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De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


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De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


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De L'équipe des Podiums le 01/11/2022 19:00


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De L'équipe de modération le 23/10/2022 17:22


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De L'équipe des Nuits le 16/10/2022 11:07


你的目光 par CacheCoeur

[12 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

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Note d'auteur :

Merci à Ella.C pour ses corrections et ses superbes commentaires ❤

Note de chapitre:

 

Si tu cliques sur le noeud chinois de la chance, tu pourras écouter une petite ambiance musicale ❤

– Cache ça immédiatement ! pesta la grand-mère de Sue.


La jeune femme baissa la tête et remonta la manche de sa robe qui avait glissé sur son épaule. Le dragon qui s’y était réfugié, chassé de sa nuque sur lequel il s’enroulait habituellement jusqu’à son avant-bras, se ratatina davantage pour mieux disparaître sous le vêtement. Elle l’effleura du bout des doigts, caressant ses écailles aux mille nuances de bleu, qui scintillaient et se déployaient lorsque le dragon était libre de se montrer.


Sue s’était payée ce magnifique tatouage avec sa première paie. Quand elle était rentrée au Manoir des Li, son père en avait fait une syncope.


Le regard de sa grand-mère en disait long. Sue releva seulement la tête pour lui sourire respectueusement. Son tatouage désormais dissimulé, Olivia Li, femme pourtant austère et peu chaleureuse, lui retourna ce rare signe affectueux :


– Relève la tête, bombe le torse. Tu es une Li, Sue. Sois fière, chérie.


Mais de quoi ?


Olivia palpa la joue de sa petite-fille, dans laquelle elle ne reconnaissait aucun de ses traits. Enfant, Sue avait souvent fait le vœu d’avoir les mêmes yeux bleus et ronds que sa grand-mère.


– Oui, grand-mère.


Elle prit sa main, pour se donner un peu de courage. La demeure des Bullstrode s’étendait à perte de vue devant elles. Sue se sentit toute petite et insignifiante, aspirée dans son ombre lugubre et menaçante. Une bouffée d’angoisse la saisit mais elle remonta les pans de sa somptueuse robe pour gravir les premières marches. À tout moment, elle allait s’effondrer et les dévaler sur le dos. Elle imaginait déjà le regard déçu et contrit de sa grand-mère...


Ce ne sont pas là les manières d’une jeune fille de ton rang, Sue !


Mais la peur lui tordait les entrailles et faisait trembler ses jambes sans qu’elle ne puisse les contrôler.


Elle répéta le discours qu’elle avait répété devant son miroir, qu’elle souhaitait adresser à la personne pour laquelle elle s’était donnée la peine d’accepter cette invitation.


“Merci de m’avoir sauvée”.


C’était tout ce dont elle se rappelait de son long monologue de deux minutes, qu’elle avait même répété auprès de Justin...


C’était sa première réapparition publique depuis la fin de la guerre. Sue avait longtemps réussi à éviter ce genre d’évènements. Pendant deux ans, elle avait inventé des excuses, parfois saugrenues et fantasques, pour s’épargner ce fardeau. L’idée même de revoir certaines personnes, lui donnait la nausée.


Les Li, étaient des gens respectés et respectables. C’était ce que disait sa grand-mère Olivia, qui avait épousé Tao Li, un sorcier de noble naissance qui avait fait fortune dans la vente de venin de dragon. C’était un mariage d’amour, Sue n’en avait jamais douté. Elle était même convaincue que la seule personne qu’Olivia était capable d’aimer réellement, était son grand-père Tao.


En revanche, Sue n’avait jamais surpris un geste tendre, ou un regard affectueux, entre son père et sa grand-mère. Grand-père Tao lui avait expliqué un jour que tout le monde aimait différemment et le montrait différemment. Il avait ajouté que la rancœur était un poison et qu’Olivia en était malade. Avec le temps, Sue avait compris qu’Olivia n’avait jamais pardonné à son fils d’être parti de Grande-Bretagne pour vivre en Chine, le pays qui avait vu naître son père. Là-bas, il y avait épousé la mère de Sue, une moldue, en dépit des convenances et du mariage arrangé par sa mère avec une noble famille de sang-pur.


