux fois le bouton de sa montre à gousset. Elle avait la crainte de se faire prendre, vu qu'elle doit être en cours, dans son dortoir, à la bibliothèque ou dans la Grande Salle seulement. Mais elle ne voulait pas être dérangée.

Cela la met toujours dans tous ses états d'écrire à son père, de choisir les bons mots, ceux qui ne vont pas provoquer sa fureur. Parce que son père n'aurait qu'un exutoire à cette colère, sa mère.

Elle se récite dans sa tête ces mots sélectionnés avec précaution. Normalement, elle n'a pas fait d'impair.


Papa,


Je t'envoie 100 gallions que j'ai gagné à un concours de la Gazette du Sorcier, j'étais la seule à résoudre les énigmes. Je t'envoie aussi 15 gallions que j'ai gagné en vendant des objets que j'ai trouvé. J'espère que cela te satisfera. Je fais tout pour réunir rapidement les 85 gallions restant pour te rembourser l'Aide aux Sorciers Affligés et Purotins dans la totalité.

A bientôt,

Philomena.


Elle n'a écrit aucune formule de politesse parce que son père ne pense que ce ne sont que des mensonges, ni aucun mot d'amour, parce qu'il ne la croirait pas. Fortunat Fletcher pense que cela ne se dit pas. Philomena hausse les épaules. Son père sait-il bien ce que c'est ?

Soupirant, elle serre de nouveau dans sa main le pendentif, se remémorant ce que lui a dit Monsieur Banges, et essayant de trouver comment elle va s'excuser auprès de Lance. Alors qu'elle est aux portes de la Grande Salle, qui mènent sur le parc, elle jette un œil aux élèves attablés et voit Lance, ses cheveux blonds comme les blés, ses joues rouges et son gros ventre, assis à un bout de table. Philomena se dirige alors vers lui d'un air déterminé. Elle improvisera.


« Bonjour Lance. »

Le petit garçon aux bonnes joues repose dans son assiette le chou dans lequel il s'apprêtait à mordrede nouveau. Il essuie de sa main le sucre glace qui est sur ses lèvres avant d'avaler tout rond ce qu'il a dans la bouche. Philomena a un petit sourire.

« Je peux te parler seul à seule ? »

Lance acquiesce, puis regarde autour de lui, peut-être pour vérifier si les autres voient la même chose que lui. Puis il s'empresse de s'extirper du banc et suit Philomena qui sort de la Grande Salle et s'aventure dans le couloir menant au dortoir des Serpentards, mais Philomena s'arrête rapidement, et se met dans une de ses encoignures du couloir, s'asseyant sur une malle. Elle triture ses doigts, lève ses yeux rapidement vers Lance qui n'a pas l'air d'en revenir qu'elle lui ai parlé, avant de baisser ses yeux vers sa trousse à ourlet de laquelle elle sort la boîte en bois enfermant le pendentif. Elle les tend à Lance qui les saisit dans ses mains, visiblement ému.

« Ecoute, je suis désolée. Ce n'est pas moi qui te l'ai volé, mais c'est moi qui l'ai récupéré. Je voulais le vendre, mais j'ai changé d'avis... »

On m'a fait changé d'avis, rectifie sa petite voix.

L'air peu assuré, elle regarde le visage poupin du garçon.

« Merci. Ma mère m'aurait... Enfin... Merci de me l'avoir rendu. C'est un cadeau de mon grand-père qui est mort pendant... Enfin... Il est mort l'année dernière. »

Philomena ouvre de grands yeux et ce qu'elle voit la désole encore plus. Les petits yeux verts de Lance qui se remplissent de larmes, tandis qu'il serre contre lui la boîte contenant le bijou. Hoquetant, il murmure alors.

« Il... Il était dans... la... la... résistance... »

Alors, Philomena vient entourer Lance Dearborn de ses petits bras, et elle le serre un instant contre elle, avant de lui embrasser la joue et de lui murmurer.

« Je suis désolée. »

Elle reste un moment sur place à piétiner, ne sachant pas que faire devant Lance qui n'en finit pas de pleurer, et plus il pleure, plus elle se sent mal. Alors elle se rassoit sur la malle, et tapote la place à côté de la main, invitant Lance à s'y asseoir, ce qu'il fait, hoquetant et reniflant toujours. Elle attend alors qu'il se calme, silencieuse à côté de lui, fixant le sol de pierre. Quand les larmes se tarissent, et que Lance marmonne un « merci », Philomena se lève et lui propose de marcher un peu tous les deux, jusqu'à l'escalier qui séparera leurs chemins. Poufsouffle à gauche, Serpentard en bas. Alors, ils marchent silencieusement, l'un à côté de l'autre, l'un grand, l'autre petite, l'un blond, l'autre brune, l'un large et l'autre menue.


Alors qu'elle récure les chaudrons brûlés avec une brosse métallique, des chaudrons tellement grands et profonds qu'elle pourrait y mijoter toute entière, Philomena entend le professeur Rogue marmonner en corrigeant les parchemins des élèves.

« Imbécile. A se demander comme il sait lacer ses chaussures. »

Frotte, frotte.

« Et toi tu copies le parchemin de ton voisin qui est médiocre. Quel génie. »

Frotte, frotte.

« Oh. Tu as quand même réussi à écrire devoir de potions, et ton nom et ton prénom. Pathétique. »

Frotte, frotte.

Il est silencieux, absorbé par sa lecture. Elle entend crisser la plume sur le parchemin de temps à autre, puis le commentaire claque.

« Bon, c'est déjà moins navrant que les autres. »

Frotte, frotte. Philomena sourit.

« Oh, sans doute un ami de l'imbécile qui ne sait pas lacer ses chaussures. Que ne sait-il pas faire, celui-là ? »

Frotte, frotte. Philomena sourit de nouveau, s'extirpe du chaudron pour remettre une mèche derrière son oreille de sa main savonneuse. Elle souffle, les joues rouges d'avoir eu la tête à l'envers.

« Une petite pause, Fletcher ? Il me semble que vous n'avez pas encore gagné le droit d'être en pause. Reprenez. »

Le sourire de Philomena se fane. Alors, elle dresse le menton alors que le professeur Rogue a déjà baissé son nez sur la pile de parchemin.

« L'ami de l'imbécile ne sait pas boutonner sa chemise. »

Puis elle replonge dans le chaudron et le frotte vigoureusement avec sa brosse, n'ayant pas remarqué que le visage d'ordinaire austère du professeur Rogue s'est un tout petit peu éclairé.


Il fait un froid de canard et Philomena est à un autre cours de vol. Cette fois-ci, elle arrive à faire se lever le balai récalcitrant et, le cœur battant à tout rompre, elle l'enfourche. Scott est déjà en train de voleter au-dessus de leurs têtes, contraignant certains des élèves les plus grands à baisser la tête.

« Allons, allons, ne soyez pas empoté comme ça, Dearborn. Dites "debout" avec un peu plus d'assurance et votre balai vous obéira. »

Puis, avisant Scott qui poursuit dans les airs Royston Travis qui éclate de rire.

« Scabior ! Cessez immédiatement d'importuner Travis. Travis, redescendez tout de suite. »

Philomena bascule un peu son buste en arrière, installe ses pieds dans les cale-pieds argentés, et frémit quand elle sent son balai s'élever un peu du sol. Les mains serrant tellement le manche que ses jointures blanchissent, elle prend encore un peu de hauteur. Elle regarde alors ses camarades autour d'elle et estime qu'elle est à un mètre du sol. Lentement, précautionneusement, Philomena penche alors son buste un peu en avant et avance, un peu trop vite à son goût, dans l'air.

« Fletcher ! Bien, cela commence à venir ! »

Son corps s'est tendu quand elle a entendu Madame Bibine l'interpeller et elle a pris un peu trop de vitesse à son goût. Elle adresse un sourire crispé à Lance qui répète une nouvelle fois "debout" avec peut-être un peu trop de conviction, et a un sourire encore plus crispé quand ce dernier se prend le manche sur le front, qu'il frotte. Philomena volette lentement au-dessus des têtes des élèves qui se baissent à son passage. Elle se penche doucement sur la gauche, et son balai lui obéit, virant vers le château, puis vers la droite, revenant vers les autres élèves. Philomena repère Lance qui tient à sa main le manche et s'apprête à l'enfourcher, un air fier et apeuré sur le visage. Elle l'encourage d'un sourire, qui s'interrompt vite quand Scott la dépasse à toute vitesse, la faisant se crisper tellement, qu'elle part en vrille et se précipite au sol. Grimaçant, Philomena se frotte le coude avant de remonter sur son balai, et recommencer l'exercice, maudissant Scott qui fait le fanfaron.

« Scabior ! Descendez maintenant et cessez de faire n'importe quoi, sinon vous êtes collé toute la semaine à l'entretien des balais de monsieur Rusard, vous qui les appréciez tant ! »

Scott grimace, puis redescend, presque penaud. Mais le petit sourire qu'il esquisse ensuite dément tout remord. Il regarde alors d'un air envieux la petite silhouette de Philomena, penchée sur son balai, qui avance à la vitesse d'un gros bourdon souffreteux.

« Fletcher ! Jamais vu un Vivet aussi lent ! »

Les épaules de Philomena se crispent imperceptiblement, mais elle l'ignore, concentrée sur son vol presque stationnaire tant il est lent.

« On dirait plutôt une jobarbille malade ! »

Le rire d'Ethel Shammade s'élève, alors que quelques autres élèves pouffent pour répondre à sa blague. Philomena répond alors.

« Monte sur ton balai et fais-en autant, alors ! »

Ethel se ferme aussitôt, n'ayant pas réussi, au-delà de quelques mouvements convulsifs, à le lever du sol. Philomena serre les dents et prend un peu de vitesse, grisée par une assurance grandissante. Elle avise madame Bibine qui encourage Lance.

« Madame Bibine, je peux essayer d'aller plus vite et plus haut ? Un tout petit peu ! »

« Ca ne sera pas dur, Fletcher ! » répond Scott.

« Ca y est, vous l'avez gagné ! Vous êtes retenu toute la semaine à entretenir les balais de Rusard ! Fletcher, oui, essayez d'aller un peu plus vite et un peu plus haut, c'est bien ce que vous faites. »

Philomena acquiesce alors, et s'élève un peu plus haut, et va un peu plus vite, à peine au-dessus des têtes des plus grands élèves et de Madame Bibine, essayant de poursuivre, un rire coincé dans la gorge, Royston Travis qui se marre en agitant ses tresses. Elle goûte à cette sensation de liberté, cette sensation de maîtrise, et se dit que, peut-être, le balai n'est pas un moyen de transport aussi effrayant que cela.


Au petit déjeuner le lendemain, Philomena est assise à côté de Daisy et Gladys qui parlent à n'en plus finir et réussissent l'exploit de boire et de manger en même temps. Philomena pense même qu'elles sont constituées différemment pour faire tout ça en même temps. Lance arrive, seul, ce qui fait penser à Philomena qu'il n'a pas l'air d'avoir d'amis. Elle tapote alors la place à côté d'elle, et il s'assoit timidement.

« Tu commences à faire des progrès aussi, en balai, Lance. » dit-elle pour lancer la conversation.

Esquissant une moue dubitative, il se frotte le front arborant une belle bosse. Philomena sourit.

« Tu arrives à le faire se mettre debout, déjà... Au prochain cours, je te parie que tu vas décoller... »

Lance ne dit toujours rien, les joues rouges et le regard fuyant. Puis il murmure d'un filet de voix.

« Je ne sais pas comment tu t'appelles. »

« Oh ! Je m'appelle Philomena Fletcher, je suis en première année à Serpentard. »

Elle lui tend sa main fine qu'il prend délicatement dans la sienne et serre à peine.

« Lance Dearborn. »

« Je sais. Enchantée. »

Ils continuent à manger l'un à côté de l'autre sans trop savoir quoi se dire. Mais quand Philomena commence à se lever pour aller en cours, la main potelée de Lance lui attrape la manche et il marmonne.

« Il continue à m'embêter. »

Philomena se fige.

« Qui ça ? »

« Celui qui m'a volé mon pendentif. »

Le regard de Philomena file vers Scott, qui est comme toujours assis à côté de Royston. Les deux garçons ont une discussion animée et doivent parler de Quidditch, parce qu'ils ont étalé devant eux le dernier magazine qu'ils commentent vivement.

« Il te fait quoi ? »

Lance se tortille sur le banc, le rouge aux joues et le regard fuyant.

« Il te fait quoi, Lance ? »

« Il n'arrête pas de me dire que je suis gros. Il veut que je lui donne des choses... Il dit que je dois lui donner des trucs, n'importe lesquels, parce qu'il te les donne ensuite et que tu les vendes. »

Le sang de Philomena se glace dans ses veines. Elle lance un regard assassin à Scott.

« Lance, quand Scott refera cela, tu viendras me voir tout de suite. »

Lance serre son poing, Daisy et Gladys commencent à se disputer. Philomena s'en rend compte et s'éloigne de la tablée, sous le regard du professeur Ebony qui secoue doucement la tête.

« Philomena ! Tu as du courrier ! »

Philomena se tourne vers Mara, encore en colère, et s'approche de la petite fille.

« C'est une chouette postale, je pensais que c'était le magazine de Lydia... »

Mara lui tend la lettre que Philomena prend. Elle commence à déplier le parchemin mais s'arrête quand elle reconnaît l'écriture de son père.

End Notes:

Voilà pour les dernières aventures de Philomena qui est suuuuper à l'aise sur son balai, n'est-ce pas ? (ça se voit ou pas que son auteur adooooore le sport ?)

J'espère que la lecture vous a été agréable, et à bientôt pour de nouvelles aventures !!!

Bonnes vacances Philomena ! by Sifoell
Author's Notes:

Bonsoir tout le monde !

Je ne mets pas à jour aussi souvent que je le souhaiterai Menteurs (ou mes autres fics, d'ailleurs), et j'ai la tête dans le Nano !

On va enfin savoir ce que son père lui a écrit... Brrrr...

Philomena chiffonne le parchemin dans sa main et l'enfourne dans sa trousse à ourlet. Elle adresse un petit sourire crispé à Mara, sa colère s'étant apaisée pour laisser la place à une peur débordante. Philomena regarde alors Mara, ses yeux marrons écarquillés, et remarque les mêmes figures effrayées autour d'elles, les têtes qui se tournent, les regards par-dessus l'épaule... Alors, elle part en courant dans les couloirs, frôlant le professeur Flitwick qui lui demande de ralentir. Eviah Ebony soupire et se lève de table, après avoir lancé un regard appuyé au professeur Rogue qui ne montre aucune réaction.

Cherchant un endroit où se cacher pour lire sans être dérangée la lettre de son père, Philomena prend les escaliers au hasard, le cœur battant à tout rompre. Mais les escaliers faisant souvent ce qu'ils veulent, ils commencent à se déplacer alors qu'elle est dessus. Elle tourne alors la tête autour d'elle, pour voir où ils vont la mener, et aperçoit derrière elle le professeur Ebony, qui ne peut désormais plus la suivre, le bas des escaliers ayant aussi décidé d'être capricieux. Philomena s'engage alors dans un couloir familier. Un couloir tendu de tentures vertes et argentées. Son attention détournée par le souvenir, elle parcourt du regard le couloir à la recherche du croisement de trois couloirs identiques, pas très loin des appartements du professeur Ebony. Elle arrive à ce fameux croisement, et reconnaît l'espèce de fontaine où un être grassouillet aux oreilles caoutchouteuses joue de la harpe silencieusement.

Philomena tire alors la lourde tenture, révélant le tableau où l'homme s'ennuie, assis négligemment sur un fauteuil crapaud, une montre à gousset à la main, dont la chaîne d'or reflète la lumière rare du couloir. Elle relit la plaque abîmée.

Flynn Fletcher ! Elle est sûre qu'il s'agit de son ancêtre, Flynn Fletcher ! Elle se remémore la discussion avec le Choixpeau qui l'avait mentionné.

Philomena regarde avec une plus grande attention le tableau. Le chat qui dort sur un fauteuil confortable, la brise qui secoue les rideaux, les livres sagement rangés dans la bibliothèque. L'homme assis paresseusement sur son fauteuil, l’œil morne dans le vague, les moustaches qui remontent un peu le long de ses fossettes, le soupir qu'il semble ne pas pouvoir retenir. La peur de Philomena s'apaise alors que son esprit se met en route. Elle a toujours réussi à repousser ses peurs en réfléchissant très fort. Même la peur de son père.

« Flynn Fletcher ! » appelle-t-elle de sa petite voix.

Le regard de l'homme paraît s'animer un peu, comme s'il avait entendu quelque chose dans la pièce.

« Flynn Fletcher ! » appelle-t-elle plus fort.

La tête de l'homme se redresse, sa posture est moins négligente, son intérêt paraît s'éveiller. Philomena sourit en pensant qu'il doit s'ennuyer si son tableau est toujours caché par la tenture. Elle se retourne alors vers l'étrange statue aux oreilles en feuilles de chou, qui pince inlassablement les cordes de sa harpe, sans qu'aucune musique ne résonne. La créature a les yeux posés sur le portrait de l'homme qui paraît l'ignorer volontairement. La bouche de Philomena se plisse, ses yeux se rapetissent, et elle ferme les deux épaisses tentures vertes et argent sur le tableau, avant de se glisser derrière elles et d'allumer sa baguette d'un simple lumos.

« Flynn Fletcher ! » répète Philomena.

L'homme redresse plus vivement la tête, et la dirige vers Philomena qui sourit de toutes ses dents.

« Je m'appelle Philomena Fletcher, comme vous. Qui êtes-vous ? »

L'excitation gagne Philomena dont les joues rougissent et les yeux pétillent. L'homme a toujours cet aspect sévère, regarde intensément la petite fille et pose un index sur ses lèvres. Philomena fronce les sourcils.

« Vous ne voulez pas que je parle ? »

L'homme répète son geste, un air encore plus sévère sur le visage.

« Vous ne pouvez pas parler ? »

L'index quitte les lèvres de l'homme qui le pointe sur la petite fille, qui secoue la tête, ne comprenant pas. Son regard quitte alors l'homme, et s'attarde sur la pièce, une espèce de petit salon de lecture. La fenêtre entrouverte sur un jardin, les fins rideaux voletant sous le souffle de la brise, le tapis sous les pieds de l'homme. Un coup de vent plus fort fait s'ouvrir la fenêtre et l'homme se lève, et regarde dans le jardin. Philomena suit son regard et voit là un bassin. Elle plisse les yeux. Une tête verdâtre en sort, un selkie qui a une conversation silencieuse avec l'homme. L'homme et le selkie, dans un ensemble parfait, tournent tous deux la tête vers Philomena qui se recule contre les tentures de velours. L'homme agite sa main devant lui en un geste d'invite. La petite fille s'avance alors doucement.

« Pourquoi vous ne parlez pas ? »

L'homme étend ses bras en un geste d'impuissance. Il se tourne alors vers la bibliothèque et en sort un livre qu'il met devant lui, laissant à Philomena le loisir d'en lire le titre. Etres de l'eau : le guide complet de leurs langage et coutumes, de Dylan Marwood.

« Mais je suis censée chercher quoi ? »

L'homme détache une de ses mains du livre et la main contre son cœur.

Moi.

L'homme se tourne alors vers la bibliothèque, y range le livre, s'assoit de nouveau dans le fauteuil, et le tableau s'anime, comme pour se corriger, et revient à ce qu'il était à l'initial. Un homme assis dans un fauteuil qui a l'air de s'ennuyer, une brise qui secoue le rideaux de la fenêtre, et le chat qui n'en finit pas de dormir à côté de la fenêtre.

Philomena s'extirpe des tentures et regarde dans les couloirs et jusqu'au croisement. Il n'y a personne. Elle laisse ses yeux méfiants sur la statue qui joue inlassablement de la harpe. Tâtant machinalement sa trousse à ourlet, elle se rend compte qu'elle n'a pas lu la lettre de son père, qu'elle sort de la trousse et déplie, les mains un peu tremblantes.


Tu peux revenir pour les vacances.


C'est tout. Pas un bonjour, pas de signature. Rien. L'écriture est un peu penchée et tremblante, imprécise. Philomena serre les dents et chiffonne le bout de parchemin qu'elle range de nouveau dans sa trousse. Soupirant, elle adresse un dernier regard aux tentures qui l'empêchent de regarder le tableau, et à la statue qui l'empêche de l'écouter.

Attends... Mais ce doit être ça ! Il ne peut pas parler à causer de la statue ! Philomena se promet qu'elle va vraiment se renseigner sur les tableaux, et la magie qui les anime.


Philomena se rend à la bibliothèque pour y retrouver Mara, Daisy et Gladys qui ont pris l'habitude de faire leurs devoirs ensemble. La petite fille est un peu nerveuse, entre la perspective de rentrer à la maison, de revoir sa mère mais surtout son père, et celle d'enquêter sur ce fameux Flynn Fletcher qui doit faire partir de sa famille, elle ne sait pas trop où donner de la tête. Daisy et Gladys, toutes à leur séance de papotage qui ne s'est jamais vraiment arrêtée depuis qu'elles se sont rencontrées dans le Poudlard Express, discutent et font semblant de travailler. Mara, par contre, lit son livre qui est étalé devant elle, prend quelques notes, et jette de fréquents regards à Philomena.

La petite fille se lève alors et va au rayon sur les créatures magiques, à la recherche du livre à la couverture verte sur les Etres de l'eau. La tête penchée sur le côté, elle lit les tranches des ouvrages, et le trouve. Elle le récupère, et se dirige ensuite vers le rayon des sortilèges et enchantements. Mais, ne sachant pas que chercher, Philomena va voir timidement Mme Pince qui l'a toujours impressionné par son air revêche.

« Bonjour Madame Pince, je cherche un livre sur les portraits, s'il-vous-plaît. Je me demande comment on les fait, comment ils peuvent être animés et conserver la mémoire de la personne qui a été peinte. »

La petite femme au profil de vautour lève ses yeux vers Philomena.

« Sur les portraits ? De nouveau ? »

Philomena acquiesce vigoureusement.

« Il y a tellement de portraits à Poudlard, j'aimerai tant apprendre sur eux, Madame. »

Philomena ne se force pas pour donner des accents de vérité à ce qu'elle dit. Cela l'intéresse vraiment. Elle poursuit alors.

« Vous avez remarqué que certains portraits ne font que réclamer de l'attention, propager des rumeurs, alors que d'autres peuvent tenir une vraie conversation ? »

Mme Pince plisse les yeux, cherchant le mensonge. Mais ne trouvant rien, elle se lève et glisse entre les rayons, suivie par Philomena. Sa main jaillit de sa cape et elle attrape un volume, puis deux, puis trois.

Portraits de Poudlard, Illustres sorciers et sorcières, et Enchantements et tableaux, la pratique de la peinture magique. »

Mme Pince va de ses petits pas qui claquent sur le sol jusqu'à son bureau où elle s'assoit, les livres devant elle. Philomena la suit et patiente devant son bureau, observant la bibliothécaire regarder les livres sous toutes leurs coutures, noter sur un parchemin la date, l'heure, et le nom de la personne qui l'emprunte. Puis, dans la dernière colonne, elle note tous les petits défauts du temps et les petites dégradations commises par des élèves, avant de lever les yeux sur la petite fille et, la menace perceptible dans la voix, lui annoncer.

« Tu en prendras soin. »

Les yeux de Mme Pince se sont quelque peu assombris, et sa mine sévère l'est encore plus. Philomena acquiesce alors, et prend les livres dans ses bras comme s'ils étaient de précieux trésors. Ce qu'ils sont vraiment. Les livres sous le coude, Philomena retourne à la table où Gladys et Daisy poursuivent leur conversation à voix basse. Mara lève les yeux de son parchemin noirci de son écriture toute en boucle et en courbes.

« Alors, tu as trouvé ce que tu cherchais ? »

« Oui. »

« Un livre sur les Etres de l'eau et des livres sur les portraits... Tu cherchais ça il y a quelques temps... Pourquoi ? »

« Ca m'intéresse, tu ne t'es jamais demandé qui étaient tous ces gens ? Et tu sais que le professeur Dumbledore sait parler la langue des Etres de l'eau ? »

Mara reste la regarder silencieusement, attendant qu'elle poursuive, mais Philomena se tait.

« Qui t'a écrit tout à l'heure ? »

Philomena perd ses yeux dans le vague.

« Mon père veut que je rentre pour les vacances. »

Puis Philomena sourit.

« Je vais revoir maman. »

Mara lui sourit à son tour.

« On va retourner chez notre oncle aussi pendant les vacances. Ce qui veut dire qu'on sera quasiment toutes les vacances toutes les deux, avec Lydia. Bertus n'est jamais vraiment à la maison. »

Alors cela sort tout seul, parce que la peur reste là, insidieuse, toujours sous la surface de la bonne humeur apparente de Philomena.

« Tu m'écriras, dis ? »

« Mais oui, Philomena. Je t'écrirai, et Lydia aussi. »


C'est le dernier jour d'école. Philomena prépare ses affaires qu'elle rassemble dans sa malle. Vêtements, livres, menus trésors. Le cœur un peu lourd, elle soupire en vérifiant qu'elle n'a rien oublié. C'est alors que Daisy se tourne vers elle, ses boucles blondes rebondissant autour de son visage de poupée.

« Philomena, il faut absolument qu'on s'écrive pendant les vacances. »

La petite fille brune reste interdite. Comment ça ?

Gladys se tourne alors vers elle.

« Tiens, je te donne mon adresse. Tu nous raconteras tout ce que tu fais pendant tes vacances, et nous aussi. Maman va faire un repas pour la nuit d'Halloween, et on va aller chercher des bonbons dans le village. Elle m'a dit qu'elle m'a cousu une robe magnifique, une robe de princesse, avec une couronne. A la nuit tombée, on ira dans le village avec les enfants moldus. Un bonbon ou un sort ! Mais on ne lancera pas de vrais sorts, même si on est capable de le faire maintenant. »

« Oh oui ! Un bonbon ou un sort ! »

Daisy et Gladys se mettent à sauter sur place tout en répétant « un bonbon ou un sort » et en commentant les tenues extraordinaires qu'elles porteront. Tout en piaillant comme des perruches, elles écrivent toutes deux leur adresse sur un bout de parchemin qu'elles remettent à Philomena qui n'en croit pas ses yeux. Alors, elle écrit aussi son adresse sur un bout de parchemin et le leur tend.

Daisy et Gladys lisent l'adresse.


Philomena Fletcher, Bothwellhaug.


Puis elles font la moue.

« C'est où Bothwellhaug, Philo ? »

Philomena réfléchit. Il n'y a rien de bien réjouissant dans l'endroit où elle vit. C'est un ancien village minier qui a été évacué de tous ses habitants moldus il y a presque vingt ans.

« A la campagne. » répond-elle simplement. « Mais je ne vais pas pouvoir aller demander des bonbons aux voisins, on est plutôt isolé. »

« Oh... mais ta mère va te faire un costume, alors ? »

« Oui, ment Philomena. Un costume de fantôme moldu, avec les draps blancs et les chaînes... »

Daisy et Gladys secouent la tête de concert, essayant d'imaginer ce qu'est un fantôme moldu. Puis les filles quittent leur dortoir en pépiant, suivie par une Philomena bien plus silencieuse, qui jette un dernier regard sur le lit vide depuis bien trop longtemps de Willow.

