S'identifier | | Identifiants perdus | S'enregistrer |
Lien Facebook

En savoir plus sur cette bannière

News

Programme de juillet des Aspics


Bonsoir à toustes !

Un peu de lecture pour vous accompagner en cette période estivale... Vous avez jusqu'au 31 juillet pour, d'une part, voter pour le thème de la prochaine sélection ici et, d'autre part, lire les textes de la sélection "Romance" du deuxième trimestre 2024, et voter ici !

Les sélections sont l'occasion de moments d'échange, n'hésitez pas à nous dire ce que vous en avez pensé sur le forum ou directement en reviews auprès des auteurices !


De L'Equipe des Podiums le 11/07/2024 22:30


Assemblée Générale 2024


Bonjour à toustes,

L'assemblée générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé est présentement ouverte sur le forum et ce jusqu'à vendredi prochain, le 21 juin 2024, à 19h.

Venez lire, échanger et voter (pour les adhérents) pour l'avenir de l'association.

Bonne AG !
De Conseil d'Administration le 14/06/2024 19:04


Sélection Romance !


Bonsoir à toustes,

Comme vous l'avez peut-être déjà constaté, sur notre page d'accueil s'affichent désormais des textes nous présentant des tranches de vie tout aussi romantiques ou romancées les uns que les autres ! Et oui, c'est la sélection Romance qui occupera le début de l'été, jusqu'au 31 juillet.

Nous vous encourageons vivement à (re)découvrir, lire et commenter cette sélection ! Avec une petite surprise pour les plus assidu.e.s d'entre vous...

Bien sûr, vous pouvez voter, ça se passe ici !


De Jury des Aspics le 12/06/2024 22:31


145e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 145e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Vendredi 14 juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
À très bientôt !


 


De L'équipe des nuits le 12/06/2024 12:33


Maintenance des serveurs


Attention, deux interventions techniques prévues par notre hébergeur peuvent impacter votre utilisation de nos sites les 28 mai et 4 juin, de 20h à minuit ! Pas d'inquiétudes à avoir si vous remarquez des coupures ponctuelles sur ces plages horaires, promis ce ne sont pas de vilains gremlins qui grignotent nos câbles ;)

De Conseil d'Administration le 26/05/2024 18:10


144e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 144e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Samedi 18 mai à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits et à vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De L'équipe des Nuits le 12/05/2024 11:00


Au-delà du silence par Josy57

[12 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Cette fanfiction a originellement été postée en 2012, sous la forme d'un OS.
En 2023, le texte a été mis à jour et étendu, en un texte à trois chapitres.


• Cette fic' appartient à la même temporalité que 'Département V'. Un certains nombres d'échos et d'allusions relient les deux textes, mais il n'est pas nécessaire d'avoir lu un texte pour comprendre l'autre. 'Au-delà du silence' est un Bellamort vu de l'intérieur, 'Département V', vu de l'extérieur.

• Pour cette fanfiction, j'ai décidé de tenter l'expérience d'en créer une version audio (le lien est disponible dans la note d'introduction de chaque chapitre). J'ai toujours été une grande amatrice d'audiolivres et je me dis qu'il y a sans doute d'autres personnes ici qui aiment écouter des histoires en faisant autre chose. Vu le titre de cette fic, j'ai pensé que c'était l'occasion où jamais d'essayer d'aller au-delà du silence du texte.

• La version originale de ce texte, en 2012, était dédiée à Jessie Anderson et GinnyW, qui avaient écrit un article à mon sujet dans le journal d'HPF de l'époque, La Plume à Papote. Dans cet article, elles avaient notamment exprimé l'espoir que je continue à écrire (j'étais à ce moment là au lycée, et commençais déjà à me faire un peu moins présente sur HPF). J'ai depuis eu plusieurs cycles d'éloignement et de retour (au gré de mon parcours universitaire et professionnel). Mais, preuve en est ce texte, prolongé onze ans après sa publication initiale, je n'ai en effet jamais arrêté d'écrire. Il me semble que ni Jessie Anderson, ni GinnyW ne sont encore actives sur le site, mais ce texte leur est bien sûr toujours dédié.

• J'ai aussi une pensée pour Dunne, beta du texte de 2012, qui avait été un de mes immenses coups de cœur de lectrice dès son inscription sur le site. Elle non plus, il me semble, n'est plus sur HPF depuis un moment, mais je garde des souvenirs émus de sa bienveillance, de ses conseils et de ses talents d'écriture.

