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Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


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De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


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A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Sélections du mois


Félicitations à AliceJeanne et TeddyLunard, qui remportent la Sélection Action/Aventure !

Vous voulez revenir dans le Futur ? Lors du mois de novembre c’est possible avec la Sélection Next-Gen ! Vous avez jusqu'au 30 novembre pour lire les 10 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter ici.

Et pour le mois de décembre, le thème et les textes vous attendent déjà avec la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez découvrir ces 12 histoires jusqu’à la fin de l’année et vous pourrez voter à partir de décembre. Pour en savoir plus, rendez-vous ICI !


De L'équipe des Podiums le 01/11/2022 19:00


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De L'équipe de modération le 23/10/2022 17:22


126ème Nuit d'HPF


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De L'équipe des Nuits le 16/10/2022 11:07


Si morte au fond de moi par Juliette54

[14 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

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Note d'auteur :

Bonsoir :) Edit : L'arbre généalogique de la Maison des Black est en lien sur le profil autrice (j'ai recopié celui de JKRowling), vu qu'il y a beaucoup de monde et des doublons dans les prénoms, notamment pour Arcturus. 

Cette histoire reprend directement après la fin de Historiae Amoris (vous pouvez lire la deuxième moitié du dernier chapitre (à partir de « Eh bien Miss Lucretia, vous êtes bien triste ce soir. ») si vous voulez le contexte, mais c'est vraiment pas nécessaire pour comprendre l'histoire puisque je redis tout au début du pdv de Lucretia. 

Clin d'oeil à PurplePink qui voulait en savoir plus sur Lucretia et Ignatius, cette fic est en partie pour toi comme tu le sais :) 

Chapitre 1 : Cent Soixante-Huit Heures

 

.

 

C’était encore et encore le même étau qui lui broyait la gorge depuis des semaines. C’était le même dégoût d’elle-même qui la prenait au ventre, la même envie de vomir et de s’arracher cet utérus qui ne servait à rien. Un vieux sortilège que son père avait lancé à sa mère lorsqu’elle était enceinte avait ravagé son ventre, pour toujours. Rien, elle n’avait plus rien, elle n’était plus rien. Elle ne se marierait jamais, car elle n’aurait jamais d’enfants. Elle avait toujours eu peur de son père. À présent, elle le détestait. Il était fou, paranoïaque et maniaque. Il sursautait tout le temps, et les tocs qui traversaient son visage et ses mains donnaient l’impression qu’il était sans cesse sur le qui-vive. Elle le haïssait. Il avait détruit sa vie avant même sa naissance.

 

La porte de la salle à manger de Dorea grinça. Sa petite-cousine était de retour. Elle avait dû raconter un bobard à Charlus pour le tenir loin de la pièce le temps qu’elle finisse son énième crise de larmes. Charlus buvait le moindre mot de Dorea, et il ne pouvait imaginer qu’elle puisse lui mentir. Et Lucretia était… Elle était jalouse, maladivement, de voir combien la vie souriait à Dorea. Mais elle s’en voulait de la jalouser de la sorte, car jamais Dorea n’aurait éprouvé un tel sentiment pour elle. Elle aurait seulement été contente pour elle. Alors que Lucretia… Lucretia ne voyait plus que son propre malheur et la fin sans issue de sa vie se dessiner. Elle était amoureuse, et rien ne pourrait soigner ce mal. Elle était amoureuse, et elle n’en avait pas le droit. Ignatius Prewett méritait une femme… une femme complète qui pourrait porter ses enfants. Elle n’avait pas le droit de penser à lui. Elle ne pourrait pas le condamner à une vie sans enfant. Elle... Elle l’aimait trop pour ça. Bien sûr qu’elle ne le connaissait pas depuis longtemps, mais elle le savait. C’était comme ça ces choses-là. Un coup de foudre comme elle les avait lus dans les Rencontres enchantées de Fifi la Folle. Mais ça passerait, n’est-ce pas ?

 

Ça ne passait jamais.

 

« Miss Lucretia ? »

 

Elle se crispa. Ignatius Prewett était en Roumanie à présent. Il était parti hier soir, et il ne reviendrait pas avant longtemps. Il lui avait proposé de lui écrire… Trois mois plus tôt, elle se serait offusquée qu’un homme lui propose une telle chose. Là… elle en avait tellement envie qu’elle s’était mise à pleurer.

 

« Miss Lucretia… »

 

Ce ne pouvait pas être Mr Prewett, même si elle aurait mis sa main dans la gueule d’un dragon que c’était sa voix qu’elle entendait. Elle releva lentement la tête.

 

« Mr Prewett, bafouilla-t-elle en croyant imaginer le sorcier.

 

— Miss Lucretia, enfin vous me parlez, se réjouit-il avec son sourire en coin en partie caché par sa longue barbe rousse. »

 

Était-il là pour elle ? Était-il… Non, elle ne devait pas laisser son cœur s’emballer d’espoir et d’amour, elle n’en avait pas le droit, elle…

 

« Mon train a été annulé, et le suivant ne part que dimanche prochain, lui apprit-il en s’approchant d’elle. »

 

Elle se recroquevilla sur sa chaise. Il ne pouvait pas… Non, il ne devait pas s’approcher. Il ne devait pas s’asseoir à côté d’elle. En plus, il n’y avait personne avec eux dans la pièce, ce n’était pas correct... car s’il essayait de lui arracher un baiser, elle lui en donnerait dix. S’il demandait plus, elle se donnerait à lui sans une seule seconde d’hésitation, juste pour éprouver rien qu’une fois le bonheur d’être dans ses bras, le bonheur qu’elle aurait pu connaître toute sa vie si son père n’était pas un tordu de fanatique patriarcal.

 

« Ah, ne réussit-elle qu’à dire. »

 

Ses mains serraient les pans de sa robe indigo aux dentelles rose pâle. Son corps tremblait de partout pour faire fuir la douleur qui tordait ses entrailles éternellement vides. Sa trachée était obstruée par un caillou de la taille de son poing et elle ne pouvait plus parler et à peine respirer sans sentir la brûlure de la vie s’écouler hors d’elle.

 

« Miss Lucretia, reprit la voix grave et chaude de Mr Prewett, je ne sais plus comment vous le dire, mais… j’aimerais passer plus de temps avec vous. »

 

Et c’était un coup de poing de plus dans son ventre. Pourquoi lui disait-il des choses si gentilles ? Et si honnêtes ? En faisant fi de toutes les convenances ? Pourquoi n’avait-elle pas réussi à le décourager de s’intéresser à elle ?

