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News

127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Sélections du mois


Félicitations à AliceJeanne et TeddyLunard, qui remportent la Sélection Action/Aventure !

Vous voulez revenir dans le Futur ? Lors du mois de novembre c’est possible avec la Sélection Next-Gen ! Vous avez jusqu'au 30 novembre pour lire les 10 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter ici.

Et pour le mois de décembre, le thème et les textes vous attendent déjà avec la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez découvrir ces 12 histoires jusqu’à la fin de l’année et vous pourrez voter à partir de décembre. Pour en savoir plus, rendez-vous ICI !


De L'équipe des Podiums le 01/11/2022 19:00


15ème Échange de Noël


Le traditionnel Échange de fics de Noël est de retour pour sa 15ème édition !



Et cette année, vous pouvez écrire et recevoir : des fanfictions Harry Potter, des histoires originales... mais aussi des fanfictions sur d'autres fandoms ! Envie de nous rejoindre ?


Ça se passe d'ici le 31 octobre sur ce topic du forum HPF !


De L'équipe de modération le 23/10/2022 17:22


126ème Nuit d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 126 édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 21 octobre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De L'équipe des Nuits le 16/10/2022 11:07


Sélections du mois


Félicitations à Fleur d’épine, Ella C, Eejil9 et CacheCoeur, qui remportent la Sélection Femslash !

Vous voulez de l’action ? De l’aventure ? Ce mois de Sélections est fait pour vous ! Le Jury des Aspics vous invite à lire sur ce thème en octobre avec la Sélection Aventure/Action ! Vous avez jusqu'au 31 octobre pour lire les 5 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter par ici.

Et au mois de novembre, partez dans le futur avec la Next-Gen ! Vous avez jusqu’à la fin du mois d'octobre pour nous faire découvrir sur ce thème si vaste vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots. Pour proposer des textes, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news !

Il y a également la Sélection Fanfictions longues pour occuper vos nuits d’insomnies ! Jusqu’au mois de décembre, venez découvrir 12 histoires incroyables ! Pour en savoir plus, rendez-vous ICI.

 

 


De L'équipe des Podiums le 03/10/2022 23:05


Les cousins de Normandie par Persis

[5 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Deux jumelles adolescentes, en jeans, vautrées sur un canapé sans âge, prenaient des poses de duchesse et surenchérissaient en adoptant des intonations surannées.

— Pêêêre, quand est-ce qu’ârrive notre chêêêr ...
— Pardon, ma chêêêre sœur, si je vous interromps. Mais-z-on dit : « QUAND notre chêêêr cousin arriverâ-t-il ? »
— Mais vous âvez tout à fait raison, très chêêêre !

Leur frère, calé dans le fauteuil d’en face, n’avait pas l’air d’apprécier leur pantomime.

— Non, mais c’est pas bientôt fini les jujus ? Vous me pompez l’air, là !

Les deux sœurs ouvrirent des yeux ronds, furieux, elles se regardèrent un bref instant et dégainèrent leur baguette en même temps.

— CHAUVE-FURIE ! clamèrent-elles d’une seule voix.

Une armée de chauve-souris s’abattit tout aussitôt sur le malheureux qui n’avait brandi sa baguette assez vite pour se défendre.

— Protego ! cria le père de famille.

Ansgar avait fait apparaître un bouclier entre son fils et ses filles.

— Ça suffit, maintenant ! Dagmar ! Gudrun, faites cesser ce sortilège ! Et toi, Thorvald, tu t’excuses ! Tu sais très bien qu’elles ont horreur qu’on les appelle comme ça.
— ... m’excuse, les filles ! marmonna Thorvald.

Gudrun mit fin au sortilège mais Dagmar se laissa tirer l’oreille et son père dut la rappeler à l’ordre.

— J’ai dit : ÇA SUFFIT ! gronda Ansgar.

Dagmar abaissa dédaigneusement sa baguette et la rangea d’un geste large et royal.

— Bon, pour répondre à votre question, Draco Malfoy arrivera demain vers neuf heures.
— Faut quand même être chtarbé pour appeler son fils « Dragon », murmura Gudrun.
— Il est aussi péteux que ça mère ? demanda Thorvald.
— Mais voyons, mon chêêêr frêêêre, feignit de s’offusquer Dagmar, on ne s’exprime point en des termes si communs. L’on dit : « Emet-il des flatulences au dessus de son sphincter ? »

Cette fois-ci, le fou rire fut général. Même Ansgar ne put s’empêcher de pouffer.

— C’est bon ! N’en jetez plus ! finit-il par dire. Il va falloir vous y faire, il débarque pour les fêtes. A nous de lui faire bon accueil.
— Il vient faire quoi, exactement ? lança Thorvald, sans ambages. Pourquoi veut-il passer les fêtes en France ?
— Il veut se refaire une virginité ? proposa Gudrun.
— Sans doute, répondit Ansgar Je suppose qu’il veut se changer les idées. Officiellement, ses parents prennent du repos aux Samoa.
— Because papa a échappé de peu à un petit séjour à Toboggan, enchaina Dagmar.
— AZkaban ! corrigea son père.
— Toboggan, c’est plus marrant, répliqua sa fille. Bon, soit, pourquoi il ne va pas aux Samoa avec maman et papa ?
— Il veut se faire des nouveaux amis, je parie, répondit Gudrun.
— Il y a des chances, approuva son père. Il veut sortir de son cercle de Mange-la-mort, pour se faire bien voir.
— Je crois qu’on dit Mangemort, papa, reprit Thorvald. En tout cas, c’est comme ça qu’ils l’écrivent dans l’Echo de Loudun.
— Bon, c’est pas tout ça. Et nous, on fait quoi ? enchaîna Dagmar. On passe des crinolines et on s’entraîne à faire la révérence ?
— Arrête ton char à vouivres ! répondit Ansgar. Pas question qu’on change quoi que ce soit à nos bonnes vieilles habitudes. On est nous et il n’a qu’à s’y faire.
— Va falloir quand même se tordre la bouche pour l’appeler Mal-foïe, soupira Thorvald.
— Ah ça, compte pas sur moi, protesta Dagmar. On s’appelle Mal-foi (elle le prononçait à la française) un point c’est tout. Et il cause français ?
— En tout ca, sa lettre était écrite en français, répondit son père.
— Aouw, je Pppawie qu’il a un affweux accent bwitenique, commenta Dagmar.
— Ben ... c’est mignon, l’accent british, répliqua Gudrun.
— Dans une bouche d’arriviste ? ! rétorqua sa sœur.
— Abrège, Nadège, interrompit le père de famille, il ne faudrait pas déroger au programme du jour.
— Le programme ?! s’étrangla Thorvald.
— Quel programme ?! C’est les vacances ! se récrièrent les jumelles.
— He ! ... Descendez de votre balai ! On a un arbre de Noël à dresser et à décorer.

