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News

Programme de juillet des Aspics


Bonsoir à toustes !

Un peu de lecture pour vous accompagner en cette période estivale... Vous avez jusqu'au 31 juillet pour, d'une part, voter pour le thème de la prochaine sélection ici et, d'autre part, lire les textes de la sélection "Romance" du deuxième trimestre 2024, et voter ici !

Les sélections sont l'occasion de moments d'échange, n'hésitez pas à nous dire ce que vous en avez pensé sur le forum ou directement en reviews auprès des auteurices !


De L'Equipe des Podiums le 11/07/2024 22:30


Assemblée Générale 2024


Bonjour à toustes,

L'assemblée générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé est présentement ouverte sur le forum et ce jusqu'à vendredi prochain, le 21 juin 2024, à 19h.

Venez lire, échanger et voter (pour les adhérents) pour l'avenir de l'association.

Bonne AG !
De Conseil d'Administration le 14/06/2024 19:04


Sélection Romance !


Bonsoir à toustes,

Comme vous l'avez peut-être déjà constaté, sur notre page d'accueil s'affichent désormais des textes nous présentant des tranches de vie tout aussi romantiques ou romancées les uns que les autres ! Et oui, c'est la sélection Romance qui occupera le début de l'été, jusqu'au 31 juillet.

Nous vous encourageons vivement à (re)découvrir, lire et commenter cette sélection ! Avec une petite surprise pour les plus assidu.e.s d'entre vous...

Bien sûr, vous pouvez voter, ça se passe ici !


De Jury des Aspics le 12/06/2024 22:31


145e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 145e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Vendredi 14 juin à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
À très bientôt !


 


De L'équipe des nuits le 12/06/2024 12:33


Maintenance des serveurs


Attention, deux interventions techniques prévues par notre hébergeur peuvent impacter votre utilisation de nos sites les 28 mai et 4 juin, de 20h à minuit ! Pas d'inquiétudes à avoir si vous remarquez des coupures ponctuelles sur ces plages horaires, promis ce ne sont pas de vilains gremlins qui grignotent nos câbles ;)

De Conseil d'Administration le 26/05/2024 18:10


144e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 144e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Samedi 18 mai à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits et à vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De L'équipe des Nuits le 12/05/2024 11:00


Etre une femme par PititeCitrouille

[2 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Amie lectrice, ami lecteur,

Ce texte a été rédigé dans le cadre des prompts lancés par l'équipe de la modération de HPF Fanfiction à l'occasion du Trans HPF Month 2023.

Il répond au prompt n°4 - "Je ne suis pas libre tant que n'importe quelle autre femme est privée de sa liberté, même si ses chaînes sont très différentes des miennes", Audre Lorde.

 

Note de chapitre:

Prenez bien en compte les TW avant de lire ce texte, qui se regroupent autour de l'idée suivante : le personnage d'Andromeda souffre du SOPK (Syndrome des Ovaires PolyKystiques).

TW - Je ne sais pas comment ça s'appelle et ce n'est pas vraiment de la trichotillomanie - je crois : obsession sur l'épilation, les poils, et dans le doute, trichotillomanie donc

TW - Grossophobie intériorisée, idées noires

CW - Discrimination, grossophobie, et je ne sais pas comment ça s'appelle : moqueries, insultes sur le fondement de la pilosité

Du reste, ces TW précisent ceux qui sont mentionnés sur la page de résumé de l'histoire. Attention, le texte est écrit en majorité du point de vue d'Andromeda, qui a une très faible estime d'elle-même.

Si vous êtes encore là : oui, il y a de la douceur dans ce texte, ça se décante à la fin.

Bonne lecture !

 

 

 

Andromeda ne jugeait son physique jamais qu'avec des mots extrêmement durs, enfouis dans son esprit à cause de sa mère, et malgré l'inextinguible patience de Ted qui la valorisait tous les jours d'une manière ou d'une autre. Andromeda l'entendait mais le mal était fait, et les bonnes paroles de son époux ne servaient qu'à rendre, hélas, ces pensées moins violentes.

