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128ème Nuit d'écriture


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A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


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A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


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De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Droit devant par Fleurdepine

[8 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Est-ce que souhaiter la fin, la mort du père est un parricide ? Voilà une question que j'aurais pu mettre dans le résumé, mais ça aurait peut-être donné un faux-sens à ce texte.

Ceci est un OS que j'avais commencé à écrire dès septembre il me semble... J'étais bloquée sur certains passages et je les ai repris en décembre. Ce OS s'inscrit dans ma série enfants/parents que j'ai ouverte fin décembre avec mon texte sur les trois mères. Cette fois, je me suis centrée sur le rapport père/fille avec le duo Harry/Lily, j'espère qu'il vous plaira !

Je dédie ce texte à ma petite Laura, même si elle l'a déjà corrigé en amont x) Merci encore pour tout Laura, et ce texte est donc pour toi :D

Bonne lecture à tout le monde !

Ah, et pour pas que vous ne soyez trop destabilisés : il s'agit presque de scénettes qui s'enchaînent, je n'accorde parfois pas beaucoup de pause au lecteur, les phrases défilent et c'est normal. 

Note de chapitre:

Je tiens aussi à préciser que j'ai utilisé un montage de Saam du self-service d'images du forum :) Merci à elle de m'avoir autorisée à l'utiliser, surtout que c'est une fois l'image en poche que l'idée m'est venue !

Droit devant

 

 

 

« Ma belle, me dit-il pour la centième fois, avec un air d’illuminé, regarde, droit devant, il y a la mer. Elle est d’un bleu azur impressionnant, je n’en ai jamais vu de telle. Et nous, nous sommes là-bas, au loin, nous nous tenons la main. Nous nous tenons la main comme nous le faisions il n’y a pas si longtemps que cela. Ou peut-être bien que si, peut-être que ça date, j’ai perdu le compte, tu sais. Droit devant, il y a la mer, les arbres, une petite route, et nous deux, en plein milieu du paysage. Il faut y aller, ma belle, la route n’attend plus que nous.
— Je ne comprends rien à ce que tu racontes.
— Mais si, chérie. Tu vois bien, la mer rouge enragée a laissé place à ce paisible océan bleu. Les vagues balaient le sang devant nos portes. Je t’en prie, allons-y. C’est trop insupportable ici.
— Il n’y a rien que de la grisaille devant nous, comme tous les jours depuis un mois. Il y a de la grisaille, et si je me penche par la fenêtre, je peux y apercevoir des flaques d’eau. C’est peut-être ça, la mer dont tu parles.
— Non, Ginny. Je te parle de l’Océan. »


A chaque fois que le nom de maman sort de sa bouche, je ne peux m’empêcher de trembler. Comme si des milliers de couteaux lacéraient mon cœur. Il ne me reconnait plus. Je devrais y être habituée, après un mois, mais j’ai toujours un moment de stupeur avant de reprendre.

Afin de cacher mon trouble, je quitte son lit sur lequel je m’étais assise. Je me dirige vers la fenêtre, lui tournant le dos. Je ne veux pas qu’il me voie. Cela n’a pas d’importance, il ne me regarde plus. Il ne me regarde jamais, même quand je suis face à lui. Son regard est vide, comme s’il était déjà bien trop loin. Il fixe « droit devant ». Ce fameux droit devant que je n’arrive pas à comprendre. Il est déjà parti, papa. C’est un supplice que d’assister à la fin.

Parfois, j’aimerais que tout s’accélère.

 Il tourne ses yeux grands ouverts vers moi. Comme s’il remarquait enfin ma présence. Mais cette fois, quand j’essaie de capter son regard, une lourde émotion me prend à la gorge.

