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128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
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A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


I’ve had enough trouble for a lifetime. par Bendico

[175 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Eh bien !

Eh bien, je sais, j'écris lentement. A vrai dire, ce chapitre est fini depuis début juin, mais je voulais commencer un peu le suivant avant, et avoir le temps de le relire pour le corriger doucement...

Effectivement, certains auteurs arrivent à poster toutes les semaines. Mais combien, trois, quatre pages word ? Ce chapitre-ci en fait vingts. Vous remarquerez que je ne vous arnaque pas sur la marchandise. Enfin, j'espère que ça vous plaira.

Dans ce chapitre, vous allez rêver de l'Asie Centrale, détester Albus Dumbledore, et vous dire que la bureaucratie magique n'a rien à envier à la bureaucratie soviétique de la Guerre Froide...

--
Huffman était arrivé en avance dans l’Amphithéâtre. Il s’était assis sans enlever son pardessus à l’extrémité ouest de la plus haute rangée de la salle. La pièce était plongée dans la pénombre, quelques rayons de lumière filtraient de sous la porte d’entrée, et des lourds rideaux fermés sur les hautes fenêtres. Les baies vitrées étaient bien trop hautes pour qu’on y distingue autre chose que le ciel grisaillant anglais. Aucun élément susceptible de déconcentrer l’élève. Il n’était pas possible de compter les nuages. Le ciel anglais restait étranger aux légers paquets de coton voletant au beau milieu d’un ciel bleu clair. C’était toujours cette épaisse toile blanchâtre, qui effaçait les ombres et plongeait la vie dans cette éternelle uniformité légèrement oppressante. Des couches et des couches de bêtes cumulonimbus totalement imperméables à la lumière.

Huffman regrettait âprement le vent chaud du Turkménistan, son air sec, son soleil tapeur, et surtout, son ciel indigo immaculé. L’Asie Centrale, les sorciers nomades coupés du monde…
Huffman ne ressemblait ni de près ni de loin à l’Indiana Jones moldu, mais oui, lui, le sorcier anglais moyen entre deux âges, aux cheveux poussiéreux, n’aimait rien plus que les étendues désertiques, les semaines passées à crapahuter dans des roches ocres. Et l’avantage des déserts comme celui de la Mer d’Aral en Ouzbékistan, c’était qu’aucun de ces stupides mangemorts ne pouvait avoir l’idée de venir le chercher jusqu’à là-bas.

Car il avait fui. Lâchement. Il avait refusé de se battre, de risquer sa vie. A cinquante-cinq ans, il entendait profiter des quelques années sans rhumatismes qui lui restaient sans risquer à chaque instant de se faire torturer au Doloris par de dangereux psychopathes.
Résister ? Il n’était qu’un sorcier anglais moyen entre deux âges aux cheveux gris. Pas une graine de héros. Il n’en avait ni l’étoffe, ni l’envie. Bien sûr, il aurait pu sauver des vies. Mais surtout perdre la sienne. Et personne n’était venu lui demander de l’aide. D’ailleurs, Godwin et Butcher non plus, à ce qu’il savait, n’avaient pas intégré l’Ordre du Phoenix. L’Ordre se battait pour créer un monde libre, non ? Un monde où chacun était libre d’agir et de faire ses propres choix ! Eh bien il avait fait les siens : la passivité et l’abstention. C’était critiquable voir méprisable, mais il était ainsi.

La magie, les chouettes postales, les baguettes magiques et les tasses mordeuses ne font pas de sorciers vaguement insensibles aux penchants meurtriers de la magie noire, des humains pour autant extraordinaires, des résistants désintéressés prêts à sacrifier leur vie pour le bien commun. En matière de vivacité d’esprit, la magie les rend même la plupart du temps moins curieux et plus feignants que les moldus. Rendez l’intégralité de la population extraordinaire, et plus personne ne l’est.

Il n’était pas extraordinaire. Il était juste Huffman Dickens, quelqu’un qu’en général, on n’aimait pas trop. Un sorcier anglais entre deux âges à la barbe poussiéreuse, aimant secrètement le sable chaud et les carcasses de bateaux rouillés échoués en plein désert de sable où ne tombent que trois gouttes d’eau tous les dix ans.

Comment un type comme lui avait pu devenir professeur d’université en histoire contemporaine magique ? Comment un pauvre mec si lâche pouvait s’intéresser aux grands bouleversements des sociétés magiques occidentales ?

Parce qu'il y avait des années de cela, il avait admiré un de ses compagnons de dortoir. Un garçon passionné, enthousiaste, prêt à risquer sa vie pour ses valeurs, ses principes, un chef inné, un leader incontesté. Au sourire désarçonnant. Subjugué, il l’avait vaguement suivi, de loin, durant leurs études. John, l’homme d’action, le jeune premier aux fossettes au coin des yeux, était devenu un farouche et brillant auror. Dickens était bien trop dégonflé pour être auror. Alors, plus doué dans le domaine des idées que pour courir dans des forêts enflammées, il s’était lancé dans la géopolitique.

C’est drôle, parfois, ces chemins que la vie nous réserve.

John Godwin s’était un jour fiancé à une jeune Emilie Blake, une brunette aux yeux clairs, et Huffman s’était pour la première fois retiré dans un de ses mondes surréels. Désert du Takla-Makan, Xinjiang, Chine. Trois mois.

Tout ça, tous ces étranges virages inconsidérés sur le route de campagne « vie insignifiante », pour en arriver là. Professeur d’Harry Potter, intervenant spécialisé dans la formation des aurors, collègue de John Godwin.

En même temps, qu’on l’ai convoqué à ce poste était plus que logique. Le couard Huffman n’irait jamais se tremper dans des organisations secrètes, des complots. Il fallait des gens de confiance autour de Potter. Pas forcément des machines surentraînées au combat rapproché, des partisans fervents de la rébellion et du respect de la personne humaine. Juste des personnes qui n’iraient jamais vendre des informations à des mangemorts. Un trouillard, suffisamment terré dans son trou pour ne jamais croiser la route des bouffeurs de cadavres, collait aussi parfaitement.

Pourquoi était-il venu ? Un élan inconsidéré. Emilie Blake Godwin était morte plus de vingt ans auparavant. Une mauvaise chute. Et quand il avait vu l’écriture de John sur l’enveloppe transportée par-delà les continents par son faucon postal (Longs Courriers Express de la poste de Pré-au-Lard)…
Evidemment, dès qu’il l’avait revu, il avait repris conscience de l’absurdité de la situation. Ils étaient toujours aussi mal accordés. John le retors et l’actif, qui acoquinait Potter avec trois hurluberlus visiblement pas si ahuris que ça, dans un plan machiavélique, et lui, froussard, qui ne souhaitait qu’une chose : se carapater dans le Karakoum avant que tout ne dégénère et qu’il n’y perde des plumes…

Une pluie de lumière inonda la salle, aveuglant momentanément Dickens.

- On peut entrer ? Demanda la voix sérieuse et assurée de Richard Perkins.
- Allez-vous installer, répondit Dickens. Dépêchez-vous, nous avons beaucoup de sujets à aborder aujourd’hui.

D’un coup de baguette, il fit remonter les lourds rideaux, laissant pénétrer la lumière du jour dans l’amphithéâtre, et il prit sa serviette avec ses notes du jour sous le bras pour rejoindre ses élèves en bas de l’amphithéâtre. Il sentit le regard agressif et scrutateur de Potter posé sur lui durant toute sa descente. Potter, le héros tragique, l’adolescent torturé et sacrifié, son aura extraordinaire de mystère, ses capacités surnaturelles même pour des sorciers. Tout ce qu’il n’était pas. Tout ce que John pourrait aimer chez un homme, vraisemblablement.

Huffman ne commença pas à haïr Potter par frustration. Ça demandait bien trop de volonté, d’énergie, de prise de parti. Il se racla simplement la gorge et commença à dispenser son cours d’une voix assurée par des heures, et des heures de pratique douloureuse devant le miroir.

