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News

Programme de juillet des Aspics


Bonsoir à toustes !

Un peu de lecture pour vous accompagner en cette période estivale... Vous avez jusqu'au 31 juillet pour, d'une part, voter pour le thème de la prochaine sélection ici et, d'autre part, lire les textes de la sélection "Romance" du deuxième trimestre 2024, et voter ici !

Les sélections sont l'occasion de moments d'échange, n'hésitez pas à nous dire ce que vous en avez pensé sur le forum ou directement en reviews auprès des auteurices !


De L'Equipe des Podiums le 11/07/2024 22:30


Assemblée Générale 2024


Bonjour à toustes,

L'assemblée générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé est présentement ouverte sur le forum et ce jusqu'à vendredi prochain, le 21 juin 2024, à 19h.

Venez lire, échanger et voter (pour les adhérents) pour l'avenir de l'association.

Bonne AG !
De Conseil d'Administration le 14/06/2024 19:04


Sélection Romance !


Bonsoir à toustes,

Comme vous l'avez peut-être déjà constaté, sur notre page d'accueil s'affichent désormais des textes nous présentant des tranches de vie tout aussi romantiques ou romancées les uns que les autres ! Et oui, c'est la sélection Romance qui occupera le début de l'été, jusqu'au 31 juillet.

Nous vous encourageons vivement à (re)découvrir, lire et commenter cette sélection ! Avec une petite surprise pour les plus assidu.e.s d'entre vous...

Bien sûr, vous pouvez voter, ça se passe ici !


De Jury des Aspics le 12/06/2024 22:31


145e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 145e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Vendredi 14 juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
À très bientôt !


 


De L'équipe des nuits le 12/06/2024 12:33


Maintenance des serveurs


Attention, deux interventions techniques prévues par notre hébergeur peuvent impacter votre utilisation de nos sites les 28 mai et 4 juin, de 20h à minuit ! Pas d'inquiétudes à avoir si vous remarquez des coupures ponctuelles sur ces plages horaires, promis ce ne sont pas de vilains gremlins qui grignotent nos câbles ;)

De Conseil d'Administration le 26/05/2024 18:10


144e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 144e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Samedi 18 mai à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits et à vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De L'équipe des Nuits le 12/05/2024 11:00


L'Aigle Royal par Princesse

[14 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Je vous livre sans plus attendre ma participation HC à mon propre concours sur le Tatouage, et j'espère que ce petit OS sur un de mes OC vous plaira. Si vous êtes intéressé par celui-ci (qui se termine au 1er juin à minuit) je vous met le lien juste => ici

 

Pour replacer un peu le contexte, on retrouve Cassiopée Parker à la fin de ses études à Poudlard, chez elle, à Lesbos, où elle doit faire un choix important pour le déroulement de sa vie mais aussi celui de son peuple puisqu'elle est la princesse des Amazones du clan de la mer noire. Mais que va-t-elle bien pouvoir choisir entre sa famille d'origine et sa famille d'adoption... ?

 

Je vous laisse découvrir ce texte, et si vous avez un coup de coeur pour ce personnage (que vous découvrez ou que vous redécouvrez), vous pouvez la retrouver dans d'autres de mes fictions, juste => ici

Note de chapitre:

J'en profite pour remercier ma bêta pour cet OS, Awena qui s'est vraiment surpassé pour me livrer une correction et des conseils très avisés, alors Merci à toi !


<3

Allongée dans la pénombre, alors que le crépuscule pointe timidement le bout de son nez, je repense  à ce que vient de m’annoncer Lily. Ma meilleure amie va se marier… Je n’arrive pas à y croire… James et elle vont se marier. Comme ça. Sur un simple coup de tête. Un coup de poker. Un pari risqué sur l’avenir incertain qui se profile au loin. Parfois, je me dis que toute cette histoire va trop vite, mais dans le fond, n’est-ce pas elle qui a raison ? A quoi bon vivre si c’est pour être loin et séparé de ceux que l’on aime ? A quoi bon respirer si c’est pour être tiraillé entre deux choix ?

 

La porte de ma chambre aux murs boisés s’ouvre lourdement, et j’aperçois la chevelure dorée de ma jeune sœur briller dans l’encadrement de la porte. Mon cœur se serre. C’est comme un étau qui me brise de l’intérieur et pendant une seconde, qui me parait éternité, je n’arrive plus à respirer. Pendant une seconde, j’ai peur. Peur de succomber. Peur que ses grands yeux suppliants ne me fassent perdre le contrôle de ma vie. Peur de faire le mauvais choix. Et dans le fond, je suis consciente de mon erreur, de ma prise de risque. Mais comment arriver à combattre l’appel du cœur ?

