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128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


I’ve had enough trouble for a lifetime. par Bendico

[175 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Le titre est une citation de Zola.
Il peut rester des fautes, faites les moi connaître si vous en voyez !
...Et :D malgré les parutions erratiques, cette fiction n'est pas du tout abandonnée. J'écris juste très très très lentement ! :)
Bonne lecture.
S’il est une chose impressionnante, c’est la force implacable qui pousse n’importe quel quotidien, même le plus ubuesque des quotidiens, à s’enfoncer dans une routine rigoureuse, réglée à la minute près. Passé l’éblouissement des premières heures, des premiers visages inconnus, des bruits nouveaux et des coutumes étranges, tout se mue en une très banale habitude.
L’homme, et encore plus l’enfant, sait merveilleusement bien s’adapter.

A l’âge de douze ans, Harry était considéré par la moitié de son collège comme un dangereux fou décidé à lâcher sur nombre des élèves une bête mystérieuse. Sa meilleure amie elle-même reposait, roide, sur un lit d’infirmerie depuis des semaines. Et pourtant, chaque matin, le petit Harry se levait, chaque jour, il assistait à des cours sur le rempotage des mandragores, sur les habilités supérieures à la norme de l’argile lors de diverses métamorphoses, sur la mathématique circonvolution des astres dans le ciel… Tous les midis, il finissait son repas en arrosant une poignée de bonbons à la menthe par du jus de citrouille fraichement pressé. Et le soir, quand bien même de très dangereux évènements menaçaient la sécurité de l’école, lui et son éternel acolyte roux s’affalaient dans les canapés moelleux de la salle commune pour regarder, hypnotisés, les flammes danser dans la vaste cheminée, en croquant avec une indifférence très bien feinte n’importe quelle dragée de Bertie.

Trois ans plus tard, un crapaud horripilant vêtu de rose se faisait passer à Poudlard pour un professeur de Défense contre les Forces du Mal. Là encore, bien que hanté par des visions d’un couloir obsédant, bien que conspué par toute la communauté magique, jusqu’au sein même de son dortoir, et avec sans cesse derrière l’épaule le fantôme planant de Voldemort, Harry évoluait tant bien que mal dans l’univers des essais à rendre pour la semaine suivante, dans les heures de son emplois du temps valsant au rythme de cette comète dans le ciel dont il n’avait jamais réussi à retenir le nom, mais dont l’étude lui avait valu un très surprenant « Acceptable », dans les improbables paradoxes de la laverie de Poudlard qui faisait que ses draps arboraient une étrange nuance bleue tous les troisième mardi du mois.

Il entamait à peine son deuxième mois à Poudlard, que les énoncés d’essai qu’on lui demandait d’effectuer, pourtant ressemblant à de vastes blagues improbables aux yeux de tout moldu censé, ne l’étonnait même plus, voire même le gonflaient légèrement, comme n’importe quel essai à effectuer en milieu scolaire de ce nom.

Le changement brutal d’emploi du temps, d’entourage, de mode de vie, n’entame jamais bien longtemps la pression inévitable que la routine fait peser sur nos vies. Sitôt revenu au 4, Privet Drive, la trépidante valse des journées de Poudlard laissait place à une lente succession d’heures passées seul allongé sur son matelas trop mou à regarder le plafond en rêvant de chevauchée vertigineuses sur un terrain de quidditch, sans que cela n’émeuve trop notre bon Harry.

Alors, le Centre… Les aurors, le Bureau, l’Arène, l’Université, les Rapports, les désinences gobelines, les articles du droit international magique, les précis de métamorphose, les processus de Potions, les équations d’astronomie avancées, le silence quand il croisait des aurors, leurs regards, les bleus, les écorchures, les blessures diverses jamais complètement soignées, le mutisme des autres aspirants, les sourires de Colleen qui passait en trombe pour restaurer tel ou tel de leur supérieur… Les soirées passées à lire comme il n’en avait jamais eu le courage, les connaissances diverses et variées qui s’amoncelaient sous son crâne, le plongeant la nuit dans des cauchemars bien anodins par rapport à son habituel lot de merdes inconscientes, les tours de pistes qui tiraient le moindre des muscles de son dos. Le silence sur ce qui se passait à l’extérieur, le silence de la gazette, le silence des aurors sur l’Enquête, le silence tabou sur à peu près tout, et envers lui en particulier, non pas qu’il fut particulièrement bavard avec les autres non plus… La fatigue, et surtout, le fait délicieux et si reposant d’avoir toujours quelque chose à relire, réécrire, réviser, effectuer, nettoyer, surveiller, consigner quelque part, pour lui, pour quelqu’un, la composition de tel ou tel poison dépassé. Le nombre de plumes de phœnix ramassées par les enquêteurs dans une histoire de marché noir pour baguettes magiques non agréées. Les théories complexes sur l’enchaînement des traités de reconnaissance inter-états magiques au 19e siècle lors de leurs cours d’Histoire de la magie contemporaine. Les biographies de théoriciens de Magie Expérimentale, dont il ne savait rien des travaux, mais dont les dates des premiers biberons s’incrustaient coûte que coûte dans sa mémoire. La taille de telles plantes curatives magiques, la couleur de leur sérosité, l’évolution des nœuds de leurs racines au premier quart de lune. Les tasses de café, les sandwiches enfournés, la condescendance mâtinée de peur niée des gens autour de lui… Le bruissement incessant des capes qui allaient et venaient dans cette fourmilière. Et aux fenêtres du centre, ces sortes de rideaux en toile, en gaze grossière qui laissaient passer une lumière blanche et terne, sans rien laisser deviner de ce qui se passaient de l’autre côté des vitrages, sans même leur donner un indice sur où se trouvait ce fichu Centre exactement. Sous terre ? Etait-ce seulement en Angleterre ? La peau de Potter ne reprenait pas de couleur, quand bien même la cure de vitamines qu’on lui infligeait le remplissait d’une énergie angoissante, car les seuls rayons de soleil qu’elle recevait n’étaient que des factices illusions de l’arène, quand Butcher daignait les « entraîner » (les torturer ?) dans des conditions de milieu de journée, et non pas dans celles de froides nuits d’hiver. Depuis combien de temps était-il là ? A recevoir des ordres, des conseils, des intimations de tous, sans jamais vraiment parler à personne, et encore moins à ceux dont il était censé se rapprocher, ses co-aspirants ? Combien d’heures, de minutes, de longues secondes harassantes à travailler, à être sur le pied de guerre pour la moindre broutille ? Sa vie était rythmée par les demi-heures de rush dans le Bureau, où durant un laps de temps insupportable cohabitaient les aurors et les secrétaires qui étaient sur le point de partir, et ceux qui venaient d’arriver, et où les dossiers changeaient de mains, où les informations passaient de bouche à oreille dans un tohu-bohu pas croyable. Depuis combien de temps ? Il était arrivé sans s’en rendre compte de Poudlard au bout du rouleau physiquement et mentalement, et depuis, dans l’excitation qui saturait la place, il était pris dans une sorte d’extase super active où il ne pensait plus qu’à ses menues tâches d’apprenti auror.

- Une semaine fit Coote.
- Pardon ? Demanda Harry.
Coote se passa une main lasse sur son visage cerné.
- J’ai l’impression que ça fait des semaines, des mois.
- Toute une vie, enrichit Perkins dans un murmure exténué.
- J’ai l’impression que ça fait toute une vie que je suis ici, confirma Coote. Mais en fait on n’est là que depuis… Que de puis…
- Une semaine, lâcha Crews, atterrée. Une seule putain de foutue semaine.

Harry ne réagit pas et ouvrit son manuel d’introduction aux runes. La couverture se déchirait déjà, à force de rester pliée de la même façon à s’ouvrir directement sur la leçon 6 du précis de grammaire, sur lequel Harry avait peiné une bonne partie de la nuit. On leur avait fait parvenir un mot après le dernier cours de Dickens sur « tout ce phénoménal bordel » comme avait dit Crews. Ce n’était pas parce qu’ils avaient manqué par « une sournoise utilisation destinée à un bien vulgaire profit de votre ignorance géopolitique » le premier cours d’introduction au Runes Magiques qu’ils étaient dispensés de maîtriser les sept premières leçons de leur manuel d’ici au prochain cours. Harry était tombé de sommeil sur le troisième tableau de morphologie des runes de la sixième leçon au cours de sa nuit d’étude.

Une seule putain de foutue semaine.
- Demain on est dans les serres et en « temps libre », murmura, extatique, Coote.
Six jours auparavant, le dimanche, ils avaient passé des heures le matin à surveiller du coin de l’œil des boutures taquines d’Ellébore, en laissant reposer leurs courbatures, en révisant leur Gobelin, leur Droit Magique (une matière presque rendue fascinante par l’intensité de l’horreur qu’elle leur inspirait), et en s’avançant très sagement sur leur métamorphose et cette foutue introduction aux runes magiques. Le temps libre avait été très peu librement consacré au classement des rapports de leurs tuteurs bien contents d’être déchargés de cette plaie de fin de semaine. Mais au moins, quand on classait des rapports entourés de sept secrétaires en tout point semblables à des rapaces enragés, on ne risquait pas de brûler vif dans une forêt, poursuivi par des doxys sauvages. C’était un point non négligeable, à ce stade de leur existence.

Mais bon, après tout, cette vie, pour Harry, n’était plus qu’une très simple et très banale routine.

