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128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
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A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Invictus par The Night Circus

[21 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Donc, voilà ma participation au concours de la mort qui tue de Fleur d'épine. 

Mes choix/pioches sont :

 

Musique 

-Y'as des fois, Massilia Sound System

-No pasaran, chant républicain espagnol

-Mon amant de Sain-Jean, Lucienne Delyle

 

Citation (JRR Tolkien)

-Le courage se trouve parfois dans les endroits les plus improbables

-Tu ne peux venir au matin qu'à travers les ombres...

 

Peinture

-L'Estaque, par Renoir

 

Autre utilisations d'oeuvres à signaler :

-Guernica de Picasso

-le poème Invictus de William Hernest Henley

 

 

 

 

Neville, les yeux fermés, pressait ses poings contre ses lèvres. Il voulait hurler. Expulser la panique qui compressait ses poumons dans un long cri, ou peut-être même plusieurs, qui viderait ses entrailles et le laisserait, épuisé, rouillé, s'effondrer contre les murs de Poudlard.

Il sentait son sang battre dans ses tempes, un bourdonnement régulier mais inhabituellement rapide. Ce son l'obsédait, le terrifiait, l'emplissait tout entier, le faisait suffoquer.

Tap-tap, tap-tap, tap-tap...

 

L'école avait rendu son silence à la nuit, l'obscurité qui enveloppait Neville le protégeait et les piégeait. Le feu et la brûlure de la chasse à l'homme de laquelle il venait d'être la proie commençait à s'estomper pour le laisser plus paniqué que jamais, un abysse d'incertitudes s'ouvrant sous ses pieds. Depuis le début de sa septième année, un mois plus tôt, le sorcier avait prit l'habitude d'arpenter les couloirs du vieux château dès que la nuit tombait, et de tracer des lettres écarlates sur les vénérables pierres grises.

 

Au diable Voldemort. Harry, on croit en toi. Dumbledore est toujours là.

 

Cette nuit, il avait faillit être piégé. Il s'en était fallu d'un cheveu. Les Carrow le soupçonnaient, bien sûr, mais n'avaient encore rien pu prouver contre lui.

Les poings de Neville étaient serrés si fort que la jointure de ses articulations blanchissaient. La panique l'aveuglait. Roulé en boule, dissimulé derrière la statue du sorcier unijambiste, il tremblait de tous ses membres. Son corps était incroyablement douloureux.

Les larmes coulaient silencieusement le long des joues de Neville. Il n'était pas seul à Poudlard, Luna et Ginny tenaient bon. Il ne leur avait pas parlé de ses escapades nocturnes, parce qu'il ne voulait entraîner personne dans sa chute s'il devait être pris. Dans la tour de gryffondor, il pouvait voir les élèves bouillir, refuser de baisser la tête face aux Carrows. Plus d'une fois, Neville avait songé à organiser avec eux la Résistance. Il n'était jamais allé jusqu'au bout de son idée jusqu'à présent; il n'était rien, ni élu, ni capitaine. Il n'était rien, il n'était personne. Pourquoi les gens l'écouteraient-ils ? Et puis de quel droit leur demanderait-il de mourir pour ses idées, pour ses combats ? Lui était prêt à tout, mais ne voulait rien demander aux autres.

Le courage se trouve parfois dans les endroits les plus improbables, et Neville pensait souvent que le sien s'était réfugié dans ses talons. Ses talons rivés au sol, ses talons qui ne bougeraient pas d'un pouce, même face aux Carrow, face aux Mangemorts, face à Voldemort en personne. Peu importait ce que sa tête, son cœur et ses entrailles lui diraient, peu importait sa peur et son angoisse, ses talons refuseraient de prendre la fuite.

Et pourtant sa détermination n'effaçait pas l'angoisse, elle n'apportait pas la confiance aveugle dans son sillage. Neville avait peur de se décevoir. Il se décevait souvent.