 

« Vous partez la semaine prochaine, souffla-t-elle. »

 

Qu’il la laisse, s’il vous plaît Merlin. Ou bien qu’il lui vole le peu qu’il lui restait pour qu’elle puisse se faire recluse en paix.

 

« Il y a sept jours en une semaine, ce qui fait cent soixante-huit heures, ou encore six cent quatre mille huit cents secondes, Miss Lucretia, dit-il dans sa barbe en s’asseyant à côté d’elle. »

 

Elle sourit malgré elle à travers ses yeux embués. Car c’était bien le problème : sept jours de plus à souffrir, cent soixante-huit heures à rêver en silence, six cent quatre mille huit cents secondes à rester en apnée par peur de respirer un peu trop le parfum de Mr Prewett.

 

« Et combien de secondes auriez-vous à me consacrer ? ne put-elle s’empêcher de répondre. 

 

— Laissez-moi seulement une paire d’heures par jour pour dormir, et je vous consacre toutes les autres. »

 

Elle releva la tête, pour rencontrer ses yeux bleus d’eau. L’image était un peu trouble derrière les quelques larmes traîtresses qui essayaient de se faire une place sur ses joues, mais c’était bien lui, l’homme grand, fort, roux et toujours prêt à rire qui l’avait émerveillée deux mois plus tôt. Elle n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi impressionnant, aventurier et déconcertant. Elle avait l’impression de découvrir une nouvelle vie possible lorsqu’il était devant elle. Elle avait l’impression d’avoir vécu dans un palais fade et terne lorsqu’il lui racontait ses expéditions aux quatre coins du monde.

 

« Pendant une semaine ? souffla-t-elle en imaginant ce qu’il lui proposait.

 

— Ou plus encore. C’est à vous de voir, Miss Lucretia, nuança-t-il. »

 

Son cœur manqua un battement. C’était lui. C’était l’homme pour lequel elle s’était gardée entièrement pure. Toujours pur. Elle n’avait pas bien compris la devise familiale durant toute son enfance et jusqu’à ce qu’elle ait seize ans. Elle avait pris le mot pur, dans son sens corporel, vierge et innocente. Dorea l’avait plus ou moins éclaircie cette année-là en lui demandant si elle fréquentait un garçon. La surprise passée, elle avait avoué que non, qu’elle devait rester pure. Dorea avait ri pendant de longues minutes avant de lui expliquer son erreur de compréhension. Un baiser ne la rendrait pas impure. On ne tombait pas enceinte avec un baiser ? Bien sûr que non Lucretia ! Il faut bien plus pour tomber enceinte. Ah bon… Et que fallait-il ? Le devoir conjugal. Et qu’est-ce que c’était ? Je ne suis pas encore mariée, je ne peux pas te l’expliquer. Ah bon… Pour plus de précaution, mieux valait rester pure entièrement.

 

Mais là… Là, elle s’en fichait. Et puis, de toute façon, cette pureté était inutile à maintenir à présent.

 

Elle se pencha un tout petit peu vers Mr Prewett. Elle n’avait jamais vu ses yeux bleus et ses taches de rousseur d’aussi près. C’était déconcertant. Est-ce que sa barbe allait la piquer ? Non, bien sûr, sinon elle le piquerait aussi. Elle ferma les yeux sans lâcher son emprise sur le tissu de sa robe, alerte au moindre frémissement qui la traverserait.

 

Et oui, c’était doux, comme elle l’avait imaginé. Mais c’était bien plus chaud que ce qu’elle avait pensé. Il lui rendait presque le souffle avec un simple contact. Il lui rendait… sa dignité. Elle avait l’impression d’être à nouveau une femme comme les autres, entière et capable de rendre heureux un homme. Même si elle ne le rendrait heureux qu’une semaine, ce serait déjà une semaine.

 

Il se recula une seconde de sa bouche avant de revenir la caresser du bout de ses lèvres. Mais ce fut une horrible seconde. Ce fut une seconde de trop qui manqua de l’étouffer à nouveau. Elle lâcha les pans de sa robe pour poser ses mains sur le torse chaud de Mr Prewett avec timidité. Elle le pouvait, n’est-ce pas ? Dorea le faisait lorsque Charlus l’embrassait. Ils étaient mariés, eux, d’accord, mais elle le pouvait tout de même… Et puis, Mr Prewett se permettait à son tour de glisser ses mains sur ses épaules et sur ses joues, ce qui lui arrachait une série de frissons de vie. Il commença à se reculer à nouveau, mais elle le suivit en levant un peu plus la tête, et il resta contre sa bouche. Elle sentit même quelque chose d’encore plus chaud que ses lèvres caresser sa bouche et elle hoqueta de surprise, prête à se reculer avant de comprendre que c’était la langue de Mr Prewett qui se glissait entre ses lèvres pour venir toucher la sienne. Son cri de surprise ne sembla pas l’alerter ou l’affoler, et même elle, l’instant de surprise passé, s’émerveilla des frémissements qui agitaient son corps et la rendaient si faible et détendue. Dorea ne lui avait rien décrit de tout ça mais… Mais comme c’était agréable, c’était forcément quelque chose de bon à faire. Elle dut s’éloigner de Mr Prewett et arracher sa langue entremêlée à la sienne pour pouvoir reprendre son souffle.

 

Alors c’est ça un baiser, réalisa-t-elle en fixant Mr Prewett dans les yeux avec fascination. Son torse large et musclé se soulevait et s’abaissait à un rythme plus rapide que d’ordinaire et ses lèvres étaient plus rouges que roses. Ses yeux ne se détachaient pas d’elle, et elle sentait toujours ses mains chaudes et griffées sur ses joues. Il se dégageait de lui une telle assurance, une telle force… Rien, il ne pouvait rien lui arriver lorsqu’elle était dans ses bras. Et elle voulait encore ressentir ce sentiment de plénitude et de sécurité avec un autre baiser. Il le lui accorda aussitôt, encore plus doucement et longuement. Elle avait pensé qu’elle lui accorderait dix baisers et même tout ce qu’elle avait encore, mais elle n’avait rien compris. Elle avait voulu lui donner quelque chose qu’elle ne connaissait pas. Maintenant qu’elle savait ce qu’il en retournait, elle réalisait qu’elle lui avait déjà tout donné, et qu’il avait juste à le lui demander ou à venir le chercher car elle lui appartenait déjà, entièrement.

 

« Miss Lucretia, je… essaya-t-il de parler mais elle avait plus pressant à lui dire.

 

— Je suis vôtre, Mr Prewett. Et quoi que vous décidiez, je suis vôtre pour l’éternité, s’abandonna-t-elle à lui. »

 

Elle osa poser sa joue contre son torse, inspirer à plein poumons cette odeur qu’elle n’attribuait qu’à lui et glisser sa main gantée dans son cou.