[Oui, j'ai conscience que cette note d'auteur ressemble à un discours d'acceptation de je-ne-sais quel prix, mais que voulez-vous, je suis émue de ce re-retour sur HPF, c'est un lieu qui, après tout, m'a vu grandir par intermittence.]


Bonne lecture !
Note de chapitre:

Cette fanfiction est disponible en format audio.
Audio du chapitre 1: https://youtu.be/7ZRSfJ9l2Fk




TW:
• relation toxique: c'est du Bellamort, donc on n'est pas sur le modèle de relation la plus saine qui soit.
• violence : des actes de torture (magique et psychologique, pas de gore) ainsi qu'un meurtre sont décrits
Novembre 1976

Ce n’était pas grand-chose, juste une route, un petit morceau de béton défoncé quelque part dans la campagne anglaise. Le craquement sonore du sortilège avait tant perturbé le silence, qu’il semblait encore y résonner. Bellatrix se tenait là, au beau milieu de la route, contemplant les alentours. La première fois qu’elle était venue ici, c’était lui qui l’avait amenée, par une grise matinée de septembre, les champs encore jaunis par le soleil brûlant des semaines passées. Puis, ponctuellement, elle l’avait retrouvée pour lui faire son rapport. Il avait choisi un endroit banal, sans repères, ni lien avec aucun d’eux. Ainsi, même si quelqu’un suivait la trace laissée par la transplanation, cela ne le mènerait pas à grand-chose.

Elle quitta la route, bifurquant sur un chemin de terre que l’on ne devinait que par la travée sinueuse qu’il creusait dans les herbes hautes. Tandis qu’elle marchait, elle sentait son pouls changer d’allure. Pendant toutes les semaines qu’avait duré la traque, jamais il ne l’avait trahi, calme et consciencieux, battant toujours le même rythme, constant et efficace. La plupart des autres, eux, se montraient soucieux au cours des missions. Pas elle. Lorsqu’elle était seule face à un problème, tout en elle se faisait paisible. Elle avançait, ses sens en alerte, avec la grâce d’un funambule. Elle pouvait sentir autour d’elle, dans le silence, tous les dangers, toutes les conjectures, tous les fils tirés pour la faire trébucher. Mais, surtout, elle voyait la droite ligne à suivre. Elle se faisait alors si méticuleuse, si concentrée, qu’elle semblait même agir à son propre insu, sans pensée, tel le musicien qui se laisse aller à la synchronie hypnotisante qui guide ses doigts et fait jaillir les notes. Dans ces moments n’existait plus rien que l’objectif à accomplir et le regard de son maître qui la suivait toujours, où qu’elle soit.

Mais, à présent que la mission était achevée, elle sentait son cœur battre d’un trouble familier. Elle se savait attendue.

Tout autour, les herbes luisantes s’agitaient au gré du vent et les graminées humides glissaient sur elle, laissant sur sa robe et sa cape leurs traînées de rosée. Il y avait, non loin, les ruines d’un ancien moulin communal. Elle ne pouvait en discerner la forme dans la pénombre et peut-être la petite colline sur laquelle il s’était dressé était-elle de l’autre côté du bois, sur un autre chemin. Elle se rappelait leur dernière entrevue, en octobre, à l’ombre dévorée de ces décombres. C’était devenu un rituel, ces rencontres avec lui, au milieu de nulle part. Une question de prudence, avant tout, bien sûr. La consigne, au sortir d’une mission, était de ne jamais rentrer directement, de s’assurer que l’on n’est pas suivi, que l’on ne ramène avec soi aucun sortilège mouchard. Mais était-ce seulement cela ? Pour les autres, fixait-il lui-même les lieux où aller dissiper sa trace ? Les autres, venait-il les y attendre ?

Le ciel était encore sombre au-dessus de Bellatrix, mais le jour poindrait bientôt, baignant déjà la frondaison des arbres d’une lueur blafarde. Elle fit encore quelques pas, longeant un champ en jachère bordé par la forêt, puis s’arrêta. Elle sentait sa présence, toute proche. Elle scruta un moment l’orée du bois avant de voir sa silhouette se détacher de l’enchevêtrement de troncs et de feuillages.

