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127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Sélections du mois


Félicitations à AliceJeanne et TeddyLunard, qui remportent la Sélection Action/Aventure !

Vous voulez revenir dans le Futur ? Lors du mois de novembre c’est possible avec la Sélection Next-Gen ! Vous avez jusqu'au 30 novembre pour lire les 10 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter ici.

Et pour le mois de décembre, le thème et les textes vous attendent déjà avec la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez découvrir ces 12 histoires jusqu’à la fin de l’année et vous pourrez voter à partir de décembre. Pour en savoir plus, rendez-vous ICI !


De L'équipe des Podiums le 01/11/2022 19:00


15ème Échange de Noël


Le traditionnel Échange de fics de Noël est de retour pour sa 15ème édition !



Et cette année, vous pouvez écrire et recevoir : des fanfictions Harry Potter, des histoires originales... mais aussi des fanfictions sur d'autres fandoms ! Envie de nous rejoindre ?


Ça se passe d'ici le 31 octobre sur ce topic du forum HPF !


De L'équipe de modération le 23/10/2022 17:22


126ème Nuit d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 126 édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 21 octobre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De L'équipe des Nuits le 16/10/2022 11:07


Sélections du mois


Félicitations à Fleur d’épine, Ella C, Eejil9 et CacheCoeur, qui remportent la Sélection Femslash !

Vous voulez de l’action ? De l’aventure ? Ce mois de Sélections est fait pour vous ! Le Jury des Aspics vous invite à lire sur ce thème en octobre avec la Sélection Aventure/Action ! Vous avez jusqu'au 31 octobre pour lire les 5 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter par ici.

Et au mois de novembre, partez dans le futur avec la Next-Gen ! Vous avez jusqu’à la fin du mois d'octobre pour nous faire découvrir sur ce thème si vaste vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots. Pour proposer des textes, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news !

Il y a également la Sélection Fanfictions longues pour occuper vos nuits d’insomnies ! Jusqu’au mois de décembre, venez découvrir 12 histoires incroyables ! Pour en savoir plus, rendez-vous ICI.

 

 


De L'équipe des Podiums le 03/10/2022 23:05


La bataille de Jessie Anderson par Persis

[2 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Cette fic est ma participation à l'échange de fics cadeaux pour la Noël 2014. J'en ai profité honteusement pour faire du placement de produits en utilisant deux de mes précédents OC : Innogene et Saskia.
J'espère toutefois que cela aura l'heur de vous plaire.
Un jour mon prince viendra,
Un jour il me dira
Ces mots d'amour, si troublants et tendres
Que j'aurais tant plaisir à entendre !
Qu'il vienne, je l'attends,
Craintive et cœur battant,
Dans ses bras, alors,
Mon beau rêve enchanté
Deviendra réalité !(*)



Des pas précipités martelèrent la volée de marches. Une flopée de Silencio résonnaient dans la cage d'escalier et dans les couloirs, bientôt suivis de quelques Sourdinam qui n'étaient pas plus efficace. D'autres voix se joignirent à celle du directeur pour faire taire l'insupportable bluette. Et comme les Carrow n'étaient pas des plus futés, au lieu de faire taire la mélodie, leurs sortilèges eurent bientôt ôté la parole aux sorciers qui s'évertuaient à rétablir le silence.

Tapi derrière un lourd rideau, le visage lacéré d'écorchures, Neville savourait son succès. Une petite main le saisit à l'épaule et le tira vers l'arrière : Hannah Abbot lui fit signe de la suivre. Il disparut par une petite porte dérobée et rejoignit la Salle sur Demande pendant que les professeurs s'échinaient à faire cesser le sortilège.

Dès qu'il eut rejoint ses compagnons, il fut salué par une salve d'applaudissements. « Maintenant qu'ils ont de quoi s'occuper pour un petit bout de temps, on peut discuter tranquillement.» déclara-t-il.

En effet, les professeurs avaient fort à faire. Les tremolos de Blanche Neige, mêlés aux scratch scratch de l'aiguille du gramophone se montraient particulièrement rebelles aux contre-sorts. L'équipe éducative finit par se replier en salle des profs pour se concerter.

— C'est un sortilège fort complexe, commenta Flitwick en réajustant ses bésicles.
— Vraiment ? Je suis heureux de l'apprendre, commenta Snape, sarcastique.

Le professeur McGonagall ne disait rien, mais elle relevait fièrement la tête, regardant à gauche ou à droite comme si elle cherchait d'où provenait le son. Son regard croisa celui du Directeur. Il comprit d'un regard ce qu'elle pensait : elle était fière que Neville fût de sa maison. Ce grand benêt avait fini par prendre du poil de la bête, se dit-il. Dommage qu'il gaspillât ses talents naissants dans des blagues de potache guimauvesques.

— Restez ici, décréta-t-il. Je serai plus efficace tout seul.
— Mais Professss... protesta Amycus, avant de se retrouver le bec cloué par un Silencio.
— J'ai dit : restez ici ! grogna Snape.

Amycus se mit à gesticuler en articulant des mots qui ne sortaient pas de son gosier. Le professeur Chourave sortit un énorme mouchoir rouge à pois et feignit de s'y moucher pour masquer son fou-rire.

— Une petite partie d'échec, Minerva ? proposa le professeur Flitwick, guilleret.
— Volontiers, Filius, répondit-elle en essayant de dissimuler sa furieuse envie de sourire.
— Mais ... Vous n'allez pas laisser mon frère comme ça ! protesta Alecto en agitant les bras.
— Essayez un Finite Incantem, suggéra Slughorn d'un air faussement détaché.

Les professeurs Flitwick et McGonagal baissèrent le nez sur l'échiquier, le dos parcouru par des soubresauts nerveux.


*
**
***
**
*





Dans la salle commune des Serpentards, Draco Malfoy se laissa choir dans le premier fauteuil venu.

— Enfin ! Reconnaissance éternelle à celui qui vient de faire cesser cette scie, s'écria-t-il.

L'une de ses condisciples, Innogene Blueraven lui décocha un regard sceptique et interrogateur.

Le garçon avait beau se la jouer, depuis qu'il était revenu de ses vacances de Pâques, il était aussi pâle que sa chemise, ses traits étaient tirés et ses yeux cernés.

— Tu connais cette rengaine ? On dirait un truc de Moldus, tu ne crois pas ? demanda-t-il
— Peut-être bien, répondit Innogene sur un ton glacial.
— Tu as des amis Moldus, non ? demanda Pansy, sarcastique.
— J'ai autre chose à faire qu'étudier leur répertoire musical, répliqua Innogene.
— Si tu n'avais pas perdu ton temps à les fréquenter, tu aurais peut-être réussi tes ASPICs, l'an dernier, persifla Pansy.

Innogene la toisa avec mépris.

— Tu n'as rien à répondre ? reprit la groupie de Draco.
— Je ne vais pas gaspiller ma salive à m'abaisser à ton niveau. Au fait, Draco, tu sais ce qu'est devenue la fille Lovegood ?
— Et comment le saurais-je ? répondit le jeune homme, visiblement mal à l'aise.
— Je me suis dit que tu avais certaines relations ... dans certains milieux, répondit-elle.
— Je ne fréquente pas les Lovegood, répliqua-t-il maladroitement.
— Ce n'est pas à ces milieux-là que je faisais allusion, dit-elle avec un petit sourire supérieur. Je parlais de gens bien plus fréquentables que les Moldus.

Ce disant, elle jeta un rapide coup d’œil, lourds de sous-entendus vers Crabbe et Goyle. Draco passa du pâle à une teinte grise morbide.

— Bon ! Ben moi, je vous laisse, j'ai du travail, déclara brusquement Pansy, sur un ton faussement détaché.

Elle s'éloigna en se dandinant et en pointant le nez, ce qui lui donnait des allures de petite dinde. Tassé dans son fauteuil, Draco se décomposait. C'est à ce moment que Théodore Nott débarqua dans la salle.

— Tout va bien ? demanda-t-il, en fronçant les sourcils.

On ne savait trop à qui, d'Innogene ou de Draco, il s'adressait.

— Tout va pour le mieux depuis que cette rengaine a cessé, répondit sa condisciple avec un large sourire. Un petit verre, pour fêter ça ?

Elle retira une fiole des replis de sa robe et fit apparaître trois verres à liqueur d'un coup de baguette magique. Elle servit un liquide carmin dans les verres et les présenta aux deux garçons.

— A la santé des Serpentard, dit-elle en levant le breuvage.

Draco et Nott firent cul sec.

— Fichtre ! C'est fort ! s'étonna le jeune Malfoy en rougissant. Qu'est-ce que c'est ?
— Un cordial. C'est le professeur Slughorn qui m'a donné la recette pendant ... ses cours particuliers.
— Tu as une curieuse manière d'appeler les retenues, taquina Nott.
— Appelle ça comme tu veux ; je ne perds pas une occasion d'apprendre, répondit Innogene, de bonne humeur.
— En effet, j'ai pu le constater, approuva Théodore.