« Il faut leur dire, Ginny, que c’est trop dangereux. Il faut leur dire que la guerre, ce n’est pas un jeu. J’ai beau leur dire, moi, ils ne comprennent pas. Ils trouvent ça marrant. Marrant ! Tu entends ? Mais il faudrait qu’on les empêche de sombrer dans cette mer de feu. Je ne supporte plus le Rouge, tu sais. Je veux le Bleu. Je veux que nous retournions à la mer, toujours droit devant, la belle mer. 
— On ira alors.
— Où ça ? demande-t-il en se redressant d’un bond. »

L’infirmière s’est pointée devant la porte. Elle me fait un signe. C’est l’heure de la sieste.
Je prends papa par les épaules et je le force à s’allonger, à le calmer un peu. Il ressemble à un petit enfant dans ces moments-là. Il me regarde encore, pour me montrer qu’il n’a pas oublié ma question :

« Droit devant », je réponds.

Il se met alors à sourire franchement et me réclame un bisou. Je suis déstabilisée ; jamais il ne me réclame d’attentions de ce genre, pas depuis qu’il est à l’hôpital. Cela me gêne d’autant plus qu’il n’est pas lui. Il me prend pour maman. Je me tourne vers l’infirmière qui semble me dire du regard « Eh bien, allez-y, qu’est-ce que vous attendez ?! ». De quel droit ? Ce n’est pas si simple que cela. Je voudrais au moins qu’elle détourne les yeux, par simple décence. Elle ne le fait pas et papa me fixe toujours. Je me penche vers lui et lui baise le front. Puis je repars le plus vite possible, parce que j’ai honte.

Ces moments sont totalement dénoués de pudeur, ils me gênent. 


Je retourne pratiquement tous les jours voir papa. Il n’y a jamais d’évolution marquante. Depuis la fois où il m’a réclamé un baiser et qu’il m’a regardé dans les yeux, rien de nouveau à signaler.

Souvent, lorsque je rentre d’une visite à l’hôpital, je me mets à pleurer. Rien ne réussit à me calmer, pas même Henry.

Henry trouve que je me fais du mal, il dit que je devrais arrêter d’aller voir papa. Il ne comprend rien. Jamais je n’abandonnerai papa, même si cela veut dire que je dois sacrifier ma vie. Il s’est sacrifié pour le monde sorcier, on lui doit bien cela. C’est le strict minimum. Mais les gens n’aiment pas savoir leur héros dans la tourmente et dans la déchéance, ça les gêne. Alors, ils les oublient. C’est d’une ingratitude et d’une cruauté sans noms. Henry m’agace lorsqu’il se renfrogne de la sorte. Il n’a pas eu de père, lui, alors il est dans une indifférence consternante. Ce n’est pourtant pas de la compassion que je demande ; je voudrais simplement qu’il me prenne dans ses bras quand je rentre, perturbée par ces séances éprouvantes auprès de mon père, au lieu de me balancer des reproches injustes à la figure. Mais cela, il ne le comprend pas. Nous ressemblons de plus en plus à deux étrangers, c’est inquiétant. Avec l’histoire de papa, je n’ai cependant pas le temps d’emplir mon esprit d’angoisses indésirables. Il n’y a plus d'autre place dans mon agenda.


C’est mon anniversaire aujourd’hui. Le 10 octobre. Je n’y porte pas beaucoup de considération – un an de plus ou de moins, une fois qu’on a passé nos belles années, cela ne nous enchante plus autant. Mais j’espère malgré tout que, cette fois, on me le fera remarquer, ce visage qui vieillit d’une année, qu’il me le fasse remarquer. J’ai déjà prévenu Henry qu’il ne servait à rien de réserver Chez Jenny ce midi. Je compte passer la journée avec papa, et ce fol espoir tout le long.

« Petite Ginny »

Je me renfrogne et toute la journée m’est insupportable. Elle pèse lourd sur mon cœur comme une grosse bête immobile. Vivement la fin, vivement ma libération – je pense, et je le regrette tout de suite après.

 


Une semaine plus tard, je suis plus calme quand je le retrouve :

 

« Salut. Comment tu vas ? », j’annonce en entrant.

Aucune réponse, regard dans le vide. Je souffle. Je déteste quand il m’ignore. Je sors un livre à la place.

« Que lis-tu, ma puce ? » me demande-t-il soudain avec une douceur qui me caresse.