Vache. Ou sa variante, truie. Ou salope (ce n'est pas un animal, mais même pour en trouver, les gens sont bêtes). Bien grosse.

Singe. Ou sa variante, gorille. Ou guenon ! Bien poilue.

Les comparaisons animalières ne manquaient pas, et enlevaient à petits feux toute humanité dans la dignité d'Andromeda. Sans Ted, sans Dora, elle aurait été immensément malheureuse, emprunte d'un de ces désespoirs qui ne se soignent que longuement et difficilement, avant qu'il ne soit trop tard. Mais Ted et Dora étaient sa vie, elle les aimait d'une force proportionnelle à la haine qui lui avait versé le monde au fil des années - son monde d'abord, la famille reniée, le monde des autres ensuite, la méchante société.

***

Un déjeuner banal entre des parents et leur fille. Salle à manger, baie vitrée qui donne sur un jardinet vert.

"Papa, Maman, il faut que je vous dise quelque chose.

- On t'écoute, Dorette adorée, répondit Ted.

- Au Bureau, on parle beaucoup de la nouvelle organisation de Dumbledore pour lutter contre la montée de la guerre. J'ai vraiment envie d'y participer."

Andromeda jeta un regard furtif à Ted et ils sourirent tous les deux.

"Ouh c'est chaud... Et bien oui, c'est une bonne chose, dit-elle en mâchonnant avec peine sa bouchée brûlante de haricots verts. L'Ordre du Phénix est de retour, Ted, ajouta-t-elle après avoir avalé.

- Oh, vous connaissez ?

- Et pas qu'un peu ! enchérit Ted. Du fait de ma condition, de ton jeune âge et de nos métiers relativement... calmes (à ces mots, Nymphadora émit un rire silencieux), nous n'y avions pas postulé pour faire des missions très engageantes physiquement. En revanche, nous étions en lien avec pour faire passer des familles de Nés-Moldus dans des cachettes, avec l'aide des MacMillan. Avec un collègue de la Gazette, nous sabotions la ligne d'imprimerie pour créer des disparitions, des explications en quelque sorte. Edward MacMillan travaillait au Ministère et falsifiait des recensements entiers de Nés-Moldus.

- Hortensia MacMillan et moi-même allions démarcher des cachettes en sillonnant le Royaume-Uni, compléta Andromeda. Deux femmes distinguées, cela donnait de la caution. Ma tante Euphémia me donnait beaucoup d'argent pour cette tâche, lequel, accumulé aux sommes conséquentes apportées par les MacMillan, nous permettait de mieux convaincre nos loueurs, et de payer aussi ceux qui se portaient garants - ça aurait été trop repérable si nous l'étions nous-mêmes."

Son père semblait se perdre dans ses souvenirs, les yeux en l'air, sa fourchette suspendue piquant un morceau de pomme de terre qui refroidissait. Dora l'écoutait, éperdue d'enthousiasme à savoir que ses parents avaient fait partie du bon côté, chose fort rare dans toute guerre, où la situation prédominante est l'attentisme.

"Vous reprendrez du service vous aussi, alors ?

- J'attendrai le signal pour démarrer cette activité, répondit Andromeda.

- Edward MacMillan ne pourra pas faire deux fois ses falsifications, ajouta Ted. On a dû comprendre ce qu'il a fait, et soi mettre des garde-fous, soi lui enlever ses habilitations. Dans tous les cas, il ne fera pas long feu au Ministère lorsque la guerre sera ouverte.

- Et sinon ?"

Dora montrait plus d'impatience dans sa voix qu'elle n'en aurait voulu avoir.

"On verra ce qui pourra être fait en fonction de nos capacités, ma Dora chérie, reprit doucement Andromeda."

