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News

128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


I’ve had enough trouble for a lifetime. par Bendico

[175 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

[Attention, note de chapitre méga-longue... désolée ^^]

Bonjour tout le monde.
Voici un nouveau chapitre d’I’ve had enough trouble for a lifetime. Je sais, cela fait un sacré délai de parution. J’assume, et je vais vous expliquer pourquoi.
Chaque chapitre est construit avec d’une part, des passages au Centre, et de l’autre, des moments des « autres » personnages de la vie d’ « avant » de Harry. Certains qu’on connait (ou croit connaître très bien, et d’autres très peu abordés dans les vrais livres). Ces passages nous éclairent sur leur nouvelle vie, mais aussi sur leurs passés, leurs racines. Sur comment ils sont arrivés là où nous les retrouvons aujourd’hui, sur le monde des sorciers, celui des moldus, ses failles, ses défis, le « tableau global » effleuré dans les romans initiaux. En sommes, chacun de ces petits passages, de ces portraits, pourrait constituer un One Shot. Un chapitre rassemble l’histoire majeure et des One Shot centrés sur la même question générale. C’est particulièrement visible ici : la Famille. Et chacun de ces « cycles » d’One Shot fait lentement avancer l’histoire générale en dessinant les parcours des personnages.
L’intrigue avance très lentement. C’est à la fois un gros défaut et un parti pris. Il y a des fan fictions très longues, très très lues sur le site, où l’intrigue avance, surtout à la « fin », au bout de quelques mois d’écriture, du quarante cinquième chapitre au soixante-dixième, à une vitesse folle, au point que… l’auteur oublie d’écrire. Les décors. L’ambiance. La température de l’air, la couleur des arbres, les mimiques des personnages, leurs tics. Hermione fait-ci, et Hermione fait-ça, mais on ne sait jamais comment, dans quels gestes, avec quelle humeur, face à quelle difficulté. Trois lignes plus loin, 3 mois se sont écoulés… Certes l’histoire avance vite, rebondit, mais selon moi il n’y a plus de saveurs.
J’ai une intrigue (qui avance à pas minuscule dans mon esprit depuis bientôt 5 ans) et je ne sais pas si elle aboutira jamais. Mais au-delà du scénario de base, je souhaite surtout me rapprocher des personnages. Combler les trous, ou les surélever, laissés par Rowling. Continuer de broder la gigantesque toile, mais de l’intérieur, au lieu de l’étendre. Ajouter des détails inutiles mais colorés à la carte qu’elle a déjà dessinée. J’aurais pu écrire dix milles OS, mais comme tous se complètent comme un grand puzzle, vous les avez dans cette FF. Il y a des auteurs qui écrivent des OS qui s’inscrivent dans leurs fictions, mais qui les publie à côté parce que… subitement c’est un minimum écrit et ça explore les sentiments des personnages. Bin non. C’est justement ça que je veux lire dans les FF, ces moments de pause narrative où on s’immerge. Je vous offre ce que j’aimerais bien lire ailleurs.
Vous pouvez presque, chez vous, imaginer les aventures de Harry chez les Aurors avec les caractères, les décors que je délivre ici. La vie au Terrier depuis la mort de Fred et avec l’absence de Harry, maintenant que vous savez, dans mon monde, comment les personnages réagissent.
L’intrigue avance lentement, donc, et le débit de parution est très erratique. Considérez aussi que quand je délivre un chapitre, ce n’est pas 2000 mots écrits en deux heures . Mais plus de douze mille ici, plus de 20 pages word Calibri 11, écrits en six mois, avec des noms, des passages, des évènements trouvés il y a parfois plus de 5 ans. Les réactions sont parfois grossières à force (Harry-pas-content-regard-noir-humour-cynique-raconte-sa-vie-ne-veut-pas-raconter-sa-vie-torturé-blahblah / promis je vais essayer de travailler sur ça, ça devient gavant) mais les réactions des personnages sont adaptés à chaque personnage, expliquées, gratouillées pour qu’elles soient bien logique (sauf pour certains où c’est des envolées de grand n’importe quoi, mais vu les rôles secondaires des dits perso, c’est pas très grave). Et c’est ce que j’aime faire, c’est ce que j’aime écrire. Faire gueuler trois lignes un personnage et expliquer pendant deux pages pourquoi il gueule, pourquoi selon lui c’est logique qu’il gueule, mais pourquoi on peut aussi penser qu’il abuse un peu et qu’il devrait se la fermer et écouter les autres de temps en temps. C’est ce que j’aime écrire, et j’espère que c’est ce que vous aimez lire… Car ça va continuer comme ça un petit bout de temps.
J’arrête de me regarder le nombril, me regarder écrire dans un grand trip narcissique mégalo de pseudo auteur qui réfléchit vachement, et je vous laisse avec la suite des aventures de Harry Potter, Dirk Perkins, Benjamin Coote, Johanna Crews, Colleen, Dakota, Grump Butcher, John Godwin, Kingsley Shakelbolt, Hermione Granger, Ron Weasley, et pleins d’autres.
- Vous plaisantez ?
- Non Potter, répondit Enoch Dakota en relevant la tête de son formulaire. Réponds à la question : As-tu des ennemis personnels susceptibles de s’en prendre à vos proches ? As-tu des noms ?

Harry regarda autour de lui d’un air halluciné. Une enquête avait très logiquement été ouverte pour tenter de découvrir qui était à l’origine de l’explosion et de la menace. Une enquête très sérieuse et tout à fait officielle : un membre du bureau des aurors venait d’essuyer des menaces, et de voir ses proches directement attaqués. Qu’ils visent un aspirant ou un titulaire, les aurors ne toléraient pas ce genre de délit. Et maintenant, Harry devait pondre un rapport et répondre à un interrogatoire, pour tenter d’identifier au plus vite le coupable.

- Réponds, Potter, c’est la procédure, insista Dakota.

Les aurors ne vaquaient à leurs tâches habituelles que très distraitement, suivant attentivement, comme des vautours, l’entretien qui se faisait au bureau de Dakota, au su et vu de tous. Shakelbolt était reparti, et Godwin et Savage étaient en microconférence avec le bureau des aurors australiens, pour tenter de mettre la main sur les agents qui s’étaient occupés d’effacer la mémoire des moldus, et de réparer les dégâts de l’explosion. Et d’interroger Ronald Weasley et Hermione Granger.

- Très bien, répondit Harry en se rejetant au fond de son siège. Comme vous voulez. Des noms ? Tous les mangemorts en vie, en liberté et en prison. Toutes les personnes que vous avez dans vos fichiers et qui avaient intérêt à la victoire de Voldemort. Un quart de l’Europe magique est susceptible de s’en prendre à mes proches. Et d’ailleurs, ce tiers de l’Europe ferait bien de réaliser que je n’ai plus franchement de proches à qu’ils pourraient maltraiter. Qu’ils demandent aux Weasleys et à mes anciens camarades de Poudlard si, en ce moment, ils sont d’humeur à mettre leur vie en jeu… Je vous parie tout ce que vous voulez que non. Et si moi, j’étais aussi héroïque et désintéressé qu’ils le croient, je ne serais pas ici à me foutre royalement de ce qu’il se passe à l’extérieur, mais en train de jouer les gardes du corps devant la porte de leur chambre. Ils veulent tuer mes proches ? Vous pourrez leur dire que c’est déjà fait. Ceux qui restent encore en vie… et bien, qu’ils vivent. En dehors de ma vie à moi.

Harry regarda enfin Dakota. L’auror avait une expression de mépris mêlé de dégout sur le visage. Parfait.

- Je peux ? Ou la procédure a encore besoin de moi ?
- Casse-toi Potter.
- Oui, chef, ironisa –t-il.

Harry s’enfonça dans les escaliers et les couloirs du centre. Pourquoi tant de rancœur ? Pourquoi tant de colère ? Peut-être parce qu’il avait été trop trahi par ses protecteurs. Aussi peut-être parce que lui-même avait trop trahi la confiance de ses amis. Il ne voulait plus être un jouet, malgré lui, dans les mains d’un « ami ». Oh, au centre, chez les aurors, il n’était rien d’autre qu’une marionnette, il le savait très bien. Mais justement, il le savait. Il en avait pleinement conscience. Et il ne voulait plus jouer avec les autres. Impossible, étant… ce qu’il était. Il serait toujours poursuivi, et ne s’en sortirai que toujours aux dépends des autres. Alors autant les éloigner. Assumer son destin comme il le fallait : seul.

Harry releva la tête et jura. Evidemment, il n’avait pas fait assez fait attention dans le dédale de couloirs aseptisés du Centre, et avait raté l’embranchement menant aux Labos. Il regarda autour de lui pour essayer de dénicher un raccourci. Et il l’aperçue. Elle était lovée dans le renfoncement d’une double porte, assise par terre, les jambes repliées sous elle et le regard vide. Elle s’aperçue très vite de sa présence et tenta visiblement de l’ignorer, espérant qu’il passe son chemin sans s’arr… raté.

Harry ne lui demanda pas comment elle allait. Question stupide. Il ne lui dirait pas que ça irait mieux. Mensonge. Ni que l’image du cadavre zombifié de son amie s’estomperait dans sa mémoire. Foutaises.

- Lève-toi, lui dit-il, on a du boulot.
Il ne lui tendit pas la main pour l’aider à se lever. Elle se mit debout tout seule et passa devant lui dans le couloir étroit sans rien ajouter.

Durant leurs déambulations pour retrouver le chemin des Labos, ils croisèrent deux aurors dont les têtes ne dirent rien à Harry. Ils les dépassèrent sans aller plus loin dans les salutations que le hochement de tête habituel mais au bout de quelques secondes, ils entendirent « Hey, les gosses ?» dans leurs dos.
Ils s’arrêtèrent et se retournèrent.
L’auror qui avait parlé avait environs cinquante ans, yeux et cheveux brun, de faciès indien. Il portait une longue cape d’extérieure noire qui recouvrait intégralement le reste de ses vêtements, lui donnant une allure tout à fait imposante. Son collègue était lui vêtu plus « simplement » d’une veste de cuir, et d’un jean moldu enfoncé dans d’imposantes bottes cloutées.

- Je peux vous poser une question personnelle ? dit l’auror indien.
- Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, répondit froidement Crews. Je ne vous garantis pas de réponse.
L’auror hocha la tête.
- Est-ce que vous avez un foyer qui vous attend, dehors ?
- Non, fit Crews.

