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News

127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Sélections du mois


Félicitations à AliceJeanne et TeddyLunard, qui remportent la Sélection Action/Aventure !

Vous voulez revenir dans le Futur ? Lors du mois de novembre c’est possible avec la Sélection Next-Gen ! Vous avez jusqu'au 30 novembre pour lire les 10 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter ici.

Et pour le mois de décembre, le thème et les textes vous attendent déjà avec la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez découvrir ces 12 histoires jusqu’à la fin de l’année et vous pourrez voter à partir de décembre. Pour en savoir plus, rendez-vous ICI !


De L'équipe des Podiums le 01/11/2022 19:00


15ème Échange de Noël


Le traditionnel Échange de fics de Noël est de retour pour sa 15ème édition !



Et cette année, vous pouvez écrire et recevoir : des fanfictions Harry Potter, des histoires originales... mais aussi des fanfictions sur d'autres fandoms ! Envie de nous rejoindre ?


Ça se passe d'ici le 31 octobre sur ce topic du forum HPF !


De L'équipe de modération le 23/10/2022 17:22


126ème Nuit d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 126 édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 21 octobre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De L'équipe des Nuits le 16/10/2022 11:07


Sélections du mois


Félicitations à Fleur d’épine, Ella C, Eejil9 et CacheCoeur, qui remportent la Sélection Femslash !

Vous voulez de l’action ? De l’aventure ? Ce mois de Sélections est fait pour vous ! Le Jury des Aspics vous invite à lire sur ce thème en octobre avec la Sélection Aventure/Action ! Vous avez jusqu'au 31 octobre pour lire les 5 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter par ici.

Et au mois de novembre, partez dans le futur avec la Next-Gen ! Vous avez jusqu’à la fin du mois d'octobre pour nous faire découvrir sur ce thème si vaste vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots. Pour proposer des textes, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news !

Il y a également la Sélection Fanfictions longues pour occuper vos nuits d’insomnies ! Jusqu’au mois de décembre, venez découvrir 12 histoires incroyables ! Pour en savoir plus, rendez-vous ICI.

 

 


De L'équipe des Podiums le 03/10/2022 23:05


Rendez-vous au bon vieux temps par Eanna

[3 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Coucou ! Voici ma participation au concours officiel de l'équipe de Modération (dont je fais partie :mg:), "Les 25 ans de Harry Potter" !

 

La thématique était la suivante :

Votre personnage fête un anniversaire particulier, une date clé qui a de l'importance lui. Ce ne doit pas être l'anniversaire d'un personnage. Votre personnage doit célébrer un évènement. Mais quelque chose d'imprévu trouble la fête... Le dénouement reste bien sûr libre.

Et comme chez les Bleues on aime corser les choses, 3 menus de contraintes étaient proposés, et il fallait piocher une contrainte par menu. Voici celles que j'ai choisies, et mises en gras dans mon texte.

Menu 1 :

1/ Le texte doit comporter une phrase de 25 mots.

Menu 2 :

2/ Avoir une phrase où chaque mot comporte la lettre Y (phrase d'au moins 5 mots).

Menu 3 :

1/ L’anniversaire central dans votre texte est un multiple de 25.

 

Merci à mon amoureux qui m'a non seulement donné l'idée de l'événement à commémorer, mais a en plus passé des heures à m'aider à démêler mes idées, et à relire mon texte ♥

Pardon, pardon pour la longueur de ce texte, je ne vous en voudrai pas si la taille du curseur sur la page vous décourage... J'ai été beaucoup trop inspirée !

Bonne lecture !

Londres, Angleterre

Frank son fils et son épouse Alice, ainsi que Neville son petit-fils et son épouse Hannah, Algie et Enid ses beau-frère et belle-sœur, ont la tristesse de vous faire part du décès d’Augusta Londubat, née Macmillan, survenu le 18 avril 2031, à l’âge de 106 ans.

Une cérémonie d’hommage se tiendra le 25 avril, suivie de l’inhumation au cimetière de Highgate, à Londres. Prière de ne pas utiliser de sortilège lanceur d’étincelles diverses, le vautour empaillé étant hautement inflammable.

 

Quelques timides rayons de soleil se frayaient un chemin à travers les fenêtres de la pièce, un salon hétéroclite encombré de livres, plantes diverses et sous-verres aux armoiries d’équipes de Quidditch du monde entier.

Neville relut pour la énième fois l’avis de décès qui éclipsait tous les autres dans la rubrique nécrologique de la Gazette. La photo animée d’Augusta Londubat toisait ses voisines avec le même air sévère que de son vivant, et Neville avait du mal à en détacher ses yeux. Lui qui pensait que lorsqu’on vieillissait les décès étaient plus faciles à accepter…

Une main douce vint lui caresser la nuque et il posa la sienne dessus, entremêlant ses doigts à ceux de Hannah. Une odeur de thé l’accompagnait. Il vit deux tasses en porcelaine léviter devant ses yeux avant de se poser sur un guéridon dans un tintement délicat.

— Les gens vont sûrement trouver cela étrange que mes parents figurent dans l’avis de décès…

— Bien au contraire, répondit Hannah avant de l’embrasser sur le haut du crâne, là où il commençait à se dégarnir de plus en plus.

Neville acquiesça, sans grande conviction.

Ses parents avaient plus de soixante-dix ans, leur état n’avait quasiment pas changé au cours des années. Ils étaient toujours les deux mêmes fantômes, arpentant leur chambre à Ste Mangouste, le regard vide, le pas de plus en plus lent. Lorsque Neville était allé leur annoncer la mort d’Augusta, sa mère s’était pris la tête dans les mains en se balançant d’avant en arrière pendant quelques instants, et son père avait commencé à se griffer le bras, au point qu’un Médicomage avait dû intervenir avant qu’il ne se blesse sérieusement. Mais avaient-ils vraiment compris de quoi il était question, ou avaient-ils réagi à l’angoisse et à la détresse perceptible de leur fils ?

— Peu importe ce qu’en pensent les gens, Neville, murmura-t-elle en s’asseyant sur le bras du fauteuil en se serrant contre lui. Augusta y tenait, et toi aussi. C’est tout ce qui compte.

Il ferma les yeux pour se couper quelques instants du regard perçant du cliché d’Augusta Londubat, et se laisser envelopper par le parfum de Hannah. Feu de bois et Bièraubeurre, l’arôme familier et chaleureux du Chaudron Baveur. Il la serra dans ses bras.

***

— On pourrait profiter de l’été pour s’occuper de la maison d’Augusta, Neville, tu ne penses pas ?

Le mois de juillet venait de commencer, les cours à Poudlard étaient terminés. Neville avait l’impression d’avoir tout juste posé ses valises, prêt à profiter de son foyer, de son épouse, mais une brève envie de s’enfuir le saisit à cette phrase de Hannah. Il savait à quoi elle faisait référence, dans cette maison. L’image de l’effrayant grenier, où Augusta avait entreposé les biens de Frank et Alice après avoir recueilli Neville, surgit dans son esprit, lui donnant un frisson. Comme s’il venait de traverser un fantôme.

Il était le seul héritier de sa grand-mère, sans grande surprise. Il n’avait éprouvé aucune joie en recevant le testament, et l’annonce de la fortune qui lui revenait. Compte-tenu de l’état de santé de son père, bien que toujours vivant, il était devenu l’héritier direct, celui auquel incombaient toutes les tâches administratives liées à la succession. Celui qui avait dû s’occuper des funérailles. Celui qui devait porter sur ses épaules un fardeau que chez les sorciers on n’endossait en général que bien plus âgé…

— Oui, j’y penserai, murmura-t-il.