 

Je suis sur Lesbos depuis presque six semaines, et tout en moi se meurt. Lentement. Tristement. Inévitablement. Chaque seconde me rappelle douloureusement que je suis loin de lui… Mes mains tremblent. Ma respiration est saccadée. Et mes jambes ne m’ont jamais parue aussi lourdes. Je pense que Lily avait raison lorsqu’elle me disait que tôt ou tard la magie me rattraperait. La magie et l’amour…

 

-     La Tatauïne t’attends, m’annonce ma sœur, le regard encore plein d’espoir, espérant que ce regard naïf puisse m’aider à faire mon choix.

 

Mais je n’y arrive tout simplement pas. La seule chose que je vois dans ses yeux, c’est leur couleur. Bleu. Bleu ciel. Loin de l’éternel bleu gris métallisé qui me fait tant chavirer chez lui… et je donnerai  n’importe quoi pour les retrouver en face de moi. N’importe quoi. Même mon âme. Et c’est sans doute ce qui me fait le plus peur…

 

 

 

***

 

 

 

Mes pieds effleurent lentement le sol, incertains, alors que mon corps semble s’enliser à chaque nouveau pas. A la manière d’un sac qui se remplirait de pierres. Une pierre pour chaque mètre gagné. Et plus j’avance, indécise, vers le temple Tatauïste et plus mon âme s’ankylose. Quel choix dois-je faire déjà ? Je n’en suis plus vraiment certaine. Surtout lorsque je croise ces centaines de regards tournés vers moi, les yeux étoilés de fierté et de fidélité envers moi, la princesse héritière des Amazones de la mer Noire. Moi qui m’apprête à les amputer de mon talent inné pour le combat et les stratégies guerrières. Sauf qu’aujourd’hui, mon peuple de naissance n’est plus en guerre… Mon peuple d’adoption, lui, croule sous la terreur et l’effroi. Là-bas, au Royaume-Uni. Un territoire que peu d’entre nous savent placer sur une carte. L’Angleterre commence à être ravagée. Creusée jusqu’à l’os. Brûlée. Détruite. Envahie. Je ne peux pas laisser faire une telle chose. Et cela ne serait pas juste. 

 

Le rire de Lily me revient aux oreilles, puis je vois le sourire de James, le visage de Mary, ceux de Remus et Peter. Et il y a celui qui m’obsède depuis mon retour. Les traits de Sirius prennent forme devant mes yeux avant de s’effacer aussi rapidement qu’ils étaient arrivés. Je ne peux pas les laisser me distraire. Pas aujourd’hui… Tous les jours, si mon esprit le décide, mais pas aujourd’hui.

 

 

***

 

 

Lorsque mon corps glisse derrière le tourbillon de plumes de faisans qui sert de porte du temple, les effluves des préparations des Tatauïnes s’infiltrent directement dans mes narines et l’odeur de terre cuite, de sang et de pierre chaude se perçoit distinctement. La chaleur du temple, malgré un toit à demi-ouvert vers le ciel obscure, s’abat sur mes épaules comme une chape de béton, et en quelques secondes mon corps est en sueur. C’est comme un bouillon. Un énorme bouillon qui infuse doucement sous un feu ardent, et pendant un moment, j’ai envie de déserter cet endroit qui me fascinait tant lorsque j’étais gamine. 

Je me rappelle encore la première fois où je suis venue ici… La première fois où je me suis faite tatouer. Mes traditionnels anneaux de pureté, de fidélité et de courage ornent la partie supérieure de mes cuisses, depuis que j’ai cinq ans et font partie intégrante de mon corps et de mon identité. Tout comme ma rosace sur l’épaule, depuis l’été dernier, qui m’élève au rang de cheffe des armées. Ou la flèche royale qui souligne ma clavicule, rappel constant de mon héritage sanguin. 