– Ton père est probablement déjà en train de parler affaires, fit-elle sur le ton de la confidence.


Sue hocha simplement la tête. Sa grand-mère lui avait toujours fait un peu peur. Lorsqu’elle l’avait rencontrée pour la première fois, elle avait six ans, portait un pantalon tâché de boue et avait des écorchures partout sur le visage. Olivia avait décrété en l’examinant qu’il faudrait vite changer ses manières et cette apparence de “petit porcelet”. Aussi, Olivia s’était fait un plaisir de faire et parfaire l’éducation de sa petite-fille, à qui elle avait inculqué toutes les règles de bienséances qui seyaient aux personnes de leur rang. Sue en avait été malade, les premières années. Son père s’était noyé dans le travail, pour oublier son chagrin et la perte de sa femme. Parfois, Sue se rappelait ses éclats de rire et ses yeux d’amoureux transis. Ils avaient été si heureux, tous les trois... La petite fille avait dû dire adieu à son quotidien à Pékin, à manger des gâteaux de riz tous les jours, à rire, et à écouter sa mère jouer de dizi.


Sue n’avait pu respirer pour la première depuis qu’elle était arrivée en Grande-Bretagne, que cinq ans après, une fois couchée dans un grand lit à baldaquin bleu et bronze.


– Souris, Sue. Tu es si belle, mon enfant...


Sue s’exécuta. Oui, elle était belle. Comme sa mère. C’était elle, que Sue voyait dans le miroir. Elle passa une main dans sa longue chevelure noire et raide, que sa grand-mère avait voulu boucler encore une fois, sans succès.


Elle inspira un grand coup, avant de gravir la dernière marche. A l’intérieur, la musique et les conversations se mariaient et empestaient déjà une certaine condescendance nauséabonde. Olivia la quitta très rapidement, pour saluer quelques connaissances. Sue resta dans le hall, sourit aux quelques elfes de maison qui proposaient divers rafraichissements et se força à rester droite. Elle avait tendance à se courber, se replier sur elle-même et savait que si sa grand-mère l’apercevait ainsi, elle aurait à supporter un long laïus le lendemain.


Les bras croisés sur sa poitrine, elle fit quelques pas. Dans le grand salon des Bullstrode, elle aperçut quelques élèves de Poudlard, de sa promotion. Il y avait Théodore Nott, son allure éternellement ennuyée et flegmatique collé au visage. Il était en compagnie de Lisa Turpin, une ancienne camarade de Serdaigle, qui desserrait sa cravate en souriant. Sue fronça les sourcils, n’ayant aucun souvenir d’avoir vu ces deux-là proches un jour... Adrian Pucey était juste derrière eux, en grande conversation avec Montague, qu’il délaissa pour soulever Lisa par la taille et la faire tourner dans les airs. Les grands éclats de rire de Lisa cassèrent l’ambiance froide et grise de la réception et illuminèrent le grand salon. Elle observa Lisa refuser un baiser à Adrian, dont la moue boudeuse était cocasse, et Théodore lever les yeux au ciel. Sue les trouva beaux et se détendit. Elle parcourut le reste de la salle d’un bref coup d’œil : Blaise Zabini, Ernie MacMillian, Goldstein, Bones... Tout le gratin habituel des sorciers au sang-pur et à la naissance noble. Des gens qui appartenaient au cercle dans lequel sa grand-mère avait tout fait pour qu’elle s’intègre, malgré son statut de sang-mêlé. Il y avait même un Weasley, dont Sue ne se rappelait plus le prénom. Mais ils étaient tous là.


À croire que la guerre était déjà loin, et que tout était redevenu comme avant. Les sang-pur et la petite noblesse sorcière...


Puis elle se figea, en reconnaissant au loin Pansy Parkinson et Millicent Bullstrode. Elles gloussaient toutes les deux, et semblaient prendre de haut toutes les personnes qui s’approchaient d’elles d’un peu trop près.