Il jeta un rapide coup d’œil à son reflet dans le miroir de l’entrée. Il lui semblait avoir vieilli de dix ans. En voyant ses cheveux blonds parsemés de quelques mèches blanches, il lui vint à l’esprit qu’il finissait enfin par ressembler un peu à son père. Avec un visage un peu plus rond, mais pas de beaucoup.

Il avait traversé la fin de l’année scolaire avec l’impression d’être un spectre. Là, sans y être vraiment. Certains élèves lui avaient présenté leurs condoléances, et il avait été touché. Mais l’étau qui enserrait son cœur, l’oppressait, et lui donnait l’impression d’être écrasé par une chape de plomb chaque matin, lui était toujours là.

***

— Tu n’y penses pas ! Neville, s’il y a bien une chose que le décès de ta grand-mère porte de positif, c’est que tu n’as plus l’obligation de commémorer ce jour abominable…

L’expression de son effarement était parfaitement lisible sur le visage de Hannah, malgré la petite taille du miroir Double-Sens. La pluie crépitait contre les vitres du bureau de Neville, qui s’était assis près du feu pour corriger quelques devoirs d’élèves, avant qu’il ne se souvienne brusquement que l’on était en octobre, que novembre approchait, et avec lui une date absolument fondamentale.

— J’ai failli oublier, comment ai-je pu oublier… marmonnait-il sans vraiment écouter les protestations de Hannah.

Un silence s’installa, seulement brisé par le craquement des bûches dans la cheminée. Hannah finit par soupirer.

— Mon chéri, sois raisonnable… Tu te ferais du mal, tu le sais… supplia-t-elle. Tu m’as toujours dit que tu détestais cette manie de ta grand-mère. Tu n’as plus aucune obligation de t’y soumettre, c’est terminé…

Chaque année, depuis l’année 1981, Augusta Londubat avait tenu à commémorer le jour où Alice et Frank avaient sombré dans la folie, sous la torture du Doloris. Chaque année, depuis qu’il était assez âgé pour s’en souvenir, Neville avait entendu sa grand-mère glorifier ses parents, maudire les Mangemorts responsables de leur état, et ressasser ce souvenir effroyable.

Il avait redouté, détesté ce rituel. Chaque année, l’approche du 6 novembre lui avait donné des sueurs froides, des maux de ventre terribles. Son entrée à Poudlard lui avait au moins permis de ne plus avoir à y participer…

Combien de fois avait-il entendu son grand-oncle Algie et sa grand-tante Enid se disputer avec Augusta à ce sujet, décrivant ce rituel comme « traumatisant », « morbide »… Mais ils n’avaient jamais vraiment réussi à lui tenir tête, aussi bien intentionnés fussent-ils. Alors Neville avait eu droit à ce cérémonial sinistre tous les ans. Même une fois la Guerre terminée, Voldemort tombé, tous les Mangemorts jugés, Augusta Londubat avait persisté dans sa tradition. Et malgré lui, Neville s’était joint à elle pendant ses études, et plus tard quand son emploi du temps de professeur le lui permettait. Une part de lui, enfouie très profondément, avait toujours craint que le jour où ce rituel cesserait, le jour où aucune bougie ne serait allumée pour rendre hommage au courage de ses parents, alors la faible flamme de vie qui les habitait encore s’éteindrait définitivement…

— Ça fera cinquante ans cette année, Hannah, répondit-il simplement.

Il n’eut pas besoin d’en dire davantage. Dans le miroir, les yeux bruns de son épouse se fermèrent un instant, et les traits de son visage se détendirent. Elle acquiesça, l’air décidé.

— Très bien. Mais je pose une condition. Il est hors de question que tu fasses ça seul.

— Je ne veux pas t’imposer…

— Tu ne m’imposeras rien du tout, c’est moi qui tiens à être là, dit-elle d’une voix faussement autoritaire qui le fit sourire. Et je ne serai pas la seule.

***

Le 6 novembre tombait un samedi. Lorsque Neville ouvrit les rideaux, le ciel lui parut plus gris et triste que jamais. Aussi loin qu’il se souvienne, le temps avait toujours été sinistre ce jour-là, comme si les phénomènes météorologiques avaient compris la thématique de la journée… Lorsqu’il était en troisième année, un match de Quidditch avait eu lieu ce jour-là, sous une pluie battante, et Harry avait failli mourir en tombant de son balai…

Lui et Hannah avaient passé la soirée de la veille et la nuit dans la maison d’Augusta. Neville n’y avait pas mis les pieds depuis le 25 avril, jour des funérailles. Il avait quitté Poudlard le ventre noué, espérant presque que le professeur Vector, la toute nouvelle directrice de l’école depuis que le professeur McGonagall avait pris sa retraite, le convoque pour une réunion urgente, ou qu’un problème survienne dans une des serres, l’obligeant à rester. Mais tout s’était parfaitement déroulé…

Hannah s’était empressée de faire apparaitre une belle flambée dans la cheminée du salon, ce qui avait très vite réchauffé l’atmosphère de la grande maison géorgienne. Neville était resté un long moment debout dans le hall, essayant de canaliser toutes les émotions que suscitaient chez lui les sons et les odeurs de la demeure. Le grincement des portes, le craquement du plancher, les murmures des tableaux, le parfum capiteux que portait sa grand-mère et qui avait au fil des années imprégné les meubles, les murs… Il lui semblait absurde d’être là en son absence.

Hannah avait jeté quelques sortilèges dépoussiérants sur les meubles, lui laissant le temps de reprendre ses esprits. Elle était allée préparer du thé, prenant soin de choisir la théière et les tasses qu’utilisait Augusta – et qu’elle surveillait toujours de près lorsque quelqu’un d’autre qu’elle les manipulait –, sachant combien Neville y était attaché. Ils s’étaient ensuite assis en silence dans le salon, au coin du feu.

— Personne ne viendra, avait-il murmuré au bout d’un moment.

— Neville…

Hannah lui avait doucement caressé la nuque avant de l’embrasser au coin des lèvres. Il s’était senti un peu mieux.

 

Harry et Ginny arrivèrent les premiers. Neville ne les avait pas vus depuis plus de cinq ans, depuis que Lily Luna avait fini sa scolarité à Poudlard. Chaque année ils échangeaient des lettres, notamment à la période de Noël, se promettant de se voir très bientôt. Un bientôt qui n’arrivait jamais, car chacun était tantôt en voyage, tantôt à s’occuper d’un parent malade, tantôt trop pris par le travail…

Alors, quand ses deux amis franchirent le seuil de la maison, Neville ne chercha pas à retenir l’élan d’émotion qui le saisit, et les serra dans ses bras.

Harry s’était laissé pousser la barbe ces dernières années, ce qui le vieillissait un peu, d’autant que de nombreux cheveux gris parsemaient désormais sa chevelure noire toujours aussi indisciplinée. Ginny avait pris un peu de poids depuis qu’elle avait arrêté le Quidditch professionnel, elle ressemblait plus à Molly qu’auparavant et Neville trouva cette image rassurante, sans trop pouvoir se l’expliquer.

— Je suis content de vous voir, dit Neville en essayant de ne pas trop céder à l’émotion pour ne pas les embarrasser.

— Nous aussi, Neville, dit Ginny en souriant. C’est une très bonne idée qu’a eue Hannah de tous nous réunir.

