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News

Programme de juillet des Aspics


Bonsoir à toustes !

Un peu de lecture pour vous accompagner en cette période estivale... Vous avez jusqu'au 31 juillet pour, d'une part, voter pour le thème de la prochaine sélection ici et, d'autre part, lire les textes de la sélection "Romance" du deuxième trimestre 2024, et voter ici !

Les sélections sont l'occasion de moments d'échange, n'hésitez pas à nous dire ce que vous en avez pensé sur le forum ou directement en reviews auprès des auteurices !


De L'Equipe des Podiums le 11/07/2024 22:30


Assemblée Générale 2024


Bonjour à toustes,

L'assemblée générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé est présentement ouverte sur le forum et ce jusqu'à vendredi prochain, le 21 juin 2024, à 19h.

Venez lire, échanger et voter (pour les adhérents) pour l'avenir de l'association.

Bonne AG !
De Conseil d'Administration le 14/06/2024 19:04


Sélection Romance !


Bonsoir à toustes,

Comme vous l'avez peut-être déjà constaté, sur notre page d'accueil s'affichent désormais des textes nous présentant des tranches de vie tout aussi romantiques ou romancées les uns que les autres ! Et oui, c'est la sélection Romance qui occupera le début de l'été, jusqu'au 31 juillet.

Nous vous encourageons vivement à (re)découvrir, lire et commenter cette sélection ! Avec une petite surprise pour les plus assidu.e.s d'entre vous...

Bien sûr, vous pouvez voter, ça se passe ici !


De Jury des Aspics le 12/06/2024 22:31


145e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 145e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Vendredi 14 juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
À très bientôt !


 


De L'équipe des nuits le 12/06/2024 12:33


Maintenance des serveurs


Attention, deux interventions techniques prévues par notre hébergeur peuvent impacter votre utilisation de nos sites les 28 mai et 4 juin, de 20h à minuit ! Pas d'inquiétudes à avoir si vous remarquez des coupures ponctuelles sur ces plages horaires, promis ce ne sont pas de vilains gremlins qui grignotent nos câbles ;)

De Conseil d'Administration le 26/05/2024 18:10


144e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 144e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Samedi 18 mai à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits et à vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De L'équipe des Nuits le 12/05/2024 11:00


Les filles d'aujourd'hui par CacheCoeur

[3 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

 

Cette fanfiction a été écrite dans le cadre du projet [Trans HPF Month] Des prompts queers pour un été arc-en-ciel. Il correspond aux prompts 4, 6 et 7.

 

 

Cette fanfiction fait partie de mon univers "Tous nos moindres secrets". Nul besoin d'avoir lu les autres textes pour comprendre celui-ci.

Les fanfictions liées à cette histoire, dans l'ordre chronologique : 

Toute seule ♥ La positive attitude ! ♥ Moi, j'ai besoin d'amour ♥ 你的目光  ♥ Automne - À vingt ans ♥ Hiver - À vingt ans ♥ La douceur des couchers de soleil ♥ Printemps - À vingt ans ♥ Été - À vingt ans ♥ Les filles d'aujourd'hui

 

 

TW : Hypersexualisation, vulgarités

Certains propos tenus par le personnage de Lavande peuvent être blessants. Cette fanfiction aborde le thème de la sexualité et le rapport que l'on peut entretenir avec.

 

« Les filles sages connaissent leurs limites. Les filles intelligentes savent qu'elles n'en ont pas » est une citation de Marilyn Monroe. 

Note de chapitre:

 

Parce que c'est moi et que j'écris toujours en musique, en voici deux que ma Parvati aurait adoré.

 

Parvati Patil n’avait jamais eu beaucoup d’amis.

Elle était populaire et appréciée, c’était un fait, et cela la ravissait. Mais peu, la connaissait réellement.

Elle avait toujours eu des difficultés à nouer des liens, et n’en avait même jamais vraiment et éprouvé le besoin ou le désir.

Parvati avait sa sœur, Padma, et sa meilleure-amie, Lavande. Cela lui convenait parfaitement. La jeune femme peinait en fait à imaginer laisser entrer d’autres personnes dans sa vie, qu’elle aurait autant aimé, autant chéri, que celles qui s’étaient faites une place à l’intérieur de son cœur.

Lavande était un papillon social. Elle butinait de personnes en personnes, charmait d’un sourire, d’un seul battement cil parfois et cela amusait grandement Parvati de l’admirer procéder avec soin et méticulosité à cet exercice qu’elle répétait avec tous.

Padma était plus discrète. Elle avait son clan, ses amis de Poufsouffle et Serdaigle, qu’elle n’avait jamais quitté après Poudlard. Padma était une louve, comme le disait leur mère. Elle était la force tranquille, celle vers qui on se tournait pour demander conseil. Parvati était pétillante, plus volatile, moins calme mais toujours très sage.

Ce n’était pas que Parvati n’aimait pas plaire. Bien au contraire. Elle adorait ça.

Lorsqu’elle se maquillait, qu’elle appliquait une couche de mascara sur ses cils déjà bien assez longs, lorsqu’elle soulignait sa bouche charnue d’un rouge bordeaux, lorsqu’elle coiffait ses longs cheveux noirs, elle se trouvait belle.

Parvati aimait plaire mais Parvati n’avait que deux amies proches. Elle s’en contentait parfaitement et n’avait jamais souffert de la solitude.

Seamus, Dean, Hannah, Susan, Hermione, tous les autres, n’étaient que des connaissances. Ils ne la connaissaient pas vraiment et Parvati savait que la vie ne s’arrêtait pas à Poudlard, que des gens, elle en rencontrerait d’autres, elle en aimerait d’autres.

Parvati se laissait vivre. Elle ne s’embarrassait ni d’angoisse, ni d’anxiété. Elle vivait simplement, éternelle épicurienne se satisfaisant de ce qu’elle avait et de ce qu’elle donnait.

Jusqu’à lui.

Greg Madson.

Un sorcier venu des États-Unis dont elle était tombée amoureuse.

Elle avait vécu avec lui toutes ses premières fois.

Premier rendez-vous. Première fois qu’elle attendait un hibou avec autant d’impatience. Premières fleurs. Premier baiser. Premier « je t’aime ». Premières caresses. Premiers soupirs. Premiers gémissements. Première dispute. Première réconciliation. Première relation sexuelle.

