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32ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 32e édition des Nuits Insolites se déroulera le samedi 18 février à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits en ce mois de Saint-Valentin. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic. A très bientôt !

 


De Les Nuits le 06/02/2023 15:45


128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Soporandi crocodili... par Haru Nonaka

[80 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

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Note d'auteur :

Vous trouverez ici mes participations à AVC3, pour le compte de la magnifique école de Kèdjougou. 

Note de chapitre:

Voici ma participation à la première épreuve d'AVC3. (j'espère avoir répondu aux contraintes imposées par nos très chères Nighty et Extraa)

Merci encore a Lul pour m'avoir relue et conseillé durant toute cette première épreuve.

Voici donc sans plus tarder les règles de ce premier défi:

"Le Tournoi des Trois sorciers a pour but de créer des ponts entre les jeunes générations sorcières de pays différents. Vous devrez écrire un texte dont le thème principal est le choc des cultures, entre votre (ou vos ) personnage principal et une communauté étrangère. Cette rencontre peut avoir lieu, par exemple lors d’un événement international (sportif, politique, culturel), d’un voyage, voire à travers une correspondance... C’est comme vous voulez !

♥ [ Contrainte HP] Mention devra être faite de l’école dans laquelle vous avez été envoyée pour cet « A vos claviers » ! 
♥ [ Contrainte HP]Votre héros devra découvrir une pratique de la Magie qui lui est inconnue 
♥ « Ni oui, ni non, ni blanc, ni noir » ! Les mots Oui, non, blanc, noir sont interdits. 
♥ Votre texte comprendra au moins un dialogue de deux cent mots 
♥ Contrainte de mots : 800 mots minimum"

(le fenghuang est le phoenix chinois)

J'espère aussi que je n'ai pas commis d'impair en écrivant sur la Chine, j'ai fait des recherches, mais je n'ai malheureusement jamais eu l'occasion d'y voyager.

Gabrielle avait toujours été, de l’avis de tous, la plus raisonnable des deux filles Delacour. Si la plupart des gens qui la côtoyaient considéraient son caractère plutôt diplomate et réservé comme un atout, elle ne partageait absolument pas leur point de vue. En quoi posséder une aptitude naturelle à se métamorphoser en paillasson pouvait-il s'avérer positif ? se demandait-elle souvent.


La jeune femme, du haut de ses 24 ans, avait tout de même eu parfois des “petites perles de folie”, comme elle aimait les appeler. Ces élans soudains de courage étaient assez rares, mais leur souvenir formait déjà un bracelet imaginaire qu’elle se plaisait à égrener lorsqu’elle se sentait trop frustrée, lorsque sa vie qui pourtant était plutôt confortable et heureuse lui semblait morne et ennuyeuse. Dans ces moments là, elle avait l’impression de ressembler un peu plus à Fleur et en tirait un certaine fierté. Si elle était parfaitement consciente des défauts de sa grande sœur, elle avait néanmoin toujours admiré sa capacité à foncer sans peur aucune du jugement des autres. Gabrielle, qui préférait qu’on l’appelle Gabie, enviait mille fois plus cette force de caractère écrasante que la beauté rayonnante de son aînée.


En cette fin d’après-midi d'août un calme lourd régnait dans les couloirs d’un ministère de la magie déserté par une bonne partie de son personnel en cette période estivale. Alors que Gabrielle ajoutait sur une pile impressionnante de parchemins une énième traduction insipide (celle-là consistait en la transcription d’un brevet de sort ménager déposé par un sorcier bulgare dont elle essaya immédiatement d’effacer le nom de sa mémoire), elle sentit tout son corps soupirer. Le bureau qu’on lui avait attribué dans un recoin du département de la coopération magique internationale, installé entre deux allées de casiers croulant de dossiers en retard, n’offrait guère d’autres divertissements qu’un petit carré de ciel bleu qui se dessinait derrière une lucarne trouble.


Gabrielle glissa sa plume dans l’encrier et s’affaissa sur son bureau, fixant obstinément cette échappatoire comme si elle pouvait en aspirer la couleur. Comme si elle pouvait régénérer ses forces en puisant dans l’énergie de cette belle journée au dehors, par la simple force de son esprit. Elle sentait l’assoupissement la gagner lorsqu’un oiseau passa de l’autre côté de la vitre en piaillant, la ramenant au présent. Ce simple pigeon profite plus de la vie que toi, songea-t-elle furtivement.


Après un sandwich avalé sur le pouce accompagné d’un thé vert, Gabrielle se remit au travail à contrecœur et oublia l’oiseau. Mais la pensée qui s’était glissée dans un coin de sa tête, continua à faire son chemin en elle, comme un grain de sable à l’intérieur d’une huître, devenant à chaque minute plus importante.


En fin de journée la perle était déjà bien formée. Et, lorsque Gabrielle aperçu son supérieur envoyer d'un coup de baguette le fruit de son labeur dans un casier hors d'atteinte sans y jeter un coup d’œil, comme à son habitude, elle sentit soudain une vague de rébellion la submerger. Alors, après avoir rassemblé ses affaires et rangé son bureau d’un sort, elle prit son courage à deux mains et entra dans le bureau du chef du département traduction de l’Organisation internationale du commerce magique. Elle repoussa sa longue chevelure d’un blond cendré très clair derrière ses épaules, pour se donner confiance.  Puis elle se jeta à l’eau, d’une voix bien plus petite qu’elle ne l'aurait voulu.