Elle revint près de trois ans en arrière, la peur au ventre, à entendre les cris et les insultes des Carrow qui se moquaient de ses yeux bridés, de son sang-mêlé et de son nez écrasé. Elle se souvint de l’odeur de la pluie qui avait battu les pierres du château, lorsque qu’elle l’avait fui, consciente qu’elle n’y était plus en sécurité.


Son père avait toujours dit d’elle qu’elle était une enfant du mélange. Une sino-britannique sang-mêlé, une enfant de la diversité et de l’amour. Mais la vérité qu’elle avait découverte dès qu’elle était sortie du Manoir des Li, était toute autre... Trop chinoise pour les Britanniques, trop impure pour les sorciers... Elle cumulait pour les Mangemorts beaucoup trop d’abjections pour rester en vie.


– Tu es magnifique ce soir, Sue !


La petite voix de Lisa la tira de ses pensées. Sue lui offrit un autre sourire alors que la jeune femme la prenait dans ses bras. Loin d’être surprise, Sue répondit à l’étreinte de Lisa. Les deux Serdaigle n’avaient jamais été particulièrement proches. Lisa était trop solaire, trop énergique, trop extravertie... Les gens comme Lisa ne remarquaient pas les gens comme Sue.


– Tu es divine également, Lisa, la complimenta-t-elle.


Cela faisait tout drôle de voir Lisa sans sa petite bande au complet... Terry Boot et Susan étaient présents, bien entendu, mais se tenaient bien loin d’elle et de Théodore Nott qui lançait des regards assassins à ces-derniers. Patil, Abbot, Hopkins et Finch-Fletcher, qui complétaient la bande, brillaient par leur absence : pour entrer dans ce genre de cercle, il fallait être né, ou embrasser littéralement la noblesse sorcière. Lisa était manifestement de la deuxième catégorie et semblait aussi à l’aise qu’un poisson dans les airs.


Justin se moquerait de Lisa, s’il la voyait avec ses lèvres pincées et son air intimidé. Sue le lui raconterait …


Une nouvelle vague d’angoisse monta lorsqu’elle pensa à Justin. Elle avait hâte de le revoir demain, lorsqu’ils partiraient en mission tous les deux...


– C’est la première fois que j’assiste à un évènement pareil, bredouilla Lisa.


Pris d’un élan de sympathie, Sue posa une main sur son épaule pour la rassurer.


Elle aurait sincèrement aimé être amie avec une personne comme Lisa. Une sang-mêlé, comme une elle, une personne gentille et rigolote, qui dansait sous la pluie et faisait des blagues auxquelles tout le monde riait parce qu’elle était mignonne.


Les filles mignonnes sont toujours drôles.


A moins que cela ne soit l’inverse ?


Sue Li n’avait pas d’amis. Elle était trop étrange, trop excentrique, elle demeurait éternellement cette fille gentille et mignonne que tout le monde aimait bien, avec laquelle on partageait quelques repas et on riait le soir dans les dortoirs... Mais pas celle que l’on consolait, à qui on racontait ses secrets et ses chagrins. Sue était trop différente, trop dans son monde, peuplé de légendes et de contes chinois, qu’elle lisait avec la voix de sa mère, dans sa tête. Sue Li était seule et se sentait parfois, seule.


Sue était trop rêveuse, trop dans les nuages, même pour les Serdaigle.


Tu pourrais leur donner une chance de t’apprécier...


Mais Sue avait tellement peur du rejet.


– Ça se passera bien, lui promit Sue.


– Adrian me l’a répété pendant deux semaines. Mais j’ai déjà cassé deux verres et renversé deux plateaux. Y’en a un qui a atterri tout droit sur la tête de sa mère... Et tu savais qu’il était interdit de danser ? Pourquoi mettre de la musique et faire appel à un orchestre de nymphes, si on n’a même pas le droit danser ? 


Sue s’esclaffa et admira les nymphes, plongées dans un grand bassin au centre de la salle de réception. Les jets d’eau scintillants formaient des arcs et des étoiles au-dessus d’elles et brillaient chaque fois qu’elles se mettaient à chanter. C’était beau.