Le trajet du retour, Philomena ne dira pas un mot, le regard perdu sur le paysage qui défile, les arbres qui se dénudent de leurs feuilles, les étendues vertes, le ciel bas, et cette luminosité particulière qu'il y a souvent en Ecosse. Chica fait tout pour lui alléger l'humeur, réclamant des grattouilles, lui picorant l'oreille et les cheveux, claquant du bec.

Arrivée à la gare de King Cross, Philomena descend, aidée par Dempster, le préfet qui a troqué sa robe de sorcier pour des vêtements moins visibles, tout comme la majorité des élèves. Philomena porte ses chaussures rouges, un pantalon noir et un pull gris. Elle enfile son manteau, se demandant si quelqu'un vient la chercher à la gare ou si elle doit se débrouiller toute seule comme à son arrivée à Poudlard. Mais son cœur manque un battement quand elle voit la haute silhouette de son père, dont les cheveux roux lui font comme une auréole. Londres doit être venteux aujourd'hui.

Son père avance vers elle, et la foule se fend au contact de ses coudes et de ses épaules larges. Plus il avance et plus elle lève la tête, respirant peut-être un peu trop vite, le visage tendu. Son père esquisse alors un sourire qui ressemble à une grimace, et sa grosse main atterrit sur son épaule en une bourrade qui se veut tendre. Puis il se penche et ramasse la malle qu'il hisse sur son épaule, cognant au passage une sorcière qui émet une plainte avant de se retourner, voir qui est le malotru, et s'éloigner silencieusement.

« Allez viens, ma fille. Ta mère t'attend. »

Philomena suit alors son père, toute petite parmi ces gens qui sont plus grands, toute petite devant son père, toujours.

End Notes:

Ouf !!! Je l'ai écrit il y a plusieurs jours et viens seulement de le relire, vu qu'on écrit un peu au kilomètre, avec le nano... Donc, cela va sûrement vous faire vous poser pas mal de questions, ma foi...

Alors, avez-vous des théories ?

Et vous pensez quoi du peu que je vous ai montré du père de Philomena ?

La plus petite maison de Bothwellhaug by Sifoell
Author's Notes:

Bonjour tout le monde,

Nous avons laissé Philomena sur le quai de la gare avec son père, et la voici maintenant à la maison pour ses premiers jours de vacances.

Je vous souhaite une bonne lecture !

C'est un tout petit village abandonné, pas très loin de Glasgow. Tous les Moldus ont quitté Bothwellhaug, les ordres d'expropriation étant encore placardés sur les portes, laissés au vent et à la pluie. La seule maison n'ayant pas reçu son ordre d'expropriation est celle des Fletcher, et pour cause... Tous les Moldus qui se dirigent vers la maisonnette délabrée ont une soudaine envie de vomir. Personne n'a jamais réussi à atteindre le paillasson, même le plus zélé des fonctionnaires n'a pas réussi à le faire.

En plus, on n'est même pas sûrs que cette maison soit habitée, elle ressemble à une cabane, avec la peinture de la porte et des volets écaillée, la rouille qui attaque toute pièce de métal. Il y a bien sûr, de temps en temps, des murmures qui s'en échappent, comme des gémissements, mais ne serait-ce pas le vent ?


Le nez protégé par un chiffon, deux enfants déguisés en fantôme se lamentant et en sorcière grimaçante, accompagnés de deux parents qui portent en guise de chapeau un serre-tête avec des têtes de mort souriantes, viennent frapper à la porte de la maison délabrée.

« Mais si, je te dis que j'ai vu de la lumière... »

« Déjà qu'à la maison d'avant, la petite dame nous a offert des bonbons tellement vieux que le papier est tout collé et plein de poils de chats... »

« Oui, mais là, je te dis que j'ai vu quelqu'un derrière les carreaux... Mais c'est quoi cette odeur ? »

« Tu veux pas qu'on rentre plutôt, chérie, les enfants ? »

La petite sorcière frappe à la porte de nouveau, et une femme sans âge, petite et efflanquée, vient leur ouvrir. Elle est pâle comme un linge, comme une plante qui se flétrit de ne pas voir assez le soleil.

« C'est pour quoi ? » demande une voix fluette, tout en jetant un œil inquiet derrière elle.

« Des bonbons ou un sort ! » crie le petit fantôme en agitant ses bras et en faisant des « hou hou ».

Marjorie Fletcher reste interdite, passant à peine sa tête par l'ouverture de la porte. Des petits pas se font entendre, et une petite fille vient se glisser devant elle.

« C'est pour Halloween, maman. »

La petite fille aux nattes brunes se tourne vers les enfants. Elle est plus âgée qu'eux mais si petite que l'on pourrait penser le contraire. On peut voir derrière elles un salon gris et poussiéreux, envahi d'une épaisse fumée.

« On n'a pas de bonbons, désolée... Passez un bon Halloween ! »

Une voix rauque se fait entendre derrière.

« C'est qui ? C'est Ding ? »

« Non, Fortunat, ce n'est pas Ding. »

Les deux parents s'entreregardent.

« Heu. On va vous laisser, hein... Venez, les enfants, on va rentrer. »

Le petit fantôme agite encore ses bras faisant des « hou hou ». La petite habillée comme une sorcière décrète alors.

« Ben alors, c'est un sort ! »

Elle agite sa baguette en plastique surmontée d'une étoile et une pluie de paillettes s'en échappe, venant se poser sur les robes grises de la petite fille et de sa mère qui n'est guère plus grande. La mère des enfants attrape sa sorcière de fille par l'épaule et la tire en arrière.

« Viens, Wendy, on va rentrer à la maison. Merci madame... Et mademoiselle. Passez une bonne soirée. »

Philomena et sa mère regardent repartir sur le chemin de terre la petite famille bizarrement accoutrés.

« C'est qui ? C'est Jared ? »

« Non, papa. Ce n'est pas Jared. C'était des voisins qui venaient nous demander des bonbons parce que c'est Halloween. »

Les parents et les deux enfants ont surmonté la nausée provoquée par la vue-même de cette maisonnette, la gêne de voir ce petit bout de femme si effrayée, et cette inquiétude informulée, de la laisser là à la merci de Dieu sait quoi. Ils repartent soudainement plus légers, vers le chemin de terre qui fait office de route, ne remarquant pas les rideaux déchirés s'écarter de la minuscule fenêtre du toit, alors qu'une petite main leur fait au revoir, après avoir essuyé la buée de la fenêtre. C'est qu'il fait froid à Bothwellhaug. Et que les visites sont rares.

La seule personne connue de Bothwellhaug l'est pour avoir assassiné le Régent d'Ecosse en 1521. Le village s'est vidé de tous ses habitants en 1960, sauf les Fletcher, couple mal assorti qui y demeure encore et ne sort jamais de la maison. C'est comme si toute vie s'était arrêtée chez eux, et que la vie pulsait autour de la maisonnette. Le Strathclyde Country Park s'est construit, et la maison des Fletcher y trône comme une verrue.


Philomena et sa mère ont un petit rituel, quand Fortunat leur fait le plaisir de sombrer dans son fauteuil, et les vapeurs d'alcool. Elles quittent la maison, et vont dans le jardin, s'asseoir sur une souche, et elles peuvent parler pendant des heures. De tout, sauf de ce qui leur fait peur, de ce qui pose réellement problème.

Et c'est là, dans le secret du jardin, à l'abri de la nuit et de l'arbre dépouillé de ses feuilles, que Philomena raconte le début de sa scolarité à Poudlard, et montre à sa mère dont les yeux pétillent enfin, les sortilèges qu'elle a appris.

Droite comme un I, et tellement fière qu'elle en semble grandie, Philomena montre à sa maman comme elle parvient à faire léviter une feuille morte, comme elle est capable de faire jaillir de la lumière de sa baguette. Elle lui montre sa trousse à ourlets et les trésors qu'elle contient : la montre à gousset, la broche pour son châle. Intarissable, Philomena parle de ses rencontres, avec Mara qui est gentille et travailleuse, Willow qui parle bizarrement mais qui est une amie proche, elle parle de Scott mais dit qu'elle ne devrait pas le fréquenter, de Lance qu'elle vient de rencontrer et qui est tout timide. Elle parle de Lydia et de son tempérament de feu. Des professeurs qui l'ont marquée. Un vrai fantôme en cours d'histoire de la magie, maman, tu te rends compte ? Du professeur Rogue qui est dur mais juste. Et plus elle parle, plus elle s'illumine, souriant au monde entier, véritable soleil qui vient éclairer sa mère qui a toujours vécu dans l'ombre de quelqu'un, à se réchauffer à la lumière des autres, incapable qu'elle est de produire sa propre lumière.

Et Philomena lui parle de l'enfant selky, et du Charognarbre dans la Forêt Interdite, et de la licorne, et de la Centauride et du Centaurion. Chica sur son épaule, venant claquer du bec comme si elle participait à la conversation, malgré la nuit tombée depuis longtemps. Et le tableau bizarre de Flynn Fletcher, mais tu le connais, maman ? Il fait partie de la famille de papa ? Et quand le sourire de Marjorie se fane brusquement, et qu'elle se rembrunit, toute la volubilité de Philomena vient s'évaporer par l'ombre du père qui vient ternir tout.

« Tu le connais, Flynn Fletcher, maman ? »

Le silence de sa mère est la meilleure des affirmations.


Le lendemain, quand Philomena se lève, sa mère est déjà en train de s'affairer en cuisine, au petit déjeuner. Le regard de la petite fille se promène dans la cuisine, puis dans la salle à manger et le salon attenants, puis reviennent sur sa mère.

« Papa est levé ? »

« Il est parti rejoindre Jared. »

Philomena fronce les sourcils. Elle a horreur de cet ami de son père, qui n'est qu'une autre menace sourde dans la maison. Elle préfère Mondingus, le cousin de son père, même si elle sait qu'elle ne peut pas lui faire confiance – qui ferait confiance à un Fletcher ? - elle sait aussi qu'il ne lui fera pas de mal.

Philomena s'assoit à table et sa mère pose devant elle un bol de chocolat chaud fumant, et du pain de la veille avec de la confiture. La petite dame vient s'assoir en face d'elle avec une tasse de café. Philomena lui sourit et promène ses yeux sur son visage, y cherchant la moindre trace. Mais elle ne voit que le vieillissement prématuré provoqué par l'inquiétude constante. Elle lui adresse alors un sourire triste.

« Papa a trouvé du travail ? »

Marjorie cesse de touiller sa tasse de café et pose la cuillère un peu trop fort sur la table.

« Non. Il ne cherche pas. »

Philomena se tait en plongeant le nez dans son chocolat chaud.

« Il fait quoi avec Jared ? »

Marjorie élève un peu la voix, elle ne le fait qu'avec Philomena, sinon, les personnes ne la connaissant pas pourraient se demander si elle sait parler, tant elle est avare de mots.

« Jared est sur un coup. »

« Et papa aussi, il... »

« Finis ton petit déjeuner. Après tu iras ranger ta chambre. »

Philomena acquiesce, silencieuse. Oui. Son père est sur un coup, ce qui veut dire que les Aurors vont sans doute débarquer au pire, ou qu'au mieux, la maison va encore servir de repère de contrebandier. Elle soupire, avale son bol entier jusqu'à ce que ses yeux se remplissent de larmes et son ventre de chaleur, puis elle débarrasse sa table. Puis, à la fois pour montrer à sa mère ce qu'elle a appris à faire et pour lui rendre service, elle lance un recurvite sur la vaisselle et la table. Mais sa mère détourne le regard. Fortunat a horreur que sa mère utilise la magie à la maison, il a été jusqu'à la priver de sa baguette. Philomena se sent en colère.

« Maman, je vais te rendre ta baguette. Monsieur Ollivander m'en a vendu une, donc je n'en ai plus besoin. »

« Tu sais bien ce que ton père en pense... » Philomena s'approche de sa mère et lui dit, d'une voix intense.

« Tu es une sorcière, maman. Il ne peut pas le nier ou t'empêcher d'être ce que tu es. »

Le visage sans grâce de Marjorie se tourne vers celui de sa fille et rencontre les yeux déterminés de Philomena, mais elle se détourne rapidement de sa fille et reste les yeux dans le vague. Philomena peste et va dans sa chambre. Si elle n'avait pas aussi peur de son père, elle aurait une petite conversation avec lui.


Dans sa chambre, Philomena tourne en rond. Elle est tellement en colère ! C'est tellement injuste que sa mère ne puisse plus exercer la magie chez elle parce que son père, qui est médiocre, le lui interdit ! Comment peut-elle renoncer à ce qu'elle est ? Elle pousse de son pied une chaussure qui traîne et s'assoit sur le lit datant du siècle dernier. Elle regarde sa chambre, et ne peut s'empêcher de la comparer au dortoir qu'elle partage avec Daisy, Gladys et Willow. Même les deux pipelettes lui manquent. Et elle n'a pas eu tant que ça de nouvelles de Willow par les Travis, ses voisins. De frustration, elle s'allonge sur le lit et observe le plafond décrépi... Elle soupire, écoute les bruits de la maison, sa mère qui fait la vaisselle à la main et commence à préparer le repas du midi, réduite qu'elle est aux tâches ménagères parce que Fortunat ne veut pas qu'elle travaille.

Fortunat ne veut pas ci, Fortunat ne veut pas ça. Leur vie entière repose sur ce que veut et ne veut pas son père. Mais ses colères sont si terribles... Philomena se souvient de nuits entières qu'elle a passé cachée dans la maison, en entendant les hurlements de Fortunat et les bris de meubles. Elle se souvient des matins tristes où sa mère faisait comme si de rien n'était, se tenant les côtes, les yeux qu'elle pouvait à peine entrouvrir.

La porte claque et elle entend des voix en bas. Elle reconnaît celle de son père, et celle de Jared. C'est décidé, elle ne descend pas de sa chambre tant que ce sorcier est là. Philomena se lève doucement de son lit et à pas de souris, verrouille la porte d'un collaporta. Mais ne supportant pas d'être enfermée, elle ouvre la fenêtre, même s'il fait froid en ce mois de novembre. Elle enfile un autre gilet, et se met à fouiller dans sa malle à la recherche de ses livres. Les seuls moyens qu'elle a de s'évader. Réussir sa future vie professionnelle est le seul moyen qu'elle aura de fuir cette vie de fous, et d'emmener sa mère avec elle. Elle extirpe les livres qu'elle a emprunté à la bibliothèque de sa malle et les étale sur son lit défait. D'abord, les livres sur les portraits. Elle est convaincue, par le silence de sa mère, que Flynn Fletcher est bien apparenté à son père, et dans son tableau, il avait bien une montre à gousset, certes, différente de la sienne, qui agit sur le temps. Et ce selkie dans le bassin dans le jardin... Tout est lié, elle est sûre qu'il y a là un secret, mais que tous les indices sont dans le tableau.

Philomena se met alors à lire Portraits de Poudlard, car, après tout, le portrait de Flynn Fletcher est bien dans Poudlard, peut-être y trouvera-t-elle quelque chose ?

End Notes:

J'espère que la lecture vous a été agréable.

Je mets de plus en plus d'indices ici sur ce qu'est la vie de Philomena chez elle, mais sachez que ce n'est pas du tout la joie pour elle (et encore moins pour sa mère). Cela va devenir de plus en plus difficile (pas que j'aime torturer mes personnages - quoique - mais j'ai envie que de cette petite gamine qui ne part pas du tout gagnante dans la vie, émerge dans quelques temps, à son rythme, une jeune femme brillante et résiliente, qui fera de son mieux avec tout ce qu'elle a vécu.

Je dissémine aussi des indices sur ce qui deviendra des quêtes pour Philomena : Flynn Fletcher notamment. Sachez que les réponses viendront en leur temps, parce qu'on n'obtient rien en claquant des doigts, Philomena va prendre du temps et travailler pour obtenir des choses - c'est la vie. Donc, vous pouvez essayer de formuler vos théories, les mettre en reviews si vous souhaitez les partager, mais je ne dirai rien tant que cela ne sera pas le moment :)

Mais oui, Flynn Fletcher arrivera bientôt (mais pas tout de suite), et cela sera complexe.

A bientôt !

Couture et jarre brisée by Sifoell
Author's Notes:

Et voici un nouveau chapitre sur ma petite Philo en vacances.

Et on en apprend un peu plus sur Jared, le super pote de Fortunat... Brrr...

Il y a d'abord des bruits de portes qui claquent, et aux voix de Jared et son père, Philomena comprend rapidement qu'ils sont bien saouls. Puis il y a comme des bruits de vaisselle, comme si une énorme caisse remplie d'assiettes était posée sur la table. La petite fille arrache à regret ses yeux du livre qu'elle a à peine commencé à lire, et promène son regard sur sa chambre. Le lit de bois au matelas antique poussé contre le mur dont la tapisserie se décolle par pans entiers. La table de nuit envahie de livres. La malle au bout du lit contenant toutes ses affaires de Poudlard, qu'elle n'a pas pris la peine de vider. La commode emplie de vêtements rapiécés – il faudra vraiment qu'elle s'en occupe, elle a appris plein de sorts dans le livre de couture que lui avait conseillé la gentille dame chez Mme Guipure. Philomena n'a aucune décoration dans sa chambre. Elle n'a pas de jouets non plus, n'en a jamais vraiment eu. Les rideaux sales et déchirés pendent désespérément, et sont légèrement agités par la brise froide venant du jardin. Philomena laisse toujours la fenêtre ouverte, parce qu'elle hésite entre l'odeur de renfermé et d'humidité qui règne à la maison, et entre celle, bien plus prégnante et écoeurante des eaux usées venant de dehors.

Philomena entend la petite voix de sa mère répondre à son père, et le rire gras de Jared retentir. Ce rire lui provoque des sueurs froides dans le dos.

« Et elle est où la petite ? » demande Fortunat.

Philomena se tend. Elle n'a aucunement l'envie de descendre voir son père dans cet état, qui plus est, accompagné par Jared. Elle sort alors de sa malle le livre de couture sorcière et le premier vêtement qu'elle attrape dans la commode, déterminée à s'occuper les mains et l'esprit. Elle déplie la robe d'enfant, trop courte pour elle, bien qu'elle ne soit pas bien grande. Philomena sourit, ça veut bien dire qu'elle a grandi un tout petit peu. C'est une robe toute simple, d'un bleu discret, avec quelques fleurs brodées sur le bas de la jupe, et des boutons tout du long. Elle est maintenant trop courte et trop étroite. Philomena tourne les pages une à une jusqu'à trouver le bon sortilège. Elle se met debout, s'entraîne à faire le mouvement dans l'air sans rien dire, puis à prononcer sans bouger. Quand elle est sûre d'elle, elle suspend la robe à un cintre, la déboutonne, et la voix et le geste assurés, lance le sort pour voir la robe s'allonger et s'élargir un peu. Pensant qu'elle est à la bonne taille, elle se déshabille et l'enfile rapidement, satisfaite. Mais elle remarque des traces d'usure au niveau des coudes, des épaules et de la ceinture. Philomena l'enlève alors, la suspend de nouveau au cintre, et se rhabille en claquant un peu des dents, ayant le choix entre l'odeur de renfermé de la maison, ou un peu d'air frais emmenant à l'intérieur celle, forte, des eaux usées. Mais elle y est habituée, et cela ne la gène pas plus que cela, même si elle se dit que quand elle retournera à Poudlard, elle prendra une douche sitôt arrivée, et demandera aux elfes de maison s'ils peuvent lui laver son linge. Leur savon sent si bon ! Une odeur de fleurs et d'épices.

Sa petite main tourne rapidement les pages, cherchant comment raccommoder les vêtements. Elle s'assoit sur le lit, réfléchissant entre l'idée de rajouter des pièces là où il y a des traces d'usure, ce qui veut dire qu'elle sacrifiera un de ses vieux vêtements, ou essayer le sort d'épaississement du tissu. Puis elle hausse les épaules. De toute façon, elle ne pouvait plus mettre sa robe trop petite, alors, perdu pour perdu, autant tenter. Elle trace dans l'air l'arabesque du sort, sans sa baguette restée sur le lit. Puis elle prononce en chuchotant l'autre formule. Une fois qu'elle pense les maîtriser, elle prend sa baguette, et soupirant, concentrée, la pointe sur l'épaule gauche et prononce d'une voix claire et le geste assuré le sortilège. Elle répète l'opération pour l'épaule droite, les coudes, et la ceinture. Une fois satisfaite, elle tâte de ses mains ce qu'elle a réparé, et se change de nouveau. Oubliant totalement ce qu'il se passe au rez-de-chaussée, elle déverrouille sa porte, file dans la salle de bain dont elle allume le candélabre, puis se regarde dans le miroir piqué de tâches. Insensible à son environnement et à cette maison qui aurait bien besoin d'une solide rénovation, elle se regarde dans cette robe bleue qu'elle ne met plus depuis plusieurs années, trouve que la couleur un peu sombre met en valeur son teint pâle et ses longs cheveux noirs réunis en deux nattes, et tourne sur elle-même, faisant voleter les fleurs au bas de sa robe. Elle sourit puis rit, les yeux pétillant, quand elle entend un fracas provenant d'en bas, et des cris. Alors, c'est comme si la petite bulle de verre dans laquelle elle s'était réfugiée venait de voler en éclat, et la baguette solidement tenue dans sa petite main, elle dévale les escaliers pour voir ce qu'il s'est passé.

Une fois en bas, la scène qui se déroule sous ses yeux lui rappelle tant d'autres scènes passées. L'immense corps de son père aviné est étalé par terre, entouré de bris de vaisselle et à côté de lui, sur ses jambes flageolantes, Jared essaie à la fois de conserver son équilibre et de le relever. Sa mère est à côté de la cuisinière, les yeux immenses et la main sur le cœur. La grosse poigne de Fortunat attrape le bras tendu de Jared qui essaie de le hisser, avec pour seul résultat de le rejoindre au sol, les mains sur les bris de vaisselle et le genou sur le ventre de Fortunat. Et ce que redoutait Philomena et Marjorie arrive : Fortunat, vexé de sa chute et de ne pouvoir se relever, lâche le bras de Jared qui est mort de rire sur lui, et son autre main se ferme en poing pour venir percuter le côté de la tête de Jared qui du coup ne rigole plus du tout.

Philomena fait le tour de la table, et d'un moulinet agacé du poignet, lance un sort d'attraction sur les bris de vaisselle qui viennent tous, à toute vitesse, sur la table devant elle, certains venant se ficher dans sa main tendue. Elle grimace, frotte ses mains l'une contre l'autre pour se débarrasser des éclats, va se rincer les mains et entourer sa main gauche d'un torchon humide.

« Qu'est-ce que tu viens de faire, ma fille ? »

La voix graveleuse de son père la fait se figer. Elle regarde alors par la fenêtre de la cuisine le jour qui semble ne jamais vouloir vraiment se lever, laissant le jardin et le parc derrière dans une lumière grisâtre avec quelques nappes de brouillard, ici et là.

« Je voulais t'aider, papa. Tu étais en plein sur le verre, et Jared aussi. Cela pourrait vous blesser. »

Philomena se retourne, et récupère sa baguette dans sa main, rencontrant le regard de son père où couve une colère prometteuse. D'un revers du bras, il vire Jared qui est toujours vautré sur lui, et agite les bras et les jambes pour se relever difficilement. Il a les avant-bras et les mollets plein de coupures.

« Tu crois que j'ai besoin d'une morveuse pour m'aider ? »

Philomena se fige de nouveau, comme une proie devant un prédateur qui lui tourne autour.

« Non, papa. Mais je ne voulais pas que tu sois blessé. »

Elle lance un regard dédaigneux vers Jared qui commence à s'agiter et se réveiller. Il y a une odeur forte de transpiration et d'alcool dans la cuisine qui fait froncer le nez de Philomena. Fortunat se baisse brutalement et hisse par le col Jared qui geint et se retrouve sur ses jambes sans trop savoir comment. Ses paupières s'ouvrent et se ferment dans l'effort de concentration qu'il fait. Philomena désigne les éclats de vaisselle puis regarde son père dans les yeux sans fléchir.

« Tu veux que je le répare ? »

Alors, Fortunat explose, vociférant, agitant ses bras, le pauvre Jared se tassant sur lui-même en se demandant encore où il est.

« Tu crois que je ne suis pas capable de le faire ! Alors, ça y est, ma fille est à Poudlard depuis deux mois et pense qu'elle est une meilleure sorcière ! »

Philomena a l'impression que son corps rétrécit, que son esprit se réfugie dans un trou. D'une petite voix, elle répond quand même à son père, ignorant l'exclamation de peur de sa mère à côté d'elle.

« Non, papa. J'ai besoin de m'entraîner, c'est pour ça que j'aimerai le réparer... »

Fortunat, les yeux lançant des éclairs et le sifflet coupé, semble chercher ses mots.

« Et ben vas-y, montre ce que tu sais faire, toi qui es à la grande école maintenant! »

Philomena acquiesce, ignorant son cœur qui bat sourdement, ignorant la respiration hachée de sa mère. Elle dessine d'un mouvement de baguette une volute en l'air et prononce un reparo. Tous les petits éclats de verre semblent vibrer un moment avant de se mettre à reconstituer une espèce d'énorme jarre, comme si chaque petite pièce d'un puzzle trouvait son exacte place. Philomena penche la tête sur le côté, se demandant ce qu'est ce truc. Les yeux de Fortunat se posent aussi sur la poterie, et elle est si semblable à ce qu'elle était avant de se briser, comme si rien ne s'était passé, que cela le met dans une rage folle. Il hurle alors, faisant sursauter tout le monde, et revenir à ses esprits Jared.

« Et ils sont où, mes gallions ? On te donne une bourse pour nécessiteux, tu me fais honte devant toute ton école, et tu ne me ramènes pas mes gallions ! »

Philomena blêmit, puis chuchote.

« Je vais te les chercher. »

A mesure qu'elle s'éloigne de la cuisine et grimpe les escaliers, elle a déjà l'impression de mieux respirer. Elle trouve sa trousse à ourlet sur son lit, et en sort la bourse avec les 115 gallions et quelques mornilles. Elle verse les mornilles dans la trousse, et descend avec la bourse dans la cuisine où l'atmosphère est de nouveau irrespirable. Sa mère, pauvre petite créature tremblante, n'a pas quitté sa place à côté de la cuisinière où la bouilloire se met à siffler sans que personne ne s'en occupe.

Philomena vide la bourse sur la table, et récupère les pièces qui roulent, qu'elle se met à compte et ranger par paquet de dix. Puis, elle regarde son père, pointe les tas de pièces, et les compte devant lui à voix haute.

« Ce qui fera 115. » dit-elle d'une voix assurée.

« Et le reste ? »

Les yeux marrons de Fortunat, flottant dans ses orbites, restent posés dans ceux de sa fille, qui déglutit.

« Le reste, tu l'auras à Noël. »

« A Noël, et pas avant ? Parce qu'on te nourrit et on te loge ici, je te le rappelle. »

« Je ne peux pas faire autrement. »

Elle reste droite et raide devant son père, presque rassurée d'avoir la table de la cuisine et cette fichue jarre entre eux. Sa mère est toujours à côté d'elle et s'est enfin décidée à s'occuper de la bouilloire, mais le sifflement persiste à l'oreille de Philomena. Même quand Jared, remis de son assommement, dit de sa voix traînante « Y a moyen que tu te fasses un peu d'argent avec elle », Philomena reste suffisamment concentrée sur son père pour l'ignorer.

« T'as fait comment pour gagner tout ça ? »

Philomena ne veut pas dire qu'elle a gagné un prix, sinon c'est fini, si elle en gagne d'autres, elle aura à peine le temps de recevoir l'argent qu'il le récupèrera de ses mains avides.