Première rupture.

— Tu devrais les jeter, Parvati, fit doucement Lavande en donnant un coup de tête agacé en direction du bouquet de camélias posé sur la table.

L’odeur était de plus en plus entêtante.

Enfin, elle l’était devenue.

Aucun pétale n’était tombé en six mois.

Parvati changeait l’eau au lieu de jeter ce bouquet, que Greg lui avait envoyé pour son anniversaire, quelques semaines seulement après leur rupture.

Plus le temps avançait, et plus cela semblait difficile, de vivre sans l’odeur des camélias.

 

***

 

— Tu devrais sortir. Rencontrer quelqu’un. T’amuser un peu. Enfin, tu vois, gloussa légèrement Padma.

Padma ne gloussait jamais.

C’était Parvati, la jumelle qui gloussait.

Elle haussa un sourcil et tourna sur elle-même, pour admirer son reflet dans le miroir et approuver d’un sourire rayonnant les plis chatoyants de sa belle robe.

Parvati adressa un baiser souriant à son double, dans le miroir avant de pivoter sur elle-même pour faire face à sa sœur.

— M’amuser ?

— Passer à autre chose, insista Padma. Tu devrais remonter en scelle. Enfin, tu vois, répéta-t-elle encore une fois.

Parvati se sentit devenir aussi rouge que son vêtement et se mit à triturer les boutons dorés, nerveusement.

Padma ne parlait jamais de sexe. Parvati non plus, à vrai dire.

Elle écoutait volontiers les histoires d’un soir de Lavande, qui ne lésinait jamais sur les détails, mais le sujet ne l’intéressait guère à vrai dire. Du moins, sans la déranger, si même parfois il l’amusait, Parvati n’en parlait jamais d’elle-même.

— Cela va faire six mois maintenant…, marmonna Padma en prenant sa cadette dans ses bras.

Parvati savait que sa sœur avait eu quelques aventures, sans lendemain. Le sujet était presque tabou, à vrai dire. Padma était très secrète, encore plus après ce qui lui était arrivé, lorsqu’elles étaient en septième année. Elles n’en avaient jamais parlé. De cette agression sexuelle qu’elle avait subi de la part d’Alecto Carrow. Toute l’année, il avait susurrée à l’oreille de Parvati que sa sœur et elle valaient bien leur réputation « des plus jolies filles de Poudlard ».

Si Parvati avait croisé la route du mangemort avant Padma, ça aurait été elle, et elles le savaient toutes les deux.

— Je suis passée à autre chose, lui assura Parvati en tournant une nouvelle fois sur elle-même pour faire gonfler sa robe.

Elle jeta un regard au bouquet de camélias que Padma fixait déjà.

Elle ne ressentait plus rien pour Greg, si ce n’était une profonde affection, de la gratitude aussi, peut-être, d’avoir été un homme gentil, attentionné et à l’écoute.

Il ne lui manquait pas.

Il ne lui manquait rien.

Parvati était heureuse ainsi et cela semblait surprendre tout le monde.

 

***

 

— Non mais tu te rends compte ? Elle va se marier avec lui ! Avec… lui !

Parvati éclata légèrement de rire et reposa son verre sur la table.

— C’est d’une tristesse ! soupira Lavande avec lassitude.

Elle envoya un regard de braise, au serveur, dont les yeux dévalaient les cicatrices qui striaient son visage en des centaines de coupures.

Parvati avait toujours trouvé que ces marques ressemblaient aux nervures des pétales de fleurs. Elles étaient devenues fines, régulières avec les différents traitements que Lavande avait pris, en vue de les faire disparaître sans grand succès.

— Elle n’aura jamais connu que lui ! Et par Gordric, nous n’avons que vingt-deux ans…

— Ils s’aiment, Lavande. Je leur souhaite tout le bonheur du monde. Ils sont vraiment faits l’un pour l’autre.

Lavande balaya l’air de la main, faisant voler une de ses longues mèches blondes toute bouclée et tout le romantisme de Parvati avec.

— Oui, oui, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Deux sûrement. Hermione ne gâcherait jamais sa vie en devenant mère au foyer. Elle deviendra Ministre de la Magie et fera de grandes choses, moi je te le dis…

Parvati pâlit légèrement.

— Être femme au foyer, ce n’est pas gâcher sa vie si c’est ce dont on a envie, déclara doucement l’ancienne Gryffondor. Je pense que l’on peut compter sur Hermione pour mener la vie qu’elle a décidé et envie de mener. Qu’elle aspire à élever deux ou douze enfants roux, ou à devenir une brillante légiste, ou même les deux.

Lavande ouvrit la bouche et cilla, soudainement gênée.

— Oui, tu as raison évidemment… Je parle toujours trop.

Parvati lui sourit. Lavande parlait trop, oui. Elle parlait vite et sans réfléchir. Mais elle ne pensait jamais à mal. Parvati avait toujours été là pour la mesurer, pour la tempérer. Et Lavande, elle, avait toujours été là pour pousser Parvati un peu plus, pour la faire se déchaîner.

Elles s’équilibraient bien.

—Mais tu te vois, toi, te marier et passer le reste de ta vie avec le premier homme avec qui tu as couché ? marmonna Lavande.

Parvati haussa les épaules, indifférente et loucha de nouveau sur la photographie qui faisait la une de la Gazette du Sorcier. Ron Weasley et Hermione Granger s’enlaçaient amoureusement et échangeaient un baiser, se croyant probablement à l’abri des journalistes. Une bague de fiançailles brillait à la main de leur ancienne camarade de chambre.

— À quoi va ressembler sa robe, à ton avis ? demanda Parvati. Hermione a toujours eu des goûts assez classiques, je dois dire.

— Peut-être passera-t-elle dans la nouvelle boutique de Greengrass.

— Je l’espère ! se réjouit Parvati à cette pensée. Astoria est une fille adorable.

— Enfin tout de même … Granger n’aura jamais connu que lui !

Parvati serra les bords de la table et ferma paresseusement les yeux pour profiter du soleil sur sa peau.

— Qu’en sais-tu ? Elle a bien eu une histoire avec Krum, non ?

