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128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


I’ve had enough trouble for a lifetime. par Bendico

[175 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Edit du 24 Mai : j'ai essayé de corriger deux trois fautes et quelques répétitions malheureuses qui trainaient encore dans le texte... Eh bien... Encore une fois navrée pour le retard. Finalement, "Der Wandervogel" sera en... quatre partie, car sinon, il aurait fait près de... trente mille mots, et c'est bien de trop pour un chapitre. Le problème est que, bon, pour le coup, le chapitre n'a pas beaucoup d'unité. On fera avec.

Pour rappel, nous sommes le 10 mai 1998, Harry est à l'Université Magique, jouxtée à l'Oxford moldu. Il vient de suivre le cours d'Huffman Dickens, qui nous a donné un aperçu de ce que peuvent ressentir le sorcier moyen perdu dans les troubles obscures de la guerre. Ce qu'il en ressort, est que les sorciers en savent bien peu sur Voldemort et sur Harry, ce qui ne les aide pas à faire confiance aux bonnes personnes...

Les aurors ont visiblement comme objectif de faire de Potter, Coote, Perkins et Crews un groupe soudé. Ils manquent visiblement de sens des réalités...

Personne ne sait encore rien au Bureau ou dans la société magique ce qu'il s'est passé le soir de la Grande Bataille, ou les mois avant cela. On ne sait pas quels mangemorts furent arrêtés, tués, et lesquels sont toujours en sécurité.

Le Terrier est assommé par la mort de Fred, et est dans l'incompréhension face au comportement de Harry, qui a fuit sans donner de nouvelles, "sans raison".

Au Bureau, les aspirants continuent de découvrir leur nouvel emploi du temps et leurs nouvelles tâches. Et la formation d'auror se révèle bien moins excitant que ce qu'ils auraient pu imaginer...

Heureusement, ils peuvent compter sur Potter pour faire déraper la machine bien huilée de Grump Butcher...

Une petite citation de Woody Allen pour se mettre dans le bain :

"J'aimerais terminer sur un message d'espoir. Je n'en ai pas. En échange, est-ce-que deux messages de désespoir vous iraient ?"



Bonne lecture !

« Bonjour. Un aspirant auror doit maitriser les principales langues de créatures magiques intelligentes du Royaume-Uni. Vous commencez donc par le gobelin. Vous avez de la chance, il n’existe qu’un seul patois gobelin à travers le monde, tandis qu’il y a autant de langues sirènes que de courant marins.

La langue gobeline est à l’image de la pensée gobeline. Ce qui facilite considérablement la grammaire et la conjugaison gobeline.

Pour un gobelin, la durée normale de vie est de 227 ans. Ils ont une mémoire particulièrement vivace et sans cesse sollicitée. Une odeur respirée soixante-dix ans auparavant laisse une trace olfactive dans leur bouche et nez encore le double de ce temps.
Il n’y a donc pas de passé pour eux, seulement un infini présent où les informations sensitives et intellectuelles à traiter se multiplient encore et encore sans jamais s’estomper. L’avenir n’existe pas pour eux. Ce concept les laisse totalement de marbre. Le temps n’est qu’une somme variable d’informations supplémentaires qui se déverse dans leur esprit surdéveloppé. Ce qui explique le diamètre de leur tête par rapport au reste de leur corps. Multipliez par un milliard le nombre de connexions dans un cerveau humain, et vous parviendrez à peine au cerveau d’un jeune gobelin légèrement débile. Vous comprendrez pourquoi on évite de les laisser gazouiller avec des baguettes magiques.

Pas de passé, que du présent. Ce qui fut à un gobelin restera par essence toujours à un gobelin, même s’il a été généreusement prêté aux humains durant quelques siècles.

Ainsi les verbes gobelins ne s’accordent qu’au présent. Par contre, ils se conjuguent en termes d’intensité, par combinaisons de désinences.

Prenez le verbe RAKRHTPIORBARGHK, très courant dans la langue gobeline.
RAKRHTPIOR signifie « éventrer ».
-BARGHK est la désinence du premier niveau d’intensité. Elle est à la conjugaison gobeline ce que le présent est à la notre.
C’est le niveau normal, usuel. -BARGHK renvoie au Roi légendaire gobelin de l’antiquité SHRANTA-BARGHK « couronné dans un déchaînement de violence ».
L’intensité moyenne d’un verbe gobelin se marque donc par la désinence –BARGHK qui peut se traduire par le complément de manière « dans un déchaînement de violence ».

Des questions ?
Bien.

De nouvelles désinences s’ajoutent pour marquer ce qui correspondrait à nos pronoms personnels.
Il y en a quatre.
- frschi : toi, l’individu gobelin
- frschia : nous, gobelins.
et
- schkul : toi, individu d’une autre race
- schkulia : le reste des créatures vivantes non gobelines.

Vous remarquerez que « nous ensemble, vous et moi, toutes races confondues » n’existe pas. Il n’y a pas non plus de distinction entre un centaure, un elfe de maison, un géant, une sirène ou un humain. C’est simplement quelque chose de non gobelin.
- Schkul provient de « crâne ennemi ».

Les désinences s’assemblent au radical verbal ou au pronom.
Cela donne :

Rakrhtpiorbarghkfrshia : Nous, gobelins, éventrons avec violence.
Ou alors
Rakrhtpiorfrschiabarghk : Nous, gobelins d’une grande violence, éventrons.

Des Questions ? Bien.
Voici une liste des soixante verbes courants à savoir pour la semaine prochaine.

Passons au second degré d’intensité –dminijzxia que nous pourrions traduire par « ongle après ongle, dent après dent » qui dénote une certaine subtilité et lenteur, voire une certaine empathie toute gobeline.
Rakrhtpiordmnijzxiafrshia : Nous éventrons avec langueur et sadisme.

Le troisième degré d’intensité est le plus difficile à cerner… »






Coote contemplait son sandwich. C’était une drôle de chose préparée par la fille de la cafèt’, qui n’avait rien d’une tourte anglaise aux champignons, dans un pain dur et longiligne, à la française, garni de pommes de terre frites dans de l’huile, mais, fines et craquantes, elles n’avaient rien en commun avec les potatoes des « fish and chips » moldus à goûter en curiosité sur le Chemin de Traverse, avec en plus des saucisses d’ordinaire servies au petit déjeuner. La blonde l’avait considéré en souriant.
- Tu n’as jamais mangé de hot-dog ?
- C’est moldu ?
- Pire. Américain. Tu devrais manger, vous voyez Butcher tout de suite après.
- Pas faim.
- J’aimerais bien assister à un cours de gobelin, fit Colleen, rêveuse, en retournant derrière son comptoir, où Potter mâchait pensivement un bout de frite comme si cette nourriture de barbare lui était habituelle. Coote était persuadé que s’il croquait dans son « hot bear », tout se disloquerait instantanément dans un tsunami de cette sauce rouge sucrée. Il ignorait qu’Harry, qui tenait la chose d’un doigté subtil et expert, avait reçu des cours du maître en la matière : Dudley Dursley.

Crews surgit aux cotés de Coote, qui s’humilia profondément dans un flagrant mouvement de recul.
- Je te fais peur, Cooty ? Fit-elle d’une fois mielleuse ?
- Plutôt ta langue infectée. Ça pourrait être contagieux, et je tiens à mes papilles gustatives.
- Allons, que peux-tu craindre ? Tout le monde sait que les Poufsouffles ne sont que de gros microbes insignifiants. Ce qui les immunise par essence aux bactéries des autres.

Sans lui laisser le temps à Coote de lui demander comment une serpentarde pouvait bien connaître l’existence des microbes, Crews se tourna vers la Colleen.
- Tu as de la sauce blanche au lieu du Ketchup ?
- Moelleux, ou grillé, ton panini ?
- Grillé, mais viande saignante.

Coote et Colleen se retournèrent étonnés vers Crews.
- Saignante ? Ta viande ?
- Oui. Les anglais font bien trop cuire leur viande. Un steak n’est pas une semelle !

