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News

Programme de juillet des Aspics


Bonsoir à toustes !

Un peu de lecture pour vous accompagner en cette période estivale... Vous avez jusqu'au 31 juillet pour, d'une part, voter pour le thème de la prochaine sélection ici et, d'autre part, lire les textes de la sélection "Romance" du deuxième trimestre 2024, et voter ici !

Les sélections sont l'occasion de moments d'échange, n'hésitez pas à nous dire ce que vous en avez pensé sur le forum ou directement en reviews auprès des auteurices !


De L'Equipe des Podiums le 11/07/2024 22:30


Assemblée Générale 2024


Bonjour à toustes,

L'assemblée générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé est présentement ouverte sur le forum et ce jusqu'à vendredi prochain, le 21 juin 2024, à 19h.

Venez lire, échanger et voter (pour les adhérents) pour l'avenir de l'association.

Bonne AG !
De Conseil d'Administration le 14/06/2024 19:04


Sélection Romance !


Bonsoir à toustes,

Comme vous l'avez peut-être déjà constaté, sur notre page d'accueil s'affichent désormais des textes nous présentant des tranches de vie tout aussi romantiques ou romancées les uns que les autres ! Et oui, c'est la sélection Romance qui occupera le début de l'été, jusqu'au 31 juillet.

Nous vous encourageons vivement à (re)découvrir, lire et commenter cette sélection ! Avec une petite surprise pour les plus assidu.e.s d'entre vous...

Bien sûr, vous pouvez voter, ça se passe ici !


De Jury des Aspics le 12/06/2024 22:31


145e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 145e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Vendredi 14 juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
À très bientôt !


 


De L'équipe des nuits le 12/06/2024 12:33


Maintenance des serveurs


Attention, deux interventions techniques prévues par notre hébergeur peuvent impacter votre utilisation de nos sites les 28 mai et 4 juin, de 20h à minuit ! Pas d'inquiétudes à avoir si vous remarquez des coupures ponctuelles sur ces plages horaires, promis ce ne sont pas de vilains gremlins qui grignotent nos câbles ;)

De Conseil d'Administration le 26/05/2024 18:10


144e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 144e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Samedi 18 mai à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits et à vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De L'équipe des Nuits le 12/05/2024 11:00


Microcosme synesthésique par PititeCitrouille

[1 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Amie lectrice, ami lecteur,

Ce texte a été rédigé dans le cadre des prompts lancés par l'équipe de la modération de HPF Fanfiction à l'occasion du Trans HPF Month 2023.

Il répond au prompt n°19 - Le feu de la colère.

 

Note de chapitre:

Je m'excuse d'avance pour la note de fin de chapitre un peu gigantissime... mais il y a beaucoup de choses qui me tiennent à coeur dans cet OS !

TW : évocation d'homophobie

La sensualité dans ce texte est avant tout artistique et esthétique.

 

 

Au fond, peu de personnes le savent ; que l'émulation artistique des années soixante-dix des milieux gays et artistiques londonien et parisien a permis un jaillissement moderne et exutoire en musique rock et en danse classique ; c'est-à-dire que ce qu'il s'est passé pour la musique rock est connu mais que peu de personnes réalisent le lien intrinsèque avec la danse classique.

Mick Jagger, Rudolf Noureev, David Bowie, Maurice Béjart, Freddie Mercury, Jorge Donn.

Des noms gravés dans l'histoire artistique de l'humanité, qui ont traversé cette période comme des comètes rougissent de feu dans l'atmosphère avant de mourir.
Freddie, Jorge et Rudolf ont été emportés par le SIDA en 1991, 1992 et 1993.

Le parfum de scandale a laissé depuis belle lurette place à la reconnaissance de leur génie. Il est de bon ton désormais de dire "j'écoute du rock anglo-saxon" (qui d'autre que les Stones androgynes en symbole intangible, encore et toujours présent, indéniablement, de la musique britannique depuis soixante ans ?) ou "je suis allée voir un ballet à l'Opéra de Paris" (où Noureev et son interprétation masculine et bisexuelle du Lac des Cygnes sont les têtes d'affiche de la renommée de la compagnie).

Je n'ai pas encore parlé des liens encore avec la mode ou le cinéma ou le graphisme ou la photographie ou... L'art est un tout, un univers peuplé de galaxies tournantes de différentes sortes d'étoiles et d'astres. Il est difficile de tout explorer.

