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127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Sélections du mois


Félicitations à AliceJeanne et TeddyLunard, qui remportent la Sélection Action/Aventure !

Vous voulez revenir dans le Futur ? Lors du mois de novembre c’est possible avec la Sélection Next-Gen ! Vous avez jusqu'au 30 novembre pour lire les 10 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter ici.

Et pour le mois de décembre, le thème et les textes vous attendent déjà avec la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez découvrir ces 12 histoires jusqu’à la fin de l’année et vous pourrez voter à partir de décembre. Pour en savoir plus, rendez-vous ICI !


De L'équipe des Podiums le 01/11/2022 19:00


15ème Échange de Noël


Le traditionnel Échange de fics de Noël est de retour pour sa 15ème édition !



Et cette année, vous pouvez écrire et recevoir : des fanfictions Harry Potter, des histoires originales... mais aussi des fanfictions sur d'autres fandoms ! Envie de nous rejoindre ?


Ça se passe d'ici le 31 octobre sur ce topic du forum HPF !


De L'équipe de modération le 23/10/2022 17:22


126ème Nuit d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 126 édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 21 octobre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De L'équipe des Nuits le 16/10/2022 11:07


Sélections du mois


Félicitations à Fleur d’épine, Ella C, Eejil9 et CacheCoeur, qui remportent la Sélection Femslash !

Vous voulez de l’action ? De l’aventure ? Ce mois de Sélections est fait pour vous ! Le Jury des Aspics vous invite à lire sur ce thème en octobre avec la Sélection Aventure/Action ! Vous avez jusqu'au 31 octobre pour lire les 5 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter par ici.

Et au mois de novembre, partez dans le futur avec la Next-Gen ! Vous avez jusqu’à la fin du mois d'octobre pour nous faire découvrir sur ce thème si vaste vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots. Pour proposer des textes, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news !

Il y a également la Sélection Fanfictions longues pour occuper vos nuits d’insomnies ! Jusqu’au mois de décembre, venez découvrir 12 histoires incroyables ! Pour en savoir plus, rendez-vous ICI.

 

 


De L'équipe des Podiums le 03/10/2022 23:05


Un Weasley... par Niniann

[11 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Un OS sur un couple que je ne connaissais pas et qui m'intéresse beaucoup. Bonne lecture !
« Je sais ! Tu n'as qu'à embrasser Malefoy ! »
« Quoi !?! »

La journée de Ronald Bilius Weasley avait mal commencé, de toute façon. Mal dormi, pas envie de se lever. La veille, il avait joué aux cartes jusqu'à très tard dans le dortoirs des Gryffondor, et il avait perdu. Lamentablement. Et plusieurs fois. À chaque fois, en fait. Pour vous donner un ordre d'idée, si Ron avait joué de l'argent, il aurait vidé le compte des Weasley sans rembourser le dixième de sa dette. Non, dès le matin, Ron avait senti que la journée qui se présentait lui serait néfaste. Il avait reçu du courrier au petit déjeuner. Non pas que Coq soit particulièrement désagréable, seulement, il n'était pas très discret, ni très discipliné, et surtout, Ron se sentait toujours très ridicule quand son hibou était dans les parages. En plus la lettre était de sa mère, ce qui ne lui remonta absolument pas le moral, sans rentrer dans les détails sordides. Ensuite, ils avaient eu cours de Potions. Et Ron n'aimait pas les potions. Il avait raté sa préparation. Il s'en moquait un peu, mais les sarcasmes intempestifs du professeur ne lui avaient pas rendu sa bonne humeur, au contraire. Et il avait fait perdre des points à sa maison, à cause d'un petit mot un peu plus haut que les autres.

La journée de Ron avait vraiment mal commencé. Il ne savait pas encore que le pire restait à venir. Midi arriva. À table, Seamus Finnigan reparla de ses « dettes de jeu ». Un espoir trompeur se fit entendre, qui avait pour nom « Harry Potter ». Le garçon rappela qu'il n'avait jamais été question de miser de l'argent, cela aurait mis en péril la participation de Ron. Mais Dean fit remarquer que Ron leur en devait de toute façon, pour les sorties à Préaulard, entre autres. Harry avait dépensé plus de Gallions que quiconque pour son ami. Il n'avait jamais voulu être remboursé, hors de question. En vérité, Ron n'était débiteur de personne, vu tous les services qu'il avait rendu depuis qu'il était à Poudlard, mais justement, personne ne voulait l'entendre. Tout Gryffondor qu'il était, Seamus aimait bien rire au dépend des autres, et à ce moment précis, il voulait s'amuser. Avec Dean, il commença à réfléchir au gage qu'il pourrait donner au jeune sorcier. Harry tentait de modérer le débat, évitant à Ron toute tâche douloureuse. Seamus faisait fonctionner son cerveau à toute vitesse : il ne fallait pas blesser Ron, ni l'humilier trop longtemps, mais trouver ce qui le dégoûterait suffisamment pour que le jeu en vaille la chandelle. C'est alors qu'un éclair de génie le traversa. Une idée particulièrement brillante qui allait finir de pourrir la journée de Ronald Weasley.

- Je sais ! Tu n'as qu'à embrasser Malefoy !
- Quoi !?!

Ron leva les yeux. Seamus avait trouvé le gage parfait. Rapide, sans douleur, humiliant au possible, l'efficacité même. Harry et Dean trouvèrent cela très amusant eux aussi, la surprise passée. Seule Hermione, dernier rempart pour la sauvegarde de la dignité de Ron, trouvait cela vraiment stupide. Les autres le pensaient aussi, au fond, mais l'occasion était trop belle, Ron était complètement paniqué, et ils n'étaient pas sérieux, c'était juste pour le charrier un peu. Mais voilà, Seamus Finnigan prononça les paroles fatidiques, et une fois prononcées, Ron sût qu'il ne pourrait échapper à son destin.

- En fait, ironisa l'irlandais, tu n'en est pas capable, c'est ça ?

Le sang de Ron ne fit qu'un tour.