 

« Miss Lucretia, il faut tout de même que je vous prévienne, dit-il de sa voix grave et chaude. »

 

Elle ferma les yeux en se sentant enfin à sa place, enfin sereine comme elle ne l’avait pas été depuis plus d’un mois.

 

« Je ne veux pas d’enfant, dit-il d’un ton bourru. »

 

Elle s’éloigna de lui aussitôt, incapable de croire à une coïncidence. Non… Non, Dorea n’avait pas pu oser… alors que…

 

« Elle vous l’a dit, s’horrifia-t-elle en voyant la bouche de Mr Prewett se pincer avec appréhension.

 

— De quoi parlez-vous ?

 

— Dorea vous a dit que… Elle n’avait pas le doit ! Je… Je ne veux pas de votre pitié ! s’exclama-t-elle en éclatant en sanglots. »

 

Elle se faufila loin de ses bras et loin de lui. Comment Dorea avait pu… Elle lui avait fait confiance ! Et sa cousine en avait parlé à la seule personne qu’il ne fallait absolument pas ! Toute infime trace de dignité qu’elle avait cru retrouver lui fut aussitôt arrachée. Elle n’arrivait même plus à se maîtriser comme elle le faisait depuis plus d’un mois. Elle vomissait ses sanglots comme si elle avait pu vomir son corps et en être enfin débarrassée. Elle aurait voulu s’arracher les yeux pour ne plus voir leur pitié, lacérer sa peau jusqu’au sang pour faire s’écouler le mal hors d’elle et se défigurer pour que plus personne ne la regarde.

 

« Miss Lucretia, reprit Mr Prewett à côté d’elle. »

 

Elle se raccrocha malgré elle à lui et pleura à n’en plus pouvoir dans ses bras. Et dire qu’il l’enlaçait pour la première fois parce qu’elle pleurait… Quelle image devait-elle lui donner d’elle ? Que voulait-il d’elle ? Pendant une semaine ? Pendant plus ? Rien. Elle n’avait le droit à rien. Il le faisait parce qu’il avait pitié, parce qu’il n’osait plus reculer, parce que Dorea l’y avait poussé.

 

« Je suis désolée, s’étrangla-t-elle en essayant de calmer sa respiration saccadée et ses sanglots sans fin. Je suis désolée de… mon état actuel et de mon état… corporel et…

 

— Allez, c’est fini, la coupa-t-il. »

 

Elle frissonna à nouveau lorsqu’il posa sa main chaude et rugueuse sur sa joue pour la serrer contre lui.

 

« Comme vous me connaissez, vous savez que je ne connais pas la pitié, Miss Lucretia. Peut-être un peu la compassion, et encore je n’en suis pas certain, reprit-il dans un sifflement grave et rauque. Certes, Dorea m’a parlé, mais… Mais c’est pour le mieux. Charlus m’a dit de ne pas être bourru, mais de vous à moi, je crois que je ne comprends pas ce qu’il veut me dire puisque je suis bourru de nature. Et je ne vous ai pas menti. J’ai trop peu de patience à accorder à un enfant. J’aurais fait un enfant à mon épouse pour elle, non pour moi.

 

— Vous dites cela pour me consoler, protesta-t-elle d’une voix tremblante. Et un jour, vous changerez d’avis.

 

— J’en doute fort, Miss Lucretia.

 

— Vous serez malheureux avec moi car je ne me le pardonnerai jamais, souffla-elle difficilement tant sa gorge était serrée.

 

— Vous n’y êtes pour rien, Miss Lucretia, répondit-il en resserrant ses bras autour d’elle. Il en est de même de mon caractère bourru.

 

— Vous n’êtes pas bourru, vous êtes… emporté et…honnête, corrigea-t-elle en respirant à plein poumons pour s’imprégner de l’odeur de fumée de Mr Prewett et se calmer.

 

— Et vous, vous êtes vive et resplendissante, Miss Lucretia. »

 

Elle releva ses yeux plein d’étoiles vers lui. C’était la première fois qu’un homme lui disait des mots si gentils avec autant de fougue et d’honnêteté. Elle crut même voir ses oreilles rougir avant qu’il ne l’embrasse à nouveau. C’était chaque fois meilleur. Chaque baiser était plus doux et emporté que le précédent, plus chaud et rafraîchissant.

 

« Mr Prewett, reprit-elle avec espoir. Ne me mentez pas car… car je vous aime, et à présent que j’ai entrevu ce que je pourrais vivre pour le reste de mon existence, le jour où vous me quitterez, ma vie sera finie, avoua-t-elle sans le quitter des yeux.

 

— Voyons, Miss Lucretia, ne soyez pas si dramatique, répondit-il avec un sourire grignoté par sa moustache et sa barbe. »

 

Il posa sa main chaude sur sa joue encore humide pour en écraser les dernières larmes.

 

« Je vous le jure, Mr Prewett, insista-t-elle. Je ne veux plus vous quitter un seul instant.

 

— Miss Lucretia, je pars pour la Roumanie dimanche prochain, et je ne rentrerai pas avant au moins six mois, rappela-t-il.

 

— Emmenez-moi avec vous, proposa-t-elle en s’agrippant au col de sa chemise.

 

— Si vite ? s’étonna-t-il, les yeux ronds de stupéfaction. Voyons, ce n’est pas raisonnable. Vous êtes si jeune, vous avez encore tout le temps pour décider ce que…

 

— Je ne veux pas que vous m’oubliiez, le coupa-t-elle avec empressement.

 

— Miss Lucretia, vous me blessez, dit-il en penchant la tête sur le côté, les sourcils froncés avec contrariété. Si vous êtes persuadée qu’il ne me faut que six mois pour vous oublier, c’est que votre opinion de moi est bien médiocre.

 

— Non, ce n’est pas ça, protesta-t-elle.

 

— Et si c’était le cas et que je vous oubliais en six mois, vraiment, je ne vois pas comment vous pouvez espérer être heureuse à mes côtés. J’ai bien plus à craindre que vous. Vous êtes jeune et belle, vous êtes drôle et spirituelle, vous faîtes tourner bien des têtes.

 

— Il n’y a que la vôtre que je veux faire tourner, reprit-elle en se remettant à trembler. Et ce n’est pas de vous dont je doute, mais de moi. Je… Je ne peux vous offrir tout ce qu’une femme doit à un époux, et…

 

— Vous avez plus que beaucoup d’autres femmes, Miss Lucretia, la coupa-t-il. Cessez de vous dévaloriser de la sorte, voulez-vous. Vous êtes toujours la même jeune fille que j’ai rencontrée deux mois plus tôt au mariage de mon meilleur ami. Vous n’êtes pas un moyen pour moi, mais une fin.