Les mines ébahies se réjouirent et tout ce petit monde se mit en besogne pour décorer le sapin et le salon dans le même mouvement. Quand Madame Inguier revint à la maison, elle la trouva métamorphosée par l’esprit de Noël.

— Fantastique, mes anges ! s’exclama-t-elle. Ansgar, tu veux t’occuper des paquets, s’il te plaît... mais pas ce qu’il y a dans le sac jaune. Les jumelles vont s’en charger.

*°*°*


Le cercle familial s’était réuni autour de la cheminée pour accueillir un curieux père Noël. Une flambée verdâtre fit apparaître la figure d’un jeune homme engoncé dans un costume noir qui lui donnait des airs de séminariste.

— Bienvenue parmi nous ! s’exclama la mère de famille en le voyant débarquer dans son salon.
— Drago, tu es ici chez toi, renchérit Ansgar. Voici ton cousin Thorvald et tes cousines Dagmar et ...Gudrun. Depuis le temps qu’on ne s’est plus vus, tu dois nous trouver fort changés.
— Bonjour, répondit Drago, dans un français impeccable, je suis ravi de vous revoir et je vous remercie de m’accueillir parmi vous.

Les jumelles s’adressèrent un regard narquois. Leurs yeux brillaient de malice et trahissaient leur envie de jouer quelques tours pendables à leur hôte.

— Nous allons te montrer ta chambre, proposa Gudrun.
— Où sont tes bagages ? demanda Dagmar.
— Ils arrivent, répondirent Drago, en se retournant dans la cheminée.

Aussitôt, sa malle se matérialisa dans une belle flambée verte. Un petit coup de baguette magique l’a fit léviter et l’amena vers lui. Les jumelles se hâtèrent de l’installer dans la chambre d’ami. Drago ne fit aucun commentaire sur le décor ni le mobilier, assez ordinaire, mais il ne fallait pas être grand devin pour lire dans ses yeux le peu de bien qu’il en pensait. Très amusées par la figure peu enthousiaste de leur cousin, les deux inséparables s’amusèrent à jeter, sous cap, quelques petits sorts à ses affaires et à ses vêtements, histoire de venger l’honneur de la famille. Le bizutage de Drago n’était pas terminé pour autant. Les deux sœurs se réservaient pour le lendemain.

Quand Draco se leva, il voulut passer ses chaussures et s’aperçut que l’une d’elle était devenue turquoise et l’autre vert bouteille. Il ne fut pas long à deviner qu’une de ses cousines lui avait joué un bon tour. Il pensa en être quitte avec un Finite incantem qui n’y fit rien du tout. Reparo ne lui fut d’aucun secours ; il se gratta la tête et opta pour un Tinctum negrum qui rendit à ses chaussures leur teinte première.

Une fois habillé, il descendit à la salle à manger où l’attendaient des croissants, des petits pains au chocolat et une baguette toute fraîche avec un assortiment de confiture. Un peu trop sucré pour un bec anglo-saxon, habitué aux œufs-bacon. Après avoir salué très formellement « Madame Malfoy » — qui lui rappela qu’elle s’appelait Inguier avant de le prier de l’appeler Birgit, comme tout le monde — son mari et leur progéniture, il prit place à table. La maîtresse de maison plaça devant lui des œufs à la coque pour sustenter correctement son hôte et ce dernier la remercia de son aimable attention. Les jumelles observaient attentivement, du coin de l’œil, tous les faits et gestes de leur cousin à qui leurs parents qui faisaient la conversation en échangeant des banalités.

— La reconstruction de Hogwarts * en est où ? demanda Thorvald qui en avait marre d’entendre des nouvelles de personnes qu’il ne connaissait que de nom et ... pour leur rôle peu glorieux durant la guerre de Grande-Bretagne.
— Cela avance bien. Le gros œuvre est terminé depuis longtemps. Il reste encore des petits aménagements à faire dans les classes et les dortoirs mais les cours s’y déroulent normalement.
— Et toi, tes diplômes ? lança Dagmar de façon très directe.
— ... Hum ! J’ai passé mes Aspic, répondit-il, laconiquement.
— Ça correspond à notre Bouc « Baccalauréat Officiel pour l’Usage des Charmes », expliqua Thorvald.
— Et tu l’as ? s’enquit Draco.
— Oui, je l’ai eu en juin dernier, répondit le cousin. Et maintenant, je fais une année de spécialisation.
— Et vous ? demanda-t-il, non sans une pointe d’ironie, aux jumelles.
— A la fin de cette année, répondit Dagmar.
— Dans six mois, précisa Gudrun.
— À quoi ressemble Beauxbâtons ? demanda Draco.
— A un palais rococo, répondit Birgit. C’est grand, aéré et il y fait chaud. Il y a des jardins, des cours intérieures, des fontaines.
— Et on est en vacances, fit remarquer Gudrun.
— Impertinente ! gronda Birgit.
— Je suppose que vous ne pouvez pas faire de magie en dehors de l’école, poursuivit Draco, sans se démonter.
— Pas en présence de Moldus, de toute façon, expliqua Ansgar. Dans le cercle familial, il y a une certaine latitude.