Harry lui jeta un coup d’œil surpris. Lui-même répondit à la négative à la question de l’Indien.
- Alors c’est ici, votre nouveau foyer. Et nous les aurors, aussi haïssables qu’on puisse être, on est ce qui peut se rapprocher le plus d’une famille. On parle le même langage que vous.
- Et donc ? Railla Harry, vous voulez quoi, un câlin ?
L’auror sourit. Son collège resta impassible.
- Pour devenir auror, il faut que vous vouliez aussi faire partie intégrante de cette famille.



La vieille maugréa en se frottant les poignets. Arthrite ! Fichu arthrite qui avait aussi emporté M. Pompon ! Fichue humidité ! Fichu pays !
Arabella regarda de derrière ses grosses lunettes aux montures écaillées par-delà la vitre martelée par la pluie de la vitre du taxi. Heureusement, la chute de Vous-Savez-Qui et la victoire du petit –quel garçon, tout de même, quel garçon !- signait aussi la réouverture des apothicaires côtés moldus, et elle allait pouvoir se réapprovisionner en pommade de thym braisé et calmer ses vieilles articulations. Tout était vert boueux, à l’extérieur. Vert trempé par la pluie. De gros nuages gris évoluaient à toute vitesse dans le ciel, se déchiraient, se rabibochaient, abattant sur la terre déjà trop gorgée d’eau un véritable déluge.
Le chauffeur de taxi articula quelque chose d’incompréhensible. Fichu langage de léprechaun ! La voiture ralentit, et patina dangereusement quand elle quitta la route bitumée pour s’engager sur un chemin étroit et bordé de fossé, de terre – enfin, de gadoue.

Par le pare-brise et passé une barrière de haies foisonnantes, elle découvrit que le chemin serpentait en montant jusqu’à une colline surplombée par une maison campagnarde.
- Arrêtez-moi là ! Dit-elle en articulant bien –elle- au chauffeur.
- Peuch sûre ? Y’a rin dans l’coin m’bon’dame !
Arabella hocha vigoureusement la tête, refila une liasse de billets au chauffeur et ouvrit la portière. Une vague de vent froid, de pluie, de feuilles, lui balaya violemment le visage mais elle claqua courageusement la porte de la voiture derrière elle et continua hasardeusement dans le chemin boueux.

Ce n’était plus de son âge ! Et puis franchement, l’Irlande, hein !

Le chauffeur de taxi hésita un bon moment en regardant patauger cette vieille et très bizarre dame anglaise vers… eh bien vers rien du tout ! Rien qu’une colline déserte au milieu d’autres collines désertes ! Mais très bizarrement, les secondes s’écoulant, il eut du mal à se rappeler pourquoi il regardait cette vieille marcher, elle pouvait bien faire ce qu’elle voulait, d’ailleurs ça ne le regardait pas, il ne la connaissait même pas, il ne l’avait jamais rencontré.
Le chauffeur de taxi cligna des yeux, et en plissant le front, se demanda pourquoi il s’était arrêté dans les parages. Avait-il été hélé par la femme au loin ? Non, elle lui tournait le dos ! Avait-il remarqué quelque chose d’anormal sur la route ? Eh bien non, elle était vide. La voiture ? Aucun voyant orange ou rouge allumé sur le tableau de bord, essence, huile, batterie, tout allait bien.
Il alluma son GPS et maugréa en se rendant compte qu’il était à plus d’une heure et demie de chez lui ! Et sa femme qui l’attendait pour la cuisine ! Alors que c’était si urgent ! Il allait être en retard !
En grognant, il vit demi-tour dans la boue et fila aussi vite qu’autorisé sur la route bitumée de campagne.
Arrivé chez lui, sa femme considéra la voiture couverte de boue.
- Mais c’est où qu’t’es-ce que t’as été porté ché-pas-qui ? R’garde-peuch-moi ça !
Le chauffeur considéra sa voiture peu présentable, se gratta l’oreille en réfléchissant
- Oh bin chais mêm’p’us, t’in-donc. L’jardin d’un client, s’rment.
Même s’il était fichtrement incapable de se souvenir duquel.







- Un jour je vis, murmura-t-elle penchée au-dessus du couffin, debout au bord des flots mouvants, passer, gonflant ses voiles, un rapide navire enveloppé de vents, de vagues et d’étoiles. Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux, que l’autre abîme touche, me parler à l’oreille une voix dont mes yeux ne voyaient pas la bouche : « Poète, tu fais bien ! Poète au triste front, tu rêves près des ondes, et tu tires des mers bien des choses qui sont sous les vagues profondes… La mer, c’est le Seigneur que misère ou bonheur, tout destin montre et nomme ; le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur… Le navire, c’est l’homme. »

La famille. Le lien le plus haïssable d’entre tous. Plus persistant, douloureux, astreignant qu’un serment inviolable. Celui qui vous dévoile malgré vous. Qui, peu importe vos rêves, vos voyages de l’autre côté du monde, vos choix, vos combats, vous ramène irrémédiablement à qui vous êtes. Qui vous gifle avec votre propre identité. La plupart des héros sont des orphelins. Car l’orphelin sans famille peut choisir qui il sera. Ce qu’il fera. Et pourquoi. Pour qui. L’orphelin peut regarder en arrière. « L’être créé se meut dans la lumière immense. Libre, il sait où le bien cesse, où le mal commence ; il a ses actions pour juges. »

Mais déjà l’enfant geignit, tandis que le silence durait. Elle soupira.
- Je sais bien qu’il est d’usage, lui dit-elle comme s’il pouvait la comprendre, d’aller en tous lieux criant que l’homme est d’autant plus sage qu’il rêve de néant ; d’applaudir la grandeur noire, les héros, le fer qui luit, et la guerre, cette gloire, qu’on fait avec la nuit ; d’admirer les coups d’épée, et la fortune , ce char, dont une roue est Pompée, et l’autre roue est César ; Et Pharsale et Trasimène, et tout ce que les Nérons font voler de cendre humaine dans le souffle des clairons !
Je sais que c’est la coutume d’adorer ces nains géants qui, parce qu’ils sont écume, se supposent océans, et de croire à la poussière, à la fanfare qui fuit, aux pyramides de pierre, aux avalanches de bruit.
Moi je préfère, ô fontaines… Moi je préfère, ô ruisseaux… Au Dieu des grands capitaines, le Dieu des petits oiseaux… Ô mon doux ange, en ces ombres où, nous aimant, nous vrillons au dieu des ouragans sombres qui poussent les bataillons, au dieu des vastes armées, des canons au lourd essieu, des flammes et des fumées, je préfère le bon Dieu ! Le bon Dieu qui veut qu’on aime, qui met au cœur de l’amant le premier vers du poème, le dernier au firmament ! Qui songe à l’aile qui pousse, aux œufs blancs, au nid troublé, si la caille a de la mousse, et si la grive a du blé ; et qui fait, pour les Orphées, tenir, immense et subtil, tout le doux monde des fées, dans le vert bourgeon d’Avril ! Si bien que cela s’envole et se disperse au printemps, et qu’une vague auréole sort de tous les nids chantants…
Vois-tu, quoique notre gloire, brille en ce que nous créons et dans notre grande histoire pleine de grands panthéons ; quoique nous avons des glaives, des temps, Chéops, Babel, des tours, des palais, des rêves, et des tombeaux jusqu’au ciel , il resterait peu de choses à l’homme qui vit un jour, si Dieu nous ôtait les roses… …Si Dieu nous ôtait l’amour…

La famille. La famille qui avait fait qu’elle ne voulait pas d’enfant. Sa famille à elle n’était pas un cadeau à offrir à l’enfant qui naît. Ironie du sort, elle se retrouvait de nouveau avec un enfant sur les bras, maintenant qu’elle était enfin devenue elle-même une orpheline. Enfin, pas tout à fait. Elle avait encore une sœur vivante, mais pour combien de temps ?

L’enfant s’agita.
- Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure. Vous qui souffrez, venez à lui car il guérit. Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit. Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.

Orpheline. Père et Mère mort, Merlin soit loué, il y avait bien longtemps. Neveux disparus et assassinés. Sœur tueuse et tuée. Mari… Mari. Et fille.

- Oh ! je fus comme fou dans le premier moment. Hélas… Je pleurai trois jours amèrement. Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, pères, mères, dont l’âme a souffert ma souffrance, tout ce que j’éprouvais, l’avez-vous éprouvé ? Je voulais me briser le front sur le pavé ; puis je me révoltais, et, par moments, terrible, je fixais mes regards sur cette chose horrible, et je n’y croyais pas, et je m’écriai : Non ! Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom qui font que dans le cœur le désespoir se lève ? …Il me semblait que tout n’était qu’un affreux rêve, qu’elle ne pouvait pas ainsi m’avoir quitté, que je l’entendant rire en la chambre d’à côté, que c’était impossible enfin qu’elle fut morte, et que j’allais la voir entrer par cette porte… Oh… Que je fois j’ai dit : Silence… Elle a parlé ! Tenez ! Voici le bruit de sa main sur la clé ! Attendez ! Elle vient ! Laissez-moi, que j’écoute ! Car elle est quelque part… Dans la maison… Sans doute.

Sa fille était partie, et voilà ce qu’elle avait sur les bras. Son fils à lui. Lui. Encore une pièce rapportée dans une famille qu’elle ne voulait pas. Nauséabond. Contaminé. Médiocre. Lâche ! Et son fils, pourtant. Leur fils agité qui depuis leur départ ne supportait plus le silence.

Etait-elle obligée de s’en occuper ? Bien sûr ! Il était de sa famille. Cette foutue damnée famille. Il était de sa chair, de son sang. Elle ne pouvait décemment pas partir et lui tourner le dos. Sans le voir, à chaque fois qu’elle regarderait derrière son épaule, assis sur le trottoir de son passé, à la contempler et à lui demander : pourquoi ? Quelle autre famille qu’elle lui restait-il ? L’autre ? Cet enfant qu’il n’avait même jamais vu ? Pour qui ses parents étaient morts ? Contre qui sa sœur à elle était morte ? Cet enfant, dont on lui avait expliqué qu’il ne se présenterait même pas ?
Un danger !
Pour sûr, un danger.
Personne ne doutait qu’il était un danger.
Du moins pas elle.