Cela faisait des années qu’elle le servait et plus longtemps encore que cette silhouette-ci rôdait à la périphérie de son existence, reconnaissable entre toutes. Elle était la seule femme dans ses rangs, parmi les plus fidèles, ceux qui portaient la marque. Cela lui avait valu des regards emplis de doute et de mépris, bien sûr. Mais cela n’avait pas duré. Elle avait beau être jeune, elle rivalisait avec les plus aguerris de ces hommes. Ils avaient appris à la respecter, à la craindre aussi. Pas seulement pour ses aptitudes, non, mais également pour sa proximité avec le Seigneur des Ténèbres. Elle lui était plus dévouée que tout autre et il le savait, n’hésitant pas à l’utiliser comme exemple lorsqu’il s’agissait de reprocher à un autre disciple une performance décevante. Ils pouvaient bien la dévisager, la haïr, la jalouser, mais, à cette place de favorite, ils la savaient intouchable.

Lorsqu’elle l’eut rejoint, elle retira son capuchon et découvrit son visage pâle et ses cheveux mouillés. Il pleuvait à Londres, d’une bruine fine et froide, comme des embruns de mer. Bellatrix aurait aimé que le voile d’intempéries l’accompagne ici, que ses mille bruits légers emplissent le silence qui se dressait entre eux.

C’était une entrevue moins délicate que les précédentes. Elle n’aurait pas, comme elle l’avait fait au pied du moulin, à implorer sa patience, à promettre que les résultats ne tarderaient plus, que cette piste-ci, elle en était certaine, mènerait à bon port. Mais, d’expérience, elle savait bien qu’il fallait rester sur ses gardes, même lorsque les nouvelles que l’on apporte sont bonnes. Il existait tant de façons de décevoir.

Le mage noir tira sa baguette d’un revers de sa cape et, sans un mot, la brandit droit vers Bellatrix. Il la balaya lentement des pieds à la tête, tenant la pointe illuminée d’un halo d’argent toute proche, à bout touchant. Puis, il hocha la tête.

- Bien. Je suppose que, si tu m’as appelé, c’est que tu as du nouveau.

- Oui, Maître. Malfrey est mort.

La nouvelle lui arracha un sourire et il posa ses mains sur ses épaules, comme il l’avait fait deux mois auparavant en lui confiant cette mission. Traquer un ancien auror avec l’expérience de Malfrey n’était pas chose aisée, néanmoins, Bellatrix s’y était attelée en solitaire. « Tout autre t’encombrerait et, pour ceci, j’ai besoin de tout ton talent ». Ses doigts s’enfonçant dans ses bras pour lui intimer toute l’importance de cette tâche, tout le poids de cette confiance. Et, à chaque rendez-vous où elle devait lui dire que Malfrey lui avait échappé, l’étau s’était resserré. Mais les mains, à présent, étaient presque caressantes.

- Allons, marchons et raconte-moi.

Et ils avaient marché, tandis qu’il laissait, comme par inadvertance, un bras autour de ses épaules. Elle lui décrivit les nombreuses caches qu’elle avait cherchées, les fausses pistes et les pièges dont le sorcier avait jonché chaque lieu où elle avait retracé sa présence. Malfrey se savait traqué et sans doute avait-il compris, après quelques semaines, après que chaque contact qui lui avait ouvert sa porte ait connu le même sort, que lui-même n’en réchapperait pas. Ce désespoir l’avait rendu dangereux, prêt à tout. Il avait envoyé ses documents au Ministère, quand bien même cela lui aurait valu d’être condamné pour trahison. Heureusement pour sa veuve, qu’une telle disgrâce aurait privée de pension, le courrier avait été intercepté par le jeune Wardner, dont le père n’avait été que trop content de se rendre utile à son maître. Comme Bellatrix avait ri lorsque le visage de Malfrey, déjà luisant de sueur et de larmes, s’était drainé de toute couleur, quand il avait compris que tous ses efforts, tous ses sacrifices avaient été vains.