« J'ai trouvé des objets, j'en ai volé aussi, et je les ai revendus. »

La voix de Philomena a fléchi sur le mot volé comme si avouer cela était avouer qu'elle était bien la fille de Fortunat, qu'elle appartenait bien à cette foutue famille Fletcher, et que rien qu'elle ne fasse ne pourrait l'en laver. Fortunat émet un petit rire, puis ramasse l'argent qu'il met dans ses poches avant de rire de nouveau. Il fait le tour de la table et avec une force de gorille, presse sa fille contre lui. Philomena est complètement raide et ne rend pas son étreinte. Elle repense à ce qu'a dit Jared.

Qu'est-ce qu'elle ne l'aime pas...

End Notes:

J'espère que la lecture vous a été agréable, à bientôt !

Oh chouette by Sifoell
Author's Notes:

Bonjour tout le monde ! Et voici le dernier chapitre de Menteurs. Philomena est toujours chez elle pendant les vacances de la Toussaint.

Mention de violences à la toute fin.

Philomena compte les jours. Elle l'a toujours fait. Les jours qui restent avant de reprendre l'école, les jours qui restent avant les vacances. Les heures, aussi, parfois. Et le temps s'étire à la maison, comme s'il ne durait pas de la même manière à Bothwellhaug qu'ailleurs. Une sorte de lieu avec sa temporalité propre. Philomena est d'ailleurs sûre que sa mère ne ressent pas le temps de la même manière. Evidemment qu'elle ne le ressent pas de la même manière.

Alors, Philomena meuble ce temps, en lisant jusqu'à ce que ses yeux brûlent les Portraits de Poudlard. Elle apprend des choses intéressantes, bien que cela ne soit pas ce qu'elle cherche (elle ne sait d'ailleurs pas exactement ce qu'elle doit chercher). Elle apprend par exemple que le Chevalier au Catogan était un sorcier belliqueux qui adorait se mesurer à d'autres sorciers dans des duels voire même des joutes. La grosse dame, qui garde le dortoir des Gryffondors (elle n'y a jamais mis les pieds), était une femme de la Renaissance qui vouait une passion, comme ses contemporains, à l'Antiquité, et elle a révolutionné certaines recettes de cuisine sorcière. La majorité des portraits est peint du vivant des sorciers, et les directeurs de Poudlard enfermaient leur portrait dans un placard pour leur enseigner de leur manière d'être, des souvenirs. A leur mort, le portrait s'est tellement imprégné de ce qu'était le sorcier ou la sorcière qu'il représente qu'il peut agir presque comme son modèle. Presque. Cela fait rêver Philomena qui se demande par contre pourquoi le portrait de Flynn Fletcher est à Poudlard. Elle n'en a jamais entendu parler et sa mère n'a pas l'air de vouloir lui dire quoi que ce soit sur cet homme. Il reste alors à Philomena à réussir à amadouer suffisamment son père pour qu'il se livre à quelques confidences.

C'est pas gagné.

Soupirant, elle repose le livre et se frotte les yeux. Philomena n'a pas fini de lire l'épais ouvrage, mais par contre, elle le trouve très intéressant, bien plus que ceux que lui avait conseillé le professeur Ebony sur la gestion des émotions. Son esprit vagabonde vers ses découvertes. Les peintres magiques n'utilisent pas leur baguette mais un pinceau qu'ils ont ensorcelé et qui fait office, non seulement de pinceau, mais aussi de baguette, conférant au portrait peint des caractéristiques à la fois physiques et psychologiques du sorcier peint. Cela lui fait penser un peu à ce que le professeur Ebony lui a expliqué sur la légilimencie, mais appliqué à la peinture.

Encore une lecture qui soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses...

Elle en est là de ses réflexions quand une ombre vive à sa fenêtre la fait froncer les sourcils, et son cœur manque un arrêt quand elle reconnaît une petite chouette portant une bourse à la patte. Philomena se lève et va lui ouvrir. La chouette rentre comme un boulet de canon pour aller se percher sur le bois du lit de la petite fille. Elle gonfle ses plumes, hulule, avant de déféquer sur la couverture. Philomena serre les dents. Sale bestiole, même Chica quand elle était bébé ne faisait pas ça. Elle s'approche doucement de la petite boule de plumes grises aux yeux orange et décroche le parchemin qui tellement tellement plié que lui aussi ressemble à une boule. Elle le déplie doucement entre ses petits doigts et sourit quand elle reconnaît l'écriture de Daisy Miggens.


Bonjour Philomena,


J'espère que tu passes de vacances.

Le soir d'Halloween, j'ai été avec mes parents et mon grand frère faire un tour dans le quartier avec les enfants moldus pour aller chercher des bonbons. C'était trop drôle de demander un bonbon et de « menacer » de lancer un sort quand tu sais que les moldus pensent que c'est une blague mais que toi, tu sais que tu en es capable.

J'ai mangé tellement de bonbons que j'ai eu mal au ventre pendant trois jours. Et après j'ai eu mal aux dents et j'ai la peau de la langue qui pèle.

Christopher, mon grand frère, m'a du coup confisqué mes bonbons, mais je les voulais plus de toute façon. Je parie qu'il va tous les manger, parce que vu qu'il a 16 ans, il n'en a pas eu beaucoup avec les parents du quartier. Il fait tellement vieux, tu vois ? Mais moi par contre, j'étais déguisée en Catwoman, c'est le personnage d'un comics (c'est une bande dessinée moldue) qui est une cambrioleuse et qui a un peu les pouvoirs d'un chat. Presque que comme la professeur Mc Gonagall !

Gladys m'a déjà écrit deux fois, écris-moi vite !


A bientôt,


Daisy.


Philomena sourit à la lecture de sa lettre, et s'empresse d'aller lui répondre sur un rouleau de parchemin. Elle fait patienter la chouette qui est perchée sur son épaule et surveille tous ses faits et gestes d'un œil sévère. Mais une fois la plume trempée dans l'encrier, alors qu'elle est penchée sur sa commode, Philomena ne sait pas quoi écrire. Alors, elle s'invente des vacances. Elle raconte avoir fait le tour du village avec les deux enfants moldus et leurs parents, déguisés en sorcière, citrouilles et fantôme, alors qu'elle était déguisée en souris. Elle précise que ses oreilles accrochées sur son serre-tête ne bougeaient pas, parce qu'elle était avec des moldus. Elle songe au monceau de bonbons qu'ils ont récupéré dans les maisons alentours, tellement nombreux que son sac ne pouvait les contenir. Elle dit qu'elle a fait de la cuisine avec sa mère toute la journée, que son père a trouvé un nouveau travail, et que Philomena passe ses journées à jouer dans le jardin ou à lire. Elle précise qu'elle adorerait acheter un balai en deuxième année parce qu'elle prend de plus en plus confiance à voler, qu'elle sent qu'avant Noël elle pourra aller haut et vite dans l'air, et qu'elle n'aura plus peur. Et elle ponctue ce tissu de mensonge de sa plus belle signature, avant de le plier en tout petit et de l'accrocher à la bourse que porte la petite chouette.

Cette dernière la regarde avec des yeux presque suppliants, et, souriant doucement, Philomena va chercher un peu de la nourriture qu'elle garde pour Chica, trouve un bout de poulet un peu faisandé et le présente à la chouette qui le gobe comme un pélican. Puis, toujours perchée sur l'épaule de la fillette, elle étend ses ailes et en bat plusieurs fois, avant que Philomena la relâche de la fenêtre de la cuisine. Sa mère est là, assise à côté de son thé, fumant une cigarette devant un cendrier rempli à ras bord, les cernes bleus, la mine fatiguée.

« Tu as écrit à qui ? »

« A Daisy, c'est une amie qui est dans mon dortoir. Je lui ai dit que je passais de bonnes vacances et je l'ai aidée pour un devoir. »

Philomena ne peut s'empêcher de mentir. Elle ne peut rien dire de ce qu'il se passe à la maison parce que c'est triste à pleurer, et elle ne peut dire à sa mère qu'elle a menti à son amie parce que sa vie à la maison est triste à pleurer. Alors, Philomena ment à Daisy et à sa maman. Marjorie exhale un nuage de fumée qui lui fait briller les yeux, avant de conclure.

« Tu es une bonne petite. »

Philomena lui sourit avant de sortir dans le jardin malgré le temps épouvantable, pour aller jour avec Chica.


Les jours passent et se ressemblent, tous, aucun ne se détachant des autres en particulier. Son père rentre et sort de la maison, d'une humeur massacrante, avec ou sans Jared, avec ou sans Ding. Et sa mère ne bouge pas de la cuisine, si ce n'est pour passer dans la salle de bain ou aller se coucher quand Fortunat est ivre mort.

Philomena se souvient de ces longues journées à Poudlard où elle n'avait pas de nouvelles de sa mère, et se rongeait les sangs à son sujet, empoisonnant le dortoir ou la Grande Salle de ses peurs. Mais ici, elle ne fait pas cela. Ici, elle les maîtrise, ne montre rien de plus qu'un agacement. Souvent, quand elle fouille dans sa malle et tombe sur la baguette de sa mère, lui reviennent en tête ce qu'Ollivander avait dit à son propos : que la baguette de sa mère était attachée à sa maîtresse, et que si elle ne l'utilisait pas, personne ne pourrait l'utiliser. Et cela la met encore plus en colère.

Dans la semaine, Philomena a eu une très longue lettre de Gladys qui doit aussi avoir le pouvoir d'écrire tout en retenant sa respiration, qui lui décrivait avec beaucoup d'adjectifs à quel point Halloween avait été merveilleux. Mara et Lydia lui ont écrit qu'elles passaient de bonnes vacances toutes deux, que leur oncle Bertus n'était quasiment jamais à la maison, donc elles étaient tranquilles. Et Philomena a même eu la surprise d'avoir une lettre très courte de Lance. Comme elle ne s'y attendait pas, cette lettre lui a particulièrement fait plaisir.

Philomena passe ses journées à lire, prendre des notes sur ce qu'elle lit – Portraits de Poudlard n'a pas donné grand chose, et le livre sur les Etres de l'eau est bien trop compliqué, elle a du s'y reprendre à plusieurs fois pour commencer à étudier leurs langues. Et quand elle ne lit pas, elle essaie de profiter un peu de la présence de sa mère, tout en essayant au maximum d'éviter son père. Sinon, elle rêvasse à ce qu'elle pourrait faire de ses vacances si ses parents... Enfin. Si elle avait une autre famille. Donc elle ment. Elle ment à s'en arracher la langue à ses amis quand elle leur raconte ses vacances, elle parle de sorties en barque sur le lac, de confection de bouquets avec sa mère, qu'elle a appris à faire de nouveaux gâteaux, qu'elle s'amuse avec les enfants de ses voisins. Elle raconte tout ce qu'elle aimerait faire si elle avait une vie ordinaire, sauf que sa vie ne l'est pas.

Et la dernière semaine avant la reprise de l'école, alors que Philomena profite de dormir un peu le matin, un fracas de verre brisé et des cris la réveillent brusquement, et elle met quelques instants, sortie de son rêve, à se demander où elle est et surtout ce qu'il se passe. Elle rejette les couvertures, s'extirpe du lit, attrape sa baguette, et trotte pieds nus sur le plancher avant de dévaler les escaliers à toute vitesse.

« L'est où ? » braille son père, débraillé et les yeux injectés de sang, piétinant les morceaux de la boîte à sucre. Sa mère, échevelée et se tenant la pommette, est recroquevillée contre les pierres de la cheminée.

« L'est où ? » insiste son père.

« Il est où quoi ? » demande Philomena en forçant un peu trop sur sa voix au vu du regard que lui lance son père.

« L'argent ! L'est où ? » répète-t-il en se retournant de nouveau vers sa femme, toute petite et terrorisée.

Philomena reconnaît au sol les débris de la boîte à sucre qui contient normalement l'argent de la semaine pour les courses. Sa mère l'a toujours mis là. Elle se faufile à côté de son père, se mettant entre sa mère et lui, et lève ses yeux sur l'immensité de son père.

« Viens, je vais t'aider à le chercher. Fais attention au verre, tu vas te couper. Maman, va préparer un thé. »

Couinant presque, Marjorie Fletcher s'extirpe de derrière sa fille et file vers la cuisinière et la bouilloire.

Philomena prend de sa petite main la grosse paluche de son père et le regarde comme si elle apprivoisait une bête sauvage. Elle tâte sa poche à la recherche de sa baguette.

« Tu veux que je répare le pot à sucre ? »

Fortunat s'appuie sur la table pour conserver son équilibre, et se renfrogne. Il devient tout rouge et semble sur le point d'exploser.

« D'accord, papa. Je prends le balai. Assieds-toi, quand j'aurai tout ramassé on va chercher l'argent. »

Son père se laisse tomber sur la chaise qui grince atrocement, et Philomena marche sur la pointe des pieds à la recherche du balai et de la pelle. Elle passe un coup, ramasse les débris, et les met de côté sans les jeter, pour les réparer plus tard. De toute façon, son père aura oublié. Sa mère s'affaire à préparer un thé, les mains tremblantes, pâle comme un linge. Philomena jette un œil à son père puis se tourne vers sa mère.

« Il est où l'argent ? » murmure-t-elle le plus doucement possible.

Le regard de Marjorie se pose sur la cheminée. Philomena sait qu'il y a une pierre descellée où elle cachent souvent quelques pièces sinon Fortunat prendrait tout et Marjorie n'aurait plus d'argent pour les courses.

« Tout ? »

Marjorie secoue la tête et étend deux fois ses mains devant elle. 20 gallions.

« Le reste ? »

Son regard se dirige vers la large silhouette de Fortunat. Sa respiration se fait plus courte. Si son père ne récupère pas d'argent, elles vont le sentir passer. Déterminée, elle se tourne vers sa mère et marmonne.

« Reste là. »

Philomena s'approche doucement de son père. Elle s'agenouille et lui prend la main.

« Papa, tu as besoin de l'argent pour quoi ? »

Fortunat frotte de sa grosse main ses yeux rougis. Il est tellement nerveux que ses jambes s'agitent toutes seules.

« C'est à moi, c'est tout... »

Philomena soupire, baisse les yeux...

« L'argent était dans le pot à sucre, n'est-ce pas ? Tu es sûr que tu ne l'as pas pris quand tu es reparti avec Jared et la jarre ? »

Elle relève les yeux, incertaine, vers son père qui a le regard lointain, fouillant visiblement dans sa mémoire. Les yeux marrons de son père retrouvent les siens, et son visage blanchit d'un coup. Philomena se recule alors vivement, mais ne peut éviter le revers qui vient la cueillir au visage et l'envoyer durement contre les pierres de la cheminée. La petite fille voit quelques étoiles, et cela siffle dans ses oreilles. Quand cela se calme au bout de quelques secondes, sa mère est en train de crier, alors que son père la frappe au visage. La bouilloire continue de siffler, donc cela n'était pas que dans ses oreilles, et Philomena se relève en grimaçant. Elle sent sa joue brûler et sa robe coller à son dos. Le temps de recouvrer ses esprits, et la peur de Philomena l'envahit comme une vague, déferlant et nettoyant tout sur son passage, jusqu'à ne plus se contenter de son petit corps, jusqu'à déborder d'elle et envelopper son père et sa mère. Et Philomena reste là, debout, ses yeux refusant de voir ce qu'ils voient mais y assistant quand même.

« Stop ! » crie-t-elle.

Elle attrape le bras de son père et tire dessus, mais cela a autant d'effet que d'essayer de déraciner un arbre à mains nues. Philomena recule alors et tâte alors sa poche et empoigne sa baguette qu'elle pointe sur son père.

« Wingardium Leviosa » assène-t-elle, ne sachant pas que faire d'autre, son esprit ralenti par le choc et par sa peur.

Le corps immense de Fortunat frémit, il se retourne vers sa fille qui a les yeux exorbités, avant de perdre pied et de se mettre à flotter dans l'air, vociférant, et les poings fermés. La baguette toujours tendue vers son père, Philomena tend son autre main vers sa mère.

« Viens, maman. »

« Fais-le descendre de là, Philo » couine Marjorie.

« Non, mais tu plaisantes ? »

Toute concentration perdue, Philomena regarde sa mère qui a un air au moins aussi choqué qu'elle sur le visage.

« Fais-moi descendre, qu'elle te dit ! »

Philomena serre les dents et abaisse sa baguette un peu trop brusquement sur le sol, faisant tomber son père comme un sac de patates. Tout ce qu'elle veut, à présent, c'est s'enfuir.

« Maman, on s'en va. »

Marjorie ne répond rien. Philomena insiste, sa voix partant dans les aigus.

« Maman ! On s'en va ! »

Fortunat se lève, immense et vacillant, avant de grogner entre ses dents.

« N'utilise plus jamais ça sur moi. »

Et ils restent tous là, figés comme des acteurs à la fin d'une scène, pendant que les lumières décroissent progressivement jusqu'à s'éteindre.

End Notes:

Bon. Ben. Voilà. Il y aura pire parfois, mais il y aura mieux aussi.

N'hésitez pas à laisser une review si vous le souhaitez (cette fic ne va pas faire que parler de violences intra-familiales, mais elles seront présentes, parfois. Et Philomena ne va pas s'y habituer, mais devra s'y confronter. Je ne serai pas forcément ultra descriptive de ce qu'elle vit, mais c'est un passage obligé de son background selon moi, et cela va participer à sa construction en tant que personnage. Je préviendrai à chaque fois en note de début de chapitre, au cas où certaines sensibilités trouvent ces passages très difficiles.

A tout bientôt ;)

La femme qui murmurait à l'oreille des Bulbobulles by Sifoell
Author's Notes:

Bonjour, bonjour,

Voici le tout nouveau tout beau chapitre sur les aventures de Philo.

Je vous souhaite une bonne lecture !

Quand la maison est menaçante, le jardin est son refuge. Il est exactement comme elle l'aime : sauvage, les plantes laissées libres de croître comme elles le souhaitent. Elle intervient très peu dans l'entretien du jardin, déplaçant juste à l'occasion une plante qui dépérit, trouvant une place au soleil à cette pauvre chérie. Et tout le temps, Marjorie leur parle, à ses plantes. Elle ne parle pas d'elles comme si elles lui appartenaient, comme si elles étaient ses possessions, mais elle parlent d'elle avec déférence, respect et amour, parce que trop souvent, elle ne peut montrer ces sentiments qu'à ces plantes. Alors, quand Fortunat sort en titubant, il trouve souvent sa femme à quatre pattes par terre en train de raconter ses secrets à toutes ces belles plantes vertes qui lui prêtent une oreille attentive, qui s'épanouissent, se font belles, pour donner à Marjorie un peu de ce qu'elle leur donne.

Et Philomena est assise sur le porche, à l'arrière, celui qui donne sur le jardin ensauvagé. Elle se lève en grimaçant pour laisser de la place à son père qui vient profiter des derniers rayons de soleil. La voix de Fortunat résonne, dans la plus pâle imitation d'une excuse qu'il puisse offrir.

« J'les ai donnés à Jared, les gallions. Pour une affaire. »

Marjorie se fige, toujours à quatre pattes dans ses plantes, et Philomena est immobile aussi, ses bras se refermant autour d'elle pour essayer de gagner un peu de chaleur sur son gilet trop fin.

« Quelle affaire, papa ? »

Fortunat pose ses yeux injectés de sang sur sa fille, qui est si petite et si menue, et lève son visage sérieux vers lui.

« Une affaire entre lui et moi, c'est tout. »

Philomena acquiesce, agacée, et détourne le regard. Son père vient de dire qu'il ne leur reste que les vingt gallions que sa mère a caché derrière la pierre descellée de la cheminée. Fortunat regarde sa femme.

« Tu nous fais quoi de bon pour ce soir ? »

« Oh, papa, tu ne veux pas que je te prépare à manger ? »

Philomena lui adresse un sourire, un de ces sourires creux qui ne lui dessinent pas de fossettes et n'éclairent pas ses yeux. Mais Fortunat mord à l'hameçon et suit sa fille d'un pas lourd.

« Et tu ne veux pas que je répare un peu ce qui est cassé avec ma baguette ? »

Non. Visiblement non. Donc elle va bien attendre qu'il s'en aille demain ou plus tard, pour réparer la casse. Elle marche dans la cuisine en évitant le tas de verre brisé, et fouille dans les placards à la recherche de pommes de terres et d'autres légumes. Pas de viande. Pas de poisson. Mais elle a de quoi faire un accompagnement et même un dessert si elle se dépêche. Fortunat s'assoit alors à table et allume sa pipe, et Philomena fronce le nez devant l'odeur forte du tabac. De temps en temps, elle regarde sa mère qui est toujours dans son jardin en train de s'occuper de ses plantes, malgré la nuit et le froid qui tombent, et sa robe fine. Pinçant les lèvres, Philomena met de l'eau à chauffer pour la bouilloire aussi, tandis que Fortunat ne la quitte pas des yeux, elle sent son regard dans son dos.

« Viens-là, ma fille. »

Philomena se tend légèrement, a un temps d'arrêt et s'approche de son père. Elle le dépasse à peine alors qu'elle est debout et lui assis. Il a un regard un peu triste. Il lui effleure la joue et elle reste immobile.

« Tourne-toi. »

Philomena serre juste les dents, c'est le seul signe de stress qu'elle peut montrer, le plus discret. Elle sait qu'il a remarqué sa robe tâchée de sang qui colle à son dos. Elle s'est écorchée sur le côté quand elle s'est pris le montant de la cheminée, et sa robe est sans doute déchirée, mais cela elle pourra s'en occuper. Philomena se tourne et a des petits sursauts quand la grosse main de son père, avec la délicatesse qu'il peut avoir parfois, effleure la tâche, écarte un peu les pans du dos déchiré de sa robe. Il exhale un soupir avec une espèce de gargouillis, et Philomena se retourne de nouveau pour lui faire face, et, ne supportant pas de voir son père en train de pleurer, ne comprenant pas qu'il se mette dans des états pareils, alors que c'est si régulier que ce n'en est plus une surprise, elle se jette dans les bras de son père et le serre fort dans ses bras frêles.

Le reste de la soirée se passe bien, son père étant suffisamment conscient pour regretter ce qu'il leur a fait aujourd'hui. Mais il regrette toujours, et ça recommence quand même. Philomena se demande parfois, dans sa naïveté enfantine, dont elle est bien consciente, s'il y a une infime possibilité que son père change. Ou que sa mère le quitte, et elle la suivra.

Philomena sachant se faire discrète essaie de rester traîner dans le salon quand son père y est. Elle veut absolument savoir ce qu'il a pu faire de 95 gallions comme ça. Quasiment la totalité de son prix aux énigmes de la Gazette. Quasiment la moitié de sa bourse. Mais elle sait qu'elle ne peut pas ouvertement le demander à son père qui va s'énerver immédiatement. Parce que c'est ce qu'il fait toujours. Sa mère et elles sont toujours à marcher sur des œufs, adaptant leur comportement, leur conversation, la manière dont elles peuvent sourire, à l'humeur de son père. Et même en son absence, sa mère n'arrive pas à dire quoi que ce soit au sujet de cette vie de famille qu'elle connaît depuis toujours.


Deux jours plus tard, Philomena reconnaît la voix de Ding. La discussion est animée, en bas, et Philomena pousse ses livres, saute de son lit, et enfile ses chaussures pour descendre les escaliers.

« Ah, la petite fouineuse ! » l'accueille Ding, qui est toujours aussi mal rasé et traîne derrière lui une odeur de tabac rance.

« Bonjour Mondingus »dit Philomena en se hissant sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue qui pique.

« L'appelle pas comme ça, Ding. C'est une bonne petite, ma fille » le rabroue Fortunat qui partage la même tignasse rousse, la même odeur, et le même air négligé.

Philomena sourit au compliment de son père, ils sont si rares, elle les garde précieusement dans sa mémoire. Mondingus donne alors quelque chose dans la main de son père, qu'il enfouit directement dans sa poche. Philomena a bien suivi le mouvement, a vu quelque chose de vaguement argenté, mais rien d'autre. Elle soupire.

« T'as réparé la jarre, ma fille ? »

Elle se tend un peu mais ne peut qu'acquiescer devant l'évidence.

« C'est bien. »

Elle se détend imperceptiblement. Elle n'a pas vraiment le souvenir de voir sa mère utiliser sa baguette ou user de magie à la maison, et son père est tellement médiocre en sortilèges, s'il l'y autorise, elle pourrait leur donner des coups de main à la maison avec ce qu'elle a appris. Alors elle sourit. Puis, soudain, Mondingus étant là, la question sort sans qu'elle ne puisse la retenir.

« Vous connaissez Flynn Fletcher ? »

Les silhouettes se figent, et Mondingus se tourne vers Fortunat, comme s'il était le seul à pouvoir apporter une réponse.

« Pourquoi ? »

Les yeux marrons de Fortunat sont fixés sur sa fille, sa mâchoire se crispe et ses poings se serrent. D'un petit filet de voix, elle répond alors.

« Le Choixpeau m'en a parlé, ainsi que de Mondingus. Mais je ne connais pas de Flynn Fletcher. Il fait partie de la famille ? »

Philomena a l'impression d'arrêter de respirer. Elle remarque sa mère qui revient du jardin et s'est arrêtée sur le seuil de la porte, le tablier plein de pommes de terre tardives. Ses yeux sont immenses aussi, et suppliants. Mais c'est trop tard, Philomena a déjà posé la question.

« Laisse-le où il est Flynn Fletcher. Il n'existe plus pour nous. »

Son père a un regard blessé, et à son agitation, Mondingus ne sait clairement pas que dire ou que faire. Alors, le petit homme nerveux tente une blague qui tombe complètement à plat.

« Ah, pas pour rien que je l'appelle la petite fouineuse ! »

Philomena sourit et remonte aussi sec dans sa chambre, et souffle un grand coup quand elle referme la porte et s'appuie dessus en grimaçant. Il n'y a pas de doute, Flynn Fletcher fait bien partie de la famille. Et c'est allongée au milieu de ses livres épars, tous ouvert sur ce qu'elle lisait avant de descendre, que Philomena sort sa montre à gousset de sa trousse à ourlet qui est toujours dans sa ceinture. Elle remonte trois fois le bouton et se replonge dans les livres qu'elle a emprunté à Poudlard.


Le vendredi, alors qu'il ne lui reste que le week-end avant de reprendre le chemin de l'école, Philomena a lu les trois livres sur les portraits. Et forcément, elle n'a rien trouvé sur Flynn Fletcher. Elle a quand même appris plein de choses sur ces portraits : qui sont les personnes peintes, leurs affinités, leurs centres d'intérêt, ce qui peut donner des indices lorsqu'ils sont les gardiens de passages secrets ou d'entrée de dortoirs. Elle a aussi appris que les peintres mages représentent ces personnes de leur vivant. Ils peuvent peindre avec des pinceaux qu'ils ont ensorcelé ou avec leur baguette qu'ils ont métamorphosé en pinceau. Les pigments eux-mêmes peuvent être ensorcelés ou provenir de terres qui sont souvent le terreau de plantes magiques ou le terrier de créatures. Elle apprend ainsi que le terra cotta sorcier provient d'une île incartable à côté de l'île d'Arran, et que ce pigment permet de travailler sur la couleur de la peau des sorciers. Une fois le portrait fini, les sorciers l'enferment dans un placard et lui enseignent la manière dont il doit se comporter, parler. Ainsi, certains portraits peuvent voyager de tableau en tableau, retenir des tirades de théâtre, tenir une conversation, alors que d'autres ne font que cancaner faute d'avoir pu bénéficier d'un enseignement suffisant, sont imparfaits.