 

— Une fin ? s’étonna-t-elle.

 

— Vous n’êtes pas l’intermédiaire entre moi et une progéniture, expliqua-t-il en caressant sa joue du dos de sa main. Vous êtes la finalité de ce pourquoi je suis devant vous. »

 

Elle sentit à nouveau ses yeux se remplir de larmes. Il voulait d’elle, il voulait juste d’elle. Et elle, elle ne voulait plus rien d’autre que lui. Elle se mit sur la pointe des pieds pour enfouir son nez dans son cou et coller entièrement son corps au sien. C’était… C’était mieux que ce qu’elle s’était imaginé. Tout son corps se détendait et se fondait au sien, il était fait pour l’accueillir et la tenir contre lui pour toujours.

 

« Vous êtes le seul à réussir à me faire vivre avec quelques mots alors que je me sens si morte au fond de moi, confessa-t-elle en nouant ses bras dans sa nuque. Laissez-moi partir avec vous, Mr Prewett, je vous en supplie, expira-t-elle. »

 

Elle sentit ses grandes mains s’enfoncer dans sa chair, l’une dans la peau tendre de son cou, l’autre dans sa taille affinée par le bustier. Elle pouvait entendre son souffle frémir à son oreille et se perdre dans sa nuque. Elle sentait son large torse se rapprocher encore plus de sa maigre poitrine à chacune de leurs inspirations synchrones.

 

« Je manquerais à tout honneur si je vous emmenais avec moi sans vous épouser, finit-il par dire.

 

— Demandez-moi de vous épouser alors, osa-t-elle dire en se blottissant encore plus contre lui.

 

— Vous êtes si jeune… répéta-t-il en glissant la main qui était restée sur sa nuque dans ses cheveux. 

 

— Je ne le resterai pas longtemps… s’il vous plaît, Mr Prewett, insista-t-elle une ultime fois. »

 

Elle n’avait plus de force. S’il la repoussait encore une fois, elle abandonnerait tout. Elle n’arrivait plus à rester au 12, Square Grimmaurd plus de quelques heures consécutives sans avoir l’impression d’étouffer. Elle ne supportait plus de voir son père être aux petits soins avec sa mère après ce qu’il leur avait fait, à elle et sa mère. Car selon les grimoires qu’elle avait lus, sa mère avait dû souffrir le martyr le jour maudit où Lucretia avait été réduite à rien. Et puis, Dorea ne tarderait plus à avoir un bébé, et Lucretia ne voulait pas ressentir à nouveau de la jalousie pour elle.  

 

« J’ai une vie assez rustique, Miss Lucretia, la prévint-il. »

 

Il ne refusait plus. Et c’était tout ce dont elle avait besoin pour le convaincre tout à fait.

 

« Et ceci me plaît, Mr Prewett. Je ne veux pas passer ma journée à colporter des rumeurs avec une tasse de thé dans la main. Je ne veux pas non plus organiser des réceptions qui deviendront le lieu de l’hypocrisie ni…

 

— Miss Lucretia, je ne parle pas de ceci, la coupa-t-il en la gardant dans ses bras. Vous voyez ma vie comme une aventure, mais je crains que vous ne la trouviez monotone et que vous vous ennuyiez. La réserve a besoin de ses Dragonologues de neuf heures à dix-huit heures chaque jour, sans oublier les gardes nocturnes et celles du week-end.

 

— J’apprendrai, j’apprendrai tout ce que je dois savoir, et vous m’apprendrez le reste, s’empressa-t-elle de le rassurer. »

 

La barbe de Mr Prewett la chatouilla lorsqu’il posa un baiser sur son front, mais elle ne bougea par pour autant.

 

« Voyons, il doit être neuf heures, non ? reprit-il en l’éloignant de lui pour la fixer dans les yeux. Disons que je vais passer la journée ici, avec vous et Dorea, et que ce soir, si vous n’avez pas changé d’avis, j’accompagnerai Charlus et Dorea chez vos parents pour leur demander votre main. »

 

Elle se jeta dans ses bras en riant comme une démente. C’était un rêve, ce n’était pas possible. L’homme qu’elle aimait depuis deux mois, le seul qui ait jamais éveillé chez elle une quelconque admiration ou intérêt, la demandait en mariage ? Alors qu’il savait qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants ?

 

« C’est une promesse ? ne put-elle s’empêcher d’insister.

 

— J’en ai tout l’impression, marmonna-t-il en souriant dans sa barbe.

 

— Vous faites de moi la plus heureuse des femmes, répondit-elle en retournant dans ses bras. Oh Mr Prewett, si vous saviez comme j’ai rêvé de ce moment et… et rien n’était à la hauteur de l’instant et de l’émotion qui me traverse ! C’est… C’est comme si mon cœur allait exploser tant il bat vite, bafouilla-t-elle dans ses bras en se remettant à pleurer. »

 

Mais à présent, elle pleurait de joie et de soulagement mêlés. Elle n’aurait plus à attendre, ou une petite dizaine d’heure seulement, plus rien d’insurmontable.

 

« Il va falloir cesser de pleurer, Miss Lucretia, se moqua-t-il gentiment. »

 

Elle continua de pleurer mais en riant cette fois. Toute concentrée qu’elle était sur les yeux, puis sur la bouche de Mr Prewett pressée contre la sienne, elle manqua le grincement de la porte de la salle à manger. Ce ne fut que le petit hum hum de Dorea qui lui fit remettre une distance convenable entre elle et Mr Prewett.

 

« Est-ce que je dois te mettre dehors pour avoir fait pleurer ma cousine, Ignatius, ou te remercier de lui avoir rendu le sourire ? demanda-t-elle en croisant les bras devant elle. »

 

Et elle était sérieuse, en plus, puisque ses yeux se plissaient avec inquiétude un instant, puis tressauter sous l’amusement la seconde d’après. Dorea avait toujours été à côté de la baguette. Certes, elle était plus belle que beaucoup d’autres femmes, elle avait un maintient et un port de tête presque royaux et une tenue toujours parfaite quoiqu’un peu sombre pour ne pas inquiéter, mais elle était toujours dans ses idées bizarres de Magie Antique, de Vieille Magie ou de Magie Noire. Et puis, elle était glaciale, en permanence : pas un sourire en dehors de chez elle. C’était assez impressionnant. Parfois, Lucretia se demandait ce que Charlus, qui était quelqu’un de vraiment expressif, bon public et qui riant pour un rien avait pu trouver à sa cousine. Puis elle voyait Dorea dans les bras de Charlus, et là, quelque chose prenait du sens. Dorea souriait et dégelait, Charlus se calmait et cessait de trépigner.