Elle détailla ensuite sa lente agonie, lorsqu’elle avait fini par le trouver, tapi comme un rat dans une planque souterraine. À l’évocation des suppliques et des cris, elle pouvait le voir, du coin de l’œil, ce mince sourire de satisfaction qui ne quittait pas ses lèvres. Cet homme avait voulu lui causer du tort, à lui, le Seigneur des Ténèbres, et elle lui avait bien rendu. Il avait tenté de se battre jusqu’à ce qu’elle le désarme. Tenté de fuir jusqu’à ce que ses jambes, privées de rotules, se dérobent sous lui. Lorsqu’il n’avait même plus été capable de ramper, elle s’était longuement entretenue avec lui. Elle n’avait nul besoin de le faire parler. Il n’avait rien à lui apprendre. Elle, par contre, avait une leçon à lui inculquer. Elle avait employé chaque méthode que son maître lui avait enseignée, elle s’était assurée que Malfrey ait le temps de regretter, qu’il ait le loisir de mesurer combien il avait été stupide, combien il était insignifiant face aux pouvoirs incommensurables du Seigneur des Ténèbres.
Si elle l’abreuvait ainsi de détails, c’est qu’elle savait qu’il y avait là, pour lui, une jouissance qui dépassait la seule soif de vengeance. Tout comme elle, il savait apprécier les nuances et les variations de la souffrance, la moduler, d’une rumeur sourde au creux des os à un vibrato strident, acide, à faire bouillir le sang. L’un comme l’autre avait connu et étudié la douleur dans ses plus obscures profondeurs, et savait parfaitement ce qu’ils offraient de supplice aux corps agonisants à leurs pieds. Bellatrix, elle, se rappelait son père et son regard que la fureur métamorphosait. Elle se souvenait de ses ongles plantés entre les fibres de bois du parquet et le goût de vomissure, de sang, de honte et de fureur que lui laissait chaque punition.

Lorsqu’elle tendait sa baguette et que, du bout des lèvres, elle murmurait ce mot, qu’elle en était venue à trouver joli, c’était tout cela qu’elle laissait affleurer. C’était cette noirceur qui s’abattait sur sa proie. Pendant tout le temps que durait la macabre danse du corps agité de sursauts, elle était libre. Libre de cette souffrance, que, pour quelques instants, elle n’avait plus à retenir. Et, chaque fois, c’était sa propre image que les pupilles éteintes des cadavres lui renvoyaient, son propre corps, abandonné sur le sol, prostré. C’était cela, cette terrible faiblesse, qui, chaque fois, mourait un peu avec eux. Cela qu’elle tuait. Elle se demanda un temps, ce que son maître, lui, pouvait voir, ce qui avait gravé en lui ce désir de destruction.

Et, bien sûr, il y avait également la souffrance que lui-même lui avait apprise. C’était le coût de la confiance, le prix de la proximité. Il n’était pas suffisant de jurer qu’on ne trahirait jamais, que rien ni personne ne pourrait faire parler ces lèvres scellées par la loyauté. Il fallait le prouver. Elle n’oublierait jamais la première fois qu’il l’avait mise en joue de sa baguette, le premier éclair comme une déchirure et la sensation si intense qu’elle n’avait pas de nom. Par la suite, pendant près d’une heure, elle avait dû rester assise, ses pupilles vides et dilatées, ne voyant rien d’autre qu’une blancheur aveugle. Il était demeuré à ses côtés, sa voix tournoyant autour d’elle dans ce néant sans contour, tandis qu’il parcourait la pièce, lentement, lui dispensant ses conseils. Comment se fermer à la douleur, ne pas la laisser entrer si profondément. Elle avait frémi lorsqu’elle avait senti son souffle sur elle et un doigt se poser juste en dessous de ses clavicules. « Il faut se creuser cet espace où rien ne peut t’atteindre, ni peur, ni douleur, ni doute, où tout cela passe sur toi, une sensation comme une autre. » Elle l’avait écouté lui décrire comment, à l’inverse, lorsqu’on se tenait de l’autre côté du sort, il fallait apprendre à rechercher les fêlures, à fracturer les défenses jusqu’à tenir ce cœur secret entre ses mains, à sa merci. Doucement, la tache pâle qui lui bloquait la vue s’était dissipée, mais cet aveuglement lui avait surtout ouvert les yeux. Elle n’avait jamais eu véritablement mal avant ce jour-là, jamais vu de magie, jamais vraiment contemplé le visage de cet homme. C’était cela, le pouvoir. Sans horizon, sans limite, à perte de vue. Bien au-delà de ce que Poudlard enseignait, au-delà de ce qu’aucun sorcier avant lui avait maîtrisé, au-delà de ce que ses disciples eux-mêmes pouvaient imaginer. Et c’était aussi le cadeau qu’il lui avait fait. D’être traversée ainsi par une douleur telle, si vive, si pure, si dévastatrice, et de s’en relever, d’apprendre à la connaître, à la comprendre, à la manier, cela avait fait d’elle une sorcière bien plus redoutable. De jour en jour, par ses sorts et ses mots, il l’avait façonnée à son image, à l’épreuve des flammes.