Personne ne devait savoir.
Pas de crainte à avoir !
Ce ne serait pas elle qui irait le crier sur tous les toits !

Il viendrait un jour…
Qu’il ne se presse pas !

Il prendrait tout en charge…
Elle n’avait pas besoin de charité.
Elle avait besoin de son mari. De sa fille. Pas de charité. Mais rien de ce qu’il pourrait apporter. Il avait bien apporté le lycanthrope dans la vie de Nymphadora.

- Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, seule, inconnue, le dos courbé, les mains croisées, triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, ni les voiles au loin descendant vers Harfleur. Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

La famille. Ses sœurs. Sa grande sœur. Belle, puissante, folle à lier. Elle la croisait chaque jour dans le miroir. Incarnation parfaite de sa famille. Elle était une écharde venimeuse plantée profondément dans la pulpe d’un doigt. Indéracinable, irradiante de douleur. Et pourtant, une part d’elle-même. C’était sa grande sœur, sa grande sœur, bon sang ! Elle lui avait tout appris. Comment tenir tête à ses parents. Comment mettre un garçon à genoux d’une œillade. Comment être plus forte que les hommes. Comment mener son monde. Gouverner l’univers. Devenir une reine. La reine était morte, aujourd’hui. Jeté à bas de son trône. Décapitée par la plèbe. Emportée avec son roi. Elle l’avait bien mérité. Sa grande sœur…

- J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs je marche, sans trouver de bras qui me secourent, puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent, puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs… Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête, j’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour. Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour, Hélas… Et sens de tout la tristesse secrète… Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu, puisqu’en cette saison des parfums et des roses, ô ma fille ! J’aspire à l’ombre où tu reposes, puisque mon cœur est mort, j’ai bien assez vécu….

La chevelure de l’enfant passa au rose flamboyant, et ses joues prirent quelques couleurs. Andromeda regarda l’enfant rêver de sa mère, pendant qu’il pouvait encore s’en souvenir.

Elle ne voulait pas d’enfant. Elle ne voulait pas de Nymphadora, qui allait être rejetée par les Blacks, en bonne fille de sang-de-bourbe. Mais Ted… La main d’Andromeda remonta pour se poser sur le diamant dormant au creux de sa clavicule.

Elle se souvint…

Le brouhaha heureux de la Grande Salle à la fin des années soixante. Elle distribuait les emplois du temps des cinquièmes années. Les uniformes étaient encore tellement collet montés, à cette époque. Sur le sien, le badge de préfet soigneusement astiqué rappelait à toute l’école que la Famille Black régnait toujours, règnerait toujours sur l’école tant que ses rejetons y serait. Les meilleurs élèves, les plus acharnés, les plus rapaces.
Elle avait jeté un rapide regard à l’emploi du temps au fils de moldus Tonks avec elle à Serdaigle. Il avait tendu la main en lui jetant un de ses regards –mi impressionnés, mi gênés, mi racoleurs- pour l’attraper mais à la dernière seconde, elle avait repris l’emploi du temps pour mieux le relire.
- C’est quoi ces options ? Ça n’a aucun sens !
Et sans demander son avis, elle avait lâché son sac par terre, s’était assise à côté de lui pour mieux étudier la chose.
- Pourquoi tu prends à la fois… droit magique international et… divination ? Ça n’a aucun sens ! Et… Botanique avancée avec ?
Andromeda l’avait regardé comme s’il était profondément stupide.
- Vers quelle formation magique veux-tu t’orienter avec ça ? Le Droit magique international peut s’allier avec étude des moldus ou défense contre les forces magiques, la Botanique avec les Soins aux créatures magiques, et la Divination… Enfin, soyons sérieux, je n’ai jamais compris pourquoi cette matière existait. J’ai entendu dire que Dumbledore va supprimer ce truc dès que le vieux Pruneaux prendra sa retraite…
- Les options qu’on prend en cinquième année ne déterminent pas du tout notre vie… On verra tout ça en septième année, lui avait répondu Tonks en l’observant avec circonspection.
- Ah, donc tu ne sais pas du tout ce que tu veux faire plus tard, avait pointé avec dédain Andromeda.
- Nnnon, avait répondu Ted en grignotant un bout de toast au gouda. Je sais très bien ce que je veux faire plus tard.
- Oh, avait-elle fait en fronçant les sourcils et en regardant de nouveau son emploi du temps avec beaucoup de perplexité.
- Tu ne trouveras pas la réponse sur ce bout de papier.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
Ted l’avait regardé avec des yeux pétillants d’excitation, et le cœur d’Andromeda avait fait un étrange petit bond dans sa poitrine. Il s’était penché vers elle comme pour lui murmurer un secret.
- Le métier que je veux faire plus tard n’a rien à voir avec la magie.

Andromeda s’était vivement reculée, avec horreur et panique.
- Comment ? Sans rapport avec la magie ? Mais… Mais… Tu veux faire un métier… moldu ?
Sans prendre aucun gant quant à ses origines moldues, forcément.
Ted hocha la tête, sans s’offenser, avec un petit sourire en coin.
- Tu ne me demandes pas ce que je veux devenir ?
- Balayeur ? Electrificateur ? Dit-elle en rougissant et en regardant ses mains.
- On dit électricien, et… non.
- Et-qu’est-ce-que-tu-veux-devenir- ? Lui demanda-t-elle du bout des lèvres.
Il se pencha de nouveau vers elle, l’inondant de son regard malicieux.
- Professeur en littérature française.
Andromeda se souvint avoir relevé brusquement la tête.
- Prof… Professeur en quoi ?
- Andromeda Black, avait-il ajouté… Avez-vous déjà lu du Victor Hugo ?
Et à son visage perdu, il comprit que non.

- Et c’est à ce moment-là, expliqua Andromeda à l’enfant endormi, que j’ai commencé… à prêter une certaine attention à ton grand-père. Il s’est mis à m’apporter semaine après semaine un poème différent de Victor Hugo. Au bout de plusieurs mois, quand il m’eut fait lire le moindre de ses recueil, il m’apporta les romans. Un jour, au moins, je ne sais pas, quatre ans plus tard ? Il m’apporta Notre Dame de Paris. Et sur la dernière page, juste en dessous du mot « Fin », il avait écrit sa demande en mariage.

Andromeda laissa échapper un petit rire triste.
- Bien sûr, j’ai dit Non. Epouser un sang-de-bourbe ! Avec ma famille !

Cela n’avait pas arrêté Ted Tonks. Leurs luttes et leurs rêves étaient déjà en marche. Et bientôt, Nymphadora allait l’être aussi…





Dedalus inspira profondément. Sa mission touchait à sa fin. Il le sentait. Mais ce n’était pas le moment de flancher et de se laisser aller à des erreurs stupides. Il se concentra, chercha le flux tellurique mère du réseau de l’île, et quand il eut mentalement posé le doigt dessus, il s’y immergea, soudain ragaillardi, rajeuni, merveilleusement bien. La tentation était si grande, si belle, si douce, de s’y perdre, s’y oublier. De se disperser dans ce vent de magie qui les nourrissait tous. Il vérifia que chacun des sortilèges de protection autour de la famille Fillian était en place, sans brisure, sans fissure aucune, gravés dans les fondations de leur demeure. Il localisa chacun des membres de la famille à l’intérieur de la bâtisse, les yeux fermés, les sens guidés par la magie qui les entourait sans jamais, pauvres moldus, les traverser. Tout allait bien.
Il rouvrit les yeux et alla se présenter au portail, en tentant d’ignorer que toute son énergie et sa vigueur s’échappait soudainement de lui, le laissant vieux, las et fourbu. Heureusement, il lui en resta un peu. Sinon… La mère de famille l’aperçu de la fenêtre du living room et, avec cette hésitation mêlée de crainte dont les moldus ne se départaient jamais, lui adressa un signe amical de la main, un signe de reconnaissance. Presque de gratitude.

Dedalus leva le pouce en signe de victoire, la salua de son chapeau haut de forme. Il vit la respectable dame faire un petit pas en arrière de peur, tandis que les volutes du café chaud qu’elle tenait entre ses mains s’épaissir et formèrent les lettres délicates : « Bientôt ».

Elle déglutit et regarda à nouveau par la fenêtre du salon. Mais Dedalus, déjà, avait disparu.

Comment un homme aussi petit, exubérant, insignifiant par son manque total de charisme, pouvait être un des meilleurs gardiens de secret parmi bien des générations ? Car Dedalus était plus qu’un gardien. C’était un éclaireur. Une Vigie. Un Senteur. Un sorcier capable de sentir, voir, palper presque, la magie qui circulait dans la terre, l’air, et qui nourrissait, parcourait, transcendait et alimentait les hommes qui y étaient sensibles : les magiciens. Sa magie, en cela, était particulièrement subtile, et surtout, pérenne. En localisant les ruisseaux, les sources de magie dans l’espace, il y ancrait ses sortilèges. Ceux-ci lui demandait moitié moins d’énergie, et durant moitié plus longtemps que lorsqu’ils étaient exécutés par des sorciers moyens.

Il était donc devenu le Gardien de l’Ordre. Chargé de réaliser et de surveiller les sortilèges de protection du Phœnix. Et surtout ceux auquel personne, durant la guerre, ne pouvait consacrer d’énergie, mais qui étaient pourtant les plus nécessaires, protégeant les plus démunis : les sortilèges protégeant les familles moldus de l’Ordre, de sorciers en fuite ou déjà morts. Protéger ceux mis terriblement en péril par leur infortunée connaissance du monde magique, telle était la mission de Dédalus.

Cette mission le tenait éloigné des combats. Bonne planque de pleutre ? Peut-être. Mais sa magie n’était pas suffisamment vive, puissante, rapide pour l’affrontement de face. Il était un artiste, un ciseleur. Et en protégeant des grappes entières de famille, il permettait aux combattants de se sacrifier dans la bataille, l’esprit tranquille, les leurs à l’abri.

Diggle se recentra sur la magie qui traversait sa chair. Une fois encore, elle l’appela, enchanteresse. Il durcit sa volonté. La magie refusa de le laisser la tromper, refusa de le laisser s’échapper, se glisser entre les interstices de l’espace-temps qu’elle était chargée de combler pour maintenir l’unité de l’univers. Il se comprima, étouffa, tandis que son être se glissait dans une insoutenable violente muette et invisible, dans la faille, comme dans un siphon d’aspiration. Et soudain il respira, se déploya de nouveau.