— Les vide-greniers, ça a toujours été mon truc, ajouta Harry avec une nonchalance malicieuse.

— Tu commences à faire les mêmes blagues que Ron, soupira Ginny.

— C’est lui qui me les a toutes piquées ! rétorqua Harry sur un ton faussement indigné.

Neville eut l’impression que la chape de plomb qu’il traînait depuis des mois s’allégeait un peu. Ils étaient venus… Leur absence aux funérailles de sa grand-mère lui avait pesé, plus qu’il ne l’aurait pensé. Mais James venait lui-même d’avoir un bébé, ils étaient allés lui rendre visite en Chine, où il vivait désormais. Une touchante coïncidence : ses amis devenaient grands-parents lorsque lui-même perdait sa dernière aïeule. La vie, cet éternel recommencement.

Hermione, Ron et George furent les suivants.

— Nous aurions pu être à l’heure, Ron, si tu avais passé moins de temps à te coiffer, râlait Hermione tandis qu’ils sortaient de la voiture largement cabossée dans laquelle ils avaient visiblement roulé – ou volé ? – et que Ron avait conduite.

— Tant que je pourrai compenser ma perte de cheveux avec ceux qui me restent, je le ferai, je ne veux pas finir avec la même calvitie que Perce !

— Un peu de mon onguent Anti-Crâne d’Œuf et le problème serait réglé, rétorqua George.

— Pour me retrouver avec une tignasse jaune fluo de deux mètres de long ? Merci bien. Non, il suffirait qu’Hermignonne daigne m’appliquer le sortilège de Cheveux Drus…

— Continue à m’appeler Hermignonne, et c’est un sortilège de Crâne Chauve que tu vas recevoir, dit-elle mais le sourire qu’elle peinait à masquer trahissait son amusement.

Elle fut la première à serrer Neville dans ses bras. Son regard était un peu fatigué mais son sourire, sa voix n’avaient pas changé. Même sa chevelure indomptable était restée la même, quoique plus grise que brune désormais. Ron et George lui assénèrent une bourrade amicale, à laquelle il répondit maladroitement en essayant de faire de même, mais il n’avait jamais été bon dans ce genre de démonstration d’affection.

Susan fut la suivante, et les salua tous chaleureusement, tout en restant légèrement en retrait, comme si elle se sentait à l’écart du groupe. Neville l’avait vue plus récemment, c’était la meilleure amie de Hannah et ils étaient partis en voyage ensemble plusieurs fois. Enfin, Luna franchit le seuil de la maison, arborant une longue cape tricotée aux couleurs vives, et ses Lorgnospectres coincées dans sa chevelure blonde qui ne semblait pas avoir vu de peigne depuis un long moment. Sur son visage un peu creusé par l’âge, ses yeux semblaient plus globuleux que jamais, lui donnant un air presque halluciné. Il s’était déjà fait cette réflexion en la revoyant à l’enterrement de sa grand-mère.

— Tu as vieilli, lui dit-elle en le regardant d’un air pensif. En peu de temps.

— J’ai perdu quelques cheveux, oui.

— Non, c’est ton regard qui a vieilli, répliqua-t-elle d’un ton abrupt.

Neville sourit. C’était brutal, mais c’était elle. Et c’était familier, rassurant. C’était presque comme avant.

 

Lorsqu’ils furent tous assis dans le salon, une pinte de Bièraubeurre fumante dans les mains, Neville prit son courage à deux mains et s’éclaircit la gorge. Après une hésitation, il se leva, dos à la cheminée, se faisant la réflexion qu’il était bien plus facile de s’exprimer face à une classe de vingt élèves que devant des adultes, quand bien même ils étaient huit et qu’il les connaissait depuis près de quarante ans. L’assurance qu’il avait acquise au cours de ses nombreuses années d’enseignement lui faisait un peu défaut, en cet instant.

— C’est… c’est très gentil d’être venus…

Il vit Ron ouvrir la bouche, prêt à faire une plaisanterie, mais le regard sévère d’Hermione l’en dissuada, ce dont Neville lui fut reconnaissant.

— Ça me rappelle… les réunions de l’AD, poursuivit-il. Nous étions plus nombreux, et c’était plutôt Harry qui se tenait à ma place, mais ça fait remonter quelques souvenirs.

— Je te rappelle que c’est toi qui as mené la barque pendant toute la dernière année, répondit Harry avec un sourire.

Neville haussa les épaules, embarrassé. Il avait brusquement l’impression d’avoir à nouveau onze, douze, treize ans, d’être pétri de timidité et d’un cruel manque d’assurance. Comme si tout le chemin qu’il avait parcouru au cours de ces années, jusqu’à oser devenir celui qui menait la rébellion contre les Carrow, jusqu’à devenir professeur de Botanique et directeur de la maison Gryffondor, n’avait jamais existé.

Il jouait nerveusement avec sa tasse, évitant les regards de ses amis. Ce fut Hannah qui vint à son secours.

— Comme je vous l’ai expliqué dans les courriers que je vous ai envoyés, nous sommes ici pour faire d’une pierre deux coups. Augusta avait pour tradition de commémorer la date de… du dernier combat de de Frank et Alice, en célébrant leur courage, et leur lutte contre les forces du Mal au sein de l’Ordre.

Neville vit les yeux de Susan briller un peu. Son père aussi avait fait partie de l’Ordre, et elle l’avait perdu lorsqu’elle n’était aussi qu’un bébé. Elle leur avait plusieurs fois parlé, avec l’admiration d’une petite fille, de cet homme, Edgar Bones, dont elle n’avait aucun souvenir.

— Alors je me suis dit que, pour commémorer le combat et le sacrifice de deux Aurors face aux Mangemorts, quoi de mieux que de réunir les membres de l’AD, qui finalement est un petit peu l’héritière de l’Ordre du Phénix ?

— Légalement parlant, ce n’est pas… commença Hermione, mais cette fois ce fut Ron qui l’interrompit en lui pressant la main.

— Évidemment, tout le monde n’a pas pu se libérer… continua Hannah. Mais…

Elle ne termina pas sa phrase. Mais Neville savait que tous avaient compris. Même si revoir tous les membres lui aurait fait plaisir, il avait face à lui ceux qui lui étaient le plus chers. Ceux sans qui l’AD n’aurait jamais pu exister, ni perdurer. La main de Luna, à sa gauche, se glissa dans la sienne, et il lui adressa un sourire tremblant d’émotion.

— Et on peut remercier la vénérable Augusta d’avoir attendu si longtemps avant de passer sa baguette à gauche, sinon on aurait dû se débrouiller pour faire garder les enfants… ou pire, les emmener avec nous ! s’exclama George en levant sa pinte.

— À Augusta, et à Frank et Alice, renchérit Harry en levant sa pinte à son tour, imité par tous les autres.

Le bruit des verres qui s’entrechoquaient fit résonner une ambiance joyeuse et presque festive dans la pièce, ce que Neville n’avait bien sûr jamais connu lors des précédentes commémorations. Et ce brusque changement de ton, contre toute attente, lui plut beaucoup.

— Et quel est le deuxième coup dont tu parlais, Hannah ? demanda Ron après une grande gorgée de Bièraubeurre.

— Eh bien, cela fait cinquante ans que les affaires de Frank et Alice sont entreposées dans cette maison, au grenier, sans que personne n’ose y toucher. Et maintenant qu’Augusta n’est plus de ce monde… et en ce jour symbolique… c’est je pense l’occasion de les mettre au jour et que Neville puisse en faire ce qui lui plaira.