Sue avait toujours été fascinée par le beau et l’élégant qui émanaient de ce genre d’évènements mondains, où ne se rendaient pourtant qu’une élite aux cœurs dégoûtants et laids.


– C’est un plaisir de te revoir, Sue, la salua Théodore.


Elle opina. Elle avait grandi avec ces gens-là. Lors des petites collations de leurs parents, les enfants jouaient dans le jardin. Sa grand-mère l’y avait traînée dès qu’elle l’avait jugée apte à paraître en société.


Pourtant, Sue avait pris garde à toujours manger la bouche ouverte et à faire un maximum de bruit en buvant son thé...


Grand-mère n’était pas dupe...


C’était lors de ces après-midi, que Sue avait compris que malgré tous les efforts de sa grand-mère pour la faire paraître plus noble et comme une enfant à la parfaite éducation de sang-pur, les autres la verraient toujours comme une étrangère avec laquelle ils n’avaient pas grandi. On leur avait imposé Sue lorsqu’elle avait fui la Chine avec son père, une fillette à la mère moldue et inconnue. Rien de plus, rien de moins.


Nott, Parkinson, Malefoy, Pucey... Elle avait joué avec tous ces gens et avait même cherché leur compagnie, ne souhaitant qu’être amie avec eux. Nott ne s’était jamais soucié des autres, trop sérieux. Parkinson avait toujours été une peste. Malefoy un petit con arrogant et pétri d’une assurance à vomir. Crabbe et Goyle n’étaient que deux brutes qui s’amusaient des pleurs de leurs camarades. Pucey était trop occupé à faire le clown pour remarquer ceux qui composaient son propre public.


– Tu devrais aller rejoindre Adrian. Il commence à tenir des propos inappropriés à son père, apprit Théodore à Lisa.


– Il n’a tenu qu’une heure..., se désola Lisa. Et dire qu'ils étaient censés s'éviter et s'ignorer... 


Sue ne savait pas exactement ce qu'il se passait chez les Pucy. Quelques échos lui étaient parvenus, majoritairement rapportés par sa grand-mère, qui lui avait confié que les Pucey avait renié leur fils unique. Adrian et Lisa n'avaient jamais caché leur grande amitié, puis, lorsqu'elle s'était développée en autre chose, leur affection qui avait tourné à l'amour. Mais voilà... Lisa était une sang-mêlé, une technicienne en adaptation des technologies moldues dans le monde sorcier, et ça, ça ne passait pas aux yeux des Pucey, qui se vantaient d'être des sang-pur respectables et nobles. 


– Pour sa défense, iMonsieur Pucey t’a insultée de petite “catin à l’intelligence d’un veracrasse”, indiqua Théodore. 


Sue fut prise de compassion pour la pauvre Lisa, qui ne semblait pas le moins du monde porter quelconques considérations aux dires du père de son petit-ami. Elle planta un baiser sur la joue de Théodore, avant de s’en aller. Sue écarquilla les yeux, en constatant même que, comme un vieux réflexe, Théodore avait tendu la joue, avide de contact.


Si même Théodore Nott peut se faire une amie, c’est que ce monde a peut-être bien changé finalement...


Ils se retrouvèrent face à l’autre, sans savoir quoi se dire.


Les secondes passèrent, sans que Théodore ne prononce un mot. Plus loin, ils entendirent Adrian hurler sur son père, Lisa coincée entre eux deux. Sa grand-mère Olivia avait une mine choquée, mais Sue savait qu’elle retenait avec méthode les moindres faits et gestes des Pucey et de Lisa Turpin, pour mieux les répéter et commérer dès le lendemain. Les rires insupportables de Pansy et Millicent, ajoutés aux chants des nymphes et au son des verres que l’on entrechoquait, donnèrent le tournis à Sue.


Elle décida qu’elle avait fait assez d’effort comme ça et prit la direction du parc. Décoré pour les fêtes de fin d’année, chaque sapin, chaque buisson, chaque fleurs et fontaines étaient parés de décorations étincelantes et dorées. La lumière lui fait plisser les yeux.