***

Un après-midi banal, il y a des parents, leur fille, et une amie de leur fille. Ted et l'invitée ont chacun leur fauteuil, les autres sont assises sur le canapé. Le crapaud de Dora, Pastèque (vert à l'extérieur, rouge à l'intérieur), juché sur une table basse, gonfle sa gorge - après-midi banal chez des sorciers, plutôt.

"Hestia est venue avec moi pour vous présenter des actions auxquelles vous pourriez éventuellement participer. Comme les initiatives de la dernière guerre ont quasiment toutes été révélées, il faut trouver de nouvelles choses collectivement.

- Réfléchir est en effet dans nos cordes, dit malicieusement Ted."

Andromeda se tenait relativement raide à côté de lui, mais il ne l'avait pas encore remarqué, car c'était imperceptible.

"Le but est de discuter bonnes planques, exposa Hestia. Lors de la dernière guerre, vous cachiez des Nés-Moldus, je cachais des LGBTQIA+. Unissons donc nos moyens et nos idées pour cette fois-ci et surtout, créons des stratégies nouvelles pour tout le monde."

Andromeda tenta de participer à la conversation, mais elle n'y arriva pas, alors elle décrocha. Dora le sentit, ses cheveux prirent une teinte plus foncée, elle fronça les sourcils pour tenter un signe de connivence silencieux, mais sa mère ne la regardait pas.

Ted et Hestia se mirent d'accord sur un certain nombre de points.

"Andromeda, tu en penses quoi ?

- Du bien, du bien, fit-elle en recentrant son attention sur son mari.

- Ça va, Meda ? demanda-t-il plus doucement, à son encontre seulement. Tu n'as pas l'air dans ton assiette ?

- Je peux repasser plus tard, si vous le souhaitez, je suis désolée... Comme je ne vous connais pas, je ne me doutais pas... Oh, vraiment, si c'était malvenu...

- Tout va bien ! réfuta Andromeda. Tout va bien, répéta-t-elle, plus bas."

Dora hocha la tête, l'air de dire "tu ne me dupes pas, Maman, on en reparlera plus tard".

Ils prirent le thé ensemble, puis les deux femmes prirent congés. À peine Hestia eût-elle fermé la porte de la véranda qui servait d'entrée que Dora dit précipitamment :

"Maman n'était pas bien aujourd'hui mais ce n'est pas à cause de toi.

- Ce n'est jamais évident de parler de ces sujets, je l'avoue. Mais on a bien travaillé, regarde, deux parchemins de notes !

- Non, ce que je voulais dire, c'est que ce n'est pas à cause de, euh, toi."

Hestia la regarda, interloquée.

"Je veux dire, elle n'a rien contre toi.

- Dori, franchement, ne me ramène pas à la transidentité là où il n'y en a pas besoin ! Non ? Tu parlais bien de ça ?

- Si, mais non, mais oui, ah je suis maladroite, pardon, pardon, pardon, je voulais dire que tu aurais peut-être cru que ma maman était distante pour marquer une forme de désapprobation, alors que pas du tout, elle est tristounette parfois et c'est parce qu'elle a ses problèmes, mais je ne voulais pas que tu te sentes mal parce que tu vas devoir coopérer avec elle longtemps, donc autant que tu saches que euh, bah, tout va bien avec elle, vraiment, et que l'après-midi était chouette sinon et...

- Chut Dori ha ha, rigola Hestia, respire parfois quand tu parles !"

Dora avait tout débité d'une traite et des nuances de rouge s'étaient parsemées dans ses cheveux.

Elles passèrent au Square Grimmaud déposer les papiers, y bavardèrent un peu entre elles, croisèrent Arthur Weasley en pleine séance de bricolage dans un salon, Maugrey leur annonça qu'elles allaient l'accompagner chercher Harry, Dora alla deviser avec son cousin et renversa son verre de jus de citrouille sur le tapis, Remus passa avec une tarte à la mélasse de sa confection, bref, c'était la vie normale du nouveau quartier général de l'Ordre.

