S'identifier | | Identifiants perdus | S'enregistrer |
Lien Facebook

En savoir plus sur cette bannière

News

32ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 32e édition des Nuits Insolites se déroulera le samedi 18 février à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits en ce mois de Saint-Valentin. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic. A très bientôt !

 


De Les Nuits le 06/02/2023 15:45


128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Mon dernier souffle dans ces quelques lettres par Azerbane

[19 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Promis, un jour j'écrirais un Cross-Over Harry/les bisounours. En attendant, en ce moment je donne plutôt dans les OS déprimantes. Je crois que celle-là est la pire. Désolée ^^'
Dans le genre glauque, l'image se défend pas mal non plus, mais j'ai trouvé qu'elle correspondait parfaitement à cette OS.
Je me suis essayée au style épistolaire (divinité WW, donne moi un peu de ton talent, je t'en prie). Je n'en suis pas très satisfaite, j'ai peur de l'avoir un peu baclée.
c'est un peu long, mais l'histoire ne se prêtait pas à un découpage en deux chapitres.
Donc, dites moi ce que vous en pensez ! Utilisez le petit cadre blanc tout en bas pour me faire part de vos commentaires.
Merci à ma soeur de m'avoir lue et corrigée même si cette histoire ne la branchait pas trop.
Bonne lecture !
Mon dernier souffle dans ces quelques lettres



Harry Potter exultait. Ce moment qu’il attendait depuis quatre ans arrivait enfin. Il allait rentrer chez lui. Oui, après tout, là-bas c’était un peu chez lui. C’était là qu’il se sentait bien, là qu’étaient les gens qu’il aimait, là qu’on l’attendait. Qu’elle l’attendait. C’était sa maison à elle, lors c’était aussi sa maison à lui.
Voilà, il rentrait à la maison, comme n’importe quel homme d’affaires moldu qui rejoindrait sa demeure familiale après une longue absence. Finis les hôtels moldus miteux, les voyages à répétition, la fuite continuelle. Il allait pouvoir profiter du calme et de la paix qu’il avait si ardemment défendus.


Cet endroit, ce relief, tout semblait soudain familier. Pas de doute, il était sur la colline de Têtafouine. Bientôt. Il serait bientôt arrivé. Encore quelques dizaines de minutes. Il n’avait pas voulu transplaner directement jusqu’à leur maison. Il voulait revoir un peu les alentours, faire une partie du chemin à pied, comme lorsqu’ils étaient rentrés de la Coupe du Monde de Quidditch. Prendre son temps. Et puis Dumbledore lui avait dit que par politesse, il fallait transplaner à une distance respectable de la maison sorcière où on souhaitait aller.
Mais maintenant, il était tellement impatient que seule son intense fatigue l’empêchait de courir pour arriver plus vite à destination. Une fatigue de quatre ans passés à dénicher et à détruire un par un les Horcruxes subsistants. Et puis surtout la fatigue de ce dernier combat. Tout s’était terminé quelques heures auparavant, là où tout avait débuté il y avait plus de vingt ans. Ca Lui ressemblait tellement, toute cette mise en scène. Cette invitation solennelle à se rendre à Godric’s Hollow pour se livrer leur dernière bataille. Juste tous les deux, sans témoins, comme la première fois. Voldemort était tellement attaché aux symboles. Il voulait achever ce qu’il avait commencé dans les mêmes conditions. Même théâtre et mêmes acteurs pour cette ultime confrontation. Seulement Son plan ne s’était pas tout à fait déroulé comme prévu. Le Survivant avait encore survécu –c’était ce qu’il savait faire de mieux. Et finalement, c’était lui qui avait finit ce qu’il avait commencé lorsqu’il n’était encore qu’un bébé. Mais qu’importaient tous ces détails d’une époque désormais révolue ! Il marchait à présent d’un pas épuisé mais conquérant vers son avenir. Vers elle.