J'ai exploré la danse et le rock parce que Mary était danseuse et Marlene était rockeuse.

***
Mary et Marlene n'avaient pas conscience de tout cela, ou plutôt, elles saisissaient des bribes de conscientisation de tout cela - et de toute façon, l'histoire n'était pas encore totalement écrite en 1981. Les œuvres, pour certaines d'entre elles, étaient déjà là, chefs d'œuvre. L'idolâtrie des jeunes aussi (aujourd'hui ce sont ces anciens jeunes qui dictent le goût de bon ton). Les scandales, les frasques, les revendications nouvelles de l'expression de soi, soi étant artiste, homme, bi ou gay, soi dans son entièreté (soi aussi qui s'abîme aussi) aussi.

Mary et Marlene faisaient partie de ces jeunes, ça, c'est sûr, et elles étaient aussi artistes, la danseuse et la rockeuse, et aussi lesbiennes et elles le revendiquaient. Elles tâtaient la liberté d'être soi avec la réalité de leur corps et de leurs rêves.

Leur corps, pour commencer.

Marlene n'avait pas ambition de faire carrière dans le rock, je n'ai pas dit cela. Mais elle avait le feu sacré, sa guitare, son casque et ses amplis et elle pinçait les cordes statiques, acoustiques, électriques et elle produisait une musique. Son frère qu'elle adorait jouait de la batterie, vive le bruit, ses parents tenaient un pub de rockabilly, blues et jazz, ça c'était vieux jeu et personne ne veut de l'avis de parents homophobes donc ce n'était pas que vieux jeu, c'était pire, ce n'était pas moderne, ça ne saisissait pas l'urgence nouvelle de la modernité, celle d'être soi enfin.

(Bien sûr, c'était mettre sous le tapis ce que sont le rockabilly, le blues et le jazz. L'énervement de Marlene n'avait pas saisi l'histoire continuelle, le nourrissement du futur par le passé, l'évolution musicale par influences temporelles et spatiales décalées. Marlene avait besoin d'entendre les cris des guitares et rauques des chanteurs.).

Marlene restait la musique chevillée au corps et la transpiration collée d'un hard rock déchaîné autour du crâne. Le rock transpirait de sa peau par tous les pores. Nous verrons qu'elle avait un rêve encore plus précis que faire carrière dans le rock, elle avait l'idée nette de ce qu'elle serait, et elle ne serait pas une imitation (ratée, sans trop se leurrer) des autres. Elle jouait bien, elle reproduisait bien mais elle n'avait la fibre ni compositrice ni novatrice. Elle voulait juste s'éclater, s'envoler, éclater ses tripes et envoler son cœur. Le rock suffisait à cela.

Elle écoutait évidemment tous les vinyles du moment, les sulfureux, les lourds de basse, les mélodiques, les à-double-sens, les sous acides, les psychédéliques, les vrombissants, les hits, les fonds de cave. Un seul point commun : ascendance rock, trous noirs aspirants de charisme et de sueur de la scène britannique ou d’ailleurs. Alors Jagger, Bowie, Mercury, ses princes et ses rois à elle, forcément.

Le corps était le principal outil de travail de Mary. Son corps comme celui des autres du corps de ballet. Travailler pour soi, travailler à l'unisson. Plus que la pointe, plus que le miroir, plus que le piano, c'est le corps d'où naît indiciblement l'impression artistique, le dialogue du corps de l'artiste au corps de l'audience est direct, brut.

Qu'importent les costumes, les chignons, les lumières brûlantes de la scène et les rideaux derrière les pans du décor. L'uppercut se produit aussi dans le studio de répétition, le reste est ambiance supplémentaire, complémentaire, artistique suprême, existe bien sûr en tant qu'objet d'art. Mais la danse reste maîtresse en sa demeure qu'est le corps du danseur.

Mary avait le désir de danser pour profession. Elle s'acharnait donc avec raison, muscles tirants, cheveux tirés, bras étendus et jambes tendues. Poudlard ne l'émouvait pas. Le Lac de ses cinq ans et encore d'autres pièces, oui, et Mary avait admiré, soufflée de tant de grâce et sautillante dans la salle parquetée ensuite pour répéter. "Présente-toi si le veux, car tu as le niveau" avait dit la directrice du conservatoire et elle s'était présentée et elle avait eu le niveau.