Cela est intéressant, mais ne répond pas à sa question. Alors Philomena se souvient... Le portrait qui ne peut parler à cause de la statue, c'est ce qu'elle a cru comprendre et elle en mettrait sa main à couper. Flynn Fletcher qui montre l'Etre de l'Eau et qui lui dit qu'il est la solution pour le trouver lui.

Agacée, les engrenages de son esprit tournant à plein régime, elle ferme brusquement les livres sur les portraits et les laisse tomber dans sa malle, avant de le regretter et d'avoir une pensée pour Mme Pince. Philomena retourne sur son lit et ouvre le livre sur les Êtres de l'Eau. Elle jette un œil par la fenêtre, la luminosité n'a pas encore baissé, et regarde le cadran de sa montre à ourlet. Si elle ne se trompe pas, elle a le temps de bien entamer ce livre aussi. Mais elle a à peine le temps d'ouvrir son lit qu'elle entend un coup à la fenêtre, et qu'une chouette si blanche qu'elle en paraît délavée cogne au ralenti au carreau. Philomena lui ouvre, et, sitôt plus proche de la montre, les ailes blanches et grises se mettent de nouveau à battre normalement, et le bec claque. La petite fille décroche la bourse de sa patte, mais elle ne reconnaît pas l'écriture. Par contre, le nom qu'elle lit lui amène directement les larmes aux yeux.

C'est la mère de Willow qui a écrit sur l'enveloppe. A l'intérieur, une courte lettre d'une écriture penchée. Une plume à papote, sans doute, Philomena reconnaît ces écritures similaires comme sur la lettre de Poudlard. Elle ouvre rapidement la lettre, ses mains tremblent un peu.


Philomena,


Je peux enfin t'écrire, je suis désolée de ne pas l'avoir fait plus tôt, mais je reviens juste de l'Hôpital.

J'aimerai que tu restes quand même mon amie quand je vais revenir à Poudlard, parce que je ne vois plus. Papa et maman sont très inquiets sur la manière dont je vais continuer mes études, et ils se demandent si cela sert bien à quelque chose qu'une aveugle aille à l'école. Mais je leur ai dit que je voulais continuer à étudier, et je sais que je ferai quelque chose de ma vie et qu'elle sera belle.

Parce que tu m'aideras, Philomena. Si tu le souhaites.

A lundi,


Willow Seed.


Les mains tremblantes et les larmes s'écoulant de ses yeux, Philomena relit et relit encore la lettre de Willow. D'un côté elle est soulagée d'avoir enfin de ses nouvelles, mais de l'autre, ces nouvelles la terrifient et la rendent tellement triste pour son amie.

Et elle se souvient de ce moment hors du temps où, après un cours de balai, Willow était restée regarder le soleil couchant, disant que c'était une des dernières fois qu'elle pouvait le faire. Un frisson la parcourt alors.

Willow le savait.

End Notes:

J'espère que la lecture vous a été agréable, à bientôt !

La liberté et l'inquiétude by Sifoell
Author's Notes:

Bonjour tout le monde,

J'espère que vous avez passé un agréable Noël, et que vous passerez un agréable réveillon du Nouvel An !

Voilà sans doute le dernier chapitre de cette année pour Philo, qui va retourner tranquillement à Poudlard.

Mais, c'est déjà un périple d'y aller, quand on fait partie de la famille Fletcher !!!

A chaque fois qu'elle part de la maison, Philomena ne peut s'empêcher de s'inquiéter, encore et toujours, de laisser sa mère seule avec son père. Comme si sa seule présence diluait la colère de Fortunat, le distrayait de la seule autre personne susceptible de la recevoir. C'est pour cela que Philomena ne va que rarement se promener. Quand elle est à la maison, elle est à la maison. Et quand elle est à Poudlard, son univers s'étend, mais son inquiétude aussi. Comme si l'un n'allait pas sans l'autre. La liberté et l'inquiétude.

Et cette fois, encore, personne ne va l'accompagner à Londres pour prendre son train. Parce qu'elle n'a pas remboursé les 200 gallions à son père. Parce que son père a désespérément besoin de cet argent, il doit avoir des dettes quelque part, et il a peur, de cela, Philomena en est sûre. Dans quoi s'est-il encore fourré ?

C'est avec sa malle pleine, Chica sur son épaule, et un torchon contenant quelques sandwiches que Philomena dit au revoir à sa mère. Son père est sorti et ne lui a pas dit au revoir. Cela aussi, c'est habituel. Ce qui l'est moins, c'est qu'il est parti depuis la veille. Marjorie a de belles cernes, elle est inquiète, tout en elle le montre, mais elle ne le dit pas. C'est avec Jared, à grands renforts de chuchotements alcoolisés et de tapes dans le dos qu'ils sont partis la veille de la maison, alors qu'il faisait déjà nuit. Mais d'habitude, il rentre.

Philomena, avec un air de défi dans le regard, tend à sa mère la baguette qui lui appartient.

« Tu m'appelles le magicobus, maman ? »

Marjorie regarde avec un air d'envie sa baguette dont elle est privée depuis la rentrée de septembre, mais renonce immédiatement, comme elle renonce toujours.

« Papa n'en saura rien. »

Sa mère lève les yeux sur elle.

« Ça suffit, Philomena. Appelle-le toi-même, le magicobus. Tu es capable de le faire. »

« Ce n'est pas comme si j'avais vraiment le droit de faire de la magie, maman. Je n'ai que onze ans. »

« Personne n'en saura rien, tu es dans une maison avec deux sorciers. Le service des accidents magiques ne se déplace jamais pour ça, et tu le sais. Alors, tu arrêtes et tu m'appelles ce magicobus. »

Philomena se tait, la regarde, réfléchit un peu.

« Garde ta baguette, au moins, maman. Monsieur Ollivander m'a dit qu'elle t'a choisie et t'est fidèle. Personne d'autre ne peut l'utiliser. J'ai essayé, en début d'année, elle refuse de m'obéir parce que c'est toi qu'elle a choisi, et pas moi. »

La petite fille tend la baguette à sa mère, mais Marjorie la repousse fermement.

« Tu vas être en retard. Dépêche-toi. »

La peur de sa mère et sa révolte à elle. Toujours. Philomena soupire et dépose la baguette esseulée dans la malle avant d'embrasser sa mère et d'appeler le magicobus. Elles attendent quelques minutes et le bus à trois étages d'un violet fluorescent pile devant elles. Philomena, à regret, détache ses yeux de sa mère et regarde Stan Rocade senior.

« Bonjour, vous pouvez m'aider avec ma malle ? Je n'ai pas le droit d'utiliser ma baguette, et de toute façon je ne connais pas le sort. »

Stan découvre ses cheveux gris de sa casquette et s'incline.

« Bonjour mademoiselle. Tu as déjà pris le bus pour la rentrée à Poudlard, non ? »

« Oui, monsieur. »

Il renifle.

« Cela fera onze noises. »

Philomena sort des pièces d'argent de sa trousse à ourlet sous les yeux de sa mère qui s'agrandissent et les tend à Stan Rocade senior. Il les remet à Ernie, puis agite sa baguette en marmonnant « Wingardium leviosa », et la lourde malle vient cogner le genou de Philomena qui se le frotte alors que Chica qui est sur son épaule râle, puis la suit dans le bus. Il y a déjà un sorcier qui ronfle sur le siège du fond. Stan installe la malle en plein milieu.

« Et c'est parti pour King's Cross, mais on s'arrête d'abord à Camden pour le monsieur du fond. »

D'expérience, Philomena s'assoit vite et se cramponne à la barre. Le bus démarre en trombe et la petite fille n'a pas le temps de dire au revoir à sa mère qui est déjà un petit point qui rapetisse au bout du chemin. Le voyageur du fond émet un autre ronflement et Philomena aperçoit dans l'amoncellement d'écharpes qui entourent son cou une touffe de cheveux roux dépasser.

« Mondingus. »

Philomena se lève, et Chica s'envole en caquetant pour se poser sur une des barres et criailler sa colère. Accrochant ses mains à une barre puis à une autre pour éviter de se faire propulser dans tous les sens, Philomena se laisse tomber à côté de Mondingus. Elle lui met un bon coup de coude dans les côtes, puis un deuxième tellement le sorcier a entassé de manteaux et de gilets sur lui. Pourtant, il ne fait pas si froid que cela, et Philomena s'inquiète du bruit métallique qui vient des manteaux. Agacée parce qu'il continue de ronfler, la petite fille empoigne les deux pans d'un manteau et se met à le secouer de toutes ses forces. Il doit porter une sacrée quincaillerie vu le bruit qui s'échappe de ce sac de boulons.

« Ding ! » l'appelle-t-elle.

Il s'agite enfin, et marmonne, essayant d'ouvrir les deux yeux en même temps.

« Quoi qu'est-ce que c'est qui c'est ? »

« Ta cousine préférée. »

Les deux yeux marrons sont maintenant parfaitement ouverts, et Ding regarde le visage en forme de cœur de Philomena.

« Philo ? »

« Oui. Papa est où ? Il est parti hier avant la nuit et n'est pas rentré. »

Elle regarde dehors, où la nuit tombe déjà. Devant l'absence de réponse de Mondingus, elle insiste.

« Ca fait un jour, Mondingus. Tu sais où est papa ? »

Le jeune homme semble hésiter, son front barré de plis soucieux, ou plutôt de plis de réflexion, parce que vu son haleine chargée, le fait qu'il sache son propre nom relève déjà d'un exploit.

« Avec Jared pour une affaire. »

« Quelle affaire ? Quelle affaire, Mondingus ? »

Il soupire, regarde les grands yeux noirs et déterminés de la petite fille, semble peser le pour et le contre, et le pour de nouveau, et quand la balance est équilibrée, quelque part dans son esprit, sa main vient fourrager dans ses poches.

« Ça. »

Il tend sa main fermée à Philomena et lui dépose quelque chose dans sa main. Elle l'ouvre, et dedans il y a une espèce de toupie colorée avec une petite ampoule.

« Scrutoscope. C'est un détecteur de magie noire ou de mauvaises intentions. »

Il lui adresse un clin d’œil. Le magicobus pile alors et Ernie braille.

« Camden pour le monsieur du fond ! »

« Il va jusqu'à King's Cross, aussi, monsieur. Désolée, on aurait du vous le dire plus tôt. Il va m'accompagner au Poudlard Express. »

Mondingus tourne la tête vers Philomena.

« Ah oui ? »

« Oui ! » affirme la petite fille. « Tu vas m'aider avec ma malle. »

Philomena fulmine et Mondingus enfonce sa tête dans ses épaules.

« Pas jusqu'au train » marmonne-t-il.

Philomena regarde le Scrutoscope sous toutes ses coutures.

« Je me suis démenée, Mondingus, pour essayer de rembourser le maximum de la Bourse que j'ai obtenu à papa. Et aussitôt en poche, il donne l'argent à Jared qui achète tous ces trucs-là que toi tu récupères ? Tu vas en faire quoi ? »

La main de Mondingus fuse vers le Scrutoscope, mais Philomena ferme ses doigts autour de l'objet.

« Je crois pas non, je l'ai, je le garde. Tu te débrouilles avec Jared et papa. »

Philomena enfourne le Scrutoscope dans sa trousse à ourlet, et le regard de Mondingus le suit à regret.

« Vous avez bien conscience qu'un de ces quatre vous allez encore vous faire arrêter ? »

Mondingus lève alors les yeux vers la petite fille. Il esquisse un sourire confiant. La voix d'Ernie retentit alors.

« King's Cross pour les deux voyageurs ! »

Philomena se lève, fulminant.

« Tu m'aides jusqu'à la voie 9 ¾, après je me débrouille... »

Mondingus se lève alors, impressionné par cette toute petite fille qui a quelque part le tempérament emporté de son père. Et Mondingus est comme ça. Si quelqu'un a suffisamment d'autorité, il a l'ascendant sur lui, et Ding peut le suivre n'importe où. Ça, et il tient quand même une sacrée gueule de bois, aussi. Et puis, il culpabilise peut-être un peu. Si la gamine a réussi à apporter à son père quasiment 100 gallions, elle doit savoir ce qu'elle fait. Le bus pile et ils s'accrochent où ils peuvent pour éviter de se retrouver collés contre les vitres. Chica vole partout dans le bus en criaillant, et elle en chie d'agacement sur Stan Rocade senior qui n'en voulait pas tant. Il essuie son épaule d'un geste dégoûté, renifle, et ouvre la porte du bus. Mondingus fait léviter la malle qui suit Philomena. Arrivée sur le trottoir, elle s'arrête et le regarde comme s'il était particulièrement stupide. Entre ses dents, elle murmure.

« Un sort de discrétion, il y a plein de moldus, ici... »

Mondingus ressort sa baguette et lance le sort avec l'air d'un enfant pris en faute. Non, vraiment, il n'aurait pas du picoler autant. Les passants s'éloignent imperceptiblement d'eux, comme l'eau sur les rochers, et la petite fille fend la foule, sa pie fermement accrochée à son bras, suivie par une malle qui avance toute seule et un homme à la démarche chancelante et qui ne sent pas bon. Ils traversent toute la gare, et Philomena attrape un chariot à bagage quand elle arrive sur le quai, et y pousse sa malle qui lévite encore.

« A bientôt Mondingus, et merci. »

Mondingus reste planté là, voulant dire quelque chose, mais il ne sait pas quoi. Alors il hausse les épaules, et s'en va en mettant ses mains dans ses poches, avec un bruit de quincaillerie. Philomena le regarde s'éloigner et pousse son chariot dans le pilier situé entre la voie 9 et la voie 10, pour arriver sur le quai bondé. Elle demande pardon, reconnaît quelques têtes qui se détournent d'elle. Elle se remémore la première fois où elle est venue sur ce quai, deux mois auparavant, un peu impressionnée, mais chasse vite ce souvenir quand elle reconnaît la silhouette longiligne et les cheveux délavés de Willow. Son cœur manque un battement et elle l'appelle, d'une voix sans doute un peu trop aiguë.

« Willow ! »

La petite fille se retourne, blanche et les yeux délavés qui semblent regarder à travers tout. Philomena réprime son frisson, abandonne son chariot et court vers Willow avant de s'arrêter. Les mains de Willow la cherchent devant elle, et elle les saisit, et d'un même mouvement, elles se retrouvent dans les bras l'une de l'autre, serrées à s'étouffer. Quand elles se séparent, Philomena regarde ce visage pâle, dénué de toute tâche de rousseur ou de tout grain de beauté, ses sourcils fins, ce nez droit et ses lèvres fines. Les cheveux de Willow sont lâchés, d'un châtain tirant sur le blond, en rideau devant elle. Et les mains de Willow s'envolent vers le visage de Philomena, tâtant du bout des doigts l'arrête de ses mâchoires, son petit nez pointu, ses pommettes hautes, puis elles se posent sur le sommet de son crâne un instant et Willow sourit, la blancheur de ses dents ajoutant à son côté pâle et transparent. Ses yeux ont éclairci, se sont voilés.

« Mon amie... »

Un raclement de gorge les distrait, et Willow se tourne vers son père et sa mère, tout aussi pâles qu'elle, mais sans doute pour d'autres raisons.

« Maman, papa, je vous présente Philomena. C'est à elle que tu as écrit, maman. »

Les deux parents paraissent incroyablement gênés et Philomena ne comprend pas pourquoi.

« Bonjour, Philomena. Nous pouvons te confier Willow ? »

La maman essuie une larme d'un mouvement absent tandis que le père piétine sur place. La petite fille acquiesce.

« Bien sûr. »

Alors, précipitamment, Monsieur puis Madame Seed se baissent vers leur fille et lui embrassent la joue avant de dire au revoir et de se noyer dans la foule présente sur le quai, laissant les deux petites filles là, Philomena ne sachant pas du tout qu'en faire ou qu'en penser.

« Je t'avais dit, Philomena. Ils ne savent pas quoi faire de moi. Mais c'est pas grave, c'est comme ça. Tu viens ? J'ai envie d'acheter des dragées surprises. »

Philomena attrape la main de Willow et grimpe dans le train, trouve un compartiment libre, y laisse Willow s'assoir et retourne chercher sa malle.

« Mes affaires sont déjà dans le train, Philomena. Papa les a montées. »

Philomena sourit.

« Je reviens tout de suite. »

Elle part récupérer sa malle qui flottait au-dessus du chariot, et quand elle revient dans le compartiment de Willow, Chica perchée sur son épaule, elle reconnaît les têtes de Gladys, Daisy et Mara. Avant de comprendre quoi que ce soit, Philomena passe de bras en embrassades, les filles racontant leurs vacances avec animation, et entourant Willow qui sourit béatement. Philomena s'assoit alors, et entrent ensuite les garçons. Scott, Travis et Royston.

Le trajet est long, et les filles n'arrêtent pas de poser plein de questions à Willow, sur sa cécité, comme elle l'a vécue, si ce n'est pas trop dur, et que oui, elles l'aideront parce qu'elles sont ses amies. Mara est un peu en retrait, et les garçons sont l'un à côté de l'autre, un peu gênés. Willow répond à toutes les questions de sa voix éthérée, lointaine, comme si elle assistait à tout ça mais que cela ne la concernait pas vraiment. Philomena a la pensée fugace que c'est très bien que les filles s'intéressent à Willow et non à elle. Elle a écrit tellement de choses différentes dans les lettres qu'elle serait bien en peine de savoir quel mensonge a été servi à qui. Philomena se blottit contre l'entrée du compartiment, ferme les yeux, et avant qu'elle ne s'en rende compte, elle s'endort.


C'est le ralentissement du train, le rythme différent du voyage qui réveillent Philomena, plus que les conversations qui continuaient, ponctuées de rires et d'exclamations. Quand elle ouvre les yeux, elles sent sur elle un regard, et c'est celui de Scott qui la regarde longuement, avant de replonger dans le magazine de Quidditch de Travis. Le train s'arrête et les enfants se lèvent. Dempster ouvre brutalement la porte du compartiment, les faisant tous sursauter.

« Vous n'êtes pas encore changés ? On arrive ! Seeds, je m'occupe de ta malle. Allez, dépêchez-vous. »

Les enfants se lèvent, et s'agitent, ouvrant les malles, enfilant leurs robes de sorciers, ramassant les papiers de bonbons. Dempster revient et regarde, satisfaits, les enfants étant quasiment prêts.

« Allez, tout le monde dehors ! Seeds, je te prends la main ? »

Willow est debout et son regard traverse tout le monde.

« Non, c'est bon. Philomena va m'aider à sortir. »

Dempster acquiesce silencieusement, puis a une expression d'agacement sur le visage.

« D'accord, Seeds. Tout le monde dehors, Fletcher et Seeds vous descendez en dernier, ce sera plus facile. »

Les malles lévitent, les enfants sortent tous et se rassemblent sur le quai de la gare. Philomena prend la main de Willow et l'accompagne à la file. Sur le quai de la gare, Hagrid est là, immense, essayant d'organiser tout cela, mais son empressement montre que sans l'aide des préfets et des préfets en chef, cela serait encore plus confus. Willow serre la main de Philomena dans la sienne et son sourire illumine tout le monde autour d'elle. De sa petite voix venant de loin, elle dit alors :

« Ne t'inquiète pas Philomena, tout va bien se passer. »

Et, confiante, elle se redresse, le vent jouant avec ses cheveux, et la tête tournée vers les calèches.

End Notes:

Voilà voilà, c'est ballot, on n'est pas encore à Noël pour Philo, ce sera sans doute en février ;)

Au prochain chapitre, qui est en cours d'écriture, Willow et Philo vont rencontrer un nouvel élève... Merci à Madame Mueller, quand je lui ai parlé de ce personnage, de m'avoir suggéré d'en faire un copain de la bande à Philo !

Je vous souhaite à tous un très bon réveillon du Nouvel An, et j'espère que la lecture vous a été agréable.

A bientôt pour de nouvelles aventures !

L'oeil de lynx de Madame Mueller me fait remarque que Stan Rocade est trop jeune pour être dans le magicobus, ce sera donc Stan Rocade senior qui a des cheveux gris mais on ne sait pas s'ils sont gras...

La foire aux chevaux de Ballinasloe by Sifoell
Author's Notes:

Salut tout le monde, et bonne année !

Alors, dans le précédent chapitre, Philo revenait de chez elle, rencontrait Mondingus sur le chemin, et retrouvait notre petite Willow sur le quai, avec le petit moment de gênance avec les parents Seed.

On les retrouve juste après.

Les malles lévitent jusqu'aux calèches et vont s'y entasser l'une sur l'autre, d'elles-mêmes. Les élèves s'y entassent également, mais, avant de grimper dans la calèche, Willow s'arrête et tourne la tête vers l'arrière, son attention attirée par des cris. Philomena regarde également, mais Hagrid s'avance vers une famille bariolée, pleine de jeunes enfants courant partout, qu'une jeune mère ne prend pas la peine de surveiller. Un garçon blond à la peau dorée s'avance vers Hagrid sans avoir l'air nullement impressionné par son apparence. Il brandit une lettre à la main et porte un énorme sac à dos sur son épaule.

« Bonjour, m'sieur, je dois aller à Poudlard, j'ai reçu ma lettre. »

Il agite la lettre devant lui.

« On n'a pas pu v'nir avant, y avait le mariage d'ma sœur et la Foire de Ballinasloe. »

Hagrid hésite, prend la lettre entre ses grandes mains, la déplie, et la parcourt des yeux.

« Oscar O'Sullivan. Oui. Bien. Monte dans la calèche, avec Philomena, tiens. »

Le petit garçon dit au revoir à sa maman, et à ses frères et sœurs, en parlant à toute vitesse dans une langue qui ressemble à de l'anglais. Puis il s'arrête, essuie sa joue rapidement, et regarde vers l'avant de la calèche.

« C'est quoi comme ch'val ? »

Hagrid hésite, puis voit les autres enfants et la mère regarder aussi à l'avant de la calèche.

« C'est des Sombrals. »

Oscar s'avance vers les montures efflanquées, aux longues ailes de chauve-souris repliées sur les flancs. Il leur flatte l'encolure, et le Sombral caressé vient mettre une bourrade dans le ventre de l'enfant qui rit, et dit quelque chose à sa mère qui rit aussi.

« Au revoir, maman, au revoir les enfants. »

Philomena monte dans la calèche et accompagne Willow. Quand elle s'assoit, elle entend Oscar dire à Hagrid.

« Monsieur, j'veux un ch'val comme ça ! »

Et Philomena sourit. Oscar pose son sac à côté de lui, puis sourit aux deux petites filles. Il leur tend la main, que Philomena serre. Elle est un peu calleuse, mais chaude et la poigne est ferme sans lui écraser les doigts. Il tend ensuite la main à Willow, avant de se rendre compte de sa cécité, et de lui prendre les mains.

« J'm'appelle Oscar O'Sullivan. Où j'habite, on m'appelle Oscar O' »

« Willow Seed, et c'est Philomena Fletcher. »

Willow sourit, de ce sourire qui dit qu'elle est si loin d'eux, et en même temps avec eux. La petite voix rêveuse de Willow continue.

« C'est quoi la foire de Ballinasloe ? »

Le petit garçon s'anime alors, comme si c'était la meilleure foire au monde. D'une voix de camelot vantant ses produits, et à grands renforts de gestes des mains, il commence son histoire.

« C'est la plus ancienne, et la plus grande foir' d'Irlande. Ballinasloe c'est la deuxième plus grand' ville de Gallway. C'est une énorme foir' aux ch'vaux et au bétail, et elle a lieu tous les ans en octobr'. Des éleveurs de tout le pays s'y rencontrent, il y a des affaires à s'faire, oh maman ! J'suis un voyageur, et tout' ma famille aussi. On vit à l'ancienne, comme vivaient les grands-parents d'mes grands-parents, dans des roulottes tirées par des ch'vaux... »

Oscar s'arrête alors, et étend ses mains, revivant sa foire.

« Imaginez... Des milliers de ch'vaux et de bestiaux à Ballinasloe, et des centaines et des centaines d'él'veurs et de gitans. Des voitures, des motos, des vans, des roulottes partout. La terre et l'herb' tell'ment foulées aux pieds que c'est que d'la gadoue, partout partout... »

Il fouille dans ses poches où s'entrechoquent des pièces et du papier, et en sort une poignée. Il les montre aux filles, puis plus à Philomena, en lançant un sourire désolé à Willow. Philomena fronce les sourcils et regarde les papiers et les pièces.

« C'est de l'argent moldu ? »

Oscar la regarde sans comprendre. Philomena précise.

« C'est pas de l'argent sorcier, si ? »

« Y a de l'argent sorcier ? »

Philomena acquiesce, tout en fouillant dans ses poches et en sortant plusieurs pièces, de bronze et d'argent.

« Ça, ce sont des noises, ça, ce sont des mornilles. C'est quoi que tu as, toi ? »

« Des livres et des pennies. »

Il étale dans sa main ouverte une pièce de chaque et ouvre en éventail les billets qu'il a dans son autre main. Philomena en fait de même avec ses pièces. Oscar marmonne, l'air déçu.

« C'est malin. Heureusement qu'ils ont pris notre argent quand même à Pré-au-Lard quand j'ai voulu acheter le matériel pour l'école... »

Oscar fronce les sourcils et empoche tout son argent avant de sourire.

« En fait, nous, les voyageurs, on vit entre nous. Sorciers, pas sorciers. J'suis l'premier d'mon clan à venir à Poudlard. C'est maman qui m'a obligé. Je voulais juste être au mariage d'ma sœur et voir la Foir' d'octobr'. J'aime pas l'école. »

Willow lui répond alors.

« Oui, mais Poudlard, c'est pas une école comme les autres. Tu vas apprendre la magie. »

Oscar hausse les épaules.

« Maman, elle a appris à guérir avec sa tante, pas b'soin d'aller à l'école pour ça. »

Philomena essaie alors de le convaincre.

« Et en venant à Poudlard et en réussissant tes BUSES ou tes ASPICS, c'est les diplômes que tu passes en 5ème et 7ème années, tu vas avoir un métier. »

Oscar secoue la tête.

« J'ai promis à maman que j'venais à l'école ici. Mais je fais cinq ans et c'est tout. Et pis après je retourne à la maison me marier, quand j'aurai quinze ans, avec une voyageuse. Je sais déjà ce que j'vais faire comme travail... »

Il se redresse, fier comme un coq, un sourire venant illuminer son visage doré et mettre de l'or jusqu'à ses yeux verts qui pétillent.

« Je s'rai éleveur et je vendrai mes ch'vaux à la foire de Ballinasloe, et aux autres, partout en Irlande, et peut-être même ailleurs ! »

Puis il ajoute, l'air rêveur.

« Et je veux vendre des ch'vaux comme ceux-là »

Il désigne alors l'avant de la calèche à laquelle Philomena n'a pas vu le moindre cheval.

« Le grand monsieur a dit que c'était des Sombrals. »

La petite voix de Willow s'élève alors.

« Oh, tu peux voir les Sombrals ? Ils ressemblent à quoi ? On dit que seuls ceux qui ont vu la mort peuvent les voir. »

Oscar réfléchit.

« Mon père... J'étais tout petit. Mon père est mort sous les sabots d'un ch'val qu'il voulait débourrer. Le ch'val était pas d'accord. Fichu caractère, ce Dubh... C'est mon ch'val maintenant, et lui, j'le vendrai pas. Les Sombrals ils sont grands comme des ch'vaux, noirs, avec des ailes de chauve-souris. Tout maigres. Ils m'ont fait des câlins, t'as pas vu, Philomena ? »

Philomena réfléchit.