 

Le sorcier pouvait sentir le goût du sang sur le bout de sa langue. Peut-être s'était-il mordu, peut-être avait-il pressé ses poings si fort contre sa bouche que ses lèvres s'étaient rompues sur ses dents. Il ne se souvenait pas de ce qu'il faisait cinq secondes auparavant, il ne comprenait plus ses propres mouvements. Il frappait en silence le sol de son école, son foyer. Dans sa panique silencieuse, c'était sa façon de hurler « Je ne t'abandonne pas, je suis là... Je serais toujours là. » Neville était ainsi fait qu'il ne paniquait pas seulement pour lui ; il paniquait pour tout le monde. L'angoisse l'avait frappé juste après qu'il soit parvenu à semer la brigade inquisitoriale. Il était épouvanté, pour le monde sorcier qui courait droit à sa perte, pour les né-moldus et les traîtres à leur sang dont il était fier d'être le porte-étendard aux côtés des Weasleys, pour les droits et les libertés qui fondaient comme neige au soleil. Et même au cœur de cette crise d'angoisse qui le faisait suffoquer, Neville pensait aux autres. Ce n'était pas la première fois qu'une telle attaque le prenait, mais généralement il était au calme, dans le secret de son lit à bladaquin lorsque la panique frappait.

 

Il était prostré près de la Salle sur Demande, et le mur restait de pierre, indifférents aux prières du sorcier. Ses pensées s'emmêlaient, il ne parvenait pas à se concentrer sur ce dont il avait besoin. Une cachette, un refuge, oh par Merlin, le monde est fou. Un refuge, un endroit calme, je ne peux plus respirer.

Je dois sortir cette panique, pensa soudain Neville dans un éclair de lucidité.

Je dois sortir cette panique, aller jusqu'au bout et en revenir si je veux accomplir quoi que ce soit.

Trois fois il se répéta ce mantra.

Et la porte s'ouvrit.

 

Neville ressembla ses esprits le temps de se faufiler entre les deux battants entrouverts et il entendit la porte se refermer derrière lui dans un grincement sinistre. Il était plongé dans l'obscurité.

Une note de cor retentit alors dans le lointain, et le sorcier sursauta. Le son avait quelque chose de fantomatique, comme un lambeau de musique qui aurait par miracle traversé les âges pour venir mourir dans ses oreilles. La seconde suivante, le souffle coupé par la surprise, Neville vit qu'il se trouvait dans le no man's land entre deux armées de samouraïs prêtes à se ruer l'une contre l'autre. Ils étaient gris, presque transparents, et apparurent aux yeux du sorcier comme piquetés d'oubli par le passage du temps.

Le son de leurs pieds battant la pleine et les cris qu'ils poussaient pour se donner courage étaient ténus et disparaissait presque avant que Neville ne puisse les saisir. Il sentit cependant une boule se former au creux de son ventre lorsqu'il posa les yeux sur les expressions des fiers guerriers ; dans leurs regards dansait une lueur qui n'était pas étrangère au sorcier, et qu'il avait observée sur d'innombrables visages depuis que le ministère était tombé. Les soldats emportés par l'oubli furent remplacés par des combattants d'une autre ère et d'un autre pays, mais la même flamme, triste et résolue brillait dans leur prunelles. A leur tour ils disparurent, remplacés par d'autres.

Le temps soufflait sur toutes ces guerres comme une brise d'été emporte un fétu de paille. Tout comme les samouraïs, ces soldats vêtus de gris aux prises avec leurs semblables drapés de bleu, puis ceux qui s’entre-tuaient en portant les mêmes galons de gardes nationaux français sombraient inéluctablement dans les abysses du temps.

Neville sentit son cœur se serrer plus encore, la bile remonter le long de sa gorge et lui brûler la bouche, les larmes percer ses yeux comme un million d'aiguilles chauffée à blanc. Il suffoquait, sans vraiment comprendre pourquoi. Ce n'était pas la menace de l'oubli qui le traumatisait à ce point, il ne s'en était jamais soucié. Pourtant, quelque chose en lui avait reconnu ses guerriers d'autrefois, s'était profondément identifié à eux, du plus profond de ses entrailles. Pourquoi ?

Les yeux du sorciers s'arrondirent lorsqu'il comprit ce qui le retournait tant. Ces scènes étaient des fantômes des guerres civiles qui avaient agité l'histoire de l'humanité. Ces guerres où les frères prennent les armes pour se massacrer, et meurent pour des idées.

Et confusément, Neville commençait à comprendre que c'était ce que lui même vivait. Sorciers contre sorciers, britanniques contre britanniques, Hagrid et Madame Maxime contre leurs cousins les géants, Lupin contre les loups-garous...