 

« Il conviendrait plutôt de nous féliciter, souffla Lucretia en se sentant rougir de plaisir.

 

— Miss Lucretia, reprit Ignatius à un mètre d’elle, avec une légère trace de reproche dans la voix. Nous avons convenu que vous me donneriez votre réponse définitive ce soir avant votre retour chez vos parents.

 

— Préparez-vous à parler à mon père ce soir, Mr Prewett, dit-elle avec légèreté en se tournant vers Dorea. Je t’en veux tout de même d’avoir parlé à Mr Prewett, ajouta-t-elle en sentant à nouveau son ventre se faire froid.

 

— Ceci m’est égal, ne trouva qu’à répondre Dorea avec un haussement d’épaules, puisque tu es heureuse. Et ton père sera facile à convaincre, sauf si Theophilius lui a retourné le cerveau, ajouta-t-elle en grimaçant.

 

— Theophilius ? Que veut-il, celui-là ? s’étonna-t-elle. »

 

Son petit-cousin était bizarre. Disons, plus bizarre que Dorea. Et puis un peu cinglé sur les bords aussi. Elle suivit Dorea jusqu’à la cuisine où elle remplissait une théière d’eau et envoyait trois tasses au salon.

 

« Alors ? insista-t-elle puisqu’elle avait l’habitude que Dorea oublie de finir ses discussions.

 

— Il a pour projet de t’épouser, lui dit distraitement Dorea en passant devant elle et Ignatius pour aller au salon.

 

— Pardon ? s’étonna-t-elle en même temps qu’Ignatius, tout en la suivant en trottinant. Mais… d’où ?

 

— Tu me demandes encore ce qu’il se passe dans la tête de Face-de-Rat ? s’étonna Dorea en s’asseyant sur le canapé du salon. Il est stupide, et il ne comprend pas que toi ou moi pouvons ne pas avoir une once d’intérêt pour lui, c’est tout, dit-elle en ouvrant une boîte contenant des biscuits anglais. Et puis, Ignatius, ce n’est pas vraiment au père de Lucretia auquel tu dois t’adresser, mais à son grand-père… Au deux en fait, se corrigea pensivement Dorea.

 

— Deux pour le prix d’un, magnifique, marmonna Ignatius en se laissant tomber dans l’un des deux fauteuils.

 

— Et puis, je suppose que tu dois partir en Roumanie… Donc vous comptez célébrer le mariage à ton premier retour, non ? continua Dorea en servant le thé. 

 

— Avant qu’il ne parte, Dorea. Je veux partir avec lui, insista Lucretia pendant que Dorea faisait déborder l’eau chaude de la tasse.

 

— Morgane, bafouilla-t-elle en tirant maladroitement sa baguette pour nettoyer les dégâts. Mais tu veux vraiment que ton grand-père Kedavarise Ignatius !

 

— Grand-père s’en fiche tant que je suis heureuse, protesta Lucretia.

 

— Tu surestimes Oncle Sirius, Lucretia, répliqua Dorea avec un rire jaune que Lucretia ne lui avait jamais vu. Tu… Je te soutiendrai bien sûr, mais attends-toi à devoir patienter les quatre mois traditionnels.

 

— Je ne peux pas ! protesta-t-elle. »

 

Elle ne pouvait plus vivre dans la même maison que son père et elle ne pouvait pas espérer être heureuse loin de Mr Prewett. Il était le seul à réussir à la guérir avec des mots, le seul à pouvoir la consoler avec des baisers et des étreintes.

 

Dorea soupira en levant les yeux au ciel, clairement agacée. Lucretia ne l’avait pas souvent vue perdre patience avec elle de manière aussi flagrante.

 

« Commence par grandir si tu veux te marier, cassa Dorea avec mauvaise humeur.

 

— J’ai dix-neuf ans, et je suis une adulte, je…

 

— Non, tu n’as pas un comportement d’adulte, la coupa Dorea avec humeur. On n’obtient pas tout ce qu’on veut dans la vie. Il faut apprendre à faire avec ce qu’on a, et non avec ce qu’on veut sinon…

 

— C’est à moi que tu dis cela ? s’exclama Lucretia en sentant à nouveau un courant d’air glacé traverser son abdomen. Je sais très bien que je n’aurais jamais tout ce que j’aurais voulu, ne t’inquiète pas. Je vais demander une dernière chose à mon père et mon grand-père, et puis je ne leur demanderai plus rien. »

 

Dorea la regardait avec contrariété et abattement à la fois. Lucretia jeta un coup d’œil à Ignatius qui lissait distraitement sa barbe du bout des doigts, comme d’habitude, avec un sourire en coin sous son nez busqué. Il semblait plutôt amusé par la situation, alors que Lucretia ne voyait pas ce qu’il y avait de drôle là-dedans, absolument pas.

 

« Viens alors, conclut Dorea en se levant.

 

— Pourquoi ? râla Lucretia sans bouger du fauteuil.

 

— Il va bien falloir que je t’apprenne à cuisiner un minimum, répliqua Dorea de la même manière. »

 

Lucretia sourit largement à Mr Prewett en se levant. Elle attendit que Dorea soit sortie de la pièce pour s’asseoir sur ses genoux et se blottir contre lui, toute frissonnante. Elle n’aurait jamais pensé à apprendre à cuisiner deux mois plus tôt. Mais effectivement, c’était indispensable pour vivre avec Mr Prewett. Elle courut rejoindre Dorea avec impatience. Dorea lui apprendrait tout ce qu’il fallait, comme elle l’avait fait toutes ces années.

 

« Eh Dorea, souffla-t-elle une fois à côté d’elle dans la cuisine. Tu vas enfin pouvoir m’expliquer ce qu’est le devoir conjugal, n’est-ce pas ? dit-elle avec impatience. »

 

La moue de Dorea, accompagnée d’un rougissement fulgurant fit rire aux éclats Lucretia. Enfin un rire, depuis des semaines.

 

.

 

.

 

Ignatius était monté dans la chambre d’amis de Charlus pour rattraper la nuit qu’il avait passée à attendre son train à King Cross. Lucretia s’était enfermée avec Dorea dans la cuisine une bonne dizaine de minutes plus tôt lorsqu’il s’était permis de le faire. Charlus devait être au stade en train de s’entraîner, et il avait besoin d’éclaircir un peu ses pensées… si bien que finalement il ne dormait pas encore.