Dedalus Diggle regarda autour de lui.
Transplanage réussit.

Il sourit à la vieille dame assise sur un morceau de barrière effondré, au milieu d’un talus de fougères en tout genre. Elle agita avec vigueur la main vers lui.
- Bonjour, mon garçon !
- Bien le bonjour, Madame, lui dit-il galamment en soulevant son éternel chapeau haut de forme violet. Que me vaut cette visite ?
- Un message de la copropriété, dit Mme Figgs en fronçant les sourcils.
- Vraiment ? S’agit-il de la sortie des poubelles ? S’informa Dedalus, notant à quel point ce code pouvait être à la fois totalement grotesque et incroyablement bien approprié.
- Oh, pas de changement de planning de ce côté-là. Il y a eu de nouveau du vandalisme dans le voisinage, et la copriopriété voulait s’assurer que les locataires n’hésitent pas à renouveler leur bail.
Dedalus s’assombrit.
- Je vois. Je vois.

Dedalus et Arabella se regardèrent. Et puis…
- Je dois déjà vous quitter, cher ami. Mon taxi de retour ne devrait pas tarder à arriver à notre point de rendez-vous.
- Certes, certes. Dites à la copropriété que je reste à son service.
- Bien évidemment.

Tandis qu’Arabella s’en retournait à travers champs, Dedalus s’avança vers le perron de la maison. La maîtresse des lieux devait les avoir observé tout du long à travers la fenêtre de son living-room, car la porte d’entrée s’ouvrit avant même qu’il ne lève le bras pour sonner la cloche. Pétunia Dursley, encore plus pâle que d’ordinaire, apparut dans l’encadrement de la porte. Dedalus se racla la gorge.

- Bien le bonjour, Madame. Je suis M. Werther, votre conseiller en assurance et sécurité immobilière, nous avions rendez-vous…
Pétunia pinça les lèvres, hocha la tête et recula pour laisser entrer le petit monsieur. Qui ne bougea pas du perron.
- Nous… nous avions rendez-vous… pour… ?
Pétunia eut l’air exaspéré.
- Pour savoir si nous voulons renouveler votre contrat ou l’adapter en fonction de nos nouvelles exigences depuis notre dernière rencontre.
- Exactement !
Dedalus s’engouffra dans la bâtisse.

L’attendaient déjà sur le sofa deux autres personnes ; un homme qui se faisait âgé, d’épaisse carrure, aux épaules affaissés, les cheveux gris et la moustache agitée de tics, lui lança un regard très étrangement… inquiet. A côté de lui, un jeune homme blond, un étrange de petit bidon de métal argenté à la main, d’où s’échappait un bruit de clapotement à chaque mouvement un peu brusque. Le jeune homme arborait une musculature impressionnante, au thorax massif. Il serrait si fort dans sa main droite son étrange flasque métallique que celle-ci finissait par s’écraser en grinçant.

- Messieurs…
- Il est vivant ?
La question avait fusée et c’était le jeune géant blond qui l’avait posée. Dedalus s’assit sur un fauteuil et hocha la tête.
- Oui. Et Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est mort. Harry l’a tué.

Pétunia se laissa tomber sur une chaise, blafard.
- T… Tué ?
- Je pense que c’était, vous savez… Tuer ou être tué. Je pense que personne ne pouvait le faire sauf votre neveu, Mrs. Dursley.
- C’est pas… illégal ? De… Tuer ? Chez les sorciers ? bégaya Vernon.
Dedalus eut l’air bien embêté.
- Si. Mais on… On… Enfin… Je…
- Vous n’allez pas envoyer Harry en prison parce qu’il a tué Celui… Celui-là, si ? demanda Dudley, Je pensais que c’était un… un tueur en série, une sorte de dictateur comme… comme…
Dudley fronça les sourcils en devenant tout rouge. C’était comme retrouver le petit garçon de 6 ans incapable de se souvenir de son alphabet. Visiblement, aucun nom de dictateur sanguinaire ne lui venait à l’esprit. Dédalus, lui, était horrifié de ne pouvoir répondre avec assurance à cette question. Emprisonner l’élu pour avoir tué le Seigneur des Ténèbres ? C’était ridicule. Ils n’allaient quand même pas oser, tout de même ?
- Tu veux un autre Coca Light, Dudley-Chéri, demanda Pétunia avec inquiétude tandis que des plaques rouges apparaissaient sur le cou de son fils, toujours profondément concentré sur ses souvenirs néantesques de cours d’histoire.
- Et nous ?
Vernon prenait enfin la parole.
- On vous conseille de rester ici. Encore un peu. Vous-Savez-Qui est mort, mais il reste, je suppose encore des mangemorts en liberté, et étant donné vos liens directs avec le Survivant, eh bien je pense que…
- Vous supposez ? Vous pensez ? S’alarma Pétunia, Mais vous n’avez donc aucune information ?
- Eh bien, la situation actuelle est assez… Heu…
Il se racla la gorge.
- Trouble, effectivement. C’est pour ça qu’on vous conseille de rester sur vos positions.
- De toute façon, articla Vernon la voix bizarrement cassée, c’est pas comme si… Comme si quelque chose nous attendait.

Pétunia bondit de sa chaise pour passer un bras autour de son mari.
- Qu’avons-nous, à présent là-bas ? A faire ? Que voulez-vous que je fasse à Little Whinning ? J’ai dû… J’ai dû… Démissionner de mon… de ma chère, de ma chère… entreprise.

Personne n’osa rire. Dudley serra avec émotion l’épaule de son père.

Vernon Dursley, dans la vie, n’était parti de rien.
Ses parents n’avaient pas d’argent. Pas de grosse voiture, pas de grande maison, de beau jardin. Il ne s’était, en vérité, retrouvé au prestigieux collège privé Smith que parce qu’il avait gagné une bourse. Par ses bons résultats.
Et oui, Vernon Dudley, était un homme, au grand étonnement de ceux qui pensait le fréquenter, intellectuellement dégourdi.
Bien sûr, il n’était pas philosophe. Artiste. Littéraire. Humaniste.

Mais il était un bon, un très bon, un excellent gestionnaire. Il savait où était le profit, comment se comportait l’argent, les hommes cupides, les marchés. Et à dix ans, il avait gagné le concours régional d’initiation aux transferts boursiers libéraux, en gagnant virtuellement des sommes folles lors de la libéralisation de l’économie anglaise d’après-guerre. C’était dans le cours d’économie libre d’entrée de Smith, où il se réfugiait le mercredi après-midi, trop potelé et raillé pour jouer au foot avec les autres gamins de son quartier. Recroquevillé au fond de la classe, grassouillet mais propre, ne dérangeant personne, l’enseignant (lui-même d’origine modeste, d’où la possibilité de libre accès à ce cours, chose très surprenante connaissant l’institution Smith) n’avait pas protesté devant son jeune âge.

C’était en 1967, en pleine révolution des transports, dans les premières années de l’ouverture de l’économie mondiale. Les autres gamins du cours, âgés eux de 14 ans, amenés de force par leurs parents riches patron libéraux du Sud de l’Angleterre, ne prêtaient qu’une oreille très distraite à ce cours libre, sans examen, si ce n’est un stupide concours à la fin, avec, en plus, aucun prix à la clef ! Mais Vernon, lui, écoutait. Et il aimait beaucoup ce qu’il entendait. Les simulations d’échanges commerciaux qu’il réussissait avec brio lui faisaient miroiter un avenir bien plus brillant que celui de ses parents, pauvres ouvriers parmi des centaines, des milliers d’autres.

Le professeur, ouvert d’esprit, l’avait par la suite plus particulièrement remarqué. Quel âge avait Vernon Dursley ? Dix ans ? Mais quel jeune enfant brillant ! Et que font ses parents ? Ah. Effectivement. Ne serait-il pas possible que… ? Allons, un enfant aussi prometteur ! Pensez à la bonne image de l’établissement ! Ne se privant d’aucun talent, et dépassant les origines familiales ! Mais non, enfin, ce n’est pas communiste, qu’allez-vous donc chercher ?! Le libéralisme, n’est-ce pas la promotion des jeunes et brillants individus, par leur talent ? Regardez-moi ces excellentes simulations ! L’institution Smith ne pourrait-elle pas, dans le budget faramineux –oh, mais absolument justifié monsieur le Directeur, bien sûr – de la rénovation de la salle de boxe, puiser les frais d’inscription de sixième pour ce jeune Dursley ? Et s’il n’est pas bon, eh bien, il retournera au collège public ensuite. Qu’en pensez-vous, Monsieur le Directeur ? Ah ! Merveilleux. Tout à fait généreux de votre part, Monsieur le Directeur. Il s’en montrera digne, je vous le garantie.

Et Vernon Dursley, fils d’ouvrier, était entré à Smith.
Et avait appris à se battre. A se battre contre ceux qui le considéraient comme un parvenu. Il traversa le collège en brillant en maths, et en touchant le fond en composition d’anglais. Il remporta néanmoins, à 13 ans, le prix d’argumentation, où dans le débat public organisé par les enseignants, il tint un discours devant les élèves, fustigeant l’ennemi communiste, glorifiant le libre-entreprenariat, le talent individuel et la réussite du travail.

Soutenu par le gratin de l’équipe enseignante de Smith, il intégra, toujours par bourse d’aide – les toutes premières de son temps ! – une université d’économie et de gestion.

Il vécut chichement ses études, plombé par une absence de revenus, face aux autres étudiants héritiers entretenus. Il haïssait parfois de tout son corps ses origines ouvrières, modestes, mais celles-ci lui avaient appris le sens de l’indispensable. Du nécessaire. Pour vendre, vendre toujours, vendre quoiqu’il advienne, il fallait vendre de l’utile.

Des perceuses.

Il n’était parti de rien. Pour convaincre une banque de lui prêter de l’argent, il n’avait que son diplôme et sa gueule. Son entreprise, il l’avait construit une étape à la fois. Des bons fournisseurs. Des clients choisis. Une politique de ressources humaines implacable, où le sentiment n’avait pas sa place. Il voulait des employés aussi dévoués que jetables. Et il les avait trouvés. Vingt ans et quelques réclames plus tard expliquant qu’acheter du matériel allemand signifiait supporter ET les Nazis ET les communistes, il était… pas au sommet, mais très correctement installé dans le Sud du Royaume-Uni.