L’alarme magique que Perkins avait élaboré sonna légèrement à leurs seules oreilles, et ils avalèrent leur dernier morceau de pain, leur dernière gorgée de café, fermèrent ce sur quoi ils travaillaient, et se levèrent en soupirant. Il serait bientôt quatorze heures, leur demi-heure de pause du midi quotidienne était sur le point de s’achever. Et déjà, il était l’heure de rejoindre Butcher dans l’Arène transformée comme six après-midi sur sept en un gymnase en ciel ouvert où leur maigre énergie était durement mise à l’épreuve.
C’était déjà la huitième fois qu’ils se présentaient pour leur séance de course quotidienne. A présent, ils veillaient à enfiler leurs vêtements de sport avant d’entrer dans l’arène. Inutile de répéter la petite humiliation qu’ils avaient tous vécue le premier jour. Ils avaient dû se changer en plein air, les uns devant les autres, tous devant Butcher. Trois caleçons ridiculement rayés et une petite culotte noire, devant laquelle Coote s’était senti horriblement gêné. Il avait employé toute sa concentration, pourtant malmenée par l’évanouissement surprise de Potter, durant sa course, à tenter d’oublier que l’ignoble Johanna Crews portait des sous- vêtements de coton noirs. Peut-on décemment soupçonner un tractopelle armé de mitrailleuses d’être capable de féminité ? Le choc avait été rude.
Le message était bien passé auprès des aspirants : inutile qu’ils fassent dans le chichi. Devant Butcher, ils pouvaient s’asseoir sur leur dignité. Et n’étaient-ils pas censés former un groupe soudé, des équipiers sans aucun secret les uns pour les autres ?
Toujours était-il que dorénavant, ils prenaient soin de se changer dans les toilettes du Bureau. Chacun dans une cabine séparée soigneusement verrouillée, naturellement.

L’entraînement physique avec Butcher durait six heures. La première fois, le Potter Show avait été relativement divertissant, et leur avait permis de s’octroyer quelques pauses. La seconde fois, hélas, directement après qu’ils aient passé le seuil de l’arène, Butcher, assis sur les gradins, plongé dans un épais dossier, leur avait indiqué la piste de son menton mal rasé. Alors ils avaient couru.
Et évidemment, comme toute personne débutant la course, ils étaient partis à toute vitesse. Les grandes enjambées, le torse droit, la respiration régulière… Ça n’avait pas duré longtemps, et durant une longue demi-heure d’agonie, ils s’étaient traînés en trébuchant à chaque pas, rougeauds, suants, à demi-inconscients. Pas besoin d’être un génie pour comprendre ce qui se passait alors dans leur tête : chacun des quatre espérait ardemment qu’un autre craque le premier, et permette aux trois autres de s’affaler dans la terre, de se vautrer dans leur peu de dignité restante. Au bout de trois heures et dix-sept minutes de « course », un gémissement de douleur atterrée avaient exaucé leur souhait : Crews venait de se tordre la cheville et mordait la poussière quelques mètres derrière eux.
Les mâles soupirèrent de soulagement : le sexe faible avait flanché en premier, l’honneur était sauf. Ils tombèrent à genoux en crachant leur poumon, telles trois écrevisses asthmatiques. Butcher avait claqué la langue d’agacement.

Sans qu’ils ne se doutent alors que leur maître faisait alors preuve d’une indulgence sans égale, il les avait relâchés à dix-neuf heures.

Est-il vraiment nécessaire de préciser que cette indulgence ne se reproduit pas une deuxième fois ?
Quand ils revinrent le samedi après-midi, après le dernier cours de Dickens, que le genou de Coote se montra d’une sournoiserie incroyable, démolissant sa hanche dans la chute, et qu’ils en profitèrent tous pour reprendre leur souffle, Butcher frappa, et punit leur faiblesse.
Pour la première fois, à leur grand malheur, ils purent observer l’arène se transformer sous leurs yeux.
C’était cauchemardesque. Au sens littéral.
Avez-vous remarqué que, quand bien même on discute à dos d’autruche avec le professeur Vector des dernières promos chaussettes chez Mme Guipure, dans le jardin de son grand-père moldu, on ne se dit jamais dans un rêve « C’est impossible ! Pincez-moi que je me réveille ! ». Tout est toujours parfaitement logique pour notre esprit malade. Vos sens, ces petits coquins, ne clignotent pas le moins du monde. Au placard, les signaux lumineux « tu délires, pauvre véracrasse de mes deux ».
Et bien là, dans l’arène, c’était la même chose. L’arène se modula sans qu’ils s’en aperçoivent, et ils constatèrent, effarés, l’étendue des dégâts, quand ils réalisèrent que tout autour d’eux avait changé.
La porte de l’arène avait toujours été plantée dans le vide à six mètres d’eux. Elle avait toujours été à vingt-huit mètres. Elle avait toujours été bien plus loin que ça. Elle avait toujours été en hauteur par rapport à eux. Elle avait toujours été un petit point lumineux à l’horizon. Elle avait toujours été sur le versant de la crête d’une montagne, recouverte d’une végétation steppique, qui tombait vers eux dans une vertigineuse descente escarpée. Falaise qu’ils pouvaient apercevoir au loin, à quelques collines noyées sous des broussailles de là. Et qu’ils ne pourraient arpenter qu’une fois sortis de cette combe marécageuse, où ils s’embourbaient jusqu’aux genoux, tandis que déjà, la lumière déclinait, et que des nuages menaçants s’amoncelaient au-dessus de leur tête.
Un éclair flasha, le tonnerre retentit, et une pluie glacée s’abattit sur leur tête.

Ils venaient de passer trois heures et demie à courir, à s’épuiser. La cheville de Crews, la hanche et le genou de Coote étaient en piteux état. Et voilà où ils se retrouvaient. Au milieu d’un nulle part humide froid et sombre, à des heures de la sortie et d’un peu de réconfort. Tout ça parce qu’ils avaient interrompu leur course.
Bien qu’à des kilomètres sous une pluie battante, ils entendirent distinctement Butcher ouvrir la porte de l’Arène et sortir en la claquant derrière lui. C’était normal, puisque dans la « réalité » la porte était tout près d’eux.
Ils étaient restés quelques minutes immobiles, ahuris, embourbés jusqu’à être glacés jusqu’aux os. Et puis, sans un mot, ils s’étaient mis en branle. Pas pour longtemps. L’attelle magique qui avait jusque-là permis à Crews de marcher et de courir sans douleur malgré son entorse, disparut en même temps que ses dernières forces. Quant à Coote, il s’arrêta au bout de trois pas, hors d’haleine.
Alors sans échanger une seule parole, Perkins accorda son pas à celui claudiquant de Coote. Et sans même un regard, sans lui laisser le temps de se débattre, Harry passa le bras de Crews autour de son cou, et l’aida à avancer dans la boue et la pluie, en supportant la moitié de son poids.
C’est ainsi que, comme deux monstres à trois pattes grognant et voûtés, ils entamèrent leur piètre randonnée à travers l’univers concocté pour eux avec soin par Grump Butcher.

Aucun d’entre eux ne fut jamais en mesure de dire précisément comment ils purent retrouver leur chemin dans ce paysage inconnu, dans le noir et l’orage, handicapés par leurs blessures. Comment ils sortirent de la combe, remontèrent le versant accidenté de la montagne dans les broussailles, et finalement, au bout de six heures de marche harassante, passèrent la porte de l’Arène. Ils émergèrent muets et hagards, affamés et à peine capable de se tenir debout. Dans les souvenirs de Potter, cet après-midi resta flou et comme tout droit sorti d’un rêve fiévreux. La montre d’Harry marquait vingt heures piles. Il avait laissé ses pieds le mener à sa chambre, son jogging lacéré tomber sur le carrelage, et avait passé un temps indéfini sous sa douche, incapable de penser à rien, transi par la fatigue. Ce fut sa faim qui le dissuada de se noyer sous les jets d’eau chaude.

Savage l’attendait à la cafétéria avec une assiettée de pâtes conséquente ainsi qu’une énorme tasse de café fort, préparées par Colleen, déjà occupée ailleurs. L’auror au visage marqué par les cicatrices ne se fendit pas de formules réconfortantes ou de sourires réconfortants. Il tapota l’énorme dossier déposé sur le comptoir.
- T’es en retard, Potter. Relis ça, corrige les fautes, note si tu trouves des dates incohérentes, et essaye de trouver dans tout ça l’adresse d’Elvire Aslani durant les années soixante-dix. J’ai besoin de ça pour vingt-trois heures. Et ah oui, voici un mot de votre prof de Runes à faire aussi passer aux autres.


Depuis cet horrible samedi, tout juste une semaine auparavant, si l’un des quatre flanchait durant une course, les trois autres continuaient sans se retourner. Et l’éclopé se relevait dès que possible, parait magiquement tant bien que mal à la crampe du mollet, à l’orteil écrasé, au point de côté foudroyant, le regard pesant de Butcher dans le dos. Durant la semaine, ils firent le plein dans leurs manuels de magie de sorts infirmiers divers. Comment fixer une attelle avec le moins d’effort magique possible. Comment diffuser du bout de sa baguette une odeur mentholée pour se rafraîchir et reprendre son souffle. Comment geler en un sort éclair une ampoule embrasant son talon.
Hélas, on ne devient pas un coureur de fond endurant en une seule petite semaine. Redoutant le pire, Coote fourra quatre carrés de sucre sous sa langue, en passant la porte de l’arène. Il aurait n’importe quoi pour bénéficier des mêmes cachets saturés de vitamine et d’énergie dont on gavait Potter.