Quatre énormes rouleaux de parchemin tombèrent lourdement devant chacun des quatre aspirants.
Coote lança un regard anxieux à leur professeur et d'un coup léger de baguette magique, décacheta la liasse de notes probablement grattées en quelques minutes par une plume ensorcelée. Des centaines et des centaines (des milliers ?) de pages noires d'une écriture minuscule, penchée, enserrée dans de très fines marges.

- Voici toutes les informations du Ministère de la Magie concernant Albus Dumbledore. Coupures de journaux concernant sa famille depuis quatre générations, copies de ses bulletins scolaires, descriptifs précis de ses divers travaux de recherche magique (vous trouverez en intégralité ses trente-six thèses traitant de métamorphose, de sortilèges, et de bande dessinée moldue, entre autre). Je viens de vous fournir les comptes rendus de ses nombreux discours dans diverses conférences mondiales magiques, ainsi qu'en tant que président du Magenmagot. Vous trouverez les scripts de tous les procès magiques durant lesquels il a pu prendre la parole. Des sept cent soixante-deux procès. Sans parler des publications qui suivirent tous les conseils d'administrations de Poudlard. Ses anciens élèves nous ont fourni les copies des cours qu'il a pu dispenser en tant que professeur de métamorphose. Vous trouverez l'intégralité de tous les articles de journaux qui le mentionnent. Dans la bibliographie, vous pourrez vous référer aux ouvrages d'histoire et de sciences magique traitant de Grindelwald, de Nicolas Flamel, des révoltes gobelines et des évolutions des droits des créatures magiques douées de raison. Et bien sûr, de monsieur Potter. Viennent d'être ajoutés dans les bibliothèques de vos chambres respectives des exemplaires du brûlot de Skeeter paru l'année dernière, se prenant pour une biographie de Dumbledore. En annexe est joint dans le dossier les différentes versions publiées depuis sa création, de la carte de chocogrenouilles de Dumbledore, ainsi que diverses interviews où vous pourrez trouver les recettes préférées de bonbons au citron et d'esquimau à la pistache.

- Pchiou, fit Crews d'un air accablé.

- Effectivement, Mademoiselle Crews. "Pchiou" est le mot qui convient. Albus Dumbledore a eu une vie particulièrement occupée. Un mage brillant qui a révolutionné la magie. Un orateur exceptionnel. Et peut-être la personnalité la plus mystérieuse du XXe siècle magique, sans vouloir vous offenser, Monsieur Potter.

Perkins laissa échapper un petit rire, qui se transforma en grimace quand il se rendit compte que l'introduction à la treizième thèse de Dumbledore (celle sur les vibrations des chants des sirènes du Groenland sur la vivacité du Golf Stream) ne comportait pas moins de trente-cinq pages.

- Nous pourrions passer des heures, des mois, des semaines, à parler de la vie d'Albus Dumbledore. Nous n'avons que 60 minutes.

- Merci Merlin, maugréa Coote.

- Pour cette petite heure, nous allons laisser de coté les discours, les dates, et toute la paperasse administrative qui gravite autour d’Albus Dumbledore, pour nous concentrer sur l’homme, et sur son parcours ces vingt dernières années.

Autrement dit, Voldemort, moi, moi et Voldemort, traduisit en lui-même Harry. Que du bonheur.

- A l’épaisseur du dossier que vous avez devant vous, vous pouvez aisément en conclure que nous en savons énormément sur Albus Dumbledore. C’est un leurre. Nous connaissons l’homme public. L’homme privé, lui, est toujours resté invisible. Plus insaisissable que de l’eau, plus tortueux que de la fumée.

« Plus tortueux que de la fumée ».
Putain, vives les formules ronflantes à deux balles. Coote eut envie de se taper la tête contre son pupitre. Les professeurs avaient un don si désespérément insupportable pour enrober d’une pseudo-éloquence leurs phrases quand ils s’apercevaient qu’ils n’avaient absolument rien à dire.

- Peu peuvent se vanter d’avoir passé du temps en tête à tête avec Albus Dumbledore. Et ceux-là sont de vieux avares de secrets, peu disposés à les faire partager. N’est-ce pas Monsieur Potter. Seriez-vous disposé à nous parler d’Albus Dumbledore, l’homme ?
- Eh bien, pourquoi pas ? Fit Potter, amusé devant leur réaction.

Yeux exorbités, regards effarés, bouches bées.

- Tu es sûr que tu vas bien Potter ? Tu ne t’es pas fait mordre par une Doxy sans t’en rendre compte ? lui demanda Perkins.
Potter l’ignora.

- Dumbledore… L’homme… Laissez-moi réfléchir… Dès qu’il était confronté à un problème épineux, il s’enfermait, seul, dans son bureau, et y faisait les cents pas durant des heures. Il aimait s’asseoir à son bureau, s’appuyer sur ses coudes et mettre son visage au creux de ses paumes, pour regarder son interlocuteur par-dessus ses lunettes. Il avait un phénix appelé Fumseck, qui lui était d’une grande loyauté, et se montrait loyal envers tous ceux qui étaient eux-mêmes loyaux envers Dumbledore. Albus Dumbledore aimait l’hydromel, les bonbons au citron, les glaces moldues. A chaque Noël, les gens s’obstinaient à lui offrir des livres, et lui se retrouvait toujours à cours de chaussettes. Il avait la mauvaise manie de laisser des secondes chances aux gens, vous savez, il était du genre à croire en l’espèce humaine… Il se moquait de ses titres mais aurait été prêt à faire à peu près n’importe quoi pour qu’on lui laisse sa carte chocogrenouille. Il a voulu être professeur dès sa première année à Poudlard. Il essuyait le trop-plein d’encre de ses plumes sur sa robe de sorcier, sur la cuisse. Il pratiquait le bowling et le tricot.

Un silence ébahi accueillit la tirade d’Harry.

- Ah oui, il avait une cicatrice au-dessus du genou qui ressemble à s’y méprendre à la carte du métro moldu de Londres, rajouta-t-il dans un inhabituel souci du détail.
- Merci, monsieur Potter.
- Ce fut un plaisir.

Et Potter se mura de nouveau dans son silence, quoiqu’à présent, on puisse presque deviner une vague lueur d’amusement derrière ses lunettes.

- Albus Dumbledore était un homme très secret, commença Dickens.

L’attention d’Harry déclina dès les premiers mots. Il avait vaguement conscience que son professeur résumait dans les grandes lignes ce que disait du mage ses plus proches amis connus du public, parlait de Grindelwald, du fait que c’était le seul sorcier que Voldemort n’ait jamais craint…

Bien sûr qu’Albus Dumbledore était un homme très secret. D’ailleurs, combien étaient-ils à les avoir percés, ces foutus secrets ? Une poignée. Et encore. Aucun d’entre eux ne les avait mis à jour. Dumbledore s’était laissé dévoiler à ses pions, parce qu’il y était obligé. Il n’avait été négligeant qu’avec un seul. Gellert Grindelwald. Le brillant, fascinant, séduisant Gellert Grindelwald. Dumbledore rabâchait sans cesse que le plus fort des pouvoirs, c’est l’amour. Quel hypocrite. Pour lui, cela ne lui avait apporté qu’un lot assez invraisemblable d’emmerdements, une dose remarquable de lâcheté, voire un soupçon d’envies génocidaires. L’amour l’avait poussé à avaler n’importe quoi, à traiter sa famille avec mépris, les moldus avec condescendance. A tuer sa sœur.
Albus Dumbledore s’était ouvert à Grindelwald, et on savait tout ce qu’il en avait résulté. Des idées « pour le plus grand bien ».

Après cette tentative peu heureuse, tout n’était devenue que mots habiles, sourires, regards bienveillants par-dessus des lunettes en demi-lune, chapeau pointu et robes piquetées d’étoiles et de lunes. Nigaud, gras-doubles et compagnie. Idées brillantes, pouvoir inébranlable et terriblement rassurant, gentillesse incarnée.
Le directeur de Poudlard s’était transformé en un bon gros leurre adorable.