Chez les Weasley, on ne se provoquait jamais sans un bon motif. Pour la simple et bonne raison qu'un Weasley répond toujours à la provocation. Cet orgueil, un peu déplacé sans doute, avait joué des tours à Ron quand il était enfant. C'était plus fort que lui, il ne voulait pas se faire remarquer, ni jouer aux durs à cuire, mais on ne verrait jamais un Weasley fuir devant un défi. Dans la bouche d'un enfant, une telle provocation se traduisait ainsi : « même pas cap' ».

Et là, ce que disait Seamus, c'était la même chose.

Dans le cerveau de Ron, une connexion se rompit. Le jeune homme n'était plus capable de raisonnement logique, ni de lucidité. Au même moment, Drago Malefoy passait les portes de la grande salle. Les dés étaient jetés. Le garçon décoloré entra dans le champ de vision de Weasley sixième du nom. Aucun mot ne fut prononcé. Ron s'approcha de Drago, qui s'apprêtait à le saluer à la manière Malefoy, et prit son visage dans ses mains.

Il essaya de l'embrasser. Vraiment. Il y réussit en partie ; ses lèvres étaient bien sur celles de Malefoy, et quelques secondes passèrent sans que rien n'arrive. Il ne savait pas ce à quoi il s'était attendu exactement, ou plutôt, il savait mais se voyait très mal demander : « Malefoy, ça te dirait d'ouvrir la bouche pour que j'en mette plein la vue à Seamus ? ». Drago, tétanisé, resta d'abord immobile, puis commença à se débattre. Sentant la résistance, l'autre s'éloigna. Le baiser avait duré cinq secondes. Ron pria Merlin pour que Seamus l'ait bien vu, il n'avait aucune envie de recommencer. Il se tourna vers la table des Gryffondor. Ses amis affichaient une stupéfaction qu'il aurait trouvé amusante dans d'autres circonstances : ils avaient les yeux exorbités et la bouche grande ouverte. Ils avaient vu, donc.

Malefoy essaya de tuer Ron du regard sans y parvenir. Plusieurs jurons bien sentis se bousculaient dans sa bouche, mais aucun ne sortait, la surprise était trop importante et la colère pas encore assez.

- Weasley, qu'est-ce que tu attends ? cracha-t-il enfin.

Ron aurait préféré disparaître à ce moment précis, mais il devait aller jusqu'au bout.

- Bah, ta réaction Malefoy ! Je pensais, je sais pas moi, que tu allais me balancer un chapelet d'injures ou que tu me giflerais, enfin, que tu ferais quelque chose !

- Ah oui ?

Ron s'écrasa sur le sol. Malefoy ne l'avais pas giflé, il lui avait carrément donné un bon coup de poing dans la mâchoire. Le Serpentard contempla quelques secondes Ron qui gisait au sol, sonné, puis sortit à grand pas. Il s'était fait mal en frappant, mais il ne sentait pas encore la douleur. De même, la colère et l'humiliation l'empêchaient de s'étonner : qui aurait pu penser qu'il pouvait frapper aussi fort ?

Ron se releva. Il se dirigea vers la table des Gryffondor, s'assit, et recommença à manger comme si de rien n'était. Les autres restèrent silencieux, jusqu'à ce que Seamus se lance.

- Heu, Ron... C'était pour rire.

Ron le toisa avec ironie :

- Sans blague ?

- Je veux dire... Tu n'avais pas à le faire... enfin, Ron, c'est complètement dingue !

- Et bien tu aurais dû y penser avant.


* * *

Ron n'était pas aussi détaché qu'il le laissait croire. Pendant le reste de la journée, il fit comme si Malefoy n'existait pas, ce qui semblait parfaitement convenir au Serpentard. Pour tous, l'incident était clos. « Weasley a fait une chose stupide, aujourd'hui ». « Weasley a embrassé un garçon, beuah ! Mais non, c'était un gage ! Bien sûr qu'il n'est pas comme ça ! ». « Weasley a vraiment de l'audace, moi je ne pourrais pas... ». Voilà à quoi était réduit cet épisode pour le reste du monde. Mais Ron ne pouvait pas passer à autre chose aussi facilement. C'était typique chez lui. Il faisait une chose qui lui paraissait évidente sur le coup, puis il se rendait compte à quel point il était bête de l'avoir faite, Hermione l'aidait un peu au besoin, et quand tout le monde avait oublié, il continuait de ressasser la scène et avait de plus en plus honte de lui-même. Cette fois-ci était particulièrement embarrassante, et le fait que Malefoy ai sans doute mille fois mérité cette humiliation ne l'avançait pas beaucoup.

Le soir, Ron tournait dans son lit en essayant de relativiser. C'était Seamus. Au bout de toutes ces années, il devait le connaître, non ? C'était bien trop facile de prétendre après s'être moqué qu'il ne pensait pas qu'il embrasserait réellement Malefoy.
Malefoy.
Comment l'avait-il vécu, cette humiliation ? D'abord la scène n'était pas si humiliante que ça. C'était une bêtise, c'est tout. Le genre de bêtise dont on rit plus tard. Rien de bien méchant, pas vrai ?

Drago, lui aussi, avait peine a dépasser l'incident. Son ego d'aristocrate, déjà bien entamé par la déchéance de sa famille, ne supportait simplement pas cette humiliation. C'était au delà de sa capacité de résilience. Il restait complètement immobile, figé sur son lit, les yeux grands ouverts mais l'esprit si confus qu'il ne voyait pas vraiment.

Il était entré dans la grande salle. Il avait repéré Saint Potter et sa bande : Granger, Finnigan, Thomas. Weasley n'était pas avec eux. Il avait mis un peu de temps à se rendre compte que s'il n'était pas avec eux, c'est parce qu'il était en face de lui. Il s'était approché. Trop près, et... Il l'avait embrassé.
Ron Weasley l'avait embrassé. Pas longtemps, certes, ni de façon très réussie, mais il l'avait embrassé. Drago ne pouvait pas penser plus loin que cette évidence, et se trouvait réduit à faire défiler cette scène atroce, encore et encore.