Hestia oublia assez vite cette discussion. Parfois, les gens, même lorsqu'ils étaient absolument ouverts, bienveillants, tolérants, comme Dora, évoquaient sa transidentité, mais cette fois dans le but qu'elle se sente bien. Avec espoir, elle pensait que dans une génération, celle de leurs enfants, du moins ceux de ces gens ouverts et bienveillants et tolérants, on n'en parlerait pas. La transidentité serait intégrée et on n'aurait plus à en discuter du tout. Quoi qu'il en soit, ce qu'avait raconté Dora sur sa mère n'avait rien d'extraordinaire et ne la troubla pas outre-mesure.

***

Andromeda ressentit d'abord une colère immense. C'était comme une vague qui partait de son estomac et la submergeait tout entière, martelant dans sa tête les insultes maintes fois répétées par d'autres ou elle-même. Comment cela se faisait-il que Hestia Jones, née dans un corps d'homme, ressemble plus à une femme qu'elle-même, née dans un corps de femme ?

C'était de ce constat probablement subjectif et biaisé que naquit la rage d'Andromeda, à l'encontre peut-être de Hestia, mais surtout de la société tout entière qui voulait qu'il en soit ainsi et enfin d'elle-même. Un moyen comme un autre de se déprécier, de se rapiécer, de se défaire de son rang de femme en se rappelant tout ce qu'elle avait d'inhumain et de monstrueux.

Elle s'enferma un temps dans la salle de bains, se saisit de sa pince à épiler et commença à trifouiller, torturer, creuser et défoncer ses jambes, repliée dans la baignoire. Elle avait beau hurler toujours qu'elle fuyait les cabinets médicaux, les potionnistes, les moldus et les sorciers : elle se réfugiait quand même bien quelque part, et c'était derrière son rideau de douche.

Elle évacuait ainsi, à chaque prise, un peu du trop-plein de colère. Mais comme elle le faisait souvent - et ça allait croissant avec le nouveau stress dû à la montée de la guerre, elle n'avait parfois plus assez de poils visibles. Or, il lui restait encore beaucoup de colère, et, pinçant ses lèvres tremblantes, refusant de pleurer, elle entreprit d'aller les chercher plus loin, quitte à charcuter sa peau.

Elle ne cherchait pas à ce que ça reste discret : poils, cicatrices, les uns comme les autres étaient égaux devant sa culpabilité et son impuissance. Dans tous les cas, elle mettrait des jupes longues et retournerait dans sa tête que ses jambes étaient laides et repoussantes.

De temps à autre, un accès d'émotion lui pressait le cœur, alors sa main se faisait moins précise et elle n'arrivait pas à saisir la base du poil. Ainsi frustrée, elle s'acharnait un peu plus. Mais lorsqu'elle y arrivait enfin, et que la racine s'extrayait avec un bruit de "ploup" gras et long, elle exultait intérieurement de satisfaction. Cependant, le poil était parfois sec et rabougri, alors elle continuait jusqu'au prochain qui lui apporterait récompense intérieure pour ses efforts.

Elle savait qu'elle devait arrêter mais elle n'y arrivait pas, surtout en ce genre d'instant. La pointe de la pince à épiler était si fine qu'elle ne ressentait pas de douleur physique, malgré les deux ou trois perles de sang qui luisaient sur son mollet. Pour deux ou trois gouttes de sang, où était le mal ?

***

Toc, toc, toc.

"Je peux entrer ?"

Andromeda, en entendant la voix de son mari, sortit de la torpeur minutieuse et opiniâtre dans laquelle elle s'était installée, et brusquement se leva de la baignoire, effarée. Elle se sentait perdue même si elle savait que Ted savait et aussi qu'il savait qu'elle savait qu'il savait.

"Meda."

Elle sortit de la baignoire, prit soin de ne pas se regarder dans la glace de l'armoire murale, lava sa pince au savon sous de l'eau chaude, sortit du coton et une lotion pour assainir sa peau et en badigeonna ses jambes.

"J'arrive, Ted.

- Prends ton temps, fais comme tu le sens."