Et durant des années, on n’avait plus vu le bout du nez cassé du sorcier tourmenté par la mort et obsédé par des reliques de magie noire.
Dumbledore fut bien obligé de s’ouvrir à Séverus Rogue. Peut-être l’homme qui lui ressemblait le plus dans les environs : fracassé par un ancien amour, rongé par la culpabilité, et désirant fuir tout ce qui pouvait se rapprocher d’un véritable contact humain. Dumbledore l’utilisa sans vergogne, profitant de la haine de Rogue envers lui-même, mettant la vie de cet être déjà rendu au stade de loque humaine en jeu sans sourciller.
Dumbledore attendit d’être mort et loin de tout jet d’objet précieux pour se montrer tel qu’il était à lui, Harry. Prêt à sacrifier la vie d’un garçon sur un pari, une folle intuition, lui infligeant la pire des tortures : celle de se croire de manière irrémédiable sur le chemin d’une mort douloureuse et humiliante. Et toujours « pour le plus grand bien ».
Dumbledore lui avait menti, l’avait traité en marionnette, en objet d’étude d’une expérience à l’issue douteuse. Il l’avait « élevé comme un porc destiné à l’abattoir ». Servilus avait toujours eu le don de la bonne formule…
Qui connaissait ce Dumbledore là ? Ils n’étaient plus que trois vivants. Lui, et par échos, vaguement, Hermione Granger et Ronald Weasley.

Le parcours de Dumbledore ces vingt dernières années ? Cacher son passé, traquer en pensées les Reliques de la Mort,.

Il était trop occupé à enfermer dans un coin de sa mémoire le fait qu’il avait mis l’amour de sa vie en prison, et obsédé par la chimère de racheter sa faute en ramenant sa sœur d’entre les morts pour stopper un simple collégien de 15 ans de commettre un meurtre dans l’enceinte d’une école…
Albus Dumbledore, mage blanc de première classe, vainqueur sur le mage noir Grindelwald, pas foutu de se rendre compte qu’au sein de ses classes, un étudiant sème la domination et une fascination morbide, et lit « Comment se fabriquer un horcruxe en 10 leçons » pour s’endormir le soir…

Et pendant ce temps-là, Dickens dissertait sur l’homme qui avait toujours refusé le poste de Ministre de la Magie. L’envie de prendre la parole pour dire « Dumbledore avait eu toujours peur de virer fasciste s’il on lui mettait le pouvoir d’un ministère entre les mains » l’effleura, mais il la repoussa assez facilement.

On refaisait tout juste confiance au jugement de Dumbledore et de lui, le Survivant-fou-furieux, ce n’était pas pour balancer au monde : « Au fait, je vous avais pas dit, Dumbledore était totalement amoureux d’un mage noir, il est responsable de la mort de sa sœur, et il a longuement soupesé l’idée de massacrer des moldus pour mettre la main sur des artefacts de magie noire ! »

Bienvenue dans le monde de la magie.
Le monde des sorciers.
Un monde fantastique peuplé de demi-géants, de chouettes postales, de tableaux animés, d’hippogriffes, de sirènes, d’armures chantantes et de dragons.
Bienvenue dans un monde fantastique pourtant avant tout peuplé par les politiciens, les assassins, un monde surtout remué par les tapages médiatiques, les rumeurs humiliantes, les complots et la manipulation permanente de chaque être vaguement douée d’une raison sous-utilisée.

Dickens retraçait à présent les diverses rencontres entre Dumbledore et Voldemort, les divers combats qui les avaient opposés. Evidemment manquaient les entrevues les plus importantes : celles où le mage noir se montrait ouvertement sous les traits de Tom Jedusor, de moins en moins séduisants à mesure que le temps passait et que la magie noire les rongeait…

Harry repensa soudain à son retour dans le bureau d’Albus Dumbledore, le petit matin qui avait suivi l’annihilation définitive de Voldemort.

Un sentiment très étrange le prit. C’était comme s’il plongeait dans une bassine pour examiner les souvenirs flous d’un autre, d’un étranger.

Il se revoyait, dans l’immense pièce circulaire, truffée d’objets scintillants d’utilisation complexe… La salve d’applaudissement des tableaux tout autour de lui… Et le tableau d’Albus, en train de pleurer.

Harry avait-il réellement senti de la sérénité l’envahir devant le visage noble du Directeur ? Il s’en souvenait bien, mais il avait du mal à croire en son propre souvenir. Devait-il mettre cette étrange bienveillance envers Dumbledore sur le compte du soulagement d’être en vie, la fatigue des combats, la fatigue de toute une vie à avoir peur ?

Il se revoyait, calme, apaisé, heureux, presque.
Harry secoua la tête d’incompréhension, s’attirant des regards étonnés de son professeur et des trois autres aspirants.

- Quelque chose vous échappe, M. Potter ?
- Non Monsieur, pardon de vous avoir interrompu, dit-il d’une voix contrariée. Il était furieux d’avoir été si transparent l’espace d’une seconde. Heureusement que les autres s’étaient mépris sur le cours de ses pensées.

Cours de ses pensées auquel il revint bien vite.

Le Harry calme et apaisé, presque enthousiaste quant à l’avenir (… « Si je meurs d’une mort naturelle » « sans avoir été vaincu »…) qui rodait dans sa mémoire contrastait fortement avec la rancœur qui lui plombait actuellement la poitrine.
Rancœur contre Dumbledore, contre tous les autres sorciers, contre lui-même…

Rancœur qui l’habitait depuis son réveil dans la tour de Gryffondor. Il se souvenait s’être regardé dans la salle de bain sans se reconnaître. De sa répulsion à l’idée de retrouver ses amis, sa famille de substitution… Il se voyait, planté au milieu de la salle commune, se sentant irrémédiablement arraché au monde de son enfance.

Il était différent depuis son réveil. Quoi de plus normal après ce massacre ? Qui pouvait s’en sortir indemne ? Il allait bien falloir que tous l’acceptent, et comprennent qu’il voulait avant tout qu’on lui foute la paix. Mais une fois encore, il ne s’était pas franchement retranché dans la forteresse idéale…

Il entendit son nom dans le discours du professeur et il refocalisa son attention sur le cours de Dickens. Il comprit bien vite de quoi ils parlaient à présent.

De la rencontre entre Dumbledore et Voldemort le soir de l’ « officialisation » du retour de Voldemort. Ils parlaient de l’attaque du Ministère. Ils parlaient du soir où Sirius était mort.
Harry écouta de loin Dickens raconter les suppositions des aurors sur ce qui avait motivé un tel rassemblement de mangemorts, et d’élèves de Poudlard. C’était risible. Un tissu d’absurdités diverses et contradictoires. Ils étaient tellement largués, tous autant qu’ils étaient. Tous autant perdus dans de vagues présomptions à des lieues et des lieues de la vérité, fonçant sans cesse dans toutes les directions possibles et imaginables, toutes, sauf l’unique correcte.

Harry prit une nouvelle fois conscience de tout ce qu’il savait, et que les autres ignoraient. De la montagne de petits détails capitaux qu’il allait devoir expliquer, malgré la répulsion physique que cette idée lui inspirait, malgré la dangereuse nécessité de jeter un voile définitif sur les véritables actions de Lord Voldemort.

Il se massait les tempes en inspirant profondément, à la fois pour surmonter la nausée qui le reprenait, et à la fois pour se donner du courage.

- Même bien avant de reprendre une nouvelle existence physique, Tom Elvis Jedusor n’a eu de cesse de chercher certaines informations. Disons que sa stratégie de base connut un tournant substantiel. Au lieu d’investir le pouvoir comme une… pieuvre qui grandit encore et encore en occupant tout l’espace d’une façon anarchique et désordonnée… Il s’est mis à vouloir avant tout… consolider ses bases ? Trouver ce qui lui avait manqué lors de sa précédente existence pour réussir. Trouver ce qui avait tout fait capoter, le petit détail qu’il avait omis et qui l’avait jeté à terre, réduit à moins que rien, dépossédé des pouvoirs qui l’avaient accompagné depuis sa naissance.

Crews dévisageait Potter et en avait oublié de respirer. Il s’était assombri. Littéralement. C’était comme si la lumière qui se déversait des fenêtres l’évitait. Le timbre de sa voix était rauque, et ses cheveux de jais tombaient en broussaille devant son visage, masquant ses yeux, déjà camouflés derrière ses lunettes sales.