— Cette maison est pleine de tellement de souvenirs… soupira Harry. Tu vas la vendre ?

— Je ne sais pas. Mais je ne veux pas y vivre, répondit Neville.

Il croisa le regard de Harry, qui hocha la tête, lui montrant qu’il comprenait. Il n’était jamais allé vivre au 12, Square Grimmaurd, bien que Sirius lui ait légué la maison. Il avait vidé la maison, en avait enlevé toute trace de vie de la famille que Sirius avait tant haïe (sa chambre étant la seule pièce qu’il ait laissée intacte), et s’y étaient succédé James, Albus et Lily quand ils avaient eu besoin d’indépendance en grandissant, avant de trouver un autre logement. Neville le soupçonnait de redouter le départ de Lily, qui sonnerait la fin de l’utilité de cette maison.

— L’essentiel de leurs affaires a été entreposé au grenier, reprit Hannah. Mais il doit y en avoir dans d’autres pièces, dans la chambre d’Augusta notamment. Elle a dû garder beaucoup de biens ayant appartenus à son fils…

— Cachés au milieu des magnifiques chapeaux… ajouta Ron.

— … et des sacs à main d’un goût certain, compléta George.

— J’aimais bien ses sacs à main, ils avaient de belles couleurs, répondit distraitement Luna. Un peu unis à mon goût, mais en les retouchant légèrement, avec quelques créations en crochet…

Le salon s’emplit peu à peu de rires, de discussions enjouées, de plaisanteries. Neville se demandait si cette pièce avait un jour connu autant de gaieté. Il avait grandi dans cette maison austère, à laquelle il attachait des souvenirs heureux bien sûr, mais tellement, tellement de tristesse et d’amertume… Il était étrange de penser que la grande demeure géorgienne n’avait jamais été plus vivante que depuis le décès de sa propriétaire.

Il essaya de visualiser la pièce décorée autrement. De remplacer mentalement les animaux mal naturalisés par des plantes aux couleurs chatoyantes, les papiers peints sombres par de la peinture claire, les portraits sévères par des photos d’amis, de membres de la famille… Dans quel environnement aurait-il grandi, si ses parents l’avaient élevé ? Enid les lui avait souvent décrits comme un couple très enjoué, plein de vie, débordants de gentillesse, d’amour à donner… C’était une question qu’il se posait de moins en moins, au fil des années, mais en ce jour elle revenait tourner dans son esprit plus fort que jamais.

Hermione se leva, l’air décidé, un carnet et une plume autoencreur dans les mains.

— Bon ! Je propose de se répartir les pièces, et de s’organiser. Personne n’y voit d’objection ?

— Personne ne manque d’instinct de survie au point de te contredire sur ce sujet, ma chérie, répondit Ron avec un sourire.

Hermione leva les yeux au ciel, et se lança dans la répartition des tâches. Il y avait quelque chose de rassurant et de tendrement familier à la voir prendre la tête des opérations.

Quelques minutes plus tard, ils se séparèrent en groupes de deux ou trois et montèrent dans les étages. Accompagné de Luna, Neville ouvrit la porte de la chambre de sa grand-mère, dans laquelle il n’avait quasiment jamais pénétré. Au-dessus de leurs têtes, les pas de Hannah et Susan au grenier firent grincer le plancher.

Luna écarta les rideaux d’un coup de baguette, soulevant un nuage de poussière. Elle ouvrit la fenêtre, et le murmure lointain du quartier de Bloomsbury leur parvint. Ses Lorgnospectres sur le nez, elle hocha la tête l’air satisfaite.

— Voilà, les Joncheruines nous laisseront tranquilles pour quelques instants, au moins.

C’était peut-être la seule créature fantasque dont elle parlait encore, depuis la mort de son père. Il n’était plus jamais question de Ronflaks Cornus ou de Nargoles. Peut-être que les nombreuses recherches en vain qu’elle et Rolf avaient menées pour prouver leur existence y étaient pour quelque chose.

— Je n’aime pas l’énergie de cette pièce, marmonna-t-elle en balayant les murs de sa baguette magique.

Il n’était pas nécessaire d’avoir la sensibilité de Luna pour se sentir mal à l’aise dans cette chambre. Les très nombreuses photos animées de Frank, de Frank et Alice, de son défunt mari Ashton, de Neville, auraient pu créer une impression de foyer aimant, chaleureux, mais la pièce ressemblait davantage à un mausolée qu’à la chambre d’une grand-mère pleine de tendre affection pour son fils et son petit-fils. Son œil fut attiré par un objet familier dans une petite vitrine. Son ancienne baguette, celle qu’il avait hérité de son père et avait utilisé pendant cinq ans avant d’en avoir enfin une à lui. Voilà donc où Augusta l’avait rangée, parmi les autres reliques.

Le grand lit à baldaquin, encadré de rideaux couleur vieux rose, semblait n’avoir jamais été occupé. Comme si Augusta avait hanté cette maison, sans y vivre vraiment.

Lui qui n’avait pas d’enfant essaya d’imaginer comment il aurait vécu de se retrouver à élever le bébé de très proches amis décédés brutalement. Toute sa vie et celle de Hannah aurait été bouleversée, ils auraient eu à la repenser entièrement, adapter leur environnement à ce nouvel arrivant… Ici, rien n’indiquait qu’un petit garçon avait grandi, joué, ri et pleuré. C’était la maison d’une vieille dame qui, à près de soixante ans, avait dans la même journée perdu son fils et recueilli son petit-fils pour l’élever. La maison avait toujours été habitée par la tragédie, appuyée chaque année par ce rituel qu’elle perpétuait.

Il entendait les voix de ses amis dans les pièces voisines, le bruit de tiroirs, d’armoires que l’on ouvre, de livres qu’on feuillette… Parfois la voix lointaine d’un portrait ancestral indigné retentissait, enjoignant les intrus à un peu plus de soin et de méthode. Lorsque Neville passa devant le miroir de la coiffeuse de sa grand-mère, celui-ci émit un murmure désapprobateur au sujet de ses vêtements mal assortis, et il sourit.

Soudain, un grand fracas retentit au-dessus de leurs têtes, venant du grenier. L’épaisseur de plancher empêchait de distinguer les paroles, mais les voix de Susan et Hannah leur parvinrent, à un volume qui inquiéta Neville.

— Tout va bien ? appela-t-il en sortant de la pièce.

Aussitôt, les éclats de voix se changèrent en murmures. Il croisa le regard d’Hermione, sortie sur le palier, qui semblait également circonspecte. Alors sans attendre de réponse, il grimpa les marches quatre à quatre jusqu’au grenier – dérangeant au passage quelques araignées dont la taille laissait penser qu’elles étaient aussi vieilles que la maison.

Il n’était quasiment jamais monté au grenier. L’obscurité, l’escalier poussiéreux et grinçant, l’avaient terrifié toute son enfance. D’ailleurs, sa grand-mère le lui avait toujours formellement défendu. Pourtant, une fois, il s’y était risqué, bravant l’interdiction. Un rai de lumière passant entre deux tuiles ébréchées lui avait permis d’embrasser la sombre pièce du regard, et y distinguer les amoncellements de malles, de meubles, de cartons… Il avait eu le temps d’apercevoir l’inscription « Vêtements Alice » sur l’une des malles avant que sa grand-mère ne l’appelle depuis l’étage inférieur. Elle lui avait passé un tel savon en le voyant redescendre qu’il n’était plus jamais remonté. C’est en y repensant, plus âgé, qu’il avait compris que sa grand-mère avait entreposé là-haut toutes les affaires de ses parents, qu’elle avait récupérées après leur hospitalisation. Et qu’elle n’y avait plus jamais touché…

— Il y a un problème ? demanda-t-il en reprenant son souffle.