***

Ce soir-là, Andromeda ne réussit pas à parler à Ted. Elle resta silencieuse, la mâchoire balbutiante mais serrée, tandis que Ted tenait ses mains dans les siennes. C'était ce qu'il faisait souvent pour qu'elle se calme et arrête de toucher ses jambes à la recherche de la moindre aspérité piquante.

Ce fut lorsque Dora repassa le lendemain qu'elle réussit, enfin, à exprimer tout ce qui l'abattait. Dora était la chance de sa vie, et ceci se matérialisait en ce que Dora pouvait, elle, changer à l'envie son apparence. Pourtant, ses transformations étaient, en fait, naturelles : la plupart du temps, seuls ses cheveux étaient les témoins de ses émotions. Le plus extraordinaire dans tout ceci était qu'Andromeda n'en concevait strictement aucune jalousie : elle pensait bien sincèrement que sa fille méritait tout ce qu'elle n'avait jamais eu !

"Maman, ça ne va pas, et ce n'est pas une question, dit Dora en l'embrassant sur la joue. C'est Hestia qui t'a perturbée, je le sens."

Andromeda ne répondit pas. Il n'y avait rien à dire ; il était vrai que Hestia l'avait perturbée. Alors, elle détourna la tête, car elle se sentait toujours honteuse d'être si vulnérable devant sa fille, si belle et si forte.

"Hestia n'est pas...

- Hestia est une femme, martela Dora d'une façon presqu’agressive.

- Mais Hestia n'est pas née femme ! cria Andromeda."

Dora fronça les sourcils et secoua la tête en signe de désapprobation.

"Oh, Dora, tu sais très bien ce que je veux dire et tu joues sur les mots. Elle n'est pas née dans un corps de femme, est-ce que tu es contente comme ça ? s'agaça Andromeda.

- Maman, tu n'es pas obligée de dire ça pour t'exprimer.

- Justement, explosa Andromeda, chaque fois que je m'exprime, personne ne me comprend jamais, jamais, jamais ! Ce n'est pas ce que je voulais insinuer, et ce n'est pas de ça dont je voulais parler ! Ne me parle pas de Hestia ! Personne ne me comprend, jamais ! Jamais !"

Dora resta stoïque face aux hurlements, d'où s'échappèrent soudain, comme une averse déferlant après les grondements de l'orage, un torrent de larmes.

"Tout ce que je sais, c'est que cette Hestia est juste une belle femme bien comme il faut tandis que moi, je resterai éternellement le monstre. Comment est-ce possible qu'elle n'ait plus ses poils et que moi j'ai encore les miens, qu'elle soit de jolie taille avec toutes les hormones qu'elle doit prendre, alors que je ne suis qu'un gros tas...

- Maman, tu n'es pas obligée de t'insulter pour parler de ton corps.

-  C'est la vérité.

- C'est faux.

- Je sais très bien que je suis grosse. Tout le monde le dit. Qu'est-ce que ce ça change ?

- Gros n'est pas un gros mot, Maman.

- Très drôle, coupa Andromeda d'un ton sec. Vous êtes vraiment à la rue, vous, les petites jeunes d'aujourd'hui. Je suis féministe, vous dites toutes ! Tu parles...

- Maman, je veux bien discuter avec toi, mais il faut que tu te calmes, maintenant. Tu ne me parles pas sur ce ton, s'imposa à son tour Dora."

A force de persuasion, elle finit par calmer sa mère, laquelle, épuisée, s'étendit à demi dans le canapé. Enfin, elle put mettre à mots le monologue qui la délivrerait de cette colère et cette impuissance - oh, pas de toute celles accumulées depuis des années, mais seulement celles de l'instant qui traînait depuis quelques heures, ce qui était déjà louable. 