Malgré tout ce que Coote pouvait en penser, malgré leurs plaintes, leurs courbatures, leurs mines crayeuses, leurs fronts perlés de sueur, ils progressaient. Malgré le regard furibond de Butcher, malgré leurs chutes, leurs respirations se faisaient plus calmes, plus régulières. Au fil des après-midi à courir bêtement dans cette arène à la noix, leur pas s’allongea, s’assura. Petit à petit, des automatismes s’installèrent. Leurs corps courraient, et leurs pensées s’envolaient.

Perkins, Crews, Coote et Potter découvrirent avec stupeur et soulagement que leurs esprits pouvaient se déconnecter de leur course, et mettre à profit ce temps pour réfléchir à tout ce qui les attendait de l’autre côté de la porte de l’arène. Quels éléments Perkins devait-il trier pour que sa synthèse du dossier Haffner soit pertinente ? Quand pourrait-il mettre la main sur Apollonia pour emprunter dans le rayon des archives sous sa juridiction l’étude sur l’utilisation de métaux lourds par les mages noirs durant les années 1970 ? Si le tueur de Haffner s’était inspiré de cette technique, comme un détail dans le dossier le laissait présager, il faudrait avertir l’équipe d’intervention, qu’ils adaptent leur processus de défense en cas de tentative d’empoisonnement.
Crews listait dans sa tête la liste des ingrédients et la densité adéquate qu’elle devait employer pour neutraliser les effets secondaires de cette potion corrosive qui permettait de ronger l’enveloppe magique d’un objet de magie noire, de façon à en neutraliser l’attaque, tout en conservant une trace du maléfice pour permettre au labo de l’étudier.
Quand à Potter, il se récitait dans sa tête les notes qu’il avait prise sur le chapitre 6 du manuel de Métamorphose Humaine. S’il avait connu précisément le fonctionnement du Polynectar en 2e année, ou encore durant l’année noire, comme il le connaissait à présent, il aurait été bien plus réticent à tenter l’expérience. Une seule erreur dans la préparation, et les risques se démultipliaient. Harry sentit un frisson lui hérisser l’échine malgré la chaleur ambiante. Car pour corser les choses, Butcher les faisait aujourd’hui courir dans l’équivalent d’un Hammam. A chaque demi-heure, la température montait d’un cran et l’air était devenu très vite saturé de vapeur chaude…

Malgré leurs bonnes résolutions, on ne peut pas dire que les quatre aspirants communiquaient beaucoup. Les cours à l’université, rapides et extrêmement pointus, n’encourageaient pas au bavardage. Le midi, ils échangeaient trois mots cordiaux sur leur programme, plongés dans les dossiers de leurs tuteurs. L’après-midi, ils n’avaient déjà pas assez de souffle pour respirer, alors pour converser… Quant au matin, durant la mise à l’épreuve, pour ça, ils échangeaient. Cris d’effroi, de douleur, insultes, exhortations à arrêter de faire n’importe quoi… Harry ne savait pas très bien ce qui avait achevé Coote le matin, le crabe de feu gros comme un bouledogue (mais où Butcher l’avait dégoté, celui-là ?) qui lui avait brûlé la joue au troisième degré, ou Crews, qui lui avait sciemment jeté au visage le dit crabe de feu, parce qu’un sort du grand brun l’avait malencontreusement atteinte, alors qu’il tentait de se débarrasser d’un Scroutt. Harry s’était fermement promis d’avoir une conversation avec Hagrid sur l’usage que le ministère pouvait faire de ses petites créations amusantes. Enfin… Dans deux ans, quand cette formation/mise au placard serait terminée.

- Arrêtez de courir, grogna Butcher.
Ils obéirent. Pur question d’instinct de survie. Quoique. Courir, c’était dur, mais simple. Et relativement peu dangereux. Changer de programme n’était pas la chose la plus rassurante du monde.
- Vous savez pourquoi, dans le fond, un mage noir secondaire est une chose merveilleuse ? Demanda Butcher.
La chose merveilleuse dans le fait d’être raide dingue essoufflé, se dit Crews, c’est que ça permet d’esquiver ce genre de question hautement foireuse.
- Vous savez quelle putain de montagne de paperasse il faut remplir quand on veut commencer à triturer de la magie expérimentale ? Il faut l’accord du département des mystères, l’accord du Département du Secret magique, l’aval du détournement d’artefact moldus… Il faut légitimer en six exemplaires l’objet de notre étude à la con, et sous-peser durant une thèse de 3000 pages en quoi elle ne risque pas de détruire le monde ou de provoquer une mutation à l’image des blattes radioactives de 1956… A l’arrivée, une fois qu’on a rempli tous les critères, il apparait qu’on ne peut absolument pas triturer légalement la magie, à moins d’y risquer la peau de ses couilles. Ça fait particulièrement chier.
Potter eut l’envie d’objecter que ça permettait de limiter la prolifération d’objets légèrement encombrant du type « horcruxe » mais il se tut sagement.
- On en est rendu à se limiter au champ connu et mille fois connu de notre magie. On n’en explore pas les potentialités, les secrets, on ne cherche pas à la comprendre… C’est là qu’intervient le mage-noir. Il s’enferme dans une chambre secrète sous son salon et repousse gentiment les frontières de la magie ministérielle. Nous n’avons plus qu’à débarquer, le tuer sans trop tâcher son matériel, embarquer le tout, l’étudier, et paf, en moins de 3 mois, tout le service des aurors reçoit de magnifiques nouvelles armes clinquantes destinées à tuer dans le respect de la foutue paperasse.
Harry comprit une nouvelle fois pourquoi Bartemius Croupton, le chasseur de mage noir, n’était pas loin d’en être un lui-même. L’un et l’autre ont la même fascination morbide pour la mort et la magie noire.
- Maléfices, objets ensorcelés... Créatures magiques aux propriétés modifiées… Ces sombres crétins nous mâchent le travail sans même s’en rendre compte. J’ai demandé des années à ce qu’on intègre Grindelwald au service des aurors pour bénéficier de ses savantes lumières. Ils ont toujours refusé. Je crois que c’est parce que cela aurait provoqué des problèmes diplomatiques avec les Norvégiens, continua Butcher songeusement, tandis que les aspirants finissaient de cracher leurs poumons. Ils auraient voulu l’utiliser aussi, arguant que Grindelwald était un ressortissant de leur pays. Mais c’est nous qui l’avons attrapé. C’est nous qui avions le droit de l’utiliser, bordel.
Harry avait envie de plonger la tête dans un sceau glacé. Peu importe les morts, les tragédies, ce que voyait Butcher dans les mages noirs, c’était les potentielles nouvelles armes tendances qu’il pouvait en retirer. Comme c’était rassurant d’être aux ordres d’un type aussi mentalement équilibré.
- Voilà quelques jours que vous éprouvez votre endurance physique. Enfin. Vos muscles atrophiés, plutôt. Il est grand temps de voir où cela a mené vos ridiculement insignifiantes capacités magiques.
Les quatre aspirants bondirent comme un seul homme tandis qu’un énorme rugissement retentit derrière eux. Le cœur battant, ils se retournèrent et avisèrent une énorme caisse hermétiquement close d’où visiblement une horrible bestiole tentait de s’échapper à grands coups de griffes et de pattes.
- Que savez-vous des manticores ?
La question avait fusé, sèche et irritée. C’est Coote qui se risqua à répondre.
- Créature créée par les sorciers en Grèce antique, tête d’homme, corps de lion, queue de scorpion dont la piqure libère du poison, dit-il laconiquement.
- Lèche botte, souffla Crews.
- La ferme, fit Butcher. La manticore « normale » n’injecte son poison que par une piqure.
Comment ça, la manticore « NORMALE » ?
- Or une espèce un peu plus distrayante a été créée il y a une petite trentaine d’année…
Comment ça, une espèce un peu plus « DISTRAYANTE » ?
- Disons que Bichette a la petite particularité d’envoyer des jets de poisons. Vous allez me dire, enfin, vous devriez vous dire si vous étiez autre chose qu’une bande de crétins visqueux et amorphes, que l’épiderme c’est quand même vachement pratique et que pour le coup, Bichette sert un peu à rien. Sauf que le poison de notre petite merveille tient à vrai dire, plus du vitriol coupé avec de la nitroglycérine qu’autre chose. Une goutte de son divin élixir sur votre avant-bras, et elle vous rongera la peau, le muscle et l’os jusqu’à ressortir de l’autre côté pour aller finir de se dissoudre sur le sol. Vous voyez la bête ? Eh bien si vous ne voulez pas finir votre vie avec une clavicule qui joue de la flute à chaque courant d’air, j’espère que votre bouclier magique est à la fois très endurant et très solide.

Sur ces mots, Butcher disparut, et les quatre aspirants eurent à peine le temps de lever leur baguette dans un pur instinct de survie, que l’immense boite de métal s’ouvrait, libérant l’effroyable bestiole.

Le fauve en lui-même aurait pu être beau. C’était un lion à la taille phénoménale au pelage rougeoyant. Bien qu’aucune lumière ne l’éclairait particulièrement, son pelage luisait et on avait l’impression de voir danser des flammes sur ses flancs. Sa queue dardée fouettait l’air, projetant dans l’air une pluie de légères gouttes qui quand elles touchaient le sol de terre battue, grésillaient en dissolvant les grains de sable dans une odeur de soufre. Mais au lieu d’un museau de lion figurait un ignoble visage humanoïde déformé par une expression sauvage de haine bestiale. Des sourcils épais et roux plongeaient vers des yeux aux pupilles jaunes, et une large bouche s’ouvrait sur une effroyable rangée de crocs qui eux n’avaient rien d’humain. Le regard d’Harry dériva vers ses pattes, de véritables machines à déchiqueter. Larges et griffues, elles laissaient dans le sol d’épais sillons. Il évalua mentalement qu’un seul coup bien placé d’une de ces pattes pouvaient lui arracher définitivement la tête. Il fit un premier pas en arrière, baguette levée.