Coote regarda Crews comme si elle n’était qu’une imbécile profonde.
- Crews, tu ES anglaise.
Ce n’était pas parce qu’elle était plus petite qu’une bonne partie des troisième année que le regard de Crews ne pouvait glacer de grands gaillards de quasiment deux mètres à l’image de Coote.
Il regretta instinctivement et amèrement d’avoir ouvert sa grande gueule. Mais ce qu’elle répliqua le laissa simplement perplexe.
- Tu ne t’es jamais vraiment intéressé à la vie des autres, pas vrai ?
Coote ne répondit rien. Il n’avait rien à répondre. Il devait juste reconnaître que c’était vrai. Lui, le fin mentaliste, s’attaquait en pure forme envers Crews. Elle le méprisait, alors il la haïssait. Mais objectivement, il ne savait rien d’elle. Personne ne savait jamais rien de Johanna Crews. Les quelques abrutis qui s’était essayés à l’introspection en étaient ressorti à demi-eunuques. Très peu pour lui.

Perkins s’était approché durant leur échange. Il ignora leurs remarques acerbes. Il n’avait pas de temps à perdre avec ces gamineries.

Dans un claquement sec, il jeta son rouleau de parchemin sur le comptoir. Les deux autres le reconnurent immédiatement. C’était le compte rendu de l’interview de Lee Jordan sur la RITM.

- Je viens de finir de lire ce truc.
- Pareil pour moi, fit Crews.
- C’est flippant, continua Perkins.
- Quelle révélation !
- Tu vois très bien de quoi je parle, Crews, alors arrête ton show immédiatement. Vous êtes comme moi. Jusqu’à hier, vous n’aviez jamais adressé la parole à Potter, et tout ce que vous saviez de lui ne consistait qu’en un vague magna de rumeurs et d’on-dits. Je me trompe ?
Un silence éloquent accueillit ses propos.
- Et maintenant, on se trouve dans la formation dont on a rêvé pendant des années, avec lui. Et non seulement on lui parle, mais en plus, on a à traiter, non plus des rumeurs, mais des faits avérés qui le concernent.
- Va au fait, Perkins, intervint Coote.
- Qu’est ce que les aurors attendent de nous ? Qu’on lui fasse confiance ? Qu’on travaille avec lui ? On ne peut pas lui faire confiance. Pire. On ne peut que s’en méfier ! Vous avez vu ses états de service ! On ne côtoie pas simplement un type qui a survécu à l’âge de un an à un Avada Kedavra ! Harry Potter n’est pas le mythe qu’on nous présente, le héros d’un conte tragique ! Albus Dumbledore, le meilleur sorcier connu depuis Merlin, l’a choisi pour lui confier ses pires secrets ! Potter est capable d’entrer et de sortir à sa guise de Poudlard, Gringotts et du Ministère de la Magie ! Les trois bâtiments les plus sécurisés du monde magique ! Je mettrai ma main à couper qu’il est un familier de notre actuel ministre de la magie, qu’il a le soutien sans limite des professeurs de Poudlard. J’ai du mal à comprendre pourquoi les Aurors l’ont laissé entrer ici. Vous avez bien vu leur réaction. Ils le détestent, ils le craignent. Et ils nous le collent dans les basques. Qu’est ce qu’ils attendent de nous ?
- Ils veulent qu’on travaille avec lui en osmose, commença Crews.
- Ils veulent qu’on lui fasse confiance, et qu’il nous fasse confiance, poursuivit Perkins.
- Ils nous chargent de le percer. C’est à nous de faire le sale boulot. De le mettre à jour, conclut Coote.
- Donc soit on y parvient, et on devient les grands copains de Harry Potter… reprit Crews…
- Ce qui est hautement improbable, commenta Perkins à voit haute.
- Soit on est viré, lâcha Coote amèrement.

Il y eut un blanc.
- Alors ?
- Alors autant se mettre à la tâche tout de suite, décida Crews, en tournant une nouvelle fois la tête vers Potter.



Harry pensait à Gripsec, qui devait être vivant quelque part, et à l’épée de Godric, qui avait miraculeusement réapparu dans le choixpeau pour les sauver tous une deuxième fois. Neville. Lui. Cinq ans après avoir perforé le palais du Basilic, elle avait décapité dans une magnifique parabole Nagini, anéantissant le dernier horcruxe. Comment avait-elle échappé à l’emprise de Gripsec ? Par quel enchantement millénaire était-elle revenue chez elle ? Il ne le saurait probablement jamais.

Harry jeta un coup d’œil à sa montre, où des planètes cerclées d’or évoluaient dans leurs lentes circonvolutions, engouffra dans sa bouche l’énorme crouton qui restait de son sandwich, se frotta négligemment les mains pour faire tomber quelques miettes, et descendit de son haut tabouret.

Il n’alla pas bien loin, cerné qu’il était par trois aspirants au regard sombre, torturés par l’envie de fuir loin, et celle d’en découdre coûte que coûte avec lui, quoi qu’il puisse advenir.

Harry soupira. Son répit aura été de courte durée.

- Et si on papotait, cinq minutes ? Articulèrent les lèvres carnassières de Johanna Crews.
Le regard de Harry s’attarda sur ses incisives coupantes, et la courbe de ses canines blanches.
Il dévisagea successivement Coote et Perkins. Ils essayaient tant bien que mal de rester impénétrables. Manque de précision, efforts à poursuivre, aurait jugé un Séverus Rogue objectif. Si un Séverus Rogue objectif avait jamais été décemment imaginable.



Colleen caressa l’idée de déclencher l’alarme à incendie située juste à coté de ses fourneaux.
Juste par mesure préventive. Qui pourrait l’en blâmer ? Comment résumer ce qui se passait dans sa cafétéria, à la table huit ? Prenez trois barils de poudre, une mèche, arrosez le tout d’alcool à brûler, et mettez vous à jouer nonchalamment avec un briquet. Car ils étaient bien là, tous les quatre, attablés face à face, à parler nonchalamment. Colleen distinguait presque les étincelles s’échapper dans les airs pour aussi tôt disparaître au dessus d’eux.


Et les voilà tous les quatre assis autour d’une table, au centre de la cafétéria, à se regarder en chiens de faïence. Pour seul bruit, le tapotement impatient des doigts de Potter sur la table foncée. Tip. Tip. Tip. Il ne s’y était pas trompé. Peu de gens peuvent supporter impassiblement un bruit si énervant.
Perkins, sur le point d’exploser, fut parcouru d’un grand frisson. Le regard bleu qu’il posa sur Potter aurait arrêté un hypogriffe insulté en pleine course.

- Bon, fit Perkins. Alors. Quoi ?!
- Comment ça, « Alors. Quoi ?! » ? C’est vous qui me prenez en otage, je vous rappelle. D’ailleurs, vous avez conscience que vous êtes les trois seuls fous assez téméraires et dénués de tout sens des réalités pour Me prendre en otage ?
- Je suis censée avoir peur ? dit Crews.
- Tout dépend de ton instinct de survie.
Crews, qui était assise face à Potter, se pencha vers lui d’un air menaçant.
- Si j’étais toi, je ne me frotterais pas trop à mon instinct de survie, Potter. D’autres ont fini eunuques pour bien moins.
- Stop stop stop ! Dit Coote. Peut-on essayer d’avoir une conversation qui ne soit pas polluée par des sarcasmes et des menaces risibles ?
- La question est, peut-on avoir une conversation avec toi, qui a moins de QI qu’un véracrasse enfanté par le Poulpe de Poudlard, Coote ! Reprit Crews.
- Eh bien si tu n’es pas satisfaite de notre niveau, tu peux aller faire part de cet affront à ta personne à Butcher. Je suis sûr qu’il sera ravi de te renvoyer chez toi dès les premières heures de ta formation. Visiblement, il n’a l’air d’attendre que ça.

La dernière intervention de Coote ramena le silence autour de la table. Elle faisait visiblement réfléchir Crews et Perkins, tandis que Potter se morfondait, absorbé par les dalles du plafond.
Crews et Perkins étaient bien trop orgueilleux pour partir.

- Bien, fit Coote.
Il cacha ses mains sous la table pour dissimuler le léger tremblement qui les prenait. Ben Coote parler en public. Faire front face à Johanna Crews. Il résista à la tentation de se pincer pour être sûr de ne pas rêver.

