Une pincée de poudre d'écailles de dragon, jetée avec ennui par sa partenaire, fit exploser le contenu de leur chaudron en entrant en contact avec la potion en cours de préparation.
Complètement recouvert d'un liquide gluant et verdâtre, le jeune garçon porta sa main gauche vers ses paupières pour dégager sa vue. Il voulut en faire de même avec sa main droite pour ôter les derniers restes sur son visage, mais à son plus grand désarroi, il senti comme une sorte de poids mort pendre à son propre membre.
Baissant les yeux, il avisa avec un air confus le poignet fin de sa voisine, qui semblait pour sa part légèrement désorientée, en témoignaient ses yeux écarquillés.
« MISS LESTRANGE ! MONSIEUR SCAMANDER ! s'époumona leur professeur, Gretus Thesault, en s'approchant aussi vite et précautionneusement qu'il put de leur paillasse, son embonpoint ne facilitant pas ses slalomes entre les tables.
Aux alentours, Newton constata sans émotion que plusieurs de ses camarades avaient reçu des giclées de cette gelée d'une couleur déplorable et poussaient des bruits semblables à ceux d'un Focifère qu'on aurait entendu trop longtemps.
- Voyons, vous êtes en deuxième année maintenant, jeunes gens ! Je ne sais pas ce que vous avez fait pour faillir à votre préparation, et je n'en ai que faire pour être honnête, mais vous avez intérêt à me nettoyer tout ça ! s'exclama le professeur sur un ton sévère une fois arrivé à leur hauteur.
- Mais professeur, nous sommes collés ! lui répondit la petite élève de Serpentard en montrant leurs mains presque fusionnées.
- Faites moi le plaisir d'assumer les conséquences de vos actes, miss, et débrouillez vous seuls pour arranger ça ! claqua la voix sèche de Thesault, qui leur tournait déjà le dos. »
Désemparée, la jeune fille se tourna vers Newton, laissant paraître sa mine déconfite sur ses traits fins, avant de bredouiller :
« Je suis désolée, je t'assure que je ne sais pas ce qui s'est passé ! »
Peu loquace, le jeune Scamander se contenter de hausser les épaules, entraînant involontairement l'épaule gauche de sa compagne d'infortune dans le mouvement.
Puis il se leva, l'entraînant à sa suite hors de la salle de classe, puis des cachots. Une fois dans le Hall d'entrée, il bifurqua et put enfin respirer l'air pur de l'extérieur, masquant un peu l'odeur nauséabonde de la potion dont il était recouvert.
« Mais qu'est-ce que tu fais ? On devrait aller à l'infirmerie ! Ou à la bibliothèque pour chercher un antidote ! » protesta sa camarade avant de donner un coup sec avec son bras pour l'arrêter.
De silhouette plutôt frêle, Newt bascula sous cet assaut et les deux élèves se retrouvèrent la face contre le pavé de la cour. S'appuyant sur un coude pour se relever, il frotta sa joue endolorie de sa main prise, puis se stoppa en sentant les doigts fins de Leta contre sa peau, avant de laisser retomber leurs bras accolés au sol.
« Complètement malade. » murmura la fillette dans sa barbe avant de se relever.
A peine perturbé par cette insulte, Newt se remit sur ses pieds avant de poursuivre sa route, l'effet de surprise jouant sur sa compagne récalcitrante.
Tandis qu'ils avançaient vers la forêt, cette dernière poursuivit ses questions, plus ou moins désobligeantes :
« Mais qu'est ce qui te prend ? Tu es limité comme garçon ou quoi ? Je t'ai dit qu'on allait pas dans la bonne direction ! Pourquoi tu veux nous entraîner là bas ?
- On doit trouver un Jacolys. C'est une sorte de petit rat qui se cache près des cours d'eau, dans des feuillages buissonneux, lui expliqua alors Newt en voyant qu'elle le ralentissait dans sa tâche.
- Pourquoi ?! Qu'ont-elles de spécial, ces bestioles ? » ronchonna-t-elle.
Hélas, Newton était trop concentré pour prêter attention aux jérémiades de la Serpentard, et il ne lui adressa à nouveau la parole qu'une fois arrivé à destination.
« Maintenant, plus un bruit. Accroupis toi, et laisse moi ta main collée à la mienne pendre librement pour que je puisse attraper un Jacolys.
- C'est hors de question, vu ton sens de l'équilibre qui nous a fait chuter tout à l'heure, c'est plutôt à moi de m'occuper de ce Jacolys ! protesta avec véhémence Leta, avant de coller un de ses mèches brunes derrière son oreille avec sa main libre.
- Je te propose un marché : celui qui le voit a le droit de l'attraper.
- Vendu. »
Plus un son ne sortit ensuite de leurs bouches. Le regard acéré, Newt recherchait le petit rat violet qui réussirait à détacher son bras de celui de Leta avec une grande rigueur, inspectant de manière minutieuse chaque buisson.
Soudainement, son bras s'étendit sur la droite sans avertissement et il se rendit compte avec effarement que la Serpentard tenait entre ses deux petites mains le Jacolys tant recherché.
« Et maintenant ? s'enquit-elle, la voix transpirant de fierté et de dédain mêlés.
Constatant qu'elle ne le laisserait pas prendre le commandement des opérations, le jeune garçon soupira avant de révéler :
- Il faut presser sur son ventre, au niveau de la glande à venin, sur sa droite. Mais surtout fais en sorte que sa gueule soit dirigée vers nos bras. »
A peine eut il entamé ses instructions qu'elle s'en acquittait avec un enthousiasme non dissimulé, un fin sourire flottant sur ses lèvres.
Le liquide azuré se répandit entre leurs peaux et leurs vêtements, laissant un fin tracé de boutons rouges et quelques picotements alors qu'il faisait effet.
Une poignée de minutes plus tard, ils étaient libérés l'un de l'autre.
Leta, réajustant sa jupe puis sa cravate, lui dit d'un air crâne :
« Puisque je viens de nous sauver, je te laisse la simple tâche de nettoyer les cachots pour nous deux. »
Puis elle tourna les talons, aussi simplement que ça.