 

Il avait agi sur un coup de tête. Oh, il ne regrettait pas son engagement, puisqu’il avait songé assez de fois ces temps-ci à parler en ces termes à Lucretia. Elle était plutôt une évidence pour lui. Il n’avait jamais été amoureux, en vingt-cinq ans d’existence. Il avait longtemps pensé que c’était surfait et l’entêtement que mettait continuellement Charlus à « tomber amoureux » et à se traîner par terre à cause d’une nana, l’avait assez refroidi. Il l’avait trouvé risible un nombre incalculable de fois à se mettre dans des états pas possibles pour Ailen, pour Natalia, pour Nina et Esméralda Garcia. Surtout pour la dernière. Même la façon dont il regardait Dorea était stupide. S’il avait bavé en même temps, personne n’aurait été surpris. Charlus était stupide à chercher en permanence à faire s’offusquer sa femme. Il était stupide lorsqu’il la regardait. Et il était stupide lorsqu’il parlait d’elle. Les quelques lettres qu’il avait reçues de son ami lorsqu’il était en Amazonie et au Mexique entre septembre et décembre avaient contenu au moins pour moitié des descriptions de Dorea. Il était tellement niais, encore plus qu’avec les autres nanas qu’il avait fréquentées. Et pourtant, même si Dorea était la mieux parmi toutes celle que Charlus lui avait présentées, il n’y avait pas de quoi se mettre dans des états pareils. D’accord, elle n’était pas toujours aussi glacée que le voulait le surnom qu’elle trainait depuis Poudlard, mais elle n’était pas la joie de vivre non plus. Lucretia en revanche…

 

Lucretia avait incarné la joie de vivre selon Ignatius. Il n’avait jamais vu une nana aussi vive et distinguée à la fois que Lucretia Black. C’était un savant mélange et un équilibre parfait qui ne pouvait que retenir l’attention. Il y avait avec cela une innocence et une bonté qu’il n’avait pas souvent observées chez une nana de cet âge-là. Elle avait tout pour elle et lui ne pouvait que trouver ce tout à son goût, surtout en remarquant qu’elle n’accordait cet empressement qu’à lui seul et qu’elle aimait autant les animaux fantastiques que lui. Puis à force de se heurter à de l’indifférence, il avait été obligé de croire que c’était l’alcool et uniquement l’alcool qui lui avait fait adopter un comportement si… intéressé ? aguicheur ? Non, c’était un terme trop fort, mais l’idée était là. Il avait cru voir des signes, Charlus avait plus ou moins confirmé avec moquerie, si bien qu’Ignatius n’avait pas bien su quoi croire, avant que Dorea ne s’en mêle. Et en même temps, Lucretia devenait de plus en plus froide et distante… sans pour autant manquer un seul des dîners chez Dorea et Charlus auxquels elle savait qu’il était convié.

 

Elle était stérile. Et c’était pour cette raison que quelque chose s’était brisé dans son corps. Elle était toujours gracieuse et raffinée, mais il n’y avait plus une seule trace de cette joie qui lui donnait cet air resplendissant et émerveillé avec ses immenses yeux gris.

 

Égoïstement, ceci l’avait momentanément arrangé, puisqu’il ne supportait pas les marmots, avant de voir tout le mal que cette incapacité faisait à Lucretia. Il avait eut l’impression qu’elle s’étouffait avec ses sanglots, que sa douleur la rongeait de l’intérieur et ce, de manière physique. Il avait cru perdre la faculté de parler lorsqu’elle s’était effondrée dans ses bras, comme un oiseau tombé du nid. Il n’aurait jamais pu imaginer la voir dans cet état un jour, alors qu’elle lui était apparue si resplendissante la première fois. Il n’avait pas eu pitié, il ne savait même pas bien ce qu’était la pitié. Il avait plutôt été extrêmement accablé de voir à quel état elle était réduite à cause de cette situation. Surtout que, d’accord elle était malheureuse de ne pas pouvoir avoir d’enfants, mais il savait que ceci allait au-delà de ce simple fait. Il savait bien qu’on répétait souvent aux nanas de se marier et d’avoir des enfants. C’était une sorte de… passage obligé, de carcan et de normes, surtout dans les grandes familles sorcières. Souvent, ceci le fâchait. Il avait l’impression d’avoir un élevage de Fléreurs ou de chouettes devant lui. Et ça finissait avec des mariages déséquilibrés et malheureux, des enfants déséquilibrés et malheureux et toute une société pourrie par des vieilles femmes aigries et des gamines avides de Gallions et de princes charmants. Comme sa mère et sa sœur Muriel, par exemple.

 

Au moins, Lucretia pouvait être sûr qu’il la voulait elle pour… elle, et non pour une autre raison. Et puis, de la même manière, il savait qu’elle le voulait lui pour lui-même.

 

Mais il avait tant eu l’impression que son corps allait se casser en deux entre ses bras… qu’il n’avait pas pu lui dire qu’il voulait attendre qu’elle ait vingt ans, qu’elle soit sûre d’elle et qu’ils s’écriraient tous les jours d’ici là. Il ne pouvait pas lui donner l’impression qu’il hésitait… puisqu’il n’hésitait pas pour lui. Il voulait seulement qu’elle ne se décide pas sur un coup de tête. Elle lui avait fait des déclarations grandiloquentes, magnifiques et attendrissantes, et à nouveau pleines de vivacité et d’enthousiasme. Il n’avait pas vraiment su comment la consoler autrement qu’en accédant à sa demande. Changer d’air lui ferait du bien de toute façon.

 

.

 

« C’est plutôt facile, commenta Lucretia en regardant le magnifique gratin à la courgette que Dorea lui avait fait faire. »

 

Elle avait voulu faire des choux à la crème aussi. Dorea avait refusé avec affolement, mais Lucretia n’en avait fait qu’à sa tête. Dorea exagérait, ça n’avait pas été si difficile. Il fallait faire ses sortilèges précisément et ne pas se déconcentrer devant la cheminée, c’était tout. Mais quand on savait que Lucretia était repassée secrètement derrière chaque broderie que Dorea avait dû faire pour son mariage, on pouvait comprendre : Dorea n’était pas faite pour les sortilèges ménagers, mis à part l’Evanesco qu’elle maîtrisait à la perfection, et qui faisait parfois défaut à Lucretia.