- Je ne sais pas ce que Butcher et les Aurors ont derrière la tête, mais apparemment, ils tiennent véritablement à l’idée saugrenue de nous faire travailler en équipe. Il faut croire que la guerre les a pas mal remués, mais dans tous les cas, nous n’avons pas le choix. Soit nous jouons le jeu, soit nous repartons chez vous. Vous je ne sais pas, mais moi, j’ai sacrifié trop de choses pour renoncer à cette formation.

Il y eut un blanc.

- Moi non plus. Je veux devenir auror. Je deviendrais auror, dit fermement Perkins, en défiant du regard quiconque de le contredire.
Crews hocha lentement de la tête.
Ils se tournèrent vers Potter, qui détacha laborieusement son regard du damier du plafond.
- Pour vous dire la vérité, je crois que, soit je deviens auror, soit je passe le restant de mes jours à Azkaban… Alors il va falloir que vous comptiez avec moi, que vous le vouliez ou non.

- Tout bien réfléchi, en cas de grosse bagarre, je préfère t’avoir dans mon groupe, que contre moi, Potter, fit Perkins pour détendre l’atmosphère.
Hélas. La réponse de Potter réduit à néant tout espoir de détente.
- C’est passablement stupide de ta part. N’as-tu pas remarqué comme toutes les personnes de mon entourage ont tendance à mourir dans d’atroces souffrances ?

Coote inspira. Expira. Bordel de dieu.
- BREF. Merci pour ces interventions pleines de sagesse. Nous sommes donc d’accord pour que chacun de nous y mette du sien ?
Il n’y eut aucun opposant à l’idée.
- Je crois… qu’il va bien falloir qu’on communique un peu, continua Coote.
Pas de réaction.
- Vous savez… Qu’on se parle… Qu’on échange un peu, quoi.

C’est incroyable comme quatre personnes face à face peuvent déployer des trésors de créativité pour ne pas croiser leurs regards et s’absorber complètement dans d’insignifiants détails du décor.

Et puis, un par un, les regards revinrent se coller au profil morose de Potter.

- Si j’ai bien compris, vous voulez que JE parle. Que JE vous livre ma vie, mes peines, mes joies, mes passions, et accessoirement, le secret pour résister à l’Avada Kedavra ! Railla Harry. Mais j’ai un scoop… Vous me connaissez. Ma vie. Mes amis. Mes ennemis. Le moindre détail de ma vie privée s’est vu épinglé dans la presse à scandale ces dernières années. Quant à moi… Je connais votre nom. La maison où vous étiez à Poudlard. Poudlard où je n’ai absolument pas le souvenir de vous avoir croisé, soit dit en passant. Vous êtes là. Vous me défiez du regard. Me considérez comme un intrus. Prenez comme un affront personnel ma présence. Vous vous offusquez que je ne parle pas de moi. Mais je ne vous connais pas. Je ne sais pas qui vous êtes. Vous savez tout de moi, et je ne sais rien de vous. Et c’est moi qui devrais parler ? C’est moi qui devrais vous faire confiance et vous, vous méfier de moi ?

Harry se tut, les dévisagea, et conclut par un constat particulièrement brillant et subtil.
- Vous êtes un peu stupides, non ?
Il remonta sa manche et jeta un regard blasé vers sa montre. Suite du programme moins une minute trente.

Ils s’entreregardèrent. Et durant un dixième de seconde, l’animosité brûlante laissa place à un front de solidarité légèrement angoissé. Ils ne furent plus braqués les uns contre les autres, mais baignant dans la même nausée à l’idée de ce qui les attendait.
Dans l’arène, Butcher devait déjà les attendre.



Un soleil estival dardait ses rayons magiques sur le sable de l’arène. Il faisait chaud. L’endroit portait bien son nom. Les immenses gradins de pierre qui entouraient l’immense étendue circulaire lui rappelait furieusement l’architecture d’un colisée gigantesque. Etait-ce ce à quoi ils aspiraient ? Devenir des gladiateurs promis au sacrifice ?
Coote se rappela douloureusement que les rares combattants qui survivaient aux duels à l’épée étaient livrés sans pitié aux lions. Il regarda de coté le seul gryffondor du groupe. Il était bien tombé avec ses trois là. Il lui faudrait éviter les vipères rampantes au sol, les sauts agiles du roi de la savane, sans omettre les griffes gigantesque du fier faucon, prompt à plonger du haut du ciel pour déchiqueter ses proies.

Ils étaient là tous les quatre. Ils avaient pris soin de s’éloigner préventivement les uns des autres. Ils s’étaient tous avancés de quelques pas dans l’enceinte de l’arène. Il ne fallait passer pour un lâche se terrant près de la porte.

Ils attendaient Butcher aux aguets, sans trop savoir à quoi s’attendre, à quoi se préparer.

La porte s’ouvrit brusquement et claqua derrière eux. Harry eut à peine le temps de tourner la tête que Butcher arrivait jusqu’à eux, en grandes enjambées. Il avait les mêmes vêtements que la veille.
Il était chaussé de bottes cousues dans un cuir de dragon épais, d’un marron foncé. Elles étaient totalement ruinées, probablement par des heures à marcher dans de la boue. Chaque millimètre carré en était éraflé et tâché. Butcher avait visiblement lui-même réparé les deux bouts avant de ses bottes quand ceux-ci avaient cédés. Ils étaient recousus grossièrement, mais solidement. De vraies bottes de Cowboys.
Pas de robes volant aux quatre vents pour Butcher. Harry nota avec satisfaction que Butcher portait le même type de pantalon moldu en toile solide dont Harry avait lui-même fait l’acquisition l’avant-veille.

- Je suis étonné de voir que vous ne vous êtes pas encore entretués. Il parait que vous n’en étiez pas loin, lors de votre pause de midi.
Aucun d’entre eux ne moufta.
Le fait d’être observé vingt-quatre heures sur vingt-quatre ne les rassurait pas franchement…

- C’est ici et avec moi que vous travaillerez chaque après-midi votre pratique magique. Votre endurance, votre vitesse et votre efficacité. Comment reconnaître des ensorcèlements et des artefacts de magie noire dont vous ne soupçonnez même pas l’existence, et comment les parer.

Harry se demanda si Grump Butcher soupçonnait seulement l’existence d’un horcruxe.

- Vous n’avez pas le droit à l’erreur. Chacun de vos sorts, chacun de vos pas doit être irréprochable. Aucune faille ne sera acceptée. C’est pas tant votre vie qui compte à nos yeux. Mais si un jour vous obtenez véritablement le badge d’auror, c’est la vie des autres qui dépendra de votre efficacité.

Butcher commença à faire les cent pas devant eux.

- Avez-vous seulement déjà été confronté à une situation de stress intense ? A une crise qui s’étend non seulement dans le temps, mais où des vies humaines sont en jeu ?

Mmmh. Oui. Oui et oui.

Butcher arrêta de déplacer de la poussière et planta ses yeux gris dans le regard arrogant de Harry.

- Je parle d’une situation où vous étiez, et où vous êtes restés seuls. Sans aide. De bout en bout.

Harry serra les lèvres amèrement. Eh bien non. Voilà. Non. Weasley, Granger, Dumbledore, Rogue, Black, Londubat et Lovegood… On pouvait continuer longtemps. Même ajouter un chapeau miteux et un oiseau chanteur à la liste.

Un fin sourire étira les lèvres gercées de Butcher.
- C’est bien ce que je me disais. Je veux que vous appreniez à vous débrouiller seuls. A être assez fort pour sortir vivant de n’importe quelle situation. Inutile de vous dire que vous en êtes loin. Très loin. A vrai dire, vous n’êtes même pas capable de tenir la distance avec les plus simples sortilèges.

Les quatre aspirants froncèrent les sourcils. Butcher agita négligemment la main. Quatre gros galets apparurent en face de chacun d’eux.
- Faites léviter ce simple caillou. Qu’il reste à la même hauteur, sans osciller inutilement, le plus longtemps possible. Voyons lequel d’entre vous tiendra le plus longtemps. Et surtout, combien de poignées de seconde s’écouleront avant que vous ne vous écrouliez au sol.