Certaines amazones ont d’autres tatouages évidemment. Elles les arborent fièrement, devenant des témoins indélébile d’une étape importante de leur vie, d’un moment clef de leur existence. Tout comme le lotus que porte ma mère, la Reine Mérida, au creux des reins. Réelle marque de paix intérieure et d’épanouissement personnel. On dit qu’elle se l’est fait estampiller au fer rouge le lendemain de ma naissance… Ma sœur Mira, elle, possède une lune et un soleil incrustés l’un dans l’autre au centre de la nuque, depuis l’hiver dernier. Elle pense que tout comme ces astres, les Amazones ont besoin des Hommes pour exister… 

 

Nerveusement, je passe ma main dans ma crinière blonde, presque blanche, et mon regard se perd dans ce temple sombre où le feu central étend ses flammes à plusieurs mètre du sol, projetant alors des ombres effrayantes sur les murs constitués d’horimono, ces célèbres tatouages asiatiques qui appartenaient aux Amazones les plus émérites. On y retrouve la louve sanguine de la Reine Lampado, le serpent à trois têtes de la Reine Marpessa, l’œil du faucon de la Reine Hippolythé.  Même après tout ces siècles où elles ont ravagés l’Asie, ces tatouages semblent s’agiter lorsqu’on les regarde trop longtemps, bougeant minutieusement pour nous hypnotiser, pour nous attirer dans leurs univers, dans les souvenirs, remplis de victoires et de batailles, de leurs anciennes propriétaires. Et je me perds dans les yeux rouges de la louve de Lampado. Ils sont si captivants. Un peu comme les yeux perçant de l’aigle, mon animal totem. 

 

Jadis, je rêvais de voir un de mes futurs  tatouages apposés sur le mur comme une preuve irréfutable de ma grandeur et de mon amour pour mon ethnie. A présent, je sais que si mon nom rentre dans les légendes cela voudrait dire que j’ai tourné le dos à tout le reste, et je ne suis pas certaine de vouloir le faire. Suis-je capable de tourner le dos à mon peuple d’adoption ? A l’Angleterre ? A Lily et à mes amis ? A Sirius ? C’est sans doute la question la plus douloureuse que j’ai eu à me poser de toute mon existence. 

 

Un léger craquement me fait sursauter et lorsque je me retourne, trois têtes à la longue chevelure blanche et entièrement nattée s’inclinent respectueusement devant moi, me faisant sentir encore plus mal à l’aise. Leurs yeux noirs et enfoncés dans leurs visages ridés et fermés me font signe de m’approcher et de m’asseoir près du feu. Les Tatauïnes sont les grandes prêtresses de l’histoire. Elles veillent à ressusciter le passé, à immortaliser le présent, et à élargir le futur. Elles sont aussi nos aînées, nos conseillères, et nos soigneuses lorsque nous rentrons blessées d’une bataille. 

 

La plus âgée des trois me questionne sur le tatouage que je m’apprête à me faire apposer sur la peau, et une fois de plus, je suis surprise d’entendre sa voix dans ma tête et non pas dans l’atmosphère… elles ont la particularité de se faire comprendre et entendre au cœur même de notre esprit. Et la question qu’elle vient de me poser n’obtient pas de réponse. Elle n’en obtient pas car je suis incapable de lui en accorder une. Comme si le symbole auquel je pense reste en suspension dans les brumes de mon esprit, sans jamais réussir à se former distinctement. 

 

Quel tatouage suis-je censée choisir déjà? Celui de mon dix-huitième anniversaire que je n’avais pas pu faire en Avril. Celui qui est censé marquer la dernière étape de la « trilogie »…

Une nouvelle flèche qui viendrait rehausser celle que je possède actuellement à la clavicule. Je me  l’était l’imaginée dans un pigment doré et ocre, presque rouge brique, comme un rappel de mes couleurs à Poudlard… cette école, cette seconde maison que j’ai quitté récemment. Et mon cœur s’accélère rapidement. La flèche dorée s’efface de mon esprit pour ne laisser place qu’à ce château perdu au milieu des plaines d’Ecosse, à ma baguette rangée soigneusement dans mes valises à peine défaites, et aux yeux envoutants de Sirius. Sirius… Mon cœur s’emballe de nouveau et j’ai l’impression que le sang afflue à mes oreilles, me faisant perdre la tête. 

 

Face à moi, la Tatouïne penche la tête sur le côté et sa longue natte effleure son buste creusé et ses épaules voutées, à peine caché par une toge immaculée. Autour d’elle, les flammes du feu continuent de danser et de me narguer en prenant des formes de flèches, toutes différentes mais en même temps si similaires de mes aïeules. Puis des yeux perçant apparaissent, me fixant inlassablement, et cela en devient presque insupportable tant cela fait renaître certaines douleurs dans mon cœur. Aux yeux perçant s’ajoute un nez droit, entouré de pommettes rondes et hautes, et une bouche charnue se dessine distinctement dans l’épaisse fumée grisâtre. Et le visage de Sirius ondule devant mes yeux jusqu’à m’en aveugler. 