— Elle avait 14 ans, s’offusqua Lavande.

— Elle est sortie avec McLagen lorsque nous étions en sixième année, ajouta Parvati.

— Ils n’ont jamais couché ensemble, ça je peux te l’assurer !

Parvati rouvrit les yeux.

Elle avait toujours raffolé des ragots et ne s’en était jamais cachée. Cependant, Lavande avait une légère tendance à affirmer ses théories avec un panache tel qu’on ne pouvait les prendre que pour des vérités irréfragables.

Lavande savait-elle seulement que Parvati n’avait connu qu’un seul homme dans sa vie ?

— Cela te semble-t-il si grave, qu’elle n’ait jamais connu qu’un seul homme et qu’elle ait accepté de se marier avec lui ?

— Pas toi ? s’étonna Lavande. Faut profiter ! Le premier n’est jamais le bon en plus. Sans parler du second. Ou même du troisième. J’ai dû lui apprendre où se trouvait le clit…

Parvati décida d’arrêter d’écouter Lavande et se perdit en pleine contemplation des motifs fleuris de la nappe du salon de thé que Parvati avait ouvert.

 

***

 

Le sexe ne la dégoûtait pas.

Il l’intéressait peu.

Enfin, avec Greg, cela l’avait intéressé.

Elle avait apprécié tout ce qu’ils avaient fait. Leurs corps nus, ou seulement peu vêtus, les escapades complices, les baisers fiévreux, les mains et les doigts entre ses cuisses, sur ses seins, les lèvres sur sa nuque, ses épaules, dévalant son ventre … Parvati avait aimé, adoré tout ça.

Avant lui, elle n’y avait jamais vraiment songé, alors maintenant qu’il n’était plus là et qu’ils avaient rompu, elle n’y pensait plus.

Ce n’était pas comme ce que décrivait Padma et Lavande.

Ce n’était pas un besoin, comme manger, dormir ou boire.

Ce n’était pas une envie, comme une sucrerie, une robe ou un soda.

Ni quelque chose de vital, ni une gourmandise.

Elle n’avait jamais eu envie de qui que ce soit avant Greg. Elle se satisfaisait et savait très bien prendre son plaisir toute seule.

Elle n’avait tout simplement jamais été attirée par quelqu’un avant lui.

Padma lui avait dit que coucher avec Terry, son petit-ami, avait été une révélation et qu’avant lui, rien n’avait été aussi fort, aussi bon. Elle lui avait dit que lorsqu’on avait des sentiments pour quelqu’un, tout était différent.

Parvati se demandait bien en quoi cela pouvait l’être.

Lavande, elle, disait que les sentiments importaient peu, que ce qui comptait, c’était l’expérience, l’assurance et la confiance. Il fallait se débarrasser des mœurs, de ces choses qu’on leur avait enseigné sur les vertus que devait absolument avoir une femme pour être ce que la société respectable jugeait respectable.

Parvati pensait seulement que la société trouverait toujours quelque chose à redire et qu’elle lui adressait son plus beau majeur, à cette connasse.

 

***

 

Parvati adorait son petit paradis qu’elle avait ouvert à l’automne dernier. Une petite brasserie, loin de faire concurrence au Chaudron Baveur, mais qui avait sa spécialité. Des boissons originales, des plats colorés, parfumés, fleuris, des pâtisseries sucrées, sûrement un peu trop pour certains palais… Elle tirait les cartes aussi. Les clients appréciaient les différents bibelots exposés, les attrapes soleil, les attrapes rêves, les pierres précieuses et semi-précieuses qui étaient accrochées et pendaient partout là où elles le pouvaient, les ouvrages présents dans les bibliothèques, des livres que Parvati aimait particulièrement, qui venaient d’Inde pour la plupart. Parvati avait une affection toute particulière pour l’immense chandelier, accroché tout au haut du dôme du plafond étoilé, où les constellations naviguaient dans une eau mêlant le violet au bleu nuit. Il était fait de plusieurs boules de cristal, ce luminaire. Elle l’avait fabriqué elle-même, avec Lavande, avec ces objets brisés et inutilisables après avoir servi de projectiles contre les Mangemorts lors de la bataille de Poudlard.

 

Parvati était heureuse de donner à ces boules de cristal une seconde vie.

Un jeune homme blond lui fit un large sourire. Elle se souvenait avoir vu son visage quelque part. Il était plus âgé qu’elle, de deux ou trois ans… Peut-être s’étaient-ils croisés à Poudlard ?

Elle lui retourna son sourire et intercepta le regard amusé de Lavande, qui lui fit un clin d’oeil appuyé avec un air coquin.

Parvati leva les yeux au ciel, un peu amusée.

Ce fût la première fois qu’elle la sentit pourtant.

Cette pointe d’incompréhension qui lui transperça le coeur et qu’elle sentirait souvent dans les prochains, en continuant de sentir sur elle le sourire séducteur et les yeux charmants de cet homme.

Il lui aurait été si facile d’accepter ses avances.

Il aurait été si facile de l’inviter à monter, dans son appartement.

Il aurait été si facile de lui demander quelques baisers et caresses auxquels il semblait vouloir se livrer.

Mais la vérité était si évidente qu’elle fit mal à Parvati, lorsqu’elle s’en rendit compte.

Elle n’avait envie de rien de tout ça.

 

 

***

 

Parvati avait toujours été du genre à éviter de trop réfléchir et penser.

 

— À ta place, cela ferait bien longtemps que je lui aurais sauté dessus, minauda Lavande en faisant un signe de la main au client assis à sa table habituelle.

— Écoute, Lavande… J’aimerais que l’on parle d’autres choses.

Son amie fronça ses beaux sourcils, devant l’air sinon indifférent de Parvati, presque dégoûté à l’idée de sentir les mains d’un inconnu sur son corps. Elle croisa les bras sur sa poitrine et Parvati s’inquiéta de voir son amie prendre une position si défensive.

— Le sexe n’est pas sale, Parvati.

— Je n’ai jamais dit qu’il l’était, marmonna-t-elle en retour.

Elle arrangea ses cheveux et commença à les tresser avec soin, se fiant au reflet que lui renvoyait une boule de cristal brisée, accrochée tout haut, sur le luminaire.