Perkins jeta un coup d’œil à droite et à gauche, pour voir comment ses compagnons réagissaient. Ils faisaient exactement la même chose que lui.
Alors lentement, les quatre dégainèrent leurs baguettes. Mouvement circulaire du poignet et…
« Wingardium Leviosa » marmonnèrent-ils tous en même temps.

Les quatre galets s’élevèrent d’un mètre cinquante dans les airs, et se stabilisèrent. Mais ils étaient tous comme ballotés par une bise, subissant les mouvements involontaires des baguettes de Crews, Perkins, Coote et Potter.

Butcher les fusilla du regard.
Perkins affermit sa prise sur sa baguette, et fronça les sourcils.
Après quelques oscillations, son galet se stabilisa et resta comme figé, immobile et suspendu par un fil invisible dans les airs.
A coté de lui, Crews Coote et Potter avait eux aussi sans trop de mal réussi à effacer les mouvements parasites.

Le tableau était des plus étranges. Ils étaient là, en ligne. Les respirations retenues. Les mines crispées. Les jointures blanches. Et devant eux, quatre galets différents en taille et couleur.
Une poignée de seconde s’écoulèrent. Butcher les contemplait avec sévérité. Il savait qu’il n’aurait pas à attendre longtemps.

Une goutte de sueur commença à perler sur la tempe de Coote, et Johanna Crews dut fermer les yeux pour faire abstraction de la langue de douleur qui s’étendait à chaque seconde dans son avant bras. Elle se morigéna silencieusement, furieuse. Un simple sort de lévitation ! Première leçon de première année ! Elle n’était pas capable de tenir un simple sort de lévitation plus de deux minutes ! Ridicule ! Mais rester concentrée sur le filament de magie invisible qui reliait son corps à sa baguette, et sa baguette au galet, était une activité qui ne souffrait aucune distraction. Alors doucement, elle inspira et expira. Tenir le galet immobile. Tenir le galet en l’air. Ne. Pas. Faire. Trembler. Sa. Baguette.

La crampe. Quatre minutes, et il était au bord de la crampe. Coote jeta un regard alarmé à ses co-aspirants. Il fut vaguement rassuré en constatant qu’ils n’étaient pas dans un état meilleur que lui. Il osait à peine respirer, de peur de perdre le contrôle et de rompre le charme. Une lame acérée lui tenaillait les poumons, et des taches lumineuses commencèrent à apparaître devant ses yeux. Coote déglutit et ferma les paupières. A Poudlard, il s’agissait juste d’exécuter un sort. Mais le faire tenir dans la durée… Jamais, jamais ils n’avaient été confrontés à un tel exercice. L’endurance, c’était un truc de footing moldu. Pas de magie. Pourtant sa gorge s’asséchait bien, et ses cuisses se meublaient doucement et sûrement de coton. Ne pas trembler. Ne pas faire tomber le galet. Ne pas tomber tout court.

Le tic tac des planètes de la montre de Potter était assourdissant. Une seconde de plus, se disaient-ils tous à l’unisson. Tenir encore une seconde de plus.
Et Potter ? Comment s’en sortait-il ? Monsieur Incroyable ? Coote lui jeta un rapide regard. De surprise, il manqua de faire tomber son galet.

Le visage de Potter était couvert de sueur. Son teint était cireux. Ses yeux vitreux. Ses ongles s’enfonçaient dans son poing serré.

Le bourdonnement.
Harry essayait d’échapper au bourdonnement tonitruant qui sévissait derrière son front. Il n’avait jamais montré de faiblesses particulières en matière d’endurance magique. A 13 ans, lorsqu’il s’acharnait à parfaite son patronus, ses évanouissements n’étaient dus qu’à la nature particulière de son épouvantard. Combien de temps était-il resté enfermé en tête à tête avec Séverus Rogue, à contrer ses attaques mentales ? Combien de temps à attirer de gros dictionnaires pour se préparer à la troisième tache ? Combien de temps passé à exécuter des sortilèges durant les séances de l’AD ?
Jamais il n’avait du supporter cette douleur. Chaque seconde de plus passée à essayer de maintenir ce pauvre caillou en l’air, c’était une nouvelle aiguille qui se plantait dans sa rétine.
Il avait un goût de métal dans la bouche. Et une nausée persistante.
Respirer lui demandait autant d’attention que son sortilège de lévitation.
Avant même que l’idée d’abandonner l’exercice ne lui traverse l’esprit, un noir complet lui voilà le regard.

Le caillou de Coote tomba sèchement sur le sol. Mais le bruit de sa chute fut camouflé par le son d’une autre, bien plus lourde. Sous les yeux paniqués de Coote, Potter, les paupières fermés, la peau jaunâtre, était tombé à genoux, avant de s’affaler de tout son long sur le sol, face contre terre.

Comme mort.



Butcher resta interdit pendant quelques secondes. Puissante fatigue physique, maux de tête, courbatures… Voilà à quoi se résumaient les légers effets secondaires provoqués par les exercices d’endurance magique.
Mais un évanouissement au bout des sept premières minutes d’entraînement n’était, malgré ses sarcasmes, pas ce à quoi il s’attendait. Encore moins venant de Potter. Le magnétique et résistant Potter.

Les derniers cailloux furent abandonnés dans l’indifférence générale. Les aspirants, tétanisés, contemplaient Potter avec horreur.
Butcher s’approcha et pointa sa baguette sur le dos de son élève.
- Enervatum.
Rien ne se passa.
- Enervatum !
Potter ne bougeait pas. Pas du tout.
- Nom de nom ! Jura Butcher en se penchant. Il le retourna et présenta sa joue barrée de cicatrices au visage du Survivant.
Pas un souffle d’air. Potter ne respirait plus. Butcher enfonça son index et son majeur dans le cou de Potter. Se figea, à l’écoute. Une seconde s’écoula. Deux.
Et enfin, un battement. Infime.

Butcher n’éprouvait aucun respect pour Harry Potter. C’était un gamin parvenu. Mais le môme n’était pas personne. Butcher savait que ses supérieurs comptaient énormément sur lui. Sur cette formation.
Et Butcher détestait les commissions administratives. Les enquêtes internes. La paperasse provoquée par une mort, même accidentelle. Plus que tout, il abhorrait les feux des médias sur son service. L’efficacité des aurors tient uniquement à leur discrétion.

Pour toutes ces raisons, il savait pertinemment que la pire chose qui puisse lui arriver maintenant, c’était qu’Harry Potter, héros national, lui claque pour une raison obscure entre les doigts, au beau milieu de son premier entraînement.

Butcher souleva Potter comme si son poids était négligeable, et s’élança vers la sortie de l’arène.
Si Potter survivait, il lui paierait très très cher cet affront.
Très cher.
Si Potter survivait.



Le Bureau avait depuis longtemps retrouvé son agitation habituelle. Les aurors étaient littéralement submergés par la masse de travail. Cela faisait deux ans que la chasse aux artefacts et mages noirs était interrompue. Deux ans d’immobilité, de paralysie. Les pistes avaient été abandonnées, et le Royaume-Uni s’était immanquablement transformé en une immense zone de non droit.
Il fallait tout reprendre à zéro.
Les dossiers, les sorciers surveillés, les procès, les enquêtes…
C’est un branle bas de combat généralisé. Les notes de service volaient à toute allure en raclant le plafond, les bureaux s’invectivaient quand les références de dossier étaient transmises avec des erreurs, les aurors et les secrétaires tentaient tant bien que mal de trier les anciens rapports à éplucher une énième fois et les dossiers mis en place ces deux dernières années. Le plateau de travail avait beau être énorme, la foule qui s’y croisait et l’absence de fenêtre rendait l’atmosphère insupportable. Les conduits d’aération renouvelaient magiquement le taux d’oxygène et envoyaient de l’air frais. Un degré Celsius de plus, et cela virait au pugilat.