*
**
***
**
*



Bien loin de là, une autre scène mi-figue, mi-raisin avait lieu. Une jeune sorcière fêtait son anniversaire. Entourée de ses proches et de ses hôtes zélandais, elle regardait arriver un énorme gâteau volant dans les airs, surmonté de dix-sept bougies aux couleurs changeantes.

— Happy birthday to you
In de wei staat een koe
En de koe zegt : I love you
Happy birthday to you !

Jessie fit un énorme effort pour sourire. Ses hôtes s'étaient coupé en quatre pour lui offrir un refuge, à elle, et à sa famille quand ils avaient dû fuir la Grande-Bretagne et ils avaient fait tout leur possible pour fêter dignement son anniversaire. Mais cette version abâtardie de la célèbre chanson ne faisait que retourner le couteau dans la plaie : elle devait fêter son anniversaire loin de chez elle.

— Cela veut dire : Joyeux anniversaire, dans la prairie, il y a une vache et la vache dit : je t'aime, joyeux anniversaire, expliqua Huub Hendricks, le trentenaire qui l'hébergeait, elle et sa famille.
— Merci, c'est gentil.

Corrie Ter Steel, la maîtresse de maison coiffa la demoiselle d'un diadème à dix-sept pointes avant de l'embrasser chaleureusement. Tout le monde se serra autour de Jessie pour la féliciter. Jessie fit contre mauvaise fortune bon cœur et s'efforça d'oublier les circonstances peu réjouissantes dans lesquelles elle était mise à l'honneur.

Elle s'efforçait de donner le change, pour ses parents, surtout pour sa mère, Moldue, qui était dépassée par les événements. Il avait fallu déménager subitement, une nuit d'août mémorable où son ancien professeur avait débarqué à la maison, les enjoignant de prendre la fuite. Un portoloin les avait amené de l'autre côté de la mer du Nord, dans une contrée qu'ils ne connaissaient pas, où l'on parlait une langue qu'ils ne comprenaient pas avec des habitudes de vie, de la nourriture, des coutumes différentes des leurs.

Ils avaient été immédiatement pris en charge par une famille de sorciers. L'évacuation des personnes en danger avait planifiée des mois à l'avance par un réseau dont ils n'auraient jamais pu soupçonner l'existence. Jessie et sa jumelle Delia avaient été invités à rejoindre une école de magie néerlandaise mais Jessie, plus que les autres, avaient du mal à trouver ses repères malgré les trésors d'ingéniosité mis en œuvre par le corps enseignant d'Heidenbree. Elle et sa sœur retournaient en famille bien plus souvent que les autres élèves.

Seymour, leur frère cadet, n'était pas sorcier, pas plus que leur frère aîné Corbin. Ils suivaient des cours dans des établissements Moldus où ils réussissaient brillamment, Seymour dans l'enseignement secondaire et Corbin dans une haute école. Ils tenaient sans doute ce penchant pour l'étude de leur père. Il faut dire que l'histoire de la famille Anderson était des plus singulières.

Durant dix ans onze mois et trente jours, Jessie et Delia avait mené la vie ordinaire de toutes les petites filles d'Angleterre, à quelques bizarreries près. Mais le jour de leur onzième anniversaire, les jumelles avaient vu débarqué une horde de hiboux porteurs de lettres écrites d'une encre couleur émeraude, au grand dam de Mr Anderson qui aurait voulu les faire disparaître. Jessie la première avait réussi a en attrapé une, à l'ouvrir et à la lire. On la conviait à rejoindre une école de sorcellerie à la rentrée. Leur père avait prétendu maladroitement qu'il s'agissait d'une blague de leur grand-mère un peu farceuse et branchée gothique selon lui.

Les enfants Anderson ne voyaient pratiquement jamais leurs grands-parents paternels. Quand on le questionnait à ce sujet, Eusebius, leur papa, répondait vaguement qu'ils vivaient loin de là et qu'il s'était brouillé avec eux, puis il changeait rapidement de sujet. L'explication de la blague paraissait peu crédible aux yeux des deux jeunes demoiselles.

Le soir-même, granny et grandpa Anderson débarquaient à la maison. La mort dans l'âme, Eusebius révéla à sa femme et ses enfants ce qu'il aurait préféré leur cacher : il existait un autre monde d'où il était issu et qu'il était sorcier. Mais un sorcier si peu doué pour la sorcellerie que ses compagnons de classe le traitait de Cracmol. Plutôt que de se ramasser royalement, il avait préféré quitter Poudlard avant de passer ses BUSE. Il avait rejoint un vague cousin Cracmol et reprit des études moldues au désespoir de ses parents.

« J'aurais préféré être carrément sans pouvoirs. » avoua-t-il sincèrement. Le Directeur de Poudlard lui avait pourtant assuré que ses talents pourrait se développer sur le tard, il n'en croyait pas une miette. La seule concession qu'il fit à ses parents, fut de suivre quelques cours particuliers avec un de ses oncles ; sans grand résultat ni grand intérêt à ses yeux. Il avait épousé Heather, une Moldue et bannit la magie de sa vie en espérant de tout son cœur ne pas avoir transmis le gêne sorcier à ses enfants.

Mr Anderson travaillait comme haut fonctionnaire au cabinet du premier ministre. Les premiers ministres se succédaient les uns après les autres, il restait indéboulonnable pour la bonne et simple raison que le Ministère de la Magie lui avait confié la tâche de faire le lien entre les deux cabinets. Envoyer quelques hiboux ou se servir de poudre de cheminette restait dans ses cordes. C'est tout ce qui restait comme attache avec ses ascendants sorciers.

La lettre aux jumelles venait lui rappeler une réalité qu'il voulait oublier. Il finit par céder aux pressions conjointes de ses parents et de sa propre femme : Jessie et Delia iraient à Poudlard. Mais l'ascension de Voldemort avait changé la donne. Les Anderson était une proie toute indiquée pour les Mangemorts ; les membres actifs de la résistance les avaient mis à l’abri.


Sa bonne connaissance des deux mondes avait facilité la recherche d'un emploi pour Eusebius Anderson, par contre pour Heather, la maman, les choses avait été plus compliquées. On avait fini, au bout de plusieurs mois à lui trouver un travail de secrétaire dans une succursale d'une multinationale.

L'exil, la guerre n'étaient pas seule ombre sur ce dix-septième anniversaire. Delia n'était pas là pour le fêter avec elle. Deux semaines auparavant, profitant d'un retour en famille, elle l'avait plantée là, sur le quai où l'attendait la péniche, et avait transplané. La jeune fille ne voulait pas attendre davantage pour rejoindre les maquisards.

Jessie trouva une lettre de sa sœur lui demandant de lui pardonner, lui expliquant que l'une d'elle devait rester pour protéger leurs parents et leurs frères et qu'elle préférait prendre pour elle tous les risques et l'épargner.

Jessie le prit comme une insulte et une trahison : elle n'avait pas besoin d'être traitée comme une petite qu'il faut materner. Elle avait le même âge qu'elle, à quelques minutes près. Elle aussi avait le droit de se battre. Il aurait été plus facile de partir ensemble, toutes les deux, une fois leur dix-sept ans révolus, pour elles et pour leurs parents.

Certes Delia lui avait fait parvenir deux messages, l'un d'Irlande lui disant qu'elle était bien arrivée et un second provenant d'Ecosse lui demandant de ne pas chercher à la retrouver. Loin d'apaiser Jessie, ces nouvelles la faisait bouillonner.

Une fois qu'elle eût mangé sa part de gâteau, la jeune demoiselle se vit offrir quelques présents. Son père lui offrit un montre magique, gravée à ses initiales ; sa mère, un objet Moldu qui permettait de téléphoner sans être relié à un fil. Corbin lui fit présent d'un étrange dispositif muni d'écouteurs qui lisait des disques compact, grâce auquel on pouvait écouter de la musique tout en se promenant. Seymour avait pris sur son argent de poche de quoi lui offrir un livre d'aventure. Elle reçut un chaudron en cuivre d'une excellent qualité de la part de ses hôtes et un compendium latin-anglais de sorts défensifs de la part d'une vieille parente de leurs hôtes. C'était une vieille dame d'un âge très avancé, mais fort agile. Elle n'était pas très grande et ses deux yeux pétillaient de malice.

Jessie feuilleta le grimoire. Le livre, d'un niveau exceptionnel, exposait avec force dessins et schémas animés une foule de sortilèges qui lui était parfois inconnus. Il renfermait pas mal de conseils et d'astuces. Certaines pages restaient vierges pour permettre d'y mettre ses propres annotations. Malgré sa taille, sa reliure de cuir et ses fermoirs de cuivre, l'ouvrage restait léger. Mr Anderson était lui-même impressionné par ce livre et répétait qu'il s'agissait d'un présent de grand prix, que l'aïeule avait fait des folies.