- Voldemort s’est mis à chercher pourquoi il n’a jamais réussi à me tuer. Pourquoi j’intéressais Dumbledore au point qu’il ne s’écoule pas une seconde sans que je sois secrètement gardé par un de ses dévoués serviteurs. Pour quelle mystérieuse raison il a toujours été incapable ne serait-ce que de m’effleurer du doigt…
- Qu’est-ce que tu veux dire ? Demanda Perkins, totalement perdu.

Un sourire à faire froid dans le dos éclaira les lèvres pâles et serrées d’Harry.
Il agita sa main droite devant son visage, fit jouer ses doigts dans les airs.
- Tu m’as bien entendu. Avant qu’il ne trouve dans une potion de magie noire la parade, j’avais un effet… corrosif, sur Voldemort ou les sbires qui lui étaient trop proche.
- Corrosif ?
- J’ai brûlé un de ses mangemorts par inadvertance à onze ans en appliquant mes paumes sur son visage, lâcha Harry comme s’il racontait une balade champêtre dans une prairie printanière. Il a fallu 2 ans à Voldemort pour trouver une solution à ce petit problème…

Coote déglutit. Potter fut une sorte de pyromane de l’épiderme. Soit.

- Pourquoi lui opposais-je une résistance auquel il était inaccoutumé, et comment mettre fin de manière radicale à cette résistance, voilà les informations que cherchait Voldemort. Informations qui étaient soigneusement gardées au sein du département des mystères.
- Quoi ? s’exclama Perkins. Tu veux dire que le ministère sait depuis le début si tu es l’élu ou pas ? Je ne comprends pas, pourquoi t’avoir discrédité si…
- Le ministère n’a jamais rien su, le coupa Harry. Je viens de dire que ces informations étaient gardées à l’abri. Ça implique « hors de la portée du crétin congénital qu’était Cornelius Fudge » !

Harry se tourna vers Dickens.
- Les aurors savent-ils ce qui s’est déroulé… à l’intérieur du Département des mystères ?

Un silence embarrassé accueillit sa question.

- Et bien… non. Car ça aurait dévoilé les activités secrètes des Langues-de-plombs.
-
Ainsi il n’existait aucun rapport officiel sur la salle des prophéties, ni sur la salle du Voile, ou la salle aux cerveaux…
- Pour faire court, disons que les « informations » gardées dans une salle du département le sont car elles ne sont accessibles qu’aux personnes qu’elles concernent. En l’occurrence, Moi et ce vieux Tom. Je vous rappelle qu’il essayait tant bien que mal de garder son retour secret, se pointer à l’accueil du ministère en demandant poliment à avoir accès au dossier le concernant n’était pas un projet franchement réalisable. Il ne lui restait qu’une seule solution, continua amèrement Harry.

Il arrivait au moment de sa propre crétinerie congénitale.

- Que moi, j’aille retirer les informations le concernant, et que je lui apporte sur un plateau.

Crews eut une expiration incrédule, une sorte de pouffement ironique.
- Et il comptait s’y prendre comment ?
- Oh, il a été parfait, commenta Harry sur un ton redevenu froid et détaché. L’imbécillité chronique de Dumbledore lui a été d’une grande aide. Dumbledore avait soigneusement évité de me dire que les réponses à mes questions se trouvaient dans une petite boite au ministère. Je n’avais donc aucune idée du danger qui me guettait si je mettais les pieds là-bas, vous me suivez ? Voldemort m’a fait croire qu’il retenait la seule personne encore en vie de ma famille, mon parrain, Sirius Black, et qu’il se faisait torturer par des mangemorts au sein même du département. Département sur lequel il avait essayé d’attirer mon attention durant toute l’année précédente par des messages incompréhensibles.

Perkins, Coote, Crews et Huffman avait un peu de mal à suivre les propos sibyllins de Potter, mais ce n’était plus vraiment le moment de l’interrompre.

- J’ai foncé. J’ai foncé droit dans le piège, et des andouilles d’amis m’ont suivi, convaincus, comme d’habitude, que je savais ce que je faisais, convaincu que j’avais une botte secrète destinée à les éblouir tous le moment venus… Evidemment, sur place, nous n’avons pas trouvé mon parrain. Seulement une petite vingtaine de Mangemort. Vingt contre six. L’Ordre du Phoenix a débarqué pour nous prêter main forte, avec dans les rangs, mon parrain, Black, parfaitement libre de ses mouvements, en parfaite santé. Plus pour longtemps. Il a été tué dans la bataille par Bellatrix Lestrange. Je vous disais que les gens autour de moi suivent une nette tendance à mourir. Vous comprenez mieux pourquoi, à présent.
- Et les informations ? Demanda Huffman qui, contrairement à ses élèves, essayait de voir par-delà le coté tragico-dramatique du récit de Potter.
- Perdues dans la bataille, sans que personne ne puissent les obtenir.

La déception était visible sur tous leurs visages. Harry manqua de céder à nouveau à la colère. Il leur avouait que sa stupidité avait mis en danger ses prétendus amis, et causé la mort de son parrain, et ils étaient seulement déçus de ne pas savoir s’il était véritablement l’élu !
Bandes de cons.

Le professeur Dickens se racla la gorge, et fit le tri dans l’amas de papier devant lui le temps de retrouver le fil de son « cours »…

- Quelle ironie pour le ministère… Fudge refusait de reconnaître le retour de Voldemort parce qu’il pensait que Dumbledore en profiterait pour prendre les rênes du pouvoir. Mais dès que ce retour fut effectivement avéré, Dumbledore disparut encore un peu plus de la scène publique, d’où il avait été chassé à grand coup de balais l’année passée. Quand chacun attendait ses instructions, ses conseils, quand chacun attendait qu’il prenne publiquement les commandes de la lutte anti-Voldemort, Dumbledore se replia un peu plus sur le très secret Ordre du Phoenix, toujours impossible à localiser, aux membres toujours aussi parfaitement fondus dans la société, défenseurs anonymes dispersés ici et là, impossible à contacter pour ceux désirant venir grossir leurs rangs... Dumbledore ne retourna jamais siéger au Magenmagot, ne prononça plus aucun discours public.

Perkins compulsait le dossier devant lui, et découvrit, effectivement, que passé Juin 1996, plus aucune intervention publique n’était retranscrite.

- Comment cela se fait-ce ? Demanda Coote en fronçant les sourcils.
- Je crois, répondit Dickens, que le professeur Dumbledore ne croyait plus du tout en les services du Ministère, et comptait les jours avant que celui-ci ne tombe officieusement aux mains de Voldemort et que la lutte puisse réellement s’engager entre chaque membre portant la robe aux couleurs du ministère et les défenseurs de l’égalité au nom du sang.

Albus Dumbledore avait surtout des sniffleurs bien plus importants à fouetter. Et ça, Harry le savait. Il devait gérer certains soucis. Sept, pour donner le nombre exacte. Retrouver la trace de sept horcruxes cachés dans le monde, et les détruire, un par un. Retrouver les témoins, collecter leurs pensées, remonter jours après jours les longues années durant lesquelles les activités de Voldemort restaient dans l’ombre, et où Tom Elvis Jedusor s’était lentement mué en le mage noir au visage blafard et au nom de mauvais augure.

Quête qui trouvait ses aboutissements dans son bureau, en sa présence bien peu attentive. Trouver les dernières preuves, les derniers éléments attestant formellement qu’ils avaient enfin mis le doigt sur le secret le plus jalousement gardé de Lord Voldemort : ses morceaux d’âmes, comme des membres arrachés n’ayant laissé derrière eux qu’un corps et un esprit atrophiés et inhumain…

Dire que s’il avait réussi à convaincre Slughorn plus tôt de lui dire la vérité sur les Horcruxes, que s’il avait fait confiance à Dumbledore et laissé Draco Malfoy mener ses petits complots tout seul, que s’il s’était sérieusement attelé aux tâches que lui confiait Dumbledore… Peut-être qu’ils se seraient rendus plus tôt à la caverne. Peut-être que Dumbledore ne serait pas mort.

Harry avait décidément fait un bien piètre héros.