La magie, la seule, c'était celle d'un éclair dansé, un souvenir qui reste, parfois gravé dans une cassette, mais surtout dans la mémoire du spectateur. Chaque nouvelle production est une nouvelle interprétation, la danse tourbillonne, évolue et grandit et le spectateur aussi. Alors que son justaucorps change de couleur de temps à autre... Ce n'était que l'évidence de la teinture qui se perd à la lessive, non ?

Mais le vrai amour, le profond, celui qui faisait désirer et attendre, qui avait décuplé la volonté et l'effort, qui avait nié plus que la magie, qui avait refusé l'inscription dans l'école de magie, en fait le dernier ballet qu'elle avait vu avant la phrase "tu es une sorcière, Mary", une coïncidence donc, c'était le ballet de Béjart, le Boléro, la ronde dansante qu'elle n'avait pas comprise de prime abord, qui lui avait fait dire "je veux, je veux, vraiment" devant un Dumbledore dépité. "Il faut, car tu es."

Savait-il seulement qui elle était, ce qu'elle voulait ? Que la danse est une nécessité ?

Même si elle n'avait pas compris le Boléro. Qu'elle en était restée clouée au fond de son fauteuil, le cœur battant à tout rompre. Et le tonnerre d'applaudissements ensuite. Les gens non plus n'avaient pas tout compris, peu importe, elle était avec eux, atterrée par la tempête sur la scène, cieux encore si lointains pour le petit rat de l'Opéra.

Le corps de Mary était conçu pour danser ou en tout cas représentait ce qu'on pensait être, à l'aube des années 1980, de la conception d'un corps qui danse. On ne lui aurait pas soupçonné autant de force intérieure et encore moins de force extérieure. Ses muscles étaient en acier, seulement pour les mouvements dans ces sens si antinaturels que sont ceux de la danse classique. C'était une musculature spécifique, travaillée donc dans un but unique. Mary magnifiait son corps pour la danse classique seule.

Leurs rêves ensuite.

Marlene rêvait de créer une boutique artistique où elle pourrait vendre des disques de rock et faire à manger aux clients. Restant malgré elle d'une enfance dans le pub de ses parents. Musique, nourriture, ambiance. Mais à la patte de Marlene. Marlene adorait découvrir d'autres horizons, pas seulement par coquetterie d'une jeune fille vivant dans un quartier cosmopolite, mais parce qu'il lui semblait que la frontière du pub n'ayant pas suffi à assouvir sa soif d'être soi, il n'y avait pas de raison de ne pas chercher toujours plus loin des clefs sur la compréhension de soi.

Alors Marlene voulait : une restauration avec quelques recettes d'ailleurs, des étagères remplies de disques de rock inconnus, et quitte à être sorcière, autant avoir un local à double entrée. Un lieu convivial où l'on découvre l'ailleurs et soi-même par les papilles et les oreilles. Pour décorer, des bouquets, des objets, des tissus, des instruments de tous les coins du monde. Marlene voulait le parcourir, le monde, en regardant des gens heureux de découvrir de nouveaux sons et de nouveaux goûts, simplement par la fenêtre de sa cuisine.

Mary avait dans ses rêves les mêmes envies de liberté qu'avec son corps.

Il n'y avait pas de différence entre la place de la danse dans la construction de son corps et de son être, que dans la construction de son avenir. Fût-il incertain. Marlene avait quelque chose de construit à l'extérieur d'elle-même. Encore une fois l'art qui vit dans les objets supports de création de l'artiste. Mary, elle, n'avait que son corps façonné, normé, et rempli d'efforts - son avenir, elle se le construisait, du moins le croyait-elle profondément, par son corps seul et unique, avec la détermination de celle qui sait que son corps peut se casser mais ne veut pas y croire, tant qu'elle n'a pas parcouru la myriade d'examens à obtenir.

Et Mary n'aimait Poudlard que pour ses rares amies et ses encore plus rares amis. La magie restait celle de la scène, de la danse, de l'amour qui explose sur scène - don littéral de son corps à son art et la réception qu'en fait le public, non pas du corps directement mais de l'expression permise par le corps. Le ravissement suprême de la danse. La magie était superficielle de ce point de vue.

***

Les deux jeunes femmes n'avaient pas connu la lente agonie, le chant des cygnes qui meurent, les dernières œuvres qui traduisent tant qu'il était encore du monde le pur génie de l'artiste. Elles n'avaient vu que le feu des oiseaux phénix. Les braises vinrent après elles.