Elle repensa à ces heures qu’elle avait passées avec Justin, dans des forêts inquiétantes et plongées dans les pénombres les plus noires.


Sue se pencha au-dessus de la fontaine en marbre rose. La première fois qu’elle était venue chez les Bullstrode, la propriétaire des lieux avait indiqué à l’enfant qu’elle avait été taillée par le plus talentueux des gobelins, et que l’ouvrage avait duré pas moins de deux siècles. Elle avait semblé répéter une vieille poésie, avec arrogance et vanité. Sue l’avait tout de suite détestée, cette vieille dame qui l’avait regardée de haut car elle ne s’était pas extasiée devant cette maudite fontaine...


Elle se pencha au-dessus de l’eau turquoise. Le marbre chatoyait et tout un réseau de veines de paillettes dorées faisaient leurs chemins jusqu’au centre de la fontaine, où trônait la statue d’un ancêtre des Bullstrode.


– C’est un dragon ?


Sue releva la tête, les larmes aux yeux et le souffle court.


– Ton tatouage, c’est un dragon ?


Daphné Greengrass ne souriait pas et avait les yeux rivés sur sa peau, au niveau de sa gorge contre laquelle le dragon bleu de Sue s’était lové.


Sue tapota immédiatement la créature, qui retourna à sa place habituelle, cachée derrière ses longs cheveux noirs et la manche de sa robe.


– Il est beau.


– Il symbolise la noblesse et le pouvoir, bredouilla Sue.


– Il n’a pas d’aile.


– Les dragons n’ont pas d’aile.


Sue mordilla ses lèvres avant de rectifier sa phrase :


– Les dragons chinois n’ont pas d’aile.


– Comment font-ils pour voler alors ?


– Ils n’en ont pas besoin.


– C’est étrange.


Sue renifla péniblement.


Ce n’est pas parce qu’une chose t’es inconnue qu’elle est étrange.


Daphné croisa les bras sur sa poitrine. Le rouge de sa robe était le même que le rouge de ses lèvres. Rouge, comme les joues de Sue en fait.


Elle ouvrit la bouche, pour dire à Daphné Greengrass les mots qu’elle avait répétés tant de fois devant son miroir. Les mots qu’elle lui devait, depuis ce fameux soir. L'ancienne Serpentard approcha sa main en direction de Sue, comme pour dégager ses cheveux, mais suspendit son geste.


– Il ne crache pas de feu alors...


Sue sourit et se détendit de nouveau. On entendait de nouveau le chant des Nymphes, apaisant et majestueux.


– Les dragons chinois ne crachent pas de feu. Mais ils peuvent invoquer la pluie.


La première fois qu’elle avait dit ça, à Poudlard, on s’était moqué d’elle. Mais pour Sue, les dragons étaient liés à la nature et à l’eau. Ils vivaient dans les océans, les rivières, les lacs et les fleuves, qu’ils ne quittaient que pour vivre quelques fois sur de gros nuages.


C’étaient les seuls dragons qu’elle connaissait. Ceux qui peuplaient ces contes et ces légendes que lui racontait sa mère.


– Je peux le voir ?


Sue rougit davantage et baissa ma manche de sa robe. Content de sortir de sa cachette, le dragon sembla bondir de joie et vibra sous sa peau.


– Je ne connais pas cette espèce, fit curieusement la blonde.


– C’est une espèce qui n’a pas de nom. C’est un dragon chinois, selon la description qu’en fait Wang Fu. C’était un philosophe moldu chinois.


– Dis-moi en plus...


Sue pencha la tête sur le côté et détourna les yeux de cette bouche et de cette robe rouge. Les deux yeux de Daphné reflétaient les lumières du parc. On aurait dit deux flammes vertes, brûlantes et ardentes.