- Les activités de Dumbledore restent inconnues, jusqu’à l’épisode tragique de sa mort.

« Tiens tiens tiens tiens » se dit Harry avec un rire intérieur de très mauvais goût. On arrive au feu d’artifice final, le grand mystère, la fin dramatique, l’apocalypse.

Effectivement, l’attention et la tension qui habitait les aspirants venaient encore de monter d’un cran.

- Tragique, et surtout foutrement incompréhensible. Nous n’avons comme documentation sur ce sujet que le maigre témoignage de Minerva McGonnagall, qui tout en n’ayant pas assisté à la mort d’Albus Dumbledore, affirme d’une source « sûre » qu’il a été assassiné par Severus Rogue. La source est restée inconnue, et aucune preuve n’a jamais attesté cette assertion. Albus Dumbledore a été retrouvé mort le – Juin 1997, au pied de la Tour d’Astronomie de Poudlard d’où il est tombé.
- Mais enfin… Commença Perkins.
- Vous souhaitez dire quelque chose ?
- C’est tout simplement insensé ! Séverus Rogue ? En tant qu’enseignant, c’est un être immonde, mais franchement, qui peut imaginer ROGUE battre au combat un sorcier tel Albus Dumbledore ? Et pourquoi Séverus Rogue aurait-il tué Dumbledore ? On attendrait un tel acte d’un mangemort mais… Et si Séverus Rogue avait tué Dumbledore, pourquoi aurait-il été nommé Directeur de Poudlard l’année suivante ? C’est insensé !
- C’est vrai, rajouta Crews. Après tout, Rogue est prof ! Partial, sévère, souvent humiliant, mais c’est un enseignant, pas un tueur ! C’est ridicule ! Encore moins un mangemort ! S’il avait été mangemort, jamais Albus Dumbledore ne l’aurait engagé dans son école !
- On dit que Dumbledore était légilimens ! Jamais Rogue n’aurait pu cacher à Dumbledore sa véritable identité ! S’il avait été du côté de Voldemort, jamais il n’aurait pu devenir Maître des Potions à Poudlard ! Comment a-t-il répondu à ces accusations ?

Harry restait silencieux, la bouche ouverte, en dévisageant ses co-aspirants. Bien sûr, lui avait été présent à la triste mort de Séverus Rogue. Il était la dernière personne que le maitre des Potions avait regardée et à laquelle il avait parlé avant de passer de vie à trépas. Mais c’était il y avait déjà plusieurs jours ! Son corps avait dû être retrouvé dans la cabane hurlante ! Hermione et Ron avaient forcément du faire part au professeur de Métamorphose du décès de Rogue, et McGonnagall avait dû faire suivre l’information…
Mais comme toute information concernant la Bataille, rien sinon des rumeurs et l’interview donnée à la RITM, la mort de Séverus Rogue n’avait absolument pas filtré et le grand public n’en savait rien.
A vrai dire, Hermione et Ron avaient-ils révélé à Minerva la véritable identité de Séverus Rogue ? Rien n’était moins sûr. Il leur aurait fallu révéler le fait que Dumbledore avait demandé à Rogue de l’achever, son heure venue. Donc que Dumbledore était déjà sous l’influence d’un maléfice mortel. Donc il leur aurait fallu parler de la bague des Gaunt. Des reliques de la mort. Des Horcruxes.

Impensable.
Alors personne ne savait. Personne ne se doutait du double, du triple rôle qu’avait joué Séverus Rogue durant la guerre.

- Personne n’est au courant… murmura Harry.
- Au courant de quoi ? Réagit Crews au quart de tour.

Huffman Dickens se méprit sur les paroles de Harry.
- Je ne savais pas que vous étiez au courant, Monsieur Potter. Cette information ne sera rendue publique que plus tard au reste de la population, mais pour la logique de notre cours, j’ai été autorisé à vous en faire part. Je dois même vous informer de plusieurs détails restés sous silence de nombreuses années à propos de Séverus Rogue.

Huffman rassembla une nouvelle fois ses notes étalées devant lui pour se donner une contenance.
- Séverus Rogue est mort durant la bataille de Poudlard.
- Comment ? S’exclama Coote.
- Il a été retrouvé par … Par Minerva McGonnagall au 47, chemin de Woodcroft, Pré-au-Lard. Vous connaissez à coup sûr beaucoup mieux cet endroit sous le nom de « Cabane Hurlante ».
- Dans la Cabane Hurlante ?
- Nous ne savons pas précisément pourquoi, mais il semble que durant la Bataille de Poudlard, Lord Voldemort ait installé son QG dans ce manoir condamné.
Ainsi, le passage menant de la Cabane au Saule n’était pas connu des aurors.
- Il est mort… murmura Crews, visiblement sous le choc, mais comment ?
- Venin de Serpent. L’expertise magico-médico-légale indique dans son dossier que Séverus Rogue a été mordu par une sorte de vipère péliade. J’attire votre attention sur le fait qu’on raconte que Lord Voldemort se montrait souvent accompagné d’un serpent dont la description correspond à cette race de serpent.
- C’est un fait avéré, intervint Harry. Jedusor était fourchelangue et il s’était lié à un serpent. Une femelle nommée Nagini qu’il a trouvée en Europe Centrale. Mais Nagini était plus qu’un serpent normal, on peut la répertorier dans les animaux magiques. Elle n’hibernait pas, mesurait 50 bon centimètres de plus qu’une vipère péliade habituelle, et supportait mieux qu’un animal ordinaire la pression mentale que Voldemort exerçait sur elle. Nagini est morte durant la Bataille de Poudlard.
- Séverus Rogue aurait été mordu par la vipère de Voldemort ? Demanda Crews, perplexe. Mais alors, c’est qu’il était un ennemi de Voldemort…
- Ou que Voldemort n’avait plus besoin de lui, corrigea sombrement Perkins.
- Exactement, monsieur Perkins, confirma Dickens. Pour revenir au présumé assassinat de Dumbledore par Séverus Rogue… Voilà ce que l’expertise a découvert sur le corps de Séverus Rogue…

Huffman leur distribua à chacun un dossier contenant des photos.
Les co-aspirants eurent tous un hoquet de dégoût, et contemplait sans pouvoir en détacher le regard des photos du corps sans vie de Séverus Rogue sur une table d’expertise, et en particulier, un cliché d’un gros plan de son bras. La marque des ténèbres noire d’encre ressortait hideusement sur la peau blafarde du mort.

- La marque des ténèbres était le signe identificatoire le plus connu de Lord Voldemort, commença à réciter le professeur. Projetée au-dessus de toute victime du Lord ou de ses sbires, elle signait les crimes du mage-noire. Elle fut tatouée sur les serviteurs les plus proches et les plus fidèles. Elle est indélébile. Un homme marqué le reste à vie. Lord Voldemort signait ici sa pleine possession de la vie des membres qui lui jurait fidélité. Selon les témoignages de Igor Karkaroff, mangemort repenti après la première chute de Voldemort, cette marque permettait à Voldemort de localiser ses victimes, de les appeler à lui en leur indiquant où il se trouvait, et de leur infliger des douleurs punitives à distance.
- C’est immonde… murmura Perkins, totalement écœuré.
Harry lui jeta un regard en biais. Pauvre petite nature.
- Voilà qui semble confirmer l’appartenance du suspect au groupe des mangemorts, dénoncée par Minerva McGonnagall.
- Et ce type a été notre professeur de potions pendant sept ans, sans qu’on ne se doute de rien, maugréa Coote.



Crews se sentait minable. Séverus Rogue. Son directeur de maison. Dire que toutes ces années, elle avait admiré son art de la réplique cinglante, sa froideur innée, la façon dont il se faisait respecter de tous, le mystère implacable dont il entourait sa vie privée… Il était machiste et imbuvable, mais dans bien des domaines, elle l’avait érigé au rang de maître. Il ne tombait jamais dans le panneau des élèves m’as-tu-vu et resplendissants de jeunesse, et rendait hommage à l’unique vraie intelligence, la discrète et sournoise vivacité d’esprit qui manipule et arrive toujours à ses fins. Comme elle, il détestait les premiers de la classe dépendants de l’avis de leurs professeurs, toujours à sautiller autour du corps enseignant comme des chiots réclamant à force de jappement leurs friandises. Elle avait toujours été un esprit indépendant, n’hésitant pas à s’éloigner des groupes d’adolescents grégaires et stupides pour gagner en autonomie et en pouvoir, et s’il restait cloîtré dans son mutisme, rien ne la rendait plus fière que l’œillade teintée d’une approbation retenue qu’il lui lançait quand ils se croisaient dans un couloir de l’école.