* * *

Le lendemain, aucun des garçons n'avait oublié l'incident, ni leurs réflexions nocturnes, bien qu'ils aient chacun prié ardemment Merlin de leur accorder une amnésie miraculeuse. Ils se contentèrent de s'ignorer comme la veille, sans pouvoir s'empêcher de se demander si l'autre aussi avait eu du mal à trouver le sommeil. Et la vie à Poudlard aurait pu reprendre son cours, ils auraient simplement enfoui l'épisode dans les profondeurs obscures de leur esprit, comme un secret de famille un peu honteux dont il est mal vu de parler à table.

C'était sans compter le caractère de Ron. Et le tempérament des Weasley.

Ron n'avait pas besoin d'aide pour laisser le ressentiment grandir en lui, les idées noires le ronger. Il lui arrivait de s'entêter, ou de fuir ses torts. Il avait ainsi gardé la plupart de ses problèmes pour lui. Mais parfois il se sentait obligé d'agir, d'arranger les choses. Dans ces cas-là il finissait bien souvent par faire une autre bêtise, ce qui le décourageait pour les fois suivantes. Cette fois-ci, justement, Ron n'y tenait plus. Il en avait assez de se prendre le tête pour quelqu'un qu'il détestait et qui le lui rendait bien.

- Malefoy !

Le jeune homme se retourna. Sur son visage s'affichaient la surprise et l'inquiétude de voir que leur accord tacite de s'ignorer l'un l'autre avait été rompu. Il composa alors l'expression la plus méprisante qu'il avait jamais affichée.

- Qu'est-ce qu'il y a, Weasmoche ?

Ron ne savait pas par où commencer. Dans son esprit, ce qu'il voulait -et devait- dire à Malefoy était extrêmement simple. Traduire cette nécessité en mots, c'était une autre paire de manches. Un Weasley, se répétait Ron, un Weasley n'a pas peur du ridicule, et ne recule pas devant une difficulté.

- Bah, je voulait te dire... Pour la fois, dans la grande salle...

Grimace de dégoût de la part du Serpentard, qui n'arrêta pas Ron.

- Donc, pour euh... pour ça ; ça n'a absolument rien à voir avec toi.

Son interlocuteur afficha un rictus hautain.

- Qu'est-ce que tu crois, Weasemoche ? Je ne suis pas stupide. Un autre imbécile de Gryffondor, le balafré ou le pyromane, t'aura lancé un défi encore moins intelligent que lui et tu n'as pas pu te maîtriser. T'espère quoi en me disant ça ? Que je vais m'excuser de t'avoir frappé ? T'as vraiment rien dans le crâne !

- Je voulais être sûr que tu n'irais pas croire quelque chose de bizarre, reprit Ron en feignant le détachement. Ça serait vraiment humiliant pour moi.

Drago manqua de s'étouffer en entendant la dernière phrase. En une seconde, la rancœur qu'il avait dissimulée depuis la veille prit le dessus.

- Ça serait humiliant pour toi !?! Mais t'es vraiment gonflé ! C'est toi qui est à l'origine de tout ça, Weasley (emporté par la colère, il en oubliait même de l'insulter). C'est toi qui m'a embrassé au milieu de la grande salle ! Et ça serait humiliant pour toi !?! POUR TOI !?!

Drago continuait de lui crier dessus, mais fut bientôt à court de mot doux. Il s'arrêta pour reprendre son souffle et faire le plein de répliques cinglantes. Sa tirade ne lui avait pas suffit, elle n'avait fait qu'attiser sa colère, et il inspira pour la reprendre là où il l'avait laissée, quand il entendit les derniers mots qu'il s'attendait à entendre de la part de Ron Weasley.

- Désolé.

Drago Malefoy s'approcha légèrement, comme s'il n'avait pas entendu, ou n'était pas sûr de comprendre. Il voulu lui demander de recommencer, pour démentir son impression -ce ne pouvait être qu'un impression-, mais ses paroles se perdirent dans sa gorge. Ron jura et reprit la parole à contre-cœur.

- C'est bon, je t'ai dit que j'étais désolé. Tu veux quoi ? Que je te le mette par écrit ?

Comme l'autre ne réagissait toujours pas, Ron le laissa sur place. Il partit dans le couloir à grand pas, puis, certain que Drago ne le voyait plus, il se mit à courir vers le premier endroit isolé qu'il put trouver, en l'occurrence une salle de classe vide. Une fois immobile, il inspira profondément. Il avait fait ce qu'il devait. Il était tranquille. En tout cas avec lui-même, peut-être même Malefoy continuerait de l'ignorer. Tout était bien. Ayant ainsi repris son calme, Ron se dirigea d'un pas léger vers le donjon. Il stoppa net au détour d'un couloir. Comment Malefoy savait-il que Seamus l'avait provoqué ?

L'incident était désormais clos pour tout le monde, y compris les deux concernés. Quand le souvenir de l'évènement effleurait l'esprit de Ron, il était assez fier d'être aller s'excuser, la démarche l'avait comme absout de la honte, le dégoût qu'il avait gardé en lui s'était envolé. Quand l'épisode se rappelait à Drago, il était heureux de ne plus avoir de rancœur, plus de haine contre Weasley, et cette paix relative qui était nouvelle pour lui lui ôtait l'envie même d'oublier ce qui s'était passé. Quand ils se croisaient dans les couloirs, ils risquaient toujours un regard vers l'autre, se demandant s'il était aussi tranquille avec cette histoire. Les images de ce genre passaient sans prévenir d'un esprit à l'autre, affleuraient à la frontière de leur conscience, en sourdine, comme une ritournelle qu'on ne remarque plus à force de l'écouter. « Où a-t-il trouvé le courage de s'excuser ? D'où peut-il savoir ce qui m'a poussé à faire ça ? Et depuis quand je demande pardon aux personnes comme lui ? Pourquoi ça m'intéresse de savoir qui l'a provoqué ? Est-ce qu'il est vraiment tranquille, ou fait-il semblant d'avoir oublié ? Est-ce qu'il y pense aussi souvent que moi ? Est-ce qu'il comprend ce qui m'arrive ? »
L'incident était clos, donc.