Je frisonne. Je ne peux pas lui dire le livre que je lis car il s’agit de « Etude d’une société après la guerre : bilan, reconstruction, conséquences » et c’est beaucoup trop déprimant, trop frappant pour son pauvre petit cœur.

« Je… ça n’a pas d’importance. »

Il sourit, bizarrement.

« Tu t’entendrais bien avec Hermione. Elle aussi, adore lire.
— Je connais déjà tante Hermione…
— Elle connaissait l’Histoire de Poudlard par cœur dès notre arrivée en première année.
— Je sais. L’oncle Ron adorait raconter cette histoire. »

J’ai peur du terrain dans lequel il s’engage. Ron est mort, ils sont tous morts. Tante Hermione et lui sont les derniers survivants. Je ne suis pas sûre qu’il en soit conscient. Il semble mélancolique, pas dévasté. Il parle des morts comme des vivants, il est resté bloqué dans le passé.

Mais brutalement, il change de sujet :

« J’aurais besoin d’un peu d’eau, Ginny ».

Je lui apporte celle du robinet. L’infirmière refuse que j’utilise de la magie devant lui, comme si cela pouvait le briser. C’est ridicule mais je me plie à leurs règles.


« Lily ?
— Papa ? » je demande, les yeux pleins de larmes.

Il y a un grand moment d’hésitation, puis une longue plainte, une plainte qui me brûle les entrailles. Mon cœur bat à tout rompre.
Papa se recroqueville dans ses draps. Son regard retrouve le mien et alors, il demande :

 

«  Maman ? »

Il est si faible, si vulnérable, je ne me sens pas la force de lui mentir. Je hoche la tête et me mets à caresser son crâne à moitié chauve, pour le rassurer. Je sens que ça le soulage, petit à petit ; ses pieds se sont dénoués du drap. Il y a quelque chose de bizarre à ainsi bercer son père, à le découvrir autant dans son intimité. Il y quelque chose de bizarre dans le fait d’être plus vieille que le père surtout. Ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses. Je voudrais partir de la chambre à toute vitesse et hurler comme une furie.

Finalement, je reste.

J’en veux soudainement à James et Albus. Je leur en veux de venir si peu souvent. Je sais qu’ils ont peur, qu’ils n’arrivent pas à affronter cette vérité-là. Mais j’aimerais leur soutien. Moi aussi, j’ai des enfants à nourrir, moi aussi j’ai peur, moi aussi… Je ne peux tout simplement pas laisser tomber papa.
J’aurais l’impression de commettre un parricide.

Je quitte finalement les lieux, le cœur gros. Le lendemain, l’infirmière m’annonce que papa a eu une grosse crise dans la nuit. Il doit se reposer, alors, pour une fois, je le laisse en paix.



A la bibliothèque, sur le chemin de traverse, partout, il n’y a plus que lui.
Papa.



J’ai l’impression que mon enfance est passée plus vite que le reste. Je veux être sa petite fille à nouveau et qu’il me fasse voler dans les airs. Je veux ses doux regards encore un peu, les regards dirigés à la fille, pas à la femme, pas à la mère. Je voudrais avoir écouté ses conseils un peu plus souvent aussi, et je voudrais effacer toutes les crises de colères que j’ai eues contre lui.

Maintenant que l’heure approche, je réalise un millier de choses que j’aurais dû lui dire, ou ne pas lui dire, justement.
Eviter tous ces cris et toutes ces rancœurs. Ne pas confondre le père et le héros. Même si le père est le héros.

Le lendemain, je décide de m’excuser. Il n’entendra certainement rien. C’est une démarche purement égoïste.