Et aujourd’hui, il était non seulement mort, mais aussi reconnu officiellement comme un fervent nazi portant un ersatz de croix gammée en décoration putride sur son bras.
Jo se sentait profondément trahie, quand bien même Séverus Rogue ne lui avait jamais rien promis ou offert, quand bien même elle n’avait jamais tissé de véritables liens avec lui.

- Ce soir-là était très particulier. Des mangemorts se sont introduits sans qu’on ne sache comment dans le château pourtant protégé. Ils ont se sont frottés à la résistance magique de combat des professeurs et de quelques élèves…
- Quelques élèves ?
- Page 567 de votre dossier.

Harry farfouilla dans ses liasses de parchemin et trouva le rapport des aurors concernant cette nuit-là. Il survola ce qui y était rapporté.
- Hermione Granger, Neville Londubat, Luna Lovegood, Ginevra Weasley et Ronald Weasley, lut à voix haute Perkins.
- Pourquoi ton nom n’y est pas, Potter ? Demanda Crews en fronçant les sourcils.

Parce que cette nuit-là, il n’y était pas, tout simplement.

- Potter ? Insista Crews. T’étais où ?
Coote vit Harry se raidir et s’enfoncer dans un silence appuyé. Ainsi, ils touchaient aux secrets impénétrables de Potter. Son visage était fermé, ses sourcils froncés, et il avait posé ses mains croisés sur la table devant lui. Immobile comme une statue.
- Pourquoi tu as laissé tes amis se battre sans les aider, tu te planquais ?
Crews essayait vainement la provocation pour faire cracher le morceau à Potter. C’était le prendre pour un con, d’après Coote. Mais il salua mentalement la tentative.

- Le rapport ne donne aucune information sur la présence ou les actions de Dumbledore durant la bataille, continua Perkins. Il est simplement fait mention de sa mort et de « l’avis » de McGonnagall concernant Rogue.

Harry relut avec plus d’attention le rapport. Celui-ci ne mentionnait pas non plus la présence de deux balais magiques en haut de la tour d’astronomie. McGonnagall avait visiblement fait disparaître toutes traces pouvant percer les secrets de Dumbledore avec une certaine habilité.

N’y avait-il donc aucune trace de la vérité ?

Pourtant…
Pourtant il avait affirmé devant des dizaines de sorciers que Séverus Rogue n’avait pas tué Albus Dumbledore. Il tournoyait avec Voldemort, baguette levée et cœur battant, lui jetant à la figure toutes les erreurs que ce dernier avait commises. Une dernière humiliation avant le néant.
Pourquoi n’y avait-il aucun écho de cette conversation ?

Parce que personne n’avait encore été interrogé. Parce que les témoins étaient soit des élèves de l’AD décidés à protéger les secrets du Survivant, soit des membres de l’Ordre du Phoenix habitués au silence et à la méfiance envers le gouvernement. Soit des mangemorts emprisonnés ou en fuite, pour qui avouer qu’ils avaient assistés à cette conversation équivalait à avouer avoir servi sous la bannière du mage noire dans ce combat.

Il fallait s’appeler Hermione Granger pour se souvenir au mot près de leur échange, dans l’état de fatigue et de désespoir, ajouté aux douleurs des blessures, qui était alors celui des combattants spectateurs.
Les oreilles avaient dû accrocher sur le mot « horcruxe », mais, inconnu, celui-ci n’était plus que brouillard, sonorité complexe et floue dans leur mémoire.
De quoi pouvait-on se souvenir ? Potter parlant de sa mère, d’un cimetière, de lui refusant de se défendre… Lui disant qu’il avait été prêt à mourir. Des paroles sans queues ni tête, faisant allusion à des évènements que bien peu connaissaient en détails. Voldemort parlant d’amour. Harry affirmant qu’il était doué d’un pouvoir et d’une arme que Voldemort ne pourrait contrer. Harry affirmant que Dumbledore avait choisi lui-même sa mort…
Eh bien, oui, s’étaient probablement dits les sorciers du public, Dumbledore avait choisi sa mort : mourir en combattant, mourir en résistant. Et non pas mourir en victime. Ils n’avaient pas dû être loin de la vérité, tout en étant à des lieux de l’approcher.
Et puis les deux duellistes avaient dérivés sur le Patronus de Rogue, et si certaines personnes suivaient encore leur échange, Harry les avait probablement perdus ici. Il avait pourtant crié de manière intelligible devant toute l’assemblée que Rogue aimait sa mère, et qu’il avait été l’espion de Dumbledore. Mais ces quelques mots s’étaient perdus dans la confusion engendrée par la mention de l’Aînée de Sureau. Que venait faire Draco Malfoy dans un tel discours ? Quant à dire que la mort de Dumbledore avait été planifiée, pour une personne non avertie, de telles paroles ne pouvaient déboucher que sur un mur d’incompréhension ! Et voilà que Potter avait alors cité Ollivander, disparu depuis bientôt un an, comme si celui-ci avait récemment pris le thé en compagnie du Survivant et du Mage…

Le « public » n’avait pas encore témoigné de cet échange. Les combattants en mesure de l’éclairer allaient avoir l’intelligence de se taire, et le rapport des autres ne serait que des lambeaux confus de ce qui s’était dit.

La vérité était entre ses mains. Tout dépendait de son choix. Se taire ou parler.
Se taire, et s’assurer ainsi que jamais personne ne découvre l’histoire des horcruxes, que jamais personne ne marche dans les pas de Lord Voldemort, mais en trainant l’honneur de Séverus Rogue dans la fosse commune des mangemorts. Ou parler, faire savoir au monde quel sacrifice avait été celui du maitre des potions, en attisant la curiosité de la société déjà braquée sur les secrets tortueux qui avaient été les leurs, à Dumbledore, à Rogue, et surtout à lui, Harry Potter, menaçant de mettre au jour la sombre magie de Lord Voldemort…

Que devait-il dire ? Et que pouvait-il dire ? Il ne pourrait apporter aucune preuve à ses paroles. Juste son nom en garantie. Ce qui pouvait avoir l’effet inverse à celui souhaité.
Simplement, l’idée de laisser la mémoire de Séverus Rogue entachée de cet horrible soupçon, cette ignoble accusation lui paraissait insupportable. Des morceaux épars de vérité, voilà tout ce qu’il ne pourrait jamais apporter.

- Séverus Rogue n’a pas tué Albus Dumbledore, lâcha Harry.
- Pardon ? Demanda Dickens. Expliquez-vous.
- Je n’ai pas de preuve, et je n’apporterai aucun fait allant dans le sens de mes paroles. Vous pouvez me croire aveuglément, ou me traiter de menteur.
- Ce sera la parole de Potter contre celle d’une source inconnue… réfléchit Coote à voix haute.
- Non.
- Non ?
- Ce sera ma parole, contre ma parole.
- Que…
- C’est moi, la source inconnue de Minerva McGonnagall. C’est moi qui ais affirmé à McGonnagall, sans lui apporter de preuve, sinon ma parole, que Séverus Rogue avait tué Albus Dumbledore.

Silence interloqué.