- Messieurs Weasley et Malefoy ! Arrêtez donc de bailler aux corneilles ! Si mon cours ne vous intéresse pas, vous pouvez sortir !

Le professeur McGonagall avait parlé de sa voix sèche et inflexible, les élèves, après un sursaut indiscret, s'excusèrent dans un balbutiement commun, trop surpris pour se donner contenance. La sorcière, d'un maintien exemplaire malgré l'âge qu'on n'osait pas lui donner, accepta qu'ils restent en cours, mais cela faisait trop longtemps qu'ils perdaient toute concentration. Au bout de plusieurs semaines de passivité distraite en classe, elle se devait d'agir.

- Vous ne semblez pas vous rappeler que vous êtes ici pour passer vos ASPIC. Comme cure à votre insouciance, vous viendrez nettoyer la salle de Métamorphose tous les soirs pendant une semaine. Sans magie, évidemment. Bien sûr, l'elfe qui accomplit ce travail d'habitude sera atrocement peiné de voir sa part de corvée réduite. Comme vous voyez, je suis prête à de grand sacrifices pour votre bien.

Mais comme l'incident était clos, c'était une retenue comme les autres.

« Une retenue comme les autres, pensait Ron qui commençait sérieusement à douter, alors pourquoi est-ce si gênant de me retrouver seul dans la même pièce que lui ? »

Ils s'étaient comme convenu rendus devant la salle de Métamorphose, et McGonagall les avaient fait entrer. Si on avait dit à Ron qu'il se serait un jour servi d'un balai autrement qu'en volant avec, il aurait bien rit. Une fois le travail commencé, ça ne paraissait plus si incongru. Les tâches avaient été réparties : Drago rangeait dans les armoires, dépoussiérait les meubles et s'efforçait de ne pas montrer qu'il se sentait rabaissé par la retenue, Ron passait le balai derrière lui. Sous l'œil méfiant de leur professeur, ils formaient une très bonne équipe. On aurait dit des enfants que leurs parents auraient chargés pour la première fois de faire le ménage, et qui, se sentant investis d'une mission très importante, essayaient d'être à la hauteur malgré leur inexpérience. Drago passait beaucoup trop de temps pour épousseter un seul bureau et se retrouvait perdu devant les étagères, organisées selon un principe qui lui échappait. Ron prenait bien garde à ne laisser aucun grain de poussière là où il passait, mais il manquait de méthode, et, souvent obligé de marcher sur des endroits déjà balayés, il devait les nettoyer de nouveau quelques minutes plus tard.

Minerva était partagée entre un amusement à la limite de la bienveillance et une consternation profonde. Mais il était clair pour elle qu'aucun des garçon ne recevrait d'aide de sa part. Ils étaient d'ailleurs si concentrés qu'elle les aurait certainement distrait. Elle ne voulait pas gâcher un silence si reposant. Chacun s'appliquait pour ne pas penser, et aussi inefficaces qu'ils étaient l'un et l'autre, pas une fois ils ne se gênèrent. Quand leur professeur, dans un accès de compassion, les congédia, ils s'en furent dans leurs salles communes respectives sans demander leur reste et furent on ne peut plus heureux de retrouver leurs devoirs de Potions et leurs exercices de Sortilèges.

La retenue du lendemain se passa de la même façon, si ce n'est que la méthode commençait à venir, et qu'ils s'habituaient à travailler ensemble. McGonagall était satisfaite de leurs efforts, ainsi que de leur nouvelle attitude en cours.

Le quatrième soir, elle les arrêta en plein milieu.

- Messieurs Weasley et Malefoy, approchez. J'aurais besoin de rejoindre un membre du ministère de la Magie pour régler une question qui ne vous concerne pas. Je pourrais très bien reporter d'un soir votre retenue, mais je vais plutôt vous laisser vous occuper de la salle. Si à mon retour elle est moins propre qu'hier soir quand vos l'avez quittée, je prolonge votre retenue d'une semaine. Si je fais bien de vous faire confiance, disons que je vous fait grâce des trois prochains jours : votre retenue sera terminée.

Ron eut la présence d'esprit de ne pas prononcer à voix haute le « Déjà ? » qui lui était immédiatement venu à l'esprit. Leur professeur se retourna juste avant de sortir, leur lançant un regard qui signifiait très clairement « n'essayez même pas », pour la forme : elle n'avait pas pour habitude d'accorder aveuglément sa confiance.
Et ils se retrouvèrent seuls.

Ils reprirent leurs corvées là où ils les avaient laissées, l'atmosphère était légèrement différente des autres fois. Ron pensa que s'ils n'avaient pas la mauvaise idée de se mettre à parler, ce serait un moment très agréable.

- Weasley ?

C'eut été trop beau. Ron attendit que la suite vienne.

- ... J'accepte tes excuses.

Ron sourit, ce qui aurait dû être suffisant, mais l'autre ne semblait pas de cet avis, et, tout en s'acharnant sur une armoire qu'il allait finir pas polir s'il continuait de la sorte, il poursuivit d'un ton agacé, ce qui n'était pas forcément la faute de Ron.

- Je sais bien que les Gryffondor ont cette tendance des paris débiles, reprit-il sans le regarder, personnellement je trouve cela complètement stupide, immature, inconscient et stupide. Mais vous êtes comme ça, alors ce n'est pas bien grave. Enfin si ! Bien sûr que c'est grave ! Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut rien y faire, donc n'étant pas stupide moi-même, je ne vais pas continuer à m'énerver pour ça... Qui c'était ? Finnigan ? Potter ?

- Cétait Seamus, oui. Comment tu peux comprendre ça ?

- Tu écoutes quand je parle ? Je viens de dire que je n'étais pas stupide ! Franchement, Weasley, si tu m'avais embrassé pour mes beaux yeux, ça se serait passé différemment !

Se rendant compte qu'il venait de mettre des mots sur ce qu'ils n'avaient pas oser nommer pendant près d'un mois, Drago perdit un peu de son assurance. Cela suffit pour les faire taire pendant plusieurs minutes, où l'on n'entendit rien d'autre que les bruissements du balai. Mais c'était un silence gêné, et gênant. L'un ou l'autre allait bientôt recommencer à parler. Le tout était de savoir lequel.