 

Le parfum fort de la terre cuite, et celui plus acre du sang me monte à la tête et je n’arrive plus à respirer. La seconde d’après, le vent frais des nuits d’été me fouette allègrement le visage et je sens des larmes s’échapper de mes yeux pour s’écraser sur mes joues. 

 

Je crois que je ne peux pas rester à Lesbos. Je ne peux pas quitter l’Angleterre. Et je ne peux pas quitter Sirius…

 

 

***

 

 

Depuis combien de temps suis-je assise sur ce rocher ? Une heure ? Deux ? Le soleil a totalement disparu laissant place à la lune et aux étoiles qui illuminent une grande partie de Mytilène, la citadelle où je vis. Tout semble calme, immobile, presque vide. Un peu comme mon corps… Vidé  de tant d’ébullition, vidé d’avoir ce trop plein d’émotions qui m’enserre la gorge et qui m’assèche de l’intérieur comme une sangsue accrochée à une artère. Je pense que je vais exploser, que je vais exploser assise sur ce granit !

 

Je soupire fébrilement alors qu’un frisson s’infiltre le long de ma colonne vertébrale et je referme mes bras autour de mon buste. Si les journées à Lesbos sont chaudes, les nuits, elles, restent fraiches et pendant quelques minutes j’envisage de retourner dans le temple mais mes pieds ne veulent pas bouger. La Tatauïne n’est toujours pas venue me chercher et je sais qu’elle ne le fera pas. Après tout, c’est à moi de me décider. A moi de choisir ce tatouage, celui du dix-huitième anniversaire, celui qui solde définitivement notre innocence, nous plaçant sous la protection d’Arès, n’est pas un acte à prendre à la légère. Ce tatouage est censé être en adéquation avec qui nous sommes, venir souligner les qualités qui nous tiennent à cœur, et son tracé doit surtout nous montrer le chemin à suivre. Telle une carte vers notre destin, il est un rappel constant de notre dévotion et de notre dignité envers ce qui nous est chère. 

Les Tatauïnes nous enseignent dès notre plus jeune âge que nos tatouages sont notre identité, que nos émotions sont la source même du symbolisme qu’on leur attribue, et qu’une fois cette marque apposée il faut la respecter. L’honorer comme nous honorons nos dieux car ce sont leurs mains, à travers celles de la Tatauïne qui nous marquent pour l’éternité… Et pourtant, malgré tout cela, malgré l’amour que je porte à mon peuple, je n’arrive pas à visualiser la flèche dorée sur ma peau. Je ne la vois pas. Elle existe uniquement dans ma tête, dans un rêve que j’ai fait il y a vraiment très longtemps. Un rêve qui n’est désormais plus le mien. 

 

Mon visage s’enfouit dans mes mains et les larmes viennent se perdre sur mes joues. Si je ne vois rien, c’est qu’il n’y a sans doute rien à voir… c’est qu’il n’y a sans doute aucune explication logique pour cette flèche d’or, et que ce n’est sans doute pas moi, tout simplement. Ce n’est pas moi cette flèche. C’est celle que j’aurais aimé être et pas celle que je suis réellement. 

Ma mère avait raison depuis le début. Entre Amazone et Sorcière il va falloir me décider. Il va falloir choisir pour avancer et continuer à vivre car je ne pourrais pas rester éternellement entre mes deux vies, entre mes deux identités. Je ne pourrais pas rester entre Kassiopeia et Cassiopée. Ce n’est pas possible et ce n’est pas juste. Ni pour mon peuple de Lesbos, ni pour mes amis d’Angleterre. Ni pour Sirius qui m’attend depuis toutes ces semaines. 

 

Mais comment puis-je savoir ? Comment être certaine de faire le bon choix ? Comment ?!