"Je n'ai rien contre Hestia, Dora-dorée, vraiment... C'est juste que je suis épuisée... Épuisée et jalouse. Je ne dis pas qu'elle n'a pas eu une vie difficile, elle aussi, loin de là, ni qu'elle n'a pas dû se heurter à des murs de silence de la part des médecins et des murs de souffrance de la part de la société. Simplement... Est-ce que c'est humain, d'être jaloux ?

- Oui, acquiesça Dora.

- Bon, tu vois que je ne suis pas qu'un monstre. Je ne suis humaine que lorsqu'il s'agit de se couvrir de défauts humains. Passons.

- Maman ! protesta sa fille. Ne dis pas ce genre de bêtises.

- Laisse-moi dire ce que je veux, pour une fois dans ma vie. Voilà ce dont je crève : ce que la médecine a pu pour elle, elle ne le peut pas pour moi ; ce que la magie a pu pour elle, elle ne le peut pas pour moi.

- Maman, peut-être que les choses ont évolué... Cela fait si longtemps que tu ne vas pas...

- Mais pourquoi tout le monde me culpabilise donc, tout le temps ? sanglota Andromeda."

Dora, mal à l'aise - elle avait compris qu'elle avait dit quelque chose de maladroit et pas forcément nécessaire, s'approcha doucement pour coller son torse contre le sien. Elle s'appliqua à énoncer son raisonnement dans sa tête, laissant le champs libre à sa mère de s'épancher un peu plus puis de se calmer, avant de l'expliquer à voix haute.

"Ce n'est pas parce que tu prendrais potentiellement le même genre de traitements que Hestia que cela validerait tous les médisants qui te traitent d'hommes tout le jour durant. Tu n'es pas née dans un corps d'homme et tu le sais très bien. Simplement, il se trouve fortuitement qu'ayant les mêmes effets désirés, ils pourraient te convenir.

Maintenant, il s'agit d'examiner si tu as envie d'en prendre. Il y a des femmes de ta situation qui n'en ressentent ni l'envie ni le besoin - non, Maman, ne t'énerve pas, écoute-moi jusqu'au bout, ton ressenti existe et est légitime mais pas moins que celui des autres, même si ces autres sont rares. Pour ta part, je crois que ce qui te pèse, c'est définitivement le regard des autres, car tu crèverais d'envie, dans l'idéal, de pouvoir t'administrer toi-même ces remèdes, sans rendre compte à quiconque.
Alors, ce qui te différencie de Hestia, c'est simplement la motivation. Tu en veux pour te débarrasser de quelque chose qui te fait du mal, c'est douloureux. Hestia en veut pour acquérir ce qui lui fait du bien, c'est libérateur.

- Pour moi aussi ce serait libérateur, coupa Andromeda. Ta dernière phrase n'a aucun sens.

- C'est là où j'y viens. Pour vous deux, ce n'est pas un caprice, c'est un besoin. Et ce qui vous fait souffrir toutes les deux, c'est le regard plein de jugement des autres, qui vous dit à toutes les deux que vous ne serez jamais assez femmes. Finalement, vous n'êtes que le revers du même Gallion."

Andromeda secoua piteusement la tête.

"Lorsque j'étais jeune encore, toute l'éducation sombre du Square Grimmaud sur mes épaules, je n'entendais pas bien ce que me disait ma tante Euphémia, il faut croire. Elle me disait déjà tout ce que tu viens de me raconter, mais je ne voulais pas l'écouter. J'étais pleine de colère car elle s'occupait aussi de Narcissa et Bellatrix, qui ne se révoltaient jamais contre l'ordre établi, et j'étais donc jalouse, encore.

Je ne voyais pas que nous n'étions que des adolescentes et que tout pouvait basculer, même pour mes sœurs, et que notre tante cherchait cela. Paradoxalement, c'est d'avoir cru qu'elle me délaissait - alors qu'elle répartissait équitablement ses efforts - qui m'a poussée à croire que je ne trouverai jamais de salut même au sein de ma propre famille et à décider de m'enfuir chez Ted.

- Oh, Maman, c'est quelque chose que tu ne m'as jamais raconté !