Sur le mur défilaient les dernières réformes du nouveau Ministre de la Magie. Heureusement qu’il était un ex-auror, soupiraient les employés du Bureau. Il savait comment ils fonctionnaient, et ses mesures ne déstructuraient pas tout leur système. Le Bureau venait d’être divisé en plusieurs parties. Une partie des secrétaires administratifs étaient attachés à la mise à jour des dossiers de l’Avant Année Noire. Les affaires nécessitant de nouvelles enquêtes étaient alors ensuite renvoyées chez un premier groupe d’aurors. Une autre partie des secrétaires géraient le tri et le suivi des dossiers de ces deux dernières années, pour assister un deuxième groupe d’enquêteur et d’aurors. Enfin, la dernière partie des secrétaires organisaient la mise en place des procès et des poursuites judiciaires à venir dans les prochains mois. Le dernier groupe d’auror était à la poursuite des mangemorts en fuite, et des autres malfrats. Car Voldemort ne devait pas occulter les autres criminels usant de Magie Noire qui sillonnaient plus discrètement le pays.
Ces trois services étaient en constante communication, assistés par une batterie impressionnante d’assistants en robe bleue, qui erraient d’un bureau à l’autre, les bras plein de rouleaux de parchemins où surmontés par des tasses de café en équilibre instable.

Savage se cala dans son fauteuil défoncé, et contempla son espace de travail. Il l’avait intégralement rangé deux heures auparavant, trié tous les papiers, rangé ses plumes, répertorié ses notes de services, et fait la liste de ses taches.
Et déjà, le bois de son bureau avait de nouveau disparu, et une montagne de cylindres cachetés en attente d’être lus s’amoncelait devant lui.
Savage soupira et se massa les tempes. De très longs mois s’annonçaient. Il ouvrit un tiroir miraculeusement vide, et, parchemin par parchemin, recommença un nouveau tri dans le brouhaha général.

Il n’avait pas attrapé son quatrième rouleau qu’un grand « Bang ! » retentit. Un des portes du bureau venait de s’ouvrir brutalement, interrompant les discussions houleuses. Tous les regards convergèrent vers l’entrée 5 du Bureau, et tous se figèrent.
Grump Butcher, l’Auror en Chef acariâtre, venait de faire irruption sur le plateau, avec dans les bras, un corps inanimé.

- APPELEZ UN MEDICOMAGE ! Hurla Butcher.
Butcher s’approcha du bureau le plus proche de lui, et allongea l’homme qu’il portait en poussant violemment à terre, dans un grand bruit de vaisselle cassée, tasses vidées, pleines, dossiers, flacons d’encre et pots à plume.
Savage était seulement deux bureaux plus à gauche, et il pâlit brusquement en identifiant visage blafard et renversé dans le vide du corps inanimé.

Potter.

Un sorcier aux cheveux blancs coupés de façon militaire et vêtu d’une robe blanche se précipita. C’était le Médecin en Chef attaché en permanence au Bureau des Aurors.

- Harry Potter, aspirant Auror, identifia rapidement Butcher.
Le nom prestigieux décontenança durant deux secondes le médecin, mais rapidement, son professionnalisme et son expérience reprirent le dessus. Déjà, une sorcière habillée pareillement accourait à son tour pour lui prêter main forte.
- Que s’est-il passé ?
- Premier exercice d’endurance magique. Il s’est écroulé au bout de dix minutes. Je ne comprends pas. L’Enervatum ne le ranime pas.

Des murmures d’incompréhension parcoururent l’assemblée spectatrice.
Potter évanouit au bout de dix minutes d’endurance ? C’était difficilement croyable !

- Reculez-vous, ordonna le médecin en remontant ses manches et en sortant sa baguette.
Le plus urgent était de ranimé Potter et qu’il se remettre à respirer. La magie faisait bien des choses, mais ne pouvait pas réparer les dommages causés au cerveau par le manque d’oxygène.

Il pointa sa baguette sur le torse de l’aspirant.
- Fulguris ! Articula-t-il.
De manière très impressionnante, la baguette du Magicomage produit une salve d’éclairs blancs, aussi rapide et lumineux que de la foudre, qui vint frapper dans un craquement retentissant le torse de Harry, dont le corps se convulsa sous la décharge.
Savage déglutit. Il avait bien sur déjà été témoin d’une réanimation d’urgence, mais cela lui semblait tellement barbare et douloureux qu’il ne s’y habituait pas.

A son tour, le médecin enfonça ses doigts sous la mandibule gauche de Potter, tandis qu’il palpait de l’autre main sa poitrine.
Le médecin hocha la tète et son assistance fit surgir de nulle part un brancard.
Potter respirait.

Ils disparurent après trois mots échangés avec Butcher derrière la porte, en direction de l’infirmerie, et celui-ci, la face rougeaude de colère, retourna vers l’arène.

Savage souffla doucement pour évacuer la soudaine tension qui avait pris possession de lui. Le Bureau eut quelques secondes de flottement, mais rapidement, les déplacements reprirent de box à box, avec un peu plus d’agitation qu’avant l’incident.
La présence de Potter au Bureau promettait d’y rendre la vie encore plus trépidante que prévu. Et ce n’était pas peu dire.




Un silence de mort s’abattît sur l’arène dès que Butcher en eut passé les portes. Et puis…

- Et bah, fit soudain Crews, on aura été débarrassé de Potter plus vite que prévu.
- Quelqu’un a compris ce qu’il vient de se passer ? fit Perkins.
- Je ne sais pas… C’est assez épuisant, cet exercice, je ne pensais pas que ça serait aussi éprouvant, mais de là à tomber raide… Commenta Coote.
- Faut croire que Potter n’est pas à la hauteur de sa réputation, railla Crews.
- Et on fait quoi pendant ce temps là ? Continua Coote. On continue à se ridiculiser devant un gros gravier pour ne pas se faire rosser au retour de Butcher, où on le suit ?
- On sait même pas où il est allé. Il y a une infirmerie ici ?
- Probablement, à moins qu’il n’y a une connexion directe avec Sainte-Mangouste…
- Ils ne vont quand meme pas l’emmener se faire hospitaliser ! Il s’est juste évanoui ! S’exclama Crews.
- Tu crois ? L’énervatum n’a pas réussi à le ranimer ! C’était comme si brusquement, toute son énergie vitale s’était fait la malle, dit Perkins. C’est peut-être grave.
- Mais ça ne nous dit pas ce qu’on est supposé faire.

Personne n’ajouta rien.
Deux longues minutes passèrent sans qu’ils ne bougent d’un pouce.

- Suivez-moi, cracha la voix hargneuse de Butcher derrière eux, en les faisant tous sursauter comme un seul homme.
- Potter me le paiera, maugréa Crews d’une façon inaudible.

Dire qu’il disait qu’il n’allait pas faire vague. Ben voyons.

Ils suivirent Butcher en silence, d’un pas rapide, à travers les couloirs tortueux du Centre. Ils se retrouvèrent soudain devant une porte surmonté d’un panneau « Pharmacie – Premiers soins », que Butcher poussa sans frapper.

Potter était là. Toujours évanoui, il gisait sur un lit de camp. Sa baguette était posée sur un tabouret juste à coté de son lit. La sorcière infirmière était penchée sur lui, et inspectait la sensibilité de ses pupilles à la lumière projetée par sa baguette. Le médecin aux cheveux blancs surgit d’une pièce attenante.

- Nous finissons ses examens sanguins, et nous le ranimons, Butcher. Il n’a pas supporté le brusque effort magique, ce qui est particulièrement surprenant, vu l’état de son dossier médical transmis par Mme Pomfresh à Poudlard. Potter a subi un panel de blessures impressionnant à Poudlard, et a toujours montré des capacités de recouvrement exceptionnelles. Pomfresh dénote une très forte résistance à la fatigue physique, et une endurance magique légèrement au dessus de la moyenne. On ne comprend pas son évanouissement, mais ses analyses pourront peut-être nous l’expliquer. Il pourra même peut-être nous l’expliquer lui-même quand il sera réveillé. Normalement, il ne conservera aucune séquelle.

Coote, Perkins et Crews avaient écouté le compte rendu du médecin avec une grande attention. Un panel de blessure impressionnant ? Capacités de recouvrement exceptionnel ? Alors pourquoi avait-il perdu aussi subitement connaissance, au point qu’il lui avait fallu des électrochocs pour recommencer à respirer ?