Comment allaient-ils réagir en le voyant arriver ? Comprendraient-ils qu’il avait accompli la tâche qui l’avait forcé à s’isoler ? Ron verrait sans doute au premier regard tout ce qu’Harry avait traversé. Quant à Hermione, si par bonheur et hasard elle était là, elle lui sauterai sûrement au cou et l’étoufferai de sa masse de cheveux touffus. Mrs Weasley pleurerait peut-être, et puis elle lui servirait une part de tarte à la mélasse en se plaignant qu’il soit trop maigre. Et elle n’aurait pas tort, cela faisait une éternité qu’il n’avait pas fait un vrai repas.
Et elle ? Comment réagirait-elle en le voyant ? Est-ce que, comme en ce jour lointain, elle courrai vers lui, sauterai dans ses bras et l’embrasserai ? Oui, c’était exactement elle : spontanée, sensible, vivante. Il avait tellement hâte. A quoi ressemblait-elle aujourd’hui ? Avait-elle grandit ? Oui, sans doute, mais elle resterai toujours assez petite pour qu’Harry la protège de ses bras. Et si elle s’était laissée pousser les cheveux ? Il essaya d’imaginer de quoi elle aurait l’air. Elle était encore plus belle comme ça ! Et les jeunes mariés, est-ce qu’ils seraient là eux aussi ? Harry les imaginait portant encore leurs tenues de cérémonie ; Fred et George par contre, portaient dans son imagination l’uniforme de leur magasin de farces et attrapes. Et en rêve, lorsqu’il poussait la porte de cette maison si étrange, il trouvait la famille Weasley telle qu’il l’avait laissée quatre ans plus tôt. C’était comme s’il rentrait de quelques semaines de vacances obligatoires chez les Dursley.

Voilà, il arrivait enfin. Il voyait le Terrier, tellement biscornu, tellement accueillant. Il était assez proche à présent pour voir des gnomes courir dans le jardin. Il traversait la cour, dans un instant il serait devant la porte. Il s’arrêta un instant pour reprendre son souffle, calmer les battements de son cœur, mais il n’y arrivait pas. Au moment où il tendit la main vers la poignée, la porte s’ouvrit toute seule et Hermione apparut dans l’encadrement. Il y eu un instant de silence où ils se regardèrent en silence, surpris, puis Hermione cria « Harry ! » et lui sauta au cou. Elle se détacha bien vite de lui et, avec des gestes empressés, elle le tira à l’intérieur du Terrier dans un babillage incessant.
« C’est magnifique que tu sois rentré ! J’arrive à peine à y croire, j’ai l’impression de faire un rêve. Tout le monde va être tellement heureux de te voir. On n’avait plus de nouvelles de toi, on s’est tellement inquiété ! On a même cru que Vol… »
Elle s’arrêta de parler, se tourna vers Harry avec des yeux écarquillés et plaqua une main sur sa bouche.
« Mon Dieu, Harry, si tu es revenu, ça veut dire que… Tu l’as… »
Harry hocha la tête avec un large sourire. Hermione n’aurait pas eu l’air plus ébahie et plus heureuse s’il lui avait annoncé qu’il avait obtenu tous ses Aspics avec la mention Optimal.
« C’est… c’est merveilleux ! Harry, tu as réussi ! J’en étais sûre, je savais que tu y arriverais ! »
Elle n’eu pas le temps de s’extasier plus longtemps. La voix de Mrs Weasley arriva de la cuisine.

« Hermione ? Qu’est-ce que tu fais ? Il y a quelqu’un avec toi ? »
Hermione eu un petit sourire amusé et poussa Harry dans la cuisine. Il se faisait l’impression d’être la personne qui jaillissait du gâteau géant pendant un anniversaire surprise. Quand il entra dans la cuisine, il vit d’abord Mr Weasley et Percy –qui s’était vraisemblablement réconcilié avec la famille– penchés avec un air concentré sur un dossier épais. Il entendit le bruit caractéristique d’une casserole qui entre violemment en contact avec le sol, et soudain il ne vit plus qu’un motif de fleur sur un tissu taché. Il mit quelques secondes à comprendre que ce qu’il regardait était en fait un gros plan du tablier de Mrs Weasley qui le serrait autant qu’elle pouvait. Elle fut poussée par Fleur qui déposa une bise claquante sur chaque joue d’Harry. Mr Weasley et Percy vinrent le saluer avec le même air ébahi qu’arborait Hermione un instant auparavant. L’agitation autour de lui, toutes ces voix qui résonnaient en même temps lui donnaient le tournis. Fleur disait que Bill serait ravi de le revoir, Hermione parlait avec une petite voix aiguë d’il ne savait quoi, Mr Weasley et son troisième fils lui posaient mille questions, et Mrs Weasley criait dans la cage d’escalier : « Les enfants ! Venez vite ! Harry est revenu ! ».
Un bruit de cavalcade, Ron apparut, serrant dans sa main un paquet de feuilles. Il l’étreignit de toutes ses forces et lui demanda à mi-voix s’il avait tué « Tu-Sais-Qui ». Harry ne pu répondre que par un hochement de tête, déjà accaparé par Bill qui lui serrait vigoureusement la main en expliquant que Fred et George rentreraient de leur travail d’ici quelques heures et qu’ils serraient ravis de le voir. Ce fut ensuite au tour de Charlie de l’accueillir d’une poignée de main chaleureuse. Harry ne sentait plus ses doigts tellement ils avaient été pressés. Charlie se décala un peu, et derrière lui apparu une jeune femme brune à l’air timide qu’Harry ne connaissait pas. Elle lui tendit une main hésitante alors que Charlie la présentait comme « Laura ! C’est ma femme. ».
Harry fut réellement surpris de voir que tout avait changé. La cuisine avait été aménagée autrement, Ron avait encore grandit, Hermione avait les cheveux courts, Charlie était marié... Et Ginny, avait-elle changé ? Comment était-elle ? Il ne manquait plus qu’elle, mais elle n’apparaissait toujours pas parmi toutes ces têtes rousses. Harry posa donc la question qui lui brûlait les lèvres :
« Où est Ginny ? »