« Protego » murmura-t-il, épouvanté, tandis qu’à ses côtés Perkins Crews et Coote faisaient de même.
Quatre boucliers bleutés s’interposèrent entre eux et la créature, et à la seconde d’après, la bête dans un mugissement de rage cambra sa queue et un jet d’acide vint percuter le bouclier de Crews en produisant une fumée âcre, éclaboussant les protections magiques des autres aspirants. Le bouclier de Crews laissait apparaitre comme une déchirure là où l’acide l’avait rongé. Dans un grognement, Jo ferma les yeux, affermi son emprise sur sa baguette, et lentement, son bouclier se régénéra, lui laissant le front perlé de sueur. Crews fit à son tour un pas en arrière.

Ils étaient épuisés. Ils étaient physiquement épuisés par leur course, et mentalement par une semaine passée cloîtrée à travailler, à accomplir de basses tâches administratives, tout comme, à étudier de complexes périodes de l’histoire magique ou des articles abscons de droit magique. Ils dormaient mal, mangeaient mal. Et après des heures à courir en rond sur un terrain inégal, ils n’avaient tout simplement pas la force de tenir face à une pareille épreuve. Tenir debout les faisait souffrir. Garder le bras tendu pour tenir leur baguette les faisait souffrir. Combattre leur migraine persistante pour créer ce putain de bouclier les faisait souffrir. Mais le maintenir ! Se tendre toujours plus pour remplacer les lambeaux du champ magique dissous sous un simple jet de poison…
Un vent de panique balaya leur esprit tandis que la Manticore devenait à chaque seconde qui passait visiblement de plus en plus furieuse de les voir se tenir là devant-elle sans bouger. Mais où pouvaient-ils aller ? L’arène telle qu’elle était, était sans issue, et ils ne pouvaient pas à la fois maintenir leur bouclier et courir pour s’éloigner d’elle. Et s’éloigner, pour aller où ? Comment battre à la course un lion de deux mètres de haut, et de trois de long ? Sa queue battit l’air et les jets d’acide se firent plus réguliers, plus rapides, plus denses. Le bouclier de Coote avait à peine le temps de se régénérer, qu’en grésillant il disparaissait déjà sous une nouvelle attaque. Dans un juron, Crews se jeta à terre et roula sur le côté. Blanche de fatigue, elle ne pouvait plus maintenir son champ magique de protection, et tentait d’éviter les assauts de la manticore en roulant à droite et à gauche sur le sol. Mais crevée, ses gestes étaient lents, et bouger lui tirait à chaque fois un grognement de douleur. Un jet d’acide l’atteignit, inévitablement, et elle hurla au sol en portant sa main à son épaule. Perkins surgit et tenta de l’englober dans son propre bouclier, tandis qu’elle gisait sur le sol, secouée de hauts le cœur. Mais il peinait déjà à maintenir une protection efficace autour de sa propre personne, alors étirer son bouclier comme un élastique vers Johanna, comme on gonfle un ballon de baudruche, ne faisait qu’amincir sa protection et la fragiliser. Au jet qui suivit, son bouclier fut rongé intégralement, les laissant tous deux à la merci de la créature qui ne prenait même pas la peine d’avancer vers eux, sûre du pouvoir que lui conférait ses projections d’acide.

- ENSEMBLE ! Rugit Harry en abaissant son bouclier.

Coote plongea et d’un main, remit Crews sur ses pieds. Elle en hurla de douleur, en menaçant de s’effondrer de nouveau au sol.
- ESPECE DE PETIT C…
- A trois ! L’interrompit Harry.
Perkins ne sut jamais si Crews ravala des insultes ou une nausée foudroyante, mais, verdâtre, elle releva courageusement sa baguette de son bras indemne, et tous les quatre lancèrent dans un cri à l’unisson le charme du bouclier. Harry sentit ses dernières forces s’échapper dans son bras droit pour s’écouler dans sa baguette, mais étrangement, au moment où il aurait dû rendre les armes et s’effondrer à son tour au sol, il sentit la force et la concentration de ses co-aspirants lancées aux côtés des siennes, comme une béquille le maintenant debout. Son charme du bouclier se nourrissait des leurs, comme les leurs se nourrissait du sien, chacun puisant dans les autres ce qui lui manquait pour se maintenir. Crews déversait un peu sur eux de sa douleur, et ils sentirent avec elle comme un fer chauffé à blanc plaqué sur leur omoplate droite. Perkins et Coote leur transmettaient leur force physique, leur endurance à l’épreuve. Et Crews Perkins et Coote vinrent chercher dans la magie d’Harry la résolution inébranlable de ne pas abandonner, de ne pas mourir, et de continuer à se battre jusqu’au bout, quoiqu’il lui en coûte. Les quatre boucliers ne firent plus qu’un, et d’un bleu pâle, celui-ci passa à un bleu vif électrisant, se renforça, s’épaissit sous leurs yeux stupéfaits. L’énergie s’écoulaient de leur bras au champ, et du champ à leur bras, les liant, les faisant tenir debout. Ils se nourrissaient autant de la magie que la magie se nourrissaient d’eux. L’acide ne parvenait même plus à dissoudre leur bouclier au point de le transpercer, et dans un grognement colérique, la manticore, sentant peut-être le vent tourner contre elle, percevant désormais plus de combattivité que de peur dans ses adversaires, leur céda pour la première fois du terrain. Sans se concerter, les aspirants avancèrent, quoique chancelants.

Le monde autour d’eux s’altéra, se brouilla, se dissout comme à travers une couche de verre trouble. L’arène était devenue le champ de course de terre battue, la manticore s’était évaporée. Comme si elle n’avait jamais existé.
- C’était une illusion ou… Commença Coote.
Mais comme Colleen le leur avait expliqué, tout ce qui se passe dans l’arène est réel. Et le reste quand on la quitte. Crews s’effondra au sol, n’ayant plus personne avec qui partager sa douleur. Sa main découvrit son épaule entaillée, déchirée, partant en lambeaux, et doucement, une flaque de sang se forma autour de sa blessure, et teinta de rouge la terre claire de l’arène.

- Qu’est-ce qu’il s’est passé… Pourquoi… Qu’est-ce qu’on a fait pour que la manticore disparaisse ? C’est la blessure de Crews qui a fait changer Butcher d’av…
- On a uni nos magies, répondit Harry à Coote. C’est ce que voulait Butcher depuis le début. Qu’on travaille en collaboration. Qu’on comprenne qu’ensemble, malgré notre dégoût les uns pour les autres, on est plus efficace que chacun dans notre coin.
- Je ne comprends pas, fit Perkins, comment nos charmes ont pu se lier les uns avec les autres avec tant d’unité. La magie de chaque individu est particulière, porte une marque spécifique. On n’aurait pas dû être compatible à ce point.
- Répète encore une fois que je suis compatible avec Coote et je te verse du venin de mandragore sur la peau des couilles. Si tu ne veux pas que ta virilité ressemble à mon dos, ferme-là, répondit Crews en grognant.

C’était déjà suffisamment difficile pour elle d’accepter que le seul remède qu’elle pouvait avoir lui venait directement des ressources personnelles de Potter... Visiblement, il était habitué à voir sa propre chair être rongée par différentes substances, car il était rapidement réapparu avec une sorte de baume puant miracle qu’il devait toujours garder à porter de main.



Il est même des routines où on garde durant quarante-huit heures un linge imbibé d’essence de murlap sur l’omoplate pour tenter de régénérer une chaire dissoute par du venin modifié de Manticore. Il est des routines où en se levant le matin, on se doute que le soir on se couchera avec une nouvelle cicatrice qui nous accompagnera pour le restant de notre vie. Une épaule à la peau blafarde car bien plus jeune que le reste de l’épiderme du corps, encore jamais exposée à la véritable lumière du jour. Bizarrement, pour certains, ce n’est pas à ce genre de routine qu’il est difficile de s’y faire.



Neville contemplait les volutes de fumée s’échapper de sa tasse de thé brûlante. Il leva les yeux et croisa le regard de sa Grand-Mère. L’âge se lisait sur les traits fiers d’Augusta Londubat. Et sur ses mains. Noueuses, ankylosées par l’arthrite que les traitements magiques peinaient à combattre. La vieille et indéracinable Augusta Londubat, à laquelle même les mangemorts les plus coriaces n’étaient pas parvenus à venir à bout. Elle portait toujours une de ces robes vertes, mais le chapeau au vautour avait été perdu dans sa fuite. Ce n’était pas plus mal. Bien des choses avaient été perdues durant cette année. Le regard sévère qu’elle lui attribuait d’ordinaire, par exemple. Il ne recevait maintenant que de longs regards où se lisait un mélange de fierté, d’émotion embuée, et de fatigue. Neville était enfin devenu le digne fils de son père. Et comment. Il était fort, décidé. Sa carrure, ses gestes calmes. Le meneur d’hommes était enfin né en lui, après s’être fait longtemps attendre. Neville n’avait plus besoin d’elle. Il venait de passer un an où le moindre oubli pouvait couter de longues heures de tortures à ses hommes. Il réfléchissait maintenant posément avant d’agir, il analysait ce qui se passait autour de lui. Il avait été confronté à de terribles choses, alors les petits tracas d’un quotidien en paix ne l’atteignaient plus, ne le terrorisaient plus. Depuis qu’il était rentré à la maison, ce n’était plus Augusta qui s’occupait de lui, mais lui, soucieux, qui s’occupait d’Augusta. Tout juste s’il la laissait encore préparer le thé seule. Sa tâche était terminée et Augusta découvrait la fatigue de celui qui peut enfin se reposer.