Et un jour, il avait trouvé un couffin sur son perron. Et dix-sept ans plus tard, il avait tout abandonné pour se terrer au fond d’il ne savait où, laissant les compagnies rivales lui voler ses parts de marché. Sans rien faire. Pour protéger sa famille.

- Tu retrouveras ton entreprise un jour, Papa, dit Dudley simplement. Un jour. On te le promet.




Harry et Jo arrivèrent aux Labos. Il était 9h15 du matin. Ce qui signifiait, en ce riant dimanche matin, joyeusement illuminé par des cadavres d’amis perdus animés au beau milieu de l’Everest, illuminé par des parents d’amis à deux doigts d’être sauvagement assassinés, des séances d’interrogation risibles avec le gratin des aurors les plus stupides d’Angleterre, qu’ils avaient 15 minutes de retard sur leur planning. Sans parler, ils rejoignirent dans le labo n°3 Perkins et Coote qui avaient heureusement déjà déployé sur les paillasses les chaudrons, éprouvettes, fiches d’ingrédients, ciseaux, râpes, économes, bols de glaçons, pichets d’eau, d’alcool à 90°, la caisse magiquement réfrigérée contenant des plantes d’hiver congelées, différents bocaux vinaigrés de choses diverses…

Perkins hésita à demander à Crews si tout allait bien. Elle avait l’air encore sacrément pâle, mais… comment ne pas le comprendre ? « Beth » lui avait lapidairement décrit Coote, peu enclin à partager les souvenirs de l’adolescence de Johanna Crews sans son autorisation préalable signée en sept exemplaires entreposés dans sept coffres différents de Gringotts, était l’amie de Crews à Poudlard. « Crews, tu as pu l’observer, n’est pas du genre le plus sociale du monde. Elisabeth Taylor était, je crois, la seule personne qui la connaissait personnellement. Genre… Je sais pas, sa vie, en dehors de Poudlard. Je crois que Crews a déjà passé quelques vacances chez Taylor. »

Coote s’était perdu dans ses propres souvenirs de la « jeune et si agréable Johanna Crews ». Crews était une… excellente élève. Comme lui. Mais quand lui participait volontiers aux cours, et aidait le soir les plus jeunes Poufsouffle dans la salle commune le soir à faire leurs devoirs, et entretenait de bonnes relations avec tout le monde, Johanna était plus… plus solitaire. Plus froide. Acide. Elle n’était pas de ces serpentards, tyrans en culotte courte, qui s’amusait à enchanter les armures de Poudlard pour qu’elles fassent des croche-pattes aux plus jeunes. Elle était juste… en dehors de tout groupe d’interactions sociales. Elle s’asseyait au fond en cours, effectuait calmement ce que demandaient les professeurs, et prenait un soin particulier à n’adresser la parole à personne, et à répondre par des sarcasmes bien sentis à quiconque lui posait une question. Elle n’avait simplement besoin de personne.

Les Poufsouffles ont toujours été, assez traditionnellement, les souffre-douleurs des Serpentards. Un soir, en troisième année, pour venger un de ses amis qui s’était retrouvé saucissonné, pendu la tête en bas dans une cabine de Mimi Geignard, du rire éclatant de Johanna Crews quand la scène avait été révélée au public, Coote avait balancé à Crews de retourner chez sa riche famille de sang-pur d’un milieu si hautement supérieur à eux pauvres poufsouffles, pour leur accorder au moins la décence d’une vie quotidienne libérée de la souffrance d’avoir à subir la vision de sa face anémiée à longueur de temps. Depuis ce moment, Coote n’avait jamais vraiment compris pourquoi, il était devenu LA bête noire de ses vacheries. Au fil des années, leurs échanges haineux avait évolué vers de simples échanges de répliques acerbes, mais jamais n’avait disparu la lueur de pur mépris au fond des prunelles de Crews quand elle le regardait, et qui le faisait toujours enrager aujourd’hui. Quoi, sérieusement, quasiment dix ans plus tard ?

Et il y avait Elisabeth Taylor, mêmepasserpentarde, ni d’ascendance sorcière, qui, très étrangement, arrivait à percer les barrières de Johanna Crews. On les voyait manger parfois sur les bords du lac, ou mâchonner des bullagommes en coloriant leurs cartes d’astronomie à la table des Serpentard, dans la Grande Salle, le samedi après-midi. La plupart du temps, elles ne parlaient même pas. Beth gribouillait des caricatures sur des cahiers moldus, des vieilles personnes que personnes ne reconnaissaient, et qui faisaient rire aux larmes Johanna, feuilletant des catalogues de bijoux sorciers antiques…

Potter s’assit à une paillasse, et commença à réchauffer avec des flammes rouges s’extirpant en dansant de la pointe de sa baguette un pot congelé d’asticots aquatiques. Crews s’assit en face de lui et se mit à jouer avec un couteau.

- Si tu t’apprêtes à balancer quelque chose, je te conseille un bocal de verre, ou un pot en argile, dit l’air de rien Potter. Un couteau, ça se tort, ça rebondit, et éventuellement, ça crève un œil.
- Qu’est ce qui te fait croire que je veux balancer quelque chose ?
- Je sais pas si tu le veux… Mais tu devrais essayer.
Perkins fronça les sourcils en lançant un regard perdu à Coote.
- C’est ce que je fais, en règle générale… Pour me défouler. Quand un de mes amis meurt.
Le visage de Crews perdit instantanément les quelques couleurs que lui avait rapporté la douce chaleur des flammes de la baguette de Potter.
- Et crois-moi, articula Harry en se concentrant avec particulièrement de soin sur la manière dont il faisait tourner d’un mouvement lent et régulier le bocal au milieu de la gerbe de feu, comme si c’était l’un des arts les plus précis de l’univers, j’ai eu l’occasion de pratiquer assez souvent ces derniers temps. Je te conseille les bocaux d’argiles. Ça fait de très jolis débris, et contre du bois poli, le son produit est presque musical.
Crews le considéra en silence, posa son couteau, et fit lentement glisser un verre sur la paillasse jusqu’au bord. Le verre buta contre le rebord légèrement surélevé du meuble, et lentement, bascula dans le vide pour aller se briser en mille morceaux translucides sur le sol du labo. Durant toute la manœuvre, Crews n’avait pas quitté Harry des yeux.

- C’est un bon début, commenta Harry.
- Tu réchauffes le mauvais bocal de vers, répondit Crews.

Harry jura, agita sa baguette pour faire disparaitre les flammes, et, stupidement, très stupidement, très très stupidement, attrapa de la main le bocal… au verre brûlant. Il lâcha vivement le bocal, qui valsa sur la paillasse, tomba à l’horizontal, roula, roula, roula sous l’œil horrifié d’Harry, et alla rejoindre les débris du verre de Crews soixante centimètres plus bas. Une odeur crade d’asticots cramés se répandit dans la pièce.
Crews enfila une mimique faussement préoccupé.
- Oh, un de tes amis vient de mourir ?

Coote haussa les yeux au ciel, et d’un mouvement de baguette, balaya le verre pilé et les stercoraria.
- Si Butcher voit ça, il est capable de vous les faire bouffer. Et nous aussi, alors contenez-vous.
Crews allait visiblement répliquer vertement quand Perkins siffla d’agacement.
- Non. Stop. Potter, il s’est passé quoi dans le Bureau ? Et ceci n’est pas un interrogatoire menaçant, je veux juste savoir à quoi m’attendre la prochaine fois que je croise un auror dans ce centre, okay ? prévint-il en levant l’index.

Harry se passa la main dans les cheveux, sur le visage, sur ses cernes. Il fouilla dans son sac, chopa sa gourde d’eau et les pilules magiques du docteur-répare-tout du centre, dont il goba deux cachets en une gorgée.
- Ces inféris, dont nous avons croisé la route… Ils ont été créés par Voldemort. Probablement… - Il se retint de jeter un coup d’œil en biais à Crews. Lui-même détestait quand quelqu’un, parlant d’un de ses amis morts, vérifiait au passage qu’il n’allait pas se mettre à pleurer ou faire un autre truc stupide – probablement des victimes des mangemorts. Voldemort au fil du temps tue de sa propre main que ses opposants les plus importants, symboliques… Mais il doit, il devait, effectuer lui-même le maléfice pour lier les gestes des cadavres à sa directe volonté. C’est une sorte de…
- De connexion psychique, de ressenti animal, on sait, on a été en sixième année, Potter, abrège, l’interrompit calmement Coote.
- Les aurors ne doivent pas utiliser les créations de Voldemort. Même s’il est mort. Jamais. Elles doivent être simplement et purement détruites. Pas même conservées, étudiées, ni rien. Ils n’en tireront rien d’autres que des atrocités. C’est ce qu’ils doivent comprendre. C’est ce que j’ai expliqué de leur… expliquer.
- Il a fait irruption dans le bureau en beuglant comme un gorille, traduisit Crews.

- De toute façon la conversation a dévié, maugréa Potter.
- Déviée ?
- Apparemment, un mangemort ou un sympathisant de Voldemort, ou n’importe qui, a tenté de me faire passer un… message ?
- Heu ?
- Vous voyez qui est Hermione Granger ?
Tous hochèrent la tête.
- Eh bien, l’année dernière, pour m’aider sans avoir à craindre que les mangemorts vident ses parents de leur sang comme ils savent si bien le faire pour l’atteindre, disons qu’elle a… effacé la mémoire de ses parents, modifié leur apparence, détruit leur identité anglaise, et les a fait déménager dans l’hémisphère sud.

Il fallut un peu de temps pour que l’image de la première élève de Poudlard, la très studieuse, broussailleuse, agaçante mais tellement rigoureuse Hermione Jane Granger, se superpose à celle d’une…. Elle avait effacé la mémoire de ses parents ? La MEMOIRE de ses PARENTS ? Non mais… Sérieusement ?