— Alors pourquoi tu réagis toujours de façon si…

Parvati pinça les lèvres.

— Si puérile ? termina Lavande.

Elle frissonna légèrement et se concentra davantage sur sa tresse, laissant ses propres doigts courir dans ses cheveux et la rassurer.

Peut-être qu’il était là, le problème. Peut-être qu’elle n’était qu’une gamine immature qui n’avait pas encore compris le sens de la vie.

Elle respira l’odeur des camélias.

Leur parfum capiteux s’insinua dans ses narines et embrouilla ses autres sens.

— Lavande…, bredouilla Parvati. Je ne suis pas comme toi.

— Pas comme moi ?

La bouche grande ouverte de Lavande laissa échapper un éclat de rire, comme si l’affirmation de Parvati était la chose la plus ridicule au monde.

— Tu sais…, commença la sorcière.

Pourquoi était-ce si difficile à avouer ?

Pourquoi en avait-elle si honte ?

— Tu peux coucher avec qui tu veux, Parvati. Tu devrais mettre fin à cette période d’abstinence que tu t’imposes.

Parvati ouvrit la bouche, prête à dire qu’elle ne s’imposait rien du tout. Mais Lavande était Lavande et lorsqu’elle était sur sa lancée, il était compliqué de l’arrêter.

— Cet homme qui vient tous les jours te voir, ton ex, ton voisin, un joueur de Qudditch de deuxième ligue, Merlin, peu importe ! Le monde est déjà assez dur avec nous pour qu’on s’impose des limites, même inconsciemment. Ne te prive pas. Laisse toi aller. N’aies pas peur du jugement. Les hommes eux, ne se gênent jamais pour tremper leur engin dans tout ce qu’ils trouvent. Alors pourquoi on en ferait pas de même ? Pourquoi… est-ce qu’on n’aurait pas le droit de profiter et d’explorer notre sexualité, nous aussi ? On est des femmes libres, bordel ! Des femmes modernes !

Parvati était-elle d’un ancien temps ?

Lavande avait raison, après tout.

Elles vivaient toutes dans un monde pensé et fait pour les hommes.

Elle avait le droit de profiter, de lâcher-prise, sans crainte d’être jugée ou insultée, sans avoir peur pour sa réputation.

— Les filles sages connaissent leurs limites. Les filles intelligentes n’en ont pas. Et t’es brillante, Parvati. Libère-toi ! Sois une fille d’aujourd’hui ! Ne sois pas timide et accepte de sortir avec lui !

Parvati ne devait pas être aussi intelligente que Lavande le pensait …

Mais elle n’était pas une gamine. Elle n’était pas puérile.

Elle aimait plaire. Elle aimait rire fort. Elle aimait tourner sur elle-même pour faire gonfler ses robes.

Elle était une femme et elle vivait aujourd’hui.

 

 

***

 

Pourquoi le verbe « baiser » sonnait vulgaire lorsque Parvati y pensait, mais si naturel lorsque Lavande le prononçait ?

 

C’était si étrange…

 

***

 

—  Neville ? Sérieux ? s’étonna Lavande en lorgnant sur l’Auror qui venait d’entrer et se dirigeait vers le bar.

Hannah Abbot hocha la tête et mordilla ses lèvres, un brin timide. Parvati ne put s’empêcher de glousser et termina sa biéraubeurre. Il était bon parfois, de n’être qu’une simple cliente.

Elle avait son menton posé sur son genou, qu’elle avait replié contre son buste et si sa mère l’avait vue assise ainsi, dans un lieu public, elle l’aurait sérieusement sermonnée.

—  Je le laisserai pas dormir dans mon chaudron, ajouta Hannah. Si tu vois ce que je veux dire…

Parvati n’était pas aussi amie avec Hannah que l’était Padma. Ce groupe, qui gravitait autour de Lisa Turpin, était si soudé et déjà si dense qu’aucune autre personne n’aurait pu y entrer. Le Chaudron Baveur était devenu leur repère depuis qu’Hannah y travaillait. Jonglant entre les clients et ses amis, Parvati adorait venir ici pour voir le ballet constant de l’ancienne Poufsouffle, qui dansait entre les différentes tables.

Elle venait de quitter celle où étaient justement Padma, dans les bras de Terry Boot, Lisa, Susan Bones, Justin Finch-Fletchey et Wayne Hopkins.

Parvati leva la tête et se rehaussa, pour mieux admirer Londubat.

Il était devenu un bel homme, plus confiant, et Parvati l’avait toujours trouvé très gentil.

—  Pour un soir, peut-être, concéda Lavande.

Elle agita les doigts vers Neville, accoudé au bar, qui avait probablement senti les regards insistants de Parvati, Lavande et Hannah. Elles s’esclaffèrent discrètement en l’observant rougir.

– Avec tous ces couples, je commence à me sentir seule. Lisa Turpin et Adrian Pucey, Padma et Terry, Hermione et Weasley, Harry et Ginny…, soupira Lavande. C’est comme s’ils avaient tous trouvés leur âme-sœur à Poudlard.

—  Tu oublies Sue et Daphné, murmura Parvati avec un sourire attendri. Et il me semble avoir aperçu Drago Malefoy se dirigeant vers la boutique d’Astoria Greengrass.

– Et Susan…, avança Hannah les sourcils froncés.

—  Quoi « et Susan » ? insista Lavande, friande de commérages.

Parvati arrêta de prêter attention à sa boisson.

— Non rien, se tut la serveuse. Disons simplement qu’elle défend Nott avec un peu trop d’intérêt ces derniers temps.

Parvati sourit tout doucement.

Voilà un couple qu’elle avait assorti il y avait plusieurs années de cela…

Cela ne la surprenait pas.

Lavande poussa un long soupir bruyant et exaspéré. Elle joignit ses deux mains en signe de prière, à l’adresse de Hannah :

—  S’il te plaît, ne finit pas avec Londubat ! Poudlard n’est pas une agence matrimoniale ! Et je trouve ça trop bizarre !

Parvati hocha la tête approuvant les dires de sa meilleure-amie.

—  C’est comme si… nous avions déjà rencontré la personne avec qui on allait passer le restes de nos jours…

Parvati tapota l’épaule de son amie qui se tourna vers elle.

—  Et toi alors ?

—  Moi ?