La communauté sorcière était en pleine guerre civile, et personne n'osait prononcer ces deux mots.

Guerre civile.

 

Le son d'une guitare vint soudain caresser les oreilles de Neville, le prenant de court. La mélodie était jolie, et la chanson qui l'accompagnait roulait dans des accents espagnols, et ressemblait à un serment, à une promesse forcenée.

 

Diez mil veces que los tiren,

Diez mil veces los haremos

Tenemos cabeza dura

los del cuerpos de ingenieros.

Tenemos cabeza dura

los del cuerpos de ingenieros.

No pasarán, no pasarán...

 

Sous les yeux du sorcier, les républicains espagnols prenaient les armes, défendaient leurs patrie, leur libertés, contre les griffes du fascisme et de Franco.

Neville se secoua soudain.

Certes, Voldemort et ses mangemorts étaient comme lui, des enfants de son pays. Comme lui ils aimaient Poudlard, où ils avaient grandi. Mais ils étaient racistes, tortionnaires, dangereux, et en aucun cas il ne fallait baisser les armes. A l'instar des républicains espagnols, il n'avait pas le choix. Ou, par noblesse, par abnégation, il refusait de se le donner.

 

No pasarán, no pasarán...

 

Ils ne passeront pas, ils ne passeront pas. La litanie du chanteur espagnol commençait à étouffer Neville. ¡No pasarán! c'était toute sa peur, toute son angoisse. ¡No pasarán! c'était le cri de ceux qui comme lui combattaient l'obscurantisme. Seulement, les républicains qui chantaient et criaient ¡No pasarán! avaient été vaincus, et les franquistes avaient ricané « ¡Ya hemos pasado!»

Les images des conséquences de la prise de Madrid défilaient sous les yeux de Neville à une allure folle. Les exécutions, les tondues, l'exil des républicains.

Le sorcier se trouva soudain face à face avec un homme un regard noir, profond et intelligent. Sous l'examen de ces iris sombres, il se sentit exploser. Comme si l'inconnu qui le contemplait voyait directement à travers lui, avait fait éclater son corps en milliers de morceaux déstructurés pour poser ses yeux directement sur son cœur. L'homme sourit, et se détourna du sorcier pour se remettre à peindre, assis à un chevalet immense. Neville déstabilisé, se demanda un instant s'il était possible que l'homme l'ai véritablement vu, et regardé. Après tout, tous ces gens étaient des fantômes pour lui, et lui n'existait même pas pour eux. Et pourtant, il y avait quelque chose dans le regard du peintre. Une reconnaissance. Un sourire amical et un peu moqueur, comme seuls peuvent échanger les membres d'une même famille.

Un autre homme, un général nazi, considérait les toiles et les esquisses avec une expression déstabilisée, et un rien hautaine, sur le visage. Avisant les croquis que Picasso avait réalisé pour Guernica quelques mois plus tôt, il s'exclama avec dégoût :

-C'est vous qui avez fait ça ?

Picasso jeta un regard glacial au militaire, et rétorqua, sans ciller :

-Non, c'est vous.

Neville sentit son cœur bondir dans sa poitrine, en un élan d'amour intense pour le peintre, mêlé au mépris pour son interlocuteur. Lorsque le sorcier se tourna vers ce dernier, il laissa échapper un cri. Le nazi ressemblai trait pour trait à Amycus Carrow.

Il dégaina sa baguette, mais le frère Carrow ne le regardait pas. Il appartenait à une autre époque après tout, à un autre temps. Neville se demanda, perplexe, s'il s'agissait d'un parent des Carrow, où si la Salle jouait avec ses peurs, et les projetait dans ce rêve halluciné qu'il vivait, mêlant le passé au présent et à ses propres fantasmes.

Les esquisses de Guernica devenaient de plus en plus grosses, et finirent par happer le sorcier tout entier. Et la panique qu'il avait commencé à repousser, fasciné par la leçon d'histoire qu'il vivait, revint le dévorer tout entier.

Les explosions, les cris, il les entendait dans sa tête, encore et encore, alors que les formes blanches et torturées, géométriques et brisées, des habitants de Guernica brûlaient sa rétine.

Les fantômes informes, le taureau, le cheval, les corps déchiquetés sur le sol, l'épée brisée, et la femme, la femme qui hurlait à mort, serrant son enfant mort contre ses seins...