Au soir de cette journée bien remplie, Jessie prit un peu de temps pour elle et alla se promener sur les digues. L’Escaut laiteux paressait sous un ciel bas et gris. Les mouettes allaient et venaient en poussant de petits cris agacés. La jeune fille s'assit sur le talus et resta un moment à regarder l'horizon. Elle se rendit compte que quelqu'un venait de s'asseoir à côté d'elle. La vieille dame restait là à la regarder en souriant.

— Quel est ton plus cher souhait ? lui demanda-t-elle, au bout d'un moment.
— La paix. Que la paix revienne, que tout soit comme avant.
— Quand la paix reviendra, ce sera bien mieux qu'avant, affirma l'aïeule.
— Si elle revient, soupira Jessie.
— Elle reviendra. Elle finit toujours par revenir. À mon avis, cela ne va plus trop traîner.
— Vous êtes bien sûr de vous !
— Tu n'es pas la seule à écouter Radio Potterveille. Et puis, j'ai mes informations ; mes petites oreilles traînent partout. Tu n'aurais pas un autre plus cher souhait ?
— Aller me battre, avec les autres. Et le plus vite sera le mieux.
— Je te comprends, je serais dans le même état d'esprit à ta place. Mais es-tu vraiment prête ?
— Avec votre grimoire de sortilèges défensifs, je vais faire des progrès, dit-elle en souriant.

La petite vieille se mit à rire.

— Il ne suffit pas de lire, il faut de la pratique. Tu es majeure, plus personne ne peut te dicter ta conduite, mais ne te précipite pas tout droit dans la gueule du dragon. Pourquoi prendre des risques inutiles, comme ta sœur, qui est partie au petit bonheur la chance.
— Ne me parlez plus d'elle, répliqua Jessie, maussade. Si je n'existe plus pour elle, elle n'existe plus pour moi.
— Mouais ! On dit ça ! Je ne vous donne pas quinze ans avant de vous réconcilier.
— Quinze ans ?!
— Eh bien tu vois ! s'exclama la sorcière triomphalement.

Le délai de quinze ans paraissait si long à Jessie qu'elle réalisa sur le coup que son désir de se raccommoder avec sa sœur était plus fort que sa colère.

— Quoi qu'il en soit, tu as besoin de préparation.
— Oh ben, je peux me défendre ! protesta gentiment Jessie.
— Ah oui ?

Avant qu'elle n'ait pu réaliser ce qui se passait, la vieille dame l'avait désarmée et brandissait triomphalement sa baguette.

— Vous m'avez eue par surprise ! fit remarquer Jessie, un peu vexée.
— Première leçon : ne pas te laisser surprendre, être toujours sur tes gardes.
— Et puis, vous avez lancé un sortilège informulé.
— Plus vite tu maîtriseras ce genre de sortilèges, plus vite tu seras prête.
— Mouais ! Vous trouvez ça loyal, jeter des sorts sans que l'adversaire ne le sache ? tiqua Jessie.
— Tu penses que tu vas te battre contre une armée d'ours en peluche, à coup de polochons ? répliqua la petite vieille.

Jessie vit juste la main de l'aïeule s'ouvrir rapidement et déployer les doigts. L'instant d'après, il lui sembla avoir rapetissé, rétréci. La vieille dame était devenue très grande par rapport à elle. Et puis, elle ne voyait plus de la même façon, comme si elle pouvait voir loin derrière elle sans tourner la tête, et elle ne portait plus les mêmes vêtements. Au fait, ce n'était plus des vêtements mais ... des plumes blanches et noires ! Le cœur lui battit à tout rompre, un sentiment de panique s'empara d'elle. Cette vieille dame si gentille venait de la transformer en oiseau !

— N'aie pas peur ! Tu vas retrouver ton apparence, même si je mourrais ici brusquement, expliqua l’aïeule. Essaie de venir sur mon épaule.

Jessie voulut parler, mais seul un affreux bruit de crécelle sortit de son gosier. Quand elle voulut avancer et mettre un pied devant l'autre, elle se surprit à sautiller.

— Ouvre tes ailes et bats-les doucement, tu vas voir, conseilla la vieille dame.

L'exercice était plus difficile qu'il n'y paraissait. Après quelques tentatives infructueuses, Jessie parvint à se jucher sur l'épaule de son étrange professeur. Quelques secondes plus tard, elle avait repris son apparence première et se retrouvait la tête de le creux de son épaule.

— C'est un bon début, décréta l'aïeule.
— Mais à quoi vous jouez ?
— Je ne joue pas. La guerre n'est pas un jeu. Autrefois, j'étais Magendarme, Auror, comme vous dites chez vous. J'ai traversé plusieurs guerres en plus d'un siècle d'existence.

Jessie ouvrit des yeux ronds. Cette dame devait être aussi âgée que le regretté Dumbledore.

— Excusez-moi, mais quel âge avez-vous ?
— Ne t'excuse pas. J'ai 114 ans. Je ne suis plus aussi souple qu'il y a cinquante ans, mais je peux encore t'apprendre deux ou trois petits trucs. Ne sois pas trop cruelle avec tes parents, patiente encore quelques jours avant de rejoindre tes camarades.
— Vous voulez bien ... m'apprendre à me battre ? s'étonna Jessie, incrédule.
— Bien sûr, c'est pour cela que je suis ici.
— Oh, merci, madame !
— Pas de « madame » entre nous ; appelle-moi Saskia. Il faut que tu sois prête à faire la traversée et pour ça, tu dois pouvoir te comporter comme le ferait n'importe quelle pie.


*
**
***
**
*


Trois jours étaient passés. Jessie, debout sur la digue, regardait le soleil qui se rapprochait de l'horizon. Saskia Wilgtak se matérialisa subitement à ses côtés. Elle trouva la jeune fille prête à réagir, la baguette à la main.

— Magnifique ! approuva l'aïeule, je vois que tu es prête à faire face. C'est très bien.
— Qu'est-ce que papa a dit ? s'informa Jessie.
— Il te comprend même il a du mal à accepter. Je pense qu'il brûle d'envie de t'accompagner, malgré son aversion pour la magie. Le plus dur sera de convaincre ta mère qu'il faut qu'elle reste en dehors de tout ça, le temps que tout soit régler. De toute façon, Seymour n'a que treize ans, il faut bien que quelqu'un veille sur lui. Tu es toujours aussi décidée ?
— Plus que jamais !
— Alors ne regarde plus en arrière, tu dois aller de l'avant. Ecoute bien ce que je vais te dire , avec tes deux oreilles, jeune fille : une fois que tu t'engages, ce qui est derrière toi reste derrière toi. Plus rien ne doit compter que le but que tu dois atteindre. Laisse les regrets au cimetière.
— Je n'ai pas de regret.
— C'est facile de ne pas en avoir pour le moment. C'est au plus fort des combats qu'ils risquent de venir te hanter et de pomper ce qui te restera d'énergie. Ne quitte jamais le but des yeux et advienne que pourra.
— D'accord, approuva Jessie.
— Bien, il est temps. Donne-moi le bras.
— Je peux transplaner ! protesta la jeune fille.
— Oui, mais c'est moi qui sais où l'on va : donne-moi le bras !

Les deux femmes se retrouvèrent dans une ruelle pavée, éclairée par des lanternes biscornues et totalement dépareillée. Jessie reconnut la Cour Taciturne, le pendant néerlandais de l'Allée de Traverse. La vieille dame avançait à grand pas et Jessie devait allonger la jambe pour pouvoir suivre son allure. Elle la mena droit à une petite taverne pittoresque où trinquait un public sorcier haut en couleur. Si Saskia parlait un excellent anglais, le monde qui entourait à présent Jessie ne parlait que l'idiome national. Et là, elle n'avait plus le mainate traducteur qui l'accompagnait à l'école pour jouer les truchements.

— Goeienavond ! salua le tavernier.
— Hooi Xander ! Is de haard klaar ?
— Tuurlijk ! Ben je zo haastig ?
— Ja !
— Wil je niets drinken ? Ik trakteer !
— Nee, sorry. We zijn verwacht.
— Jammer ! 't Zal voor de volgende keer zijn.

Jessie essaya de bredouiller une vague formule de politesse tout en suivant Saskia qui avait depuis longtemps laissé le tenancier derrière elle pour se diriger droit vers la cheminée. La vieille dame jeta de la poudre de cheminette dans l'âtre en murmurant une adresse. Les flammes verdirent et le visage d'un homme âgé apparu dans le foyer.

Les sanglots
des violons
de l'automne
(en français dans le texte) déclama-t-il.
Blessent mon cœur
d'une langueur
monotone,
acheva-t-elle.