- Dumbledore n’a eu de cesse de répéter aux membres de l’Ordre du Phoenix de… de me faire confiance. De me faire autant confiance qu’ils lui faisaient confiance à lui. McGonnagall, comme les membres de l’Ordre du Phoenix et les élèves résistants, savaient que j’ai assisté à la mort de Dumbledore. Parce qu’ils m’ont vu de leurs yeux descendre de la tour à la suite des mangemorts prenant la fuite, et les poursuivre. Si les aurors le demandent à McGonnagall, elle confirmera sûrement qu’elle ou un membre de l’ordre ou du corps enseignant de Poudlard a trouvé en haut de la tour d’Astronomie deux balais volants. Ces balais, Dumbledore et moi les avions empruntés à peu près une demi-heure avant la mort de Dumbledore à Rosemerta, la gérante des Trois Balais à Pré-Au-Lard.
- Ainsi, Dumbledore et vous étiez à l’extérieur de Poudlard quand les mangemorts sont arrivés, ce qui explique que vous n’ayez pas pris part au combat… Réfléchit tout haut Coote.
Harry l’ignora.
- Ainsi, quand les membres de l’Ordre du Phoenix m’ont demandé comment Dumbledore était mort, je leur ai dit qu’il avait été tué par Rogue. Etant donné que je venais de poursuivre celui-ci dans le parc en le combattant magiquement, qu’ils avaient aussi vu Rogue descendre de la tour d’Astronomie quasiment en même temps que les mangemorts… L’Ordre connaissait le « passé » de mangemort de Séverus Rogue, et Dumbledore n’avait jamais expliqué aux membres pourquoi il faisait confiance à cet homme. S’ils ont été perplexes au début, ils ont fini par attacher un crédit entier à ma version.
- Ta version ?
- Oui. Ma « version ». Car ce n’était qu’un énorme mensonge, destiné à renforcer la couverture de Séverus Rogue, membre de l’Ordre du Phoenix infiltré chez les mangemorts sous les ordres de Dumbledore.
- Mais…
- Vous allez comprendre. Rogue a effectivement lancé un Avada Kedavra à Albus Dumbledore. Mais il ne faisait qu’obéir aux ordres de Dumbledore. Celui-ci a orchestré sa propre fin dans le but de renforcer le plan qui allait me permettre de garder un espion au plus près de Voldemort. Voldemort ne pouvait plus douter de la loyauté de Rogue, maintenant que ses mangemorts avaient vu Rogue tuer Dumbledore, et m’avaient vu essayer de tuer Rogue. Les membres de l’Ordre, persuadés d’avoir affaire à un vrai mangemort, n’ont pas retenu leurs sorts face à lui. Sa couverture était parfaite. Il est devenu l’homme de confiance de Voldemort.
- Mais en fait… murmura Crews…
- Mais en fait, il n’a fait que contrer méticuleusement ses actions. Voldemort a introduit des mangemorts à Poudlard : Les Carrows. Rogue a été nommé Directeur de Poudlard, et tout en terrorisant les élèves et en portant le masque de tueur en série, il a passé son année à retenir les coups des Carrows et à protéger les élèves. Dumbledore mort, Voldemort a été beaucoup plus confiant et a accumulé les erreurs. Il a fait confiance à Rogue et lui a confié ses plans.


Perkins se sentait niais. Tout était si compliqué. Chacun des protagonistes portait un masque, les identités se brouillaient et les rôles demeuraient secrets jusqu’à la toute fin. Dans sa tête, tout était si ridiculement simple. Voldemort voulait prendre le pouvoir donc tuer Dumbledore, et l’enfant qui l’avait un jour mystérieusement battu. Un jour, les mangemorts avaient réussi à venir à bout du grand Dumbledore. Harry Potter avait pris la fuite. Il était finalement réapparu pour faire usage d’un pouvoir secret et inouï et avait tué Voldemort. Fin. Il y avait Voldemort et son groupe de méchant, Dumbledore et son groupe de gentil, et Harry Potter, le joker mystérieux.

Mais il y avait toutes les actions des uns et des autres. Les sacrifices désintéressés, et les actions individuelles dont les conséquences se répercutaient sur toute l’histoire.
Il en avait le vertige. Et à côté de lui, Le Harry Potter qui connaissait les tenants de toute l’histoire, le rôle de chacun…

- Dumbledore n’a pas été assassiné. Il s’est suicidé.
- Il s’est sacrifié, commença Coote…
- Ça c’est une autre question, le coupa Harry avec un sourire amer.
Tout le monde le regarda avec des yeux comme des balles de ping-pong.
- Mais…
- J’ai dit qu’il s’était suicidé. Il l’a fait d’une manière et à un moment tels que nous avons pu utiliser sa mort pour renforcer la couverture de Rogue. Mais je n’ai pas dit qu’il s’était suicidé dans le but précis et arrêté de renforcer la couverture de Rogue. Dans tous les cas, il aurait été bien plus utile vivant.
- Mais alors…
- Mais alors rien. Vous vouliez savoir comment Albus Dumbledore était mort, vous le savez : il s’est suicidé. De là à dire qu’il s’agissait d’un sacrifice, c’est un grand pas que je ne franchirai pas.

L’amertume et la rancœur étaient criantes dans les paroles de Potter.
- Il va falloir que vous compreniez que les gens ne sont pas tous blancs ou tous noirs. Albus Dumbledore n’était pas un saint, il avait de nombreux démons, et croyez-moi, beaucoup de personnes les ont payés de leur vie.





Un sacrifice ? Harry n’était pas loin de penser que l’acte de Dumbledore avait aussi son petit côté égoïste. Las d’assumer la mort de sa sœur, son envie de pouvoir et d’éternité, ses erreurs face à Jedusor, les mensonges qui avaient conduit à tant de mort, telle celle de Sirius. Et en un clin d’œil, il s’était délesté de toutes ses responsabilités, de tous ces fardeaux. Il aurait pu rester et continuer à souffrir, mais la paix apportée par la mort avait été la plus tentante. Dumbledore avait légué son funeste héritage à Rogue et lui, Harry. Un sacrifice ? Un soulagement, plutôt. Une délivrance.

- Et maintenant ? Demanda Coote. Voldemort est mort, les mangemorts sont emprisonnés, morts, ou pourchassés. La vérité sur la mort de Dumbledore ne pourra jamais être prouvée concrètement, de même pour Séverus Rogue. Harry Potter – Coote jeta un regard en biais à Harry – est chez les aurors, et personne ne le sait, mis à part ceux qui le côtoient. Kingsley Shakelbolt est ministre provisoire de la magie. Les membres de l’Ordre du Phoenix sont décidés à rester dans l’ombre. La moitié du ministère a collaboré durant la guerre, l’autre moitié a été déportée, avec un bon tiers de la population magique du Royaume-Uni. Y’a-t-il une seule personne qui peut décemment croire que tout ce désastre peut être effacé, et le pays reconstruit ?

- Il va bien falloir, Monsieur Coote. Et ce rôle vous échoit, en tant que nouvelle génération d’auror, post-troisième guerre civile.
- Génial, fit Crews soupirant. Moi qui voulais juste un job bien payé et pas trop chiant…

Coote lui lança un regard exaspéré.

- La Reconstruction, voilà ce qui va suivre. Je vous explique, fit Dickens. C’est un large plan dirigé par Shakelbolt qui s’étend sur plusieurs domaines de la société magique. Législatif : toutes les lois promulguées durant ces deux dernières années vont être réexaminées et, pour la plupart, abrogées. Economique : Le ministère va emprunter à la communauté magique internationale, de façon à distribuer des fonds permettant aux commerces magiques de se rouvrir, et la vie magique de reprendre dans de bonnes conditions. Mais surtout, une énorme enquête va être menée.
- La même enquête qui mobilise une partie des aurors, et qui scelle sous le secret les derniers évènements ?
- Exactement. Cette enquête va se dérouler sur plusieurs temps, et va s’étendre longuement dans la durée…

Tout d’abord, le temps des investigations. Mangemorts, employés du ministère, citoyens lambda, moldus reliés à des sorciers recherchés… Des centaines, des milliers d’interrogatoire à relever, analyser, classer, relier à d’autres dossiers…