— Hum, Monsieur Corner, excusez-moi de vous déranger, mais… j’aurais besoin de quelques éclaircissements.  Et comme vous m’aviez dit de passer au besoin …

— Oh, bien sur ma petite Galadrielle, entrez, entrez. Asseyez-vous ! Je finis juste de répondre à ce hibou et je suis à vous.


La jeune femme tenta de ne prêter aucune attention à l’incapacité de son patron à retenir son prénom alors qu’elle travaillait sous ses ordres depuis presque six mois, trop concentrée à ne pas laisser paraître sa nervosité tandis qu’elle prenait place sur un fauteuil. Dix minutes plus tard l’homme avait relâché le volatile par la fenêtre et sembla se souvenir de sa présence.


— Hé bien, que vouliez-vous me demander qui puisse vous détourner d’aller flâner en terrasse avec vos amis avec la belle soirée qui s’annonce? Vous semblez un peu pâle ma chère, je suis sûr que prendre l’air vous ferait le plus grand bien.

— En fait, monsieur, je voulais vous demander ... si vous êtes satisfait de mon travail, bredouilla Gabrielle.

— Hé bien … je n’ai reçu que de très bon échos à votre sujet. Pourquoi cette question ma chère ? Vous ne comptez pas nous quitter tout de même ?

— Oh, je vous assure que j’adore mon travail! C’est juste que dernièrement j’ai l’impression qu’on … n’exploite pas exactement mes capacités au maximum. Acheva Gabrielle, dans un filet de voix presque inaudible.


Un sourire amusé étira la bouche fine de l’homme un instant, puis il se pencha en avant et reprit sur le ton de la confidence.


— Ah, mais vous savez, les deux dernières semaines du mois d'août, c’est un peu la période à vide de l’année. À vrai dire on fait plus acte de présence qu’autre chose.


Gabrielle répondit par un sourire timide et, calmant son impatience d’en venir au fait, marqua une pause stratégique avant de reprendre d’une voix volontairement ingénue.


— Justement, je me demandais pourquoi ma demande de congé à été refusée. J’avais demandé une dizaine de jours, à partir de mercredi dernier jusqu'à la fin de la semaine prochaine.

— Avez-vous bien pensé à envoyer un double de votre requête au service administratif avec le sceau du département, et un sortilège de confirmation de réception ? On ne m’a informé de rien vous concernant, c’est étrange.

— J’ai suivi la procédure à la lettre, je ne comprends pas.

— Mais vous auriez dû venir me voir plus tôt, ma petite, j’aurais arrangé ça. Des fois les sortilèges cafouillent un peu, selon moi ça doit être liés aux interactions avec les sortilèges de refroidissement, ils expérimentent sans cesse sur des nouvelles méthodes nécessitant moins d’énergie mais ils ne sont pas très à jour niveau maintenance. Quand je pense qu’ils ont encore obtenu une rallonge de budget cette année… Bon, je vais vous dire ce que je vais faire. J’envoie un hibou tout de suite à Marietta pour qu’elle passe régler ça avant ce soir, et je vous dis à dans dix jours, motivée comme un Abraxan à reprendre le travail avec votre plus beau sourire.


— Merci beaucoup monsieur, vous ne le regretterez pas. Répondit Gabrielle, trop heureuse de sa chance pour prendre le temps de s’offusquer intérieurement de la comparaison chevaline et du ton paternaliste de son patron.


Gabrielle déboula dans les rues de Londres, revigorée. Elle sautilla quelques instants de pavés en pavés sur le parvis, s’imaginant tracer le mot liberté en quelques pas de danse esquissés. Elle se sentait prête à entraîner avec elle dans une chorégraphie digne d’un film hollywoodien à grand budget les passants moldus qui se hâtaient de fuir la canicule. Mais elle se calma très vite en constatant qu’elle venait, à cause de son enthousiasme, de déclencher son pouvoir de vélane par inadvertance, faisant fleurir des sourires niais et des regards appuyés chez quelques passants. Elle soupira de soulagement en voyant que ces derniers reprenaient leur chemin, un peu hébétés, au bout d’un certain temps. Ce n’était vraiment pas le moment de risquer d’avoir des problèmes avec le département de régulation des accidents magiques à cause de ce don embarrassant.


Elle se dépêcha de rentrer dans son appartement et se précipita vers son bureau, dégoulinante de sueur, pour rédiger une lettre. Mais au moment d’accrocher la missive à la patte du hibou elle interrompit son geste. Fermant les yeux, elle sentit une perle rafraîchissante glisser au creux de sa main. Son visage s’illumina d’un sourire tandis qu’elle l'ajoutait au bracelet métaphorique qui entourait son poignet comme un talisman.  


Elle allait découvrir la Chine plus tôt que prévu. Mais même si cette perspective l’excitait énormément, il y avait encore mieux. Elle allait lui faire la surprise. Il allait être si heureux et ébahi par son audace qu’il n’oserait plus jamais sous-entendre qu’elle était prévisible. Gabrielle jubilait à l’avance à l’idée de voir les jolis yeux bruns de son amant s’illuminer en découvrant en elle cette nuance nouvelle.