« J'ai vu que quelque chose te poussait... »

Oscar se tend vers la porte de la calèche, en ouvre la fenêtre, et regarde devant et derrière, parlant fort.

« J'vois plus le grand monsieur. Hagrid, qu'il s'appelait. J'lui demanderai de te les montrer, Philomena. Toi aussi, Willow, tu pourras les toucher ! »

Puis il rentre de nouveau dans la calèche et ferme la fenêtre.

« Ca mange quoi, un Sombral ? »

« De la viande crue. »

« Aaah. C'est pas des ch'vaux... C'est autr' chose. »

Philomena intervient alors.

« Tu vas t'amuser, je pense, dans les cours de soins aux créatures magiques. Mais c'est que en troisième année ? »

Le visage d'Oscar s'allonge alors, déçu.

« Noooon. J'pourrai jamais attendre deux ans !!! C'est beaucoup trop long. C'est à qui qu'il faut que j'demande pour aller à c'cours ? A Hagrid ? »

Willow exhale alors un soupir, et Philomena tourne sa tête sur elle, distraite de sa fascination pour le garçon doré. La petite fille respire bizarrement, et ses paupières papillonnent.

« Qu'est-ce qu'elle a ? »

Philomena secoue la tête, et attrape la main de la petite fille.

« Willow ? »

« Un homme d'or dans des endroits sombres, un homme embrassé par le soleil qui repousse l'obscurité. Un homme qui porte la lumière sur sa peau. Tu seras cet homme, Oscar O'. »

Oscar arbore un sourire étrange, alors que Philomena tient toujours la main de Willow qui revient doucement à elle, et sur ses lèvres aussi flottent ce sourire étrange.

« Hé ! T'es comme ma tante Irma, mais elle, elle se serre d'une boule de cristal, de ses cartes, et d'un pendule pour trouver les choses perdues... J'vais lui raconter que je t'ai rencontrée, Willow. »

Les mains d'Oscar s'envolent alors pour saisir celle qui était encore libre.

« T'es une voyante... J'savais pas que ça existait ailleurs que chez nous. »

Puis il dit quelque chose dans sa langue qu'il parle encore plus rapidement qu'en anglais, et Willow secoue la tête, rêveuse et souriante, n'ayant pas compris un traître mot de ce qu'a dit Oscar O'. Puis son expression redevient sérieuse.

« Tu parlais bien d'moi, Willow ? »

Alors, Philomena se met à rire, bientôt suivie par les deux autres enfants, alors que la calèche ralentit et s'arrête.

End Notes:

Alors, j'espère que cela vous a plu, et je remercie Madame Mueller pour sa fidélité, et m'avoir suggéré de faire d'Oscar un copain de la bande de Philo.

N'hésitez pas à me dire si les dialogues d'Oscar avec ses mots avalés sont chiants à lire, j'adapterai en fonction de ce que vous pensez, parce que oui, il parl' vit' (et c'est chiant à écrire, donc...)

Ah, sinon, un petit jeu, pour vérifier si vous suivez... Qui, hormis Oscar, peut voir les Sombrals ?

J'espère que la lecture vous a été agréable, à bientôt !

Lumière d'argent by Sifoell
Author's Notes:

Helloooo tout le monde !

Non, je ne vous ai pas oublié, ni Philo et ses amis... Des fois, l'inspiration, ça va, ça vient, et j'ai plus avancé sur l'histoire de Philo bien après ceci, que sur la suite immédiate de l'action...

Nous avons donc quitté la dernière fois Philo et Willow qui s'étaient retrouvées après les vacances de la Toussaint, et qui ont rencontré Oscar O', qui n'a pas pu venir faire sa rentrée à Poudlard le 1er septembre parce qu'il y avait le mariage de sa sœur et la foire aux ch'vaux de Ballinasloe, vous comprenez ?

Oscar a les yeux partout, il va d'une fenêtre à l'autre, criant, excité comme une puce, à la moindre chose qu'il voit. Philomena et Willow sont serrées l'une contre l'autre, leurs mains entremêlées.

« Oh, maman ! Le Château est si grand !!! Ils pourraient loger des villes entières là-dedans !!! »

Willow sourit, désarmée par son enthousiasme.

« Et encore, tu n'as pas vu le Château quand on vient du Lac. Les barques avancent toutes seules. On se croirait dans un tableau vivant. Le Lac Noir, qui est plat comme une mer d'huile, les collines aux alentours, l'île au milieu, et là, quand on s'avance au milieu du Lac, le château apparaît, sombre et immense, et se dévoile derrière la colline, éclairé de mille feux. »

Oscar a tourné ses yeux verts sur Willow, essayant de s'imaginer tout cela, un sourire rêveur sur sa bouche.

« Les barques elles avancent pas toutes seules... Ce sont les Etres de l'Eau... »

Oscar s'agenouille par terre devant les filles.

« Ma famille vit soit sur des roulottes, soit sur des péniches. On parcourt les routes ou les canaux. Ma mère est une voyageuse des canaux, mon père un voyageur des routes. Alors, je tiens de mes deux parents. Je suis doué avec les chevaux et je suis doué avec les Etres de l'Eau. »

Le cœur de Philomena manque un battement. Elle repense au tableau dans ce couloir sombre, cet homme brun et taiseux, et par la fenêtre entrouverte la fontaine d'où sort la tête verte.

« Tu parles leur langue ? »

Oscar la regarde intensément, puis se renfrogne.

« Non. »

Il s'assoit alors de nouveau sur la banquette, et perd son regard par la fenêtre de la calèche qu'il a laissée ouverte. Il ne dit plus un mot du reste du voyage, dans ses pensées. Les rides de son front et ses sourcils froncés font penser à Philomena qu'il pèse le pour et le contre. Ne sachant trop que dire, elle choisit de l'ignorer et se concentre sur Willow. Elle aimerait tellement savoir que son amie va bien, qu'elle n'a pas mal, qu'elle ne souffre pas de ne plus voir, ou pas trop. Elle a terriblement envie de savoir si elle a besoin d'aide, et si elle peut l'aider, peut-être. Mais Willow reste sourire, avec ce simple étirement des lèvres vague qui fait dire qu'elle est parfaitement bien là où elle est, et entourée de ses amis.

Quand ils dépassent le portail de Poudlard, Oscar recommence son manège de se précipiter d'une fenêtre à l'autre en poussant de grandes exclamations, ce qui fait rire les deux filles. La calèche s'arrête, et Oscar ouvre tout de suite la porte et en descend, regardant autour de lui avec les yeux émerveillés. Il remarque les autres calèches arrêtées avant lui, et les élèves qui en descendent, et regardent cette nouvelle tête. Il leur adresse un signe de la main avant de tendre le bras.

« Willow, avance-toi vers la porte, je vais t'aider à descendre. Mon bras est juste devant toi. »

Philomena patiente derrière Willow, attentive au moindre de ses mouvements.

« Baisse la tête pour passer la porte, Willow. »

La petite fille pâle a rejoint les bras d'Oscar qui la soulève sans difficulté et la pose au sol. Il tend alors ses mains vers Philomena, comme s'il voulait la porter aussi, elle le regarde d'un air interrogateur avant qu'il ne rougisse violemment, et s'ébouriffe les cheveux en riant. Oscar attend que Philomena soit descendue à son tour pour récupérer son sac qu'il jette sur son épaule. Les deux filles se tiennent le bras.

La haute et large silhouette d'Hagrid se rapproche d'eux, suivie par Minerva McGonagall qui a un air pincé. D'un mouvement de baguette, le professeur fait léviter les malles des filles.

« Oscar O'Sullivan ? Tu étais attendu le 1er septembre. »

Oscar lui tend sa main, que le professeur vient serrer d'un air amusé et interloqué à la fois.

« Oh, mais Madame, je ne pouvais pas v'nir... Ma sœur elle s'est mariée, et après y avait la Foire aux ch'vaux de Ballinasloe ! C'est la plus grande Foire aux ch'vaux ! Alors j'ai dit à ma mère, le mariage et la foire d'abord, et après c'est l'école ! »

Oscar ouvre ses bras dans un geste d'impuissance, essayant de faire comprendre à l'austère professeur qu'il n'avait pas bien le choix. Philomena ouvre de grands yeux devant son toupet et sa familiarité alors que Willow arbore son habituel sourire rêveur. Les yeux du professeur se posent alors sur Willow, et une expression de douceur vient baigner son visage.

« Mademoiselle Seed, je suis heureuse de vous revoir. Bien... Allons-y, maintenant !!! »

Elle avance d'un pas martial vers le château, agitant sa baguette, et les malles se mettent à léviter les unes après les autres, suivies par les élèves qui discutent ensemble, se saluent, ouvrent de grands yeux, touchés par la majesté de Poudlard à laquelle ils n'arrivent pas à se faire. Le sac sur le dos, Oscar attend que les filles s'approchent et il attrape l'autre bras de Willow qui sursaute.

« Oh, pardon. J'aurai du te prévenir. »

Ils avancent tous les trois bras dessus bras dessous vers les imposantes portes de l'école qui les engloutissent.


Philomena regarde Oscar qui a les yeux partout, sur les immenses fenêtres, sur le plafond enchanté représentant le temps gris qu'ils ont ce soir, sur les bougies qui flottent dans l'air, sur les longues tables, les sabliers, la foule d'élèves, les professeurs qui sont à leur table, déjà installés. Il va pour suivre Philomena et Willow, mais le professeur McGonagall l'appelle et l'invite à venir s'installer sur un tabouret posé sur l'estrade. Un silence religieux se fait quand les élèves reconnaissent le Choixpeau que porte dans ses mains le professeur McGonagall. Elle échange quelques mots avec Oscar, les sourcils froncés, puis va pour poser le Choixpeau sur la tête d'Oscar qui a une mine dégoûtée quand il effleure à peine les cheveux blonds du petit garçon et hurle.

« Serpentard ! »

La table des verts et argent applaudit mollement, et le professeur MacGonagall présente Oscar à ses collègues sur l'estrade. Rogue a un air pincé et serre du bout des doigts la main tendue d'Oscar qui serre la pince à tout le monde. Oscar dit quelque chose qui déclenche quelques rires à la table, puis le professeur MacGonagall fait léviter le sac d'Oscar mais il s'y accroche et le remet sur son dos. Il rejoint ensuite Philomena et Willow à table, sur l'indication du professeur.

« Qu'est-ce que tu as dit qui les a fait rire ? » demande Philomena, curieuse.

« Ils arrêtaient pas de me dire de les appeler professeur avant... Et j'ai appelé le vieux barbu Monsieur, alors ils se sont tous marrés. Tu crois qu'ils se moquent de moi ? »

Oscar a les joues rouges et l’œil brillant. Il ne semble pas si à son aise que cela.

« Oui, tu dois tous les appeler professeur. Notre directeur de maison, c'est le professeur Rogue, tout en noir, là-bas. Il enseigne les potions. Il est pointilleux... »

Philomena se met alors à désigner la rangée de professeurs et précise à Oscar ce qu'ils enseignent, leurs habitudes, où sont leur salle de classe. Le préfet de Serpentard arrive alors, et se présente à Oscar qui lui serre la main.

« Bon, tu seras dans le dortoir de Scott Scabior, Royston Travis, Alfie Lovenburke et Willy Larbrouss. Pourquoi tu as encore ton sac ? »

« Je le garde, c'est tout. »

Le préfet hoche de la tête avec un air hautain avant de rejoindre les autres garçons de son année. Les tables se couvrent alors de plats remplis de mets plus succulents les uns que les autres, et les yeux d'Oscar s'ouvrent tout rond devant la quantité de nourriture. Philomena sourit quand elle le voit se servir de tous les plats possibles. Et c'est là qu'Ethel ouvre sa bouche.

« Ah ! Philomena et Scott se sont trouvés un copain affamé comme eux ! Tu n'as pas assez à manger chez maman ? »

Oscar interrompt sa fourchette qui avait bien pris le chemin jusqu'à sa bouche, la regarde de ses yeux verts qui deviennent froids, et enfourne son bout de viande juteux dans sa bouche. Il lèche ses doigts quand il a fini, puis lui répond, avec un sourire en coin.

« Et toi, tu n'as pas trop à manger chez maman ? »

Puis, avec un adorable sourire qui n'atteint pas ses yeux, il continue son repas, ignorant le silence qu'il a créé et les ricanements autour de lui. La petite main de Willow vient se poser sur son dos, tout doucement. Elle s'approche de lui et lui chuchote.

« Tu peux me servir à manger, Oscar, j'ai faim ! »

Philomena ouvre alors grand la bouche et met sa main devant.

« Oh, je suis désolée, Willow, je n'ai pas pensé !!! Je regardais ailleurs... »

Willow secoue la tête avec un doux sourire, tandis qu'Oscar lui décrit les plats, et qu'elle lui indique ce qu'elle veut, qu'il lui sert en quantités dignes de l'assiette d'Hagrid. Oscar approche alors l'assiette de Willow de lui et se met à lui couper la viande, ôter les os et la peau du poulet, arroser le tout de sauce. Il lui met son assiette devant elle, lui glisse sa fourchette dans la main, lui sert un verre de jus de citrouille à sa demande, qu'il met à côté de l'assiette. Il attrape sa serviette en tissu brodé, l'étale sur les genoux de Willow qui sourit, amusée. Oscar explique alors.

« Ma mamie ne voit plus depuis quelques années. Je ne l'ai jamais connue autrement. Alors, on s'occupe un peu tous d'elle. T'as une canne blanche ? »

Willow sort sa baguette de la manche de sa veste, et prononce « Alba ferula ». Sa baguette s'allonge alors, et blanchit, et la petite fille fait un petit sourire, regardant au travers d'Oscar de ses yeux transparents.

« Ils m'ont fait ça à Saint-Mangouste. Elle fait du bruit s'il y a un obstacle autour. »

Et pour la première fois depuis que Philomena a revu Willow, quelques heures plus tôt sur le quai de la gare, elle a une expression triste sur le visage.

« Mais ce n'est pas facile de l'utiliser, de me déplacer. J'ai beaucoup à apprendre. »

Willow se tourne alors vers Philomena, ses immenses yeux pâles la cherchant.

« Je t'avais dit que mes parents ne sauraient pas faire avec ça. »

Philomena se lève alors précipitamment, s'extirpe du banc, fait le tour de la table, et vient prendre Willow dans ses bras. L'ambiance autour des deux filles entrelacées devient pesante, il y a quelques chuchotements. Willow se perd dans l'étreinte de Philomena, le petit coin de son visage laisse voir un tout petit sourire. Oscar se pousse alors pour faire une place à la petite fille à côté de lui, et récupère son assiette et ses couverts qu'il met devant elle. Puis il lui met un coup de coude et lui montre du nez son assiette, avant de recommencer à manger.

Les deux filles terminent leur repas, collées l'une à l'autre.


A la fin du repas, Mara et Lydia arrivent pour saluer Philomena et Willow, Oscar restant à côté. Quand les deux filles se présentent, Oscar leur serre la main, sûr de lui. Mara lui serre la main en rougissant et Lydia en l'étudiant. Philomena a l'impression qu'à chaque fois que Lydia rencontre quelqu'un, la personne passe une sorte de test pour savoir si elle est digne de confiance... Puis Lydia lui lâche la main en souriant, Oscar a réussi le test.

La petite main de Willow touche le bras de Philomena qui se tourne vers elle. La fillette pâlichonne a les larmes aux yeux.

« Philomena... Je vois de la lumière... Elle est d'or ou d'argent... »

Les deux petites filles se mettent à paniquer dans un bel ensemble jusqu'à ce que Lydia agite sa main devant les yeux de Willow.

« Tu me vois, Willow ? »

Elle agite la tête.

« Mais Philomena est entourée de lumière d'argent. »

Lydia se tourne alors vers la table des professeurs et les rejoint à grandes enjambées, avant de se planter devant le professeur Rogue qui dîne à côté de Mme Pomfresh.

« Je crois qu'il y a un problème avec Willow Seeds, professeur. Elle dit qu'elle voit de la lumière. »

Mme Pomfresh tamponne avec précipitation sa bouche, puis se lève et suit Lydia. Le professeur Rogue les rejoint en arborant une mine pincée.


Mme Pomfresh s'est enfermée à l'infirmerie avec Willow et le professeur Rogue. Philomena, Mara, Lydia et Oscar se tenant à l'extérieur. Les enfants sont agités, surtout Philomena qui demande à Lydia, pleine d'espoir.

« Tu crois qu'elle voit vraiment ? Elle ne va pas rester aveugle ? »

Lydia secoue la tête, l'air grave.

« Je n'en sais rien, Philomena. C'est nouveau pour elle aussi, elle n'a peut-être pas perdu toute sa vision... »

Philomena chuchote alors, n'étant pas sûre du tout s'il faut le dire ou pas.

« J'ai l'impression que des fois, Willow voit des choses... »

Elle cherche ses mots, mais Oscar la coupe immédiatement.

« Oui, comme ma tante Irma, elle est voyante... Mais elle, elle voit dans les cartes, les tasses de café, les lignes de la main. Pas dans sa boule de cristal, ça, c'est de la déco. »

Lydia les regarde alors intensément.

« Vous savez ce que vous allez faire ? Vous allez l'observer. Le don de divination est rare, et souvent, les vrais prophètes ne sont même pas conscients de l'avoir. Commencez à noter quand elle dit quelque chose. »

Oscar s'emporte alors, débordé par son excitation.

« Taleur, elle a dit que j'étais un homme d'or, et que je repoussais l'obscurité. »

Philomena acquiesce, et murmure, comme si elle révélait un énorme secret.

« Tu crois qu'elle est devenue aveugle à cause de son don ? »

Lydia hausse les épaules, puis secoue la tête, l'air un peu triste.

« Je n'en sais rien, Philomena. Le professeur Rogue va sûrement prévenir ses parents, et Mme Pomfresh va discuter avec les médicomages et guérisseurs que Willow a vu à Sainte-Mangouste... »

Puis Lydia s'assied à côté d'eux, agissant dans ce rôle de grande sœur, de presque adulte pour ces enfants perdus et apeurés.

« Je vais attendre avec vous et vous raccompagner à vos dortoirs, ensuite, d'accord ? »


Quelques minutes plus tard, la porte de l'infirmerie s'ouvre à la volée sur le professeur Rogue qui donne son bras à Willow. Les enfants et Lydia lèvent leurs yeux sur eux, avant de se mettre debout. Ils essaient de tous parler en même temps, mais seule Philomena qui est silencieuse et les observe, remarque l'air triste de Willow, et la raideur du professeur Rogue qui n'a pas l'air d'avoir envie de la toucher. Aussi s'empresse-t-il de confier Willow à Lydia.

« Bien, Southgate. Non, Lydia Southgate. Vous me raccompagnez tout ce petit monde dans leurs dortoirs respectifs ? »

« Mais comment va Willow, professeur ? » demande Philomena d'un petit filet de voix.

« Je vais bien, Philo. J'ai cru que je voyais, mais je ne voyais pas. C'est bizarre, mais je le savais, que ce n'était pas possible. »

La petite fille se tourne alors vers le professeur et lève ses yeux laiteux vers lui.

« Vous savez que vous aussi je vois de la lumière argentée autour de vous ? »

Puis elle se tourne vers Philomena, et Oscar.

« Philo aussi, mais Oscar c'est de la lumière d'or. »

Le professeur pince les lèvres et confie le bras de Willow à Lydia qui lui jette un regard froid. Et c'est en banc qu'ils se déplacent, tournoyant autour de Willow comme des planètes en orbite, chacun demandant si elle va bien, essayant de se réchauffer à sa lumière et se baigner de son aura. Et Willow perd alors son air triste et rayonne.

End Notes:

Et voilààààà !

Le prochain chapitre est en cours d'écriture, donc j'avance petit à petit. Je vais essayer de mettre un coup de collier avant de sécher niveau inspiration.

N'hésitez pas à laisser un petit message, ils sont toujours appréciés, et j'y réponds rapidement.

A tout bientôt ;)

Quand Oscar papillonne, Willow rayonne by Sifoell
Author's Notes:

Hey, bonjour ici !

Au chapitre précédent, on avait, dans le désordre, Oscar, qui découvrait le château et les professeurs (vous le sentez, la graine d'ennuis de son côté ?), et Willow qui voit de la lumière argentée ou dorée autour de certaines personnes. Mais non, elle reste bien aveugle.

Et bien voilà la suite !!!

Je vous souhaite une bonne lecture !

Le lendemain, au petit déjeuner, les garçons partageant leur dortoir avec Oscar ont les traits tirés et lui lancent fréquemment des oeillades mauvaises. Oscar vient se réfugier auprès des filles, l'air gêné. Arthur, le préfet de leur maison, arrive dans la Grande Salle en bâillant à s'en décrocher la mâchoire, et Philomena remarque alors que Rusard paraît pâlichon et le professeur Rogue encore plus renfrogné. Oscar se plante devant une assiette dorée qu'il remplit d'oeufs, de pain, de pâté, de gâteaux. Il se serre un jus de fruits et se tasse sur le banc en lançant des regards assassins aux garçons qui le lui rendent bien. Scott lève le nez et interpelle Philomena et Willow qui sursaute.

« Hé, vous direz à votre copain que la nuit, c'est aussi fait pour dormir. Il a pas arrêté d'entrer et de sortir du dortoir, de la salle commune, et s'est promené dans tout le château une partie de la nuit. »

Les cheveux en pétard, Willy s'endort dans son porridge à côté de Scott. Arthur regarde autour de lui, ses yeux se posent sur Oscar et il s'approche à grands pas, visiblement de très mauvaise humeur. Entre ses dents, il dit.

« Cinquante points... C'était ta première nuit à Poudlard et tu as fait perdre cinquante points à Serpentard... Tu es déjà collé par le professeur Rogue qui t'a récupéré deux fois dans les couloirs du Château, Rusard t'a trouvé une fois, mais c'est quand tu as échappé à Hagrid. Et tu as fini devant les appartements du professeur MacGonagall à qui tu as fichu une frousse pas possible. »

Oscar se lève brusquement, parce qu'Arthur ayant quatre ans de plus, est bien plus grand. Il se grandit, étale ses épaules, lève la tête et avance sa mâchoire, faisant le coq.

« Oui, et ? Personne m'a rien expliqué. Je m'en fous des cinquante points. Moi je voulais voir le château et les bêtes... »

Les yeux d'Arthur s'agrandissent sous la fronde du petit garçon, et Philomena attrape sa veste, et tire dessus pour qu'il se rassoie. La petite fille murmure...

« On aura le temps de te faire le tour du château et du parc, on a cours aujourd'hui, Oscar. Assieds-toi à côté de moi. »

Oscar ne la regarde pas, Arthur ne répond rien, mais Philomena réussit à le faire s'assoir à côté d'elle, et elle pousse devant lui son assiette qui refroidit. Il y a quelques murmures à droite à gauche, quelques gloussements qu'Oscar ignore, heureusement. Et c'est la petite voix de Willow qui s'élève doucement.

« Tu as vu quoi de beau dans le château, cette nuit, Oscar ? »

Il tourne la tête vers elle, un sourire de gosse sur les lèvres, ses yeux pétillants, et ses joues rouges.

« Hé, tu sais que Rusard, son chat, il te trouve tout le temps ? Il m'a trouvé trois fois !!! Et il y a des fantômes aussi, j'en avais jamais vu. Celui de Serpentard il est plein de sang sur lui... Et quand il te traverse, ça fait tout froid comme si tu traversais de l'eau... Et les tableaux ils parlent !!! Et j'ai essayé d'aller dans la forêt mais Hagrid il m'a couru après, et son chien aussi... Il est trop mignon son chien... »

Et il continue à raconter sa nuit, comment il a été raccompagné quatre fois au dortoir, et qu'à la quatrième, il n'est pas ressorti parce que le professeur MacGonagall, en robe de chambre, pantoufles et bigoudis, lui a fait promettre de ne pas sortir et lui a même donné un biscuit.

« Mais ça, c'est parce que je suis trop mignon » assure Oscar avec un sourire en coin.

Il y a quelques rires autour de la table et Willow a un sourire rêveur sur les lèvres, mais Oscar lui avance son assiette devant elle et lui met sa fourchette dans la main. Philomena les observe un moment avant de replonger dans son assiette, en boudant. Elle ne se détend que quand Mara s'installe à côté d'elle pour manger, accompagnée par Lydia.

« Ça a été, les vacances, Philo ? »

La petite fille a un temps d'arrêt, essayant de se souvenir de ce qu'elle a écrit à qui, mais Oscar la coupe avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot, et se met à décrire le mariage de sa sœur, les cinq cents invités, les milliers de chevaux. Quand on l'écoute, c'étaient des noces dignes d'une reine, et la fête a duré cent ans... Agacée par l'attention qu'il attire sur lui, alors qu'elle en quémande si peu, Philomena repousse son assiette, s'excuse, et sort de table. Personne ne s'est rendu compte qu'elle est partie. Elle rejoint alors son dortoir pour se préparer pour aller en cours. Elle a l'impression d'être jalouse d'Oscar qui attire tout le monde comme un soleil, et elle voudrait profiter de ses amies qui lui ont manqué... Quand elle sort du dortoir avec ses livres sous le bras, Oscar est là avec Willow que Philomena se rend compte avoir laissée derrière elle. Décidément, tout l'agace et elle s'est promis de s'occuper de Willow mais rate tout... Elle attrape le bras de la petite fille, et Oscar va dans le dortoir des garçons de première année.

« Tu veux toutes tes affaires, Willow ? On a Histoire de la Magie d'abord... »

Willow acquiesce, et Philomena prépare les affaires de Willow qu'elle range dans un sac qui est si lourd qu'il lui blesse les épaules et le bas du dos. Quand elles ressortent du dortoir, Oscar les attend, et cela agace Philomena sans qu'elle ne puisse s'en empêcher.

« Donne ton sac, il est lourd... »

Les dents serrées, Philomena se défait de son sac et peine à le lui tendre, mais il le récupère d'un air goguenard avant de le jeter sur son épaule d'un geste négligent.

« C'est quoi le premier cours qu'on a ? »

« Histoire de la Magie, avec le professeur Binns... »

Oscar se tourne vers Philomena, son visage s'éclairant.

« Ha, c'est le fantôme qui a un gros ventre et des lunettes... »

« Mais... Comment tu... »

« Il a ses appartements là où les escaliers ils changent de place... C'est trop marrant, je pensais que le Château ne voulait pas que j'aille là, mais je vais où je veux... »

Willow rigole, mais Philomena ouvre de grands yeux.

« Tu t'es promené dans tout le château ? »

Oscar lui jette un bref coup d'oeil avant de répondre.

« Ben oui, jusqu'à quatre heures. Après, le professeur MacGonagall m'a ramené et elle m'a donné un biscuit. Elle est gentille, la dame... »

Philomena ne sait pas que répondre alors que Willow continue à rire. Ils arrivent tous les trois à la salle de classe, entrent et commencent à s'installer. Normalement, c'est deux par table, mais Oscar prend une chaise derrière et s'installe à côté de Philomena.


Oscar se balance sur sa chaise, Oscar lève les yeux au ciel, Oscar dévisage tous les élèves, puis il se marre et met un coup de coude à Philomena qui était en train d'écrire et barre son parchemin d'un trait d'encre. La petite fille soupire.