- Maintenant que la paix règne de nouveau sur l’univers, elle était, selon ce que nos chefs m’ont raconté, repartie avec son petit copain, de manière totalement illégale, parce qu’à vrai dire, l’effacement de la mémoire de moldus n’est pas un crime bateau, si je me souviens bien de notre dernier cours de droit magique… Bref ils sont entrés en Australie sans autorisation, ont fait usage de magie sur les moldus pour retrouver ses parents…
- Logique, commenta Perkins en étudiant ses ongles de près.
- …Et quand ils sont arrivés sur place, la maison a… explosé.
- Ils vont bien ? S’inquiéta Coote. Tes amis et leurs parents ?
- Oui. Tout le monde va bien. C’est pour ça que je parlais de « message ». Visiblement, les mangemorts ou je sais pas qui savaient où trouver les Granger, et ont attendu que la maison soit vide et Hermione en approche pour tout faire sauter. Ça a foutu un beau foutoir dans la coopération magico-moldue en Australie, ils se sont faits chopés par les autorités magiques locales. Et donc là, cette triple buse de Dakota m’a cuisiné pour savoir si j’avais des « ennemis » qui pourraient vouloir « blesser mes proches », dans le cadre de l’enquête. Ce type est un déchet, sans blague. Dans tous les cas, ça a évacué l’affaire des Inféris de l’ordre du jour, et comme vous n’avez rien à voir dans la nouvelle partie de Cluedo du jour, vous pouvez vous rassurer.
- Merveilleux. On est tous ravis, ironisa Crews.

- Tu n’es pas inquiet pour ta propre famille ? Demanda Coote à Potter.
- Quelle famille ? Répondit Harry, mi-sincère, mi-méfiant.
- Tu… ton oncle et ta tante ? Et ton… cousin, c’est ça ?
- Tuteurs légaux. Et que jusqu’à mon prochain anniversaire et uniquement au regard de la loi moldue. Ils sont vivants, sinon je pense qu’on m’aurait cordialement averti. Je ne les ai pas vus depuis quasiment un an, et à vrai dire, ça me va très bien comme ça. Et vous ?

La question prit un peu tout le monde de court.
- Nous ?
- Oui. Vous. Butcher a dit qu’on pouvait pas voir nos copains copines pendant quasiment deux ans, et d’ici là, on sera tellement transformé en Action Men qu’on aura plus grand-chose en commun avec eux. Pratique pour nous empêcher de faire des réseaux illicites avec le monde extérieur. Et donc. Vous. Famille ? Amis ? Ils sont pas trop déçus de vous voir partir… on sait d’ailleurs toujours pas où on est, ‘tain…

Perkins haussa les épaules.
- J’ai rien de particulier à dire sur ce sujet. Mes parents sont vivants, dans la diplomatie magique, relations entre le Royaume-Uni et la Chine. Ils y sont restés depuis 5 ans, plus du genre à écouter Dumbledore que Fudge ou quiconque. Plus du type carrière que du type famille. Affectueusement désintéressés. J’ai eu jusque-là la vie la plus normale du monde, ne vous en déplaise. Quelqu’un a vu l’écarteur ?
Coote pointa du doigt un dossier à gauche de Perkins, qui le souleva et trouva son bonheur. Il reprit la dissection de sa plante carnivore.

- Au risque de vous décevoir, je ne suis pas Oliver Twist non plus, dit-il. Mais tu as fait quoi l’année dernière, Perkins ?

- J’étais en Egypte. J’ai bossé au service de démystifications des Pyramides et tombeaux de la Vallée des Rois et des Reines, pour permettre l’accès aux salles funéraires protégés magiquement aux archéologues moldus. Assistant dans la perception des sortilèges noirs, et dans leur désamorçage.

Perkins se trouva stupide de rougir et de sentir sa poitrine gonfler sous le regard admiratif de Potter.
- Sérieusement ? C’est cool. Tu nous apprendras ? demanda Harry.
- Heu, je suppose qu’on va y venir en cours à un moment où a un autre, donc si vous avez besoin d’aide, je vais vous aider, bien sûr. On est censés avancer ensemble, non ? Et toi, Coote ? Si t’es pas Oliver Twist, t’es qui ? Et t’as fait quoi depuis Poudlard ?

- Etats-Unis. Ma famille est soigneusement restée en dehors de toute affaire concernant l’Angleterre depuis les annonces de Dumbledore sur le retour de Voldemort. Mon père est américain. Il est… moldu, et… Et il comprend pourquoi je suis ici. J’ai fait des Sciences Politique et Magiques de Défense, et j’étais parti pour intégrer des services états-uniens. J’ai aussi envoyé un dossier aux services britanniques, comme j’ai la double nationalité… Et les aurors britanniques sont sérieusement les meilleurs. Donc meilleure formation.
- Tu parles de ton père… Tu dis qu’il comprend pourquoi tu es ici. Ça a rapport avec le fait que tu n’as pas mentionné ta mère ? dit Crews en mettant les pieds dans le plat.
Coote hocha la tête.
- Ma mère était une sorcière né-moldue. Durant la première guerre, elle a été tuée par un type du nom de Mulciber.
Potter fronça les sourcils.
- Lors de son procès, il a dit que c’était de la légitime défense. Qu’elle a essayé de le tuer parce qu’il était un sang-pur, par pur racisme.
Perkins ouvra la bouche, totalement incrédule et révolté.
- Il s’en est sorti sans aucun souci. Il a même été embauché par le gouvernement. Et vous savez pour quel métier ?

Perkins et Crews firent « non » de la tête, mais Potter savait.
- Bourreau.
- Bourr… Attends, la peine de mort est interdite depuis 1919 ! Il n’a pas pu…
- Animaux magiques, précisa Coote. Ce type, ce type est un mangemort. J’en suis sûr.
- S’en était un, Coote.

Benjamin releva la tête de son microscope.
- Je suis quasiment certain de l’avoir compté parmi les mangemorts tués à la Bataille de Poudlard. Il est mort.
Des émotions contradictoires passèrent sur le visage de Ben. Joie. Vengeance. Déception.
- T’es devenu auror pour le choper ? Demanda Crews sans trop y croire.
- Je veux devenir auror pour choper tous ces fils de pute, rectifia-t-il. Sans aucune exception.

Harry se perdit dans la contemplation des flammes qui dansaient autour de son bocal de larves – le bon, cette fois-. Mulciber s’en était sorti à son procès. Mulciber avait eu un procès. Mulciber avait eu un procès, tandis que Sirius était allé directement à Azkaban pour pratiquement le restant de ses jours. Alors qu’il avait à peine dépassé ses vingt ans. Et… pour légitime défense ? Sérieusement ? Qui était le juge ? Etait-il acheté ? Corrompu ? Convaincu à la noble cause de Tom Elvis Jedusor ?

La justice magique sentait la merde. Et en ce moment démarrait l’Enquête, la grande enquête de Shakelbolt, qui jouait à Desmond Tutu. Sa grande Commission de la Vérité. Et les procès ? Seraient-ils aussi pourris et vendus que ceux de la première guerre ? Pouvait-on vraiment avoir confiance ? Avoir de l’espoir ?

- Et toi, Crews ?
Jo botta en touche.
- Pourquoi pas Potter ?

C’était vrai. Pourquoi pas Potter ?
- Potter ?
Harry s’extirpa de ses sombres rêveries.

- Mmmh ?
- L’année dernière ?
- Je… Je peux pas en parler.
- Quoi ? Sérieusement ?
- Je… J’ai voyagé. Moins loin que vous. J’ai tourné en rond. J’ai fuis. J’ai crevé la dalle, j’ai épuisé mes meilleurs amis pour rien. J’ai… joué avec le feu et pris des risques inconsidérés.
- Arrête tes grandes phrases, soupira Crews.
- La ferme. J’ai épuisé le concept : « Connais ton ennemi ». J’ai traversé le Royaume Uni de long en large pour… revenir sur les traces de Voldemort. Trouver comment il était devenu ce qu’il était devenu. Et où étaient les failles. Mais dans chaque village, sur chaque chemin de campagne, on croisait des rafleurs, des mangemorts à l’affut. Ils nous traquaient, nous attendaient aux endroits clefs, des pions placés savamment par Voldemort. Devant les endroits que nous connaissions, chez nos amis… Vous n’imaginez pas le nombre de barrières magiques qu’ils ont dressé. Des frontières qu’on ne peut franchir que sous sa véritable apparence, où en prononçant la bonne formule sous peine d’activer une alarme, dressées au cœur des forêts, devant les supermarchés, sur les perrons des maisons. On s’est retrouvé enfermés dehors, à fuir tout humain à la ronde, continuant notre enquête sans jamais rien trouver. Si on avait su…

- Si vous aviez sur quoi ?
- Où étaient les réponses ! Dans les endroits les plus mortels ! Au cœur du ministère de la magie ! Gringotts ! Dans les maisons familiales des lignées de sang-purs ! A Poudlard ! Voldemort avait merveilleusement bien orchestré son jeu de l’oie. Chaque pas pour se rapprocher de lui nous menait précisément là où on ne pouvait absolument pas se rendre sans se mettre immédiatement à découvert.

- Et au jour le jour, comment…
- Au jour le jour ? On dormait chaque soir dans une région différente de Grande-Bretagne. Toujours sous sortilèges de camouflage. Sans devoir faire de bruit. A faire attention à n’activer aucun signe de reconnaissance magique. J’ai déjà oublié la majeure partie des endroits où nous nous sommes rendus, sauf les plus importants, dont je ne peux justement pas parler. De toute façon, on sait tous comment ça s’est fini : un immense bain de sang. Et les survivants sont tellement foutus en l’air que pour la moitié, je suis persuadé qu’ils auraient préféré y rester.

Crews :
- Toi, tu aurais préféré y rester ? C’est pour ça que t’es là ? Parce que tu espères te faire soit laminer la gueule par Butcher, ou soit te faire vider de ton sang par l’un des derniers mangemorts ?
- Pourquoi je suis ici ? Mets-toi à réfléchir ! Rugit Potter. Tu as vu comment les AURORS me regardent ? Me considèrent ? Tu as vu que, Voldemort étant mort, la famille de mes anciens camarades se fait encore persécuter juste pour me faire la putain de chique ? Tu veux que je continue à exposer d’autres gens et… Non, faites pas cette tronche-là, c’est pas du sacrifice, je vous assure. J’ai envie qu’on me foute la paix. Etrangement et aussi antipathiques qu’ils soient, des chasseurs de mage-noirs solitaires habitués à voir leurs amis se faire massacrer sont, je crois, les personnes qui peuvent le plus vaguement comprendre que j’ai envie d’être tranquille. Et puis tu voulais que je fasse quoi, hein ? Je ne sais faire que ça ! J’ai 17 berges ! DIX-SEPT ANS ! Soit je venais ici, soit je retournais pour passer mes putains d’Aspics à Poudlard où la moitié de mes potes se sont fait torturés. Génial. Et quel plan de carrière ensuite ? Célébrité bedonnante ? Fou paranoïaque exilé en Ecosse ?