Hannah et Susan avaient fait léviter dans la pièce de petites sphères lumineuses pour s’éclairer, et il les vit agenouillées près d’un carton, des papiers éparpillés entre elles.

— Ce n’est rien, Neville, répondit Hannah d’une voix trop empressée. Rien du tout…

Susan tourna vivement les yeux vers lui et il eut le temps de les voir briller avant qu’elle ne détourne le regard. Neville s’approcha d’un pas lent, malgré les gestes dissuasifs de Hannah. Entre les mains tremblantes de Susan, il distingua très clairement une lettre, sans réussir à en lire le contenu. Par terre, il y en avait encore d’autres, et un ruban défait qui les avait sûrement tenues ensemble toutes ces années.

Un « Ma chère Alice » en haut d’une missive attira son attention, et il se baissa pour lire, sans oser toucher le papier.

— C’est une lettre de mon père, murmura-t-il presque pour lui-même.

— Toute la correspondance amoureuse de tes parents, répondit Hannah avec un faible sourire. Nous voulions en lire quelques-unes… Tu me connais, un peu d’eau de rose et on ne m’arrête plus…

Elle était trop embarrassée, il ne la reconnaissait pas. Elle savait pourtant que, comme elle, il avait toujours versé des torrents de larmes en lisant de belles histoires d’amour, même encore maintenant. Elle devait savoir qu’il ne lui en voudrait pas d’avoir voulu lire quelques lettres de ses parents, sur lesquelles il se serait lui-même précipité s’il les avait trouvées…

— Et nous avons trouvé ça, coupa Susan d’une voix blanche en lui tendant la missive froissée d’avoir été serrée entre ses doigts crispés.

 

Imogen,

Je ne sais pas comment tourner cette lettre, et je suis dévastée d’avoir à t’écrire ces mots. Je sais dans quelle détresse tu es, combien ta peine est grande, et je sais que cette lettre ne te réconfortera pas. Je n’attends pas que tu nous pardonnes, à Frank et moi, pour ce que je vais t’apprendre. Et nous avons longuement hésité à t’en parler, mais il me parait essentiel que tu saches la vérité.

Il y a quelques semaines, nous avons été envoyés, Frank et moi, en mission confidentielle. Aucun membre de l’Ordre n’était au courant, et pour cause, Dumbledore soupçonnait la présence d’un agent double dans nos rangs. Notre enquête, nos observations, nous ont appris que cet agent double était Edgar. Frank n’a pas voulu le croire, et moi non plus, mais tous les éléments se recoupaient, et nous en avons eu la confirmation lorsque nous l’avons pris en filature, et vu interagir avec des Mangemorts.

La nuit où Edgar est mort, il s’apprêtait à révéler une information de la plus haute importance aux Mangemorts, qui aurait compromis plusieurs membres de l’Ordre et causé leur mort. Nous avons tenté de l’arrêter, mais il nous a combattus, et c’est ce combat qui a causé sa mort. Edgar n’a pas été assassiné par les Mangemorts, c’est nous qui sommes responsables de sa mort. Frank et moi refusons de te cacher la vérité, et nous souhaitons te laisser la possibilité de nous pardonner, ou de nous haïr et de nous rayer de ta vie si tu le veux.

Edgar était notre ami, et en dépit de sa trahison nous ne nous pardonnons pas sa mort. Nous pensons à toi, à la petite Susan qui n’a que quelques semaines de moins que Neville. Nous ne pourrons jamais assez nous excuser pour le chagrin que nous t’avons causé.

Augusta est au courant. Nous n’avons pas pu le lui cacher, elle gardait Neville ce soir-là et a tout de suite compris que quelque chose n’allait pas quand nous sommes rentrés. Frank lui a tout raconté, en lui faisant promettre de ne rien dire. J’ai confiance en elle.

Personne n’est au courant de ce qui s’est passé, pas même Dumbledore. La version officielle de la mort d’Edgar ne sera pas changée.

Nous espérons que tu pourras nous pardonner, mais nous n’y arrivons pas nous-mêmes.

Bien à toi, sincèrement,

Alice

 

Neville eut brusquement l’impression qu’un essaim de Joncheruines bourdonnait à ses oreilles, et tous les sons lui parurent soudain très lointains. Il gardait les yeux rivés sur la signature de sa mère, au bas de cette lettre qui faisait de ses parents les meurtriers du père de Susan.

Des grincements, des bruits de pas, des voix lui parvinrent à mesure qu’il reprenait un peu ses esprits. Les autres les avaient rejoints au grenier, et il sentit qu’on lui prenait la lettre des mains. Le parfum de Hannah l’enveloppa et acheva de le faire revenir à lui.

— Tu étais au courant ? lui demanda-t-elle.

Neville secoua la tête. Il n’avait jamais ouvert ces cartons, jamais consulté ces lettres. En cinquante ans, il n’avait jamais pris connaissance des affaires de ses parents, stockées ici dans l’attente de… de quoi, d’ailleurs ? Rien. Augusta avait gardé tout ce qui avait appartenu à son fils et son épouse, sans intention de partager ces souvenirs avec lui. Ou peut-être en avait-elle eu l’intention, à une époque, mais elle n’y était jamais parvenue. Et lui-même n’en trouvait le courage que maintenant, incapable cependant de le faire seul.

— Susan, je… commença-t-il.

— Je vais aller prendre l’air, le coupa-t-elle, blême, la voix tremblante.

Elle dévala les escaliers d’un pas rapide, et il l’entendit étouffer un sanglot à l’étage inférieur.

— Vas-y Hannah, dit doucement Hermione. On reste là.

Après que Neville lui eut signifié que tout irait bien et que Susan avait plus besoin d’elle que lui, elle descendit à son tour. Hermione s’assit à côté de lui, et Ron s’approcha pour ramasser la lettre qu’Hannah avait laissé tomber.

— Ron, enfin ! souffla-t-elle.

— Non, c’est bon, dit Neville. Vous pouvez lire.

Le silence se fit dans le grenier lorsque tous se regroupèrent autour de Ron, baguettes éclairées, pour prendre connaissance du contenu de la lettre. Seules quelques exclamations étouffées ponctuaient leur lecture. Neville devinait sans mal à quoi elles étaient dues.

— C’est… tu es sûr que ça vient bien de ta… mère ? demanda Ron au bout d’un moment. Je veux dire… on ne connait pas son écriture, ça pourrait être… un faux ?

Ginny se pencha vers le tas de lettres par terre et en sortit une après avoir fouillé quelques secondes.

— C’est facile à comparer, dit-elle. Regarde, le tracé des lettres… les « m » sont les mêmes, et les « b » aussi…

Neville les laissa vérifier, sans y porter d’intérêt. Il n’y avait aucune raison que ce soit un faux, c’était dans les affaires de ses parents, qui n’avaient jamais été ouvertes par Augusta, par personne. Ce qu’il ne comprenait pas, c’était la présence de cette lettre adressée à la mère de Susan. N’avait-elle jamais été envoyée ?

— Ça fiche un coup… marmonna George.

— Mais… ce n’est pas comme si c’était rare, quand on était membre de l’Ordre… tenta Hermione. Enfin, je veux dire, les parents de Harry ont sûrement eux aussi eu à…

— Très certainement, répondit calmement Harry pour lui épargner d’avoir à finir sa phrase. C’était eux ou les Mangemorts, après tout.