 

 

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Une journée agitée plus tard, un visa dans la poche et une lourde valise ayant nécessité plusieurs sortilèges de réduction pour se fermer lévitant à sa suite, Gabrielle s'apprêtait à quitter le Royaume-Uni pour l'Empire du Milieu. La jeune femme entra dans la salle des portoloins longue distance. Elle tendit à l’employé de l’ambassade ses papiers et le billet de transport acheté à la dernière minute à un revendeur pour obtenir plus rapidement les autorisations nécessaires, puis s’installa sur un siège en attendant que son portoloins soit prêt, ses pensées dérivant sur les lieux qu’elle rêvait de visiter et qu’elle n’aurait probablement pas le temps de voir lors de ce premier voyage.

 

Le coffre de Gabrielle à Gringotts était bien moins remplis depuis qu'elle y était passée la veille. Elle avait fait un retrait conséquent et changé une partie de ses gallions en devise Chinoise moldue au cas où. Le gobelin en charge de son compte avait semblé un peu surpris lui-même de cette soudaine attitude dépensière, il était en fait assez curieux de savoir à quoi sa cliente habituellement économe allait destiner cette somme. Il s’était néanmoins dispensé de lâcher le moindre commentaire en Gobelbabil, langue que la jeune femme comprenait et baragouinait assez bien pour une humaine. Aussi s’était il contenté de consigner le retrait dans le registre en silence, peu avide de se faire encore réprimander par ses supérieurs pour avoir trop fraternisé avec la sorcière polyglotte.

 

Gabrielle s’était découverte une passion pour les langues assez jeune. Sa vocation d’interprète était née suite à son passage dans les eaux sombres du lac de Poudlard, lors de la participation de Fleur au tournois des trois sorciers. Frustrée de ne pouvoir communiquer ni comprendre les élèves de Poudlard, la petite fille avait été d’autant plus subjuguée par le spectacle qu’offrait le professeur Dumbledore en train de dialoguer tranquillement avec les étranges sirènes.

 

 

De retour en France, elle avait dévalisé la bibliothèque moldue de sa ville en dictionnaires et méthodes de langues à la grande surprise de ses parents qui n’avaient jamais vu leur tranquille petite fille aussi déterminée. Une fois admise à Beauxbâtons elle s’était aussi obstinée sur cette voix, ce qui lui avait valu des résultats scolaires globalement beaucoups plus médiocres que son aînée.

 

 

Gabrielle voulait devenir interprète et on lui avait conseillé d'intégrer une école Londonienne réputée qui accueillait des sorciers du monde entier et qui recrutait sur concours d’entrée et pas sur les résultats. Elle avait donc rejoint Fleur en Angleterre un ans après avoir décroché trois petits Aspics, bien décidée à en tenter le concours d’entrée. Fleur était ravie d'accueillir sa petite sœur. Avec la récente naissance de Dominique et la petite Victoire qui était entrée dans l'âge des pourquoi, un peu d’aide et de compagnie était la bienvenue dans la chaumière aux Coquillages.

 

 

Gabrielle avait quitté la maison à la naissance de Louis pour emménager à Londres tout en finissant ses études. C'était à partir de cette période seulement, une fois coupée du cocon confortable mais un peu étouffant de la famille Delacour-Weasley, qu’elle avait commencé à surmonter sa timidité pour rencontrer d’autres gens de son âge. Elle avait d’ailleurs fait la connaissance de celui qui devait devenir, après trois années d’amitié teintées d’attirance, son petit ami : Liu Dewei, un étudiant Chinois âgé de deux ans de plus qu’elle.

 

 

Leur histoire avait bien entendu commencé avec des complications. Gabrielle avait de toute manière l’impression que tout dans sa vie était compliqué. Compliqué de grandir en étant sans cesse comparée à Fleur. Fleur, sa sœur bien plus élégante et plus jolie. Fleur et ses sortilèges brillants et inventifs. Fleur la courageuse championne de Beauxbâtons et héroïne de guerre. Fleur, mère et épouse heureuse, qui jonglait habillement entre sa carrière et sa famille.

Compliqué aussi de faire accepter son choix de carrière à ses parents, car il n’était pas franchement très prisé dans une société sorcière qui mettait plus en avant les pouvoirs d’un sorcier et ses hauts faits plutôt qu’une carrière à la portée du premier Cracmol venu.

 

 

La voix de la sorcière l’invitant à se rendre dans la salle 18 ramena Gabrielle à la réalité. Deux minutes plus tard, à vingt-trois heures tapantes, une poignée de porte dorée l’emportait à l’autre bout du monde.

 

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Gabrielle s'effondra sur une chaise, le souffle court, nauséeuse, la vue embuée. Il lui fallut quelques minutes pour se remettre du bref mais profondément désagréable voyage.

 

La pièce où elle avait atterri était similaire à celle qu’elle venait de quitter, mêmes murs d’un gris neutre, odeur de renfermé, même table en acier fixée au sol, mêmes affiches illustrant les conditions d’un transplanage sûr, si bien qu’un instant la jeune femme s’inquiéta d'être revenue à son point de départ. Mais elle fut immédiatement rassurée lorsqu'elle aperçut l’homme aux traits austères qui la dévisageait calmement depuis un coin de la pièce, vêtu d’une longue robe d’un rouge sombre brodé d’or. Ce dernier agita sa baguette pour faire apparaître un verre d’eau devant elle tout en lui souhaitant la bienvenue en Chine dans un anglais impeccable. Il contrôla ensuite sa valise à l’aide de quelques sorts de routine et lui demanda si elle avait quelque chose à déclarer d’un ton égal. Elle lui répondit par la négative en hochant la tête, n’osant pas tenter une réponse en chinois la gorge encore sèche.