- Joueur de Quidditch ? Hasarda Coote. Tu voles bien, Potter.
- J’aime pas signer des autographes, lâcha Harry, encore rouge de s’être emporté.
Stupidement emporté. Stupidement dévoilé.
Quelques secondes de silence.

- Je peux vous poser une question ? Demanda Harry.
Ils firent tous des têtes de poisson frit.
- Heu, vas-y ? Répondit Coote.
- Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer cette putain Loi de Gaunt ? Ça fait deux ans que je me la récite, et j’ai toujours pas compris comment créer un putain d’antidote à la con.

« On est pas dans la merde », traduit bien l’expression affligée que les trois aspirants aurors arborèrent alors. L’après-midi se passa étrangement normalement. Ré-explication des cours les plus ardus par Perkins pour Potter, mijotage fumeux de potions d’énergie, de cataplasme apaisant pour épaules endolories, de recherche sur les propriétés magiques des orties plantées durant la 3e lune du 3e mois sous un tapis de tue-loup, tout en récitant à voix hautes leurs déclinaisons gobelines et en tentant de manier les ciseaux et éprouvettes par sortilèges silencieux, sans les mains.

Un après-midi presque sans drama, en somme. Pour une fois.




Ils étaient là, juste derrière la vitre. Assis l’un contre l’autre. La tête de sa maman contre l’épaule de son père, enlacés. Fatigués, malmenés, effrayés un peu. Totalement désorientés. L’année qui venait de s’achever ressemblant à un rêve. Un rêve tout ce qu’il y a de plus calme, de plus normal, mais dont l’implacable mécanique, inratable et bien rodée, finit par vous cerner, vous encercler, vous emprisonner sans que vous ne puissiez rien y faire. Ils étaient les Jenkins, dentistes aisés sans enfants, heureux, britanniques immigrés en Australie pour le dépaysement. Vivant une vie de poupée qui ne leur correspondait en rien, scénario orchestré par un tiers, originellement conçu spécialement pour eux, mais en réalité si décalé, si dissonant. La maison, leur quotidien, les envies implantées dans leur psyché… Tout ce qui leur convenait, selon leur fille.
La vérité, c’était que Mrs. Granger détestait les zones pavillonnaires. Elle n’avait accepté d’y habiter en Angleterre que pour la proximité avec une bonne école pour sa fille (comprendre : une école adaptée), et les caries en masse comme clientes que cela impliquait. Mais depuis sa grossesse, la décision avec son mari était prise : dès qu’ils ne seraient de nouveau plus que tous les deux, ils déménageraient dans le centre-ville d’une grande métropole européenne – Barcelone, Berlin, Stockholm peut-être – au cœur de vagues de cultures pour quadragénaires bien lotis économiquement. Dans ces appartements petits mais cossus, surplombant cafés et galeries… Et pourtant, Mrs. Granger se souvenait avec une incroyable limpidité de son –bonheur- d’habiter cette banlieue sans saveur dans ce pays anglophone et foutoir à des années lumières de la culture européenne qu’elle chérissait. Elle était si… irréellement ravie d’être là, de vivre cette vie, d’habiter ce quartier, sans se poser une seule question, sans avoir la seule volonté d’évoluer dans sa vie. Alors que sa vie n’avait été que ça ! Toujours, étape après étape, avancer, découvrir de nouvelles choses, refuser l’immobilisme. Ce n’était pas parce qu’elle était une dentiste libérale maman et jeune quadragénaire qu’elle n’était pas aussi curieuse, indépendante et aventureuse ! Et ce dédain, cette ignorance, ce désintéressement qui l’avait habité pendant un an d’avoir des enfants. Hermione avait dû se dire qu’il aurait été une très très mauvaise idée pour les Granger d’avoir un frère ou une petite sœur Jenkins avant de - redevenir les Granger -, soit des gens déjà parents depuis bien plus d’une décennie. Pour Hermione, si elle était fille unique, c’était parce que ses parents ne voulaient qu’un enfant. Sinon depuis le temps, ils en auraient eu d’autres ! Mais Hermione ignorait tout du rêve féroce de sa mère d’enfanter une équipe de football, mis à mal par une fertilité très défaillante dès sa vingt-cinquième année. Mrs. Granger voulait des enfants, tomber enceinte, la maternité. Elle ne pouvait pas en avoir, l’avait accepté, n’était pas très enthousiasmée par les très difficiles, laborieuses procédures d’adoption. Mais vivre un an avec le sentiment exactement contraire que celui qui l’avait habité toute sa vie… Hermione avait cru bien faire, avait créé la vie qu’elle pensait rêvée et souhaitée par ses parents. Des parents qu’elle ne connaissait pas. Absolument pas.
Ils étaient là, derrière la vitre, à l’attendre, forcément. Leur fille. Et elle, elle était si soulagée de les voir vivants, en bonne santé et en sécurité. Alors pourquoi ne poussait-elle pas la porte, pourquoi n’allait-elle pas les rejoindre et les prendre dans ses bras ? Qu’ils pleurent de malheur et de bonheur en famille ? Pourquoi restait-elle plantée ainsi ?

Hermione était l’archétype de l’enfant né-moldus insérée dans la société magique qui reste désespérément en marge de ses racines, de ses origines. Ayant plongé dans une nouvelle identité, de nouvelles valeurs, repères, une nouvelle histoire collective à l’âge si enfantin de onze ans, et regardant en arrière sans comprendre. Sans comprendre au final le métier des parents, leur technologie avec laquelle les enfants moldus perdent peu à peu le contact, quoique laissent penser leurs connaissances bien plus développées à ce propos que les enfants né-sorciers. Ils savent ce qu’est la télévision, ce qu’est internet, le téléphone. Mais ils ont tout raté, exilés à Poudlard à l’orée des années 1990, de l’apparition des téléphones portables, d’internet à haut débit, des mails… Ils connaissent la musique de leurs parents, les mythes anglais moldus tels les Beatles et U2… Mais de la star musicale de l’été 1993, dont les tubes résonnent encore nostalgiquement sur les stations de radio locales cinq ans après le tube, ils ignorent tout. Le fossé culturel se creuse années après années. Comment expliquer le scandale de la lâcheté de Fudge à ses parents, quand le monde moldu apprendra deux mois plus tard l’infidélité de Bill Clinton envers Hillary, avec une certaine Monica Lewinsky. Quand la Grande Bretagne se tourne politiquement vers l’Union Européenne, l’Europe de l’Ouest, en construction tandis que l’Angleterre magique est traditionnellement diplomatiquement liée avec l’Europe du Nord et de l’Est, et l’Amérique latine. Deux mondes. Deux histoires. Des mythes différents. Rien à partager, ou si peu.
La Grande Bretagne moldue vit ses heures de paix, de gloire, d’essor économique fabuleux. Et la Grande Bretagne magique tente de sortir d’une guerre civile meurtrière doublée d’un quasi-génocide. Un pays, un espace, un territoire, et deux réalités qui se croisent mais ne se comprennent jamais.

Et s’il ne s’agissait que de deux cultures non-miscibles, telles de l’eau et de l’huile dans une même carafe. Mais il fallait ajouter à l’équation la personnalité d’Hermione Granger. Hermione qui fut à demi-sauvée par l’existence de Poudlard, par cette occasion, à onze ans, de découvrir un monde bien plus complexe à apprendre, plus dur à apprivoiser, quand, élève bien trop surdouée pour son propre bien, pour son propre équilibre psychique, elle ne se sentait à sa place nulle part. Dans le monde de l’Angleterre magique, elle allait pouvoir créer la sienne, de place, du néant, parfaitement adaptée à ce qu’elle était et voulait devenir.

Entre Hermione et ses parents, et sa famille, il y avait bien plus qu’une société magique. Il y avait… Hermione. Une jeune enfant à la mémoire quasi-photographique, jeune bambine à l’articulation et au vocabulaire impeccable, qui sait l’alphabet à quatre ans, la clef de sol à quatre ans et demi, d’ut et fa à cinq, refuse de parler aux autres enfants loin derrière son degré de développement, se met à pleurer devant le regard inquisiteur des psychologues, qui ne comprendra jamais qu’on ne lui en demande pas toujours plus, en lui proposant des textes à déchiffrer, analyser, des « jeux d’intelligence », mais moins, par pitié, moins. Hermione, sept ans et demi, a le niveau pour entrer au « collège ». L’école « primaire » où elle est placée, avec des enseignants formés, psychologues, tentent de laisser aux enfants le temps de se construire normalement, en leur enseignant des disciplines « non académiques ». Sport, musique, peinture, « construction » - appeler une option destinée à des enfants de huit ans « architecture » effrayant trop les autorités pédagogiques…

Hermione aime lire. A huit ans, elle se plonge dans Dickens, et puis des ouvrages qu’on jugerait bien trop poussés, trop politiques, trop révolutionnaires, pour une enfant aux dents de lait dans les années 1980. Orwell, quand l’Union Soviétique menace toujours les Anglais alliés à la vie à la mort des Etats-Unis. Huit ans et submergée par la géopolitique mondiale. Hugo, pamphlet contre la peine de mort. Rousseau et les droits de l’homme. Une « french touch » qui inquiétera fort ses parents, au demeurant. Hermione, neuf ans, ne comprend pas que dans un monde si empli d’injustice et de violence, on peut être dentiste en zone pavillonnaire, prend de haut ses parents, sortes d’animaux affectueux mais primaires. Ils ne peuvent pas la comprendre, et elle ne les comprendra jamais. Elle n’en prendra à vrai dire jamais la peine. Elle, elle sauvera le monde, rétablira le genre humain dans son bon droit, avocate, gagnant procès après procès contre la pègre, les dictateurs, les communistes sanglants, les capitalistes qui le sont tout autant. Ses parents, ces médecins buccaux, ne font pas le poids. Le reste de l’humanité non plus. Hermione reste dans ses livres, ses manifestes, ses essais de philosophie.
Qui s’ouvrent parfois d’eux-mêmes à la bonne page. Sans qu’elle ne les touche. Comme la télévision, qui refuse de fonctionner autrement qu’en français, qu’elle a fermement décidé d’apprendre. Toutes les petites choses anormales qui étonnaient fort Harry et faisait la fierté de Ron Weasley, et qui se produisaient autour d’elle, ne l’émouvait au final pas plus que ça. Après tout, elle retenait parfaitement chaque mot lu, devinait la fin des phrases des grands auteurs qu’elle lisait. Pourquoi devait-elle s’étonner si son tee-shirt hideux se paraît tout à coup du reflet pailleté qu’elle jalousait du châle d’une fille de sa classe ? Elle était plus forte que les autres, ce n’était pas un mystère. Du moins c’était ce qu’elle croyait jusqu’au grand bouleversement.