« Papa », je commence, et ses yeux continuent de fixer droit devant, vers cette mer invisible. Je sens que le reste de ma phrase est un passage important, je ne veux pas le lui balancer à la figure comme ça, parce qu’il m’aura fallu toute une vie pour le comprendre. Je respire doucement, essayant d’accorder mes souffles aux siens, mais les siens sont trop irréguliers. « Papa ». Ma voix est plus douce. Je redeviens Lily, l’enfant. Il ne réagit pas. Je suis redevenue une petite fille ! Cela m’avait manqué. J’ai retrouvé toute innocence. Je me mets à le regarder comme lorsque je sais que j’ai commis une faute et que je vais être punie, la crainte évidente au fond de mes pupilles. « Papa, je suis désolée ». Ce n’était qu’un murmure. Je suis définitivement sur le point de me mettre à jouer à la marelle en criant maman pour qu’elle me porte. C’est pitoyable.
Un peu de courage, petite lionne.

« Je… j’aurais dû plus te parler. Et t’écouter, surtout. Il y a tellement de choses que je ne connais pas et au final, j’ai l’impression de ne pas t’avoir connu réellement. Je regrette… Je regrette parce qu’il est trop tard, je regrette tellement, et je t’aime papa. »

Je ne peux pas continuer sinon je vais me mettre à sangloter, et je ne veux pas qu’il voie ça. Même si, encore une fois, cela n’a pas d’importance.

Je me tais. J’attends son jugement, comme lorsque j’étais petite.
Le silence s’étend et je crois que ça me rassure. Je redeviens femme, doucement.

Une heure s’écoule et comme rien ne vient, je décide à me lever.

« Attends. »

Mon cœur bat à cent à l’heure. Je suis l’enfant à nouveau.

« Comment s’appelait-elle déjà ? Cette petite fleur ?
— Qui ça ?
— Elle était dans l’eau, endormie. Ils l’auraient emportés, ils lui auraient fait du mal. Elle était si jeune.
— Je ne sais pas de qui tu parles. »

Je n’arrive pas à dissimuler la rancœur dans ma voix. Je pensais qu’il m’aurait entendue. Je pensais qu’il me répondrait. J’en avais besoin.

« Elle était blonde.
— Papa, arrête ! Je n’en sais rien ! »

C’est la première fois que j’élève la voix à ce point. Je ne sais pas ce qui me prend. Je suis sûrement déçue qu’il ait ignoré ma confession pour, à la place, ne cesser de me dire des choses insensées. Je voudrais le frapper. Mais il a sursauté et ça m’attendrit. Je m’excuse, pour la deuxième fois de la journée. Il ne veut plus de moi et appelle l’infirmière. Je m’en repars, troublée comme à chaque fois.

Je lui ai fait peur. Je venais pour m’excuser et j’ai été chassée par l’infirmière comme une malpropre.

C’est si difficile de gérer une situation comme celle-ci. On devrait nous prévenir, plus jeunes, ce qui nous arrivera plus tard. On devrait nous dire de bien profiter de nos parents quand il est encore temps. On devrait nous apprendre à surmonter leur mort. Parce qu’on a beau savoir, quand ça nous arrive, on est complètement démuni.

J’ai l’impression de ne pas être à la hauteur de la situation. N’y-a-t-il pas un guide pour nous expliquer le comportement adéquat ? L’infirmière dit qu’il faut simplement être là, parler, écouter, et admettre l’évolution. Mais il manque un aspect inexplicable.



« Dis, petite chérie, elles sont comment les étoiles ?
— Belles, je réponds, sans trop réfléchir. Parce que ses questions n’ont plus de sens, je ne sais pas où il veut en venir, et il n’écoute jamais mes réponses.
— Il doit y avoir la constellation du grand chien. C’est le Sinistros qui approche. »

Je sursaute.

« Ne dis pas de telles choses !
— Pourquoi t’énerves-tu ? C’est ce professeur aux grandes lunettes qui me l’avait prédit. L’année où il est apparu dans ma vie.
— Qui ça, « il » ? je demande avec lassitude.
— Le Sinistros, bien sûr. Sniffle. »

Je décide de l’ignorer. Ce n’est que pure provocation de sa part.

 


Il y a des jours où je n’arrive plus à tenir le coup, à faire semblant. J’ai l’impression de jouer avec lui et je ne veux pas jouer. Cette épreuve me détruit doucement mais sûrement. C’est un cercle vicieux sans fin. Une partie de ma raison part avec la sienne.