—  Tu penses quoi de Londubat ?

Mignon. Bienveillant. Un peu trop timide.

—  Tu te le ferais ?

Parvati sentit les regards des deux autres filles, braqués sur elle et ses mots sortirent tout seul.

Pas parce qu’elle le pensait.

Mais parce qu’elle voulait être comme elles, donner le change et rester des leurs.

—  Je le laisserai bien visiter ma Chambre des secrets à l’occasion, déclara-t-elle avec un grand sourire charmant mais complètement faux.

Lavande éclata de rire et Hannah lui fit un clin d’œil appuyé.

Elle se ratatina un peu plus sur sa chaise.

Tout ceci sonnait tellement faux.

Elle aurait voulu que cela sonne vrai pourtant…

 

 

***

 

 

 

Elle avait accepté un rendez-vous.

Parvati s’était faite très belle et avait choisi sa cape de soie rouge, magnifique et chatoyante.

La soirée se passa à merveille. Pas de mains baladeuses, pas de tentatives de baisers, rien et elle en fût même soulagée, à vrai dire.

Elle passa un bon moment, et ne se réveilla le lendemain matin qu’aux aurores, avec une légère gueule de bois, d’avoir trop bu. Le vin était traite et elle grogna, plongeant sa tête dans l’oreiller, avant de sentir la couette glisser de son corps.

— Alors ? s’enquit Lavande

Parvati protégea ses yeux du soleil, libéré des rideaux qui les avaient empêché d’inonder sa chambre jusqu’à maintenant, et que sa meilleure-amie venait de tirer.

Lavande enleva ses chaussures et se glissa dans son lit, se blottissant contre Parvati qui accueillit l’étreinte sans rien dire. Elle s’écria d’horreur en remarquant qu’elle avait sûrement été trop ivre en rentrant la veille pour se démaquiller. Son fard à paupières doré était étalé partout sur les draps blancs devenus tout pailletés.

— C’était chouette, répondit-elle. Il est super marrant et il adore les chats. Il m’a fait goûter un super vin, je ne me rappelle plus lequel…

— Mais est-ce que t’as goûté sa baguette ? demanda malicieusement la blonde.

Parvati éclata de rire et secoua la tête.

— Et est-ce qu’il t’a au moins chatouillé la dragée surprise ?

— La dragée surprise ? répéta Parvati en s’esclaffant. Non. Non… On a juste discuté !

— Oh.

Parvati se blottit davantage contre son amie, qui la prit dans ses bras.

— Tu as passé une bonne soirée ?

— Oui. C’était chouette, répondit Parvati.

— C’est le plus important !

Mais elle ne put s’empêcher de penser qu’elle s’était déçue elle-même.

— Il faut juste que tu trouves le bon…, assura Lavande. Celui-ci manquait sûrement d’enthousiasme ! Il faut jouir sans entrave, comme on dit !

Parvati avait trouvé son enthousiasme tout à fait convenable pourtant…

 

***

 

 

Parvati ne pouvait réprimer cette voix dans sa tête qui lui hurlait que quelque chose n’allait pas.

Les lèvres d’Alexander sur les siennes ne lui provoquaient ni malaise ni plaisir. Ses mains sur ses cuisses ne la faisaient ni frémir ni frisonner. Rien.

Absolument rien.

Aucun désir.

Aucune attirance sexuelle pour cet homme si beau, si gentil, et aux sourires adorables.

Elle appuya leur prochain baiser, noua ses doigts autour de sa nuque.

Peut-être que si leurs lèvres se touchaient plus longtemps, se pressaient plus fort, elle ressentirait quelque chose et qu’elle en aurait envie ?

La déception fit place à la colère, bouillonnante et incontrôlable.

Putain.

Elle était la première à cracher sur cette société patriarcale, à s’auto-proclamer féministe et fière.

Elle était une honte pour tout ce qu’elle défendait. Le droit des femmes à disposer de leurs corps comme elles l’entendaient, comme elles le voulaient, alors qu’elle-même, en était parfaitement incapable.

La culpabilité titillait et creusait un trou, minuscule mais douloureux, dans sa poitrine.

Qu’est-ce qui clochait chez elle ?

Pourquoi était-elle si mauvaise ?

Parvati voulait être comme Lavande. Elle voulait être comme Padma avant qu’elle ne rencontre Terry.

Elle voulait prendre son pied et s’éclater. Bordel, elle le voulait ce coup d’un soir. Elle le voulait parce qu’elle était Parvati Patil, une femme forte, qui aimait plaire, une femme intelligente, qui n’avait aucune limite, qui n’en avait rien à foutre de ce que les gens penseraient si elle avait une aventure d’un soir, si elle couchait avec un inconnu, juste comme ça, parce qu’elle le voulait et le pouvait.

Une femme libérée de tout, sans limite, elle avait des amants.

Parvati pouvait le faire. Elle voulait être comme toutes les autres.

Alors elle prit sur elle. Elle décida qu’elle allait se forcer.

Elle voulait être de celles qui profitaient, de celles qui prenaient, sans se poser de questions, de celles qui ne s’embarrassaient d’aucune pudeur et qui faisaient…

De celles qui faisaient ce dont elles avaient envie.

 

Envie.

 

 

Envie.

 

 

 

 

Envie.

 

Le mot résonna en écho dans son crâne.

Un éclair la traversa.

Non elle n’allait pas s’imposer ça.

Parvati voulait être de celles qui faisaient ce dont elles avaient envie.

Rien de plus. Rien de moins.

Elle mordilla les lèvres d’Alexander, un peu trop fort et il recula, les yeux brillants mais emplis d’incompréhension. Elle essuya une larme sur sa joue et elle s’excusa auprès de lui, avant de monter dans son appartement, sans rien ajouter.

 

***

 

Parce qu’elle était belle et coquette, qu’elle aimait se maquiller et faisait toujours attention à ce qu’elle portait, parce qu’elle aimait plaire et qu’elle était charmante, parce qu’elle était loin d’être timide et savait se montrer audacieuse et qu’elle avait toujours un sourire mystérieux, les gens pensaient que Parvati avait eu de nombreuses conquêtes.

Rien n’était plus faux.