 

« C’est bon, j’ai compris, c’est moi qui suis inapte aux sortilèges culinaires, marmonna Dorea en quittant la cuisine. »

 

Lucretia pouffa discrètement. Dorea détestait ne pas réussir quelque chose. Et surtout que quelqu’un en soit témoin. Elle trouva les assiettes et les couverts dans les placards et les emporta jusqu’à la salle à manger. Dorea tint à dresser la table elle-même, et elle le fit comprendre à Lucretia d’un regard noir. Lucretia abdiqua et préféra gagner le salon pour retrouver Mr Prewett. Il n’était pas là. Il avait pourtant dit qu’il serait avec elle tout le temps durant ces sept jours ou cent soixante-huit heures… sauf lorsqu’il dormirait. C’est qu’il avait dû monter dormir dans la chambre d’amis de Charlus. Elle rougit rien qu’à l’idée qu’il soit dans les draps dans lesquels elle s’était couchée cette nuit. Et dire que dans une semaine, elle pourrait être avec lui, dans ce lit… Il la verrait en robe de chambre. Elle pourrait lui montrer la longueur de ses cheveux, elle pourrait lui prendre le bras en public, l’embrasser autant qu’elle le voudrait et même, partir avec lui en Roumanie. Il lui montrerait des dragons. Elle s’occuperait de leur maison et de lui.

 

« Dorea, l’appela-t-elle en retournant dans la salle à manger. Je crois que Mr Prewett est monté dormir.

 

— Laisse-le tranquille, se moqua Dorea. Ce n’est pas parce qu’il t’a demandée en mariage qu’il passera tout son temps avec toi, Lucretia. Il a veillé toute la nuit en attendant son train qui n’est jamais passé et puis il a un métier qui lui prend beaucoup de temps.

 

— C’est long de s’occuper d’une maison ? demanda Lucretia en s’asseyant à table pour discuter avec Dorea.

 

— Oui c’est long, mais ça ne te prendra pas toute la journée non plus, lui expliqua gentiment Dorea en s’asseyant à son tour. Et puis, tu habiteras avec lui sûrement à la Réserve de Dragons. Il a dit à Charlus un soir qu’il aurait une maison de fonction là-bas. Une pièce à vivre avec cuisine au rez-de-chaussée et une chambre à l’étage.

 

— D’accord, mémorisa Lucretia avec attention. Et pour le linge, comment dois-je faire ?

 

— Soit il y aura une laverie à la réserve, ou bien une blanchisserie à l’écart ou encore un lavoir.

 

— Un lavoir ? s’étonna Lucretia.

 

— Apprend le sortilège au cas où, c’est utile quand la blanchisserie est fermée, marmonna Dorea. »

 

Dorea marmonnait beaucoup depuis qu’elle était mariée tout de même. Tante Violetta ne serait pas enchantée de l’apprendre. Mais vu l’attitude désinvolte de Charlus, ce n’était pas si étonnant à la réflexion. Elle souriait un peu plus aussi, même quand elles s’étaient retrouvées à la librairie bondée de Fleury & Bott.

 

« Quoi d’autre ? demanda Lucretia. »

 

.

 

Une petite sieste, il n’y avait que ça de vrai. Ignatius se sentait revigoré après une soirée passée dans le froid de la gare londonienne. Le quai 7 ½ était particulièrement soumis aux vents. Il s’étira en grognant et sauta sur ses pieds. Il y avait une odeur particulièrement tenace de coquelicot dans cette pièce… Miss Lucretia devait y dormir plus fréquemment que ce qu’il avait pensé. Elle y avait dormi la veille, il s’en souvenait à présent et… est-ce que c’était un de ses bas qui était tombé de la chaise ? Et… Merlin, est-ce que c’était un… dessous à elle sur la chaise ??

 

« Argh, les nanas, marmonna-t-il. »

 

Pourvu qu’elle ne soit pas désordonnée. Il n’aurait pas la patience de passer derrière elle pour tout ranger. Carley leur racontait souvent à Poudlard combien sa sœur Emily était bordélique, pour reprendre ses mots. Et comment plusieurs fois, il était tombé sur des affaires à elle. La goutte d’eau avait fait déborder le vase lorsqu’il avait marché sur ses aiguilles de couture et qu’il avait dû aller aux urgences moldues pour se faire enlever les 17 aiguilles plantées dans son pied.

 

Il enfonça ses mains dans ses poches à la recherche de sa montre à gousset pour regarder l’heure, mais tomba à la place sur un anneau qu’il connaissait bien.

 

.

 

« On devrait peut-être aller réveiller Mr Prewett ? demanda pour la dixième fois Lucretia en entendant la pendule sonner dix-sept heures.

 

— Laisse le dormir, Lucretia, martela Dorea en avançant l’une de ses pièces d’échecs. Il est fatigué et en plus, il va devoir parler à ton grand-père : laisse-le prendre des forces. J’ai demandé à Oncle Sirius pour que Charlus et moi puissions venir manger avec celui qui fut notre témoin lorsque nous te raccompagnerons. Il a accepté. S’il n’est plus persuadé que tu es une enfant, il doit se douter de quelque chose. Je suppose que tu leur as un peu parlé d’Ignatius, non ?

 

— Un peu le mois dernier, oui, reconnut Lucretia. Mais je… Je ne passe plus beaucoup de temps là-bas, tu le sais bien. J’ai passé le plus clair de mon temps chez toi ou dans la famille de ma mère ces temps-ci.

 

— Il doit se douter d’autant plus que tu fréquentes quelqu’un, lui assura Dorea.

 

— Mais il est dix-sept heures à présent, peut-être que…

 

— Lucretia, soupira Dorea en se laissant tomber dans le fond du fauteuil. »

 

Lucretia ne renchérit pas… non parce que Dorea avait eu gain de cause, mais parce qu’un anneau en or volait devant son nez. Elle leva la main pour l’attraper et remarqua trois pierres montées sur l’anneau : une rose, une mauve et une bleue. Elle tourna la tête vers la porte du salon et retrouva le demi-sourire caché par une moustache d’Ignatius Prewett. Elle sauta sur ses pieds en serrant l’anneau le plus fort possible dans sa main.

 

« Qu’est-ce que c’est ? ne trouva-t-elle qu’à demander en sentant tout son corps frémir pour qu’elle puisse se retenir de courir partout sous le coup de la joie.

 

— Un anneau, marmonna Ignatius en appuyant son bras droit contre l’encadrement de la porte après avoir croisé les bras devant lui.

 

— Mr Prewett, s’amusa-t-elle en pouffant comme une idiote. Est-ce que c’est ce que je pense ?

 

— Et à quoi pensez-vous, Miss Lucretia ? insista-t-il sans détourner son regard bleu.

 

— Qu’en fait, vous n’avez pas dormi, mais que vous êtes sorti acheter une bague de fiançailles, dit-elle avec un rire encore plus débile.