 

Je me tasse encore plus contre le rocher, espérant sans doute disparaître dans son coeur de granite lorsqu’un glatissement sonore retentit à mes oreilles, me faisant sursauter. A peine ai-je le temps de lever la tête que je vois un aigle royal apparaître dans l’obscurité de la nuit et piquer droit vers le sol sans la moindre hésitation. La seconde d’après, ses serres se referment sur un mulot égaré, à présent sans doute mort, et ses imposantes ailes battent frénétiquement l’air pour remonter vers la voûte céleste. Sans un regard pour sa proie ou pour moi, l’aigle royal s’élance dans la nuit, planant librement au-dessus de la citadelle sans se soucier des éventuels archers qui pourrait l’abattre pour ses précieuses plumes, utilisées dans nos flèches de combat. Et mon regard se perd sur la puissance de ses ailes, la forme de son bec, et l’incision de ses serres. Bientôt, il n’est plus qu’un gros point brun sous les étoiles et ma bouche se tord en un sourire figé. L’aigle Royal ne se soucie de rien… de rien ni de personne. Il va là où il veut, oscillant entre son habitat d’origine et son territoire de chasse, devenu bien souvent son nouveau foyer. De là-haut, son œil vif et alerte balaye une très grande étendue où rien ne peut l’attraper par surprise. C’est un chasseur hors pair, sans doute le meilleur chez les rapaces. Indomptable et Puissant. 

 

Mes poings se serrent de colère, et je regrette de ne pouvoir acquérir une telle liberté, de ne pouvoir me balader entre les deux univers qui font partie intégrante de ma personnalité. L’Amazone, la Sorcière, c’est évident désormais que je ne peux choisir. Je ne peux tout simplement pas, et pendant un court instant je m’imagine être cet aigle. Libre et Insoumise. Libérée de toutes ces contraintes et toutes ces décisions qui m’empoisonnent. N’être juste qu’un atome libre et solitaire…

Et au final, je réalise que c’est surement pour cette envie d’indépendance que mon patronus est un aigle royal. Est-ce que c’est un signe ? Comme un chemin proposé et que je ne peux refuser ? Sans doute… la coïncidence serait trop grande pour ne pas s’en préoccuper.

 

L’odeur de terre cuite et de pierre chaude semble revenir s’infiltrer dans mes narines, et lorsque je tourne la tête vers le temple, la Tatauïne la plus âgée écarte le rideau de plumes. Sa tête ridée est penchée sur le côté, et ses gros yeux, aussi brillants que la lune, me détaillent d’un air décidé. Mon cœur s’emballe au rythme de ma respiration lorsque je vois l’aigle se dessiner dans mon esprit. Son pelage brun, son œil jaune, ses plumes rayées, ses serres dorées. Je vois tout, tout ! Même la texture de son plumage se dessine dans ma tête. Je le vois distinctement. Aussi nettement que je si je voyais cet animal devant mes yeux. Et mon esprit est focalisé par la puissance de ses ailes, par la finesse de ses plumes. Ce sont elles qui lui donnent cette capacité de liberté, cette capacité de domination, ce pouvoir sur ses proies…

 

La Tatauïne me dit d’approcher. C’est l’heure de vérité, le moment de diriger ma vie comme je l’entends. Sa voix mystique chante de longues litanies au cœur même de mon corps, et mes pieds me ramènent au temple, près du feu où le visage de Sirius semble s’être réveillé, ondulant comme au tout début devant mes yeux. Je l’aime… je l’aime et je ne pourrais pas vivre loin de lui, et ça, il va falloir que je l’explique à ma mère. Que je lui explique ce sentiment d’amour qui me transperce de part en part lorsque j’entends sa voix, ou lorsque je vois ses yeux. Lorsqu’il me touche, ou qu’il m’embrasse. Lorsqu’il me fait rire et qu’il me dit je t’aime. Ces moments sont d’une si grande rareté que cela rend la situation entre nous encore plus déroutante. 

 

Il va me falloir beaucoup de courage et de détermination pour avouer cela à ma mère, pour lui avouer que je ne pourrais pas rester indéfiniment sur Lesbos, pour lui avouer qu’un Homme m’attend. Que l’homme que j’aime m’attend très loin d’ici.

 

La respiration saccadée de la Tatouïne effleure mon oreille et sans prononcer la moindre parole, elle me demande si je suis prête. J’hoche la tête, lentement, et mes mains se glissent contre mon corset que mes doigts tremblants détachent. Il tombe à terre dans un chuchotement assourdissant, et je ramène mes cheveux contre mon épaule, dégageant ainsi mon dos et ma nuque, encore vierge de tout  autres tatouages. Ces longs doigts calleux effleurent ma colonne vertébrale, puis mes omoplates, avant de plonger dans un pigment noirâtre sur ma droite. Mes yeux se ferment et mon souffle se fait plus serein lorsque j’entends ses ongles racler le bol de terre cuite. 

 

Quand son ongle aiguisé se pose sur le haut de ma colonne, à la jonction de mes cervicales et de mes dorsales, je sens un puissant feu s’étendre sur l’intégralité de mon dos, mais aucun muscle de mon visage ne tressaille. Je reste concentrée sur l’image de liberté qui vagabonde dans mon esprit, alors que je sens les doigts de la Tatauïne descendre minutieusement contre mon omoplate gauche. 