Neville se mit debout, péniblement, grimaçant lorsque son genou craqua. Son corps lui sembla avoir vieilli d’un seul coup.

— Peut-être que ce n’est pas vrai ? tenta Luna. Peut-être que c’est une lettre destinée à faire diversion ? Edgar Bones n’était peut-être pas du tout le coupable à chercher, et ils veulent faire croire qu’ils pensent avoir résolu leur affaire, pour faire baisser la méfiance de…

— Je ne pense pas qu’Alice aurait envoyé une telle lettre à la mère de Susan si tout n’était qu’un mensonge, l’interrompit Hermione que Neville sentit un brin agacée. Ça aurait été très cruel de sa part.

Il y eut de nouveau un silence lourd.

— Que fait la lettre dans leurs affaires, si elle était destinée à Imogen Bones ? réussit à formuler Neville. Pourquoi ne l’auraient-ils jamais envoyée ? On n’écrit pas une lettre comme ça pour rien, ça n’a pas de sens.

— Sauf pour… enfin peut-être… tenta Ron. J’ai le plus grand respect pour tes parents Neville mais… peut-être pour laver leur conscience ? Mais sans faire aboutir la démarche ?

— Ron ! s’exclama Hermione d’une voix outrée.

— Je ne les blâme pas ! Je ne sais pas du tout ce que j’aurais fait si à leur âge j’avais dû me battre contre un de mes amis et le tuer…

Neville ne répondit pas. Il aurait probablement dû s’insurger des soupçons de Ron, en ce jour symbolique. Il aurait probablement dû tempêter, défendre ses parents, préserver leur image de héros sans défauts avec laquelle il avait grandi. Mais il y avait cette lettre.

— Qui nous dit que c’était de la légitime défense ?

Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que cette question, c’était lui qui venait de la poser, à haute voix. Tout se bousculait tellement dans sa tête qu’il avait formulé de manière intelligible le plus terrible des questionnements qui lui torturaient l’esprit.

— Oh, Neville… dit Hermione avec tant de chagrin dans la voix qu’il s’en voulut tout de suite. Tu ne penses pas ce que tu dis…

— Je propose qu’on descende au salon, coupa George fermement. On étouffe ici, on aura les idées plus claires en bas.

Ils acquiescèrent tous, et Neville descendit les escaliers à leur suite avec l’impression de se voir de l’extérieur, comme s’il n’accomplissait pas consciemment ses gestes. Il se laissa tomber dans un fauteuil, près du feu, et entendit que de l’on faisait chauffer de l’eau. Il observa sans les voir les tasses se remplir de thé, et lorsqu’on lui tendit la sienne, il la prit mais la lâcha aussitôt et elle se brisa sur le sol.

— Mince, désolé, marmonna Harry, je pensais que tu la tenais.

Ginny, voyant Harry ennuyé, essuya, nettoya, balaya. D’un coup de baguette, le tapis d’Orient était propre comme un sous-neuf, il n’y paraissait plus. Mais le bref incident avait au moins eu le mérite de sortir Neville de sa torpeur.

— Où est Hannah ? demanda-t-il aussitôt.

— Dehors, sur les marches du perron, avec Susan, répondit Ginny.

Il hocha vaguement la tête, puis se la prit dans les mains. Une main se posa sur son épaule, celle de Harry peut-être.

— Neville, tu n’as rien à te reprocher, lui dit une voix douce – c’était Luna.

— Susan n’a aucune raison de t’en vouloir, elle sait très bien que tu n’y es pour rien, renchérit Hermione. Pour l’amour du ciel, tu n’es pas responsable de ce qu’ont fait tes parents !

— Et puis, tu n’étais pas au courant, ce n’est pas comme si tu lui avais caché la vérité pendant toutes ces années, ajouta Ron.

Sur la cheminée, l’horloge sonna quinze heures avec dix minutes de retard, projetant au passage quelques étincelles rouges et vertes. Neville se souvint du Noël où son oncle Algie avait voulu la remettre à l’heure d’un coup de baguette, et non seulement n’y était jamais parvenu mais lui avait ajouté ces projections d’étincelles qui avaient manqué plusieurs fois mettre le feu aux fauteuils.

— Je crois qu’une part de moi était toujours partie du principe que mes parents, même en étant Aurors, n’étaient jamais allés jusqu’à tuer, murmura-t-il. Mais il faut reconnaitre que… c’était improbable.

Il but une gorgée de thé, la chaleur dans sa gorge lui fit du bien. Les circonstances auraient sûrement appelé une boisson plus forte, mais il tenait à garder les idées claires – et n’avait jamais beaucoup aimé le goût du Whisky Pur-Feu.

— Je ne pensais pas que la journée tournerait comme ça… continua-t-il. Je ne sais pas ce que je m’attendais à trouver dans ces affaires.

— Uniquement des choses positives, qui auraient confirmé toute l’aura dont les a entourés ta grand-mère, répondit Harry. Jusqu’au moment où tu te rends compte que c’étaient certes des gens bien, mais surtout des êtres humains, loin d’être infaillibles. Même s’il est mort en héros, mon père était un imbécile quand il était à Poudlard. Pourtant, même en sachant ça, j’ai toujours ressenti de la fierté quand on me disait que je lui ressemblais. Va comprendre…

Le bruit d’un claquement de porte retentit dans l’entrée, et un vent glacial s’engouffra dans le salon, vite contré par la chaleur de la cheminée. Quelques instants après, Hannah les rejoignit, suivie d’une Susan au pas hésitant et aux yeux rougis. Elle fixait un des tableaux au mur sans réellement le voir, comme pour éviter d’avoir à croiser leurs regards.

— Il y a du thé, leur dit Ginny en réchauffant leurs tasses d’un coup de baguette.

Susan s’assit dans le canapé, à coté de Hannah qui posa sa main sur son genou. Elle cessa finalement de fixer des points invisibles, et Neville croisa son regard. Il était incapable de trouver les mots justes à lui adresser. Un « Je suis désolé » n’aurait aucun sens, Ron avait raison, ce n’était pas comme s’il lui avait caché cela toutes ces années.

Seuls résonnaient dans la pièce le tic-tac de l’horloge et le crépitement du feu dans la cheminée. Un toussotement embarrassé s’y ajoutait parfois, mais sans qu’une discussion n’en découle. Finalement, Ginny se leva, et lança d’une voix trop légère pour être naturelle :

— Bien, moi j’y retourne, il nous reste du travail ! Je ne désespère pas de trouver une malle remplie de Gallions, j’en mettrai quelques-uns dans mes poches, personne ne verra la différence !

Sa tentative de plaisanterie fut accueillie par des sourires un peu gênés, puis Ron et George se levèrent à leur tour, comme pour la suivre.

— Mon père n’était pas un Mangemort.

La voix de Susan, tremblante, jeta un froid dans la pièce.

— Personne n’a dit ça… tenta Hermione.

— C’est ce que prétend cette lettre, rétorqua Susan, plus fermement, mais le regard rivé sur sa tasse.

Le verbe « prétendre » donna la nausée à Neville. Il détestait la direction que prenait cette discussion. Hannah lui lança un regard désespéré, comme pour lui faire comprendre qu’elle avait longuement essayé de raisonner Susan.

— Je ne sais pas quoi en penser moi-même, répondit Neville.

— Jamais ma mère ne m’a parlé de ça.

— Elle n’était pas au courant… risqua Hannah. Tu as lu la lettre, Alice comptait le lui apprendre.