– Il raconte que l’Empereur Jaune, 黄帝, avait un serpent comme blason. Il fît la guerre à neuf tribus et à chaque victoire, il ajoutait l’emblème du vaincu au sien. Ce qui explique la raison pour laquelle le dragon chinois a un corps de serpent, les yeux de crevette, les ramures du cerf, la tête d’un chameau, les oreilles d’un bovin, la gueule béante du taureau, le nez du chien, les moustaches du poisson-chat, la crinière du lion, et enfin, les griffes de l’aigle.


– Et les écailles ? Ton dragon a des écailles.


– 117. 86 pour le yang, 36 pour le yin.


– Pourquoi ?


Sue cligna plusieurs fois les yeux, perplexe.


– Je ne sais pas.


Elle aurait aimé pouvoir poser la question à sa mère. Son père, bien que chinois par son propre père, avait eu une éducation très britannique. Et son grand-père était mort lorsqu’elle avait treize ans.


Elle se sentit seule tout à coup.


Dans le reflet de l’eau, elle admira Daphné et son visage de porcelaine. Elle semblait si fragile... Cependant, Sue savait qu’il n’en était rien.


– Je voulais te dire...


Le mot ne sortit pas.


Si Sue avait évité les mondanités pendant presque trois ans, c’était pour ne pas croiser ces gens qui l’avaient vendue aux Carrow, ceux qui s’étaient moqués de ses livres, de son accent chinois, qu’elle avait préservé malgré les remontrances de sa grand-mère, de sa pince de jade en forme de lapin ... Ces gens l’avaient forcée à fuir.


Daphné, l’avait fait fuir.


Sue regarda longuement Daphné. Elle se sentit calme et apaisée, comme plongée dans un bain chaud et reposant. Les yeux verts de Daphné caressaient sa peau, son épaule dénudée et sa nuque dégagée où ronronnait le dragon.


– A bientôt, Sue !


Non, reste...


Sue ne pensa pas à la rattraper, même si elle le souhaitait au fond de son cœur. Elle se rhabilla convenablement et essuya ses yeux noirs et humides.


– Ma petite chérie ! s'affola sa grand-mère. Ma petite chérie ! Tout va bien ?


– Oui, grand-mère.


Olivia tapota ses joues avec tendresse. Sue aurait aimé la comprendre. Elle aurait aimé prévoir ses élans tendresses et ses mots durs. Peut-être que sa grand-mère l’aimait au final et que son grand-père avait raison …


– Tu es si pâle... Rentrons.


– Mais tu voulais tant assister à cette fête...


– Je voulais que tu sortes et que tout redevienne comme...


Olivia ne termina pas sa phrase et mordilla ses lèvres. Sue avait le même tic.


– Rien ne sera jamais plus comme avant.


Le regard déçu d’Olivia lui broya le cœur. Sue n’aurait jamais souhaité être une autre personne. Elle était fière de ses origines, de son cœur, de son histoire, de son dragon... Elle ne pouvait plus continuer à mentir à sa grand-mère.


Elle n’effacerait pas ce qu’elle était, ce qu’elle avait sous et dans la peau.


Non, plus rien ne serait jamais plus comme avant.


La guerre était passée par là et Sue ne l’oublierait jamais. Elle n’oublierait jamais que les gens que fréquentait sa grand-mère étaient aussi ceux qui l’avaient traquée lorsque le Seigneur des Ténèbres était au pouvoir.


Olivia caressa les cheveux de sa petite-fille et les remit en place derrière son dos.


– Je suis fière de toi, Sue.


Elle soufflait le chaud et le froid, tout le temps. Sue n’y comprenait rien.


– Il est magnifique, ce tatouage...


C’était si inattendu et étrange.


Sue éclata d’un rire peu élégant, en reniflant bruyamment. Elle s’arrêta immédiatement, prête à recevoir les remontrances de sa grand-mère. Les épaules secouées, les lèvres pincées, elle semblait souffrir.


Mais en fait, elle se retenait juste de rire.


Elles explosèrent toutes les deux en même temps et rirent à gorges déployées, sous le ciel étoilé de ce début du mois de décembre.

Note de fin de chapitre :


 


Pour le prochain chapitre, on se donne rendez-vous sur la lune...

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