« Quoi ? »

« Tout le monde s'ennuie. Le cours il est nul. »

Oscar ne prend même pas la peine de chuchoter et quelques têtes se relèvent des bras.

« L'histoire de la magie est super importante pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, Oscar. Les révoltes des gobelins les ont menés là où ils sont. »

« C'est quoi des gobelins ? »

Philomena chuchote.

« Des êtres magiques, comme les elfes de maison, les centaures... Ils sont petits, ont les membres très fins, de grands pieds et de grandes mains, et de petits yeux noirs. »

« Et ils ont été menés où ? »

« Ils gèrent Gringott's, la banque sorcière qui est sur le Chemin de Traverse, à Londres. »

« C'est quoi le Chemin de Traverse ? »

« C'est la plus grande rue sorcière du Royaume Uni. Un peu comme Pré-au-lard à côté de Poudlard, mais en plus grand. On y trouve tout ce qu'on veut. »

Ayant complètement décroché du cours, ils poursuivent leur conversation qui n'est pas très discrète et amuse Willow qui rigole de temps en temps. Philomena prenait des notes pour Willow et elle, et elle s'aperçoit qu'Oscar n'écrit pas. Elle lui tend alors un rouleau de parchemin et une plume, et avance son encrier entre eux. Oscar lève ses yeux sur elle, avec l'air d'un petit garçon pris en faute.

« Je sais pas écrire. »

Le visage de Philomena s'allonge.

« Quoi ? »

« Je sais pas bien lire ou écrire. Mais je sais compter. Je vais pas écrire pendant les cours, je vais écouter. »

Alors il détourne son visage de Philomena et écoute le professeur Binns qui volète au-dessus de l'estrade. Au bout de quelques minutes, Oscar bâille à s'en décrocher la mâchoire et s'étire en faisant un bruit pas possible, déclenchant des rires autour d'eux, et quelques chuchotements. Il remarque quelques élèves qui chuchotent, puis des têtes qui se tournent vers lui, choqués ou moqueurs. Oscar soutient alors leurs regards d'un air fier.

« Je crois qu'on t'a entendu, Oscar » murmure Philomena. « Mais ne t'inquiète pas, on va t'aider pour les cours et les devoirs, tu viendras avec nous les faire. Willow aussi aura besoin d'aide. »

« Oui, je pourrai te donner une plume à papote, Oscar. »

Les yeux verts se tournent vers les deux filles, et Oscar remarque la plume qui court toute seule sur le parchemin devant Willow.

« Les plumes à papote ne sont pas souvent très bien ensorcelées et elles écrivent tout ce qu'elles entendent. Il faut repasser derrière. Mais je vous aiderai, tous les deux. Ne vous inquiétez pas. »

Un air déterminé passe sur le visage de Philomena qui, étouffant un bâillement, continue à gratter son parchemin avec application.


A la fin des cours et après le goûter, Philomena se retrouve à la bibliothèque avec Willow, Mara, Lydia et Oscar qui y a été traîné, contraint et forcé. Ils sont tous à l'entrée, se demandant comment ils vont s'installer, ils ont besoin d'une salle à part pour étudier, vu que Philomena s'est mis en tête de lire les chapitres qu'on leur a indiqué en cours, à voix haute, à Willow et Oscar. Les enfants s'entreregardent, ne sachant comment agir.

« Willow, est-ce que tu as un mot du professeur Rogue pour qu'on puisse utiliser une salle ? »

Willow secoue la tête d'un air rêveur. Lydia lui adresse un clin d'oeil, rougit, puis annonce.

« J'ai Madame Pince dans la poche, vous allez voir. »

Lydia rougit de nouveau, mais fonce vers le bureau de Madame Pince avec qui elle discute quelques instants. Les yeux perçants de la sorcière au profil de vautour se posent sur Willow que Lydia lui désigne, avec un air presque humain sur le visage, puis elle acquiesce et remet une clé à Lydia avant d'agiter son index sous son nez. Lydia acquiesce plusieurs fois, joint ses mains devant elle, penche la tête sur le côté, faisant voleter ses boucles blondes, puis elle esquisse un semblant de révérence, et revient vers le groupe.

« C'est bon, on a une salle. Je suis responsable de vous et de cette clé. On a le droit d'emprunter des livres à la bibliothèque et d'aller y étudier, il faut juste qu'on lui dise les livres qu'on emprunte. Je suis responsable des livres aussi... »

Lydia hausse les yeux au ciel.

« On y va ? »

Les enfants disent oui avec plus ou moins d'enthousiasme, et quand Philomena voit Lance arriver, avec un air perdu sur le visage, elle confie le bras de Willow à Mara. Lydia fronce les sourcils et adresse un sourire carnassier à Oscar.

« Allez, viens, on va faire nos devoirs. »

Le visage rond de Lance s'éclaire quand Philomena s'avance vers lui.

« Bonjour Philomena ! »

« Bonjour Lance. Tu veux faire tes devoirs avec nous ? On va avoir une salle spéciale vu que Willow ne peut pas voir. »

Lance semble réfléchir quelques instants avant de suivre Philomena. Quand ils entrent dans ce qui ressemble à une salle d'étude, ornée d'une immense table entourée de chaises, et où des bougeoirs éclairent la salle d'un feu chaleureux, Lydia semble essayer de convaincre Oscar de travailler. Les regards de Lydia et Oscar se posent un instant sur Lance, comme s'ils le jaugeaient, puis ils reprennent leur dispute. Oscar a les bras croisés devant lui.

« Non, je le ferai pas. »

« Mais tu n'as pas de honte à avoir... »

« Même. J'ai pas honte, mais je le ferai pas. »

Philomena s'avance et essaie d'intervenir.

« Lydia, Oscar va avoir du mal à faire ses devoirs... »

« J'lui ai dit que j'sais pas lire, mais elle veut quand même que j'essaie. »

Philomena pose ses affaires et s'assoit, imitée par Lance. Elle ouvre le livre d'histoire de la magie à la page 42 comme l'a demandé le professeur Binns. Puis, d'une voix autoritaire, elle dit.

« Je lis le premier chapitre, ensuite, c'est toi, Lance, puis Mara et de nouveau moi. Oscar, tu te tais et tu écoutes. Willow, mets en route ta plume à papote. »

Dans un silence perturbé seulement par l'ouverture des livres, et les pieds des chaises qui raclent le sol, Philomena commence à lire.

End Notes:

Et voilàààà

J'espère que la lecture vous a été agréable, à bientôt ;)

C'est plus qu'un secret, c'est un pacte by Sifoell
Author's Notes:

Hello,

Non, je n'avais pas oublié Philomena, et ça me désole de ne pas avoir mis son histoire à jour plus tôt. Mais, trop de projets en cours... Auxquels je tiens tous !!!

Au dernier chapitre, Oscar prenait toute la place, et Philomena commençait à s'en agacer. Oscar peut-il être un allié ?

 

Les semaines filent, et le petit groupe d'amis s'est organisé autour de Willow et d'Oscar, avec la complicité de Lydia. Ils travaillent toujours dans la petite salle dont Madame Pince confie les clés et la surveillance à la jeune préfète de Serdaigle. Plus le temps passe, plus ils sont inséparables. Mara et son côté studieux, Philomena et son astuce, Oscar et son agitation permanente, Lance et sa timidité, Willow et sa douce rêverie. Ils sont parfois rejoints par Daisy et Gladys, mais les filles ont une petite tendance à se faire vite disperser par Oscar, que les autres enfants ont appris à canaliser. Lydia s'est fait une mission d'aider Oscar à se concentrer, et il fait des progrès en lecture et écriture, bien que ses notes ne soient pas fameuses.

Mais Oscar n'est jamais là où il faut, il parvient souvent à échapper à leur surveillance, et continue à parcourir le château les nuits, devenant la nouvelle bête noire de Rusard et de Miss Teigne. Alors, les enfants se sont aussi organisés pour qu'il ne soit jamais seul en colle, sinon il n'y va pas, ce que les professeurs ont vite remarqué.

Willow baigne toujours dans son doux bonheur, sa bulle qui englobe ses amis. Elle a peu de nouvelles de ses parents, tout comme Philomena mais pour d'autres raisons, ou Oscar, qui affirme en haussant les épaules que sa mère aussi ne sait pas bien lire. Alors, Lydia lui a parlé des beuglantes, et Oscar en envoie une par semaine à sa mère et ses sœurs, mais il raconte ses journées et qu'elles lui manquent.

Et plus ils s'organisent autour de Willow et Oscar, plus Philomena s'efface, se renferme. Elle est frustrée parce qu'elle aimerait avoir plus de nouvelles de sa mère, se doutant que son père doit continuer à être difficile à vivre, et qu'il est si facile de le contrarier. Elle aimerait aussi avoir plus de temps pour faire des recherches sur Flynn Fletcher, mais le temps lui manque. Alors elle se décide à désobéir. Elle avait promis aux professeurs Dumbledore, McGonagall et Rogue qu'elle n'utiliserait son pauseur de temps uniquement pour faire ses devoirs, étudier.

Philomena se souvient surtout de cette gêne quand elle a posé la question de l'identité de Flynn Fletcher à ses parents et Mondingus. « Laisse-le où il est, il n'existe plus pour nous. » a répondu son père. Mais Mondingus et sa mère étaient si mal à l'aise, et son père a semblé malheureux. Non, Flynn Fletcher est bien quelqu'un de la famille, sans doute quelqu'un de mauvais. Comme ils le sont tous. Comme elle essaie tant et tant de ne pas l'être.

Tous les soirs, Philomena s'ajoute une heure de travail avec sa montre à gousset, et étudie la magie du temps. Elle devient incollable sur le fait que cette magie temporelle est très surveillée parce que dangereuse. La preuve, les retourneurs de temps interdits et un des auteurs de livre présume que le département des mystères en a toute une collection, mais qu'il y en a peu en circulation, peut-être dans les réseaux criminels, le trafic d'objets magiques. La magie temporelle est dangereuse.

Mais à part le tableau de Flynn Fletcher qui montre la statue, l'Être de l'eau dans son tableau, et montre sa gorge, disant qu'il ne peut pas parler, absolument rien ne donne une piste tangible sur ce Fletcher.

Philomena patine, et elle n'aime pas ne pas savoir.

 

Un soir de décembre, la montre en main, elle sort à pas de loup de son dortoir et de la salle commune. Elle n'entend que des ronflements, les autres élèves dorment tous. Mais elle n'arrive pas à trouver le sommeil, Flynn Fletcher et la magie du temps devenant une vraie obsession. Déterminée, la montre dans une main et la baguette dans l'autre, elle retrouve son chemin vers le tableau de Flynn Fletcher, ne croisant heureusement personne dans les couloirs. De toute façon, il est largement passé une heure du matin, tout le monde dort, même ce bon vieux Rusard.

Philomena savoure la liberté de se promener dans le château endormi, et s'arrête au croisement des trois couloirs. Elle reprend son souffle, apaise les battements de son cœur. Elle est nerveuse, parce qu'elle a l'impression de toucher du doigt un secret qui la concerne forcément, vu qu'elle est une Fletcher elle aussi, mais sans saisir la réalité de ce secret. Et cela la frustre énormément. La petite fille arrive devant la statue étrange, qui regarde toujours droit devant elle, le tableau caché derrière les rideaux, et se demande ce qu'est cette créature. Cela ne ressemble pas un à gobelin ni un elfe de maison, en tout cas, elle ne le pense pas. Et la créature continue inlassablement à jouer de cette harpe.

Philomena se glisse derrière les rideaux et allume sa baguette d'un lumos. Elle regarde l'homme brun qui semble s'ennuyer et l'ignore superbement. Tout le tableau est identique. Les rideaux qui se soulèvent, portés par une brise, le chat qui dort sur le fauteuil, l'être de l'eau dans la fontaine qu'elle distingue à peine par la fenêtre. La montre à gousset dans la main de l'homme brun. Philomena se rapproche encore plus et plisse les yeux. Le cadran n'est pas tout à fait pareil.

Un bruit la fait sursauter et Philomena se retourne pour voir Oscar arriver, essoufflé et en pyjama.

« Oh, t'es là, toi ? J'arrivais pas à dormir... »

Avant que Philomena ait le temps de lui dire de dégager, les yeux verts d'Oscar se posent sur le tableau qu'il observe avec intérêt.

« C'est un des seuls qui ne cherche pas à parler, mais il est gardé par la bestiole dehors qui joue de la harpe. Mais l'homme poisson l'aide, regarde, il le surveille. »

Philomena ouvre grand ses yeux et sa bouche, elle a envie qu'il s'en aille. Mais il pourrait l'aider, Oscar est tellement à traîner partout et tout le temps, à ne jamais être à la bonne place, qu'il est au courant de tout ce qu'il se passe à Poudlard.

« Et pourquoi t'es là, Philo ? »

Elle se renfrogne.

« Je n'arrive pas à dormir, non plus, parce que... J'aimerai savoir qui il est. »

Oscar étudie l'homme qui les ignore superbement.

« Il te ressemble... Petit, maigre et brun. »

Philomena serre les dents. Oscar montre alors du doigt l'être de l'eau.

« Par contre, lui, je sais qui il est. »

« Un être de l'eau. »

« Oui, mais je le connais. C'est un voyageur aussi, comme nous. Il est dans les canaux, parfois, mais je l'ai vu dans le lac aussi. Il est pas trop copain avec les autres êtres de l'eau, qui veulent pas se mélanger trop aux gens qui ne sont pas comme eux. »

Philomena reste regarder Oscar, interdite.

« Mais comment tu peux faire la différence entre lui et un autre être de l'eau ? »

Il l'observe alors comme si elle avait posé une question stupide.

« Ben c'est comme avec nous, la taille, le poids, la couleur des écailles, des yeux... Ils sont pas pareils, qu'est-ce que tu crois ? Tout le monde est unique. C'est maman qui me le dit tout le temps, et elle a raison. »

Oscar a un moment un air rêveur et un petit sourire aux lèvres, sans doute reparti dans ses souvenirs chez lui. Il est ramené à la réalité par Philomena, avide des connaissances d'Oscar.

« Mais du coup, tu parles leur langue ? »

Ses yeux verts semblent s'assombrir, dans la faible clarté apportée par le lumos de la baguette de Philomena. Son visage est indéchiffrable. Il hausse les épaules et tourne la tête vers le tableau, ne répondant rien. Philomena pose alors sa main sur son bras, essayant d'attirer son attention, parce qu'elle en a tellement besoin de ces réponses. Si ce Flynn Fletcher est quelqu'un de sa famille et qu'il a son portrait à Poudlard, c'est bien parce qu'il est quelqu'un d'important, qu'il n'est pas un Fletcher comme les autres.

« J'ai rien droit de dire. Ils veulent pas. »

Le regard d'Oscar se pose alors sur l'être de l'eau qui est dans le bassin par la fenêtre. Il se tait.

« Mais tu pourras me le montrer, cet être de l'eau, quand il sera dans le lac de Poudlard ? »

« Je pourrais lui demander. »

Alors, Philomena sourit de toutes ses dents et Oscar comprend qu'il s'est fait avoir. Il se retourne de nouveau vers le tableau d'un air méprisant.

 

Et autant, Oscar lui tape souvent sur le système, autant, Philomena l'apprécie vraiment, parce que c'est un gentil garçon, courageux, et qu'il sort du lot comme elle aussi. Ils se ressemblent bien trop. Mais surtout, Oscar sait quelque chose qui peut être utile à Philomena, alors, elle prend sur elle et se met à le suivre absolument partout, étant encore plus sur son dos. Et s'il y a bien quelque chose qu'Oscar ne supporte pas, c'est qu'on le surveille, bien qu'ils soient tous plus ou moins à le faire, vu qu'il n'est jamais au bon endroit, fait perdre des tas de points à la maison Serpentard, et est collé au moins deux fois par semaine.

Mais un jour qu'ils sont en plein cours de vol, Oscar qui a une agilité surprenante malgré le fait d'avoir raté deux mois de cours, file vers le lac en ignorant les protestations du professeur Bibine. Il décrit un grand arc de cercle au-dessus du Lac, lentement, puis fait du sur place, et revient triomphant, vers Philomena.

« Je leur ai demandé, il va venir dans quelques jours. »

Le professeur Bibine s'agace, pointant le petit garçon blond du doigt.

« O'Sullivan, descendez immédiatement de ce balai ! Vous aurez une retenue ce soir pour avoir franchi le périmètre et ne pas m'avoir écoutée quand je vous ai demandé de revenir. Après votre cour d'histoire de la magie, vous viendrez entretenir les balais, et ce jusqu'à 19h. »

Oscar saute de son balai et regarde le professeur Bibine avec des étoiles dans les yeux et un sourire niais sur les lèvres.

« Oh, c'est vrai ? Mais si vous voulez, je peux venir pendant le cour d'histoire de la magie ! »

Le professeur Bibine paraît très agacée, d'autant plus que quelques rires se font entendre du côté des autres élèves.

« Allez me ranger ce balai, je vous attends à 17h. »

Oscar adresse un clin d'oeil en passant à côté de Philomena qui vient d'atterrir.

« Elle est comme le professeur McGonagall, c'est une gentille. Je vais me la mettre dans la poche aussi. »

« Et une seconde retenue demain, O'Sullivan, pour me manquer de respect ! »

Alors qu'il dépasse Philomena, elle le suit des yeux et remarque son poing fermé devant lui, comme s'il venait de gagner quelque chose. Philomena secoue la tête et saute de son balai elle aussi.

 

Au repas, le soir, Oscar vient s'assoir aux côtés de Philomena, et pousse Daisy qui se décale en gloussant. Il se remplit une assiette à ras-bord, les mains et le nez pleins de graisse.

« C'était trop bien, de nettoyer les balais ! Je ferai peut-être ça comme métier quand je serai grand. Ça paie bien ? »

Philomena hausse les épaules et continue de couper la viande de Willow avant d'avancer l'assiette devant elle et de lui donner sa fourchette dans la main. Oscar se met à manger à toute vitesse.

« Comment tu sais que tu sais qu'il va venir dans quelques jours ? »

Oscar quitte son assiette des yeux en la regardant comme si elle était stupide.

« Ben j'ai demandé aux autres. »

« Mais il ne reste pas dans le lac ? »

Oscar ne quitte pas les yeux de Philomena et se contente de ne rien dire.

« Il fait comment pour se déplacer hors du lac ? La rivière est peu profonde, il n'aura jamais assez de place pour passer. »

Oscar sourit, toujours silencieux, et enfourne une fourchetée de patates dans sa bouche. Comprenant qu'il ne dira rien, Philomena lui demande quand même.

« C'est un secret, tu n'as pas le droit d'en parler ? »

Il la regarde alors intensément, avale sa bouchée, et murmure.

« C'est plus qu'un secret, c'est un pacte. »

Philomena reste silencieuse, observant le petit garçon.

« Et si t'étais plus gentille avec moi, je pourrai peut-être t'en dire plus... »

Philomena bouillonne à l'intérieur, et autour d'elle, ce qu'il ne s'était pas passé depuis des semaines se produit. Ses émotions envahissent les autres enfants, qui commencent à râler, qui se chicanent, se mettent en colère et jurent. Lorsqu'elle s'en rend compte, la petite fille se lève, abandonnant là son assiette à peine entamée, et quitte la Grande Salle d'un pas vif.

 

« Non, mais pour qui il se prend ? » elle pense en avançant dans les couloirs, sans regarder vraiment où elle va. Ses pas la mènent à ce carrefour de trois couloirs, à l'étrange statue de cette créature qui joue de la harpe silencieusement, ses yeux plantés dans les tentures vertes et argent, ses immenses oreilles caoutchouteuses s'agitant au rythme d'une musique qu'elle seule semble entendre.

« Je m'en fiche, de monsieur Oscar O'Sullivan et de son pacte stupide avec les Êtres de l'Eau. Je peux me débrouiller sans lui ! ».

Son regard noir se promène sur la statue, étudiant ses membres graciles, son visage tout en angles.

« T'es quoi, toi, qu'est-ce que tu veux à Flynn Fletcher. »

Les oreilles d'éléphant s'agitent un instant et Philomena en recule de surprise. A Poudlard, elle a déjà remarqué que certaines armures peuvent s'agiter, mais jamais vraiment les statues. Et celle-ci joue de la harpe, mais n'a jamais vraiment manifesté de réaction à la présence de la petite fille. Mais elle est dans une école magique, alors tout est possible. Si seulement elle pouvait lui parler.

Philomena se plante devant la statue et a l'impression que son regard la traverse. C'est bien les rideaux, ou le tableau derrière que l'étrange créature veut regarder. Philomena écarte les rideaux verts et argentés, ignorant le portrait qui de toute manière, ne se préoccupe jamais vraiment d'elle. Son attention est complètement dirigée vers la statue et sa réaction. Elle a toujours l'impression que son regard la traverse. Et avant qu'elle n'ait pu se tourner vers le portrait de Flynn Fletcher, les rideaux se referment d'un coup, dans un grand nuage de poussière qui la fait éternuer plusieurs fois. Philomena papillonne des yeux, les essuie avec sa manche avant de se tourner vers le tableau et de sursauter violemment. L'homme brun est debout, très près d'elle, son buste occupant presque tout l'espace, comme s'il était à une fenêtre. Il la pointe alors du doigt, les sourcils froncés et l'air grave, et prononce quelque chose qui ressemble à un « non ! ».

La petite fille reste sur place, interdite, ne sachant que faire. Jamais le portrait n'avait eu une telle réaction. Elle essaie de regarder par-dessus l'épaule de l'homme mais ne discerne pas la fontaine et l'Être de l'Eau qui sont cachés par la fraise qui est autour du cou de l'homme. Il la pointe de nouveau du doigt, et elle lit quelque chose qui ressemble à « qui ? » sur ses lèvres.

Philomena met alors sa petite main sur sa poitrine et se présente de nouveau.

« Philomena Fletcher, je suis la fille de Fortunat Fletcher et Marjorie Fawley. »

Le visage de l'homme ne réagit pas. Mais il semble d'un coup s'agacer, et fait un brusque mouvement de la main qui ouvre les rideaux derrière elle. Se pensant congédiée, Philomena recule, complètement perdue. Mais quand elle voit que les cordes de la harpe se sont toutes brisées, elle regarde alors de nouveau le portrait dont le visage arbore un masque de fureur.

 

End Notes:

Hey ! Alors, ça vous a plu ?

Je ne sais pas si vous pouvez proposer des théories, ici, à ce moment de l'histoire. En tout cas, cela m'a fait plaisir d'avancer un peu l'histoire de Philo, et je pense utiliser des ellipses narratives sinon on sera tous en EHPAD que je n'aurai pas fini l'histoire de Philomena Fletcher (rappelez-vous, elle existe dans d'autres fics qui se passent en 2005).

J'ai déjà des idées pour la suite, immédiate, et bien plus loin dans le temps.

Oscar a déboulé ici et a pris toute la place, mais je vais recentrer le récit sur Philo, mais bien entendu, Oscar va avoir son importance au fil de l'histoire.

J'espère que la lecture vous a été agréable et à bientôt.

PS : je viens de voir que je n'ai pas fait ma dédicace à Patou. Donc : COUCOU PATOU !

Des nouvelles du père by Sifoell
Author's Notes:

Bonjour, bonjour,

J'ai encore mis le temps pour mettre à jour, excusez-moi.

Au dernier chapitre, Philomena a appris qu'Oscar a un pacte avec les Etres de l'eau, et sait parler leur langue. Elle a enfin eu une réaction du tableau et de Flynn Fletcher qui a essayé de communiquer avec elle, à l'abri des rideaux. Flynn a également violemment refermé les rideaux et brisé les cordes de la harpe de la créature.

Ce chapitre intervient quelques jours plus tard. Je vous souhaite une bonne lecture, on se retrouve en bas ?

 

S'il y a bien une chose que Philomena n'aime pas, en plus de ne pas savoir quelque chose, c'est bien qu'on se moque d'elle sans qu'elle ne sache pourquoi. Et ce matin, alors qu'elle arrive dans la Grande Salle avec Willow à son bras, Philomena sent plein de regards se poser sur elle. Par réflexe, elle s'essuie la joue, pensant y avoir laissé une trace de dentifrice, mais quelques élèves continuent à se moquer d'elle. Quand elles arrivent à la table, et s'installent, il y a ces chuchotements, ces regards et ces rires encore. Philomena tente de l'ignorer, regardant Willow qui sourit à personne en particulier, quand elle sent quelqu'un s'asseoir précipitamment à côté d'elle. C'est Mara, qui tient la Gazette du Sorcier. Philomena fronce les sourcils, un mauvais pressentiment lui étreignant le cœur. Elle prend le journal que lui tend Mara, et le déplie. Son regard balaie la une – un Fletcher ne fera jamais la une – puis elle l'ouvre et en parcourt les pages. Informations mondiales, tiens, une nouvelle espèce d'animal magique découverte par Norbert Dragonneau en Amérique, puis les informations nationales. Les gobelins n'acceptent toujours d'embaucher des sorciers qu'aux postes de Briseurs de Sorts, des postes éminemment dangereux. Informations locales... Et là, son regard tombe sur un article intitulé « Cambriolage raté : deux monte-en-l'air arrêtés. » Et elle tombe sur le nom de son père, et celui de Jared. Sentence : trois mois d'emprisonnement à Azkaban pour avoir voulu cambrioler la maison d'une vieille sorcière sénile, et l'avoir fait tomber. Tout ça pour avoir convoité des artefacts de magie asiatique, qui se revendent à prix d'or sur le marché noir. En tout cas, c'est ce que dit l'article.

N'ayant pas encore pris le temps de se servir, Philomena rend le journal à Mara et quitte rapidement la Grande Salle pour se rendre dans la salle commune, puis son dortoir. Daisy et Gladys sont là et finissent de se préparer en vitesse pour aller manger, et Philomena attend patiemment qu'elles soient sorties, pour tenter d'apaiser les battements de son cœur, et trouver un parchemin, une plume et un encrier.

 

Chère maman,

 

J'ai vu dans la Gazette du Sorcier de ce matin que papa a été emprisonné. Donne-moi vite de tes nouvelles, je m'inquiète pour toi.

 

Ta Philomena.

 

Quand quelques minutes plus tard, Philomena confie à un hibou de la volière sa lettre, c'est avec soulagement qu'elle le regarde partir à tire d'aile avec sa petite lettre. Elle se dit qu'elle aurait pu faire plus long, mais cela ne se fait pas, de dire à sa mère que l'on préfère son père en prison plutôt qu'à ses côtés.

 

La journée est désespérément longue, et Philomena dépense beaucoup d'énergie à ignorer les rires étouffés sur son passage, ou les regards compatissants de ses amis. Elle méprise son étonnement quand elle se rend compte qu'Oscar lui-même réfrène sa vitalité naturelle. Personne ne vient vraiment lui parler de ce que tout le monde sait, et Philomena s'en accommode très bien. Elle est bien consciente de sa boule dans la gorge, et celle dans son ventre, en creux dévorant.

Sa concentration fond comme neige au soleil, et elle ne retient absolument rien de ce qu'elle entend en cours, passant son temps à copier sur le parchemin de son voisin. Et quand son voisin est Oscar qui n'écrit rien et attend que Philomena le fasse, autant dire qu'elle est seule face à son manque de concentration. Au moins, il écoute. Et cela demande une énergie considérable à la petite fille de se concentrer et d'écrire, dans n'importe quel cours.

A la fin de la journée, sa mère n'a pas répondu à sa lettre.

Ni les quatre jours suivants.