 

Dix minutes et quelques questions plus tard, l’homme fit apparaître un sceau qu’il apposa sur le passeport de Gabrielle, puis lui tendit un épais livret d'information contenant les divers sites sorciers de Chine et les règles à respecter lors de son séjour. Sans un mots de plus, il ouvrit la porte et l’invita à le suivre. Ils arpentèrent en silence une large couloir interminable, passèrent des centaines de portes en bois sombre uniquement différenciées par les caractères chinois en fines lettres d’or qui les surplombaient. L’homme finit par s’immobiliser devant l’une d’elles, l’ouvrit, puis fit signe à la jeune femme de l’emprunter avant de tourner les talons.

 

Gabrielle salua l’homme qui s’éloignait déjà d’un pas leste, puis elle s'avança. Une barrière magique floutait sa destination. Elle ferma les yeux avant de la traverser.

 

La première chose qu’elle remarqua fut la rumeur assourdissante d’une foule bavarde, puis elle prit conscience de l’air tiède et humide porteur d’effluves inconnues qui s’enroulait autour d’elle. Elle ouvrit les yeux pour découvrir une place aux proportions démesurées surmontée d’un ciel matinal un peu couvert. Se retournant, elle constata qu’elle avait émergé d’un mur de briques jaunes pile entre deux portes d’où sortaient des gens chargés de valises et de mallettes. Un instant elle resta figée à observer le flux impressionnants d'êtres humains qui s'écoulait et se dissolvait sur la place, mélange de travailleurs et de voyageurs matinaux. Puis elle songea “À nous deux Beijing”, et ouvrit son guide pour trouver comment rejoindre le “Hutong aux Fenghuang”, le quartier sorcier commerçant de Pékin où Dawei logeait souvent lorsqu'il revenait pour de courtes périodes en Chine et ne voulait pas s’imposer à sa famille. Un de ses amis d’enfance y gérant une auberge il avait droit à des prix défiant toutes concurrence. Gabrielle fut ravie de constater qu’elle pouvait s’y rendre en juste un peu plus d’une demi-heure à pied car elle ne se sentait pas très enthousiaste à l’idée d’utiliser les moyens de transports moldus, qui plus est dans un pays totalement inconnu.

 

Deux heures plus tard elle se résigna à admettre qu’elle était totalement perdue et épuisée à force de traîner sa valise à sa suite. Elle appréciait tout de même ce détour qui lui avait permis de constater par elle-même ce contraste étrange entre modernité exacerbée d’une partie de la ville moldue, avec ses tours immenses, ses rues modernes bondées portant un flot de personnes et de voitures, et ses ruelles plus populaires qui semblaient suivre un rythme de vie totalement opposé. Gabrielle était grisée tant par ces nouveautés et les détails qui s’offraient à sa vue que par l’univers sonore un peu violent mais si dépaysant qui l’entourait. Mais elle fut tout de même soulagée quand une guide l’aborda. Gabrielle fit de son mieux pour lui expliquer dans un chinois sommaire où elle devait se rendre, et la jeune femme l’accompagna dans son quartier de destination, après lui avoir vanté de nombreuses auberges de jeunesse parfaite pour une jeune européenne pendant une bonne partie du trajet.

 

Suivant les consignes inscrites sur le livret donné par le douanier, Gabrielle finit par trouver l’entrée de l’Hutong aux Fenghuang. Cette dernière était cachée derrière l’épaisse porte d’une vieille demeure traditionnelle un peu décrépite, elle-même dissimulée au fond d’une impasse exiguë.

Gabrielle vérifia nerveusement qu’aucun moldu ne l’avait suivie dans la ruelle avant de sortir sa baguette (acte profondément inutile étant donné qu’un sortilège de repousse moldu avait bien entendu été appliqué pour palier à tout risque). La jeune femme se pencha ensuite vers le heurtoir de laiton représentant un phœnix. Elle lança un lumos, suivant le protocole indiqué dans son guide et l’animal de métal sembla s'éveiller sous la lueur froide. Il fixa sa baguette, puis disparut. La porte rouge s’illumina de reflets multicolores un instant, puis commença à se dissoudre dans l’air comme du papier de soie rongé par une flamme invisible, libérant un passage qui se referma derrière la jeune française.

 

Le quartier sorcier s’étalait en un dédale de rues et de ruelles qui semblait sans fin. L’ensemble était bien plus grand que le chemin de traverse et ses alentours. Gabrielle se hâta de lancer un sort de repérage pour trouver la direction de l’auberge du crapaud d’argent où elle pensait trouver Dawei.