La grande découverte… Qu’elle n’était pas la seule à être fabuleuse. Passé la joie, la gloire d’apprendre qu’elle était encore plus «capable » que ne le pensait son entourage et même elle-même, la félicité sans fin de découvrir une nouvelle culture, de nouveaux romans, façons de pensées, traités, à lire, apprendre, quand elle commençait tout juste à se lasser de la médiocrité de son entourage, elle réalisa qu’elle n’était pas, pas du tout, absolument pas, la seule à être douée de ce type de talents formidables. L’intelligence, la magie… Ils étaient des milliers dans le monde à évoluer à des degrés de créativité et d’inventivité qu’elle ne pouvait même pas imaginer. L’angoisse. Terreur de devenir insignifiante. Hermione, onze ans bientôt douze, en première année à Poudlard moins un mois et demi, avait ouvert l’Histoire de Poudlard. Miss Je-sais-tout-de-la-magie était née, et cette nouvelle facette de sa personnalité n’avait pas franchement aidé à la rapprocher de ses parents. Cinq, six, sept ans plus tard, mineure « molduesquement », adolescente torturée par ses grandes dents, son incapacité à attirer les garçons, soit enfin quelqu’un que ses parents pouvaient, au-delà de tout le reste, globalement cerner, elle était devenu l’un des fer de lance d’une guerre civile magique donnant lieu à des massacres et exils en masse dans une idéologie nazie de hiérarchie des races. Dix-sept ans, héroïne nationale, héroïne de guerre avec le sac à main de Mary Poppins, avec de fortes chances de finir comme Guy Môquet. Et finalement non, elle s’en était sortie.

La petite maman chérie, le petit papa aimé, ils étaient là, maintenant. Juste derrière cette vitre. Et à des années, des années d’elle. Pouvait-elle encore vraiment les retrouver ?

Non. La réponse était évidente. Elle se lisait, implacable, dans le mouvement de recul qu’avait eu instinctivement son père quand elle était rentrée dans la pièce. Hanté lui aussi par les envies et sentiments factices qui l’avait happés durant un an sans même qu’il s’en rende compte, sa première réaction en voyant sa fille, sa petite fille si brillante et si terriblement l’auteur d’une violation directe de son corps et son esprit, de la pire des intrusions possibles dans la vie d’un homme, avec le moins de respect possible pour son libre-arbitre, sa première réaction fut la peur. La même peur qu’un misérable elfe de maison qui sait que son maître va lui ordonner de souffrir, qui sait que quoi qu’il se passe, il obéira, il souffrira. La peur de l’impuissant devant le tout puissant, de l’insecte devant le Grand. Et puis, ce n’était pas sa fille. Aussi étrange, unique… …pleine de défi qu’était sa fille, il y avait tout de même ces gestes qu’elle avait et qu’il observait depuis qu’elle était enfant avec bienveillance. Sa moue frustrée quand on ne comprenait pas ce qu’elle souhait dire assez vite à son gout. La manière dont elle repliait systématiquement son mollet sous sa femme quand elle lisait assis sur une chaise à un bureau. La tâche d’encre bleue sur la petite bosse au bout de son majeur. Harry n’était pas le seul à avoir changé, à s’être durci. Elle était devant eux, debout, dans l’encadrement de la porte. Ses cheveux étaient domptés dans une tresse serrée datant de plusieurs jours. Comme un acolyte de Robin des bois se préparant pour une expédition. Elle se tenait droite, son visage avait définitivement perdu, en un an, toutes les rondeurs souriantes de l’enfance. Et dans ses yeux, la douleur déchirante de constater qu’elle foutait la trouille à son père. Sorcière.

- Papa ? C’est moi.
Papa se reprit. Il lui sourit. Soudain, une vague dévastatrice d’émotion lui bloqua la gorge.
- C’est toi. C’est toi.
Mais Hermione ne s’élança pas pour venir se blottir contre ses parents pour pleurer à gros sanglots et respirer leur parfum. Elle resta debout à quelques mètres.
- Vous allez bien ? Demanda-t-elle avec une vraie inquiétude dans la voix.
Sa mère hocha lentement la tête, en regardant ses mains plutôt que sa fille.
- Maman…
Maman ne leva pas les yeux.
- Maman…
La supplication sonnait bien étrange dans la bouche de la jeune femme – guerrière.
- Maman !
Maman pleurait silencieusement, les lèvres fermées et serrées, les yeux rouges, quand elle leva la tête au cri de sa fille. Hermione croisa ses bras autour de ses propres épaules, comme pour se protéger d’une brusque chute de la température. Elle tremblait.
- C’était pour vous protéger ! Hoqueta-t-elle, debout, se sentant soudainement plus seule que seule au monde.
- Je sais, Hermione, fit doucement son père.
- Ils vous auraient tués ! Ils vous auraient tués !
- Tu n’avais pas le droit.
- Ils vous auraient tués ! Vous ne comprenez pas…
- Laisse-nous du temps, Hermione, dit son père en prenant la main de sa mère, qui pleurait de plus en plus bruyamment, à grand renforts de reniflements pitoyables et de halètements. Laisse-nous du temps.
- Je n’avais pas d’autres choix, murmura tout bas Hermione.
- Tu pouvais nous le laisser. On se serait caché. On aurait –compris-.
- Rentre avec nous Hermione, articula enfin sa mère, trop fort, presque dans un cri, comme si elle n’avait assez de force que pour l’articuler, le prononcer une seule fois.
Hermione se figea. Le regard de ses parents la transperçait.
- Rentre avec nous, répéta sa mère. Ce monde, ce monde n’est pas le nôtre, n’est pas le tien. Il n’apporte que la mort, la douleur… Reviens chez les gens normaux. Nous t’aimons. Nous ferons des efforts. Tu peux entrer à l’université, comme tu en rêvais. Tu n’es pas obligé de faire partie de ces gens-là.

Les oreilles d’Hermione bourdonnaient. Elle ne pouvait pas croire ce qu’elle entendait. « Ces gens-là » ? Opposés aux « gens normaux » ? Et pour l’accepter, ils feraient des « efforts » ?

- Mais…
- Tu n’es pas obligée d’être une sorcière, chérie, supplia sa mère. Tu peux… Tu peux refuser de… de…

De ? De quoi ? D’être elle-même ?
- Mais je –suis- une sorcière, Maman, souffla Hermione dans une expiration.
- Reviens avec nous, supplia son père.

Et quoi ? Abandonner Ron ? Ses amis ? Sa vie ? Ses pouvoirs ? Mais ce n’était pas que des pouvoirs ! C’était une Histoire ! Des références culturelles ! Son identité ! La question n’était pas de faire danser, ou ne pas faire danser la salsa à des marguerites en pot avec une baguette magique ! Elle était une sorcière ! Elle était née sorcière ! C’était dans son sang, puis dans son éducation, enfin dans ce qu’elle revendiquait être ! Elle était une sorcière ! Elle n’avait pas lutté à mort sur un champ de bataille pour faire reconnaitre ce droit, son droit d’existence, aux anti-sang-de-bourbe pour se retrouver face à ses parents et… et… et… Et jouer une mascarade !

- Je ne peux pas ! Cria-t-elle ! C’est ma vie ! Je me suis battue pour ! J’aime Ron ! J’aime un sorcier ! J’aime être une sorcière ! – Le cri se transforma en hurlement, en pleurs. – Comment pouvez-vous ? Comment pouvez-vous seulement… Dire ça ?! Vous, vous n’avez rien à m’offrir ! Jamais !

Sa mère secouait la tête en tentant vainement d’essuyer les larmes du dos de sa main. « Non, non, c’est fini » semblait-elle dire. Le père d’Hermione serra sa femme encore plus fort contre lui.
- Au revoir, Hermione, dit-il simplement. Au revoir.



Hermione chialait. Elle ne pouvait plus respirer, et c’était comme si la seule chose qui l’a retenait dans le monde des vivant était la plainte, le cri de douleur qui s’échappait de sa gorge. Son ventre était agité de soubresaut, chaque respiration lui arrachait un nouveau cri et faisait revenir la vague de désespoir qui la submergeait et la laissait pantelante et agonisante. Le tee-shirt de Ron était plein de morve et d’eau salé. Elle s’agrippait à lui, le lâchait en se convulsant sur elle-même, se raccrochait. Et lui tentait de contenir ce raz de marée de chagrin. Il le comprenait. Il avait le même, tapis tout au fond de lui, depuis la mort de Fred. Sauf que lui n’arrivait pas à le faire éclater. Il aurait presque été envieux de la victoire d’Hermione sur ses propres vannes si de la voir dans cet état ne lui brisait pas autant le cœur. Il passait la main dans ses cheveux. Dans son cou. Il embrassait de ses lèvres sa joue écarlate, son menton tremblant, ses paupières, ses oreilles, ses mains tordues. Elle voulait visiblement dire quelque chose. Prononcer quelque chose. Mais chaque tentative la plongeait dans un nouveau gouffre de cris et de hoquets. Et cela sorti, immédiatement accompagné d’une nouvelle crise, la plus forte peut-être, de chagrin dévastateur.
- Je… n’ai plus de… famille.
Et nœud, le trou noir dans le ventre d’Hermione l’engloutissait peu à peu, sans jamais finir de se dilater, de l’aspirer de l’intérieur, mais sans pourtant jamais abréger ses souffrances en l’achevant.
Et Ron de répéter inlassablement à sa joue, son menton, ses paupières, ses oreilles, ses mains tordues : « C’est moi, ta famille, maintenant ».
Note de fin de chapitre :

(Le titre est une citation de Flaubert et les poèmes d'Hugo sont tirés, si je me souviens bien, des contemplations...)
...Et le chapitre suivant est entamé !
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