L’infirmière désinfecta une aiguille et piqua le bout de l’index de Potter. Il ne réagit pas. Elle inspecta l’écoulement sanguin, et recueillit une goutte de sang dans une éprouvette. Elle le passa au médecin qui repartit dans le laboratoire attenant.
L’infirmière prit un flacon contenant une potion d’un rose tout à fait surnaturel, renversa la tète de Potter et versa dans sa gorge le liquide.
Elle pointa sa baguette sur sa gorge et murmura un sort pour le forcer à ingurgiter la potion. Ils attendirent tous en silence que celle-ci fasse effet, l’infirmière toujours penchée sur Potter pour l’examiner avec attention.

Loin.
Il était loin. Perdu, seul, pourchassé. Où étaient les autres ? Etaient-ils seulement vivants ? Et lui… Survivraient-ils ?
Harry sentit soudainement une présence autour de lui. Mais ce brouillard, tout autour de lui, l’empêchait d’y voir clair. Son cœur s’emballa, et la peur s’infiltra en lui comme les bourrasques de vent le faisaient depuis des mois dans leur tente.
La tente ! Elle avait du être repérée ! Harry se débattit en esprit dans ce brouillard obscur. Etait-ce des mangemorts, des raffleurs ? Où étaient Hermione et Ron ? Il fallait les prévenir ! Qu’ils se sauvent ! La peur de la mort se rappela brusquement en lui et le glaça.
Harry entendit une voix de femme qu’il ne reconnut pas. Etait-ce Narcissa Malfoy ? Il devait se concentrer. Où était-sa baguette ? A coté de lui, surement. Il la laissait toujours à portée de main quand il dormait. Il ne fallait jamais baisser la garde. Vigilance constante, disait Maugrey. Et pourtant, il était mort.
Harry sentit son souffle s’emballer. Il devait absolument se concentrer ! Pourquoi n’arrivait-il pas à avoir les idées claires ? La voix se fit de nouveau entendre. Elle était si près !

- Il revient parmi nous, dit-elle.

Ils l’avaient eu ! Harry n’arriva pas à se rappeler avoir été kidnappé. Et pourtant. Un bloc de glace tomba en lui. Le médaillon ! L’horcruxe ! L’avaient-ils trouvé ? Il ne fallait pas que Voldemort découvre qu’il était au courant pour les horcruxes, ou tout était fini. Dans un phénoménal effort de volonté, Harry ouvrit les yeux.

La lumière vive commença par l’aveugler, mais il distingua rapidement un visage penché sur lui. Une femme l’examinait. Elle allait trouver la chaine en or. Trouver le médaillon. Mais elle devait penser qu’il était toujours évanoui. Elle ne se protégeait pas.

Les doigts de Harry tressaillirent.
Sa main surgit et avec la vitesse d’un attrapeur, il agrippa la gorge de la femme, et commença à enserrer sa trachée, à l’empêcher de respirer. Ils le tueraient probablement, mais il l’emporterait avec elle dans la tombe. Sa baguette était dans sa main droite, il se redressa brusquement et la pointa sur la tempe de la mangemorte.

Alors seulement, il jeta un coup d’œil autour de lui.

L’infirmière hoqueta quand la main gauche de Potter jaillit sans signe annonciateur pour enserrer sa gorge, pressant brutalement sa trachée, lui coupant la respiration et l’immobilisant, tandis que l’autre attrapait sa baguette pour la pointer dangereusement sur sa tempe.

Potter fixa l’infirmière avec des yeux écarquillés qui rappelèrent à Butcher le regard de Bellatrix Lestrange après dix années passées dans une cellule à Azkaban.
Le regard d’un fou.

- Surtout, ne bougez pas ! Murmura le maitre auror à ses trois autres aspirants debout derrière lui, paralysés par la peur.

La poigne de Potter se resserra autour de sa baguette, toujours posée sur la tempe de l’infirmière. Que Potter, clairement terrorisé, lance un seul sort, et elle était morte.


Coote s’était raidi au premier geste de Potter. Et maintenant, il avait du mal à croire ce qu’il voyait.
Potter semblait possédé. Ses yeux sautaient, affolés, d’objet à objet dans la pièce, se bouche se tordait dans une expression oscillant entre la peur et la haine, l’envie d’en découdre quitte à y laisser sa vie. Il les détailla des pieds à la tête, prêt à faire feu.

Une goutte de sueur glacée coula entre les omoplates de Ben. Visiblement, Potter ne les reconnaissait pas. Et plus visiblement encore, il les prenait pour des ennemis.

Mais où était-il ? Et qui étaient-ils ? Ils ne ressemblaient pas à des mangemorts. Potter haleta, un violent mal de crane lui sciait l’intérieur de la tête. Rien ne faisait sens dans son esprit. Une seule pensée lui broyait l’estomac. Son cou. Son torse. Rien. Aucun poids. Aucune chaine ne lui entaillait la peau. L’horcruxe avait disparu. Ron et Hermione avaient disparu.

Ron et Hermione.
Des images défilèrent devant ses yeux. La tente, la dispute. La biche, le lac, Ron, l’horcruxe.
L’horcruxe était détruit. Ils étaient tous détruits. Voldemort gisant mort sur le sol de la Grande Salle. Shakelbolt. La formation d’auror. Le Bureau. Butcher.

C’était malin. Crews commençait vraiment à flipper, maintenant. Potter avait l’air complètement désorienté. Il se sentait agressé et n’hésiterait pas à se « défendre » au moindre mouvement. L’infirmière étouffait. Elle lança un regard désespéré à Butcher. Qu’il neutralise ce fou furieux ! Qu’on enferme Potter à Sainte Mangouste !

Butcher n’essaya pas de dégainer sa baguette. Ça ne ferait qu’inquiéter plus Potter.
- Potter, dit-il calmement. Je suis Butcher. Vous êtes au Bureau des Aurors.
Potter continuait de jeter des regards affolés vers chaque recoin de la pièce.
- Potter. Tout va bien. Baissez votre baguette. Libérez l’infirmière.

L’infirmière ? Harry dévisagea la femme qu’il était en train d’étrangler.
Tout le monde lâcha un profond soupir de soulagement quand il la libéra de sa poigne.
Mais il n’abaissa pas sa baguette.
Sa main, crispée, commença à tâter sa propre gorge. On aurait dit qu’il cherchait quelque chose sur son torse. Mais il n’y avait rien sous son pull.

- Potter. Abaissez votre baguette, répéta Butcher. Vous êtes chez les aurors.

Crews, Coote et Perkins pouvait presque observer les paroles de leur maitre se frayer un chemin dans l’esprit de Potter. Ses sourcils restaient froncés par l’incompréhension, et sa respiration saccadée. L’hésitation se lisait sur son visage.

Et doucement, centimètre par centimètre, il abaissa sa baguette.
- Je… Je…
L’infirmière recula prudemment pour se mettre hors de portée. Elle questionna Butcher du regard.
Il observa une dernière fois la salle où ils se trouvaient tous. Où il s’était mystérieusement réveillé. Il observa Butcher. C’était vraiment la chose la plus flippante que Crews avait jamais vu. Il avait l’air d’un môme menacé d’un danger de mort, totalement seul, totalement perdu.
Et c’était comme si soudainement, le déclic s’était fait derrière son front.
Butcher. Auror. Pas de dangers.
Ses muscles se détendirent complètement et il laissa sa baguette tomber sur le matelas. Harry ferma les yeux, et essaya d’apaiser le battement de son cœur. C’était juste cet auror et les trois autres. Tout lui revenait clairement maintenant. Le Bureau, les cours, l’exercice du caillou. Son mal de tête avait disparu aussi subitement qu’il était venu.

- Monsieur Potter ? Appela un homme dans l’encadrement d’une porte. Vous savez où vous êtes ?
- Au Centre des Aurors. C’est bon, je me souviens. Que s’est-il passé ?
- Vous vous êtes évanoui, Potter, asséna Butcher. Vous ne vous en souvenez pas ?

Il était clair que tout cela énervait prodigieusement l’auror.