 

Les murs de briques gris perles typiques de la ville étaient rehaussés par les portes et les fenêtres peintes et les milliers de lanternes colorées qui flottaient dans l’air, actuellement éteintes. Sur ces dernières Gabrielle entraperçut des figures d’animaux fantastiques peintes qui l’observaient avec curiosité. Il semblait y avoir des rues pour toute sorte de public, certaines d’entres elles étaient mêmes gardées par d’immenses lions de pierre qui s’animaient pour bloquer le passage aux indésirables. Des oiseaux bavards voletaient dans certains allées, invectivant les passants pour essayer de les attirer dans diverses boutiques, et se laissaient pourchasser et attraper volontiers pour le plus grand plaisir des enfants. Gabrielle était si subjuguée par la magnificence du décor, et l’abondance de denrées magiques du monde entier disponibles qu’elle en oublia sa fatigue. Elle comprenait à présent en contemplant les étals surchargés pourquoi son petit amis ricanait systématiquement lorsque Ximena s’extasiait sur le choix d’herbes et d'ingrédients magiques disponibles sur le Chemin de Traverse. Elle réalisa au passage qu’elle avait totalement oublié de prévenir sa meilleure amie de son départ de Londres et se promit de la contacter au plus vite pour l’en informer.

 

L’auberge était déjà bondée lorsqu'elle arriva, de nombreux sorciers chinois étaient attablés et avalaient rapidement leur déjeuner. Gabrielle se dirigea vers le comptoir, se résignant à jouer des coudes pour l’atteindre étant donné que personne ne semblait se soucier de lui faciliter le passage. Elle demanda à la femme assise devant le registre si son petit amis était à l’auberge. Cette dernière chercha quelques instants dans l’épais livre doré, puis l’informa qu’elle ne trouvait pas son nom mais que le patron pourrait probablement lui donner plus d’informations lorsqu'il reviendrait, dans l’après-midi.

 

Gabrielle décida de prendre une chambre dans l'établissement, elle se voyait mal aller toquer à la porte de la famille de Dawei avec sa valise, étant donné qu’elle n’avait pas encore eu l’occasion de faire leur connaissance. Elle déposa sa valise dans sa chambre, prit une douche pour se rafraîchir du voyage, puis s’installa sur le lit, s’emparant d’un petit carnet bleu ciel. Ce cadeau enchanté par Fleur s'avérait très pratique. Ximena en avait un semblable et elles s’en servaient pour papoter sans avoir à attendre des jours pour voir revenir un hibou. Étant donné que son amie voyageait souvent de par le monde, en temps que briseuse de sorts, cela facilitait grandement la communication. Gabrielle sortit une plume qu’elle mordilla un moment avant de résumer en quelques mots ses aventures et demander des nouvelles de son amie qui se trouvait actuellement au Mali, puis referma l’ouvrage. Elle entreprit de se sécher les cheveux en attendant une réponse. La couverture du petit carnet passa au bleu nuit quelques minutes plus tard et émit un petit tintement aigu, signe qu’elle avait reçu une réponse. L'écriture ample et décidée de Ximena s’étalait à présent là où se trouvait la sienne quelques minutes auparavant.

 

Oh Ma chérie, eh bien, si je m’attendais à ça.Profite bien de ton voyage !

J’espère que Dawei sait la chance qu’il a pour que tu te décides à le rejoindre à l’autre bout du monde. Sache que je suis extrêmement jalouse que tu me préfères cet idiot condescendant. Mais bon, vu que j’ai un grand cœur et que je ne veux que ton bonheur je réitère ma promesse de ne pas lui lancer de malédiction la prochaine fois que j’aurais le malheur de supporter sa présence à tes côtés.

Je t’informe aussi consciencieusement qu’il a été relégué à la 23ème place sur ma liste des gens à rayer de la planète au cas où j’attrape une dragoncelle incurable, il sera sûrement déçu d’apprendre qu’il a perdu des échelons, avec son esprit de compétition stupide.

En tout cas c’est magnifique que tu sois en Chine ma Gabie, tu me raconteras tout en détail. Ne dépense pas toutes tes économies en cadeaux !!

Par contre, si tu trouves quelques herbes rares et plus précisément des graines d’Artemisia annua, je suis preneuse. Ici, à Bamako, elles sont introuvables (je crois que c’est parce qu'elles entrent dans la préparation de plusieurs rituels Vaudous et que l’école de Kèdjougou dévalise les stocks des apothicaires).


Ah, en parlant de Vaudou j’ai bien peur d’avoir été ensorcelée. Je flippe vraiment tu sais, c’est pas une blague. On m’a attribué un binôme pour ma dernière mission et j’ai totalement craqué.

Il est d’ailleurs diplômé de Kèdjougou, si c’est pas louche, ça.

Plus sérieusement je crois qu’il me plaît vraiment. Jusque là j’ai rien trouvé à lui reprocher, moi ! Tu trouve pas ça fou ? En plus il s'appelle Djibril, qui est la version Arabe du prénom Gabriel, ça me perturbe vraiment. Imagine si je finis avec lui j’aurai les deux personnes les plus importantes de ma vie qui partagent une version féminine et masculine d’un même prénom. J’en t’en prie, promets-moi que si je deviens trop gaga et fleur bleue tu me ramènes de force à Londres, quitte à utiliser l’impérium si il faut.


Bon, sur ce j’te laisse, parc’que c’est le milieu de la nuit quand même ici et que je ferais bien de dormir un peu. Je t’embrasse fort et à très bientôt pour un interrogatoire en règle. Tu me manques trop petit poussin.