Neville décacheta la lettre qui gisait sur la table à côté de la théière. Il la parcourut lentement, les sourcils froncés. C’était lui qui aujourd’hui ouvrait le courrier de l’Ordre adressé aux Londubat. Sa grand-mère attendait silencieusement à côté qu’il lui fasse part des dernières nouvelles.

- Maman et Papa sont de retour à Sainte-Mangouste, dit Neville finalement. C’est McGonnagall qui m’écrit. Sainte Mangouste est de nouveau sécurisée pour tous.
- Où étaient-ils, alors ? Demanda doucement Augusta.
Ni Neville ni Augusta ne savaient où étaient cachés Frank et Alice. Ils avaient refusés de courir le risque de livrer cette information aux mangemorts s’ils étaient pris. Augusta était bien trop faible pour endurer une séance de Question en règle, et Neville était bien trop exposé à Poudlard. Ils avaient confié le sort de père, mère, fils et fille, à l’Ordre, sachant bien que jamais celui-ci ne lésinerait sur leur sécurité.
- C’est Hestia Jones en a pris soin. Elle les a mis sous la garde d’infirmiers moldus dans une maison de soin privée dans le Sud de la France. Loin de la magie, loin des batailles.
Augusta ne répondit rien. Neville se leva, déposa la tasse de porcelaine fine dans le bac, et alla chercher leurs deux manteaux.
- Tu n’es pas obligé d’y aller dès maintenant. Tu peux encore rester te reposer ici au calme.
- Voilà plus de dix jours que je me repose ici au calme. Je veux les voir. Je le dois. Il faut que je leur dise. Et je t’interdis de me rétorquer qu’ils ne comprennent pas. Il y a certaines choses qui se passent de raison pour être comprises.
Neville lui tendit son manteau, et Augusta l’enfila en lui lançant un de ses nouveaux regards emplis d’estime.

Neville n’était pas Harry Potter. Son rôle dans la guerre, dans la bataille de Poudlard n’était connu que des résistants, des élèves de Poudlard, et des enquêteurs du ministère, bien que ceux-ci n’aient pas encore frappé à sa porte. Mais ils finiraient par venir, Neville le savait, et il se demandait ce qu’il allait bien pouvoir leur dire. Ce qu’il allait bien pouvoir ne pas leur dire. Pour le moment, dans le hall de Sainte Mangouste, on ne le dévisageait pas, il n’était qu’un anonyme parmi les autres, même pour l’infirmière de l’accueil. Ce n’était pas la même qu’ « avant ». Qu’était devenue la dernière ? Déportée ? Sûrement morte.

Ils avaient été réinstallés dans la même aile de l’hôpital. Même étage. Mais une autre chambre, de l’autre côté du couloir. Neville sentit derrière lui sa grand-mère inspirer profondément. Ils entrèrent.

La pièce était lumineuse, blanche. Il était visible qu’elle venait à peine d’être mise à la disposition des « résidents » de Sainte Mangouste. L’ancienne salle était marquée par les traces laissées par ses occupants. Plantes, teintures, objets personnels, petites bibliothèques pour ceux encore capables de lire. Dans la nouvelle, plus rien. Les murs étaient nus. Tout était à refaire, à reconstruire, même pour ceux qui en était incapables, et qui, d’ailleurs, n’avaient plus grand-chose à reconstruire.

Frank et Alicia étaient là. On pourrait croire que perdre la mémoire balaye aussi de votre tête les soucis, la conscience des problèmes autour de vous. Qu’elle rend donc d’une affreuse manière en quelque sorte… bienheureux, comme pourrait l’être un Gilderoy Lockhart. Mais la mémoire d’Alice et Frank Londubat n’avait pas été effacée, ou perdue. C’était la clef de leur esprit qui avait mis les voiles. La marque de la douleur, de la peur, de l’angoisse restait vivace sur les traits de leurs visages, dans l’ombre de leurs yeux, dans leurs gestes tremblants et leur posture recroquevillée. Frank et Alice arborait le même air perdu, leurs regards errants d’un point à l’autre de la pièce, bien conscients d’avoir laissé quelque chose – mais quoi ? – derrière eux, quelque chose d’important, qui se cachait peut-être sous un livre ou un pot de fleur de cette salle blanche peuplée d’inconnus qu’ils côtoyaient depuis hier, ou peut-être depuis dix-huit ans.
Alicia et Frank, comme ces gens qui ont vécu une grande partie de leur vie ensemble, mariés, avaient fini par se ressembler dans leur apparence physique, comme s’ils avaient toujours fait partie de la même famille. Quoique pour ces deux-là, on ne savait pas trop si cette ressemblance découlait de leurs années de vie commune, ou de leur traumatisme commun. Ce qui frappait le plus dans leur apparence, c’était leur chevelure fine, raide, et blanche comme la neige. Elle tombait, ruisselait presque sur leur front, trop longue et mal coupée par le service de l’hôpital. Des cheveux blancs de vieilles personnes encadraient le visage de Frank et Alice, âgés respectivement quarante-trois et trente-neuf années. Neville avait trouvé des tas de photos de ses parents dans un carton, rangé dans le grenier d’Augusta. Des photos où il riait aux éclats dans leurs bras, fêtant sa première année d’existence. 27 Juillet 1981. Quelques mois avant que cela n’arrive. Les cheveux de sa mère étaient coupés court, à la sportive, donnant de l’énergie et de la joie de vivre à son visage arrondi. Sur la photo, ils étaient tout ébouriffés, et surtout, châtains foncés. Quand on avait retrouvé Alice Londubat cette nuit-là, hagarde, sa chevelure avait intégralement viré au blanc. Elle n’avait jamais plus été que son propre fantôme.

Neville s’approcha de leurs deux lits. Augusta lissa machinalement le drap de sa mère. Ses parents tournèrent la tête vers lui, étonnés. Comme toujours.

- Je sais que vous êtes toujours là, quelque part, dit Neville. Je sais que vous pouvez me comprendre. Qu’un jour, vous saisirez le sens de mes paroles.
Augusta eu le bon goût de ne pas faire de commentaires.
- C’est pour ça qu’il faut que je vous le dise.
Il y eut comme une lueur d’intérêt dans les yeux d’Alicia. Elle ne savait pas qui était ce jeune homme, mais elle l’aimait bien. Il était rassurant. Il semblait savoir ce qui était important. Mais il avait l’air triste.
La voix de Neville était légèrement enrouée.
- Tout est fini. La guerre est finie. Voldemort est mort. Pour de bon cette fois. Il ne reviendra plus. Les mangemorts sont emprisonnés ou en fuite, et personne ne montrera de clémence à leur égard.
Neville fit une pause, comme s’il s’attendait, en réponse à cette déclaration, à une réaction. Mais Frank et Alice, mais ses parents, continuaient de le regarder avec un air étonné. Ecoutaient-ils seulement ce qu’il leur disait ?
- Je ne fais pas partie de l’Ordre du Phoenix, mais je me suis battu. J’ai défendu Poudlard avec d’autres élèves, et avec vos anciens compagnons. McGonnagall, Hagrid, Hestia Jones, Diggle… Ils sont toujours là, ils ont continué à se battre.
Habituellement, à ce stade de la conversation, l’attention de Frank et d’Alice commençait à décliner. Leurs regards papillonnaient à droite à gauche, ils s’agitaient et finissaient par se désintéresser complètement de leur interlocuteur. Peut-être était-ce le timbre calme et posé de la voix de Neville, ou son air sérieux à l’extrême, toujours est-il qu’ils continuaient à l’écouter sans bouger.
- Elle est morte, annonça finalement Neville. Je me suis battue plusieurs fois contre elle depuis deux ans. Elle était là à la bataille finale, à Poudlard, et je l’ai encore affronté. J’aurais aimé le faire moi-même, mais c’est Molly Weasley qui l’a eu. Bellatrix Lestrange est morte. Elle ne fera plus jamais de mal à personne. Elle ne vous fera plus jamais de mal. Rodolphus court toujours dans la nature, mais il est seul. Nous mettrons très rapidement la main sur lui, et il devra payer au prix fort ses crimes. Mais c’en est fini de Bellatrix Lestrange. Et il fallait que je vous le dise.
Ils l’avaient écouté patiemment jusqu’au bout. Mais ils ne retrouvèrent pas subitement leur raison à cette annonce. Alice ne serra pas son fils dans ses bras en le félicitant. Frank ne lui dit pas qu’il l’aimait, et qu’il l’aimerait toujours. Ils restèrent comme à leur habitude assis dans leur lit en battant des paupières.
Neville sourit. En sortant, Augusta le prit par l’épaule. Devinant qu’elle allait lui dire qu’elle était le « digne fils de son père », Neville commença à lever la main pour lui faire garder le silence. Elle le considéra longuement, et à la surprise de Neville à qui elle n’en avait jamais parlé, elle lui dit : « Tu ressembles de plus en plus à ton grand-père. » D’ailleurs elle ne le répéta jamais. Ils rentrèrent chez eux et reprirent leurs habitudes. Leurs petites routines. Si ce n’est qu’à présent, c’était lui qui faisait le thé.