— Mais elle ne l’a pas fait. Elle ne l’a lui a visiblement jamais envoyée. On ne peut pas exclure le fait que… qu’elle se soit rendu compte de son erreur juste à temps.

— De son erreur ?

Neville avait répété ces trois mots, sonné. Il était abasourdi, mais pas par l’hypothèse de Susan, qui mettait en doute l’intégrité d’Alice et Frank. Non, par le fait que, à mesure que l’après-midi avançait, cette hypothèse lui traversait à lui aussi l’esprit de plus en plus souvent. Et si ses parents avaient cru démasquer l’espion, mais s’étaient trompés ? Et s’ils avaient abattu Edgar Bones par erreur, avant de se rendre compte que ses entrevues avec les Mangemorts dont parlait Alice étaient une stratégie pour leur soutirer des informations ?

— Tu sais ce que je veux dire, Neville, répondit Susan, des larmes dans la voix. Et tu ne peux pas me reprocher d’y penser. Mon père était un Auror… un membre de l’Ordre, un héros… Qu’est-ce que tu voudrais faire maintenant ? Transmettre cette lettre au ministère ? Faire disparaitre son nom des plaques commémoratives, lui retirer son Ordre de Merlin posthume ?

— Personne n’a dit ça ! répéta Hermione avec plus de véhémence. Ce n’est pas le moment de commencer à se soupçonner des pires intentions.

Susan ne lutta pas, mais des larmes roulèrent sur ses joues, tombant dans son thé. Neville eut l’impression que son cœur se brisait. Ses amis étaient venus l’aider à faire le deuil de sa grand-mère, l’aider à prendre connaissance d’un passé qu’il avait désiré et redouté toute sa vie… Et finalement, cette commémoration se révélait aussi triste et sinistre que ce qu’il avait toujours connu. Dehors, la pluie battait contre les carreaux depuis maintenant deux heures, et si l’horloge n’avait pas sonné quinze heures un peu plus tôt, l’obscurité aurait pu laisser penser qu’on était en début de soirée.

George prit alors la parole :

— Je crois que si je découvrais aujourd’hui des documents montrant que Fred avait essayé de trahir l’Ordre, je refuserais d’y croire.

— Et si j’apprenais que ma mère était une adepte de la magie noire avant sa mort, je ne l’accepterais pas non plus, renchérit Luna.

Susan releva les yeux et les regarda, l’air complètement perdue.

— On ne renonce pas si facilement à ses héros, renchérit Harry. Et jamais complètement. Je n’ai jamais complètement accepté la vérité sur les manipulations de Dumbledore, même si j’en ai eu toutes les preuves sous les yeux. Alors je n’ose pas imaginer ce que je ressentirais si j’apprenais, après avoir été jusqu’à donner leurs noms à mes enfants, que mes parents avaient tenté de trahir ce pour quoi ils se battaient.

Ginny glissa sa main dans la sienne et la pressa fortement.

— Nous ne connaitrons jamais la vérité, dit Neville. Tous ceux et celles qui auraient pu nous éclairer ne sont plus en mesure de le faire.

Susan tourna vivement la tête vers lui, fébrile.

— Mes parents… ma grand-mère… ton père… énuméra-t-il lentement.

— La mère de Susan pourrait… commença Hermione.

— Elle ne savait rien, la coupa Neville. La lettre de ma mère est très claire, et comme elle n’a jamais été envoyée… Imogen a vécu dans l’ignorance de ce qui s’est produit, si cela s’est produit. Et il est hors de question d’éveiller des soupçons chez elle maintenant.

Il osa croiser le regard de Susan, et la reconnaissance qu’il y lut, entre les larmes, le fit se sentir un peu moins minable.

— À quoi bon remuer un passé aussi incertain ? murmura-t-il. Si on en croit la lettre de ma mère, Edgar, s’il était agent double, n’a jamais eu le temps de passer à l’acte, et de divulguer des informations ou de mettre des vies en danger. Il n’y a personne à qui offrir réparation d’un crime qu’il aurait commis.

Il baissa les yeux sur la lettre d’Alice, ses yeux accrochant quelques mots. « Trahison ». « Mort ». « Pardonner ».

— Même ma grand-mère, qui était visiblement au courant, a gardé le secret. Croyez-moi, si elle avait voulu que ça se sache, tout le monde l’aurait su.

Quelques sourires accueillirent ses derniers mots.

— Et ce ne serait pas honnête de ma part de ne pas reconnaitre qu’il m’est aussi très difficile de savoir mes parents responsables de la mort de quelqu’un. D’un de leurs amis. Même si, selon cette lettre, ils ne faisaient que leur devoir, je ne peux pas nier avoir envisagé l’hypothèse de Susan.

— Alice semble si sûre d’elle… tenta Hermione.

— Mais nous n’avons qu’une seule pièce à conviction, répondit calmement Neville. Et toi plus que quiconque ici, tu sais à combien il est important d’avoir des preuves solides à apporter lors d’une accusation. On ne peut pas faire reposer un jugement sur une lettre et des intuitions.

Et Hermione acquiesça, signe qu’elle rendait les armes. Son besoin de résoudre les problèmes qu’elle rencontrait devait céder la place à la nécessité de ne pas rouvrir des plaies difficilement cicatrisées, Neville savait combien c’était difficile pour elle et lui fut reconnaissant de s’être inclinée.

— Je pense que nous sommes tous d’accord ? ajouta-t-il.

Il ne fut pas surpris de les voir tous hocher la tête, mais n’en fut pas moins incroyablement soulagé. Alors, d’un geste rapide, il pointa sa baguette sur le parchemin, et murmura :

Evanesco.

Et la lettre disparut aussitôt, dans un léger bruissement et une volute de fumée qui se dissipa très vite.

Comme s’il ne s’était rien passé.

Comme si rien n’était venu troubler leurs retrouvailles, et mettre à mal les liens qui les unissaient. Comme s’ils avaient simplement fait une petite pause avant de reprendre leur exploration de la maison. Comme s’ils étaient assis au coin du feu, autour d’un thé, à discuter comme au bon vieux temps.

L’horloge sonna seize heures – George évita de justesse une gerbe d’étincelles rouges.

— Qu’est-ce qu’on fait si on trouve d’autres documents de ce type en rangeant ? demanda Hermione.

— On les met de côté, et on en parlera une fois que tout aura été découvert, répondit Harry. Mieux vaut consulter en une fois le plus de documents possible, qui pourront se confirmer ou se contredire les uns les autres, plutôt que de s’alarmer autour d’un seul.

Personne ne trouva à redire à cette solution. Alors Ginny se leva à nouveau, et cette fois ils l’imitèrent tous, prêts à reprendre leur exploration de la maison. Neville et Susan furent les derniers à sortir du salon.

— Merci Neville, dit-elle d’une voix encore tremblante alors qu’ils montaient l’escalier.

— Nous avions tout à perdre, rien à gagner, dans cette histoire.

— J’aurai du mal à me défaire de l’idée que mon père était un héros de guerre. J’ai toujours vécu avec cette histoire, ma mère, ma tante Amelia en parlaient avec tellement d’admiration…

— Et rien ne prouve concrètement le contraire, répondit Neville en posant sa main sur son épaule. Nous n’en reparlerons plus jamais, si tu y tiens.