- Désolé de t'avoir frappé.

- Je crois que je le méritait, répondit Ron en riant. C'est comme ça depuis que je suis né, on me dit quelque chose, et je me sens obligé d'y répondre. J'ai pas vraiment envie de me mettre en avant, mais si une personne met en doute ma valeur, je ne peux plus réfléchir, il faut que je lui prouve...

Il fit à Drago le récit de son enfance, et Drago l'écouta. Il ne semblait pas plus intéressé que ça, mais assez curieux pour ne pas l'interrompre. En vérité, il se reconnaissait dans ce qu'il entendait. Bien sûr, il n'était pas le sixième garçon de la famille, et lui avait toujours eut énormément d'espace pour développer son ego, mais ce sentiment que rien n'était jamais gagné, qu'il pouvait perdre sa place au profit d'un petit héros comme Potter à tout moment, qu'il devait prouver qu'il méritait ce qu'il avait, c'était lui. Sauf que lui, il réagissait en se comportant en seigneur ; il n'était pas à Serpentard pour rien, après tout, ce n'était un secret pour personne. Ce temps était révolu, de toute manière. C'est donc avec une oreille plus qu'attentive qu'il écoutait Ron, et il avait l'impression de savoir à l'avance ce que le Gryffondor allait lui raconter. Ron n'était pas prévisible : c'est lui qui comprenait. Mais ça, il ne l'aurait jamais avoué, même pour tout l'or de Gringotts. Quoique.

- J'étais le petit dernier, mais après moi il y avait Ginny, ma seule particularité pour eux c'était que je faisais tout ce qu'on me disait de faire, et à force de faire des bêtises comme ça, on me prenait pour un abruti. C'est sûr qu'on a plus de mal à se sentir important...

« Je sais. »

- Ma mère considère Harry comme un fils, elle aurait bien fait l'échange...

« Je sais. »

- Bah, de toute façon c'est presque un frère, alors... Ce n'est même pas la faute de Harry. Je ne peux pas m'empêcher de me comparer à lui, c'est tout. Ça a été le Survivant, puis le Champion, l'Elu, et maintenant le Vainqueur. Oh, je me suis amélioré depuis...

« Je sais. »

- Hermione aussi me prend pour un idiot, parfois. Je crois que je préfère quand elle me frappe ou qu'elle m'envoie des canaris dans la figure. C'est toujours mieux que de faire quelque chose de bien et de s'entendre dire « tiens, toi, tu es capable de faire ça ? », comme si c'était étonnant.

« Je sais. »

- C'est probablement pour ça que ça n'a pas marché entre nous.

« Je... Pardon ? »

Et Ron parlait, pendant qu'ils continuaient leur nettoyage. Drago était très agacé : à chaque fois que Ron se plaignait d'un de ses amis, il se sentait obligé de vanter ensuite ses qualités. Mais il ne l'interrompait pas, un peu effrayé, sans doute, par ce que cela pourrait donner. Un Malefoy qui tombe d'accord avec un Weasley, qui lui souhaite de gagner en assurance, qui n'est pas loin de le réconforter... La Terre s'arrêterait sans doute de tourner. Et toujours revenaient ces petits sursaut d'orgueil, cette fierté soit-disant familiale... « Un Weasley est capable de... » Pour Drago, un Weasley était capable de tout. Y compris de surprendre, agréablement.

- Je m'en suis servi, parfois, continua Ron. Quand j'avais peur, mais qu'il fallait bouger quand même, j'imaginais que quelqu'un me provoquait comme ça. « même pas cap' de suivre Harry par la trappe sous le chien à trois tête. », « même pas cap' de te sacrifier pour gagner la partie d'échec de McGonagall », « même pas cap' d'accompagner Harry dans la forêt interdite pour aller voir des araignées géantes » -te moque pas de moi : oui, j'ai une peur panique des araignées, tu le sais déjà, non ? depuis le cours de Lupin avec l'épouvantard- « même pas cap' de me mettre entre Harry et Sirius Black pour le protéger ». « Même pas cap' de suivre Harry pour trouver les Horcruxes » Je n'avais plus besoin de réfléchir, j'entendais ça dans ma tête et j'arrivais à bouger...

Drago avait écouté Ron en silence. C'était déjà un record. Il ne fallait pas trop lui en demander.

- Et c'est comme ça que tu es devenu un héros multi-récidiviste. Tu entendais qui ? Ton maître Potter qui te rabaissait ? Ou bien la voix de ta chère (il appuya bien sur ce mot) Granger qui te faisais remarquer que tu n'étais pas à la hauteur ? Et en imaginant leur voix tu accourrais comme un chien obéissant pour les protéger ?

Ron s'assombrit. Ce n'est jamais agréable de s'entendre rappeler certaines vérités. Surtout quand celui qui les énonçait était un petit Serpentard méprisant. Dans ce cas précis, pourtant, Malefoy avait tort.

- Non, ce n'était pas Harry ou Hermione.

Comme Drago ne disait rien, Ron considéra qu'il pouvait continuer.

- J'entendais mes frères, souvent. Et puis aussi... toi.

Un silence pesant s'installa soudain. Il dura.

- Bah, c'est vrai ! finit par ajouter Ron dans l'embarras. Tu m'énerves tellement, c'est le moyen le plus efficace de me faire réagir !
- Trop lent Weasley, répondit Drago.
- Je voulais juste t'expliquer...
- Ne t'enfonce pas plus, Weasmoche, tu vas encore te rendre ridicule. Même si ça ne devrait pas te faire grand chose. Après tout t'as l'habitude.

Drago s'était levé pendant qu'il parlait, et il quitta la salle avec autant de détachement qu'il lui avait assené ces paroles.