Neville se laissa tomber sur le sol, tremblant de tous ses membres, la tête enfoncée dans ses bras. Mais même ainsi, sous ses paupières closes, les victimes de Guernica le hantaient, avec leurs visages éclatés et l'horreur de leur détresse. Sous le vernis du silence, c'était ce qu'il comprenait du combat terrible contre Voldemort et ses partisans. C'était aussi la peur qui avait muselé ses désirs de mener la Résistance à l’intérieur de Poudlard en rassemblant les anciens de l'armée de Dumbledore : il ne voulait pas faire de l'école un autre Guernica.

Il ne voulait pas que quiconque vive ce qui avait détruit ses parents.

Une voix murmura à l'oreille de Neville :

-Tu ne peux venir au matin qu'à travers les ombres...

 

Elle n'avait pas plus tôt finit de parler qu'une musique de violons et d'accordéons se mit à virevolter. Le sorcier releva la tête, le cœur battant. La voix de sa mère. Ou la voix qu'il avait donnée à sa mère, dans ses rêves d'enfants.

Quatre arbres entouraient une placette ; des lampions y étaient accrochés et illuminaient la scène de couleurs vives et chamarrées sous un ciel piqueté d'étoiles. Sur une petite estrade, des musiciens jouaient, un foulard rouge autour du cou, et une jeune femme à l'élégance désuète chantait.

 

Je ne sais pourquoi j'allais danser,

à St-Jean, aux musettes,

Mais il m'a suffit d'un seul baiser

pour que mon cœur soit prisonnier.

 

De jeunes gens dansaient, tournoyaient, virevoltaient, Leur visages heureux semblaient familiers à Neville... Cette fille là bas, possédait les mêmes yeux noirs et intenses que Pavarti, et les même cheveux roux que Ginny. Le garçon avec lequel elle dansait avait le petit nez en trompette de Lavande, et le sourire de Dean. A côté d'eux, une jeune femme riait aux éclats, et ses pommettes saillantes faisaient écho à celles de Cédric Digory, et son regard bleu était tout aussi perçant que celui de Dumbledore ; un garçon un peu plus grand que les autres était affublé des mêmes dents de castor qu'Hermione trois ans en arrière.

Cette fois-ci, Neville sut que la Salle ne lui montrait pas un événement passé, et qu'elle puisait en lui pour l'entourer de ce petit bal perdu d'un autre siècle.

 

Comment ne pas perdre la tête, 
Serrée par des bras audacieux 
Car l'on croit toujours 
Aux doux mots d'amour 
Quand ils sont dits avec les yeux 
Moi qui l'aimais tant, 
Je le trouvais le plus beau de Saint-Jean, 
Je restais grisée 
Sans volonté 
Sous ses baisers. 

 

Après la terreur que lui avait inspiré Guernica, le sorcier se sentit un peu apaisé pour la première fois depuis qu'il avait franchi la porte. Et pourtant, il était profondément triste.

Une jeune fille ressemblant à sa mère valsait avec une autre que Franck, et ses yeux brillaient d'étoiles.

Franck, ou son semblable, n'était pas loin, oublieux d'Alice, couvant du regard une jolie brune à la bouche sensuelle.

Neville comprenait que ce qu'il voyait, c'était le fantôme de ce que Franck et Alice, et tant d'autres, n'avaient pas pu connaître. La guerre pesait sur leur tête lorsqu'ils étaient jeunes, comme elle pesait sur celle de Neville à présent, alors tout était plus rapide, parce que le futur n'existait plus.

Lorsque la vie est si courte, l'amour devient éternel.

Ses parents, comme Lily et James Potter, comme toute une génération, n'avaient sans doute jamais connu les frissons que seul un amant de Saint Jean peut donner.

 

Sans plus réfléchir, je lui donnais

Le meilleur de mon être.

Beau parleur, chaque fois qu'il mentait,

Je le savais, mais je l'aimais.

 

Aimer, se donner, se perdre, guérir, oublier. Et puis, bien des années plus tard, se souvenir avec tendresse de ses amours débutant.