Ils traversèrent un petit pont de pierre qui enjambait un ruisseau, continuant leur route longtemps sans plus parler. Le silence était souvent une arme entre les mains du mage noir. Il savait le laisser s’installer, inconfortable, pesant, plein de menaces. Il fixait ceux qui l’avaient déçu de ce regard calme et impénétrable, sans un mot, suggérant qu’il savait par avance ce qu’on cherchait à lui cacher. Bellatrix avait vu des hommes fondre en larmes sous ce regard, sans même que le Seigneur des Ténèbres ait à se saisir de sa baguette. Cela venait ensuite, bien sûr, les larmes l’agaçant plus qu’elles ne l’émouvaient. Mais le silence qu’il y avait entre eux était tout autre. Ils marchaient côte à côte, d’un même pas, sans accusation, sans aveux, sans cette promesse de l’orage à venir dès que le calme serait brisé.

À la façon dont il fixait l’horizon, elle le devinait pensif. Peut-être se repassait-il le fil de son récit, réfléchissant aux implications de la disparition de Malfrey. Mais elle ne pouvait qu’imaginer le cours que suivaient ses pensées. Son talent pour déchiffrer les âmes n’avait d’égal que sa capacité à garder la sienne opaque.

Et d’ailleurs, c’était justement à cela qu’il songeait. Aux hommes qu’il avait lui-même interrogés. Ses opposants comme ses fidèles. À la facilité avec laquelle il pouvait s’insinuer au cœur de ces misérables et détisser les fibres mêmes de leur réalité. La plupart étaient d’une faiblesse pitoyable. Ils étaient si transparents, si simples, les ficelles de leurs vies si grossières. Ils se consumaient en plaisirs immédiats qui glissaient entre leurs doigts ouverts. Et à ces basses et fugitives joies, ils donnaient le nom de bonheur. Un bonheur grignoté et sordide, absurde, auquel ils s’accrochaient néanmoins de toutes leurs forces. Car il leur permettait au moins de ne pas se pencher sur eux-mêmes, sur ce grand vide qu’ils ne rempliraient jamais, sur leurs pitoyables existences qu’ils ne faisaient que regarder passer. Trop lâches pour oser chercher la véritable grandeur. Quelques-uns étaient plus résistants, mieux entraînés, mais tous finissaient par ployer devant lui. Parmi ses disciples, il savait précisément lesquels le servaient par ambition, par soif de pouvoir, par crainte, lesquels regrettaient leur allégeance, lesquels pensaient pouvoir se jouer de lui, lesquels aimaient désespérément une femme ou un fils, et, en temps voulu, seraient punis à travers eux.

Bellatrix était différente. Son esprit l’intriguait. En partie parce qu’elle ne faisait aucun effort de dissimulation. Non pas qu’elle en fut incapable, puisqu’elle s’était avérée être une élève particulièrement douée en occlumancie. Simplement, en sa présence, elle ne se protégeait pas. Sans doute savait-elle que c’était inutile, bien sûr, que s’il l’avait voulu, aucun enseignement, même pas le sien, n’aurait pu l’empêcher d’arracher à son esprit ce qu’il souhaitait y découvrir. Mais, c’était autre chose aussi. Aussi offerte à lui qu’elle soit, quelque chose d’elle lui échappait. Elle n’était pas comme les autres, comme Malfoy ou Dolohov, raide d’appréhension en sa présence ou, comme Croupton, éblouie par sa puissance mais trop candide pour en mesurer le coût. Bellatrix, elle, n’était ni craintive, ni naïve. Elle savait que le servir signifiait d’être à sa merci et elle acceptait de lui appartenir. Elle ne redoutait pas sa proximité, au contraire, elle la désirait. Et, en retour, il l’avait laissé s’approcher de lui plus que tout autre

Une quinzaine d’années auparavant, une nuit qu’il avait rendu visite à Cygnus Black, il était sorti seul du bureau, en rappelant une dernière fois à l’homme accablé de terreur qu’il laissait derrière lui :

- Ma patience est limitée, Cygnus, et j’ai déjà été bien trop clément avec toi.

Il avait refermé la porte sans bruit et s’était avancé sur le palier. Il s’apprêtait à partir quand il était tombé en arrêt devant une vitrine. Il l’avait ouverte et s’était saisi d’une montre à gousset dont la face arborait les armoiries de la famille Black. Puisque Cygnus semblait décidé à lui faire perdre son temps, ce n’était que justice qu’il lui dérobe le sien. À la faveur d’un rayon de lune, il avait détaillé l’élégant artefact. Quatre aiguilles avançaient, suivant une trajectoire elliptique et émettant chacune un cliquetis distinct. Mais, alors qu’il tendait l’oreille à l’infime musique de cette étonnante mécanique, il s’était figé, détectant une présence quelque part sur le palier. Avant qu’il n’ait pu saisir sa baguette, elle avait émergé des ténèbres.