Revenu à la salle commune de Gryffondor, Ron ne laissa choir dans un des fauteuils. Il soupira de contentement en sentant son corps s'enfoncer un peu plus dans les coussins. Il ferma les yeux. S'il avait été un tout petit peu plus courageux, il aurait grimpé les quelques marches jusqu'à son dortoir et se serait couché directement. Mais la force et l'envie lui manquaient, il remit l'effort à plus tard.

- Ron !

C'était Hermione, suivie de Harry. Ron se demanda ce qui se passerait s'il faisait semblant de dormir, mais se ravisa ; mieux valait éviter les ennuis.

- Ça va, après cette retenue ? demanda Hermione pleine de sollicitude. Je sais que c'est difficile de rester seul avec Malefoy. Enfin, tu aurais dû être attentif en classe...
- De toute façon, il ne te reste plus que trois jours, pas vrai ? dit Harry pour relativiser.
- Non, annonça Ron d'une voix fatigué. McGonagall est contente de nous, elle a annulé les prochaines retenues.
- Mais c'est super ! s'exclama Hermione sans même le regarder. Tu n'aura plus à rester avec Malefoy !

Alors que ses amis se demandaient déjà comment ils allaient fêter l'évènement, Ron se cala un peu plus profondément dans son fauteuil, essayant de leur faire comprendre qu'il voulait se reposer, mais ils ne le voyaient pas. Harry voulait que Ron les suive dans leur délire.

- Raconte, Ron ! Dis nous comment Malefoy s'y prend pour passer le balai !

Et Harry singea Malefoy dans leur première année, l'épisode de la forêt interdite, en prenant une voix traînante et plaintive. « C'est le travail des domestiques ! » Ron devait reconnaître qu'il l'imitait bien, c'était énervant.

- C'est bon, Harry ! Moi aussi c'était la première fois que je passais le balai.
- Arrête de tout prendre pour toi, le gronda Hermione. Harry parle de Malefoy, là. Je pensais que tu avais au moins le sens de l'humour.
- Mais ce n'est pas drôle, ça !

Harry prit le parti d'observer le plafond. Hermione devînt plus sèche, comme en quatrième année à propos de ce stupide bal de Noël. Comme à chaque fois que Ron faisait quelque chose qui lui déplaisait.

- Jusqu'ici tu étais le premier à te moquer de lui ouvertement ! Qui croyait qu'il était l'héritier de Serpentard ? Qui riait aux éclats quand il s'est fait attaquer par Buck ? Quand il a avalé des pastilles de gerbe ? Quand...
- C'est bon, Hermione, je sais ! S'écria Ron, déjà exaspéré. C'est vrai, je me suis toujours foutu de lui. Peut-être que j'avais tort.

Hermione ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à dire. Ron chassa l'idée inconvenante qu'elle ressemblait à une carpe ainsi, muette, pour changer. Il souhaita à ses amis une bonne nuit, cordial quoiqu'un peu froid, et monta se coucher.

Bien sûr, il s'était moqué de Malefoy. Il l'avait trouvé ridicule, imbu de lui-même, méprisant, méprisable. Mais en repensant à la soirée dans la salle de Métamorphose, il se sentit pitoyable. Il le trouvait ignoble, il ne valait pas mieux. Ron se retourna d'un geste rageur dans son lit : bien sûr qu'il valait mieux ! Ça ne se voyait pas, c'est tout. Mais ça allait changer. Il allait montrer à Malefoy qu'il était bien plus ouvert d'esprit, et plus sympathique, et aussi plus mature que lui. Terminées, les querelles familiales, le conflit Gryffondor-Serpentard, la loi du Talion. Ron Weasley n'y accorderait plus aucune importance.

Il se fit le défenseur de la cause malfoyenne auprès de ses amis. Hermione, d'abord trop surprise par ce changement, se rangea du côté de Ron après quelques « mais, Hermoine, bon sang, il n'avait pas le choix ! ». La jeune fille se livrait désormais à de longs discours sur la responsabilité et ses limites, afin de décider à quel point Malefoy était innocent. Harry, lui, n'avait que fort peu changé depuis sa sixième année et son « Je vous avait bien dit que Malefoy était un Mangemort ». Il ne voulait rien entendre, malgré les tentatives de ses deux amis pour lui faire entendre qu'il fallait tourner la page.

- Il n'a commis aucun crime en tant que Mangemort, tempérait Ron. Il n'a pas tué Dumbledore et il était enfermé dans les cachots pendant la bataille de Poudlard. Il a refusé de te reconnaître quand on s'est fait capturer...
- Il a failli t'empoisonner, Ron ! Il a fait entrer les autres à Poudlard, il était avec eux !
- Pourquoi lui as-tu sauvé la vie, alors ? répliquait Hermione. C'est facile pour nous de savoir où sont le Bien et le Mal, mais Malefoy avait... Les parents qu'il avait. C'est son éducation qui l'a poussé à entrer dans leurs rangs.
- Et Sirius, il n'était pas dans le même cas peut-être ?
- Je ne dis pas que Malefoy est quelqu'un de bien, expliquait Hermione avec patience, mais il faut prendre en compte le fait qu'il n'a rien fait de criminel.
- Mais Hermione, tu as oublié ce qu'on a vécu l'an dernier ou quoi ?

Et Harry quittait la salle, incompris. Ron ne se contenta pas de ses meileurs amis. À chaque occasion il reprenait ses camarades sur ce point. Beaucoup s'en étonnaient, mais il n'y prêtait aucune attention. L'important était que Malefoy n'aurait plus jamais l'occasion de l'appeler « Weasmoche ».

Une semaine plus tard, la rumeur selon laquelle Ron Weasley prenait la défense des fils de Mangemorts avaient fait plusieurs fois le tour du château. À la fin des cours, Ron repéra Drago au fond du couloir, et le salua joyeusement.

Il regarda avec un certain étonnement Drago qui fonçait vers lui, le regard brûlant de colère et de ressentiment. Il ne pensait pas le trouver dans cet état. Il ne comprenait pas. Et il était un peu déçu, il fallait l'avouer.

- Pour qui tu te prends, Weasley ?

Il y avait de l'amertume dans la voix retenue. Ron voulut répondre quelque chose, exprimer sa surprise. Il n'en eut pas le temps.