 

— Et vous avez tout faux, Miss Lucretia, se moqua-t-il. Je suis monté dormir à l’étage, dans la chambre d’amis, que vous n’avez pas tout à fait rangée, ajouta-t-il plus bas et elle se rappela de son sac ouvert au milieu de la pièce. Et j’ai cette bague depuis le jour où Charlus m’a dit qu’il ne fallait pas faire une demande en mariage sans bague. »

 

Depuis le jour où… Mais… Depuis combien de temps pensait-il à…

 

« Vous… ne réussit-elle qu’à dire tant sa gorge était serrée. »

 

Mais elle n’était pas serrée à cause du poids du chagrin. Sa gorge était serrait tant le bonheur l’étouffait.

 

« Depuis deux semaines, répondit-il dans sa barbe. »

 

Deux semaines… Non, c’était impossible. Elle avait refusé dix fois de danser avec lui avant d’accepter parce que Charlus se moquait d’elle en disant qu’elle ne savait pas danser et que c’était la raison pour laquelle elle refusait.

 

« J’ai ramassé la pierre rose au Chili, la mauve au Mexique et la bleue en Inde, reprit-il. Ce sont vos couleurs préférées, non ? Vous les portez tout le temps et… »

 

Elle lui avait sauté dans les bras, l’anneau tenu si fermement qu’il s’enfonçait dans la paume de sa main. Un anneau rien qu’à elle. Une bague de fiançailles unique. Elle se rappelait du solitaire d’un classicisme ennuyeux que portait Charis et qui était apparemment la crème de la crème pour une bague de fiançailles. La bague de Dorea était immonde, mais elle était tout ce qui plaisait le plus à Dorea et elle était également unique.

 

« Vous acceptez de me l’enfiler tout de suite où je dois encore attendre ? ne trouva-t-elle qu’à pleurer.

 

— Miss Lucretia, je vous ai dit qu’il ne fallait plus pleurer, ne trouva qu’à se moquer Mr Prewett, rouge comme une écrivisse. »

 

Elle se détacha de lui en le voyant jeter un coup d’œil à Dorea qui avait détourné pudiquement le regard. Comment sa cousine pouvait-elle être encore pudique en étant mariée à quelqu’un comme Charlus ? Ceci la dépassait. Elle ouvrit la main et laissa la bague s’élever entre eux. Ignatius la cueillit au vol, prit sa main délicate entre ses gros doigts de Dragonologue et glissa le petit anneau à son annulaire.

 

« Maintenant, vous ne pouvez plus vous défiler, Mr Prewett, le taquina-t-elle.

 

— Tu devrais enlever cette bague tant que tout n’est pas signé, Lucretia, commenta à mi-mot Dorea.

 

— Et pourquoi ? J’ai dit oui, protesta-t-elle.

 

— Parce que ton grand-père aura l’impression d’être mis devant le fait accompli, ceci ne lui plaira guère, ajouta Dorea.

 

— Grand-père n’est pas ton père, insista Lucretia.

 

— Ton grand-père reste un homme, et c’est en plus le chef de la Maison des Black. Écoute mon conseil, s’il te plaît, insista Dorea en pinçant les lèvres. »

 

Elle n’avait peut-être pas tord. Dorea parlait aux hommes en tant que femme et non en tant qu’enfant depuis plus longtemps qu’elle. Elle devait mieux les connaître.

 

« Je vais remettre mes gants de toute façon, dit-elle distraitement en regardant l’anneau à sa main gauche. »

 

Il était à côté de sa chevalière à l’effigie de la Maison des Black. Les pierres attiraient la lumière à elles pour l’éclater en leur cœur. C’était vraiment une belle bague, raffinée et élégante. Et unique. Le ventre de Mr Prewett gargouilla à cet instant. Lucretia pouffa de rire et l’attrapa par le bras pour le tirer dans la salle à manger.

 

« C’est moi qui ai tout fait, précisa-t-elle. Dorea m’a seulement guidée. Dites-moi, Mr Prewett, j’espère que vous aimez la tarte à la courgette et les choux à la crème.

 

— J’adore les choux à la crème, Miss Lucretia, lui assura-t-il. »

 

Elle lui servit une généreuse part du gratin et remplit son verre d’eau avant de s’assoir à côté de lui sur la grande table. Elle entendit vaguement Dorea venir dans le couloir et se précipita sur la porte pour la fermer. Elle s’appuya dessus pour empêcher Dorea de la rouvrir. Elle savait que ça ne se faisait pas, mais elle avait bien trop envie d’être en tête à tête avec Mr Prewett. Et puis, il était son fiancé, ce n’est pas non plus scandaleux.

 

« Dites-moi quels plats vous aimez, Mr Prewett, lui demanda-t-elle en verrouillant la porte avec un sortilège. Il faut que j’apprenne à les faire. »

 

.

 

Là, Ignatius était un peu déstabilisé. Ce n’était pas nouveau que Lucretia minaude avec lui. Il se sentait après tout assez flatté de voir toute l’attention qu’elle lui accordait. Et puis, il aimait que sa voix se fasse douce et un peu aigue lorsqu’elle lui parlait. Il voyait qu’elle l’admirait au moins autant qu’elle l’aimait. Il n’était pas stupide. Mais là, elle se comportait déjà comme s’ils étaient mariés.

 

« Les pommes de terre à l’eau ? proposa-t-il avec hésitation. »

 

La poignée de la porte de la salle à manger cessa de s’agiter et seules des menaces de Dorea leur parvinrent étouffées.

 

« Euh… d’accord, approuva Lucretia après un froncement de sourcil. Et puis ?

 

— Le lard grillé, ajouta-t-il. »

 

C’était souvent avec ceci qu’il s’était nourri ces dernières années, dans son quinze mètres carrés de Pré-au-Lard (mais au moins, il avait les moyens de louer un immense jardin pour y installer ses animaux).

 

« Mais Mr Prewett, vous n’êtes plus célibataire, j’aurai le temps de vous servir de vrais repas, lui dit-elle gentiment en s’asseyant à côté de lui. »

 

La porte s’ouvrit sur Dorea au même instant.

 

« Attention Lucretia, je peux encore changer d’avis et ne pas te soutenir bec et ongles devant ton grand-père, la prévint Dorea d’une voix alourdie par la menace.

 

— Et moi, je peux raconter à ma mère ce que tu m’as dit dans la cuisine tout à l’heure, répliqua Lucretia en lui faisant signe de sortir. »

 

Dorea vira au rouge carmin sous le sourire suffisant de Lucretia. Ignatius la vit s’installer au bout de la table avec un livre en marmonnant qu’elle ne raconterait plus rien à Lucretia tant qu’elle ne serait pas mariée. Ignatius préféra ne pas chercher à comprendre et écouter Lucretia lui parler des plats qu’elle aimait manger en dévorant ce gratin aux courgettes qui était bien meilleur que celui de Dorea.

Note de fin de chapitre :

J'attends vos avis avec impatience :) A très vite j'espère !

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