Draco afficha un sourire satisfait, qui en devenait presque inquiétant.

— Qu’est-ce que tu dirais de prendre l’air, après le petit-déjeuner ? proposa Dagmar avec un sourire du même genre. On pourrait aller faire un tour dans les environs.
— Pourquoi pas ? acquiesça Draco, de manière très formelle.
— Tu viens avec nous, Thorvald ? proposa Gudrun.
— Pas cette fois, si ça ne vous ennuie pas, répondit l’intéressé. Je vais essayer d’organiser quelque chose pour demain.

Une fois qu’ils furent prêts, Draco et les jumelles se dirigèrent vers la cheminée.

— Soyez rentrés avant 16h00 recommanda Mme Inguier.
— T’en fais pas, m’man ! On sera revenu pour le goûter, assura Gudrun.
— Et pas de coup tordu, vous deux ! marmonna Ansgar.
— Faut pas trop leur en demander non plus, ricana Thorvald.

Mais ça, Draco put à peine l’entendre car déjà Dagmar jetait la poudre de cheminette dans l’âtre, y entraînant son cousin britannique, tout en clamant « La Demoiselle de Tonneville ». Draco se retrouva dans la petite salle poussiéreuse et mal éclairée d’un bouge, en compagnie des jumelles. Il regarda autour de lui, en se demandant pourquoi ces demoiselles l’avaient emmené dans un endroit qui n’avait rien à envier à la Tête de Sanglier.

— Quel est cet endroit ? demanda-t-il, soupçonneux.
— Un établissement de cure thermale, répondit Gudrun, pince-sans-rire.
— Tu crois ? Je pensais qu’on était sur un terrain de Quidditch ! renchérit Dagmar.
— Un endroit où on a le droit de lancer des sorts, reprit Gudrun.
— A condition que ce soit un Tergeo, ajouta Dagmar.
— Désolée, mais on va être obligé de consommer, histoire de pas vexer la patronne, vu qu’on a utilisé sa cheminée, conclut Gudrun

Les deux sœurs allèrent s’asseoir sur des bancs de bois brun foncé, mal équarris. Draco se trouva bien forcé de les suivre, malgré la répugnance qui se lisait sur son visage. Il ne se priva pas de commander un whisky Pur-Feu, mais il se ravisa quand la patronne lui conseilla son Calva-Flamme. Les deux jumelles se contentèrent d’un cidraumiel.

— C’est donc ça, les bars sorciers de la Normandie, dit Draco en faisant la moue.

Les jumelles ricanèrent.

— Il y a des endroits plus selects, mais ici, c’est la seule porte ouverte sur Rouen, fit Gudrun.
— Un village sorcier ? demanda-t-il.
— Une ville Moldue, répondit Dagmar. Tu dois voir ça, une fois dans ta vie.
— Bien, merci. Figurez-vous que je me suis déjà promené à Londres, dit-il sèchement.
— Comment peux-tu comparer Londres à Rouen, se récria Dagmar !
— Le lieu où tes ancêtres se sont établis, au temps où les sorciers étaient connus et craints des Moldus ! gronda Gudrun.
— ... Il fallait le dire tout de suite ! s’écria Draco, agacé.

Les deux filles se regardèrent et pouffèrent. Une fois la dernière goutte de calva-flamme avalée, Draco se leva, déboutonna sa veste, l’ôta et l’examina sous toutes les coutures. Gudrun et Dagmar s’interrogeaient du regard.

— Je voulais être sûr que mes vêtements étaient restés ... de la même couleur, expliqua-t-il avec un sourire suffisant.
— Tu vas enlever aussi ton pantalon ? demanda Gudrun.

Draco haussa les épaules.

— Ce ne sera pas nécessaire, dit-il en sortant sa baguette.

Un petit sortilège informulé fit apparaître deux miroirs devant et derrière lui. Une fois qu’il eut jeté le petit coup d’œil nécessaire, il fit disparaître les deux objets, puis il rangea sa baguette et remit sa veste.

— Satisfaites, mesdemoiselles ? interrogea-t-il, avec suffisance.
— Pas mal ! reconnut Gudrun, du bout des lèvres.
— Allez, on y va ! décida Dagmar, en se dirigeant vers la porte, à grandes enjambées.

Comme c’est le cas pour tous les petits bars de ce genre, la devanture se perdait entre deux façades imposantes et seul un regard sorcier pouvait l’apercevoir. Les deux sœurs allaient d’un bon pas et Draco s’étonnait de voir des filles faire de telles enjambées. Ils parvinrent près d’un endroit boisé.

— Là, il y a le cimetière, expliqua Gudrun, et plus loin, c’est le square.
— Très bien ! Et qu’est-ce que vous voudriez me montrer ? L’endroit où ont débarqué nos ancêtres vikings ?
— Tu veux voir la Seine ? s’étonna Dagmar. Ben, tu ne verras que de la flotte !
— On te réserve une autre surprise, ajouta Gudrun. Tu en as peut-être visité à Londres.
— Ou pas, dit Dagmar.
— ... C’est plein de Moldus, par ici, grogna Draco.
— T’en fais pas, ils ne sont pas dangereux, commenta Dagmar.
— Ils n’ont jamais mordu, dit sa sœur.

Il fallu se résoudre à suivre les deux sœurs jusqu’au bout. Leur promenade pédestre les mena jusqu’à un arrêt de bus, puis ils prirent le métro et parvinrent, en bout de course, sur le parking d’un grand magasin.