- Si. Si, maintenant je me souviens.
Harry se massa le front, encore légèrement désorienté. Les trois aspirants le contemplaient avec une grande méfiance, et restaient légèrement en retrait. Harry se souvint soudain qu’il avait tenté d’asphyxier une infirmière. Il se tourna vers elle.
- Je… Désolé. Je pensais que vous étiez…
- Une mangemorte ? hasarda-t-elle ?
Harry hocha la tête.

- C’est normal, indiqua-t-elle à l’attention de Butcher. Monsieur Potter, vous n’êtes pas entièrement remis des derniers combats auxquels vous avez assistés et pris part. Ce sentiment de légère paranoïa partira de lui-même quand vous vous sentirez plus en sécurité. Ce n’est qu’une question de temps.

Quand il se sentirait plus en sécurité. Harry retint un rictus désabusé. Quelque chose lui soufflait que ça ne risquait pas se produire de sitôt.

- Vous pouvez arrêter de me regarder comme si j’allais vous égorgez, lança-t-il aux trois autres. C’est bon, je vous ai reconnu. Je ne vais pas vous tuer.
- C’est gentil de préciser, commenta Coote, qui n’eut pas du tout l’air plus rassuré.
- Suffit, les fit taire Butcher.

Le médecin réapparu une nouvelle fois.
- J’ai les résultats des analyses que nous vous avons faites quand vous étiez inanimé monsieur Potter.
Il avait chaussé des lunettes à écaille qui lui donnait un air sévère. D’ailleurs, il continua sur un air réprobateur.
- Ce n’est pas étonnant que vous soyez tombé dans les pommes. Tous vos indicateurs vitaux sont au plus bas. Décrivez-moi un peu vos habitudes alimentaires, Monsieur Potter.

Crews haussa les sourcils d’incrédulité. Voilà que l’autre vieux se transformait en diététicien ! C’était décidément n’importe quoi. Même Potter laissa échapper un rire.

- Vous avez à peu près toutes les carences possibles et imaginables. Ajoutez les épreuves que vous avez endurées dernièrement, c’est très étonnant que vous soyez autre part qu’alité en soin intensif à Sainte-Mangouste. Je comprends ce que Pomfresh disait en parlant d’exceptionnelles capacités de recouvrement. Mais l’exercice aura été la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Voilà qui était plus troublant. Carences ? Crews considéra Potter. Bien sur, il était un peu pale, et il trimbalait des valises sous ses yeux en guise de cernes, mais il avait l’air en général en bonne santé.

- Je vais vous examiner. Retirez votre pull et votre tee-shirt.

Perkins et Coote s’entreregardèrent. Un examen médical n’était pas censé être quelque chose de privé ? Pourquoi devaient-ils y assister ? Butcher répondit à leur question muette.

- Vous êtes un groupe. Vous agissez en groupe. L’état de santé physique et mental de l’un d’entre vous vous concerne tous. Vous devez être au fait des faiblesses de chacun d’entre vous.

Soit. Pour Crews, cela se tenait. Elle regarda Potter se contorsionner pour retirer son pull et son tee-shirt. Enfin, il se redressa, torse nu.
Chaque personne présent dans la salle eut un mouvement de recul, et écarquilla les yeux. C’était… c’était…

Harry n’était plus petit pour son âge. Son mètre quatre-vingt entrait parfaitement dans la norme. Certes, il n’avait pas l’air très épais, mais il restait relativement carré des épaules. Il n’avait pas l’air très épais. Il n’avait pas l’air très épais tout habillé d’un tee-shirt, d’un pull et d’une veste.

Torse nu, il était affreusement maigre.
Ses cotes et ses hanches saillaient et sa peau semblait translucide.
Crews se sentit légèrement nauséeuse. Elle essaya de détacher son regard du corps décharné de Potter, et revint vers son visage. Elle comprit soudain que la figure de Potter n’était pas dans un meilleur état. Ses pommettes saillantes et ses yeux enfoncés dans leurs orbites étaient simplement habilement camouflés sous ses cheveux longs et une barbe certes clairsemée, mais noire de jais. Ses traits étaient horriblement émaciés.

Potter n’était plus qu’un squelette famélique.

Comment était-ce possible ? se demandait intérieurement Crews. Ne mangeait-il pas ? Comment pouvait-il tenir debout ? Elle n’avait jamais vu que des personnes âgées et proches de la mort dans cet état de maigreur. Ou des jeunes filles anorexiques à l’orphelinat.
C’était difficile d’imaginer Potter, combattif et décidé, tomber dans l’anorexie.

- Doux merlin, Potter… murmura le Médecin en Chef des aurors.
Même Butcher semblait pour la première fois désarçonné. Il ne s’attendait pas à ça. Il était vrai que les candidats à la formation d’auror devaient passer une visite médicale. Ça avait été le cas pour Coote, Crews et Perkins. Mais Potter était arrivé si soudainement…

Quand les premières secondes de stupeur furent passées, le médecin reprit encore plus sérieusement.

- Bon. Très bien.
Il attira un rouleau de parchemin à lui ainsi qu’une plume, et s’assit près de Potter, avec la ferme intention de ne pas le lâcher avant d’avoir eu toutes les informations qu’il désirait.

- Quand avez-vous mangé pour la dernière fois.
Potter pris un air très las.
- Ce midi. Un sandwich à la cafète.
- Vous l’avez fini ?
- Oui.
- Bien. Avant cela.

Perkins n’en croyait pas ses yeux. Potter réfléchissait. Sérieusement. Très concentré.
- Heu… hésita-t-il. Le… La…

Chez Alberforth Dumbledore, à la tête de Sanglier, avant la bataille. Mais quand était-ce ? Il avait perdu toute notion du temps.
- Le soir de la bataille, tenta d’expliquer Harry. La veille de la bataille. A la tête du sanglier. Le barman, Alberforth Dumbledore… Il avait une miche de pain et du fromage.

L’information se fraya très lentement un chemin dans l’esprit du médecin.
- Vous êtes en train de me dire que vous n’aviez pas mangé depuis… depuis… Depuis une semaine ?!
Potter haussa les épaules, désintéressé.
- Il parait que j’ai dormi pas mal de temps après la bataille et…

Harry réalisa subitement qu’en effet il était parti de Poudlard sans manger. Il était passé à Londres s’acheter des affaires. Il était passé sur le chemin de traverse. Mais pas une seconde, il n’avait ressenti les tiraillements de la faim. A y repenser, ces quelques heures étaient très floues dans son esprit. Il avait erré dans Poudlard. Il avait erré à Londres. Dans un état second. Il était arrivé ici, et avait passé la soirée à lire des bouquins dans « sa chambre ». Et puis il avait mangé aujourd’hui. Une semaine.

Harry haussa de nouveau les épaules.

- Je suis habitué à manger peu.
- A ce niveau, Potter, asséna sévèrement le médecin, ce n’est pas manger peu, c’est faire une grève de la faim. Avec les épreuves que vous avez traversées, vous devriez être évanoui depuis des jours, et hospitalisé à Sainte-Mangouste.
- Je vous dis que je suis habitué.
- Comment avez-vous mangé cette année ?
Potter grimaça.
- Mal.
- C'est-à-dire.
- Comme je pouvais.
- C'est-à-dire.
Harry soupira de nouveau.

Durant quelques mois, ils avaient habité à la Chaumière aux Coquillages.

- De février à mai, j’ai pu manger à peu près une fois par jour des repas cuisinés. Mais c’était très dangereux d’aller se ravitailler dans le village moldu, alors on se rationnait.
- Et avant ?
- Avant… Avant rien. D’aout à Février, on s’est débrouillé comme on pouvait. J’ai commencé à me cacher après la mort de Scrimgeour. On évitait le plus possible les villages, on évitait les coins habités. Quelques fruits volés dans des marchés. On péchait mais en novembre, dans les rivières… On métamorphosait ce qu’on pouvait.
- Effectivement. Cela explique parfaitement votre état de faiblesse avancé. Et bien Potter, vous commencez dès maintenant une cure intensive de vitamines en tout genre. Je vais vous prescrire des fortifiants magiques pour que vous puissiez effectuer vos exercices magiques et physiques et suivre votre formation normalement. Je veux vous revoir dans une semaine pour un nouvel examen complet de votre état. Avalez ça.