Elles étaient mortes trop jeunes, en septembre et octobre 1980, pour avoir pu seulement deviner ce que leurs princes artistes allaient avoir comme destin, le destin partagé de milliers d’hommes et l'opprobre qui allait de pair. Le scandale toujours même en agonisant. Le repos jamais. L'artiste et l'homme moderne ne sont que des hypersensibles enfiévrés et embrumés de substances élévatrices a dit Baudelaire (j'aime le poète). Pas de repos pour les artistes modernes honnis des vulgaires, a-t-il dû penser (je le trouve méprisant sur ce point). Mais comment lui donner tort ici ?

Et elles étaient donc déjà bien mortes pour voir encore plus loin, les hommages de ceux qui comptent, les amies et les amis de toujours. La voix douce et triste de Brian May à la télévision « je pense que l’une des choses – beaucoup ont dit ‘que pouvons-nous faire pour Freddie ?’ – je pense que l’une des choses serait d’essayer de faire changer les lois ». Le visage dévasté de Roger Taylor à ses côtés. La dernière ovation, longue de dix minutes, pour Rudolf chorégraphe, le corps affaibli mais le cerveau survolté pour achever l’œuvre, la dernière il le savait, à temps. Le ballet du cygne mourant par Béjart pour Jorge « Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le Jardin de son éclat » sur les titres fabuleux de Queen.

***

Aux fiançailles de James et Lily en août 1978, Sirius, Mary, Marlene et son frère Dan, embrigadé pour l’occasion, avaient préparé une « fugue ». Sirius était l’auteur du jeu de mots. (Sirius était souvent l’auteur des jeux de mots).

Un moment hors du temps.

Peter présentait les interludes.

D’abord, les invités avaient été accueillis au son crissant de la chanson « Good Morning » des Beatles. Marlene à la guitare, Sirius à la basse et au chant, Dan à la batterie. Ils auraient pu jouer « Hello, Goodbye », mais Mary avait argué que ce n’était pas poli de dire Goodbye si vite. C’était drôle parce que pour toutes les autres personnes présentes lors de la discussion, le véritable argument était de toute autre nature. (Rien que l’introduction de « Good Morning » suffit à comprendre ce que je veux dire par là, mais poussez jusqu’au solo de guitare).

Ensuite, Fleamont avait retrouvé quelques gammes anciennes, soigneusement conservées, de piano forte, pour jouer la Reine des Dryades pour Mary. Elle avait simplement repris sa dernière variation imposée, d’un concours qui ne datait pas d’un mois encore, et ce fut un enchantement aux yeux de tous. Une merveille cristalline venue du ciel. Pourtant Mary en avait des choses à faire sur terre. Mais elle aimait passionnément cette légèreté travaillée.

Ensuite, le groupe de musique avait monté d’un cran dans la fureur et avait sorti sa meilleure réinterprétation de « Stairway to Heaven ». Marlene en avait bien souffert, en particulier lors du solo, mais elle avait à ses genoux tous les spectateurs. Elle l’avait traversé, malgré tout, incandescente. Et l’éblouissement montait aussi à la tête des invités, la chaleur faisait rosir les joues, entraînait les corps qui se trémoussaient, les mouvements parfois involontaires d’une âme entraînée dans la danse.

Ensuite, Mary était revenue avec sa dernière variation libre ; opportunité offerte par les concours pour démarquer les caractères. Sous ses airs timides, Mary avait beaucoup de volonté, et n’avait pas flanché pour choisir, de plein gré, avertie des risques qu’elle prenait, une variation masculine. Don José, Carmen, ballet solaire et noir de Roland Petit – un autre grand qui avait aussi donné des rôles à Noureev, d’ailleurs. Dont un de suicidaire, « Le Jeune Homme et la mort » – dialogue universel dans une société sourde hélas. Et Noureev avait aussi dansé pour Béjart et Béjart créé pour lui – que je m’égare !

L’art n’est qu’un arc de cercle qui serpente.

Ensuite, l’intermède musical s’était achevé avec les reprises des chansons préférées de Lily, en l’espèce une sélection des morceaux de Queen déjà sortis, et des compositions adorées de James, pour lesquelles il avait été plus difficile de faire un choix adapté à un son rock. Sirius s’était attelé à un riff exagéré reprenant la danse des chevaliers de Prokofiev, qui avait fait pousser des ailes au monde entier, contenu présentement dans le jardin, tant la mélodie était entière et saturée. Et comme malgré tout le fanfaron n’était pas loin, il avait agrémenté le tout d’une reprise de quelques secondes fugaces d’une autre marche d’une autre horde de chevaliers d’une galaxie fort fort lointaine.