— Eh là, mesdemoiselles ! se récria le cousin britannique. Où m’emmenez-vous au juste ?!
— Dans un centre commercial, tiens ! répondit Gudrun.
— Tu as déjà vu l’intérieur d’un centre commercial ? demanda Dagmar.
— ...
— Non ! conclut-elle.
— Tu vas voir des choses que tu n’as jamais vues auparavant, ajouta Gudrun.
— Et qui en valent la peine ? s’enquit Draco, sceptique et réticent.
— Pourquoi est-ce qu’on t’y emmènerait, sinon ? répliqua Gudrun.
— Et après, on ira manger de la nourriture à la mode des Moldus américains. Tu vas voir, c’est trop comique.
— Si vous le dites ... répondit Draco, en faisant la moue. Et au fait, comment connaissez-vous tout ça ? ... Ça fait partie de votre cours de l’étude des Moldus ?
— Non, mais on t’expliquera tout après la visite, rétorqua Gudrun.
— Nous aussi, on a des questions, enchaîna Dagmar. Pourquoi est-ce que tu t’appelles Draco et ton père Lucius ?
— ... ?! Je ne vois pas en quoi mon prénom pose problème ... Bien, c’est une tendance dans la famille de prendre un nom d’étoile ou de constellation. En plus Draco veut dire grand serpent et tout le monde dans la famille se retrouve dans la maison de Slynderin, dont le symbole est un serpent. Voilà. Et pour mon père, c’est simple : Lucius, lumière ; Lucifer, Vénus, l’étoile du matin. Et vous ?
— Nous portons tous des noms nordiques, expliqua Dagmar. Mon nom veut dire Fille du Jour.
— Et Gudrun, Rune Divine.
— Vous êtes très attachées à vos origines.
— Très, confirma Dagmar.

Draco eut beau traîner la patte, il lui fallu se soumettre aux excentricités de ses cousines et les suivre à l’intérieur du complexe commercial. Le petit groupe s’engouffra dans l’un des grands magasins. Un personnage, tout de rouge vêtu, portant une barbe blanche postiche et un ridicule bonnet à pompon, trônait dans un traîneau en contreplaqué dans un décor de carton-pâte. Des enfants faisaient la file pour venir s’asseoir sur les genoux de l’homme déguisé et lui murmurer au creux de l’oreille.

— Ridiculous, marmonna Draco. Qu’est-ce que c’est que ça ? ! fit-il en faisant la grimace.
— C’est honteux, n’est-ce pas, mon père, fit une dame âgée, engoncée dans son loden. Les gens ne savent plus ce qu’ils fêtent à Noël. On ne parle plus du petit Jésus, aux enfants. Et regardez-moi ça, ce personnage païen ! La société de consommation ! Ça, c’est une invention des Américains ! De Coca-Cola ! On vous apprend ça au séminaire, n’est-ce pas ?

Draco regarda la vieille Moldue, interloqué, ne sachant quoi répondre.

— Excusez-moi, madame, intervint Gudrun, mais mon cousin est anglais, il n’a pas bien compris ce que vous vouliez dire.
— En plus, surenchérit Dagmar, avec un malin plaisir, il est anglican. Vous savez, chez les anglicans, les prêtres peuvent se marier.

La veille dame horrifiée, recula et reprit son chemin en marmonnant.

— Qu’est-ce qu’elle me voulait ? chuchota Draco.
— Avec ton costume noir boutonné jusqu’au menton, elle t’a pris pour un curé, expliqua Gudrun. Un prêtre quoi ! La religion des Moldus, tu sais ?
— ... Je ne m’y connais pas trop, là-dedans, avoua Draco, embarrassé. Et lui, là, c’est la religion des Moldus, aussi ?
— Non, répondit Dagmar. Ça, c’est le lutin de Yule, façon Moldue.
— Pffff !
— Enfin, une de ses variations.
— Attends, attends ... il y a encore plein de trucs à voir ! renchérit Gudrun. On va au rayon déco.
— Je pense que j’en ai assez vu comme ça, murmura Draco.

Peine perdue, les deux sœurs le prirent chacune par le bras et le traînèrent jusqu’aux sapins de Noëls, leur décoration et leurs guirlandes lumineuses. Le sorcier se promena entre les rayons, très étonné de ce qu’il pouvait y voir, et craignant d’être harponné, à tout moment par un autre Moldu qui l’aurait pris pour un prêtre. Sapins synthétiques multicolores, guirlandes clignotantes, boules colorées, bibelots divers ... tout cela était bien loin des fées du Professeur Flitwick.

Pendant qu’il déambulait, raide comme un piquet et très sur son quant-à-soi, les jumelles se déchaînaient, couraient d’un coin à l’autre, examinaient les décorations et partaient en fou-rires. Il finit par se rapprocher d’elles pour leur demander à voix basse.

— Je peux savoir pourquoi vous m’avez amenez ici ?
— Qu’est-ce que tu en penses ? demanda Dagmar.
— C’est ... c’est d’un kitch !
— Oui, mais ... tu ne trouves pas que les Moldus sont ingénieux pour pallier l’absence de magie. Regarde tout ce qu’ils arrivent à faire sans.
— Je croirais entendre Arthur Weasley.
— Qui c’est ? demanda Gudrun.
— C’est un trrrr...

Draco ravala sa langue. Ce n’était pas le moment de dire du mal d’Arthur Weasley.

— ... quelqu’un qui travaille au service des Détournements de l’artisanat moldu, acheva-t-il précipitamment. Il … il est vraiment toqué de tout ce que les Moldus peuvent inventer. Voilà !
— Pas vraiment le genre que tu fréquentes, n’est-ce pas ? dit Dagmar avec une pointe d’espièglerie.
— Non, pas vraiment.
— Oui, enfin, bon, intervint Gudrun, si tu es venu dans notre famille passer Noël, alors que tu sais qu’on est en bons termes avec les Moldus, c’est que tu voulais mieux les connaître, non ?
— En rencontrer l’un ou l’autre, répondit Draco en levant les yeux au ciel, pas me baigner dedans !