- Tu te crois supérieur, c'est ça ? continuait Drago, de sa voix traînante et implacable. Tu penses que ton statut de vainqueur te permet de me rabaisser comme ça ? Tu crois que tu peux m'humilier ? Et bien tu te trompes lourdement.

Ron ouvrit la bouche, Drago imagina sa réponse à sa place.

- Ou bien c'est ton « côté Gryffondor », tu m'as pris en pitié ? Ou encore ta loyauté à la Weasley ? Tu crois que tu peux parler de moi ? Mais qu'est-ce que tu sais de moi, Ronald Weasley ?

Ron n'essayait même plus de parler. Entendre son nom entier le fit pâlir ; le mépris qu'il croyait sentir dans la voix de Drago, sans doute. Et l'autre continuait, peinant de plus en plus à réprimer sa rage.

- Tu ne sais rien de moi, Weasley ! Ne joue pas au saint qui comprend la douleur d'un pauvre petit fils de Mangemort ! Tu ne sais pas ce que c'est, de les voir, de voir ce qu'ils font, d'être obligé de regarder ! La douleur de la marque qui s'imprime dans ton bras, la première fois, puis la suivante, et à chaque fois qu'il t'appelle ! Tu ne sais pas ce que ça fait, devoir tuer de sang froid ! Dis-moi Wealsey, as-tu déjà senti que tout ce que tu croyais, ceux en qui tu croyais, tout ton univers, tout ça remis en cause, tout ça qui s'effondre en une seconde, simplement parce que tu ne peux pas le faire ? Le déshonneur, l'humiliation, tous les autres qui rient, ton propre père qui ne daigne même pas baisser les yeux vers toi, et toi, tu aurais fait n'importe quoi, tu te serais damné pour lui, même après avoir perdu confiance, quand tu commences à penser que peut-être il n'en vaux pas la peine ! Tu ne sais rien de tout ça, Ron, tu ne peux même pas imaginer ! Mais non ! Toi tu prends le pauvre petit Malefoy en pitié, ta pitié pourrie de celui qui ne comprend rien. Mais je n'en veux pas ! On n'a pas tous les mêmes choix, on est jamais entièrement libre, Weasley ! Ça ne nous empêche pas d'être des lâches ! Ça te plait de me regarder de haut ? Oui, j'imagine que la comparaison doit faire enfler ton ego meurtri ! Mais moi, je dois recommencer depuis le début, alors je t'interdit d'avoir pitié de moi, Ron !

Drago s'arrêta net, presque effrayé par ses propres paroles. Il n'était plus vraiment certain de se souvenir de ce qu'il avait dit, d'ailleurs. Ron le regardait comme s'il le voyait pour la première fois, avec dans les yeux cette lueur d'horreur qui s'allume quand on se retrouve face à une vérité qu'on aurait préféré ignorer. Drago le dévisagea, son être tout entier était tendu dans l'attente de la réaction de l'autre. « Ose te moquer de moi après ça » Il le pensait si fort qu'on aurait pu l'entendre. Mais Ron ne répondait pas à ce genre de provocation. Il cherchait ses mots. Il cherchait à comprendre ce qui se passait, simplement.

- Désolé, fut son premier réflexe, je ne voulais pas... je ne pensais pas...

Drago lui signifia d'un regard assassin qu'effectivement, il ne pensait pas. Ron ne s'en trouva que plus confus.

- Je... Je n'ai pas dit ça pour... Je voulais juste...
- Tu voulais QUOI ? demanda Drago, à qui l'impatience avait rendu la parole, sortant Ron de sa confusion par la même occasion.
- Je voulais te montrer que j'étais capable d'être au-dessus de tout ça. Capable de passer à autre chose. De ne pas garder de rancœur au sujet de la guerre, de tout ce qui s'était passé avant. Je voulais être à la hauteur de ce qui m'arrivait.

Ron avait parlé calmement, mesurant chacun des mots qu'il prononçait. Il défiait Drago à son tour, mais le jeune homme ne voulait pas répondre. Pas à ça. Il préféra prendre la fuite et laissa Ron au milieu du couloir, ce qui commençait à devenir une habitude.

On ne vit pas Drago au repas. Il s'était effondré dans un coin du cachot, en proie à ses démons. Dans l'urgence du quotidien, les cours, les examens, il avait presque oublié ce que la guerre lui avait fait. Mais à ce moment précis, ni ses devoirs, ni les ASPIC ni même ses jambes ne pouvaient le porter. Son père, parce qu'il continuerait de l'appeler son père quoi qu'il puisse arriver, était en prison. Lui n'était en liberté que le temps de finir ses études, sans rien savoir de ce qui l'attendait dehors. Sa mère ne serait pas enfermée, avec de la chance, et vivrait dans la honte, dans un monde où leurs valeurs étaient criminelles. Il se senti seul, plus seul encore que dans le bureau de Dumbledore, quand Rogue n'était pas encore arrivé pour tuer le vieillard à sa place. Il n'avait plus aucun repère, le vide l'oppressait en dedans, pesait sur sa poitrine. Et cette amertume dans la bouche, d'un début de nausée qui reste sans délivrance. Il avait l'impression qu'il ne bougerait plus jamais, à moins que quelqu'un vienne le chercher. « Ron, se surprit-il à penser, Ron viendrait peut-être, il arriverait sûrement à me relever. Encore faudrait-il qu'il sache où me trouver... »

Personne ne passa dans ce couloir. Pour tous, Malefoy resterait Malefoy. L'idée n'avait plus grand chose de réconfortant. Mais bon, les apparences, c'est déjà quelque chose.

Ron ne lui adressa plus la parole ensuite. C'était trop gros. C'était trop grand pour lui. Il se sentait tellement idiot, tellement ridicule, pour changer. Encore une tentative qui tombait à l'eau. Il n'avait toujours rien compris. Si, une chose, tout de même. Il croyait avoir compris ça, au moins commençait-il à comprendre. Alors il ne parlait plus à Drago. Il attendait aussi simplement, aussi sereinement que possible, et sans parler, sans l'approcher. Seulement des regards.