Enfin, le pinacle de la symbiose, la fusion des arts, rien qui ne pourrait mieux représenter cette bande d’amis déjà un peu meurtrie par la vie, encore moins assurée du futur si ce n’étaient : l’amitié, l’amour, la croyance dans faire les choses selon ses valeurs intrinsèques. Quelque chose qui dépassait largement les autres spectateurs, qui pourtant sentirent à ce moment-là qu’un vecteur force indicible se passait entre les presqu’adultes qu’ils avaient à leurs côtés, mais déjà de l’autre côté, dans le monde de demain.

Mary, queue de cheval, veste en cuir à longues franges ouverte, pantalon pattes d’éléphants, pointes sans collant, torse nu et fière, le regard ardent et pourtant si calme, debout sur une table ronde en bois qui craquait. Marlene, assise à droite, concentrée sur les cordes de son instrument et sur les pas de Mary. Plus en retrait, impressionnés par la prestance de ces femmes ou respectueux de leur engagement ou encore sentant que le moment devait leur échapper, Sirius et Dan imprimaient le rythme lourd, ininterrompu, la valse éternelle du « Boléro » de Ravel.

C’était une interprétation très libre, encore fragile, trop adolescente, pas assez mûre, mais énervée, présente, charnelle de la chorégraphie de Béjart. Celle-ci qui avait toujours tenu dans le cœur de Mary l’espoir et la force de se faire devenir elle-même à coups de répétitions et de barres incessantes.

Mary n’était pas Jorge Donn et ne prétendait faire mieux ou autrement à l’égal de lui. Mais dans ces mouvements de plus en plus intenses, ce corps à corps avec ses propres muscles qui criaient secours lors des derniers sauts, elle tenait à représenter simplement ce désir unilatéral, celui de vivre comme l’on est. James et Lily comprendraient, les amies et les amis aussi, et puis le reste de l’audience peut-être puisque personne ne s’effaroucha, ni de sa poitrine dégagée, ni de ses côtes qui affleuraient sous sa peau.

Un dernier souffle et elle s’effondra en même temps que la musique. Elle avait tout sorti à l’extérieur d’elle-même, et sa respiration sifflante lui donnait à croire qu’elle pouvait mourir d’avoir trop dansé, Giselle moderne improvisée gisant sur la table en cèdre. Elle en souriait béatement, comme un ange entre au paradis pour la première fois, et ne vit pas les larmes perler franchement des paupières des fiancés du jour.

Ne restent aujourd’hui de ces moments fugaces que les figures tracées au fusain par Remus, peu après cette célébration, par mémoire – le travail est donc d’autant plus intéressant qu’il ne s’agit que d’une représentation infidèle à la mémoire infidèle d’une interprétation infidèle des événements du jour. Ce vertige n’écrase pas les lignes noires et grises estompées sur le papier cartonné, il les prolonge ailleurs.

De toute façon, qui peut se souvenir aujourd’hui ?

***

La rage, la leur, celle de l'Ordre du Phénix.

Le brasier qui a tout emporté.

Ne restait que la figure finale, celle des deux lesbiennes qui avaient disposé de leur corps jusqu'à en mourir pour leur liberté. Qui n'avaient eu ni restaurant et vente de disques ni pointes et contrat à l'Opéra - Mary avait choisi si sincèrement là où elle devait nourrir ses efforts qu'elle avait démissionné quelques semaines après avoir entamé sa carrière. Trop vite trop tôt, l'urgence d'être soi passait par l'urgence de se battre, quitte à remettre l'expression intrinsèque de soi à plus tard.

Avec l'image ne restèrent que les larmes de leurs amis qui, comme tout le reste, volèrent ensuite chacune leur tour dans un tourbillon de poussières. Emportés par la guerre, celle des sorciers. Les jeunes continuaient à crier le rock dans des caves et les danseurs à explorer les nouveaux horizons de la technique classique déstructurée à l'infini.

Mais les batailles pour être soi, chez les sorciers comme les moldus, ont toujours été les mêmes finalement, seul le moyen pouvait légèrement différer.

Mary était aussi l'oiseau de feu et Marlene était aussi l'éclair lézardant le ciel de plomb fondu. 