Sans aucune pitié, les deux sœurs conduisirent ensuite Draco dans le rayon des jouets puis celui des cadeaux. Excédé, Draco prit la poudre d’escampette. Il profita d’un moment de distraction de ces demoiselles pour filer à l’anglaise. Décontenancées, elles se mirent à le chercher partout dans le magasin qui était d’une grande superficie. Après maintes émotions, elles finirent par le retrouver, juché sur le traineau du père Noël, en train de poser, tout sourire, aux côtés de l’auguste personnage, pour la photo. Le flash immortalisa la scène. Les jumelles échangèrent un regard interdit. Draco débarqua triomphant.

— Juste à l’heure. Je n’ai pas de monnaie locale pour la photo, je comptais vous emprunter la somme. Naturellement, je vous réglerai une fois à la maison.
— Pas d’souci, répondit Gudrun, sidérée.

Ils allèrent, tous trois, chercher la photo instantanée où Draco s’affichait particulièrement décontracté. Les jumelles froncèrent les sourcils en voyant leur cousin qui s’était montré si amidonné, sourire de toutes ses dents.

— On ne peut pas avoir le négatif ? demanda-t-il, pour en refaire une à la mode de chez nous ?
— Ça m’étonnerait, ça doit être un polaroid, répondit Dagmar. Mais on peut aller chercher un appareil jetable, si tu veux d’autres photos.
— Bonne idée, approuva Draco, ravi.
— J’y vais, proposa la jeune fille. Je vous rejoins où ?
— Près des faux sapins, décréta Draco.

Dagmar fila au rayon photo, passa à la caisse, puis alla rejoindre les deux autres tout en demandant quelle mouche avait bien piqué le cousin anglais. Il se fit photographier dans tous les recoins du département déco avec le sourire et l’allure désinvolte d’un mannequin présentant la nouvelle collection de saison.

Ce petit épisode intriguant se conclut par l’achat d’un appareil supplémentaire, pour la suite de la journée, puis on emmena le cousin d’Outre-Atlantique s’asseoir et se restaurer dans un Mac Donald ou il dût s’initier au hamburger et au Coca-Cola.

— Pouah ! On dirait une potion contre le rhume des foins !
— Essaie le Fanta, ou le Sprite, proposa Dagmar en riant. C’est fort sucré mais ça n’a pas de goût de pharmacie.
— D’accord !... D’accord, je veux bien goûter, mais si c’est aussi mauvais que l’autre truc, je prends le jus d’orange, on est bien d’accord ?
— Oui, oui ! Goûte et puis si t’aimes pas …
— … j’irai te chercher du jus d’orange, acheva Gudrun.

Draco se racla la gorge de manière ostentatoire.

— Le coup des chaussures vertes, c’était vous ? demanda-t-il.
— A ton avis ? dit Gudrun.
— Ben oui ! assura sa sœur.
— Très amusant ! Comme cette matinée, d’ailleurs, déclara-t-il. Mais les plus courtes sont les meilleurs. Alors si vous avez prévu le même genre d’activités pour l’après-midi, je n’hésiterai pas à rentrer sans vous.
— A vos ordres, mon capitaine, répondit Gudrun en portant le tranchant de la main au coin du front.
— A vos ordres, à vos ordres, ronchonna Dagmar, c’est vite dit. Tu as de quoi payer la cheminée à la Mère Tonneville ?

Draco se pencha vers elles avec un sourire dédaigneux et chuchota :

— Contrairement à vous, j’ai le droit de me servir de la magie et j’ai mon permis de transplanage.
— Maman ne sera pas contente si tu nous abandonnes, ici, dans cette ville pleine de Moldus ! tenta Dagmar.
— Quelque chose me dit que ce n’est pas la première fois que vous vous y aventurez et que vous pouvez très bien retrouver votre chemin toutes seules.
— All right, sir, répondit Gudrun. On veut bien alléger notre programme, mais donnant, donnant. Il va falloir nous dire pourquoi tu as élu notre famille pour y passer Noël.
— Mesdemoiselles, je ne vous dois rien du tout. Ce sont vos parents qui m’accueillent, c’est à eux seuls que je rendrai raison.
— Pfff, fit Dagmar. Combien de pages du dictionnaire de l’académie française as-tu mis dans ta potion d’apprentissage du français ?
— Malheureuse ! s’exclama Gudrun. Ne lui parle pas de l’académie française, c’est encore un truc de Moldus.
— On ne met pas de pages de dictionnaire dans les potions d’accélération d’apprentissage, répliqua-t-il.
— Pour cet après-midi, on voulait te montrer le centre ville et des trucs ... plus sorciers, dit Gudrun.
— Je me contenterai des « trucs plus sorciers ». Prenez encore quelques photos dans cette gargote. J’espère qu’on pourra appliquer le procédé de développement sorcier, à ce genre d’appareillage.
— Pas de souci, assura Dagmar. On connaît quelqu’un qui fait ça, même avec ce genre d’appareils. Et, on peut savoir pourquoi tu tiens tant à te faire prendre en photo, dans cette gargote ?
— Mais ... pour avoir des souvenirs ! répondit-il avec un sourire carnassier.

Draco jeta son dévolu sur le Sprite et dédaigna le Fanta. Puis, il commanda un second hamburger car il avait fort faim. Les jumelles se contentèrent d’une deuxième portion pour deux ; elles surveillaient leur ligne. Elles profitèrent d’un passage aux toilettes pour échanger à voix basse.

— Alors, on fait quoi, pour cet après-midi ? demanda Dagmar.
— On l’emmène à la basilique de Lisieux, écouter les confessions des nonnes ? Avec son accoutrement ...
— Il va le sentir venir ! Non, on va être sages. On va l’emmener dans les cryptes.
— Oh oui ! Les cryptes ! Okay, mais alors, on profite quand même de notre passage par ...
— ... pour ... ? hi hi hi !