- Ce n'est pas une très belle période de ma vie.

- Si c'est celle qui a vu Papa et toi se mettre ensemble pour de bon, bien sûr que c'est, rétrospectivement, je te le concède, une belle période de ta vie ! Tout n'est pas noir ou blanc, Maman ! Et Sirius m'a déjà raconté sa fugue, alors je veux tout savoir sur la tienne !"

Andromeda sourit.

"Comment est-ce que tu commencerais cette histoire, toi, une petite jeune féministe ?

- C'est l'histoire d'une famille de femmes dans un monde patriarcal. Non, trop générique. C'est l'histoire d'Andromeda, qui a le syndrome des ovaires polykystiques dans un monde patriarcal. C'est la même histoire que celle de Hestia, qui est une femme transgenre dans un monde patriarcal.

- Et quelle serait la fin ?

- Aucune femme n'est libre tant que n'importe quelle autre femme est privée de sa liberté, même si leurs chaînes sont très différentes. Mais il manque le milieu, Maman, raconte !"

Dora commença à papillonner des yeux, en les rendant exagérément grands et mignons. Andromeda sourit une nouvelle fois.

"Quand tu dilates ta pupille comme ça, je craque, tu le sais, coquine. Bon, alors, en septième année..."

Note de fin de chapitre :

Le titre donné à ce prompt me vient de la vidéo virale "Be a lady, they said", de Girls, Girls, Girls Magazine sur un poème éponyme de Camille Rainville. C'est, dans l'esprit, ce que j'ai voulu restituer, en partie, à travers cet OS : tout ce qui ferait une femme est sujet à tant de spéculations et de critères de la part du patriarcat (qui se modélise chez moi par une société bien peu tolérante à la différence) que la seule façon de s'y conformer serait de ne pas exister.

Le texte évoque également le syndrome des ovaires polykystiques, un trouble d'origine hormonale qui touche environ 10% des femmes. Pour faire très court, il provoque une production d'hormones masculinisantes un peu plus élevée que ce qui est observé en moyenne, d'où une plus forte propension à avoir de la pilosité, du surpoids, de l'acné aussi - du moins pour ce qui se voit à l'extérieur. Comme il s'agit d'un trouble hormonal, les choses qui se voient moins sont que les personnes touchées régulent moins bien leur température interne, sont plus souvent fatiguées, sont plus enclines à avoir des idées noires avec une forte corrélation avec le peu d'estime de soi qui puisse être tirée d'une société pas très accueillante. Bref, ce n'est pas la joie du tout.

Je vous demanderais ainsi de ne pas juger mon Andromeda, dont la souffrance est absolument réelle. Quand on est façonné par une société horrible avec soi, on est plus enclin à se replier sur soi et chercher à se cacher derrière une carapace. Andromeda, toute sa vie, aura été comparée à un homme, d'où son désespoir. Les insultes écrites en début de texte sont réelles et quotidiennes.

L'éducation à la bienveillance commence dès l'éducation des enfants ; ça veut dire qu'en 2023, où on entend encore ces insultes proférées gratuitement, il faudra attendre a minima une vingtaine d'années, en rêvant bien haut, pour que les enfants arrêtent de s'interpeler avec ces mots d'une violence extrême.

Au total, le texte est déprimant, la note de chapitre aussi. Mon irl est super triste en ce moment et ça m'a mise dans le mood où je suis capable d'écrire ce genre de texte, ou celui d'avant (Silentium (1981)) sans ciller. Heureusement, entre Bloo qui m'a écrit une review super intéressante où elle me parle des points de vue sur les représentations et un visionnage tout doux du film Pride, je me suis dit que j'allais mettre un petit stop à mes participations, pour finir mon HPF Trans Month sur des choses moins désolantes. J'ai des embryons d'idée un peu plus joyeux, sur des textes que vous verrez, je pense, dans plusieurs semaines ou mois.

Merci immensément pour votre lecture si vous m'avez suivie jusque là ♥

Piti

 

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