Saskia se retourna vers Jessie et lui répéta les consignes :

— Au moindre problème tu transplanes ...
— ... au Vliegende Hollander, Amsterdam, acheva Jessie.
— Et maintenant ?
Sir Archibald, Guernesey.

Jessie prit la poudre et la jeta dans la cheminée tout en s'y engageant et en répétant la destination. Elle vit défiler une multitude de cheminées et se retrouva devant un monsieur âgé, en redingote, dégarni et très distingué qui l'accueillit galamment. Son accompagnatrice la suivit de près.

— Mesdames, soyez les bienvenues dans ma modeste demeure, leur dit Sir Archibald. Votre embarcation vous attend. Avez-vous votre balai ? Je peux vous en prêter si vous le désirez.
— Ce ne sera pas nécessaire, déclara Saskia.

Elle jeta dans les airs deux mini-balais d'une dizaine de centimètres. Un coup de baguette magique leur rendit leur taille originale. Sir Archibald se drapa dans sa cape et conduisit ses invitées sur le pas de sa chaumière. Les sorciers enfourchèrent leur balai et s'envolèrent vers une crique où les attendait un petit bateau de plaisance. Les deux femmes y prirent place après avoir miniaturisé leur balai et pris congé de Sir Archibald. Saskia tapota le tableau de bord de sa baguette et l'embarcation se mit en route.

— Nous en avons pour un petit quart d'heure, expliqua la vieille dame. Tiens, il y a des boissons chaudes et une collation qui nous attendent. Tu veux prendre quelque chose ?
— Je n'ai pas très faim.
— Tu as bien une petite place pour du thé et des biscuits ?
— Oui, je veux bien.

Tout en sirotant sa tasse de thé, Jessie voulut s'informer de la situation.

— On ne risque pas de se faire repérer, pendant notre voyage ?
— Le risque zéro n'existe pas, rétorqua Saskia, mais toutes les précautions ont été prises pour nous rendre quasi invisibles : la route que nous empruntons est sinueuse, la vitesse trop élevée pour accrocher le regard et un transport maritime magique ne laisse pas de sillon sur l'eau.
— Je ne sais pas ce que j'aurai fait sans vous.
— Tu aurais transplané droit dans un repère de racailles, plaisanta Saskia. Et ne te réjouis pas trop vite, nous ne sommes pas encore arrivées.


Le voyage ne fut pas très long. Bientôt le bateau s'arrêta aux larges des côtes britanniques. Saskia se leva sans rien dire et sortit sur le pont, Jessie la suivit tout simplement. La vieille dame lui offrit son bras et toutes deux transplanèrent. La jeune fille regarda tout autour d'elle, sans parvenir à reconnaître l'endroit où elle venait de se matérialiser. Avant d'avoir réalisé ce qui se passait, elle se retrouva métamorphosée en pie par une Saskia animagus qui prit tout aussitôt cette forme. Bientôt la nuit allait tomber, il n'y avait aucune minute à perdre.

Les deux oiseaux se posèrent sur un petit chemin de terre. Si Saskia reprit son apparence humaine, elle laissa Jessie sous celle de l'oiseau. La sorcière pointa sa baguette vers le ciel et fit jaillir un jet lumineux orange. La pie à ses côtés sautillait et jacassait.

— Patiente un peu, marmonna la vieille dame. Tu es en sécurité sous cette forme ; contrairement à toi, je ne risque plus de mourir jeune.

La pie alla se jucher sur son épaule et Saskia écarta d'un coup de baguette magique les branches d'un buisson, découvrant ainsi un sentier qui menait à une chaumière. Elle saisit le heurtoir et frappa à la porte.

— Qui est là ? fit une voix fluette de l'autre côté.
Je maintiendrai (en français dans le texte), énonça Saskia.
Concordia res parvae crescunt ! articula péniblement la petite voix.

La porte s'ouvrit.

— Je ne me ferai jamais à la façon dont les Britanniques écorchent le latin, commenta Saskia en abaissant sa baguette.
— Je me suis pourtant exercé pendant plusieurs jours, protesta un sorcier qui avait repris sa voix ordinaire.

La veille dame se mit à rire. Elle tendit le bras et la pie se posa sur le bout de sa main. Un coup de baguette magique rendit son apparence humaine à la jeune fille.

— Mr Wood, voici Jessie Anderson, dit Saskia. Jessie, Mr Wood est le père d'un de tes anciens condisciples : Oliver.
— Bonsoir Jessie, heureux de faire ta connaissance.
— Bonjour monsieur ...
— Tu peux m'appeler Stanley !
— C'est ici que je vous laisse, déclara la vieille dame. J'ai promis d'être rentrée avant les douze coups de minuit, plaisanta-t-elle.
— Merci pour tout, Saskia ! Et bon retour, lui dit Jessie.
— Si vous avez besoin de moi, vous savez où me trouver !

Elle disparut tout aussitôt, laissant Jessie sur le pas de la porte. Mr et Mrs Wood firent bon accueil à leur invitée ; ils la conduisirent jusqu'à la salle à manger. La table était dressée pour cinq personnes

— Ce soir, c'est Stanley qui fait la cuisine, déclara Mrs Wood. Oliver ne va pas tarder et je pense qu'il va amener de la compagnie.

En effet, une petite sonnette retentit et Stanley Wood se précipita dans une pièce à l'arrière. Il revint moins d'une minute plus tard avec Oliver et Katie Bell. Les anciens condisciples s'embrassèrent chaleureusement, heureux de se revoir. Jessie eut du mal à faire honneur au repas, la journée avait si riche en événements. Katie lui donna des nouvelles de Delia : elle était à l'abri et participait à des actions ponctuelles. Oliver lui apprit que les choses bougeaient mais refusa d'en dire plus.

— Tu as des nouvelles de Luna Lovegood ? demanda Jessie
— Je sais qu'elle est sécurité.
— Où cela ?
— Je n'en sais rien. Elle a échappé au pire ; les Weasley ne veulent pas m'en dire plus.
— Tu es en contact avec les Weasley ? ! s'étonna Jessie.
— Oui. D'ailleurs je pense qu'on pourrait aller les rejoindre demain.

Comment s'endormir après de telles nouvelles ? Jessie se retournait nerveusement sur son lit de fortune mais à la longue, la fatigue finit par avoir raison d'elle. Le jour était levé depuis longtemps quand elle se réveilla. En la voyant émerger de sa chambre les yeux bouffis et la voix rauque, Oliver et Katie ne purent s'empêcher de rire. Mr et Mrs Wood lui avait préparé un solide breakfast qui lui cala l'estomac. Ses hôtes prirent le temps de s'asseoir avec elle à table pour prendre une tasse thé.

— Une fois que tu seras prête, on se mettra en route, annonça Oliver.
— Vous auriez dû me réveiller, marmonna Jessie.
— La journée risque d'être longue, expliqua le jeune homme. Il y a du mouvement dans l'air.
— Mais quoi au juste ? protesta Jessie. Vous ne me dites rien !
— On ne peut pas te dire ce qu'on ne sait pas, expliqua Katie. Le secret est la clé de la sécurité. Ce qu'on ignore, on ne peut pas le raconter même malgré soi, sous Veritaserum, Impero ou par legilimancie.
— C'est quoi ça ? s'étonna Jessie.
— L'art de lire dans les émotions et les souvenirs, répondit Oliver.

Quand la jeune fille eut englouti les victuailles d'un bon coup de fourchette, elle alla chercher un petit sac à main qu'elle portait en bandoulière et suivit ses camarades jusqu'à un vestiaire au fond de la maison. Stanley les y accompagna. Au fond de la pièce se dressait une penderie à double fond, fermé par un sortilège dont Mr Wood détenait le secret. Le double fond s'ouvrit sur un débarras où s'entassait un incroyable bric à brac d'objets divers, parfois cassés et d'artefacts curieux. Le petit groupe, Oliver en tête, se dirigea vers une armoire à disparaître. En serrant un peu, les trois jeunes gens purent y prendre place. Stanley ferma la porte et quelques instants plus tard, George Weasley la rouvrit.

Jessie et ses compagnons se retrouvaient à présent dans une cave avec l'équipe de Potterveille. Les jumeaux Weasley, Lee Jordan et Remus Lupin vinrent à leur rencontre.

— Heureux de te revoir Jessie, dit Lupin.
— Moi aussi, professeur.
— Appelle-moi Remus. Au fait, il y a quelqu'un qui t'attend dans la pièce d'à côté.

Il lui mit la main sur l'épaule et la conduisit jusque-là. La première chose qu'elle vit fut Shacklebolt en grande conversation avec Alicia Spinnet. Mais rapidement, une voix connue attira son attention.

— Jessie ? C'est toi ?

Delia accourut pour l'embrasser ; Jessie la regarda droit dans les yeux avec un grand sourire. Dès que sa sœur fut à portée de main, elle lui décocha une gifle magistrale.