Il y a beaucoup de plaintes aussi. Parfois, il met brutalement sa main sur son front, à l’endroit où se trouvait sa cicatrice et je réalise à quel point il a souffert. Je le comprends seulement maintenant et je m’en veux. J’aurais dû lui poser plus de questions sur sa vie, sur son enfance, sur la guerre. Sur maman aussi. Il nous a tout dissimulé, à Albus, James et moi ; il voulait nous protéger. Et nous l’avons laissé faire.

Des idiots !

Je suis si en colère contre nous, contre moi.

Et alors, maintenant qu'il est trop tard, je me décide à être plus curieuse.


«   Papa, quel est ton souvenir le plus heureux à Poudlard ?
— Poudlard ? répète-t-il, comme si je venais de lui confier un mot important.
— Oui. »

Il réagit étrangement. Son corps entier se tend, je sens de la panique dans son regard. Je ne pensais pas que parler de Poudlard provoquerait autant en lui — je n’étais même pas sûre qu’il m’écouterait.

Ma main s'empare de la sienne avec douceur. Je le fatigue, le pauvre. Cela a un effet immédiat sur lui.
Mais lorsqu’il parle, sa voix est tremblante :

«   Dumbledore est m… mort ce soir là, je ne pouvais rien y faire.
— Je sais.
— C’est… C’est … Il l’a tué.
— Rogue, oui. Mais il t’a sauvé après, tu te rappelles ?
— Il y avait ces jumeaux…
— Fred et George ?
— Non. J’en ai torturé un. Parce qu’il a craché sur cette vieille dame chat.
— Tu… Tu n’as pas de meilleurs souvenirs ? »

J’entrais dans un domaine privé avec ma première question. Je l’avais souhaité, mais c’est trop d’un coup. Papa a énormément souffert en silence, et maintenant, tout se marque sur son corps ridé. Je me demande comment il a fait pour tenir aussi longtemps. C’est un héros.

James et Albus passent de temps en temps mais ils n’obtiennent de papa que cette mer, droit devant. Ils ne savent pas comment agir. Ils sont touchés, je le sais.
J’aimerais pouvoir y amener mes enfants. Henry n’est pas d’accord. Je ne sais pas si Harry les reconnaîtrait, peut-être que ça n’aurait aucun sens.


« Papa, j’aimerais tellement que tu me reconnaisses ! J’aimerais que tu me fasses comprendre que j’existe pour toi, j’aimerais que tu me dises ce que tu ressens exactement, si tu as peur. J’aimerais qu’on discute de la situation de manière logique, puis qu’on ressasse les souvenirs d’enfance. J’aimerais que tu m’appelles Lily et que tu me demandes comment vont Henry et les enfants. J’aimerais que tu retrouves ta mémoire, que tu redeviennes le Harry, le papa, que je connaisse ! »

Il ne réagit pas. C’est stupide. Mes nerfs craquent ! Et comme toujours, je pleure. Pourquoi est-ce un choc si violent pour moi que de lui rendre visite ? Je devrais m’y être faite avec le temps. Je devrais avoir accepté… Pourquoi suis-je donc incapable de le faire ?


 « Il y a trop de sang devant nos portes. Ils sont tous… morts »

Puis il se tait, comme si on lui avait coupé la langue subitement. Trop brutalement. Je suis troublée par sa confession.

 « Papa, mais nous on est là. Albus, James et moi ».

Il ne réagit pas, même si son visage s’est légèrement tendu à l’annonce des noms des garçons. Il ne réagit pas alors je décide de caresser son visage, de calmer la tension qui l’habite.


Depuis quelques jours, la situation tourne en rond. Ça a toujours été le cas, mais là, c’est de pire en pire. Pourtant, hier, il a ri. Je ne suis même pas sûre d’avoir un tel souvenir de mon père. Il a ri devant moi, parce que ma reine avait mangé son cavalier, et ça m’a fait rire aussi. On se tenait les côtes et, à la fin, il m’a dit « merci ». C’est ce genre de moments, rares, précieux, qui me font tenir et persévérer.