Elle était sortie avec Dean Thomas, Michael Corner et brièvement, très brièvement, avec Zacharias Smith. Et aucun de ces trois hommes ne l’avaient touché et elle ne l’aurait jamais permis.

Et elle n’avait jamais osé démentir ses proches, qui avait toujours présumé cela, sans même jamais la voir aux bras de quiconque.

Parce que c’était valorisant d’avoir eut plusieurs amants.

Parce que c’était preuve d’insouciance d’avoir de nombreuses conquêtes.

Mais si elle s’était vantée de ses amants, on l’aurait méprisé et rabaissé.

Mais si elle en avait eu trop, on l’aurait insulté de « salope » comme on insultait Lavande.

Parvati tendit silencieusement son majeur à l’univers.

Cette connasse de société ne serait jamais contente.

 

***

 

 

— Parvati… Est-ce que tu es lesbienne ?

Parvati cilla et termina sa cuillère, la faisant glisser dans sa bouche, prenant garde à ce que son rouge à lèvre ne laisse aucune trace sur le couvert.

— Non.

Sa réponse avait été plus ferme et brutale qu’elle ne l’aurait souhaité et Lavande ne posa plus de question.

Parvati aurait pu choisir de mentir à sa meilleure-amie et de lui inventer une histoire de sa plus belle invention, lors de laquelle elle aurait été une femme forte et puissante, qui aurait prit en main son plaisir et aurait chevauché cet homme jusqu’à l’orgasme.

Ça aurait été plus facile.

— Je dois être une fille sage, Lavande…

Elle jeta furieusement la cuillère et rangea les dernières tables qui devaient être débarrassées, avant d’éteindre les lumières de sa boutique d’un geste sec fait avec sa baguette.

 

***

 

Parvati reposa son livre dans la bibliothèque.

Un essai féministe chaudement recommandé par Ginny Potter-Weasley dans sa dernière interview dans Les sorcières au pouvoir !

La mère de Parvati avait toujours dit à ses deux filles qu’elle était heureuse de savoir qu’elles vivraient dans un monde plus enclin à leur sexe.

Il leur manquait toujours l’égalité salariale. Elles subissaient toujours des oppressions purement sexistes liées à ce qu’elles étaient. On leur imposait des diktats, on leur prêtait des intentions, des sentiments, on les infantilisait, on les invisibilisait.

 

« Soyez belles et taisez-vous ».

 

Lavande avait dû envoyer un coup de pied bien maîtrisé dans l’entrejambe de son coéquipier pour qu’il la respecte.

Padma s’était battue et avait dû prouver sa valeur deux fois plus que n’importe quel autre médicomage, juste parce qu’elle était une femme.

Et à Parvati, on avait dit qu’elle ne comprendrait jamais rien à la comptabilité, et qu’elle ne serait jamais capable de tenir un commerce.

C’était moins pire.

Ça pouvait être mieux.

 

« Soyez belles et criez ».

 

C’était ce qu’elles disaient toutes et Parvati se sentait parfois perdue et noyée dans ses propres contradictions.

Comment pouvait-elle se proclamer féministe lorsqu’elle ne parvenait même pas à se libérer et à simplement coucher avec quelqu’un ?

Les femmes avaient des chaînes différentes, d’années en années, de décennies en décennies, de siècles en siècles, d’époques en époques.

Et elles ne seraient jamais tranquilles, tant que toutes leurs filles seraient sous chaînes.

Alors Parvati se disait que si la liberté, c’était baiser avec un inconnu, rien ne l’obligeait finalement à le faire pour se sentir femme, pour se sentir libre et forte, si elle n’en avait pas envie.

Elle était elle.

Ou alors… Complètement et inconsciemment sous l’emprise de cette société patriarcale ?

Elle ne savait plus.

Elle ne savait pas.

Parvati n’était jamais emplie de doutes. Elle était une guerrière sûre et fidèle, courageuse et téméraire.

Pourtant…

Elle était là, cette petite voix qui lui disait qu’elle était bien pathétique et qu’elles faisaient honte à toutes celles qui n’avaient pu s’offrir cette liberté et ce simple droit.

Les filles d’aujourd’hui faisaient ce qu’elles avaient envie.

 

***

 

Parvati effleura un pétale de camélia et hésita à lire la carte, qui se trouvait entre deux fleurs.

Normalement, les camélias étaient presque inodores.

Parvati avait toujours aimé les camélias pour cette raison. Ils n’embaumaient pas la pièce comme les pivoines. Ils n’avaient pas une odeur poudrée comme la fleur de lotus, ou entêtante comme celle de la lavande.

On pouvait leur imaginer, leur superposer n’importe quelle fragrance, leur associer n’importe quelle odeur.

Elle enleva une fleur du bouquet et le regarda tristement avant de tourner les yeux vers son lit défait et désormais vide maintenant qu’elle venait de le quitter. Elle bu un verre d’eau et remit de l’ordre dans ses cheveux tout ébouriffés avant de se couvrir.

Pour beaucoup, le sexe ne s’expliquait pas. Il était naturel, primaire même, mais pour Parvati… L’attirance se construisait, s’apprenait, se nourrissait. Elle n’était pas innée. Elle n’était pas le fruit d’un regard ou d’une caresse. Elle était une connexion.

Parvati avait une libido.

Ça au moins, elle en était certaine.

Ce n’était pas médical ou psychologique ou hormonal ou autre. Ou…

Alors qu’est-ce qui clochait chez elle, nom d’un scrout à pétard ?

Parvati s’était renseignée et elle avait lu quelques balbutiements, quelques réflexions qui lui avaient eu un certain écho en elle sans pour autant sonner vraies. Ils parlaient de personnes un peu comme elle, qui ne ressentait aucun plaisir. Mais pour elle, ce n’était pas tout à fait ça. Pas vraiment. Parce que du plaisir, avec Greg, elle en avait eut. Du plaisir, avec elle-même, elle en avait. Alors, si elle retrouvait un peu d’elle dans les mots qu’elle avait lu, au final, elle se sentait parfois plus perdue et seule encore. Elle n’était ni comme les uns ni comme les autres.

Elle avait besoin d’un mot. D’une définition.

Pour comprendre.

Parvati avait toujours choisi son camp. Elle avait un avis tranché sur tout et pour tout. Elle n’aimait pas les entre-deux. Elle était toujours confiante et sûre d’elle et de ses opinions.