— Traître ! s'exclama-t-elle.
— Mais t'es folle ou quoi ! répliqua sa sœur, en se tenant la joue. Idiote !

Delia lui envoya un coup pied dans le tibia. Jessie, décidée à en découdre, l'attrapa par les cheveux et la tira violemment. Le crêpage de chignon fut vigoureusement interrompu par Fred et George qui se chargèrent des deux furies.

— Désolé d'interrompre votre touchante conversation les filles, dit George, en tenant Jessie qui se tortillait pour se dégager, mais il faudrait peut-être garder votre énergie pour les vrais méchants.
— Vos retrouvailles nous touchent profondément, ajouta Fred qui avait fort à faire avec Delia. Puis-je vous suggérer de modérer vos transports.
— Cette espèce de traître est partie sans moi, rageait Jessie.
— Tu aurais dû rester protéger nos parents, gronda Delia.
— Si vous ne vous calmez pas, je vous renvoie toutes les deux d'où vous venez, illico presto, tonna Kingsley. On a des choses plus urgentes à régler que vos différends de famille.
— Faux-derche, murmura Jessie entre ses dents, en se dégageant.
— Grognasse, marmonna Delia.
— Ne dis pas des choses que tu pourrais regretter après, lui glissa Fred dans le creux de l'oreille. Ce serait dommage que ce soit la dernière chose que tu lui aies dite si l'une d'entre vous devrait y rester.

Les soeurs Anderson durent se rendre à la raison et se contenter de se foudroyer mutuellement du regard.

— On peut passer aux choses sérieuses ? gronda Remus, mécontent. Bien ! Ce matin Harry, Ron et Hermione ont quitté le lieu où ils se trouvaient pour une mission dont ils n'ont rien voulu dire, mais qui pourrait s'avérer décisive. Nous devons être prêts à intervenir à n'importe quel moment du jour ou de la nuit.
— Quel est le plan, bredouilla Jessie pour retrouver une contenance.
— On avisera au moment même, répondit Kingsley. Qu'est-ce que tu sais faire, à part donner des gifles et tirer les cheveux ?

La main qui tremblait encore sous l'effet de la colère, la jeune sorcière tira son grimoire de son sac.

— C'est toi qui a ensorcelé le sac ? demanda Kingsley.
— Non, c'est un cadeau du professeur van Benschop pour mon anniversaire. Et le grimoire, c'est Saskia qui me l'a offert. Elle m'a appris ces sorts-là.

Tout en parlant, Jessie avait ouvert le gros livre et en feuilletait les pages. Elle montra les passages concernés à Shacklebolt.

— Le Dr Wilgtak s'est chargé de t’entraîner ? s'enquit l'Auror.
— Le Docteur Wilgtak? s'étonna Jessie.
— Le Docteur Saskia Wilgtak, première conseillère de la Confédération internationale des Mages, et Sorciers, Grande Dame de l'ordre d'Hécate, instructrice émérite des Magendarmes néerlandais, énonça Remus. Si tu es passée par ses mains, tu as été bien entraînée.
— Alors Saskia, c'est quelqu'un d'important, bredouilla la jeune fille, éberluée.
— Eh ben, un peu, oui ! répondit Lupin. C'est elle qui a mis sur pied le réseau qui nous a permis d'évacuer pas mal de familles en danger.
— Comment es-tu arrivée jusqu'ici ? demanda Kingsley sur un ton un peu soupçonneux

Jessie se mit à raconter son entraînement et son voyage.

— Mais je n'ai pas compris, ajouta-t-elle, pourquoi elle m'a changé en pie pour voler jusque chez les Wood alors qu'on aurait pu directement transplaner jusque-là. Elle a passé du temps à m'apprendre à voler alors que ça ne va pas me servir.

Lupin et Kingsley échangèrent un regard.

— Saskia ne fait rien sans raison, dit posément Remus. Si elle t'a appris à voler, c'est certainement pour nous aider.
— Quel sort a-t-elle utilisé pour la métamorphose ? s'enquit Kingsley.
— ... Ce n'était pas le sort que j'ai appris à l'école, répondit Jessie après un instant de réflexion. D'ailleurs — elle feuilleta le grimoire — elle l'a écrit ici.

Remus examina pensivement la formule.

— Ça me rappelle quelque chose, murmura-t-il.
— Je pourrais aller espionner sous cette forme, suggéra Jessie.
— Et te faire attaquer par un faucon, fit remarquer Oliver.
— Non, Saskia m'a dit qu'en me concentrant je pouvais éloigner les prédateurs ou retrouver ma forme humaine.

Remus releva la tête et regarda Kingsley d'un air entendu.

— Oui, tu retrouves ta forme humaine et tu t'écrases au sol, plaisanta George.
— Je connais une formule de ralentissement de chute.
— Et tu auras glissé ta baguette dans les plumes, auparavant ? ajouta Fred.
— Non. Non pas du tout, mes vêtements et tout ce que je porte sur moi ...
— ... s'imprime sur ton plumage, acheva Remus.
— Oui, exactement.
— Ça peut nous être d'une grande utilité.
— C'est beaucoup trop dangereux, protesta Delia.
— Nous ne sommes pas là pour une promenade de santé, répliqua Lee Jordan.
— Tout à fait d'accord, approuva Jessie avec aplomb.


Sur ce, les membres du groupe décidèrent de s'offrir une petite séance d'entraînement. Lee Jordan s'exerçait avec Alicia Spinnet, Oliver avec Katie, George avec Delia, Fred avec Remus ; quant à Kingsley, il se fit un devoir de tester le niveau de Jessie. Il la fit transpirer.

La jeune fille se démenait autant qu'elle le pouvait, essayant de mettre en pratique tout ce qu'elle avait appris. Elle avait surtout peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur. Elle tenait bon sous les assauts répétés, jusqu'à ce que George lançât un sortilège qui gratifiait sa sœur d'une paire d'oreilles géantes et violettes. Son adversaire profita de ce quart de seconde de distraction pour la stupéfixier.
Un Enervatum la remit bien vite sur pied.

— Je me suis laissée surprendre, bougonna Jessie.
— Erreur de débutante, admit Kingsley. Le tout est de retenir la leçon. Je vois que tu es passée entre de bonnes mains. Ton niveau est plutôt bon, mais n'oublie pas que nous aurons à faire à forte partie.
— J'espère que je ne devrai pas faire face à des sortilèges du style jumeaux Weasley.

Cette sortie déclencha l'hilarité générale. Au début de l'après-midi Tonks vint rejoindre le petit groupe. Elle était en train de détendre l'atmosphère en changeant la couleur de ses cheveux ou la forme de son nez quand la porte de l'armoire à disparaître se mit à frapper d'elle-même.

Lee Jordan se précipita pour l'ouvrir ; aussitôt, une foule de petits oiseaux en papier s’engouffrèrent dans la cachette. Chacun s'activait pour les attraper et les déplier. Fred bondit vers l'émetteur

— Mais qu'est-ce que tu fais ? s'exclama Remus. C'est pas l'heure, personne ne va ...
— Remus a raison Fred, murmura Kingsley. Selon nos informations, Harry vient de cambrioler Gringott. On ne sait pas trop ce qu'il y cherchait mais il s'est enfui de là sur le dos du dragon gardien des coffres.

Jessie resta bouche bée.

— On suit la procédure habituelle, décréta Kingsley. Tout le monde rentre chez soi et on se tient au courant.

Sans broncher, les jumeaux Weasley transplanèrent sur le champ. Oliver et Katie poussèrent Jessie vers l'armoire à disparaître, mais l'Auror la héla.

— Si tu permets, Jessie, j'aimerais que tu restes ici avec nous.
— C'est comme vous voulez, répondit-elle.
— Alors je reste aussi, décréta Delia.
— Non, désolé, Delia, répondit Kingsley. Juste ta sœur.
— Mais, je ... protesta-t-elle.

Lee Jordan la prit par le bras et lui fit signe de les suivre, lui et Alicia. Oliver et Katie s'engouffrèrent dans l'armoire à disparaître. Alicia et Lee attendirent leur tour et prirent le même chemin. Arthur Weasley les rejoignit peu après.

— Mais c'est ... ! s'exclama Arthur.
— Jessie, la sœur de Delia répondit Remus. Jessie a reçu quelques leçons très particulières du Dr Wilgtak. Je suppose que c'est pour ça que Kingsley a décidé de la garder ici.
— Oui, en effet. Tu vas nous être très utile Jessie.

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Une pie quitta la toiture du manoir Malfoy pour s'envoler vers le bois qui l'entourait. Elle alla se poser sur le dossier du banc de l'arrêt de bus. Un vieil homme qui y était assis la prit en main et tranpslana tout aussitôt. Une fois revenus à la cave qui servait de quartier général, Remus reprit son apparence habituelle grâce au sortilège de Kingsley tandis qu'Arthur rendait la sienne à Jessie. La jeune fille était bouleversée au point qu'Arthur Weasley s'en inquiéta.