Ils n'avaient pas pu prendre le temps de vivre, d'être libres et frivoles. Libres de tout, et même libres de souffrir d'un amour déçu, sans devoir penser « il y a pire dans le monde. Hier, Voldemort a tué quinze personnes. Alors je n'ai pas le droit d'être malheureux, puisque ceux que j'aime sont en vie. » 

 

Mais hélas, à Saint-Jean comme ailleurs,

Un serment est un leurre,

j'étais folle de croire au bonheur

et de vouloir garder son cœur.

 

Neville s'était assis au bord de la piste, et il contemplait les danseurs. La valse avait son charme propre, et unique. Pas les grandes valses de Vienne des princes et des empereurs, non, mais ces petites valses de gens simples. Pas de sensualité factice, pas de grand airs, juste un couple qui tournoie avec un sourire heureux au coin des lèvres. Les corps ne sont pas pressés l'un contre l'autre, et pourtant alors que leurs yeux caressent leurs visages, rien n'existe au-dehors. Les jupes et les jupons se soulevent et tourbillonnent autour des jambes des danseuses lorsque le rythme s'accélère, les muscles des bras des garçons se tendant pour éviter que leurs partenaires s'envolent à la faveur d'une pirouette. Parfois, ils percutent un autre couple, se regardent, rient, s'amusent et se chamaillent, puis ils retournent dans ce cocon où ils ne sont que deux.

 

Moi, qui l'aimait tant, mon bel amour

Mon amant de saint-jean,

Il ne m'aime plus,

C'est du passé, n'en parlons plus.

 

 

Neville sentait la fatigue le gagner. Après le paroxysme de panique qu'avait été Guernica, l'angoisse l'avait quitté, apaisée par la valse, malgré la tristesse qu'elle avait éveillée.

 

Et puis soudain, le soleil se mit à chanter.

Par petites touches, comme ces petits ronds flous de lumière qui traversent le feuillage d'un arbre pour venir se poser sur le visage de celui qui s'est allongé entre ses racines. Neville battit des paupières. Il n'avait pas conscience de s'être endormi, et pourtant il avait l'impression de se réveiller.

Il se trouvait dans un petit coin de verdure où une herbe presque jaune, séchait sous l'astre du jour.  Le remous d'une mer qu'il ne pouvait pas voir caressait ses oreilles avec le chant des cigales, et les mouettes criaient dans le ciel. L'odeur de l'iode et de la sève du pin parasol au pied duquel il était assis embaumait la brise brûlante de l'été, et le ciel était d'un bleu soutenu, pur, un bleu tel qu'il n'en voyait jamais en Ecosse. Le paysage rappelait l'une des peintures que Renoir avait réalisées dans un des ces quartiers de Marseille où la nature a sur rester sauvage et qu'on appelle l'Estaque.  

La musique du soleil se précisait, des mains invisibles frappaient au rythme de ses notes, et une voix mâle s'éleva, à la fois précise et indécise, enjouée et effrontée.

 

Il y a des fois que, il y a des gens qui, il y a des cas où, des événements dont on se souviendra toujours...
De ses tout premiers jeux,de ses jours malheureux, de son premier tarpé, des copains de quartier et de son premier amour.

 

Le bruit du vent dans les branches faisait sourire Neville. La chanson du soleil aussi.

 

A chacun ses joies, à chacun ses douleurs, à chacun ses rires et à chacun ses pleurs, on est tous des rois, mais on ne le sait pas, on est tous des élus, mais on ne le sait plus.

 

Neville s'assit brutalement, électrisé par ces paroles criantes de vérité. Cette chanson aux odeurs de méditerranée, qui commençait de façon si innocente et presque banale, le prenait brusquement de court et faisait sonner un clairon inconnu dans sa poitrine.

Il se répéta le vers avec l'air hébété d'un homme sortant brusquement d'un rêve. On est tous des rois, mais on ne le sait pas, on est tous des élus, mais on ne le sait plus.

 

Qu'est-ce qui fait qu'on se sent tout à coup mieux dans sa vie ? Est-ce le fruit du hasard ou est-ce un tour de magie ?

Un beau matin tu te réveilles et tu te sens aïoli, serait-ce le fait d'une fée qui serait venue dans la nuit ? Subrepticement, sans bruit se serait glissée dans ton lit, murmurant à ton oreille son adorable gazouillis, t'aurait fait voir mille merveilles tout droit venues du paradis ?

Mais non couillon, c'est le soleil qui te dit "salut c'est midi".