A ces mots, la joie disparu de tous les visages qui l’entouraient, remplacée par une profonde tristesse. Mrs Weasley s’appuya sur l’épaule de Percy, Bill serra la main de sa femme tellement fort que ses jointures en devinrent blanches. Tous détournèrent le regard. Harry ne comprenait pas ce qui les rendait si désespérés.
« Qu’est-ce qui se passe ? Où est Ginny ? », répéta-t-il en haussant le ton, énervé par leur absence de réponse.

Ron s’avança, les yeux fixés sur le sol, et tendit à Harry le paquet de parchemins qu’il cachait.
« C’est de la part de Ginny. »
Harry repoussa assez violemment le bras de Ron. Leur silence triste le mettait vraiment en colère.
« Je les lirai plus tard ! C’est pas important ! Où est Ginny ? »
Mrs Weasley étouffa un sanglot sur l’épaule de Percy. Ron remua les lèvres mais aucun son ne semblait vouloir sortir de sa bouche. Finalement, ce fut Mr Weasley qui lui répondit, d’une voix enrouée.
« Elle est… Ginny est morte, Harry. »

Harry ne comprenait rien et il en était d’autant plus énervé. Après une absence de quatre ans, il aurait voulu un peu de réconfort, d’attention. Pas une plaisanterie de mauvais goût. Il attendait que l’un d’eux éclate de rire, ou que Ginny jaillisse d’un recoin de la pièce. Mais non, ils continuaient à jouer leur jeu idiot, avec leurs visages tristes et leurs regards fuyants. Et ça n’amusait pas du tout Harry. Cette blague devait cesser immédiatement.

« Ginny ! »
Mrs Weasley se remit à sangloter mais Harry ne lui prêta aucune attention. Il ouvrit toutes les pièces qui donnaient sur la cuisine, cherchant la petite rouquine. Mais il ne la trouvait nulle part.

« Ginny ! Sors maintenant, c’est plus drôle. »

Une main l’attrapa par le coude et Hermione lui dit, sur un ton mal assuré : « Harry… Ginny est morte. »
Harry se dégagea brusquement de l’emprise d’Hermione.
« Non, elle n’est pas morte ! », rugit-il.

Il recommença à l’appeler. Comme elle ne répondait toujours pas, l’idée lui vint qu’elle avait dû rester dans sa chambre. Il était encore tôt… Peut-être dormait-elle encore…
Il grimpa les marches quatre à quatre, entendant vaguement derrière lui les pas précipités et la voix d’Hermione qui tentait de le retenir.
« Harry… Arrête… »

Non, Ginny ne pouvait pas être morte. Ils ne comprenaient pas. Cela faisait quatre ans qu’il était loin d’elle, et quatre ans qu’il retournait dans ses rêves au Terrier, qu’il vivait cette scène de retrouvailles. Elle devait forcément être là, il le savait. Il n’aurait servi à rien qu’il parte tuer Voldemort si c’était pour ne pas la retrouver à son retour. Ginny ne pouvait pas mourir, c’était impossible.
Il cru l’apercevoir, descendant les escaliers, sortant de la chambre de Fred et George, mais ce n’était qu’une illusion, elle n’était jamais là.
Arrivé au troisième étage, il se mit à tambouriner à la porte de sa chambre.
« Ginny ! C’est moi ! C’est Harry. Je suis rentré. Je peux venir ? »
Comme elle ne répondait pas, Harry supposa qu’elle dormait encore. Il poussa la porte, entra dans la chambre et…