Potter considéra avec méfiance la potion verte pomme qu’on lui proposait, mais visiblement il jugea qu’on ne tentait pas de l’empoisonner, puisqu’il la bu d’un trait. Il ferma les yeux, et quand il les rouvrit, Coote nota qu’il avait l’air nettement moins fatigué.

- Qu’est ce que c’est ?
- Vous apprendrez bien vite à fabriquer vous-même des fortifiants, Potter, dit Butcher. Vos cours de Potion sont faits pour ça. Maintenant, tout le monde retourne dans l’arène. Et que ça saute.

Ils s’exécutèrent en silence. Que faire d’autre ?



Des mois. Crews devait encore une fois réviser son jugement sur Potter. Il avait passé des mois en vivant traqué comme un animal. Affamé. Seul. Et visiblement avec l’impression permanente d’être en danger. Il n’y avait qu’à voir comment, dès qu’il avait ouvert les yeux, il avait eu un phénoménal réflexe de survie. De défense par l’attaque. L’infirmière n’avait rien pu faire. Plus de pression, et il lui brisait les cervicales. Crews se jura de ne jamais essayer de l’effrayer en arrivant furtivement par l’arrière. Un geste aussi inconsidéré risquait de lui coûter sa vie à elle.

Elle jeta un coup d’œil à Potter.
Il marchait normalement. Il avait déjà remis son masque impénétrable. Une autre chose perturbait Crews, en plus de sa maigreur.
Le torse de Potter était marqué par des hématomes en voie de guérison. Des énormes hématomes. Quels coups avaient-ils endurés pour accuser autant de chocs ? Et il avait de très étranges cicatrices. Au milieu du torse, tout un rond de peau était marqué par une brulure qui avait du être terrible. Et son bras avait l’air d’avoir été mordu par un énorme serpent, puis entaillé par un couteau.

Mais quelles épreuves avait-il bien pu traverser ?




Les revoilà dans l’arène, devant le caillou. Cette fois-ci, Potter tenait le coup. Enfin, comme eux tous. Suant, tremblant, devant ce putain de galet à la con.
Ça faisait quoi, sept minutes ? Ce pouvait être sept heures. Perkins avait de nouveau l’impression de se broyer les phalanges à force de serrer sa baguette. Formation à la con.

Enfin, la voix de Butcher s’éleva.

- Suffit.
Les galets retombèrent.

- Vous êtes épuisés. Pourtant, l’exercice magique est enfantin. Vous n’êtes pas capable de le maintenir dans le temps. A voir vos mines, je suppose que vous n’aviez jamais remarqué que la magie puise fortement dans l’énergie d’un sorcier.

Butcher glissa un regard vers Potter.

- Que vous soyez en pleine forme, ou non, c’est la même chose. Une magie forte repose avant tout sur un contrôle de son corps. C’est une question de posture, de respiration, et aussi tout bonnement de muscles. Vous devez être endurant, résistant à de fortes pressions physiques. Je considère comme totalement vain d’apprendre quoique ce soit à un sorcier incapable de produire une magie satisfaisante. Alors nous ne commencerons la formation pratique magique que quand vous serez devenus optimum d’un point de vue physique.

Les trois aspirants froncèrent les sourcils.

- Pour cela, pas de secret. Une formation sportive intensive vous attend. Quotidiennement. Ici même. Si cette étape de votre formation apparaît trop « barbante » ou « moldue » à l’un d’entre vous, ce petit crétin prétentieux est libre de prendre la porte.

Personne ne moufta.

- Bien, dit Butcher.

Coote eut la ferme impression que celui-ci était déçu. Quatre élèves lui semblaient être un nombre bien trop contraignant.

Au pied de chacun d’entre eux, un tas de vêtements pliés apparut. Si Perkins resta dubitatif quant à la matière et à la forme du pantalon, les trois autres reconnurent immédiatement un pantalon de jogging moldu et des baskets de course.
Harry eut un mauvais pressentiment. Il regarda au sol, et distingua une piste circulaire qui s’étendait sous leurs pieds. Il était persuadé qu’elle n’était pas là quand ils étaient entrés.

- Commencer à courir. Ne vous arrêtez pas. Je vous dirais quand l’exercice prend fin, mais inutile d’espérer que ça soit bref. Ça ne le sera pas. Juste long, chiant et douloureux.


Voilà comment commençait la célère et très secrète formation d’auror, qui bâtit des légendes, qui transforma de valeureux sorciers en cauchemars de mages noirs.

Par des tours de pistes.
L’espace d’une seconde, Crews se demanda si Butcher ne se foutait pas de leur gueule. S’il ne cherchait pas à les tester. Mais elle dut se rendre à l’évidence.
Il était terriblement sérieux.



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Les trois aspirants se distinguaient par leurs histoires, leurs caractères. Dickens avait vu juste. Pourtant, après à peine quelques heures d’une cohabitation qui avait déjà donné lieu à d’amères confrontations, avant même que leur premier cours avec Grump Butcher ne prenne fin, ils commencèrent bien que d’une façon hautement imperceptible, à s’unir. A s’accorder pour jouer la même partition. On était loin d’une harmonie parfaite, mais en mécanisme était enclenché.
Ils se muaient en un seul et même sentiment. Luttaient dans la même direction. Hantés par la même obsession, le même trait de caractère.

Ce qui les rapprocha pour la première fois, ce ne fut ni l’amitié, ni les plans de carrière.

Ce fut l’obstination.

Chaque respiration n’était qu’un jet acide se faufilant dans leurs bronches. Haletante et sifflante. A chaque nouveau pas en avant, leurs chevilles menaçaient de se dérober, sous le poids écrasant de leurs corps tremblants, et d’emporter leurs genoux dans une chute sournoise qui pouvait leur coûter une articulation.
Et pourtant, ils continuaient de courir. Obstinés.

De courir bêtement, douloureusement, sur la piste plane et terreuse de l’arène. Les yeux fermés et le front perlé de sueur.
Harry fit un effort pour regarder sa montrer et manqua de trébucher. Deux heures. Deux heures qu’ils couraient. Tout ce qu’il n’aurait pas donné pour retourner faire léviter ce satané galet…

Combien de minutes s’écoulèrent avant que le salut n’arrive ? Harry n’en avait aucune idée. Un ordre claquant de Butcher les libéra de leur course. Un marteau lui broyait la tempe et il avait le cœur au bord des lèvres.
Dans son champ de vision, Crews se laissa glisser au sol, les jambes coupées. Elle paraissait sur le point de rendre son dernier soupir, sa main crispée sur son côté, le visage cireux. Coote et Perkins étaient comme Harry, pliés en deux, pesant le moins pire devant Butcher : s’évanouir ou vomir ?

- Effectivement, votre endurance physique est déplorable. Vous avez énormément de boulot. Vous avez une demi-heure pour aller prendre une douche. Ensuite, pour le reste de la journée, vous irez retrouver votre Référant.

Harry regarda de nouveau sa montre. Il n’était « que » dix-neuf heures, alors que le cours devait se terminer officiellement à vingt. C’était toujours ça de pris.
Il décida d’aller se noyer sous de l’eau glacée avant d’élucider la mystérieuse question du référant. Combien de clauses en bas de contrats allaient-ils encore découvrir ?

Dans le retour vers les chambres, aucun d’entre eux ne parla. Ils étaient physiquement et mentalement épuisés.

Une seule phrase se répétait en litanie dans leur tête. « C’est parti pour deux ans avec de genre de journée de merde. »

Rouges, suant et au bord du trou noir, les trois aspirants retraversèrent le Bureau (légèrement moins bondé en cette heure creuse) sous les regards nostalgiques et goguenards des aurors, dont les premières séances d’endurance magique remontaient pour certains d’entre eux à une prime jeunesse depuis longtemps perdue.
Note de fin de chapitre :

A venir : Der Wandervogel 4.

Un extrait :

"Nous sommes seuls et encerclés, Potter. Certains ici feront, je pense, tout pour nous ralentir dans notre reconstruction, et dans notre course contre les mangemorts échappés. Mon premier conseil en tant que ton Référant sera de surveiller ce qu’on te donne à boire… Je ne plaisante pas. "
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