On a toujours raison de savourer le bon, et de laisser le mauvais aux pébrons ; on a toujours le choix, mais entre quoi et quoi ? Vas-y boulègue et l'avenir te le dira.

 

Neville, sous les caresses du soleil, se sentit soudain emplit d'une force nouvelle. Pas seulement pour lui, mais pour les autres aussi. Des rumeurs racontaient qu'il aurait pu être à la place de Harry, que les termes de la prophétie s'appliquaient à l'un comme à l'autre, et cela l'intimidait. Il n'était rien, lui, il était petit, il n'avait pas été élu. Il ne voulait pas que tout repose sur les épaules de son ami, mais qui pouvait-il ? Lui, Neville Londubat, n'avait aucun pouvoir. Le destin ne l'avait pas choisi pour rétablir l'équilibre du monde.

 

A chacun ses joies, à chacun ses douleurs, à chacun ses rires et à chacun ses pleurs, on est tous des rois, mais on ne le sait pas, on est tous des élus, mais on ne le sait plus.

 

A chaque fois que le refrain martelait son message, Neville se sentait un plus excité, un peu plus invincible. Le soleil remettait les choses en place. Au diable les prophéties et tout ce qui pouvait te pousser à croiser les bras en attendant qu'un autre fasse le travail à ta place.

 

Qu'est-ce qui se passe ? Dites-moi, je sens le doute s'installer, la jeunesse ne sait plus du tout à quel saint se vouer, les élites occidentales sont complètement paumées, l'intégrisme se répand, le fascisme est à ses côtés, la guerre gagne du terrain, elle est civile et bien armée.

Pour ma part je suis pas serein, car ça pourrait nous arriver, je fais pas de préchi précha, je viens pas te casser les pieds, je viens juste te rappeler que le monde est tel qu'on le fait. 

 

Est-ce que cette chanson existait ? Est-ce qu'elle avait déjà été écrite et chantée ? Est-ce que la Salle sur Demande faisait écho aux pensées de son visiteur ? Neville était muet de surprise, ainsi confronté en musique à ce qui tournait ainsi dans sa tête depuis longtemps.

 

A chacun ses joies, à chacun ses douleurs, à chacun ses rires et à chacun ses pleurs, on est tous des rois, mais on ne le sait pas, on est tous des élus, mais on ne le sait plus.

 

Tous des rois, tous des élus. Pas seulement Harry, ou lui, tous. Il fallait qu'il arrête de craindre de compromettre Luna et Ginny ; elles n'étaient pas moins déterminées que lui. La même chose était vraie pour bien d'autres élèves de sa maison, et de Poudlard tout court d'ailleurs. Tous des rois, tous des élus.

 

Le sorcier se redressa tout à fait, et la prairie dans laquelle il se trouvait disparut pour faire place à une pièce grise et poussiéreuse, pas bien grande, et qui ressemblait à une salle de classe désaffectée.

Il se sentait bien. Calme.

Des bribes d'un autre poème lui revinrent en mémoire alors qu'il sortait de la Salle sur Demande sur la pointe des pieds :

 

I am the master of my fate,

I am the Captain of my soul.

 

Oh, il ne savait pas mieux qu'avant comment mener la résistance. Mais il savait qu'il devait le faire, avec les autres. Ginny, Luna, Seamus, Lavande, Pavarti, tous ceux qui seraient volontaires. L'armée de Dumbledore n'était pas morte.

Lorsqu'il retourna dans le couloir, il constata que le soleil se levait, et resta un instant là, à observer l'aurore bleue et rose caresser la cime des arbres de la forêt interdite. C'était vrai, qu'il était venu au matin à travers les ombres. 

 

L'écho d'une guitare espagnole raisonnait dans sa tête, alors qu'il levait son poing serré dans une promesse silencieuse à l'attention de l'aube nouvelle.

 

 

¡No pasarán!

 

 

Note de fin de chapitre :

Voilà, j'espère que ça vous a plu, et que ce n'était pas trop indigeste !!! 

Je ne sais pas si c'est bien clair, mais le mélange des langues et le fait que Neville l'anglais comprenne l'espagnol et le français, et connaisse suffisament l'Histoire pour situer certaine choses (comme de savoir que la réponses des franquistes au "no pasaran" est du à la magie de la salle ^^ )

 

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