Il le fixa souvent, d'abord, détournant les yeux avec un air d'excuse quand il se faisait prendre sur le fait. Drago détestait ça. Il réprimait son agacement, affichait un détachement sans faille. Ron ne devait surtout pas en savoir plus que ce qu'il avait vu. Drago aurait bien aimé oublier qu'il avait vu, cet imbécile le lui rappelait tous les jours. Il y avait pourtant d'autres bras cassés dont il fallait s'occuper, il ne comprenait donc jamais rien ? Mais Drago finit par s'y faire, renonça à l'espoir d'être enfin tranquille, ce qui lui parut bien suffisant sur le moment. Il ne décida d'agir que quand il comprit qu'il attendait. Il attendait que Ron remarque sa présence, que son visage change, une moue affreusement compatissante ou un sourire particulièrement stupide. Il pouvait alors s'énerver intérieurement, en toute impunité. Mais ce n'était qu'un simple pis-aller. Il fallait que tout ça s'arrête, et qu'il retrouve un quotidien normal, qui ne serait pas parasité continuellement par ces jeux idiots.

L'après-midi était bien avancée quand il croisa Ron dans le hall d'entrée. C'était bien une idée de Weasley de sortir profiter du soleil, imbécile. Ron lui adressa un sourire tout simple, auquel il décida de répondre, d'un regard lourd de mépris et d'un signe de tête expéditif. Il l'emmena dans une salle vide. La porte s'était déjà refermée derrière eux avant qu'il ne pense à ce qu'il allait faire. Et cet idiot qui attendait avec une curiosité patiente et désintéressée, imbécile, stupide. La solution apparut dans un éclair.

- J'ai réfléchi Weasley. Si on veut arrêter de se prendre le tête avec cette histoire, il faut que je me venge.

Il s'approcha du jeune homme et l'embrassa. Voilà. Un partout. Pour l'humiliation publique, on repasserait, mais il ne fallait pas trop en demander non plus. Drago, tout fier d'avoir pour ainsi dire cloué le bec de Weasley, attendit un peu, savourant sa victoire. Mais les secondes passaient, et Ron ne semblait pas même essayer de se dégager. Il commença d'ouvrir la bouche, ce qui inquiéta un peu Drago. Pas très longtemps.

Bientôt Ron abandonnait sa timidité et s'accrochait à Drago de toutes ses forces, lui rendant son baiser avec fougue et maladresse ; Drago serrait le jeune homme au point de leur faire mal à tous les deux, comme si l'étreinte ne suffisait plus, comme s'il fallait qu'ils se fondent l'un en l'autre jusqu'à ne former qu'une seule et unique entité. Leurs bouches se séparaient parfois : un mouvement trop brusque, mais elle se retrouvaient immanquablement, pour ne pas perdre ce contact vital. Ils avaient fermé les yeux et le temps semblait s'être arrêté.

La réalité se rappela à eux tout aussi brutalement. Drago s'immobilisa et se détacha très calmement. Ron rougit jusqu'à la racine des cheveux, n'osant plus faire un mouvement. Malefoy lui tournait le dos. Il paraissait perplexe quoique très posé.

« Ça ne devait pas se passer comme ça, pensait-il. Ça devait être humiliant. Il n'était pas sensé répondre comme ça. Et je n'étais pas sensé en éprouver du plaisir. Encore moins à ce point-là... Et maintenant je ne suis pas sensé vouloir recommencer, ni avoir envie d'enfouir mon visage dans son cou... »

Ron, toujours incapable de parler, s'affolait d'autant plus qu'en face de lui, Drago reprit le fil de ses pensées à voix haute :

- C'est à cause du baiser à la grande salle (Ron murmura un « cestpasmoicestlafauteàseamus » embarrassé), c'est ça qui a tout commencé, avec les retenues qui ont suivies, ça nous a donné malgré nous une impression de proximité...

Pendant que Malefoy reconstituait la machine infernale qui les avait conduits à cette situation, Ron se reprenait peu à peu. Il sentit une vive amertume en l'entendant rejeter toute la responsabilité sur le hasard des évènements. Mais Drago finit -enfin- par se taire. Il paraissait extrêmement concentré... et mécontent. Il regardait dans le vague, les sourcils froncés, et ne tenait pas en place. Ron eut l'envie fulgurante de le frapper, ne serait-ce que pour lui rappeler sa présence. Il eut à se maîtriser quelque temps, puis Drago se détendit, balayant son trouble d'un haussement de sourcil typiquement malfoyen. Il formula la chose à voix haute, toujours comme s'il parlait tout seul, d'un ton badin, énervant au possible.

- Enfin... Inutile de se voiler la face. L' idée me dégoûte affreusement, mais il y a quelque chose entre nous, et qu'importe la façon dont c'est arrivé, maintenant que c'est là, trop tard pour avoir des remords, tant pis pour moi...

Les pulsions violentes de Ron l'assaillirent de nouveau, ce n'était pas une façon de se déclarer, bon sang ! Mais en même temps il ne pouvait réprimer un sourire en le voyant soliloquer ainsi sur ce qui somme toute étaient bien des sentiments. Le blond se tourna enfin vers Ron, qui abandonna ses pensées meurtrières à l'instant même où les yeux gris croisaient les siens.

- Dis-moi Weasley, puisqu'il apparaît clairement que je suis (mine de dégoût) tombé... amoureux de... toi (Ron roula des yeux) et que, de toute évidence, c'est de ta faute... Assumeras-tu les conséquences de tes actes ?

Ron leva les yeux au ciel. Heureusement que lui ne faisait pas tant de manières. Il rejoignit Drago, le prenant par la taille, le blond fit mine de résister, tentative immédiatement démentie par le sourire amusé qu'il affichait. Ron approcha son visage jusqu'à ce que ses lèvres frôlent les siennes et murmura :

- C'est un défi ?
- Je parie que tu n'en es pas capable.

Ron rit doucement.

- Il ne faut jamais parier contre un Weasley...

Et il embrassa Drago Malefoy pour la troisième fois.
Note de fin de chapitre :

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