Et voilà qu’ironiquement, elle se noyait en plein dedans…

 

***

 

Parvati adorait lire les feuilles de thé des tasses de ses clientes. La tasséomancie était sûrement son art divinatoire préféré. Elle n’embellissait jamais ses prédictions et ne cherchait pas non plus à les rendre plus héroïques pour promettre à chacun une destinée formidable.

Parvati était persuadée que toutes les vies étaient uniques à leurs propres façons.

Une lecture des feuilles de thé se préparait et les séances de Parvati avaient de plus en plus de réputation. Lavande avait été sa première cliente évidemment et Padma, qui avait toujours été un peu plus sceptique quant à tout ce qui touchait à la divination, s’était même laissée tenter.

— Est-ce donc tout ce que vous voyez ? se désola une cliente.

Elle avait encore des miettes de toutes les couleurs, autour de la bouche, de la pâtisserie qu’elle avait acheté.

— Les feuilles de thé n’ont aucun pouvoir intrinsèque. Les fortunes sont le seul reflet de nos intuitions. Mes réponses ne sont cultivées que par ma pratique, encore bien jeune, Madame, s’excusa poliment Parvati en souriant avec une douceur et une confiance de forces égales.

La sorcière sembla déçue et Parvati tapota sa main avec compassion avant de se poster derrière le comptoir.

Son commerce fonctionnait plutôt bien. Il se forgeait une réputation et Parvati en était fière. Elle n’avait pas la carrière de Tireuse d’Élite de Lavande, ni même le succès fleurissant de Padma qui s’imposait dans la médicomagie expérimentale, mais elle était heureuse.

Elle aurait seulement voulu être un peu plus différente.

Ou pas tellement. Ou simplement pour correspondre à ce qu’était les filles d’aujourd’hui.

Fières. Grandes. Belles. Fortes. Indépendantes. Libres.

 

 

***

 

Maintenant qu’elle y pensait, le sexe était partout. Dans les pubs moldues qu’elle voyait dans la rue. Les corps féminins étaient exposés sur de gros encarts, la bouche entre-ouverte, une expression mystérieuse. Elles étaient quasiment toutes dénudées et tout ça pour un parfum ou un nouveau balai de courses qui venait de sortir et qu’elles chevauchaient de façon si peu pratique... Dans les livres, aussi, le sexe faisait sa place. Dans les films, lorsqu’on ne voyait que des gros plans sur des cuisses, des jambes, des poitrines, des torses, sans jamais voir un visage, comme s’ils n’étaient tous que des membres cousus les uns aux autres, sans âme. Dans les parcs lorsque des couples s’embrassaient à pleine bouches et se frottaient l’un à l’autre. Dans les magazines et les journaux. Dans les boutiques, qui vendaient des vêtements et de la lingerie sexy qui promettait de « faire tomber ces messieurs à la renverse ». Chez l’apothicaire qui vendait des plantes pour améliorer l’endurance. Chez la potionniste, qui proposait des fioles supposées décupler le plaisir. Certaines boissons faisaient même référence au sexe. Sex on the beach. After sex. Blow job. On parlait de plats orgasmiques lorsqu’ils étaient succulents.

Ses amies faisaient beaucoup de blagues salaces. L’autre jour, un homme l’avait regardé avec insistance, alors qu’elle mangeait seulement une banane qu’elle venait d’éplucher.

Presque tout était plus ou moins lié au sexe, autour d’elle. De près ou de loin.

Ou alors, elle le voyait partout parce qu’en ce moment, elle ne se questionnait que sur ça… Peut-être qu’elle était obsédée ?

Mais le pire, c’était lorsqu’elle discutait avec Lavande ou Padma, ou même avec d’autres personnes dont elle était assez proche.

Parvati n’y comprenait rien. Elle avait l’impression d’être anormale, de ne pas être intéressée par les rapports sexuels. Sa confusion était d’autant plus grande, que les normes sociales étaient contradictoires.

Les hommes les voulaient innocentes et séductrices. Vierges et expérimentées.

Parvati, elle, voulait juste aimer et être aimée.

Qu’ils aillent tous se faire foutre, pensait Parvati.

L’injonction du sexe était partout et elle ne s’y était jamais sentie si soumise et écrasée.

Les filles d’aujourd’hui avaient d’autres combats.

Différents de celles d’hier. Mais bien présents.

Et qu’importe sa sexualité. Parvati était des leurs.

Elle voulait s’en convaincre.

 

 

***

 

Elle tirait les cartes à Lavande, impatiente de découvrir ce qu’elles lui réservait. Parvati sourit, tout en faisant tourner sa baguette pour commander aux divers plateaux remplis d’assiettes, de verres et de tasses, de se rendre jusqu’aux cuisines.

— Parvati…, bredouilla Lavande après quelques instants.

Lavande ne bredouillait jamais.

— Je suis désolée. Je suis maladroite et ça n’excuse pas tout, je le sais et je vois bien que … Tu es distraite en ce moment. Soucieuse. Je suis indiscrète, très indélicate aussi…

Parvati haussa les épaules et commença à ranger ses cartes.

— Parvati… Tu sais que tu peux tout me dire, n’est-ce pas ?

Lavande pouvait tout entendre. Elle était la personne la plus forte que Parvati connaissait. Cela faisait des semaines que la brune ressassait ces dernières semaines, qu’elle reniflait le parfum des camélias et qu’elle restait toute seule dans son lit à se questionner.

— Je crois que quelque chose cloche chez moi, souffla Parvati à demi-mot.

La blonde encadra le visage de sa meilleure-amie de ses deux mains et lui sourit tout doucement.

— Qu’est-ce qui te fait croire une telle chose ?

— Je ne suis pas comme toi Lavande.

Son amie éclata d’un rire sonore qui réchauffa la pièce.

— C’est plutôt une bonne chose si tu veux mon avis. Une très bonne chose, même.

— Lavande…, reprit sérieusement Parvati. J’ai essayé, je te jure.

Elle était fatiguée et lassée.