Susan lui sourit tristement, et ils se séparèrent une fois sur le palier, Neville rejoignant Luna dans la chambre de sa grand-mère. Il remarqua que Susan ne remontait pas au grenier, mais avait choisi le bureau de son grand-père, avec Hermione. La voix de Luna et celle de Harry lui parvinrent, venant des combles et il sourit. Si c’était eux qui étaient montés au grenier dès le début, qui avaient trouvé la lettre… Eux qui, très jeunes, avaient vu leurs héros faillir et avaient appris à composer avec des souvenirs entachés. Le père de Luna, Dumbledore…

Ils auraient su quoi faire.

 

La pluie s’était transformée en fine bruine au fil du week-end, et le dimanche soir venu elle avait cessé de tomber. La nuit avait été courte, et force était de constater que dormir sur des lits de camps ou des canapés n’était pas aussi facile à cinquante ans qu’à quinze ans. Mais cela avait un peu rappelé aux ns l’aménagement de la Salle sur Demande, l’année de la bataille de Poudlard, lorsqu’elle était devenue le QG permanent de l’AD, aux autres les nuits dans la tente magique qu’ils avaient empruntée (et malheureusement perdue) à Mr Weasley lors de cette même année de cavale.

Aucun autre document compromettant ne refit surface. Neville savait qu’il aurait désormais le courage de prendre plus ample connaissance des biens de ses parents, certain qu’il ne tomberait pas sur quoique ce soit susceptible de briser l’image qu’il s’était forgée d’eux dans leur jeunesse.

Il lui fut difficile de dire au revoir à tous ses amis. Bien sûr qu’ils se promirent de se revoir plus souvent, mais ils étaient tous et toutes conscients que c’était toujours plus compliqué que ce qu’on s’imaginait. « Vivement la retraite ! » avait plaisanté Ron.

Lorsque la grande demeure géorgienne fut redevenue silencieuse, Hannah et lui s’assirent dans le canapé, l’un contre l’autre.

— Comment tu te sens ? lui demanda Hannah.

Neville haussa les épaules. Il avait tant redouté de revenir dans cette maison, craignant de se confronter à l’absence de sa grand-mère, à sa mort. Mais après ces deux jours, après ces retrouvailles, ces discussions, ces découvertes autour de ses parents – il sourit en songeant aux journaux intimes de la petite Alice de onze ans qui découvrait Poudlard et tombait amoureuse toutes les semaines d’une nouvelle personne –, la demeure semblait emplie d’un nouveau souffle de vie, de nouveaux souvenirs, infiniment plus chaleureux que ceux qu’il y associait jusque-là. La chape de plomb ne pesait guère plus lourd que de la peau de dragon.

— Beaucoup plus serein, répondit-il avant d’embrasser Hannah.

***

17 janvier 1981

Susan venait de s’endormir au moment où une chouette effraie se posa sur le rebord de la fenêtre et toqua à la vitre. Amelia Bones se précipita pour ouvrir avant que cela ne réveille le bébé. Elle tendit l’oreille et vérifia que rien ne bougeait non plus dans la pièce voisine. Les sanglots d’Imogen s’étaient taris, et Amelia espéra qu’elle s’était enfin assoupie.

La mort d’Edgar une semaine plus tôt avait fortement affecté Amelia, mais c’était peu de chose comparé à l’état d’Imogen. Lorsqu’elle avait compris à quel point sa belle-sœur était accablée par sa perte, Amelia était venue s’installer chez elle pour s’occuper de Susan et veiller à ce qu’Imogen s’alimente. Elle avait également pris en charge toute l’organisation des obsèques de son frère, sollicitant plus que jamais son esprit méthodique et sa capacité à compartimenter les émotions.

La chouette effraie lui tendit une lettre, adressée à Imogen. Amelia reconnut le sceau des Londubat. Une autre lettre de condoléances, se dit-elle en soupirant avant d’ouvrir l’enveloppe pour vérifier qu’il s’agissait bien de cela, et le mettre de côté pour sa belle-sœur, dans l’attente de son rétablissement.

Mais elle retint son souffle à la lecture de la lettre. Les déclarations d’Alice Londubat quant à la mort d’Edgar, la mention de sa trahison… Elle faillit réduire la lettre en cendres, horrifiée à l’idée qu’Imogen tombe dessus par mégarde, mais se ravisa.

Amelia fit signe à la chouette d’attendre un moment, prit une enveloppe vierge, du papier et une plume. Elle glissa la lettre d’Alice dans cette nouvelle enveloppe, et se mit à écrire à son tour. Puis elle confia à la chouette la nouvelle enveloppe contenant deux lettres adressées à Alice Londubat, et la regarda s’éloigner dans la lumière matinale.

Il faudrait qu’Imogen apprenne un jour ou l’autre la vérité. Il faudrait qu’un jour justice soit faite, et que la glorieuse mort d’Edgar soit démentie. Mais pas aujourd’hui.

 

7 novembre 2031

Luna inspira avec bonheur l’air chargé d’humus de la forêt qui bordait la maison des Scamander, où elle venait de transplaner. Il y avait longtemps que Lorcan et Lysander avaient déménagé, pourtant elle s’attendait toujours à entendre leurs cris et leurs rires en arrivant. Une odeur de poisson un peu trop cuit lui parvint – Rolf avait encore failli brûler la tourte de Boullu.

Elle resta immobile quelques instants, à l’orée du bois, dissimulée par les feuillages de taillis. Puis elle fouilla dans la poche intérieure de sa cape, et en sortit une enveloppe. Elle relut l’adresse du destinataire, pensive. Alice Londubat. Le sceau qui la cachetait avait été brisé il y a longtemps, mais on y distinguait encore la lettre B.

Luna sortit la lettre qu’elle contenait et la relut, plus lentement que lorsqu’elle était tombée dessus en rangeant le reste de la correspondance des parents de Neville.

 

Alice,

Imogen est en état de choc depuis la mort d’Edgar. Je me suis installée quelques temps chez elle pour l’aider avec Susan, et je m’assure que rien ne vienne aggraver son état. C’est la raison pour laquelle je te retourne cette lettre, après l’avoir lue. Je n’ai pas voulu la détruire, tu es libre de la lui renvoyer lorsqu’elle ira mieux et sera capable d’encaisser cette information.

La mort de mon frère m’attriste, mais ta lettre confirme malheureusement les soupçons que je commençais à nourrir. Frank et toi avez fait ce qui était juste.

J’ai confiance en Augusta pour garder le secret. Ce sera à Imogen, lorsqu’elle saura, de décider ou non de l’ébruiter. Je ne le ferai pas moi-même.

Avec mes sentiments sincères,

Amelia Bones

 

Assassinée 35 ans plus tôt, ainsi avait disparu la seule autre personne qui aurait pu faire la lumière sur cette affaire. Pour Luna, cela ne faisait que démontrer une évidence : le destin n’avait envoyé aucun signe favorable à la recherche de vérité. Aussi, d’un mouvement élégant de baguette, fit-elle ce qui lui semblait le plus sage.

Evanesco.

 

Note de fin de chapitre :

Si vous êtes arrivé·e·s au bout de ce monstrueux pavé, d'abord bravo, et ensuite merci d'avoir lu jusqu'au bout ♥

J'ai adoré écrire ce texte, et je suis tellement contente d'avoir autant écrit, d'avoir réussi à venir à bout de ce texte, de A à Z... je n'avais pas autant écrit depuis très longtemps !

Merci Catie, Vio, Seonne, Caro et Looky pour ce concours génial ♥♥♥

N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que vous avez pensé de mon texte, très court ou très long (ou moyen long, je prends aussi :mg:), toute review me fait très plaisir ♥

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