Une fois sustentés, nos amis rejoignirent le centre-ville. Il fallut prendre les transports en commun. Draco, mécontent, tirait la tête.

— Il n’y a pas de Magicobus, chez vous ? maugréa-t-il entre deux stations de métro.
— Autant y aller à pied ! répliqua Gudrun. Il faut attendre longtemps et on est secoué comme ce n’est pas possible.
— On est presque arrivés, Draco, et je te jure que ça en vaut la peine. Magiquement la peine.
— Je l’espère bien.
— On va juste prendre un bus, un super-bus ! continua Dagmar.
— C’est ça, marmonna Draco, sans conviction. On aurait pu aller dans un coin tranquille et transplaner.
— Quoi ? Transplaner avec TOI ? ! s’exclama Gudrun en faisant la grimace.
— On l’a fait UNE fois avec Thorvald, on a été malades toute l’après-midi, expliqua Dagmar.

Draco éclata de rire.

— Autant vous y habituer, déclara-t-il, d’un air supérieur. Vous allez bien passer votre permis un jour ou l’autre.
— Oui. L’an prochain, répliqua Gudrun. Entre temps, on se débrouille très bien avec un balai.
— Très bien ! Allons-y en balai, déclara Draco, ironique.
— C’est ici qu’on descend, la correspondance n’est pas loin, interrompit Dagmar.

En effet, ils n’étaient plus loin du but. Le petit groupe débarqua tout près de la cathédrale. Le parvis était recouvert des petits chalets du marché de Noël.

— C’est ça que vous vouliez me montrer ? fit Draco, sur un ton blasé. Parce qu’en Angleterre ...
— Oui, on se doute bien qu’en Angleterre, il y a des cathédrales, coupa sèchement Dagmar. Nous ne sommes pas totalement incultes. On t’a promis quelque chose de magique, on va te montrer quelque chose de magique. Et ici, il va falloir faire gaffe. On doit se faufiler jusqu’au bon endroit, sans se faire remarquer.
— Dagmar passe devant et moi, je ferme la marche, poursuivit Gudrun. Prends un air recueilli, ça aidera.
— Un ... un air ... ? bredouilla Draco.
— Regarde devant toi et prends un air ... impressionné ! Voilà ! répondit-elle.

Le temps qu’il se retourne vers Dagmar, elle avait changé de tenue : petite jupe et veste assortie, chemisier blanc et escarpins. Il la suivit donc à l’intérieur de la cathédrale, un édifice gothique, tout en se demandant où tout cela allait les mener.

Ils croisèrent un groupe de dames âgées qui les saluèrent respectueusement. Draco leur rendit leur petit salut de la tête en étirant un sourire crispé. Il commença à se sentir franchement mal à l’aise quand ce fut un vieux prêtre qui lui accorda la même attention, puis un second.

— Qu’est-ce que vous mijotez encore toutes les deux ? demanda-t-i, suspicieux.
— Il faut qu’on arrive à destination sans attirer l’attention, chuchota Gudrun.
— Pas très réussi, tout le monde nous regarde, marmonna-t-il.
— Non, c’est très bien, on se fond dans le décor, murmura Dagmar. Continue comme ça, tu es parfait.
— Si c’est une blague, ce n’est pas drôle, répondit Draco.

Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Même la tenue de Gudrun était transformée ; elle portait une jupe longue et évasée, un duffel-coat entrouvert sur un pull informe et un col Claudine. Ses cheveux étaient attachés en queue de cheval. Il examina rapidement ses vêtements mais n’y trouva rien de changé.

— On va s’asseoir sur une des chaises et attendre un peu. Draco tu prends l’initiative, chuchota Gudrun.
— Pourquoi moi ? s’éxclama Draco.
— Moins fort ! gourmanda-t-elle.
— Parce que tu es censé être le personnage le plus important, murmura Dagmar, mécontente. Et fais ça dignement, comme si tu étais devant le plus grand sorcier du monde.

Draco alla sagement s’asseoir, comme un petit garçon. Les jumelles le suivirent.

— Qui est-ce qui dort, ici et qu’on ne doit pas réveiller ? demanda-t-il ironiquement. Vous ne faites que chuchoter.
— On est dans une église, un lieu de recueillement et de méditation, répondit Gudrun.
— A se demander ce qu’on vous apprend au cours d’Etude des Moldus, en Angleterre, susurra Dagmar.
— En Grande-Bretagne, corrigea Gudrun.
— Ce n’était pas vraiment ma matière favorite, rétorqua Draco.

L’Etude des Moldus ! Quelle idée ! Tout d’un coup, il se mit à repenser au professeur Bubarge et à la façon dont elle avait perdu la vie, chez lui, devant son nez, comment Nagini l’avait englouti. Il soupira et ferma les yeux, ce n’était pas vraiment son meilleur souvenir et il aurait préféré que rien ne vienne le lui rappeler. Mais la pose que ces réflexions lui faisaient prendre arrangeait bien les deux sœurs.

— Maintenant ! chuchota brusquement Dagmar ! Allez ! On y va !

Draco se leva sans trop comprendre ce qu’il devait faire, mais les deux sœurs se mirent en route, d’un pas décidé, vers une porte de bois qui fermait l’accès à un monumental escalier de pierre de style gothique. Dagmar venait d’ouvrir la porte quand un vieux bonhomme sortit de la porte d’à côté, marquée du panneau « sacristie ».

— Monsieur l’abbé veut dire la messe ? demanda-t-il d’une voix chevrotante.
— Euh ... non, intervint Gudrun, il l’a dite ce matin.
— Vous êtes de quel diocèse ? s’enquit-il.
— J’ai une extinction de voix, répondit Draco en chuchotant et en crachotant.
— Nous allons en pèlerinage à Lisieux, ajouta Gudrun, mais nous avons voulu visiter Rouen avant.
— Alors bonne visite et j’espère que la petite Thérèse va vous guérir ! Bonne journée, monsieur l’abbé ! Mesdemoiselles !
— Egalement ! Au revoir, monsieur ! répondit Dagmar qui arborait un badge de l’office de tourisme sur son tailleur.