 

Gabrielle, un large sourire sur les lèvres, referma puis rouvrit le carnet, s'apprêtant à répondre à son amie, quand un petit faucon entra dans sa chambre par la fenêtre ouverte et fonça vers elle. Le volatile lâcha une enveloppe sur ses genoux avant de disparaître aussi vite qu’il était venu.

 

L’enveloppe contenait une simple carte avec quelques phrases, d’un côté en chinois et de l’autre en anglais.

 

Mademoiselle Delacour,


Nous avons détecté l’utilisation d’un objet enchanté de communication interdit par le gouvernement de la république populaire sorcière de Chine. Nous vous prions de ne plus utiliser ce dernier durant la durée de votre séjour sous peine de confiscation dudit objet ou de sanctions plus lourdes. Cette injonction prend œuvre dès la réception de ce courrier (pour plus de précisions consulter le chapitre 15 de la brochure qui vous a été remise à votre arrivée sur notre sol).


Sincèrement vôtre.


Li Wu , troisième intendant au ministère des relations internationales, service des douanes magique.

 

Gabrielle soupira, mais se hâta néanmoins de ranger son carnet dans sa valise. Elle jeta un coup d’œil à la pendule, il était presque midi. Elle décida de faire une courte sieste histoire de récupérer sa nuit perdue par faute de décalage horaire. Lorsqu'elle se réveilla il était cinq heures de l’après-midi.

 

 

-----------------

 

Gabrielle passa le premier vêtement qu’elle trouva dans sa valise. Celui-ci, une longue robe d’été d’un bleu nuit, faisait peut être un peu trop habillé, mais peu importe. Elle enfila les chaussures qu’elle avait laissées sur le pas de la porte et se dirigea vers l'accueil. Le patron, un petit jeune homme aux traits souriants et ronds installé derrière le comptoir, lui apprit que Dawei avait quitté l’auberge deux jours auparavant pour la maison familiale, en vue de l’organisation des soixante ans de sa tante, qui devaient aussi servir d’occasion pour annoncer le lancement d’une nouvelle gamme de balais qu’elle avait grandement contribué à développer. Comme la fête était prévue pour ce soir, il supposa en se basant sur la tenue de la jeune femme que cette dernière y était conviée et que, comme d’autres résidents étrangers de son auberge, elle travaillait pour la presse sorcière ou un des ministères des sports magiques. Gabrielle se garda bien de le détromper et remonta dans sa chambre après avoir avalé en vitesse un bol de tofu frit épicé pour calmer son estomac gargouillant.

 

La jeune femme réfléchissait tout en tentant d’arranger sa coiffure en vue de la fête. C’était un peu étrange tout de même que Dawei ne l’ait pas informée de cette soirée dans son dernier hibou. En même temps dire qu’elle n’avait jamais eu un grand intérêt pour le quidditch aurait été un euphémisme. Mais l’évènement était pourtant probablement une opportunité en or pour son petit ami et important pour sa famille. Il pourrait y rencontrer des gens qui l’aideraient à décrocher un poste d’assistant diplomate à Londres s’il jouait bien ses cartes. Gabrielle le connaissait assez pour savoir qu’il devait s'être préparé depuis des jours et devait à présent être capable de réciter tous les noms des invités ainsi que leurs goûts et leurs passions respectives. Dawei avait une mémoire exceptionnelle quand il s’agissait de se souvenir des noms et des potins. Il ne manquait d’ailleurs pas de l'agacer parfois en lui détaillant la vie de gens qu’il n'avait jamais rencontrés, si bien qu’elle lui avait souvent conseillé de songer à devenir plutôt reporter pour la rubrique people de la gazette du sorciers ou bien de se lancer dans l'espionnage.

 

Gabrielle jeta un regard hésitant à sa coiffure dans le miroir, et dut rappeler à l’ordre son reflet qui était encore occupé à peigner ses cheveux, apparemment fasciné par leur couleur et texture peu habituelles. Son alter ego d'aluminium enchanté, toute rougissante d’avoir été prise en faute, se hâta de rattraper son retard et tâcha même de lui présenter un échantillon de coiffures possibles. Gabrielle finit par opter pour un chignon haut dans lequel elle fixa un pic à cheveux en santal ouvragé. Ce dernier était le premier cadeau que Dawei lui avait offert, bien avant qu’ils se mettent ensemble. La grenouille sculptée à son extrémité faisait référence au surnom donné par les Anglais aux Français. Gabrielle se maquilla légèrement d’un sort, puis se dévisagea dans la glace, pas très convaincue par le résultat. La fille dans le miroir lui sourit et lâcha un enthousiaste “Fēicháng piàoliang!” (Très Jolie !) d’encouragement.

 

Une demi-heure plus tard, la jeune femme arrivait en vue de l’antique maison où se déroulait la soirée. Elle était de toute manière difficile à manquer car d’énormes lanternes avaient été pendues devant l’entrée. Des joueurs de quidditch miniatures disputaient un match en ombre chinoise sur leur surface soyeuse. Gabrielle se glissa à la suite d’un groupe de journalistes américains à l'intérieur.