— Tu vas bien ? lui demanda-t-il.
— Il y a pas mal de morts, expliqua Jessie. Des gobelins ... Il a tué des gobelins. J'ai vu Bellatrix Lestrange et sa sœur. Le père Malfoy aussi, dans un état lamentable. Ils sont complètement paniqués. Les parents Malfoy, pas Bellatrix. Elle, elle est surexcitée, furieuse ...
— Tu as vu Tu-sais-qui ? demanda Kingsley.
— Non, il n'est pas là. Il est parti vérifier quelque chose, mais personne ne sait quoi au juste ... Je ne suis pas sûre d'avoir tout compris.
— Assieds-toi et raconte-nous, lui dit Arthur en lui tendant un verre de jus de citrouille.
— Harry a volé une coupe dans le coffre de Bellatrix, mais personne ne sait pourquoi. Vous-savez-qui est devenu furieux en l'apprenant, il a tué des gobelins et puis il est parti pour vérifier quelque chose. Même les Mangemorts en ont peur, surtout Lucius Malfoy. On dirait qu'il s'est fait tabasser. Je n'ai pas pu en entendre plus. Je suis désolée.
— C'est déjà pas si mal, répondit Remus. Jusqu'ici aucun d'entre nous ne ...

Il fut interrompu par l'arrivée impromptue de Molly Weasley.

— Harry est à Poudlard !
— Quoi ? Remus.
— Les enfants ... Ils ont un faux gallion qui leur permet de communiquer entre eux, expliqua Molly essouflée. Les élèves qui sont restés là-bas les ont prévenus comme ça. Ginny et les jumeaux sont déjà partis là-bas avec la petite Lovegood et Bill est sur le point de les rejoindre.

Kingsley se redressa et forma son Patronus. « Harry Potter est à Poudlard, énonça-t-il calmement. Rendez-vous au lieu dit Crotte de Troll. » Puis le lynx vaporeux s'élança par la fenêtre.


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Tapis dans l'ombre, un petit groupe attendait patiemment des nouvelles. Une pie se posa au pied de Remus. D'un coup de baguette magique, il lui rendit forme humaine.

— Les Mangemorts se sont rassemblés dans la forêt interdite, expliqua Jessie. Il en reste quelques- uns à Pré-au-lard, mais pas beaucoup.
— Combien ? demanda Kingsley.
— J'en ai compté six, mais peut-être y en a-t-il un septième. Par contre les Détraqueurs ont l'air de s'affoler. J'ai dû me poser un moment sur une branche pour reprendre mes esprits.
— Et en ce qui concerne La Tête de sanglier ?
— Plutôt calme, pas de Mangemorts dans les parages, ni à l'intérieur en regardant par l'interstice entre les volets. Et l'avant-garde est déjà rentrée à Poudlard.
— Bien, on y va, déclara Kingsley.

Tous ceux qui avaient répondu à l'appel de Kingsley se rassemblèrent par deux ou trois et transplanèrent jusqu'à la Tête de Sanglier. Alberforth soupira, un peu agacé en voyant tout ce monde débarquer chez lui.

— Par ici, messieurs, dames, fit-il ironiquement en montrant le passage que cachait le portrait d'Ariana.

Les résistants débarquèrent dans la Salle sur Demande et y retrouvèrent les jeunes Weasley.

— Harry est parti avec Luna, expliqua Neville.
— Et Ron ? s'inquiéta Molly.
— Avec Hermione. Je ne sais pas pourquoi, tout d'un coup, ils ont parlé des toilettes, expliqua Ginny.

Les arrivants se mêlèrent aux membres de l'Armée de Dumbledore pour les saluer et les embrasser. Jessie était heureuse de retrouver ses anciens camarades et certains d'entre eux était étonnés de la voir là, ainsi que Delia. Elles n'avaient pas fait partie de l'Armée de Dumbledore pendant leur scolarité , même si elles n'affichaient aucune sympathie pour les Mangemorts. Personne ne se serait attendu à les voir réapparaître au moment décisif alors qu'elles avaient dû fuir pour rester en vie.

Jessie était déçue de ne pas retrouver tout le monde, mais cette déception s'estompa bien vite quand Harry revint à la Salle sur Demande. L'annonce de l'arrivée de Voldemort provoqua le rush des élèves vers la Grande Salle. C'est là que Jessie put enfin retrouver le visage de Luna qui avait suivi Seamus Dean. Elle se faufila parmi les élèves pour aller la retrouver

— Luna ! s'écria-t-elle.
— Jessie ? répondit simplement la jeune Serdaigle. Je suis contente de te revoir.
— Moi aussi, tu m'as manqué, tu ne peux pas savoir !

Elle lui sauta au cou pour l'embrasser. Jessie n'était pourtant pas une grande amie de Luna, du temps où elle était à Poudlard. Mais tous ces mois passés au loin lui rendaient cher chacun de ses anciens condisciples.

— Attention ! Un joncheruine vole autour de ta tête, la prévint Luna.
— Ça doit être pour ça que j'ai les idées pas très claires en ce moment, répondit Jessie, avec plus de tendresse que de sérieux.
— Comment tu es revenue ?
— Par toute sorte de moyen : cheminée, bateau, armoire à disparaître ...
— En cette saison, le Jörmungand reste dans les fjords, la mer est plutôt calme.
— Eh ben, heureusement ! bredouilla Jessie qui se demandait d'où elle venait sortir cette créature.

Leurs retrouvailles furent interrompues par le discours de McGonagall. Du haut de l'estrade, elle mit les élèves et toutes les personnes présentes au courant de la situation. Evacuer ? Alors, là non, pas question, ce n'était pas pour ça qu'elle était revenue au pays. Elle salua la demande d'Ernie MacMillan de vigoureux applaudissements.

La voix glaciale et tranchante de Voldemort vint bientôt interrompre les instructions de McGonagall. Jessie sentit son sang se glacer dans ses veines, mais sa détermination prit très vite le dessus. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à son mentor, aux leçons qui lui avaient été prodiguées. Elle respirait profondément et calmement ; la main sur la baguette, elle se tenait prête à réagir.


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De l'autre côté de l'Atlantique, Eusebius tournait comme un ours en cage. Quand la porte s'ouvrit et laissa entra l'aïeule de ses hôtes, il bondit littéralement vers elle.

— Je ne peux tout de même pas rester ici à me tourner les pouces, s'écria-t-il, hors de lui.
— Et que comptez-vous faire, lui répondit Saskia. Vous battre ?

Le coup était cruel ; Eusebius savait que le moins doué des élèves de Poudlard aurait pu le désarmer.

— Attendez, je pense que j'ai une idée, si vous voulez vous rendre utile, se ravisa la vieille dame.


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Les Serpentard prenaient le chemin de la sortie, en masse, ou presque. Innogene Blueraven n'avait pas ce qu'on appelle l'esprit de mouton. Se défiler maintenant ? Pas question ! Nott pouvait dire ce qu'il voulait et jouer aux grands frères, qu'il se mette à l'abri si ça lui chantait ; elle était faite d'un autre bois. Il n'y avait pas que la bande à Longbottom qui savait comment disparaître derrière une tapisserie. Un rapide sortilège lui fit changer de tenue et elle se glissa jusqu'aux cachots. Innogene saisit son balai et sa cape puis elle congédia son elfe. Lug, son fidèle compagnon s'envola pour rejoindre ses congénères. Les corbeaux avaient toujours été ses plus sûrs alliés. Elle s'enveloppa dans sa cape et enfourcha son balai. Devenue invisible, elle pouvait suivre à présent tout ce qui se passait. Le fils Malfoy et les deux larves immondes qui lui servaient d'escorte se dirigeaient vers les étages.

Innogene les laissa filer, elle préféra rejoindre la Grande Salle où Kingsley organisait la défense du chateau. Elle fut surprise d'y voir les deux sœurs Anderson, elles étaient portées disparues depuis dix mois : deux petites Poufsouffle baguette à la main, prêtes à en découdre. Du haut de son balai, elle regardait et écoutait tout ce qui se passait. Tout le monde se vit attribuer un poste de défense ; elle choisit le sien. Elle suivit Fred et George.


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Jessie lança un dernier regard à Delia. « Je maintiendrai » lui lança-t-elle, en français. « Concordia res parvae crescunt. » répondit sa sœur. Elle se joignit à Lee Jordan et à Katie Bell. Les premières explosions la firent trembler en même temps que les murs mais elle prit rapidement le dessus. Les Mangemorts la trouvèrent prête à se défendre. Les sortilèges fusaient de part et d'autre. Ils semblaient surgir de partout à la fois. A certains moments, la jeune fille avait l'impression d'être noyée ; elle n'avait aucun répit. Et pourtant, plusieurs fois, des choses étranges se produisirent. Un de ses adversaires s'écroulaient en hurlant de douleur alors qu'elle ne voyait pas qui avait pu lui lancer un sortilège. Elle n'avait pas l'occasion d'y réfléchir car il lui fallait toute son attention pour parvenir à maintenir sa position et repousser les assaillants.