- Et tout cela restera entièrement secret. Personne n’y aura accès, si ce n’est les aurors chargés de cette mission.
- Mais pourquoi ? Les gens ont le droit de savoir ! Fit Coote.
- L’enquête est bien trop vaste ! S’il s’avère que tel commerçant est cité dans un rapport comme ayant collaboré avec des mangemorts, il sera au mieux boycotté, au pire, tué par vengeance… Et quand deux semaine plus tard, il s’avérera que ce n’était qu’une fausse piste, le mal sera fait, irrémédiablement… Prenez les mangemorts : ceux qui ont collaborés avec le ministère en 1981 l’ont payé par la suite au prix fort, lors du retour de Voldemort. Ils ne referont pas deux fois la même erreur… Mais si vous faites croire à un mangemort, disons Avery, qu’un deuxième, Malfoy, l’a balancé, il n’hésitera plus à participer à l’enquête pour sauver sa peau. Maintenant, si Avery sait que Malfoy est toujours en fuite, il ne participera pas. S’il n’en sait rien, et que grâce au Secret, il pense que Malfoy a été capturé par les aurors, il tombera dans le piège…

- D’ici quelques mois, l’avenir de certains des suspects sera arrêté, et ils pourront être jugés. Et ces procès, ainsi que les accusations et preuves qui y seront présentés, seront alors ouverts au public, et libre d’accès. En attendant, toute personne qui colportera des informations, qu’elles soient vraies ou fausses, pourra se voir condamné à une très lourde amende. Et aucune fuite ne sera confirmée par le ministère.
- Heureusement, railla Harry, la seule personne capable de colporter des « rumeurs » véridique, avec suffisamment de crédibilité pour se faire écouter et suivre, c'est-à-dire moi, travaille dorénavant pour le ministère, et est coupé de tout moyen de communication avec l’extérieur. C’est bien pratique n’est-ce pas ?

Dickens sourit.

- Effectivement, c’est bien pratique. Cependant, la porte est grande ouverte, Monsieur Potter. Vous êtes libre de quitter cette formation et d’aller vous faire harceler par l’univers magique dans son intégralité.
- Non merci, ça ira, répondit Harry avec dégout.
- C’est bien ce que je pensais…

- Vous devez comprendre qu’il est vital pour le Royaume-Uni magique que cette enquête aboutisse et rétablisse la stabilité au sein de notre communauté. Car sinon…
Les quatre aspirants froncèrent les sourcils…
- Voyez-vous, ça fait tout de même deux fois en cinquante ans que nous montrons notre incapacité à réguler nos mages noirs, et collaborons à des génocides à grande échelle. Le reste du monde magique serait trop heureux de nous mettre sous tutelle, et profiter ainsi de nos ressources. fichiers secrets des aurors, recherches du Département des Secrets, fonds de Gringotts, et surtout, l’accès à Poudlard. Le Royaume Uni occupe une place prépondérante sur la scène magique internationale, et ce n’est pas sans attiser les jalousies et les envies. Une procédure est déjà en cours à un niveau supranational pour que nous soyons mis sous mandat français, islandais et danois.
- Mais c’est inacceptable ! Nous avons droit de garder notre souveraineté sur notre propre pays ! Rugit Perkins.
- C’est totalement hypocrite, continua Coote. Nous avions besoin de leur aide pendant la guerre, et aucun d’entre eux n’a bougé le petit doigt. Maintenant que le danger est passé, et même mort et enterré, ces vautours se ramènent… Peut-être qu’une honteuse partie de notre société a collaboré avec les sbires de Voldemort, mais l’autre a résisté, vaillamment, et a vaincu ! Où étaient les Islandais, les Danois, et ces débiles de Français à ce moment-là !
- Débile toi-même, murmura Crews du bout des lèvres.
- Crews, tu ES anglaise !
- Que tu crois, fit-elle sombrement.

- Encore une fois, fit Harry, heureusement, la figure de proue de la résistance anti-Voldemort, le héros international qui a débarrassé la scène magique par deux fois du plus grand mage noir depuis Grindelwald, est actuellement un membre actif du Ministère de la Magie. C’est bien pratique.
- C’est bien pratique, confirma une nouvelle fois Dickens, avec un grand sourire.

Nota Bene, se dit Harry : Etrangler Kingsley Shakelbolt le plus tôt possible.

- Ne faisant pas partie de l’enquête, vous ne serez pas mis au courant du déroulement de celle-ci, ni de qui est déjà entre les mains des aurors. Bien sûr, vous serez forcément mis au courant d’informations éparses, lors de vos astreintes dans les quartiers d’Azkaban, ou tout simplement si vous êtes amenés à participer à une intervention extérieure. Sachez que vous aurez l’interdiction de répandre les informations que vous recueillerez ainsi à l’extérieur du groupe que vous formez, même aux aurors de votre entourage. Compris ?
Ils hochèrent tous la tête.

- C’est parti. A présent, vous commencez réellement votre formation d’auror.
Ah ? Parce que la balade dans la forêt, et les tours de pistes, c’était le pot de bienvenue ?
- Ecoutez… Je sais que ce n’est pas votre faute, mais vous arrivez vraiment au mauvais moment. Pour les prochaines promos d’aspirants, ça sera plus facile, mais là… Les aurors autour de vous vont vous considérer à la fois comme des boulets, des gosses qui trainent dans leurs pattes en carrant les épaules, mais aussi avec rancœur, car ils savent que sitôt que vous serez prêts, ils seront mis à pieds, et c’est vous qui prendrez leur place. Ne vous attendez pas à de l’aide, et ne comptez pas trop sur celle que vous pourrez éventuellement recevoir. Vous avez des profils prometteurs, mis à part certains gros défauts qu’il faudra corriger. Faites en sorte que les choses marchent. On s’apprête à passer quatre ou cinq douloureuses années, mais c’est le prix à payer pour une vie de tranquillité. Dites-vous que contrairement aux aurors qui auront vécu la guerre et la transition, que dis-je, l’épuration, vous, vous allez avoir droit à un job réglo pour le reste de votre carrière. Si vous allez au bout de vos deux années d’aspiration.

Dickens avait rassemblé ses notes pendant ces quelques mots, et à la fin, il ramassa sa sacoche et quitta la salle sous le regard de ses élèves.

- Je crois que je vais écraser une petite larme, fit Crews.
- Il a raison, fit Perkins.
- T’es naïf, fit Potter.
- Pourquoi ?
Harry sourit sombrement.
- Dis-toi que les aurors promus après la fin de Grindelwald ont eu à peu près le même discours. Et qu’est ce qui leur est tombé dessus quelques paires d’années plus tard…
- Tu veux dire que…
- Un mage noir en chasse un autre, confirma Crews. Mais c’est ce qu’on veut, non ?
- Pardon ?! Fit Coote en écarquillant les yeux.
- Quoi ? Tu comptes passer ta vie d’auror à manger des beignets devant ton bureau ? Moi je compte bien profiter de mon badge et de mes prérogatives pour botter quelques culs en toute légalité… Fit-elle en montrant les dents dans un sourire peu rassurant.
Harry haussa les yeux au ciel, et se tourna vers la porte.
- On a quoi comme cours, déjà, là ?
- Cours de droit magique anglais et international, répondit automatiquement Coote.
Ils réprimèrent tous un frisson de dégout.
- Vivement les mages noirs… conclut Perkins.




Les combats, l’adrénaline, la peur, la précipitation, la mort, le combat pour sa survie, les plans machiavéliques, les pièges tortueux, les objets ensorcelés… Voilà avec quoi ils voulaient frayer. Voilà avec quoi ils voulaient éprouver leur attachement à leur vie et leurs amis.
Se battre. Se tenir debout face à l’adversité, et résister.

Mais avant cela, ils allaient devoir endurer des milliers d’heures de rabâchage grammatical sur les désinences gobelines, apprendre par cœur des milliers de lois, de procédures. Ils allaient devoir devenir expert de sortilèges inconnus qu’ils ne rencontreraient probablement jamais. Ils allaient devoir affronter pire que les dragons et les acromentules : la fatigue, la routine, la cohabitation forcée avec des types insupportables…

D’un même accord, les quatre aspirants soupirèrent.
C’était parti.
Note de fin de chapitre :



Voilà une bonne chose de faite. N'hésitez pas à me faire remarquer des fautes d'orthographe en m'indiquant le passage !

Je comprends d'avance votre perplexité devant le personnage de Huffman Dickens : Universitaire grisâtre amoureux transi frustré et baroudeur secret des étendues désertiques... Disons que ce personnage est un peu le baromètre de mes envies quand j'écris mon chapitre. Alors excusez les incohérences de sa personnalité ! ;)
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