 

Le vendredi, après un cours de défense contre les forces du mal, le professeur Ebony demande à Oscar de raccompagner Willow. Interdite, Philomena suspend ses mouvements et arrête de rassembler ses affaires. Les élèves vident la salle de classe, et la petite fille se rassoie sur son tabouret, les dents serrées. Son esprit s'affole, mais après ces quelques jours où elle s'est sentie anesthésiée, elle n'a pas fait de bêtises, et ce n'était pas son tour d'être collée avec Oscar, elle n'a donc aucune raison d'être inquiète.

Le petit professeur blond dans sa robe violette ouvre un de ses tiroirs et en sort deux livres moldus. Philomena jette un œil aux titres et se retient de lever les yeux au ciel. Encore deux livres sur les émotions. Son visage s'allonge, elle commence à s'agacer. Elle ne sait pas trop si elle préfère la gêne un peu lointaine de ses amis, les murmures ouverts de ceux qui se moquent d'elles, ou la sollicitude de cette professeure à qui elle n'a rien demandé.

« J'ai appris pour ton père, Philomena. Comment te sens-tu ? »

La petite fille hausse les épaules.

« C'est pas la première fois, professeur Ebony. »

Le professeur s'appuie contre son bureau et pose les livres à côté d'elle, les couvant de sa main.

« Et ta mère, Philomena, elle va bien ? »

Philomena détourne le regard avant de poser de nouveau ses yeux sur sa professeure.

« Oui, elle va bien. »

Le professeur lui adresse un regard lourd de sens, mais Philomena ne veut rien dire. Si elle dit qu'elle est inquiète, tout le temps, pour sa mère, cela va entraîner des questions auxquelles elle n'a pas envie de répondre.

« Elle va bien... » répète-t-elle.

Le professeur soupire, et baisse la tête, ses cheveux blonds coupés au carré venant dans son visage. Elle redresse la tête et soupire.

« Bien. Au cas où, j'ai pensé à toi et je te donne ces deux livres. Ils sont bien plus intéressants que ceux que je t'ai prêtés la dernière fois. »

Philomena s'agace, encore, et là, elle n'arrive pas à s'empêcher de le dire.

« Mais à quoi ils vont me servir ? »

Le professeur Ebony esquisse un sourire triste.

« Tu n'as pas remarqué, n'est-ce pas, que tes voisines de dortoir ont l'air fatigué ? Daisy s'est endormie dans mon cours, et Gladys n'a pas cessé de bâiller. Est-ce que tu vas bien, Philomena ? »

La petite fille ramasse ses affaires et les enfourne dans son sac, avant de le jeter sur son épaule et de se diriger vers le professeur. Elle lui prend les deux livres des mains, avant de lui répondre, plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.

« Je vais très bien, je vous remercie... »

Là-dessus, elle quitte la salle sous le regard inquiet de sa professeure. Philomena a à peine franchi les portes de la salle qu'elle tombe sur Oscar et Willow qui discutent en chuchotant.

« Ah, Philomena, on t'attendait... »

« Et pourquoi ? »

Elle est encore une fois trop sèche, mais tout l'agace, que sa mère n'ait pas répondu, que certains se moquent d'elle sans savoir le dixième de ce qu'elle vit, que ses amis ne sachent pas ce qu'elle attend d'eux, qu'elle ne sache pas elle-même ce qu'elle attend d'eux. Et elle piétine, elle n'en sait pas sur le tableau, l'être de l'eau. Sois plus gentille, Philo, sois plus gentille...

Oscar passe sa main dans ses cheveux déjà ébouriffés.

« J'ai parlé avec Willow, elle m'a dit de t'aider pour tu sais quoi... »

Willow sourit dans le vague, la tête tournée vers Philomena.

« Tu lui en as parlé ? »

Oscar la regarde avec un air de défi.

« Ouais, et alors ? Willow elle est gentille avec moi, elle est gentille avec tout le monde, d'ailleurs, pas comme toi. Et elle veut t'aider, mais comme elle peut pas le faire, elle m'a dit de voir ça avec toi ! »

Oscar la regarde intensément, et ils restent ainsi, immobiles, à se mesurer du regard.

« On va au Lac, tu viens ? Oscar a quelqu'un à te présenter. »

Oscar ne la quitte pas des yeux, puis jette un œil au couloir et à la porte de la salle de classe qui reste fermée. Il pointe Philomena du doigt.

« Je suis pas censé te le dire. C'est plus fort qu'un secret, c'est un pacte. J'ai pas le droit de te le dire, Philo. Mais je peux te le montrer... Et y a intérêt que ça m'attire pas de problèmes. Alors, tu te tiens tranquille et je t'aide. »

Willow lui met un discret coup de coude.

« Viens, on va au lac. »

Philomena serre son sac sur son épaule, et repousse son affolement et son espoir. Elle enferme tout cela dans une petite boîte, parce qu'elle se rend bien compte qu'elle est en train de polluer Oscar et Willow qui en a même les yeux humides. Alors, elle acquiesce brièvement, soupire doucement.

« On va au lac. »

 

End Notes:

Ah, j'oubliais, concernant le pendu sur Flynn Fletcher, j'ai fait quelques boulettes avec mes petits points. Si vous voulez le reconstituer...

 

Flynn ..et....

Maître .. ..mp. .. .. l'...u....

J'ai bien compté mes points qui n'ont pas fusionné ce coup-ci... J'attends vos pendus en reviews :) Ce n'est pas si compliqué que ça, surtout si vous avez lu Menteurs et les Illustres.

J'espère que la lecture vous a été agréable ;) Je me motive pour être plus régulière, mais vous me connaissez, je m'éparpille :)

A tout bientôt !

 

L'Etre de l'Eau by Sifoell
Author's Notes:

Hello,

Au précédent chapitre, Philomena n'est toujours pas au top de la forme, le professeur Ebony lui apprend qu'elle dérange ses amies dans le dortoir, et elle n'a toujours pas de nouvelles de sa mère suite à l'emprisonnement de son père.

Ce chapitre répond au prompt "tirez une carte" des Défis intergalactiques sur Discord. J'ai choisi le Sept de Coeur : "Ecrivez une fanfiction sur la confiance."

 

Philomena tient son sac à la main et marche à côté de Willow, qui donne son bras à Oscar. Ils ont tellement l'air de partir en mission, ainsi, la tête haute, regardant droit devant eux que cela ferait presque sourire Philomena. En quittant la Grande Salle, ils clignent des yeux, éblouis par ce ciel blanc, annonciateur de neige, et ce froid mordant qui rend le bout de leur nez tout rouge. C'est Oscar qui met les pieds dans le plat tout de suite, alors qu'ils marchent sur l'herbe craquante.

« Tu devrais les ignorer, ceux qui se moquent de toi, Philomena. Parce que s'ils le font, c'est parce que tu ne réagis pas, donc ils vont se moquer de toi jusqu'à avoir une réaction. Tu t'en fous, d'eux. Tu devrais t'en foutre de ce qu'ils pensent de toi et de ta famille... Fais comme moi. »

Il lui adresse un sourire en coin, avançant sa tête pour la regarder par-dessus Willow. Philomena laisse s'échapper un soupir chevrotant, bientôt imitée par son amie. Il faut vraiment qu'elle apprenne à contrôler ses émotions, elle les contamine tous. Le professeur Ebony a raison, et cela agace Philomena de ne pas être capable de le comprendre. Le petit filet de voix de Willow vient la sortir de ses pensées.

« Elle a raison, Philo. Tu es une enfant, c'est normal que tu ne puisses pas tout comprendre, comme nous. On a tellement de choses à apprendre. »

Willow tourne sa tête vers elle, avec son regard qui la traverse. Depuis quand est-elle capable de lire dans les pensées ? Cela met Philomena dans une sorte de malaise indéfinissable qu'elle repousse. Willow est son amie, elle l'a choisie elle. Alors, elle sourit et presse sa main sur celle de la petite fille qui est déjà si grande alors qu'elle est si petite. Philomena garde sa main dans celle de Willow et relève la tête, ils ont une mission à accomplir.

 

Arrivant près du Lac Noir, Oscar se tourne, méfiant, vers l'école, puis regarde le parc autour de lui. Ils sont seuls dehors, il fait un froid de canard, et le jour commence à baisser, ce qui arrange ses affaires, puisqu'il préfère être discret. Il se tourne vers Philomena.

« Prends le bras de Willow, je vais aller l'appeler. »

Willow met sa main sur le coude de Philomena, et sourit, alors que la petite fille se rembrunit devant l'air plus que sérieux d'Oscar.

« Allez, vas-y, l'homme en or ! »

Oscar se retourne vers Willow et lui adresse un de ces sourires qui l'illumine, de ses yeux verts pailletés d'or à sa peau encore brunie par le soleil, et jusqu'à ses cheveux blonds. Il respire la fierté et le contentement, et s'avance vers le lac à grandes enjambées, alors que Philomena et Willow le suivent à leur rythme. La petite fille plisse les yeux en regardant Oscar s'approcher du Lac, s'assoir sur un rocher au bord, faire jouer ses doigts dans l'eau, puis mettre ses deux mains devant sa bouche comme un porte-voix. Son cœur manque un battement quand elle voit l'eau d'ordinaire dormante s'agiter, et la tête d'un Etre de l'Eau en sortir. Ils semblent commencer à discuter tous les deux, mais Philomena et Willow sont trop loin pour entendre quoi que ce soit, et de toute façon, aucune d'entre elle n'est capable de parler leur langage, contrairement à Oscar, ce que Philo a compris rapidement.

La tête s'immerge rapidement, et des pieds palmés sortent de l'eau qui redevient calme.

« Qu'est-ce qu'il a dit ? »

Oscar sourit d'un air suffisant.

« Il va chercher le Voyageur. Il est pas très content, mais ils sont un peu colériques, les Etres de l'Eau. Faut pas en avoir peur. »

T'es malin, pense Philomena, moi je sais pas du tout comment me comporter face à eux, j'y connais rien... La main de Willow se serre sur le bras de Philomena, à lui faire mal. Les deux enfants la regardent, s'alarmant de la pâleur de son teint, de ses yeux vitreux qui roulent dans leurs orbites.

« L'eau est la clé dorée, Philomena. L'eau est la réponse à toutes tes questions. »

Willow secoue alors la tête et leur adresse un sourire vague. Philomena et Oscar s'échangent un regard entendu.

« Je te l'ai dit, elle est comme ma tante, Willow... Faudra que je te la présente... »

« Ah oui, pourquoi, Oscar ? »

Oscar esquisse une moue sérieuse.

« Parce que tu es ici et ailleurs, Willow. Et cet ailleurs nous guide tous. »

Là-dessus, il dessine un geste étrange sur lui, se touchant le front, puis le cœur, et enfin l'épaule gauche et l'épaule droite avant de finir par porter ses doigts réunis devant sa bouche, et de les embrasser. Philomena reste le regarder d'un air intrigué, ses mains soutenant Willow qui est toujours un peu volatile quand elle a eu une vision. Le temps semble s'arrêter, s'étirant dans un instant immense, et le clapotis de l'eau les rappelle à la réalité.

Oscar se tourne vers la tête de l'Etre de l'Eau qui les regarde de manière indéfinissable. Il le salue en inclinant la tête.

« Faites comme moi, les filles... » marmonne Oscar, et les filles s'inclinent. L'Etre de l'Eau se met alors à parler à Oscar, dans une langue étrange, qui leur rappelle l'écoulement d'un ruisseau, les bulles remontant à la surface. Oscar pointe son index vers Philomena.

« Approche avec Willow, il veut vous connaître avant. »

Philomena se sent d'un coup toute petite quand l'Etre de l'Eau s'avance aussi vers elle, immense et visqueux comme un poisson, ses écailles bleues, vertes et rouges chatoyant à la lumière. Il est vraiment très grand, et semble tout en muscles. Ses membres sont longs, ses mains et ses pieds palmés, et Philomena ferme les yeux un instant quand son regard se perd au milieu de son corps où il n'y a rien. C'est peut-être interne, comme chez certains poissons. Elle rougit à cette pensée.

L'Etre de l'Eau s'intéresse d'abord à Willow qui lève la tête dans sa direction. Une des mains palmées vient se poser en une caresse sur sa joue et la petite fille glousse.

« Oh, c'est tout froid ! »

« Il te dit bonjour, c'est tout... »

Les yeux de poisson de l'Etre de l'Eau se ferment quelques instants, leur paupière interne venant les couvrir d'un film opaque. Il se tourne alors vers Philomena qui se tend imperceptiblement, et lui tend sa main.

« Donne-lui ta main, Philo. Il veut te dire bonjour aussi. »

Philomena pose sa main sur la main palmée de l'Etre de l'Eau, froide et visqueuse et frissonne... Il se penche vers elle, semble en humer l'odeur, avant de fermer sa main autour de la sienne, de la porter à sa bouche dépourvue de lèvres, et de lui mordre la partie charnue du pouce. Philomena essaie de retirer sa main, mais il est trop fort. Oscar agite alors sa main vers elle.

« Il fait connaissance, Philo, c'est tout. »

Dans un claquement de langue, l'Etre de l'Eau semble goûter son sang, et parle de nouveau à Oscar dans ce qui évoque le bruit d'une rivière qui dévale une colline, et creuse, creuse la roche. L'Etre de l'Eau lui lâche alors la main, mais ne la lâche pas des yeux, tout en continuant à parler à Oscar qui lui répond de la même manière. Le garçon se met alors à éclater de rire.

« Ah, je t'avais dit que j'avais raison ! Voyageur dit que tu ressembles à l'homme que tu cherches... »

« Il est vivant ? »

« Oui... »

« Mais il est où ? »

Philomena regarde avec plein d'espoir l'Etre de l'Eau qui continue de parler avec Oscar, mais elle ne comprend rien, et ça, ça, l'énerve.

« Il ne peut pas le dire encore. Il a fait un pacte avec cet homme. Il faut qu'il lui en parle. »

Là-dessus, l'Etre de l'Eau s'incline, imité par Oscar, puis les deux filles, et replonge dans le lac noir.

 

Au repas du soir, les trois enfants mangent ensemble, dans la Grande Salle. Philomena aimerait tellement poser plein de questions à Oscar : pourquoi il parle le langage des Etres des Eaux ? Sa famille aussi ? Et pourquoi il l'a mordue ? Alors, elle lance un regard à Oscar qui, la bouche pleine, la coupe tout de suite.

« Non. Je te l'ai dit, je n'ai rien le droit de dire... Faut pas que ma famille apprenne, parce que maman, je vais prendre cher... »

Philomena soupire de frustration et continue à manger. Willow met un discret coup de coude à Oscar, qui avale tout rond sa bouchée.

« Tu sais, te montrer ce que je t'ai montré, c'est te faire entrer dans ma famille. Personne en dehors de notre clan n'est au courant de ça. »

Philomena reste la fourchette en suspens, avant de regarder Willow.

« Willow, c'est pas pareil, Philomena. Willow, elle finit par tout savoir, parce qu'elle est connectée à l'Ailleurs. »

Et Oscar renouvelle ce signe étrange.

« Si ma mère l'apprend, je serai obligé de vous présenter à elle... »

Puis il marmonne.

« Et de toute façon, vous voudrez jamais venir chez moi... »

« Ben pourquoi ? »

C'est sorti comme ça, de la part d'Oscar et de Philomena. Ils se regardent, plein d'incompréhension dans les yeux.

« Pour la même raison que tu penses qu'on veut pas aller chez toi. »

Philomena rougit violemment et plonge la tête vers son assiette, chipotant du bout de la fourchette. Oscar peut être fin, très fin, parfois...

« J'ai envoyé une lettre à maman il y a plusieurs jours, quand j'ai su pour mon père... Et elle ne m'a toujours pas répondu... »

Philomena ne redresse pas la tête de son assiette, sentant les larmes monter. Elle résiste, résiste tant qu'elle peut, mais quand elle sent les mains de Willow tâtonner le long de son bras, chercher son épaule, et l'entraîner contre elle, Philomena cache son petit visage de ses mains et se met à sangloter franchement.

Le silence se fait autour d'eux, et les yeux cachés par ses mains, Philomena entend plus qu'elle ne les voit des petits pas pressés s'approcher d'elle, et l'odeur de cannelle de Mara envahir son espace.

« Vous n'avez pas mieux à faire, là ? Manger, par exemple ? »

La voix autoritaire de Lydia fait taire les moqueries, même celles d'Ethel Shammade. Et entourée de ses amis, Philomena lâche tout ce qu'elle retenait depuis des mois, et commence tout doucement à sentir de nouveau cette confiance qu'elle leur a confié, fragile et volatile, mais une confiance quand même...

 

End Notes:

Oh, choupette, n'est-ce pas ?

Alors, je fais un petit récap au niveau des "quêtes" de Philomena : le fameux Flynn Fletcher qui fait partie de sa famille, cela, elle en est sûre (Oscar leur trouve un air de ressemblance), l'Etre de l'Eau qu'elle vient de rencontrer qui est représenté dans le tableau de Flynn Fletcher. Flynn Fletcher possède une montre ressemblant à celle que Philo a acheté.

Il y a aussi les pouvoirs de Willow qu'Oscar dit "être connectée à l'Ailleurs".

Et les pouvoirs de Philo : le fait qu'elle envahisse de ses émotions ceux qui l'entourent.

Et enfin, sa mère qui ne répond toujours pas à sa lettre, mais cela va venir.

Ces temps-ci, j'ai été pas mal absorbée dans le MCU (Marvel Cinematic Universe), et comme je ne m'éparpille pas du tout, j'ai commencé une fic qui me tient pas mal à coeur dans cet univers (que je ne publierai que lorsqu'elle sera finie), donc j'essaie quand même de mettre à jour le plus régulièrement possible les fics ici, mais je jongle entre plusieurs histoires, plusieurs chronologies et plusieurs univers, et cela demande du temps.

N'hésitez pas à laisser un petit mot ici sur ce que vous pensez, si vous avez des théories (je rappelle que l'histoire de Philo va se dérouler sur plusieurs années, on est en 1982, là, et j'ai des idées pour elle jusqu'au delà de 2005 - ce qui implique qu'elle survit à la guerre, héhé, et à sa famille. Gloups).

A tout bientôt :)

Furie by Sifoell
Author's Notes:

Hey,

Serai-je repartie à mettre à jour mes fics HP ? Je l'espère, cela fait bien trop longtemps que je ne l'ai pas fait régulièrement.

Au précédent chapitre, Oscar accompagne Willow et Philomena rencontrer Voyageur, l'Etre de l'Eau qui serait, semble-t-il, le même que celui du portrait de Flynn Fletcher. Philomena n'avait pas de nouvelles de sa mère suite à l'emprisonnement de son père et de Jared, le "super" ami de celui-ci.

Je vous souhaite une bonne lecture !

« Il faut que vous vous repreniez, Philomena. Vos notes sont en chute, et vous avez oublié de me rendre un devoir. »

La petite fille baisse la tête, et a juste envie de fuir le professeur McGonagall qui lui adresse un regard appuyé.

« Avez-vous des nouvelles de votre mère ? »

Philomena relève brusquement la tête, et le professeur McGonagall poursuit.

« L'emprisonnement de votre père a déjà fait le tour de Poudlard, et Mademoiselle Southgate, Lydia, en a touché deux mots au professeur Flitwick. Nous savons que votre mère ne répond pas à vos lettres depuis deux semaines maintenant. »

Les lèvres de Philomena tremblent, alors elle les mordille.

« Je vais écrire à mon cousin Mondingus. »

Le professeur McGonagall fait une grimace, et Philomena y lit qu'elle ne lui fait pas vraiment confiance.

« Il me répondra. »

Le professeur McGonagall a de nouveau cette moue incertaine puis retourne s'asseoir derrière son bureau.

« Je ne vais pas vous punir dans des circonstances pareilles, Philomena, mais pensez à vous. Faites vos devoirs, et étudiez. C'est la meilleure manière de pouvoir vous en sortir. »

La petite fille ravale la boule qu'elle a dans sa gorge, profondément agacée que même le professeur McGonagall, qu'elle estime beaucoup, pourtant, pense que sa famille soit à ce point méprisable que sa seule chance soit d'étudier pour la fuir et ne pas finir comme eux.

« Je peux partir ? »

Le professeur acquiesce, et Philomena s'en va sans demander son reste.

 

Agacée, Philomena parcourt les couloirs depuis la salle de métamorphose et retourne à sa Salle Commune. Dans un coin, Willow est assise sur un fauteuil et Oscar est à ses pieds, un livre ouvert sur ses genoux. Il semble déchiffrer tout doucement le livre, suivant de son doigt la ligne, s’arrêtant à chaque mot, et butant sur les syllabes. Il lui adresse un regard avant de reprendre. Philomena file dans son dortoir, Gladys et Daisy sont en train de papoter gaiement. La petite fille grimpe sur son lit, en tire les rideaux, et attrape plume, encrier et parchemin. Elle en découpe un petit rouleau avant de s’allonger sur le ventre et de se mettre à écrire à son cousin.

 

Mondingus,

 

J’ai appris par la Gazette du Sorcier que papa a été emprisonné pour trois mois à Azkaban. Je n’arrive pas à avoir de nouvelles de maman depuis deux semaines. Je commence à sérieusement m’inquiéter. Il lui manque de l’argent ou quoi ? Il lui est arrivé quelque chose ? Elle ne va pas bien ?

Peux-tu me répondre s’il-te-plaît ?

 

Philomena.

 

La petite fille relit rapidement sa lettre qui lui convient, il ne faut jamais faire très compliqué avec Mondingus qui est toujours dans l’esquive. Elle roule son parchemin, range ses affaires rapidement, tire les rideaux de son lit, et sort en trombe du dortoir, puis de la salle commune, puis de Poudlard, pour traverser le Parc et rejoindre la volière. La haute silhouette d’Hagrid la fait s’arrêter, et Philomena tâte ses poches à la recherche d’une pièce pour payer le hibou postal, mais se met à pester quand elle se rend compte qu’elle a laissé sa bourse sur son lit.

« Ah, Philomena, tu as oublié quelque chose ? »

La voix bourrue d’Hagrid lui fait lever les yeux jusqu’à sa grosse tête, tout là-haut. D’une petite voix, elle murmure.

« J’ai oublié mes sous. »

Et elle baisse la tête, froissant le parchemin dans son poing.

« Oh, mais pas de soucis, Philomena, je peux te dépanner deux pièces pour une lettre. Je veux juste un vrai sourire. »

La petite fille secoue la tête et quand Hagrid l’entend pleurer, il piétine quelques instants sur place avant de poser avec autant de délicatesse qu’il peut, sa main sur son épaule, ce qui la fait se vaciller. Il lui prend le parchemin des mains, avant de tendre son bras vers la porte de la volière, et de laisser un hibou s’y poser. Hagrid accroche le parchemin à sa patte puis lui donne une impulsion et l’oiseau s’envole à tir d’ailes, suivi des yeux par le demi-géant et la toute petite fille. Elle renifle, essuie ses yeux dans ses manches et marmonne.

« Merci. »

« Et ce sourire, alors ? »

Philomena étire ses lèvres mais le coeur n’y est pas.

 

La soirée s’étire et pas de nouvelles de Ding. Ni le lendemain. Philomena est une véritable boule de nerfs qui n’arrive pas à trouver le sommeil, ni ses compagnes de dortoir, ni à se concentrer une minute. Le samedi, n’y tenant plus, avant même de se lever pour aller prendre son petit déjeuner, Philomena écrit une nouvelle lettre bien sentie à son cousin.

 

Mondingus,

 

Si tu ne me donnes pas de nouvelles aujourd’hui, je te balance aux Aurors pour les Scrutoscopes et tu rejoindras mon père et Jared à Azkaban. Tu reconnaîtras bien les lieux, vu que tu y es déjà allé. AS-TU DES NOUVELLES DE MA MERE ?

 

Philo.

 

D’un geste rageur, elle réussit à percer son parchemin, casser le bout de sa plume et recouvrir ses mains et ses draps d’encre. Mais elle ne s’en occupe pas plus que cela, enfile sa robe de sorcière sur son pyjama, attrape sa bourse, ignore Daisy qui pleurniche dans son sommeil, et Willow qui s’agite, et file à travers le château jusqu’au parc. Là, elle arrive à la volière, tire comme une damnée sur la poignée de la porte – il faut être un demi-géant pour réussir à l’ouvrir – et entre en trombe dans le bâtiment, réveillant chouettes et hiboux qui se mettent à battre des ailes et hululer dans tous les sens. L’un d’eux chie sur sa manche que Philomena essuie en se pinçant le nez sur la mousse du mur.

Philomena tend son bras fin, fouille de son autre main la poche où elle a rangé son parchemin et sa bourse, et sursaute quand un hibou grand-duc vient se poser sur son bras, ses longues serres acérées venant percer sa robe de sorcier et son pyjama. Elle aurait du mettre un pull, ça l’aurait protégée, et elle est frigorifiée. Elle accroche de sa main libre le parchemin à la patte du hibou qui la regarde de ses immenses yeux orange, puis fouille dans la bourse dans sa poche à la recherche de deux mornilles qu’elle met dans la bourse accrochée à la patte du hibou. Puis d’un geste du bras, elle donne une impulsion au hibou qui bat lourdement des ailes et prend son envol. Philomena éclate de nouveau en sanglots en le regardant s’élever. Elle a toujours si peur pour sa mère. Peur quand son père est avec elle, mais surtout peur quand son père n’est pas là. Les périodes les plus dures pour sa mère sont quand son père est emprisonné à Azkaban. Philomena l’a déjà vue se laisser dépérir, perdre le sommeil, l’appétit. Elle qui est déjà si menue en devient décharnée, et triste, si triste. Elle ne semble jamais manquer de larmes quand son père n’est pas là.

La dernière fois, c’était en février de cette année. Philomena a vu sa mère se laisser aller à un tel point qu’elle a pensé qu’elle se laisserait mourir. Et qui il restera à Philomena si sa mère n’est plus capable de s’occuper d’elle-même ? La petite fille enferme ces pensées à double tour dans son esprit. Et essuie rapidement ses yeux de ses manches quand elle voit Scott arriver, déjà haute silhouette dans son pantalon trop court.

« Hé, tu me dépannes deux mornilles ? Faut que je réponde à ma mère. »

Philomena acquiesce et lui tend deux pièces.

« Oh, fais pas la gueule, il va bien finir par sortir ton père. »

La petite fille serre les dents et s’éloigne, ne prenant même pas le temps de répondre à Scott. Cela ne vaut pas la peine. Il n’en vaut pas la peine.

« Elle te répond pas, ta mère, c’est ça ? Elle n’est toujours pas habituée à ce que ton père rentre et sorte constamment de prison. »

Philomena se retourne brusquement et crie.

« Tais-toi ! Tu ne sais pas ce que tu dis, alors tu la fermes ! »

Un sourire mauvais déforme la bouche de Scott, ses cheveux bruns trop longs cachent l’éclat de ses yeux gris.

« Oh, mais je sais ce que je dis, mademoiselle Parfaite. Je sais parfaitement ce que je dis sinon je le dirai pas. Tu crois qu’il fait quoi, mon père ? »

Les yeux noirs de Philomena rencontrent ceux, métalliques, de Scott.

« Il est probablement dans la cellule d’à côté, mon père. Alors arrête avec tes grand airs. »

L’idée traverse l’esprit de Philomena que le professeur McGonagall n’a sans doute pas conseillé à Scott de réussir ses études pour quitter sa famille. Son estomac se tord. Elle reste figée, les poings serrés. Si elle ne se calme pas rapidement, Scott aussi va être pollué par sa colère. Philomena se détourne et ne fait que quelques pas avant de s’arrêter de nouveau, interpellée par la voix de Scott Scabior.