La fatigue se faisait sentir alors qu'il fallait tenir coûte que coûte. Jessie s'essoufflait et les adversaires gagnaient du terrain. Ne pas regarder en arrière, lui avait dit Saskia, ne pas perdre son but des yeux. Un sortilège l'atteignit dans les jambes et elle se retrouva à terre. Le Mangemort masqué leva le bras pour l'atteindre à nouveau mais, surgie d'on ne sait où, une nuée de corbeau s'abattit sur lui. Jessie eut la présence d'esprit de se lancer un Enervatum qui lui rendit l'usage de ses membres inférieurs. Un autre Mangemort, venu à la rescousse, s'ervertua à disperser les corvidés qui lui gênaient la vue et le passage. Les oiseaux s'envolèrent dans un coassement assourdissant.

Avant même de réaliser ce qui s'était passé, Jessie se rendit compte qu'elle volait, elle aussi, parmi eux, sans qu'aucun sortilège ne lui eût été jeté. Elle ne suivit pas les corbeaux jusqu'au bout ; elle profita de sa métamorphose pour se rendre dans un endroit plus facilement défendable. D'ailleurs Lee et Kathie s'y repliaient. Elle se demandait comment elle allait faire pour retrouver sa forme première et alla se jucher sur le somment d'un éboulis. Trois Mangemorts fonçaient dans leur direction et menaçaient Lee qui venait de trébucher sur une pierre. Cette fois aussi, Jessie ne se rendit pas compte de ce qui lui arrivait. La nécessité était là, elle était redevenue une jeune fille et faisait face baguette à la main pour décocher un Protego. Elle vit l'un de ses adversaires s'écrouler en hurlant, le corps couvert de lacérations sanglantes. Un déplacement d'air la frôla comme si quelqu'un était passé à côté d'elle sur un balai, pourtant, elle ne voyait personne.

L'incident lui redonna de la vigueur. Le coup de fatigue était passé ; elle se sentait à nouveau d'attaque. Et pourtant les ennemis se succédaient les uns aux autres, il n'y avait pas seulement les Mangemorts mais aussi leurs alliés. Elle avait vu les acromantules puis les géants s'attaquer au château. Soudain tout cessa d'un seul coup, quand la voix perçante de Voldemort retentit à nouveau. Une heure. Il leur donnait une heure pour soigner leur blessés et leur livrer Harry Potter.

Les combattants se rendirent à la Grande Salle. Jessie fut saisie d'horreur quand elle vit les corps sans vie de Remus puis de Tonks. Puis son attention fut attirée par la famille Weasley. Elle reconnut Percy qu'elle avait connu lors de sa première année. Elle s'approcha puis resta figée sur place en réalisant que Fred n'était plus des leurs. Son ventre se noua. Prise de panique, elle chercha désespérément Delia du regard. Ses jambes se dérobaient sous elle. Elle avait fait face aux Mangemorts les plus aguerris, aux créatures les plus immondes, mais la pensée que sa sœur pouvait ne pas avoir survécu lui ôtait ses forces.

Ce n'est pas sa sœur, mais son père que Jessie reconnut dans la foule. Elle se demanda d'un coup si elle n'avait pas perdu la raison. Elle prit sur elle-même, se raidit et se força à avancer en allongeant la jambe.

— Papa ? s'écria-t-elle, incrédule.
— Jessie ! Le ciel soit loué, tu es vivante.
— Mais ... qu'est-ce que tu fais là ?
— Eh bien, tu le vois ; je viens soigner les blessés.

Il déroula devant elle une impressionnante trousse de soin. Jessie ne parvenait pas à croire que ce qu'elle était en train de vivre était réel.

— Delia ? bredouilla-t-elle, ... Delia ?
— Je suis ici, répondit sa sœur.

Elle portait quelques cicatrices au front et ses vêtements étaient déchirés. Du coup, Jessie jeta un coup d’œil à sa propre personne. Elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle avait encaissé quelques coups et que son jeans était lacéré.

Eusebius avait reçu de Saskia un imposant assortiment d'onguents et de potion en tout genre. Il ne perdit pas de temps à leur raconter quand et comment il était arrivé à Poudlard. Il y avait plus urgent à faire. Une fois soignée, Jessie commença à reprendre pied dans la réalité. Autour d'elle, les plus valides prenaient soin des blessés ou transportaient les morts.

Draco Malfoy était assis dans un coin, effondré, l’œil hagard. Goyle était inconscient. Hermione réconfortait Ginny et là ... Non, ce n'était pas possible ! Ça ne pouvait pas être elle. Jessie attrapa la première personne qui était auprès d'elle par le bras.

— Luna ! Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas Blueraven.
— Si, répondit Luna. Innogene est venue se battre avec nous.
— Mais elle était à Serpentard !
— Elle a de bonnes raisons pour ne pas aimer les Mangemorts.

Une jeune femme grande, émaciée avec de long cheveux noirs comme le jais, un corbeau sur l'épaule ou voletant autour d'elle allait d'une personne à l'autre, un flacon à la main. Elle donnait un coup de main à Pomfresh ou faisait avaler une goutte de potion aux combattants. Elle finit par s'approcher de Jessie.

— Ouvre la bouche, lui dit-elle en sortant un compte-goutte.
— Qu'est-ce que c'est ? bredouilla la jeune fille.
— Un petit coup de pouce à la bonne fortune. Et félicitations pour ta prestation d'Animagus !
— D'anima ... balbutia Jessie

Elle ne réalisait pas encore ce qui venait de lui arriver. Innogene Blueraven s'éloignait déjà.

— Attends ! lui cria Jessie. Tu peux en donner à papa ?
— Les plus jeunes d'abord, répondit inexorablement la jeune femme qui se dirigeait vers un élève majeur.
— Mais il ... pfff !

Peine perdue, la dame au corbeau ne l'écoutait plus. Par contre, le professeur McGonagall avait repéré son ancien élève.

— Miss Anderson ! Je suis surprise et heureuse de vous revoir. Alors ? Il paraît que vous avez fait de grands progrès en métamorphose.
— Oui, mais, non mais ... enfin ... Enfin, professeur, je ne sais pas très bien comment c'est arrivé ni si je pourrais le refaire.
— Si vous l'avez fait une fois, vous pourrez le refaire, assura la professeure.

Elle laissa Jessie pour aller vers son père.

— Mr Anderson ... c'est très ... courageux de votre part ! s'étonna-t-elle.
— Je n'allais pas rester à rien faire pendant que mes deux filles étaient en train de se battre, répondit-il vivement, sur la défensive. Le Dr Wigltak m'a donné une formation accélérée en soins aux personnes et elle m'a procuré tout le nécessaire.
— C'est ce que je vois ... murmura McGonagall qui paraissait fatiguée et émue. Le professeur Dumbledore a toujours cru en vous, Eusebius.

Mr Anderson la regarda, très étonné. Après les échecs cuisants qu'il avait essuyés dans cette école, ce qui ressemblait à un compliment ne pouvait que l'étonner. Neville Longbottom n'était pas loin ; Jessie alla vers lui.

— Ça va ? demanda-t-il simplement.
— On tient le coup. Dis, je voulais te demander : Innogene Blueraven, qu'est-ce qu'elle fait là ?
— Ah !.. Lady Blueraven ... la chouchoute de Snape ... ben, elle a des comptes à régler avec les Mangemorts. Ses parents sont morts assassinés. Mais quand elle se bat, c'est à la mode de Serpentard . Ce n'est pas du goût de tout le monde, surtout pas de Shacklebolt ; elle n'attend pas d'être en face de son adversaire pour l'attaquer.
— Et elle n'aurait pas de scrupules à utiliser les sortilèges impardonnables. J'ai l'impression qu'elle peut se rendre invisible, confia Jessie en baissant la voix.
— On dit qu'elle se serait fait livrer de la toison de demiguise en grand secret, répondit Neville sur le même ton. Non, elle n'a aucun scrupule, mais je préfère qu'elle se batte avec nous que contre nous.
— Elle fait partie de l'A.D. ?
— Penses-tu ! Elle a toujours fait cavalier seul. Et c'est Nott qui l'a entraînée au combat. Hallucinant !
— C'est bizarre quand même ... Enfin comme tu dis, l'important, c'est qu'elle ait choisi le bon camp.
— Même si ce n'est pas pour les bonnes raisons.
— Asseyez-vous, reposez-vous, mangez ou buvez quelque chose, conseilla le professeur Chourave qui passait par là.