 

Elle sentit son estomac se nouer tandis qu’elle découvrait la demeure où avait passé une partie de son enfance le jeune homme qu’elle aimait. Incurable romantique, elle avait imaginé découvrir cette maison dont il lui avait tant parlé juste avec lui, par une nuit calme, en couple d’amoureux déambulant sous la protection d’une lune pleine. L’endroit était certes magnifique mais l’ambiance actuelle était certainement artificielle, presque pesante. Tout criait que l’on voulait impressionner les invités de la fête. Rien que la taille de la cour avait dû nécessiter de nombreux sortilèges d'Extension. Des nuées de papillons de lumières s’agitaient dans le ciel nocturne, éclairant la cour intérieure richement paysagée. Rien à voir avec la courette où Dawei lui décrivait ses tentatives d’enfant unique d'entraîner les mainates de sa grand-mère à former une équipe de quidditch. Plus de mur-écran qui séparait la cour en deux, plus de jardin d’herbes médicinales en jachère dans un coin qui embaumait l’air et dont l'expansion invasive était un sujet de dispute permanent entre la mère de Dawei et sa tante. Il y avait à présent un large bassin dans lequel des carpes se faufilaient entre des lotus en fleur, surmonté par un pont traditionnel, et une forêt de bambous oscillait comme sous un vent invisible en arrière plan. Sans savoir exactement pourquoi, Gabrielle ressentait l’envie de fuir très loin, mais elle se faufila dans la demeure à la recherche de Dawei à la place, elle n’allait tout de même pas reculer maintenant qu’elle était là.

 

Elle aperçut le jeune homme en pleine discussion avec un groupe d’hommes dont les robes de sorciers très particulières laissaient supposer qu’ils clamaient haut et fort leur appartenance à un ministère quelconque. Dawei riait mais elle pouvait sentir qu’il manquait de naturel. Ce n’était sûrement pas le moment idéal pour le surprendre. Elle se dirigea donc vers le buffet, puis, après s'être emparée d’une coupe de champagne, s'apprêtait à ressortir quand une grande jeune femme aux cheveux d’un bleu presque identique à celui de la tenue de Gabrielle, qui se tenait un peu en retrait de la fête, s’adressa à elle en anglais.

 

 

— Joli choix de robe, mademoiselle, commenta abruptement la jeune chinoise d’une voix flûtée.

— Heu ... merci?

— Vous êtes une amie de mon cousin peut-être ? Le grand gars que vous matiez, celui qui joue un numéro de charme au sorciers de la délégation du magenmagot de Corée?

—  Ho, en fait je … Commença Gabrielle, mais elle fut interrompue par la jeune fille qui l’agrippa par le bras pour l'entraîner à l'extérieur avant d’attendre sa réponse.  

— Vous n’auriez pas une cigarette par hasard ? Ma mère a trouvé tous les paquets que je gardais planqués dans le coin, mais je meurs d’envie d’en griller une avec tout ce cirque. En plus j’ai jamais fumé de cigarettes françaises, tu est bien française dit ? Je suis pas sûre mais je crois avoir reconnu l’accent. J’aimerais bien visiter la France un jour, ça a l’air trop cool comme pays. C’est vrai que vous mangez des escargots vivants ?

— Heu... on les cuisine d’abord ... je suis bien française mais je vis en Angleterre... et désolée mais je ne fume pas. Répondit la jeune femme, encore un peu désorientée par le débit ultra rapide de son interlocutrice.

— Ha, dommage, soupira la jeune fille. Bon, bah, tant pis, j’aurais essayé. Allez venez, je connais un coin où on pourra papoter tranquille.

 

Gabrielle n’osa pas protester et suivit la jeune fille qui l'entraînait dans la forêt de bambous. Elle supposa que son interlocutrice devait être la petite Liu Xia. Apparemment la fillette que Dawei avait laissée en Chine s’était transformée en adolescente rebelle et curieuse. Tout, de sa tenue moldue androgyne jusqu'à sa coupe de cheveux en bataille, criait l’affirmation de sa différence. Les arbres s’écartaient miraculeusement pour leur laisser le passage. Gabrielle tendit une main vers un de ces derniers pour passer ses mains dans les feuilles d’un vert attirant, mais la plante se déroba avec souplesse. Gabrielle se demanda si il s’agissait d’un enchantement particulier évitant que l’on abime les bambous ou si cette magie venait de la plante.

 

Dissimulés derrière la forêt se trouvaient une petite table et deux sièges qui émergeaient du mur de briques grises. Un cendrier plein à ras bord abandonné dégageait une forte odeur de tabac froid. Gabrielle s’assit, et observa avec stupéfaction la jeune fille qui sortait de sous la table un paquet de cigarettes neuf et en allumer une tranquillement d’un tour de baguette.

 

— C’est plutôt mal vu de fumer pour une fille dans le coin, alors j’ai profité des  aménagements d’avant-hier pour me métamorphoser une petite planque. Commenta Xia avec fierté.Tu en penses quoi, ça rend pas mal, hein?

— C’est très impressionnant. Confirma Gabrielle en vidant par réflexe le cendrier d’un coup de baguette.

— C’est pas moi qui ai fumé tout ça, si jamais tu te demandes. Dawei m’a bien aidé.

— Oh, il fume toujours trop quand il est nerveux.

— Donc tu le connais, j’avais raison ! Raconte-moi, je veux tout savoir. Au fait je m’appelle Liu Xia, et toi?

— Gabrielle Delacour, mais appelle-moi plutôt Gabie vu que…

Mais la jeune Chinoise impatiente ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase.