« On est pareil, toi et moi. De la vermine. »

Et ces paroles que Scabior lui avait déjà dit il y a quelques semaines font remonter à la surface plein de peurs chez Philo, et ne font qu’attiser sa colère qui flambe soudainement. La voix enfermée dans sa gorge, elle serre les poings encore une fois, et se met à courir vers Scott qui, pour une fois, ne semble plus si sûr de lui, et dans une grande envolée de robe noire, de cheveux emmêlés, de poings qui frappent et de cris étouffés, Philomena se transforme en furie et fonce sur le garçon avec une telle force qu’ils basculent tous deux par terre. Elle porte plusieurs coups à Scott avant qu’il ne pense à les rendre. Elle ne sent pas la douleur dans ses poings qui frappent Scott, ni sur sa pommette et sa mâchoire. Tout ce qui compte est de lui faire ravaler ses mots.

Tout occupés qu’ils sont à se battre comme des chiffonniers, ils n’entendent l’agitation autour d’eux. Une main vient happer la robe de Philomena et la soulève comme un rien. Elle se débat, et essaie d’asséner son poing, mais s’arrête quand elle voit le visage de Severus Rogue, dont la mine longue promet que cela ne va pas très bien se passer pour leur matricule.

« Debout. »

Scott se relève, la lèvre fendue qu’il essuie d’un revers de manche. Philomena essaie de se dégager de la prise du professeur, mais il serre le poing encore plus fort, et la secoue.

« Cela suffit. »

Philomena exhale un sourire frustré et respire fort, essayant d’apaiser les battements de son coeur. Quand des larmes de rage s’échappent de ses yeux et qu’elle les essuie d’un geste vif, le professeur la lâche, et la petite fille se rend alors compte que ses pieds ne touchaient pas le sol.

« Scabior, à ma gauche. Fletcher, à ma droite. Dans mon bureau. Maintenant. »

Tout le long du chemin jusqu’au bureau de Rogue, ils croisent plein d’autres élèves et d’autres professeurs, mais Philomena et Scott se moquent des regards choqués ou amusés, des bruits qui courent d’une table à l’autre. Les deux enfants s’ignorent ostensiblement, et s’éloignent le plus possible l’un de l’autre arrivés devant le bureau de Rogue. Philomena a les yeux au sol, et maintenant que l’adrénaline a un peu baissé, elle sent palpiter une douleur à sa pommette et sa mâchoire. Elle risque un coup d’oeil rapide à Scott et sourit en voyant les traces de griffures sur son visage et sa lèvre qui saigne.

« Fletcher, effacez ce sourire immédiatement. »

Philomena regarde alors le professeur Rogue qui a l’air furieux, à l’image d’elle-même, et elle soutient son regard. Elle a eu parfaitement raison d’en mettre plein la tête à Scott. Il n’avait pas à lui dire ces choses. Il ne sait pas. Il ne sait rien. Personne ne sait rien.

« Cela tombe bien que vous soyez là, j’ai plein de chaudrons à récurer. Et je pense même que monsieur Rusard a besoin d’aide pour polir ses chaînes. »

Sa voix est froide, tranchante comme une lame aiguisée avec soin.

« Vous allez donc au moins passer tout le week-end à faire ça. »

« Elle m’a attaquée. »

La voix de Scott faiblit quand il se rend compte de ce qu’il vient de dire. Que Philomena, la plus petite élève de l’école, et la plus menue, vient de l’attaquer lui, qui est bien plus grand et plus costaud qu’elle. Le professeur Rogue grimace et se tourne vers Philomena.

« Et quelle est la raison de cette attaque, Fletcher ? »

« Scott m’a rappelé certaines choses. »

Après cette réponse on ne peut plus vague, la tête de Philomena se baisse, elle fixe le sol, et ne prononce plus le moindre mot de la journée.

End Notes:

Et voilà ! Pffffiou. Etonnamment, ce chapitre n'a pas été si difficile à écrire, je l'avais commencé il y a longtemps, oublié, puis repris il y a quelques jours.

Je trouvais qu'il manquait un peu de ce garçon discutable qu'est Scott Scabior (vous vous souvenez sans doute de lui dans les films comme faisant partie des Rafleurs, son rôle étant moindre dans les livres).

J'espère que la lecture vous a été agréable !

A bientôt :)

Sifoell :)

Bulle de temps et runes anciennes by Sifoell
Author's Notes:

Hello,

Après s'être battue avec Scott Scabior (elle lui a mis la pâtée, ma petite Philo), la voici encore dans quelques soucis - décidément, elle n'arrête pas !

Ce chapitre a été inspiré par :

Première et dernière phrase, les défis galactiques.

Première phrase 37 : "Croyez-moi, je n’ai jamais souhaité être un [sang-mêlé]." Percy Jackson et le voleur de foudre de Rick Riordan

Nuit du 22/10/21, thème de 20h : Perception

Nuit du 22/10/21, thème de 21h : image réveils

Nuit du 22/10, thème de 22h : Onirique

Je tiens à remercier MadameMueller pour sa fidélité et la correction de ce chapitre :)

- Croyez-moi, je n’ai jamais voulu être une Fletcher.

Philomena se tient devant le miroir de la salle de bain, imaginant avoir une conversation avec elle ne sait qui, un adulte, sans doute, et exprimant ainsi du mieux qu’elle peut sa difficulté à faire partie de cette famille, et sa difficulté à supporter ces regards, ces murmures. Elle a l’impression que toute sa vie est déjà tracée, qu’il est inutile de se battre, qu’elle n’arrivera jamais à faire mieux que ses parents, que sa famille.

Prise d’une impulsion soudaine, parce qu’elle a un peu de temps avant le déjeuner et sa colle avec Scott chez Rusard, Philomena sort en trombe de la salle de bain, puis de son dortoir, puis de la salle commune et parcourt ce labyrinthe de couloirs pour rejoindre ce familier croisement de trois branches, cette statue moche qui joue inlassablement de la harpe aux cordes maintenant brisées, et derrière l’épais rideau, le portrait de Flynn Fletcher.

Philomena se faufile entre les rideaux qu’elle laisse fermés derrière elle, se souvenant de la dernière fois où elle est venue ici, et de la réaction de Flynn Fletcher. La petite fille se plante devant son tableau, qui est comme d’habitude. Il a remarqué sa présence mais l’ignore ostensiblement, assis sur son fauteuil et regardant dans le vide. Le chat est roulé en boule sous la fenêtre, mais il n’y a pas d’Être de l’Eau, peut-être est-il parti dans sa fontaine, pense Philomena en se grattant la main machinalement, là où il l’a mordue.

- Croyez-moi, je n’ai jamais voulu être une Fletcher, répète-t-elle, mais à quelqu’un, cette fois-ci.

Philomena chuchote, ne voulant pas être surprise par quelqu’un passant dans le couloir. Le regard de l’homme reste toujours dans le vague, et la petite fille se demande à quelle époque il a vécu.

- On ne peut pas compter sur les Fletcher, on ne doit pas faire leur confiance. Ils mentent, ils volent, ils trichent, c’est ce qu’il se dit partout, ce qui se murmure, c’est pour ça qu’on me regarde mal, et j’en ai marre ! Mais j’ai pas d’autre choix que d’être une Fletcher. La fille de mon père.

Il n’y a toujours aucune réaction.

- Mon père est à Azkaban, et j’ai aucune nouvelle de ma mère.

Philomena se gratte de nouveau la main où l’Être de l’Eau l’a mordue, et elle s’arrête quand l’homme tourne la tête vers elle, et regarde la chair de son pouce, où de fines cicatrices persistent. Il se lève alors de son fauteuil, et comme la dernière fois, se rapproche du tableau comme pour se mettre à la fenêtre et regarder dehors. Il lève alors sa main gauche et montre son pouce où Philomena discerne des traces de dents. Elle lui montre alors sa main, et quelque part, elle sent que l’homme mystérieux la reconnaît. Il recule dans la pièce et se dirige vers la bibliothèque. Il semble hésiter un moment avant de sortir sa montre à gousset qu’il montre à Philomena, puis il sort un livre des étagères, et s’avance de nouveau vers la petite fille. Il pose son index sur ses moustaches, montre la couverture du livre où sept runes sont gravées d’or. L’homme passe son doigt sur chacune d’elle, articulant largement pour que Philomena puisse lire sur ses lèvres.

- Laguz, Othila, Algiz, Naudiz, Gebo, Fehu, Ansuz

Philomena se met à réciter ces runes, gravant dans sa mémoire leur forme, leur nom, l’esprit fourmillant de l’envie d’aller étudier ce livre, et d’en découvrir cette connaissance qui lui échappe, sans doute. Elle a l’impression de courir après du vent, quelque chose d’insaisissable qui lui filera entre les doigts à jamais si elle n’arrive pas à comprendre de quoi il retourne.

L’homme part ensuite ranger l’ouvrage dans la bibliothèque, et sort de nouveau sa montre qu’il brandit vers Philomena. Donc, le livre qu’il vient de ranger parle du temps, et peut-être des pauseurs de temps ? La petite fille acquiesce. L’homme remonte sa montre, et Philomena a l’impression d’entendre les engrenages s’entrechoquer, et la scène redevient ce qu’elle était habituellement. L’homme assis au milieu de la pièce, le regard lointain, le chat qui dort en boule sous la fenêtre dont les rideaux bougent, poussés par une brise invisible, et la fontaine, dehors, mais sans l’Être de l’Eau. Alors qu’elle retourne à toute vitesse dans la Grande Salle pour déjeuner, Philomena a l’impression d’entendre le tic-tac de centaines d’horloges battre dans ses oreilles.

 

Après avoir passé l’après-midi à polir les chaînes que Rusard entrepose dans son bureau, sous la surveillance menaçante du concierge, Philomena ignore Scott qui n’a fait que la regarder méchamment tout le temps de leur punition. Dès que Rusard les libère, Philomena file à la bibliothèque et demande gentiment à Madame Pince un bout de parchemin et une plume, et elle griffonne les runes qu’elle a gravées dans sa mémoire. Laguz pour l’eau, Othila pour l’héritage, Algiz pour la protection, Naudiz pour le besoin, Gebo pour le don, Fehu pour la richesse et Ansuz pour le divin.

- Vous avez un livre avec ces runes écrites sur la couverture, Madame Pince, s’il vous plaît ?

La bibliothécaire regarde le parchemin de Philomena avec méfiance, puis le lui rend, avant de l’envoyer promener d’une voix haut perchée.

- Il est dans la Réserve, et il faut avoir eu un optimal aux BUSES en étude des runes anciennes pour qu’un professeur puisse vous recommander de le lire. Patientez, mademoiselle Fletcher.

La petite fille lance un regard vers la Réserve qui regorge d’ouvrages de magie avancée, ou de magie noire, et de défense contre les forces du mal, puis soupire. Elle ne peut pas se servir de sa montre maintenant qu’elle a demandé à voir ce livre, ce n’est pas possible… Elle se ferait prendre. Et elle ne peut pas demander à un professeur l’autorisation d’emprunter ou de consulter ce livre, elle n’en aura pas le droit.

Et puis elle se dit que punie pour punie, autant qu’elle le consulte sur place. Elle adresse alors un sourire qu’elle essaie de paraître sincère à la bibliothécaire et va s’assoir à une table. Elle sort discrètement sa montre, la remonte quatre fois pour avoir le temps, respire un grand coup, puis passe devant la bibliothécaire et se rend devant la Réserve. Elle passe sous le cordon sinon elle risque de tomber en essayant de passer au-dessus, et se dirige d’instinct vers les livres sur les runes anciennes, son parchemin à la main, consultant chaque tranche de chaque volume, jusqu’à ce que son coeur s’emballe en reconnaissant les sept runes gravées d’or sur la tranche d’un livre semblable à celui que lui a montré l’homme du tableau. Philomena retire le livre de son rayonnage, et s’assoit par terre pour le parcourir.

Et ce ne sont que des runes, partout… Philomena est incapable de lire cela et encore moins d’en comprendre quelque chose. Une vague de découragement la submerge, mais elle tourne les pages, essaie de retenir ce qui est écrit dessus, comme si elle prenait une photo directement dans sa mémoire. Des fois, ça marche. Pour un livre entier, elle n’en est pas sûre. Pourtant, elle continue, page après page, à essayer d’enregistrer dans sa mémoire ces écrits étranges qu’elle commence à peine à déchiffrer. Elle connaît son alphabet runique, mais guère plus.

Son ventre qui gargouille lui apprend qu’elle a raté le repas du soir, et elle sursaute à un moment en reconnaissant au-delà de sa bulle de temps, la silhouette toute de noir vêtue du professeur Rogue, et celle, plus petite de Madame Pince. Philomena émet un sourire triste avant de continuer à regarder le livre. Elle doute d’avoir assez de temps pour tout enregistrer. Alors, elle ressort sa trousse à ourlet, tire une nouvelle fois sa montre et fait tourner quatre fois, encore. Elle lance un dernier regard au professeur Rogue et Madame Pince, qui sont bientôt rejoints par le professeur Dumbledore. Ils essaient visiblement de casser sa bulle de temps, sans grand succès. Philomena ne sait pas elle-même comment tout cela marche, alors elle essuie les larmes qui emplissent ses yeux, et relance ce même sort sur sa trousse à ourlet qu’elle avait lancé sur sa montre. Elle la renomme afin que personne ne puisse l’acquérir par le sortilège d’attraction, pas même le professeur Rogue. Peut-être pas le professeur Dumbledore, si elle a de la chance.

Et son ventre gargouille et elle est fatiguée, et elle espère qu’elle ne sera pas prisonnière à jamais de cette bulle de temps qui est toute petite autour d’elle. Et elle continue à lire ces runes qu’elle déchiffre à peine, se demandant si cela sert à quelque chose.

Et bientôt, elle sent que le sommeil est trop lourd, alors elle range sa montre, et sa trousse à ourlet dans les plis de sa robe, puis continue de lire le livre. Les professeurs sont toujours là, ainsi que Madame Pince. Elle espère qu’elle ne sera pas expulsée de Poudlard parce qu’elle ne veut pas retourner chez elle, même si c’est être auprès de sa mère, et en l’absence de son père. Il n’y a rien pour elle à Bothwellhaug. Mais elle sait pertinemment qu’elle sera toujours une Fletcher, et que portant ce nom, elle en portera aussi toujours le fardeau. Elle n’a pas fini de parcourir le livre qu’elle tombe dans un sommeil empli de rêves étranges. Des miroirs, des montres, et de l’eau. Et l’homme du tableau, et la harpe sans cordes. Et elle, au milieu de tout ça.

Recroquevillée sur le livre qu’elle n’a pas lâchée, elle ne se rend pas compte que sa bulle de temps éclate, et que le professeur Dumbledore secoue la tête, avec un air triste, observant la petite silhouette qui émet de petites plaintes, perdue dans un cauchemar.

- Tant de souffrance, Severus. Tant de souffrance…

Le jeune professeur ne répond rien, l’air pincé.

- J’imagine que vous allez récupérer sa montre ?

- J’imagine que je vais essayer.

Le professeur Rogue tourne la tête vers son directeur.

- Vous ne pouvez pas laisser une enfant si jeune avec un artefact si puissant.

Sous le regard impérieux du directeur, le professeur se sent fléchir. Il recule même d’un pas.

- Que ressentez-vous, Severus ?

Le professeur serre les dents et les poings, essayant d’ignorer la petite fille et ses tourments.

- La magie est multiforme, Severus, vous le savez. Et seule l’intention du sorcier ou de la sorcière donne à celle-ci son caractère bon ou mauvais. Philomena n’a rien fait de mal, à part enfreindre un règlement, ce qui lui vaudra d’être punie par vos soins. Elle n’a pas encore basculé comme d’autres membres de sa famille du côté de la délinquance, elle est sur le fil. Ce fil sur lequel vous avez dansé, Severus. Et que vous avez franchi, aussi, deux fois. Accompagnez-la à l’infirmerie, Philomena a vécu une bien plus grosse journée que nous, j’ai bien peur.

End Notes:

Et voilà,

Le chapitre suivant est déjà écrit, et j'ai prévu de planifier un peu cette histoire (non, mais je me suis fait un vrai tableau avec tous mes écrits en cours, où j'en suis au niveau de l'écriture, des publications, j'apprends à m'organiser et j'en suis plutôt contente :) )

Je prévois également de me mettre à une relecture de Menteurs, parce que cela ne fait pas de mal de temps en temps de relire ses fics en cours (cela a été le cas pour Libéré par effraction, Perséide et Chienne d'errance plus récemment).

J'espère que la lecture vous a été agréable, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire, j'y répondrai avec plaisir :)

La magie de l'illusion by Sifoell
Author's Notes:

Bonjour,

Non, je n'ai pas oublié Philomena :)

Au dernier chapitre, la petite fille réussissait à communiquer un peu avec le tableau de Flynn Fletcher qui lui montrait un livre de sa bibliothèque, et sa montre. Philomena utilisait alors sa propre montre à gousset pour essayer de lire ce livre, écrit en runes anciennes, alors qu'elle est à peine capable de les déchiffrer.

Ce chapitre fait la suite directe du dernier.

Je remercie l'équipe des Nuits qui m'a permis d'écrire en partie ce chapitre. Nuit du 22/10/21, thème de 23h (sermon), et de minuit (timbre).

Je vous souhaite une bonne lecture, même si ce chapitre est un peu court, je m'en excuse :)

- Donnez-moi cette montre.

La tête rentrée dans les épaules, Philomena étouffe un bâillement puis cligne des yeux.

- Allons, ne vous entêtez pas, Fletcher.

La petite fille serre ses mains sur sa robe, dont l’un des plis contient la trousse à ourlet. Elle est quasiment sûre qu’il ne pourra pas lui prendre sa trousse, ou sa montre, et cette presque assurance lui donne des ailes, même si elle a juste envie d’aller se coucher et de dormir tout son saoul. Bien qu’elle ait déjà passé une partie de la journée à dormir à l’infirmerie.

- Je ne peux pas vous les donner, professeur, parce que je ne sais pas pourquoi, mais je sais que cela peut m’aider. Et je ne sais pas à quoi ça peut m’aider non plus.

- Une semaine de retenues.

- Jusqu’à la fin de mes études à Poudlard, si vous voulez. Mais donnez-moi une punition qui me permette d’apprendre. Récurer des chaudrons ou polir les chaînes de Rusard ne me servira à rien.

- Monsieur Rusard, précise le professeur Rogue entre ses dents.

- Monsieur Rusard, répète avec sa fausse docilité Philomena, ce qui horripile le professeur.

Dans une grande envolée de sa robe noire qui le fait ressembler à une chauve-souris pâlichonne, le professeur fait les cent pas sur l’estrade derrière son bureau. Dumbledore le laisse gérer l’indiscipline, et il ne sait pas que faire de cette élève bien trop têtue pour son bien. En plus, hormis arrêter le temps pour son porteur, le professeur ne sait pas ce que la montre à gousset peut faire. C’est une magie bien différente de celle des Retourneurs de Temps qui, pour ce qu’il en sait, sont tous conservés au département des Mystères, ce qui veut dire qu’il doit y en avoir autant en circulation dans les moindres recoins de l’Allée des Embrumes et dans d’autres lieux aussi peu fréquentables dans tout le Royaume-Uni. Il faut qu’il se renseigne, et il faut qu’il en parle au professeur Dumbledore qui, sous ses airs de sorciers facétieux, en sait toujours bien plus que tout le monde.

- Une semaine de retenues, tous les soirs à 18h ici.

Philomena acquiesce, son regard dérivant vers le livre de runes anciennes qu’elle a lu à la Réserve sans en comprendre grand-chose, et qui est désormais sur le bureau du professeur. Il a dû l’emprunter parce que c’est pour le lire qu’elle a enfreint le règlement de la Bibliothèque, et l’interdiction du professeur Dumbledore d’utiliser sa montre à gousset pour d’autres raisons qu’étudier. Tout cela n’a servi à rien. Dans les brumes de fatigue, son esprit n’arrive pas à se souvenir de la première page seulement.

- Je pourrai consulter ce livre ?

- Et pour quelle raison ?

Philomena hésite. Si elle parle du tableau de Flynn Fletcher à son professeur, est-ce qu’elle aura le droit de lire le livre ? Elle n’étudie les runes anciennes que depuis bientôt quatre mois, elle est incapable de le lire vraiment. L’ouvrage n’est accessible qu’aux meilleurs élèves de sixième et septième année.

- Pour quelle raison, Fletcher ?

- Un tableau me l’a montré. Celui qui est caché derrière des rideaux, devant une statue qui joue de la harpe. On dirait que la statue le surveille. Et…

- Et ?

- C’est le tableau de Flynn Fletcher.

Les yeux noirs du professeur s’étrécissent, et Philomena commence à paniquer, alors que le professeur Rogue lutte lui-même contre cette panique qui l’a tant submergé cette nuit-là, où il a découvert le cadavre de Lily dans sa maison en ruines.

- Sortez. Je vous donnerai une réponse demain. Sortez maintenant.

Philomena acquiesce et sort rapidement du bureau de son directeur de maison pour se réfugier dans sa salle commune. Le temps du trajet lui a permis de faire un peu redescendre la pression, elle ne voudrait pas contaminer les autres de ses émotions, elle perturbe déjà suffisamment le sommeil de Willow, Daisy et Gladys, elle en est bien consciente.

Arrivée dans la salle commune éclairée par la lueur verte des torches et celle venant du lac, Philomena remarque un petit attroupement autour du panneau d’affichage. Oscar et Willow sont là, et d’autres élèves aussi. Oscar accueille Philomena avec un grand sourire et adresse un signe de tête plein de provocation à Scott qui traverse le salle commune pour se rendre au dortoir.

- Hé, viens, Philomena ! Flitwick veut faire une chorale et a besoin de chanteurs. Willow veut le faire. Faut qu’on s’entraîne !

Philomena ouvre de grands yeux sur Willow qui sourit dans le vague, à personne en particulier, mais pourtant à tout le monde.

- On doit apprendre à chanter un Chaudron plein de passion, on peut s’entraîner, et demander à Mara demain, et Lydia aussi si elle veut bien ? L’audition c’est dans une semaine.

Philomena grimace quand elle apprend le nom de la chanson, qui est la préférée de sa mère, et qu’elle a toujours trouvé particulièrement tarte. Mais elle acquiesce, attrape les mains tendues de Willow qu’elle prend entre les siennes, et lui dit.

- Tu veux qu’on commence quand ?

- Ce soir ? Oscar la connaît par coeur, et il chante bien aussi.

Oscar, rouge comme une écrevisse, secoue la tête.

- Oui, je chante avec toi, mais je veux pas chanter dans la chorale, c’est trop la honte. C’est la chanson préférée de maman, et elle est nulle !

Il secoue la main pour appuyer ce qu’il dit, ce qui fait éclater de rire Philomena. La petite fille désigne alors un fauteuil laissé libre dans un coin de la salle commune, et Oscar attrape la main de Willow et l’aide à s’asseoir. Elle trône là comme une reine, Oscar et Philomena à ses pieds, ne s’en rendant absolument pas compte.

Au bout de quelques minutes, Oscar bat la mesure en tapant sur son genou, et les trois entonnent le premier couplet d’Un chaudron plein de passion, les voix d’Oscar et de Philomena servant d’appui à celle de Willow qui s’élève dans les aigus, et leur donne la chair de poule. Elle a vraiment une très jolie voix, c’est ce que se disent en se regardant le petit garçon et la petite fille. Ils passent ainsi une partie de la soirée à chanter doucement dans le coin, jusqu’à ne plus pouvoir supporter ces paroles tartes.

 

Alors que la grande salle est emplie de tous les élèves qui prennent leur petit déjeuner, les hiboux et les chouettes font leur entrée, décoiffant quelques têtes, semant des plumes dans les assiettes. Depuis qu’elle a de nouveau été collée par son directeur de maison, Philomena se fait discrète. Elle lance pourtant un regard plein d’espoir vers les volatiles qui larguent les enveloppes et colis directement sur les tables, les élèves essayant de les récupérer au vol avant de se retrouver maculés de porridge ou de jus de citrouille. Une chouette ouvre ses serres au-dessus de Philomena qui attrape une lettre qu’elle déplie avec fébrilité. Son coeur fait un bond quand elle reconnaît l’écriture soignée de sa mère.

 

Philomena,

 

Je viens de rentrer à la maison. J’ai passé quelques jours chez ta tante Phedra parce que c’était trop dur de vivre à la maison sans ton père. Il était inutile d’affoler ainsi Mondingus. On se voit à Noël.

 

Maman.

 

Toute la tension que Philomena a accumulé depuis ces presque trois semaines sans nouvelles de sa mère s’évacue immédiatement, et elle se met à sourire, puis à rire, sa joie mêlée à des larmes de soulagement. Et bientôt, autour d’elle, d’autres enfants se mettent à rire et pleurer en même temps, sous les regards graves des professeurs Ebony et Rogue. Le professeur tout de noir vêtu se lève de sa chaise, échange un regard éloquent Dumbledore qu’il rejoint.

- Vous savez qu’elle a voulu consulter ce livre parce qu’il y a un tableau d’un Fletcher à Poudlard ?

- Non, je l’ignorais.

Le professeur Dumbledore lit de l’incrédulité sur le visage de Severus.

- Je l’ignorais, vraiment.

- Bien. C’est un livre de runes anciennes qui est sur la magie de l’illusion, de Hafvard Erikson. Le tableau de Flynn Fletcher lui a conseillé de lire ce livre. Je ne sais pas quand elle a trouvé le moment de se balader dans tout Poudlard et de trouver ce tableau, mais visiblement, elle l’a fait.

Le professeur Dumbledore lisse sa barbe silencieusement, un air pensif sur le visage.

- Flynn Fletcher. Je me doutais que ce tableau referait surface. Un sorcier brillant, qui, lui aussi, a marché sur un fil ténu qu’il a franchi sans retour possible. Il a disparu il y a des années.

- Je n’en ai jamais entendu parler. Un proche de Grindelwald ?

- Pas du tout. Un sorcier qui n’était pas fait pour obéir.

End Notes:

Et voilà !

Il y a donc plusieurs éléments à retenir ici, à savoir que ce mystérieux Flynn Fletcher aurait peut-être une petite tendance à faire des choses limites ou carrément illégales - tiens donc, mais on dirait que Dumbledore le connaît de nom, et il semble l'admirer en quelque sorte...

Autre chose importante : la mère de Philo va bien et était chez la soeur aînée de son mari, Phedra (pour resituer la fratrie du père de Philo, nous avons dans l'ordre : Phedra, la mère de Mondingus ; Farrell, Felicia et enfin Fortunat, le père de Philo). Si vous voulez en savoir plus sur cette famille, je m'amuse à la développer dans Les Illustres, qui est vraiment sur les Fletcher (une autre de mes fics en cours, mais promis, je vais bien finir par en finir :D )

Enfin, Willow à la chorale, pourquoi ? Parce que Aurora Aksnes - si vous voulez savoir qui est cette chanteuse, j'imagine un peu Willow ressemblant physiquement à Aurora, mais son grain de folie est plus discret :D

J'espère que la lecture vous a été agréable, je vais me retrousser les manches et faire un peu de planification pour cette fic, parce que cela me permettra d'avancer (je me suis rendue compte que pour des fics planifiées, je pouvais me faire des marathons d'écriture, donc je vais le faire avec toutes, ça va m'aider).

A bientôt :)

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