- Ron, c’est de la folie !
- Maman…
- Non ! Non ! Je ne prendrai pas ce risque ! Je ne vous laisserai pas partir sans protection ! Pas encore ! Je ne veux...
La voix de Molly se brisa tandis qu’elle commençait à hoqueter bruyamment. De grosses larmes s’écrasèrent sur ses joues.
- Je ne veux pas encore perdre un enfant, sanglota-t-elle. Je ne veux pas perdre encore l’un d’entre vous parce que je vous aurai abandonné tout seul dans le danger, parvint-elle à finir tant bien que mal.
- Maman, il ne nous arrivera rien. Les mangemorts sont bien trop occupés à se sauver pour essayer de nous chasser de l’autre côté du monde, tenta de la rassurer Ron doucement. Nous serons constamment sous les sorts de protection et Hermione ne peut plus attendre. Elle veut retrouver ses parents. Elle en a le droit. Elle aussi, elle doit retrouver sa famille.
- Mais pourquoi… chuchota Molly, pourquoi toi tu…
Ron se durcit mais essaya de ne pas regarder sa mère trop durement.
- Tu veux que la laisse y aller toute seule ? Je ne peux pas, Maman. Je…
Molly releva la tête et considéra son petit garçon, qui rougissait légèrement, sérieux comme un pape.
- J’en suis incapable, tu comprends ? Partir sans savoir comment elle va, où elle est… Si Hermione doit aller quelque part, je la suivrai. Je la suivrai… toujours.
Ron déglutit difficilement en cherchant ses mots. Mais avant qu’il ne puisse ajouter quelque chose, sa mère se redressa et se hissa sur la pointe des pieds, bien plus petite que lui, pour lui passer la main dans ses cheveux. Et dans ses larmes, au milieu de son visage rond rouge et fatigué émergea un sourire.

- Tu es prête ? Demanda Ron en passant sa tête dans l’embrasure de la porte de la pièce où Hermione finissait son sac.
Elle releva la tête et lui adressa un regard lourd de sens.
- Tu n’es pas obligé de…
- En fait, je viens de passer deux heures à convaincre ma mère de me laisser partir sans nous coller Kinglsey aux basques, alors je peux difficilement me désister à présent, plaisanta-t-il. C’est pas que je veuille à tout prix t’accompagner, mais il en va de mon honneur.
Ron évita d’un savant mouvement d’épaule l’oreiller que venait de lui lancer Hermione.
- Je suis sérieuse, dit-elle en le regardant dans les yeux.
- Et moi aussi, rétorqua-t-il en lui rendant son regard, quand je dis que je viens avec toi, que je viendrai toujours avec toi parce que je t’aime à la folie et qu’il est hors de question qu’à l’avenir je sois séparé de toi par quelque chose de plus consistant que la porte de la salle de bain des filles.
Les mains d’Hermione tremblaient légèrement quand elle boucla son sac. Elle prit la main qu’il lui tendait et ils sortirent ensemble des limites du Terrier pour transplaner sous les yeux inquiets de Molly, Arthur et Ginny.

Ron et Hermione arrivèrent… Dans les toilettes des dames, d’après le logo universel cloué sur la porte, le carrelage blanc étincelant, l’odeur de désinfectant, les lavabos, et, ah, la chasse d’eau que quelqu’un venait de tirer dans la cabine d’à côté. Ron lança un regard perplexe à Hermione.
- Nous sommes dans les toilettes pour femme de l’Opéra de Sydney, lui dit-elle. On va sortir discrètement, d’accord ?
Ron hocha docilement la tête.
- Après vous, très chère…
Ils poussèrent le battant de l’entrée des toilettes pour dames et arrivèrent dans un hall bondé de personnes âgées en tenues de soirée.
- Astucieux, si quelqu’un nous suit, il aura du fil à retordre dans ce bazar, murmura Ron en… rentrant de plein fouet dans une vieille dame à la couleur de cheveux hasardeuse pour une moldue.
- Milles excuses Madame, dit-il maladroitement.
La vieille l’incendia du regard, regard qui passa ensuite à Hermione à qui Ron tenait toujours la main, et à la main d’Hermione qui refermait derrière eux la… porte des toilettes pour femme. Les yeux de la vieille inconnue s’écarquillèrent tandis que des tâches rouges commençaient à apparaitre sur ses joues et son corsage.
- Mais… Mais… Oh ! Jeunes impudents ! S’exclama-t-elle.
Ron regarda Hermione sans comprendre. Il s’était pourtant excusé.
- Vous… Vous… continuait la vieille, dont la voix devenait de plus en plus aigüe.
- Heu, Ron, je crois qu’elle… Qu’elle pense que nous étions… Murmura rapidement Hermione en rougissant de plus belle, dans les toilettes pour des motifs… que ta mère réprouverait fortement.
Ron fronça les sourcils et…
- Oh… Oh ! Mais… Mais…
- Pour qui vous prenez vous ? Continuait la moldue, en ameutant les regards de leur entourage, nous sommes dans un opéra ! Pas dans un… dans un… Dans une maison de passe !
- Ron… grogna Hermione entre ses dents, avance. Avance.
- Mais… Mais… Mais Madame…
- Ron ! Continua de plus belle Hermione. On n’a pas de billets pour l’Opéra, pas de passeport ni de visa, tu n’as pas d’identité moldue, on n’a pas de permis magique de transplaner en dehors de Grande Bretagne, et je me vois mal faire usage de magie devant 230 moldus pour nous sortir de là, ce-n’est-pas-le-moment-de-nous-faire-arrêter-alors-BOUGE !
- Milles excuses Madame, répéta Ron tout en l’écartant d’un geste délicat mais néanmoins ferme, et en s’enfonçant dans la foule, entrainant Hermione derrière lui, sous les yeux scandalisés des deux trois badauds qui avaient assisté à la scène.
Ils arrivèrent rapidement à semer leurs témoins gênants et à sortir sans encombre de l’Opéra par la première issue de secours.
- Hey ! Cria un garde surgit subitement sur leur gauche ! C’est une issue de secours ! Halte !
- Merlin, grogna Ron. On court !
Et ils s’élancèrent.

- C’est bon, dit Ron en crachant ses poumons. Entrons donc là.
Ils pénétrèrent dans un café meublé de gros fauteuils où les gens sirotaient d’énormes mugs de café, en lisant, en pianotant sur leurs ordinateurs et en picorant des pâtisseries à la cannelle.
- Par Merlin, c’est super comme endroit ! Pourquoi les sorciers n’ont pas ça ?
- Surveille ton vocabulaire, on est en terrain… « ordinaire », le sermonna Hermione en reprenant son souffle. Et nous avons ce genre de café. Du moins nous avons le même concept, un même type de bar ou de restaurant reproduit à l’identique dans toutes les villes du monde. Il existe des Trois Balais à Stockholm, Paris, Sofia, Salem ou Dakar, bien que le tout premier soit effectivement celui de Pré-au-lard. Même décoration, même bierraubeurre…
- Sérieusement ?
- Oui. Rosemerta est multimillionnaire. Elle a des cousins moldus à Wall Street, la mondialisation, elle maitrise, crois-moi.
- Tu as conscience que je ne comprends pas du tout de quoi tu me parles ?
Hermione soupira.
- Pour répondre à ton exclamation première, non, ici ce n’est pas super comme endroit. Le café est hors de prix, les fauteuils sont des nids à poux, donc traités avec des insecticides agressifs envers la nature, les employés sont exploités et sous-payés et… bon sang, regarde-moi ces semblants de tableaux aux murs ! Aucune sensibilité artistique. Mais à vrai dire, je ne dirais pas non à un énorme moka praliné à la chantilly inondée d’un sirop de caramel. Allons-nous asseoir, tu bloques le passage.
Ron lui adressa un sourire benêt et comblé. Ça, c’était bien son Hermione. Et il alla docilement s’asseoir sur un gros pouf dans un coin du café.
Hermione revint vite avec les commandes.
- Je ne savais pas qu’il existait des visas internationaux… Je pensais qu’on pouvait transplaner dans le monde entier… dit Ron.
- Et dire que c’est moi la fille de moldue, fit Hermione en souriant. En bref, il faut éviter de se faire pincer par la police moldue, car nous n’avons pas de papiers, et les aurors australiens, car nous ne nous sommes pas déclarés à la frontière.
- Et pourquoi ne nous sommes-nous pas déclarés à la frontière ? Demanda Ron en fourrant dans sa bouche la moitié d’un roulé à la cannelle.
Hermione se rembrunit.
- Pour éviter que l’ensemble du ministère, et des taupes de mangemorts qui s’y terrent toujours, sachent que nous sommes ici sans protection, et plus encore, que mes parents vont sortir de leur cachette.
- Mais nous ne nous ferons pas remarquer car… Tu as un plan, n’est-ce pas ?
Hermione grimaça. Ron était toujours partant pour l’aventure… …et comptait toujours sur les autres pour jouer les Gentils Organisateurs de Voyage d’Agreement.
- J’ai le nom officiel de mes parents mais… Quand je les ai laissés, ils logeaient encore à l’hôtel, avant d’acheter la maison de leurs rêves. J’ai créé dans leur esprit l’idée qu’ils sont là parce qu’ils l’ont voulu, mais tout ce qui s’est passé depuis, leur vie, leurs déplacements, tout cela relève de leur libre arbitre. Je ne sais pas précisément où ils se trouvent…
Hermione se mordit la lèvre.
- Je me suis dit que… Que si même moi je perdais leurs traces alors… alors les mangemorts…
Ron posa doucement sa main sur la sienne.
- Tu as fait comme il fallait, Hermione.
Elle se reprit.
- Evidemment, j’ai veillé à ce qu’ils soient protégés par des sortilèges. J’ai gravé des runes dans leurs alliances, et sur d’autres objets dont ils ne se séparent que rarement. Ils ne sont pas magiquement localisable…
Ron reposa sa tasse de café en fronçant les sourcils.
- Mais heu… Hermione… Si tu ne sais pas où sont tes parents, et qu’ils ne sont pas magiquement localisable, alors… Comment on va les localiser ?
Hermione grimaça de plus belle.
- A la moldue, Ron. A la moldue.
- Et sans se faire jamais remarqué par les autorités moldues et magiques ?
- C’est ça, fit-elle en plongeant le nez dans son moka, tandis que Ron secouait la tête, atterré.