Il s’éloigna en claudiquant, tandis que Dagmar tirait et Gudrun poussait Draco vers l’escalier. La première referma la porte en pointant sa baguette vers la serrure. Les jumelles poussèrent un soupir de soulagement.

— C’est qui, cette Thérèse ? demanda Draco en grimaçant.
— T’occupes ! répondit Gudrun en riant.
— Des histoires de Moldus, réagit Dagmar. Allez, on ne s’éternise pas.

Elle tapota de sa baguette le mur face à elle. Les pierres se déplacèrent et formèrent une arcade, une porte apparut, percée d’un judas grillagé. Elle s’ouvrit sur une volée d’escalier menant vers le sous-sol. Des torches s’allumèrent d’elles-mêmes sur le passage des Malfoy, pour s’éteindre lorsqu’ils étaient plus loin.

Une fois au sous-sol, ils se retrouvèrent devant la devanture de taverne, un mur de pierre percé d’une fenêtre en verrière et d’une porte avec imposte, surmontée d’une enseigne en bois peint. Elle affichait un drakkar et l’inscription « Au tombeau de Rollon», entourée de savantes circonvolutions et entrelacs de couleur. Dagmar frappa au heurtoir, celui-ci avait la forme d’un tau, orné d’entrelacs, surmonté d’un casque à visière. Celle-ci ressemblait à de grosses lunettes, avec une tige pour protéger le nez.

Un homme encapuchonné vint ouvrir. Il tenait une écritoire sur laquelle reposait un registre. Les jumelles y écrivirent leur nom et invitèrent Draco à faire de même.

— Mets aussi ton lieu et date de naissance, précisa Dagmar.
— Sinon le registre ne va te trouver, commenta Gudrun.
— ... Voi...là ! fit Draco en remettant la plume dans l’encrier. Et à quoi cela sert-il ?

Le gars à la capuche tourna l’écritoire vers lui.

— A voir que ces deux demoiselles sont accompagnées par une personne majeure, expliqua-t-il en vérifiant le registre. C’est bon, vous pouvez rentrer.
— Merci Leif ! fit Gudrun.
— Merci Leif ! dit Dagmar.
— Ravi de vous connaître, Leif, dit Draco.
— Tout le plaisir est pour moi, mon prince, répondit Leif en riant. Il parle comme un précis de grammaire, votre cousin, dit-il à l’adresse des jumelles.
— C’est son sortilège d’accélération d’apprentissage qui fait ça, expliqua Gudrun.

Draco ne fut pas fâché de se trouver à l’intérieur du Tombeau de Rollon. C’était un endroit convivial, éclairé par des torches et des chandeliers. De toute évidence, il était revenu dans son monde. Les consommations volaient d’elles-mêmes vers les clients, sans s’entrechoquer, une chose qu’on ne voyait que dans les établissements de grande classe. Les murs étaient recouverts de planches sculptées, pas seulement d’entrelacs mais aussi de runes et d’animaux fantastiques. Draco ne put que remarquer la cheminée monumentale où l’on avait allumé un feu.

— Non, mais, vous vous êtes bien fichés de moi ! s’étrangla-t-il. On aurait pu venir ici par la cheminée.
— Oui, mais ça aurait été moins drôle, commenta Dagmar.
— Et puis, on aurait pas eu la joie de frauder et d’utiliser la magie, fit remarquer Gudrun.
— C’est ça ! Je vous ai pourtant d...
— Eh ! s’écria une voix masculine. Pas mal le déguisement de Moldu !

Draco se retourna et se retrouva devant un jeune sorcier blond, portant un jeans et une longue tunique bleuâtre au col fendu et aux bords brodés, serrée à la taille par une grosse ceinture de cuir dont un long bout pendait par devant.

— On te présente Einar, un copain de classe, dit Gudrun. Einar, c’est notre cousin anglais, Draco.
— Salut !
— Salut ! répondit vaguement Draco, plus préoccupé des blagues des jumelles que par leur copain. Désolé, mais elles m’ont déjà teint mes chaussures en vert.

Il saisit son miroir et regarda sa tenue de plus près. Les deux sœurs pouffèrent. Un col droit blanc était apparu en dessous de celui de sa veste noire, formant un petit rectangle blanc entre les deux bords du col noir. Une petite croix argentée était épinglée sur la poitrine.

— Mais qu’est-ce que ça signifie ? s’exclama-t-il, outré.

Gudrun brandit prestement sa baguette et récupéra, d’un petit Accio, les deux accessoires.

— Elles sont fortes, hein ? hoqueta Einar en riant.
— C’est toi qui nous as donné l’idée, Draco, s’excusa Dagmar. Avec ton costume tout noir, tu ressemblais déjà à un curé, il n’en fallait pas beaucoup pour compléter la tenue. L’idéal pour traverser la cathédrale en se fondant dans la masse.
— Et puis c’était trop drôle, avoua Gudrun. Ben regarde, je suis bien déguisée en catho coincée !
— Il ne te manque plus que la croix de bois en sautoir et tu feras une novice très convaincante, ajouta Einar.
— Et moi, en guide touristique, avec le badge ensorcelé ! surenchérit Dagmar.
— Le badge est ensorcelé ? s’étonna Draco.
— Il fait office de repousse-Moldu, expliqua-t-elle. L’archiprêtre nous a fichu la paix.
— Mais quelle idée d’avoir bâti un bar sorcier en dessous d’une cathédrale ! s’étonna Draco.
— Ah non, on remet les choses à l’endroit, protesta Einar ! quelle idée d’avoir bâti une cathédrale sur un lieu de rencontre sorcier.
— Allez, on s’assoit et on prend un verre. On va t’expliquer tout ça.