— Alors Ga-bhi je t’explique ce qui me préoccupe. Il a pas voulu lâcher le morceau mais je suis presque sûre qu’il a quelqu’un en Angleterre. Il est beaucoup trop détendu par rapport à la dernière fois que je l’avais vu. Depuis qu’il a quitté cette pimbêche de Wang Mei il y a deux ans, les parents s'inquiètent un peu à son sujet. Mais moi je me demande si il préfère pas les garçons, ça serait trop cool. J’ai trop hâte de voir la tête des vieux si il leur ramène un bel Anglais. Plus personne pour perpétuer la précieuse lignée familiale, ça vaudra le coup d’immortaliser leurs expressions.

 

Gabrielle sentit la pointe glacée métaphorique qui s’était fichée entre ses deux côtes quand la jeune fille n’avait pas réagi lorsqu'elle s’était présentée s’enfoncer plus profondément. Xia sembla s'apercevoir du malaise de son interlocutrice car elle s'enquit d’une voix douce.

 

 

— Tout va bien ?

 

Mais avant que Gabrielle n’ait réussi à se décider sur quelle réponse donner à la jeune fille, une silhouette apparut entre les bambous. Xia écrasa sa cigarette lentement, en défiant la nouvelle arrivante qui la fusillait du regard.

 

— Liu Xia, tu es là ! Ta mère te cherche partout, elle a besoin de toi pour la démonstration du Jiàntóu2010 dans un quart d’heure, cria la femme en chinois, apparemment excédée.

 

L’adolescente haussa les épaules mais se leva tout de même docilement.

 

— Attends un instant que j’arrange tes cheveux, tu sais bien que ta mère va faire une attaque si tu débarques comme ça devant ses collègues du ministère, reprit la femme d’une voix plus douce et en esquissant un sourire amusé qui illumina son visage mûr et gracieux.

 

D’un geste délicat elle sortit un pot d'onguent de sa poche et en passa sur la chevelure de Xia qui s’allongea immédiatement, puis tailla d’un coup de baguette les dernières mèches bleues qui tombèrent sur le sol. Puis la femme se tourna vers Gabrielle qui la dévisageait ostensiblement, la bouche légèrement entrouverte.

 

—  Tu pourrais me présenter ta victime, tout de même Xia, commença-t-elle en Chinois pour ensuite s’adresser à la française en anglais. Bonjour mademoiselle, j’espère que ma nièce ne vous a pas causé trop d’ennuis, elle peut parfois se montrer un peu envahissante.

— Mais āyí (tata) ! Je l'embête pas, c’est Gab-hi, une amie de Dawei.

 

Gabrielle, qui avait fini par refermer la bouche et rougissait comme une enfant prise en faute, hocha la tête pour confirmer les propos de Xia. Les photos de famille de son petit ami ne rendaient pas honneur au charisme de la femme qui se tenait devant elle.

 

—  Ha, mais vous devez être Gabrielle, je suis enchantée de faire votre connaissance. Vous êtes son amie Française si je me souviens bien. Dawei ne m’a pas prévenu que certains de ses amis seraient présents à la soirée, quel cachottier.

— Je… il ne sait pas que je suis là, je n’ai pas encore eu l’occasion de lui parler, bredouilla Gabrielle.

—  Oh, je vois. J'imagine que vous êtes là pour servir d’interprète à un invité alors. Si j’ai bonne mémoire vous êtes celle qui suivait des études pour devenir interprète. Il va être ravi de vous voir, pour tout vous dire je crois que Londres lui manque, il avait l’air un peu déprimé ces derniers jours.


Puis les deux femmes s'éclipsèrent, laissant Gabrielle seule. La flèche avait disparu de l’estomac de cette dernière, à la place elle avait l’impression d'être plongée dans de l’eau glaciale. Trois ans d’amitié, deux ans de nuits partagées, un ans de vie commune, et la famille de Dawei dont elle savait tellement de choses n’avait aucune idée de qui elle était. Soudain les bambous s’agitèrent et Gabrielle frissonna malgré la chaleur. La forêt paisible lui semblait à présent hostile, menaçante. C’était comme si même le lieu avait compris ce qu’elle avait été incapable de voir et lui exposait ses propres sentiments. Comme si une étrange magie avait levé le voile de ses illusions. Elle n’avait jamais véritablement été invitée ici, juste par des mots, mais des mots sans sincérité. Les mèches de cheveux bleus sur le sol de terre pâle ressemblaient à des ailes de papillons arrachées et piétinées.

Note de fin de chapitre :

Voila c'est finit pour cette première participation à AVC.

 

J'espère que cette longueur ne vous a pas trop rebuté, n'hésitez pas a m'incendier de reproches (et si vous en profitez pour me dire ce que vous en avez pensé, ça serait un petit plus très aprécié) ;)

 

A la base je pensait vous en raconter un peu plus, mais j'ai pas eu le temps d'aller plus loin que ce point de bascule dans l'histoire de Gabie (hé j'ai entendu le soupir de soulagement, oui, oui, toi la bas) Je serais curieuse de savoir si connaitre la suite vous intéresse ou pas.

 

N’hésitez pas a lire les autres participations, je n’ai pas eu le temps de toute les découvrir, mais j’en ai déjà vu plusieurs qui étaient vraiment très bien. 

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