Hermione restait confiante. La guerre était finie et elle allait retrouver ses parents. Peu importe le temps que cela lui prendrait, ils étaient là, quelque part.
- Commençons par l’hôtel, fit Hermione. Partons de leur point de départ, et suivons les à la trace.

Alors ils se rendirent à l’hôtel.
Et maintenant ?
- Tous les hôtels ont des registres très précis, qui couvre toute la durée de l’activité de l’entreprise, réfléchit-elle à haute voix. Essaye d’attirer l’attention, de faire sortir les employés de derrière le comptoir.
- Heu, je pensais qu’on ne devait pas attirer l’attention… Mais soit, j’ai une idée.
Hermione haussa les sourcils tandis que Ron fouillait dans le fond de son sac. Un grand sourire plaqué sur le visage, il sortit…
- Mes toutes dernières Pastilles ! Alors je prends quoi, Gerbe ou Nezensang ?
Hermione l’embrassa furtivement sur les lèvres.
- T’es le meilleur.


Patrick et Gary venaient de passer une longue journée morne accoudés à un comptoir branlant à attendre des clients. Ils finissaient dans une demi-heure. Une heure, en fait, car Clara qui s’occupait de la permanence de nuit, arrivaient toujours en retard.
Un bruit répugnant leur parvint soudain. Patrick et Gary se lancèrent un regard inquiet. Est-ce qu’on… vomissait vraiment devant l’entrée de l’hôtel ? Ils se levèrent avec empressement et sortirent du hall.
Effectivement, un jeune homme roux était plié en deux et déversait sur le sol bien plus que ce qu’un estomac pouvait normalement contenir. Blanc de malaise, il releva le visage vers eux, et Pat et Gary purent constater que sa bouche et son tee-shirt étaient recouverts de sang. Il saignait méchamment du nez. Bon sang, mais ce type allait claquer juste devant eux dans la minute !
Patrick s’élança pour soutenir le gars tandis que Gary attrapa son cellulaire dans sa poche pour appeler une ambulance. Pendant ce temps-là, Ron priait pour qu’Hermione trouver rapidement des indices, car vomir et se vider de son sang ne faisaient pas à proprement parler partie de ses activités favorite.

Hermione se glissa derrière le comptoir et commença à ouvrir les tiroirs. Rien. Bon. Respirer. Se calmer. Elle avait infiltré le ministère de la magie grouillant de mangemorts et cambriolé Gringotts. Franchement, là, c’était retour à la case bac à sable. Elle chercha le tableau des clefs et dans un cri de joie trouva la clef de la « réserve administrative » qui ouvrait la porte juste derrière. En tremblant un peu, elle parvint à déverrouiller la salle. Des cartons étaient empilés sur des étagères. Hermione mis la main sur « Eté 1997 » et l’ouvrit en déchirant le paquet. Tant pis pour la discrétion. Ah ! Mendell et Monika Wilkins ! …Achats ! Deux semaines à l’hôtel, cartes routières et… Ils avaient utilisé le service de location de voiture de l’hôtel ! Elle découvrit le détail de leurs allers-et venues, et surtout, leur dernière destination, où la voiture avait été déposée définitivement à un autre hôtel de la chaîne. Elle emporta tout le dossier pour y chercher d’autres indices plus tard, et sortit de la réserve en espérant que les deux employés soient toujours occupés avec Ron…. …Et que Ron ne se soit pas fait embarquer par une ambulance.
Ron fit avec soulagement Hermione sortir de l’hôtel comme elle y était rentrée, et avala sous les yeux étonnés de ses deux sauveurs les autres moitiés des pastilles de George et Fr… Et avala les pastilles, en fermant les yeux. Tout de suite ragaillardis, il se releva et dit à ses deux héros, totalement abasourdis :
- ça va mieux. J’arrivais pas à attraper mes médicaments. Merci pour votre soutien, mais vous pouvez annuler l’ambulance. Oh, je vais être en retard chez ma mère, moi. Bon les mecs, à une prochaine, et merci encore.
Et il les planta au milieu de la flaque nauséabonde composée de vomi magique et de sang noirâtre.

- Tu pues, Ron, fit Hermione. C’est répugnant.
- La prochaine fois, on échange les rôles avec plaisir, fit-il en retirant son tee-shirt et son pantalon dans une impasse, camouflé par deux énormes bennes à ordure.
- Mais qu’est-ce que tu…
- Je me change. Ne pas attirer l’attention, tu te souviens ?
Il enfila des fringues propres, et passa les vêtements sales à un nettoyage magique en règle.
- Ron ! Pas de mag…
- Hermione, il n’y a personne autour, j’ai lancé l’Homenum Revelio, dit Ron en lui lançant un regard rassurant.
- Mais je… Je ne t’ai pas vu le lancer !
- Tu sais, aussi surprenant que ça puisse paraitre avec un incapable chronique comme moi, rétorqua-t-il amèrement, quand un professeur ou toi ne me détaille pas sévèrement du regard en me faisant perdre mes moyens, je peux être relativement efficace en sortilège. Tout comme au final, je n’ai pas fait un Gardien si mauvais au Quidditch.
Ron finit de boucler ses lacets et releva la tête en redoutant la réaction d’Hermione. Il n’aurait peut-être pas dû être si…
Mais il eut à peine le temps de se relever qu’Hermione se jeta sur lui. Ils heurtèrent assez brusquement le mur. Elle le frappait vraiment ? Elle…
L’embrassait. Aussi. C’était pas plus mal.
Quand elle recula, son visage était plus rouge que Ron au sommet d’une honte cuisante.
- Je n’ai jamais trouvé que tu étais incapable, dit-elle farouchement en bégayant quelque peu. Je… Je n’ai jamais pensé ça ! C’est moi qui… Sans toi je… Je…
Ron se pencha inquiet vers elle, en lui prenant le visage dans ses mains. A sa grande horreur, Hermione se mit à hoqueter, et bientôt à pleurer.
- Quand t’es parti je… Quand tu nous as abandonné… J’étais plus… Plus bonne à rien, sanglota-t-elle. J’ai… J’ai mené Harry vers Voldemort, j’ai brisé sa baguette, j’ai… Sans toi je suis incapable. C’est toi qui… C’est toi qui…
- Hermione, dit doucement Ron. Calme-toi. Je ne voulais pas te mettre dans un état pareil, je...
- N… Non, répondit-elle. C’est pas toi c’est… C’est…
Une nouvelle série de sanglots l’interrompit, et Ron choisit de ne rien dire. La laisser parler. Ça irait mieux après.
- J’avais tellement peur que tu ne viennes pas avec moi, ici, articula-t-elle avec soin, en tentant de reprendre une respiration normale. Je peux pas les retrouver sans toi. J’ai besoin de toi. Pour être bonne en cours, j’ai besoin que tu sois là. Pour me concentrer. Pour tout, j’ai besoin de toi. Alors dis pas que t’es un incapable.
- D’accord, dit Ron doucement. Je suis pas un incapable. Et… Hermione ?
Hermione releva la tête. Elle faisait peine à voir, les yeux et le nez rougis, les cheveux emmêlés. Il la trouva adorable.
- Je ne repartirai pas. Jamais je ne t’abandonnerai. Je ne recommencerai jamais ce que je t’ai fait. Et je passerai le reste de ma vie à essayer de me faire pardonner. A essayer que tu me pardonnes et que tu aies confiance ne moi. D’accord ?
Hermione renifla.
- D’accord ? répéta doucement Ron.
- D’ac… D’accord, fit-elle, la respiration encore saccadée.
- Bien. Maintenant, où sont partis tes parents ?
- Wagga Wagga, dit Hermione en souriant enfin.
- Tu déconnes ?
- C’est une ville de la région, 50 000 habitants.
- Je sais où est Wagga Wagga, Hermione, fit-il un éclat étonnamment rieur dans les yeux.
- Heu…
- On parle bien de Wagga Wagga, comme dans « Le Loup Garou de Wagga-Wagga » que ce cher Gilderoy prétendait avoir transformé en humain en pleine pleine-lune à l’aide d’un simple sortilège de métamorphose ? Dit-il un grand sourire aux lèvres ?
Hermione écarquilla et les yeux et…
- Merlin, Je…
Un large sourire éclaira son visage.
- J’avais complètement oublié cette histoire. Quel sombre crétin…
- En route sur les traces de notre idole, alors ! Dit-Ron en ramassant ses affaires désormais propres, et en prenant le bras d’Hermione.
Il s’arrêta au bout de trois pas.
- Heu… On fait quoi en fait ?
- On prend le train, Ron, le train, l’informa Hermione en riant. Nous allons prendre le train.

Et ils prirent le train.
C’est bien beau, la routine, se dit Ron. Mais ce n’était pas si facile. Avoir les mêmes relations qu’avant. Avoir la même confiance quand on a été trahi, malmené, blessé. La guerre change tout le monde, de pleins de façons différentes. C’était une belle illusion que croire qu’une fois la guerre finie, chacun allait reprendre son ancien rôle, son ancien comportement…
Il jeta un coup d’œil à Hermione, plongée dans le dossier qu’elle avait chapardé à l’hôtel. Chez lui, elle avait l’air normale. Elle lisait, participait aux repas, prenait soin de Ginny, comme lui. Et pourtant, là, tout d’un coup, en l’espace d’une seconde, elle s’était révélée broyée par cette satanée Année Noire.
Ils avaient besoin de réapprendre à se connaître, à se faire confiance. Retrouver des repaires, une vie tranquille sans imprévus.
Ses pensées s’envolèrent vers Harry.
Ron serra les poings. Ce n’était pas Harry qui aiderait Hermione ou Ginny à se sentir mieux. Ron se força à penser à autre chose. Inquiet de voir que quand il évoquait en lui-même celui qui avait été son plus proche ami durant sept ans, il ne ressentait que du mépris et une profonde rancœur.