— Mais je n’y arrive pas. Je ne suis plus amoureuse de Greg, vraiment. Ce n’est pas ça. Je me suis détachée et je suis heureuse sans lui. Enfin, c’était ce que je croyais mais j’ai voulu faire comme tu m’as dit. Me décoincer un peu. Remonter en scelle. Me taper quelqu’un. Je n’y arrive pas. Je… Au moment où les choses deviennent sérieuses, je ne ressens rien. Absolument rien et je n’en ai pas envie. Le sexe… Le sexe avec quelqu’un je veux dire… Ça ne me manque pas. Pourtant, avec Greg, ça ne me laissait pas indifférente ! J’adorais ça. Alors … Est-ce que tu crois que je ne pourrais plus jamais coucher avec d’autres personnes  ?

Il y avait tant d’inquiétude dans sa voix que Lavande caressa ses joues avant de faire glisser ses mains jusqu’à celles de son amie.

— Parvati…

— Je veux être une fille normale, comme toi. Je veux avoir des coups d’un soir, des amants et prendre mon pied. Je veux tout ça, sans me prendre la tête, sans réfléchir, comme tu le fais !

— C’est vraiment ce que tu veux, Parvati ? l’interrogea doucement Lavande. Ce n’est pas parce que c’est ce que moi je veux, que tu dois le vouloir également.

— Tu dis toujours que les filles sages connaissent leurs limites et que les filles intelligentes n’en ont pas. Mais moi j’en ai, Lavande ! Je…

— Morgane et Circé réunies, ce que je peux être crétine parfois, se désola Lavande en secouant la tête.

— Je ne ressens aucune attirance physique pour Alexander. Ou pour qui que ce soit en fait. Ils ne m’excitent pas et je sais… Je sais qu’avec Greg, c’était la même chose, avant que je n’en tombe amoureuse.

Lavande avait les yeux grand ouverts et une mine coupable.

— Je ne pensais pas que tu te sentais ainsi…

— Le sexe a l’air d’être si important pour toi et je trouve ça génial que tu sois si libre, si toi, que tu expérimentes ou pas, que tu fasses simplement… Ce dont tu as envie. Mais moi… Ce n’est pas ce dont j’ai envie. Et j’ai l’impression que tout le monde autour de moi, a cette envie. J’ai l’impression que je suis restée… une enfant immature qui n’aurait pas compris les joies du sexe. Tout le monde aime ça. Tout le monde trouve ça génial. Tout le monde dit que c’est le ciment du couple et je ne comprends pas… Tout s’embrouille dans ma tête et je ne comprends pas !

Parvati porta une main à sa bouche pour retenir un sanglot.

Elle n’avait jamais verbalisé tout ça.

Lavande serra un peu plus ses mains entre les siennes.

— Je crois… Je crois qu’on a tous notre vision du sexe. Pour certains, c’est si intime qu’ils ne peuvent pas le partager avec des personnes qu’ils viennent de rencontrer. Pour d’autres, c’est un bon moyen de décompresser, d’oublier ou de forger une relation avec quelqu’un. D’autres encore, n’y voient que des relations physiques détachées de tout sentiment. Et je pense que toutes ces définitions de la sexualité sont bonnes et qu’il te suffit seulement de trouver la tienne ou de l’écrire toi-même. Je n’ai qu’une seule certitude Parvati. C’est qu’en matière de sexe, il ne faut jamais se forcer à faire quelque chose dont on n’a pas envie. Le reste importe peu. T’es pas une incapable. T’es pas une enfant. T’es pas une fille sage. Et les limites… Les limites, c’est chouette et réconfortant. On en a tous. Cette phrase est débile !

Parvati secoua la tête, loin d’être convaincue alors Lavande quitta sa chaise pour s’agenouiller devant sa meilleure-amie et poser sa tête sur ses genoux.

— Etre libre c’est faire ce qui nous fait envie ou plaisir. Mais c’est aussi ne pas faire ce qui ne nous fait pas envie ou plaisir.

Parvati essuya ses larmes, en essayant de ne pas étaler davantage son mascara.

— Si j’avais su que tu traversais tout ça, jamais je ne t’aurais poussé ou encouragé à sortir avec des hommes. Je suis désolée. Je ne voulais pas te blesser ou te faire sentir moins… « femme ».

Entendre ces mots lui apportait un certain réconfort et un soulagement qui combla presque le minuscule trou d’incertitude creusé dans son coeur.

— Je crois que j’ai besoin d’aimer, d’aimer très fort, pour coucher avec quelqu’un.

Et les sentiments, chez Parvati, ils se cultivaient précieusement et se cueillaient une fois mûrs.

Ou alors, ils foudroyaient et l’emportaient.

Jamais entre les deux.

— D’accord, sourit Lavande.

Lavande resta un moment à regarder son amie et elle sentit son coeur se briser, lorsque Parvati lui fit un dernier aveu.

— J’aurais vraiment voulu être comme toi et pouvoir prendre du plaisir avec n’importe qui…

 

***

 

Parvati jeta les camélias qui sentaient maintenant trop fort.

Avant de le faire, elle lu la carte, coincée entre deux fleurs.

Elle disait « on s’est aimés ».

Elle trouva ça très indélicat de la part de Greg, d’écrire une telle chose sur une carte d’un bouquet de fleurs de rupture. Puis, à la réflexion, elle fut attendrie.

L’amour avait toujours été la réponse à toutes les questions de Parvati.

Elle se démaquilla dans son miroir et enfila un bas de pyjama blanc et gris. Elle chercha un moment le haut assorti, sans le trouver et en choisit un au hasard, violet. Elle libéra ses longs cheveux noirs de son chignon et partit se coucher, dans son lit, le coeur un peu plus léger.

Parvati ne sentit plus que l’odeur de son propre parfum, qu’elle aimait et qui la réconfortait plus que tous les autres.

 

Elle songea aux filles d’aujourd’hui et se trouva fière, d’en faire partie, à sa propre façon.

 

Note de fin de chapitre :

La demisexualité est une orientation sexuelle du spectre asexuel où une personne ne ressent de l'attirance sexuelle envers une autre personne qu'après avoir formé un lien émotionnel fort avec celle-ci. La demisexualité fait partie du spectre de l'asexualité.

Et il n'y a pas de normalité. Il y a juste une infité de réalités ❤

Et à travers Parvati, je vous ai partagé un peu de la mienne ❤

 

 

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