C’est drôle parce qu’avec la Pensine et la Légimencie, j’étais persuadée qu’Alzheimer demeurerait éperdument moldu. Ou que, du moins, les sorciers sauraient comment gérer la situation. Il n’existe point de plus grossière erreur que celle-ci. Nous avons essayé, un jour, d’emmener papa faire une visite au sein de ses propres souvenirs – certains gardés précieusement dans une fiole, posée sur son bureau. Les souvenirs rassemblés étaient concentrés sur une période plus récente de sa vie, même si la fiole n’en contenait pas tant. Il avait très mal réagi à l’expérience. C'était effrayant. Il a fallu annuler le processus en pleine action. 

Je me suis faite à l’idée, désormais. Rien ne pourra le guérir. Même mes aller-venues sont illusoires. Cela ne lui fait rien. Absolument rien. Et je continue à m’attacher à une épave. Mais ça ne me gêne pas. J’entends des histoires, comme ça. Par exemple, à Noël, il m’a raconté les Détraqueurs.

«   Tu sais, ces choses, ça te paralyse totalement. Il faut être fou pour avoir inventé de telles horreurs ! Kingsley est raisonnable de les avoir chassés.
— Mais papa, as-tu déjà affronté un Détraqueur ? »

Il a volontairement laissé des pans de son passé flou. Si les choses peuvent être évitées, on les cache. C’est naturel, après tout.

«   Oh oui, plein. Tu te souviens de mon patronus quand même ?
— Un grand cerf
— Cornedrue. »

Et là, je souris. Je ne peux m’empêcher de visionner la carte du Maraudeur dans mon esprit. Mon grand-père paternel avait l’air d’être un grand humoriste. J’aurais tant aimé le connaître. Et mamie Lily aussi, bien sûr.



Quand j’arrive à la clinique aujourd’hui, les gens m’évitent. C’est un signal d’alarme dans ma tête mais je fais mine que tout est normal. J’attends d’avoir la nouvelle en face, j’attends qu’on me l’annonce directement. Tant qu’on ne me dit rien, tout va bien. Je tourne dans le troisième couloir. Le plancher craque, comme toujours. Dans trente-quatre pas, je retrouve papa.

Son état s’est dégradé. Ce n’est pas une surprise, mais la nouvelle m’a fait un énorme coup au cœur. On ne lui donne plus beaucoup de temps. C’est un miracle qu’il soit encore vivant. Dans la nuit terrible qui vient de se terminer, il a hurlé le nom de Ginny. Et le mien aussi, Lily. Celui de sa mère.

On nous laisse seuls, enfin.
Je me penche vers lui. Ses yeux sont brillants et je comprends qu’il a compris. Je comprends qu’il est conscient désormais. Et quand il m’appelle « Ginny » cette fois, je sais qu’il est en train de jouer. Et ça me fait sourire, je suis heureuse. Je lui montre mes dents pour afficher ma joie. Il cligne des yeux. Sa façon à lui de me répondre. Je sais qu’il sait que je sais.

Il se décide à parler. Il a du mal à démarrer. Sa voix est rauque.

« Ginny, tu la vois finalement la mer, droit devant ? »

Lorsque c’est à mon tour de répondre, l’émotion me prend encore plus fortement que d’habitude. Parce que les règles ont changé cette fois, nous le savons tous les deux, ce petit jeu signe la fin. Nos regards s’accrochent véritablement, pour la dernière fois.

« Je la vois, Harry.
 — Bien. »

Il me prend la main et nos tremblements se confondent.
Ce n'est plus qu'un souffle.

 


Ma petite Lily.

 

 

 

Note de fin de chapitre :

Voilà voilà, câlins à Lily, j'espère que ça vous a plu ! Bon, j'avoue qu'il y a peut-être des passages un peu gnan-gnan mais ça faisait plusieurs mois que je voulais publier le texte et je ne me voyais pas tout réécrire. 

N'hésitez pas à me donner votre avis ;)

Et merci d'avoir lu !

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