Inutile de lui décrire mon tatouage, elle le voit dans ma tête. Elle connait le moindre détail, la moindre finesse, la moindre précision. Elle reproduit à la perfection ce qui se finalise dans ma tête. Et pour l’instant, la seule chose qui se dessine, ce sont les ailes puissantes de l’Aigle Royal. Je les sens aisément s’ancrer dans mon épiderme, et descendre jusqu’à mes reins, alors que la sensation de trahison s’infiltre jusqu’à mon cœur. Ce tatouage ne reflètera pas celle que je suis, mais celle que j’espère devenir. Peu de personnes sauront la vérité, seule la Tatauïne, grande prêtresse, analyse clairement ce qui se trame au fond de moi car je ne peux rien lui cacher.

 

Les minutes défilent et se transforment en heures, en heures de plus en plus suffocantes tant la douleur devient insoutenable. La sensation de brûlure qui s’étale dans mon dos glisse jusque dans mes entrailles, me consumant à petit feu de l’intérieur, mais ma bouche ne se crispe pas et mes yeux restent toujours fermés. Seule ma respiration semble s’amoindrir au fur et à mesure que le sang coule le long de mes vertèbres. Mon corps est prisonnier des mains habiles de la Tatauïne alors que mon esprit s’échappe jusqu’à Londres, là où je retrouve l’espace sécurisant des bras de Sirius. Encore quelques heures de souffrances loin de lui, et je pourrais bientôt le retrouver… Je n’abandonne pas mon peuple. Je ne pourrais jamais le faire. Mais je ne pourrais jamais quitter Sirius, et je resterais entre deux tant que je le pourrais. Goûtant à la semi-liberté que je rêve de voir totale sans blesser ma famille et l’homme que j’aime.

 

 

 

***

 

 

 

Au petit matin, je somnole légèrement, et les premiers rayons de soleil passent à travers les colonnes de pierres pour s’égarer sur mon visage fatigué et usé par la douleur lancinante qui émane de mon dos. Mes épaules sont ankylosées et la peau me tiraille sévèrement à chacun de mes mouvements, mais je sais que la douleur en valait la peine. Même si je ne les vois pas, je sens mes ailes s’étirer et bouger au rythme de mon pas et de mes mouvements. C’est encore saccadé comme mouvement mais dans quelques jours, elles et moi ne ferons plus qu’un.

 

Les Tatauïnes s’inclinent respectueusement lorsque je me retourne vers elles, avant de disparaître derrière une épaisse tenture rougeâtre, me laissant seule au milieu des effluves et des pigments devenus grisâtres. Je jette un dernier regard au Temple, et je sors de cet endroit pour respirer le grand air. Au dehors, la citadelle dort encore, paisiblement et insouciante, et le soleil caresse délicatement les premiers nuages. Ces rayons déjà bien chauds viennent lécher mes épaules dénudées et mon visage, et j’écarte les bras pour profiter de cette sensation réconfortante, l’imaginant émaner du corps de Sirius et non pas de l’astre solaire. 

Dans mon dos, la tension dans mes ailes s'apaise délicatement, et bien que ces dernières soient encore fermées, je sais qu’elles ont le pouvoir de s’ouvrir et de me libérer de cette torture qui m’écartèle entre mes deux identités. Je n’ai toujours pas fait mon choix, et je ne sais pas si je réussirais à le faire un jour, mais pour le moment, la seule chose que je réalise c’est qu’aujourd’hui est le jour où je rentre pour l’Angleterre. Aujourd’hui est le jour où je pars retrouver Sirius. 

 

Aujourd’hui, est le jour où l’Aigle Royal prend son envol.

 

 

 

 

 

Note de fin de chapitre :

N'oubliez pas de me laisser une review pour me dire ce que vous avez pensé de cet OS... : )

Actuellement, je suis entrain de me pencher sérieusement sur une fiction qui retracerai en 10-12 chapitres la vie de Cassiopée Parker, de son arrivée à Poudlard jusqu'à... jusqu'à la fin... Mais pour l'instant, tout est encore ancré dans ma tête et je pense que je n'aurais le temps de la mettre par écrit qu'à la rentrée septembre... : (

En attendant, je vous met le lien de la série du concours juste => ici pour ceux qui sont curieux de lire les autres participations!

Merci encore

<3

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