Harry était de retour dans sa « chambre ». Loin de l’agitation du Bureau, des regards méfiants, et de la curiosité malsaine de Crews, Perkins et Coote. Il attrapa un rouleau de parchemin et sa plume, et reprit sa fiche inachevée sur les directeurs successifs qu’avait connu Durmstrang au XXe siècle, et des différences notables entre leur politique de développement vis-à-vis de l’école. Cela ne lui prit que vingt petites minutes, et il recopia ensuite un paragraphe issu d’un livre de potion sur la porosité des bézoards, qui permettait ou non de les incorporer à certaines potions. Il vérifia qu’il connaissait bien par cœur les articles de droit magique anglais qu’ils avaient étudié la semaine passée, et les noms des différents dossiers que Savage lui avait donnés à traiter. Le lendemain, après l’entrainement matinal avec Butcher, ils passeraient leur journée à travailler « tranquillement » dans les Serres, et à pondre des rapports sur les dossiers de leurs titulaires durant leur « temps libre ». Il laissa tomber ses notes et ses manuels au pied de son lit, et sombra dans le sommeil.

Il rêva qu’il relisait la préface de Grandeur et Décadence de la Magie Noire de la partie du sinistre manuel qui décrivait les maléfices répandant des épidémies de maladies résistantes aux soins curatifs magiques, au cœur d’une forêt de hêtres. Dans ce rêve, sa perception de son environnement était à son paroxysme. Il entendait les animaux fouisseurs sous lui dans la terre, la faim d’un loup et sa colère en sentait les effluves d’un lynx sur son territoire. Il exécuta parfaitement un sortilège qui attira à lui quelques vipères, qui vinrent s’enrouler autour de ses bras. Furtivement, il s’insinua dans leur esprit et enregistra les vibrations qui parcouraient la forêt. Il trouva ce qu’il cherchait. Son hôte était arrivé, bien que totalement inconscient d’être attendu. Il transplana sans émettre de craquement sonore, dont il détestait l’indiscrétion, et apparut dans le dos de l’homme.
- Vous êtes égarés ? Demanda-t-il d’une fois faussement bienveillante.
- L’homme, de surprise, fit un bond en avant, visiblement terrifié par cette soudaine rencontre. Sa main serra à s’en blanchir les jointures le turban enroulé autour de sa tête.
- Je… Je… Eh bien je…
- Mais ne seriez-vous pas, par le plus grand des hasards, le grand chercheur en magie noire Quirinus Quirrell, fit-il en prenant un air franchement impressionné. Quel heureux hasard que de vous rencontrer dans ma chère forêt ! J’ai lu avec une grande attention vos recherches.
- Ah… Heu, ouh-oui vrai-vraiment ? Fit l’homme enturbané. Je… Je vous re-remercie, mais qui-qui-qui êtes-v-vous ?
- Quelqu’un qui ne comprend pas pourquoi vous n’êtes pas encore professeur de défenses contre les forces du mal à Poudlard ! Mais ça ne saurait tarder. Puis-je vous inviter à prendre une tasse de thé dans mon humble demeure, qui se trouve plus profondément dans la forêt ? J’adorerais discuter avec vous.
- Je… Eh b-bien ou-oui p-pourquoi pa-as, répondit Quirinus Quirrell. V-vous habitez la-là, vraiment ?
- Mais ne restons pas là, transplanez à mes côtés, je vous en prie, fit Harry en tendant son avant-bras.
Et ils transplanèrent.

Harry s’éveilla le lendemain matin en ayant vaguement conscience d’avoir entre autres rêvé de ce traitre lamentable de Quirrell, à qui il n’avait pourtant pas pensé depuis une éternité. Il se passa une main sur son visage fatigué, et alla se coller sous le jet d’eau brûlant de sa douche, qui finit de disperser les dernières brides de ce rêve flou dans sa mémoire.
Tant qu’il ne rêvait pas de Voldemort…
Ses pieds le menèrent sans qu’il y réfléchisse à la Cafétéria où son café l’attendait, puis dans l’arène, où ils se remirent à courir inlassablement, particulièrement lassés.
Sans pour autant l’apprécier, il commençait à s’habituer à son nouveau train de vie, à ce nouvel entourage, à cette nouvelle occupation. A cette nouvelle routine.

Hermione et Ron arrivèrent à Wagga Wagga tôt le matin, après une nuit épuisante dans un train de nuit particulièrement inconfortable.
- 50 000 habitants, donc dit-Ron. Une aiguille dans une botte de foin. Et si on essayait « Accio les parents d’Hermione » ? ça marcherait ?
- Non, mais j’aime le principe, répondit-elle. Ça serait si simple si on pouvait attirer un bottin pour vérifier s’ils ne sont pas tout simplement dans les pages jaunes. Mais heureusement, cela ne marchera pas.
- Pourquoi pas ? Demanda Ron.
- Les trouver aurait été bien trop enfantin pour des mangemorts ! Fit Hermione.
- Oh, tu as donc jeté un sortilège pour qu’ils dissimulent au mieux leur adresse.
Hermione se pâlit brusquement.
- Oui enfin… Pour qu’ils aient une vie bien camouflée donc « normale », fallait qu’ils puissent s’inscrire administrativement dans la vie moldue. Donc…
- Donc rien ne les empêchait magiquement de s’inscrire dans le bottin de la ville, continua doucement Ron. Donc nous pouvons les trouver facilement.
Hermione agita sa baguette, et l’énorme bottin sur le comptoir de l’employé de la gare disparut soudainement pour réapparaitre dans ses mains. Les pages tourbillonnèrent, et finir par se stabiliser en laissant l’épais ouvrage ouvert dans le dernier quart des pages.
- Wilkins, Wendell et Monika, lut Hermione à voix haute, devenant totalement blafarde.
- Hermione, dit Ron, c’est une bonne nouvelle, non ? Pourquoi tu…
- Nous avons trouvé mes parents en moins de 24 heures, Ron, lâcha Hermione d’une voix hachée. Et si d’autres les avaient trouvés avant nous ?

Ron garda le silence.
- Nous n’en savons rien. On ne peut qu’aller à leur adresse, Hermione. Mais les mangemorts n’avaient aucun moyen de mettre la main sur le nom de tes parents.
Hermione hocha la tête, une boule d’angoisse lui dévorant le ventre.
- Allons-y. Tout de suite.

Ron lui tendit la main, et transplana pour deux. Hermione était dans un sale état, inutile de risquer une désartibulation.

Ils apparurent dans la rue mentionnée sur le bottin, et commencèrent à chercher les numéros des maisons pour trouver la bonne. Tout semblait calme, la rue dormait encore.
- On est au 22. Mes parents sont au 34.
- C’est par là.
Vingt-quatre. Vingt-huit. Trente. Voilà. Dans deux maisons, ils sauraient. Hermione retrouverait ses parents, et pourrait enfin commencer à se reconstruire. La maison, de loin, semblait normale, ne portait aucune trace de destruction causée par les mangemorts. Des murs d’une couleur pastel, une jolie barrière blanche, un jardin récemment entretenu malgré l’automne austral naissant.
Ron et Hermione échangèrent un regard de réconfort, et s’avancèrent jusqu’à la maison. Qui, soudain, explosa.

La déflagration de l’explosion les projeta au sol, et une vague de chaleur leur brula le visage. Durant quelques secondes, Ron n’entendit plus que les battements de son cœur, et ne vit qu’une lumière aveuglante.
Il resta hébété une longue poignée de secondes, et sa première pensée s'élança vers Hermione. Incapable de bouger sans éprouver une violente douleur dans la tempe droite, il tâta de la main autour de lui. Il attrapa celle d’Hermione et la serra désespérément. Elle devait être vivante. Elle ne pouvait pas mourir. Comme lui, elle était suffisamment loin de l’explosion. Comme lui elle devait survivre. Et il serrait sa main encore et encore. Et enfin, elle répondit.
Il se mit enfin à entendre le vacarme ambiant, et se fit violence pour se redresser.
La rue était jonchée de débris de bois, de pierres, de verre et de tuiles. Le voisinage ahuri se déversait des maisons, les hommes et les femmes contemplait la maison des Wilkins éventrée, en proie à un incendie ravageur, dont le rugissement des flammes et les craquements du bois de la charpente en feu étaient assourdissants. Ron cligna des yeux sans comprendre. Quelqu’un s’approcha d’eux et leur demanda quelque chose d’un air inquiet. Son regard restait fixé sur ce qui était quelques minutes auparavant une maison paisible, et qui ressemblait maintenant à l’enfer, tentant de se souvenir ce qu’ils étaient venus chercher dans cette maison.
Et il se souvint.
Les parents d’Hermione.
Wendell et Monika Wilkins, 34 rue des Corneilles, Wagga-Wagga NSW 2650.
A côté de lui, lui broyant les phalanges, Hermione se mit à hurler.
Et Ron détacha son regard maison dévastée, en flammes, se tourna violemment sur le côté, ignorant la douleur, et se mit à vomir.

Ils arrivaient trop tard.
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