 

 

Note de fin de chapitre :

La longueur de cette note de fin s'explique par le recensement de toutes mes inspirations pour l'écriture de ce texte. N'oubliez pas de vous rendre sur la série car un seul texte n'est rien sans tous les autres ♥

Du côté du rock :

Mick Jagger, chanteur du groupe de rock The Rolling Stones.

Freddie Mercury, chanteur, Brian May, guitariste, Roger Taylor, batteur du groupe Queen. John Deacon, bassiste, n'est pas cité ici, mais il était tout aussi allié que ses compères : il a expliqué plus tard que la mort de Freddie l'avait rendu malade au point qu'il n'avait pu se présenter à l'interview donnée par Brian May et Roger Taylor que j'évoque dans le texte.

Je crois qu'il ne figure plus sur les réseaux de la chaîne Arte, j'ai trouvé ici un fabuleux documentaire qui traite de la façon dont la vie de Freddie Mercury éclaire d'un jour intéressant les années marquées par le début de l'épidémie du SIDA. Il y a dedans tous ses amis, des gens qui l'ont vraiment aimé et soutenu, des archives incroyables pour l'histoire du rock et bien sûr beaucoup d'amour, de tristesse et de lutte. Une pépite qui m'a faite pleurer de bout en bout ♥

David Bowie, car pourquoi faire un groupe quand on peut briller en carrière solo.

Les Beatles avec Hello Goodbye et Good Morning.

Led Zeppelin avec Stairway to heaven et aussi pour les mots finaux du texte sur le "plomb fondu".

Et enfin, j'évoque avec "l'éclair lézardant le ciel" un vers de Born to be wild de Steppenwolf, qui, d'après le mythe qu'est l'histoire du rock, serait la première définition du hard rock / heavy metal.

Du côté de la danse classique :

Rudolf Noureev, danseur et chorégraphe, qui finit directeur du Ballet de l'Opéra de Paris. Sa dernière chorégraphie, La Bayadère, fut montée et présentée au public en octobre 1992, trois mois avant son décès...J'évoque aussi son Lac des cygnes, où il ajoute une réflexion sur l'orientation sexuelle du personnage principal qui rend sa version bien meilleure que toutes les autres - à mon avis, et pas que par le thème, mais bien par la façon dont il se traduit en danse. J'évoque encore plus brièvement une variation issue de son Don Quichotte.

Si vous voulez lire davantage sur Mary qui danse, vous pouvez fureter sur mon profil et notamment sur La Reine des Dryades.

Maurice Béjart est surtout connu pour avoir été le Directeur du Béjart Ballet Lausanne et chorégraphe. Il a notamment créé Le Chant du Compagnon errant pour Noureev - et Paolo Bortoluzzi. Son oeuvre la plus connue est Le Boléro sur la partition éponyme de Maurice Ravel. Après le décès de son compagnon - et danseur principal de sa compagnie - Jorge Donn, il a créé Le Presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat sur des musiques de Queen. J'ai mis l'interprétation de Jorge Donn dans le lien du Boléro ♥. J'évoque aussi L'Oiseau de feu plusieurs fois dans le texte.

Noureev a aussi dansé pour le chorégraphe Roland Petit, et notamment Le Jeune homme et la mort (TW suicide si vous regardez la vidéo !) aussi immortalisé en cour-métrage, quelle chance nous avons de pouvoir encore un peu toucher de l'âme de ces artistes incomparables ♥

A propos de Roland Petit, je parle aussi de sa Carmen et plus particulièrement de ce solo.

Et enfin, j'évoque aussi le ballet Giselle, où l'histoire est fondée sur une légende racontant comment une jeune fille est morte d'avoir trop dansé.

Autres inpirations :

La musique favorite de James est la Danse des chevaliers, intégrée dans la partition du Roméo et Juliette de Sergueï Prokofiev.

Les notes rajoutées par Sirius sont celles de la Marche impériale de la bande originale de Star Wars de John Williams - marche accompagnant les chevaliers Sith, là où ils sont dans leur galaxie far, far away.

Charles Baudelaire, l'auteur des Fleurs du mal, du Spleen de Paris, des Petits poèmes en prose, placé ici juste parce qu'il est mon poète préféré à tout jamais ♥

Merci à toi d'avoir lu et partagé ce moment avec une petite tranche de mon univers ♥

A bientôt,

Piti

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