Le petit jour se levait, l'heure de répit accordé par Voldemort avait pris fin depuis un petit moment quand l'annonce de la mort de Harry retentit dans le château. Le regard des jumelles Anderson croisèrent celui de leur père. Il était sombre et consterné, mais semblait tout aussi déterminé qu'elles.

— Papa, reste avec Pomfresh, conseilla Delia.

Aucune des deux filles ne se faisait d'illusion quant aux compétences en magie défensive de leur père. Il s'était montré très habile pour soigner les blessures et avait même réussi quelques sortilèges de guérison. Mais il n'avait aucune chance devant un duelliste aguerri.

— Si ça tourne mal, venez me rejoindre, intima-t-il.
— On se battra jusqu'au bout, répondit durement Delia.
— Je ne veux pas vous perdre ; aucune des deux, répondit Eusebius, fermement.
— Blueraven ! Non ! gronda la voix de Kingsley, à l'autre bout de la Salle.

Jessie se retourna, Lady Blueraven, dame de Blackfield avait disparu. Dehors Voldemort continuait à encourager les résistants à se rendre. Delia jeta un sort de désillusion à Eusebius qui se mit à grommeler. Ron, Neville, Ginny, McGonagall se rendaient aux portes de l'école. Jessie leur emboîta le pas mais sentit la main désormais invisible de son père la retenir. Pas pour longtemps. Elle se changea en pie et vola par-dessus la foule pour assister à la scène.

Le fait d'être un oiseau ne l'empêchait pas d'avoir la peur au ventre. Elle délesta d'ailleurs un flot de fiente sur la tête d'un Mangemort avant de s'envoler un peu plus loin. Après les cris d'horreur et les railleries des Mangemorts, vint le coup d'éclat de Neville qui se retrouva coiffé du Choipeau magique enflammé. De là où elle était perchée, Jessie ne ratait aucun des événements troublants se dérouler. Elle vit Neville délivré du sortilège, se saisir de l'épée de Gryffondor. Elle vit les elfes, les centaures et toute la communauté magique venir renforcer la résistance, elle vit les sortilèges de Voldemort se heurter à d'étranges défenses invisibles.

Elle avait assez tardé ; elle rentra à l'école, reprit sa forme première. Elle se sentit soudainement euphorique, comme si rien ne pouvait plus lui résister. Tous les sortilèges qu'elle jetait faisaient mouche. La petite Sang-Mêlé de rien du tout faisait mordre la poussière à des sorciers expérimentés et à leurs créatures infernales. Mais la bataille ne dura pas très longtemps. Soudain, une grande bulle verte apparut, entourant Harry revenu d'entre les morts et le Mage Noir en personne. Instinctivement, Jessie vint se coller à Delia ; Eusebius les rejoignit et posa une main invisible sur l'épaule de ses filles.

Personne ne s'attendait à ce qui allait se passer : un gamin de dix-sept ans venait de coincer Voldemort, il sapait son assurance, le déstabilisait et révélait la loyauté de Snape. Puis l'on vit la baguette du Seigneur des Ténèbres voler dans les airs et retourner son propre maléfice contre lui. Le vieux Mage Noir aux traits défigurés gisait à présent sans vie sur le sol. Harry Potter avait vaincu.

— Hum, hum ! fit Eusebius. Je peux redevenir visible, maintenant ?
— Finite Incantem ! lança Delia.

Les trois Anderson s'étreignirent en versant des larmes de joie et de soulagement.

— M'enfin, papa, t'es fou quoi, dit Delia en reniflant. Qu'est-ce que tu aurais fait, si cela avait mal tourné ?
Portus ! répondit Eusebius en sortant un gobelet de plastique fendillé. Ce sortilège-là, je m'y exerce depuis plus d'un an et je ne le rate plus. Avec la motivation et le poids des responsabilités d'une famille, j'ai fait quelques petits progrès.
— Et tu as fait comment pour venir ici ? demanda Jessie.
— Eh bien ... Portus , comme je viens de t'expliquer ! Je suis d'abord allé chez granny et grandpa. Ils se sont chargés de m'amener jusque Pré-au-lard. Et là, j'ai eu de la chance de rencontrer un ancien qui a reconnu ma binette et qui m'a fait pénétrer dans l'école.

Pendant ce temps, McGonagall remettait de l'ordre dans la Grande Salle. Les combattants pouvaient à présent prendre place aux tables et partager la liesse générale. Harry Potter était submergé par la foule qui se pressait vers lui. Mr Anderson se disait qu'il aurait bien son tour suffisamment tôt et que rien ne pressait. C'est alors que Luna posa un grand cri ; elle venait d'apercevoir un Enormus à Babille.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Eusebius. Je ne me souviens pas de cette créature.
— Oh, tu sais papa, répondit Jessie, les Lovegood ont leur bestiaire bien à eux.
— On devrait poser à la question,à Luna, suggéra Delia.

Les deux sœurs et leur père se pressèrent jusqu'à la jeune Serdaigle.

— Luna, demanda Jessie, papa n'a jamais entendu parler des Enormus à Babille, tu veux bien lui expliquer à quoi ça ressemble ?

Luna se lança dans une de ces explications alambiquées dont elle avait le secret. Si tout le monde souriait, personne ne pensa à la contredire, tant la victoire les avait rendu euphoriques. On apprit que la créature mythique pouvait voler et qu'elle jacassait en vers mais qu'il fallait prendre certaines potions pour pouvoir la comprendre.

Soudain un hurlement arracha les convives à cette conversation lunaire. Mr Anderson se leva d'un bond mais Jessie fut plus rapide que lui. Elle se précipita dans le hall. On venait de ramener le corps de Severus Snape de la Cabane Hurlante. Trois personnes tâchaient de maîtriser Innogene en proie à une violente crise de nerfs. Le père de famille enduit un mouchoir de l'une de ses potions et lui appliqua sur le visage. Elle tomba sans connaissance. Une équipe de médicomages la prirent en charge et évacuèrent la jeune sorcière à Sainte-Mangouste.

— Cette pauvre fille est épuisée confia Eusebius à Jessie. D'ailleurs, nous le sommes tous. Nous devrions rentrer chez nous.
— Chez nous ? Mais où ça, chez nous ? objecta Jessie.
— Une chose à la fois !

Mr Anderson s'entoura de ses deux filles et ressortit le gobelet de plastique pour lui lancer le Portus qui lui démangeait la baguette depuis quelques minutes. Ils se retrouvèrent tous les trois chez leurs grands-parents.


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Mrs Goodstamp, assise derrière son bureau, examina le rapport scolaire des jumelles qui leur avait été délivré par l'école d'Heidenbree.

— Oui, admit Jessie, les résultats ne sont pas fameux en botanique et en potions.
— On a eu du mal à s'adapter, reconnut Delia.
— Et puis, ça n'a jamais été nos matières favorites, ajouta Jessie.
— Euh ... pour les ASPICs ... risqua Delia.
— Eh bien, un élève qui a participé à la bataille de Poudlard et y a survécu obtient de toute façon ses ASPICs en Défense Contre les Forces du Mal et en sortilèges. Et je vois que la métamorphose ne vous pose aucun problème. Pour ce qui est de la botanique et des potions, tout dépend de la branche dans laquelle vous voulez travailler. Le cas échéant, vous pouvez suivre des cours particuliers et repasser vos examens. Mr Longbottom pourrait vous donner quelques leçons en botanique. Pour les potions ... renseignez-vous auprès de Miss Granger ; elle est peut-être disposée à vous aider.
— Et Miss Blueraven ? tenta Jessie.
— Lady Blueraven, corrigea la fonctionnaire, a de gros soucis de santé pour le moment.

Jessie piqua un fard. Elle n'avait jamais envisagé sérieusement de suivre des cours particuliers avec Innogene. C'était un moyen détourné de prendre de ses nouvelles.

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Quand elle apprit le résultat de l'entrevue avec l'employée du ministère, Granny Anderson fixa ses petites filles par-dessus ses lunettes.
— Sornettes et crottes de fée ! s'exclama-t-elle. Les potions ont toujours été ma matière préférée. Je vous parie mon poids en chocogrenouilles que j'en réussis certaines mieux que ce vieux débris de Slughorn !

Jessie et Delia éclatèrent de rire. Depuis la fin de la guerre et leur retour sur le sol britannique, les Anderson avait renoué avec leur famille sorcière. Quant à Eusebius ... Eh bien ... Devinez ce que l'on chuchote à son sujet !
Note de fin de chapitre :

Traduction du dialogue en néerlandais :

— Bonsoir !
— Salut Alex ! La cheminée est prête ?
— 'turellement ! Tu es si pressée ?
— Oui !
— Tu ne veux rien boire ? C'est ma tournée !
— Non, désolée. Nous sommes attendues.
— Dommage ! Ce sera pour la prochaine fois.

* Composé par Frank Churchill avec des paroles originales de Larry Morey, adaptées pour la version française par Francis Salabert.
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