Dans la pénombre, se dressait la figure pâle d’une petite fille en chemise de nuit. Son visage ne portait aucune trace de sommeil ou de confusion. Il était évident qu’elle s’était tenue là, tapie dans l’embrasure d’une porte attenante, pendant un long moment. Elle avait dû tout entendre de sa conversation avec son père. Pourtant, elle ne semblait pas effrayée. Elle le regardait droit dans les yeux, levant vers lui un petit menton déterminé.

- Il est très tard.

Il avait arqué un sourcil, amusé par le commentaire de cette fillette. Elle aurait dû être terrifiée, pleurer en lui demandant de ne pas faire de mal à son père, pleurnicher pour qu’il ne la tue pas. C’était souvent ainsi avec les enfants, même ceux qu’il ne faisait aucun effort pour apeurer. Ils étaient plus instinctifs. Même lorsque leurs parents le présentaient comme un ami de famille, ou un simple voyageur égaré, les petits percevaient le danger, devinant la supplique derrière les voix enjouées. Oui, souvent, les enfants pressentaient bien plus clairement encore que leurs parents que l’homme qui venait d’entrer dans leur maison pourrait y faire plus de mal qu’ils n’étaient même capables de l’imaginer.

- Je suppose donc que tu ne devrais pas être debout.

À la façon dont elle avait plissé les yeux, il était clair qu’elle avait saisi la nuance de menace qu’il avait glissée dans sa réponse. Mais elle avait fait un pas vers lui, laissant son regard descendre, avec une lenteur délibérée, vers la poche où il avait glissé la montre. Puis, elle avait à nouveau levé les yeux vers lui et rétorqué en détachant chaque syllabe précautionneusement :

- Pas plus que vous ne devriez être ici.

Il avait laissé un petit rire étouffé lui échapper. Elle devait avoir huit ans, tout au plus, et pourtant elle entendait lui tenir tête, cet éclat de défi si vif dans son regard.

- Je vois. Eh bien, cela peut être notre secret, alors.

Il s’était à son tour approché d’elle et s’était légèrement penché. Cette fois, elle avait eu un mouvement de recul. Téméraire, mais pas idiote. Ils se scrutaient, chacun jaugeant l’autre. Il devinait que le ton affable qu’il utilisait désormais ne la dupait pas. Si elle ignorait qui il était, elle semblait deviner de quel bois il était taillé.

- Si vous ne dites rien, je me tairai, avait-elle répondu avec un coup d’œil en direction de la porte du bureau de son père.

Le petit sourire de connivence qu’elle lui avait adressé n’avait rien d’enfantin. De toute évidence, elle ne se sentait aucune allégeance envers Cygnus.

- Bien. Bonne nuit.

Il avait tourné les talons et s’était avancé vers l’escalier qui menait au vestibule, tentant déjà d’effacer cette espèce de brûlure, qui restait quelque part en lui, là où le regard de l’enfant l’avait atteint. Quelques planches craquèrent alors qu’il descendait les marches, laissant la petite seule dans les ombres du palier. Alors qu’il se retournait avant d’ouvrir la porte, il la vit. Elle se tenait là, au pied de l’escalier, à moins d’un mètre de lui, silencieuse et spectrale. Elle l’avait suivi sans un bruit et le regardait à présent en penchant légèrement la tête sur le côté, comme pour se moquer de sa surprise.

Sans un mot, il avait saisi la poignée de la porte. Alors qu’il sortait sur le porche, accueilli par le souffle humide de la nuit, il avait entendu derrière lui sa voix qui murmurait :

- Bonne nuit, Monsieur.

Elle était longtemps demeurée ainsi, à ses yeux, ce petit fantôme effronté qui l’avait suivi jusqu’à l’entrée, gardant son regard braqué sur lui bien après qu’il eut franchi la porte. Quelque part au fond de lui, il savait qu’elle lui rappelait étrangement un autre enfant pâle dont les yeux sombres étaient pleins de la même indéchiffrable lueur. Un enfant que tout comme elle, il avait préféré abandonner derrière lui, tournant le dos à son propre passé.
Vous devez s'identifier (s'enregistrer) pour laisser une review.