Une serveuse habillée à la mode danoise du Xe siècle s’approcha d’eux. Sa plume à papote prenait automatiquement la commande : deux cidraumiel du jarl et deux calva-flamme. Les deux sœurs se jetèrent mutuellement un sortilège qui annula la métamorphose de leurs vêtements. Entre temps, deux jeunes sorciers adultes prirent place à leur côté.

— Des anciens de Beauxbâtons, expliqua Dagmar, Mélissandre et Merlin. Notre cousin Draco, d’Angleterre.

On échangea des poignées de main.

— Draco s’étonne que le bar se trouve en dessous de la cathédrale, expliqua Gudrun. Oh au fait, Merlin, tu peux nous développer ça ?

Elle lui donna les appareils de photo.

— Des photos sorcières, animées, s’il vous plaît, précisa Draco. Et j’aimerais avoir les négatifs.
— Je connais mon métier, merci, répondit Merlin, un peu vexé.
— Le prends pas mal ! fit Dagmar en riant. On l’a charrié toute la journée. Il est un peu nerveux.
— Je vous envoie ça, chez vous ? demanda Merlin. Pour ce soir, ça vous va ?
— Ce soir, ou demain matin, répondit Gudrun, du moment qu’on les a avant Noël ...
— Allez, Draco, je te raconte l’histoire de ce bar et toi, tu nous racontes pourquoi tu t’es fait prendre en photos, déclara Dagmar. Rollon, c’est le premier Duc de Normandie, le premier homme du nord a régné en prince sur ce lopin de terre. Voilà. Au temps où les sorciers et les Moldus cohabitaient, les sorciers se réunissaient près de la première église, et il n’y avait pas de soucis. Nos ancêtres se sont battus contre les premiers habitants de l’endroit et ils ont mis le feu à leur église, à plusieurs reprises. Les sorciers ont aidé à la reconstruire, mais ils se sont réservé leurs petits endroits à eux. Et puis les Moldus ont voulu agrandir, alors cette fois, les sorciers ont décidés de garder leur endroit de réunion secret, à côté de la vieille église, qui est devenue souterraine et les Moldus ont reconstruit la nouvelle au-dessus. C’est dans cette cathédrale que Rollon, le premier jarl a été enterré.
— Qu’est-ce que c’est, un jarl ? demanda Draco.
— Un prince, dans la langue du nord, répondit Einar. Quand le fils de Rollon a voulu transféré les restes de son père dans une abbaye, les sorciers ont secrètement échangé les ossements et ont gardés. Donc, le bon vieux Rollon est enterré dans un recoin de ce bar.
— Rollon était sorcier ? s’enquit le jeune Malfoy.
— On s’en fiche un peu, c’est notre ancêtre, déclara Einar.
— Moldu, sorcier ou Cracmol, mais en tout cas, il y avait une belle brochette de sorciers dans son entourage et il n’aurait jamais réussi sans eux, expliqua Gudrun.
— Maintenant que les deux mondes sont séparés, il faut user de ruses pour rentrer ici, continua Dagmar.
— Et pour les jeunes sorciers, c’est un vrai sport, reconnut Mélissandre.
— Je comprends pourquoi je devais être avec vous, commenta Draco, sarcastique. Vous risquiez de vous faire renvoyer et de voir votre baguette brisée, si vous n’aviez pas pu justifier l’activité magique par la présence d’un sorcier adulte.
— Ça va pas, non ? s’étrangla Gudrun.
— C’est comme ça que ça se passe en Angleterre ? s’étonna Merlin. Quand un élève fait de la magie en présence de Moldus on le renvoie ?
— Quand il fait de la magie en dehors de l’école, il risque le renvoi, confirma Draco.
— Ici, c’est le contraire, expliqua Dagmar. On te rappelle à l’école pour des cours supplémentaires.
— Et à quoi ça servirait de détruire une baguette ? On peut toujours s’en procurer une autre, ou en fabriquer une, ajouta Mélissandre.
— Fabriquer une baguette est un art ! s’indigna Draco. On ne s’improvise pas fabriquant de baguette !
— Bien sûr que c’est un art, rétorqua Dagmar. Et une baguette de secours n’a pas la même efficacité qu’une baguette du fabriquant. Il vaut mieux ne l’utiliser que pour des petits sortilèges de rien du tout, pour ne pas risquer l’accident. Mais pouvoir se tirer d’affaire, c’est aussi important.
— Vous apprenez à fabriquer des baguettes à Beauxbâtons ?! s’étonna Draco.
— Pourquoi penses-tu que ça s’appelle « Beauxbâtons » avec deux baguettes croisées sur le blason ? répliqua Gudrun. On apprend les bases de la fabrication. On a même des exercices pratiques. Certains sont plus doués que d’autres, mais si jamais notre baguette est brisée par accident, on peut se dépanner en attendant.
— Un bout de sureau que l’on évide, un petit crin de licorne ou un cheveu de sirène, en vente dans toutes les bonnes boutiques de l’Avenue des Détours, un peu de patience et le tour est joué, conclut Merlin.
— C’est une autre de vos blagues ? demanda Draco, sceptique, à ses cousines.
— Alors là, pas du tout ! répliqua Dagmar.
— Et puisque c’est comme ça, on va organiser un petit atelier baguette-maison ce soir ou demain, ajouta Gudrun.
— Mm ... demain, c’est à Thorvald de me jouer des tours, fit remarquer Draco.
— Alors, tu nous dis pourquoi tu t’es fait prendre en photos ? réattaqua Dagmar.
— A ton avis ? Ça me fera de bons souvenirs et des photos comme ça, dans le Daily Prophet **, ça risque de redorer mon blason, dit-il avec un sourire narquois.
— Je savais que tu étais là pour te refaire une virginité, affirma Gudrun.

Cette dernière sortie déclencha le fou-rire dans la tablée.


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* Poudlard
** La Gazette du sorcier
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