Elle n’était pas là. Aucuns cheveux roux n’étaient éparpillés sur l’oreiller, aucune forme n’était étendue sur le lit.
Ce n’était plus vraiment la chambre de Ginny comme il avait eu l’occasion de l’apercevoir une ou deux fois. Tout était propre, bien rangé. Les draps étaient pliés. Il n’y avait pas de livres ou de parchemins qui traînaient sur le sol. Cette pièce était irrémédiablement vide de toute présence humaine.

Il commençait à comprendre, une idée terrifiante s’insinuait lentement dans son esprit. Il ne sentait plus le parfum de fleur qui était propre à celle qu’il aimait. Il ne se souvenait plus parfaitement de son visage, de sa voix, de son rire. Elle lui échappait. Elle lui glissait entre les doigts, elle s’enfuyait loin de lui et il ne pouvait pas la retenir.

Quand Hermione entra dans la chambre, Harry était agenouillé contre le lit, la tête posée sur le matelas. Et entre deux sanglots, il répétait le prénom de l’unique fille Weasley.





Harry était assis en haut d’une colline qui surplombait le Terrier. Il avait fini par se calmer un peu, avait pris les lettres que Ron avait gardées et il s’était isolé pour pouvoir les lire. Il fallait qu’il occupe ses mains, son esprit, pour combler le vide qui était né en lui quand il s’était rendu compte, le vide de cette petite chambre. Un peu par envie de savoir comment elle était morte, plutôt par automatisme, Harry déplia la première lettre et en commença la lecture.


« Cher Harry
Tu dois trouver étrange que je t’écrive alors qu’on s’est vus il y a quelques jours. Enfin vus… Disons que moi je t’ai vu. Toi, tu m’as à peine accordé un regard, et pas une parole. Hermione a dit que c’était parce que tu avais peur de ne pas pouvoir résister. Elle n’a pas dit de quoi tu voulais tant te défendre.
Quand tu es arrivé la veille du mariage de Bill, il était tellement tard que seule Maman était encore réveillée. C’est elle qui me l’a dit. Tu n’imagines pas la surprise que j’ai eue en te trouvant dans la cuisine le matin suivant. J’étais tellement nerveuse que si j’avais eu un bol dans les mains, je l’aurai laissé tomber, comme quand j’étais petite. D’ailleurs j’étais à deux doigts de m’enfuir, mais Maman m’a immédiatement demandé d’aller chercher nos tenues pour le mariage. Elle et Madame Delacour étaient hystériques. Elles chargeaient tous ceux qu’elles voyaient d’une tâche. Sauf toi, qui restait tranquillement assis devant ton bol de chocolat, à regarder tout le monde s’agiter autour de toi. C’était assez représentatif de ce que tu es devenu. Nous, on s’agite, on est toujours en mouvement, toi tu restes tranquillement à attendre, tu ne t’énerves pas. J’ai l’impression que tu es comme ça depuis la mort de Dumbledore. Tu te soumets au destin maintenant. Du moins c’est l’impression que j’en ai.

Avant la cérémonie, tu as passé un moment à discuter avec Lupin et Maugrey. Vous aviez tous les trois un air grave. Tu as assisté au mariage, tes yeux n’ont quasiment jamais quitté Bill et Fleur. Moi, assise de l’autre côté de l’allée avec Gabrielle et Charlie, qui était chargé d’apporte les alliances, je ne les ai quasiment pas regardés. Je gardais les yeux fixés sur toi, en essayant d’attirer ton attention –ça n’a pas marché– et les quelques fois où j’ai regardé les mariés, c’était pour nous imaginer à leur place. Je sais, c’est ridicule, fleur bleue, ou tout ce que tu veux, mais je ne peux pas m’empêcher de penser comme ça. Je suis amoureuse de toi depuis toujours, Harry, ce n’est pas facile de ne pas penser à toi tout le temps.

Après la cérémonie, quand on est rentré au Terrier, tu as disparu dans la pièce garde manger avec Ron et Hermione. Je suis la seule à avoir remarqué. Les autres étaient trop occupés à féliciter les mariés ou à s’empiffrer. J’ai essayé d’utiliser les Oreilles à Rallonge de Fred et George, mais quelqu’un avait jeté un sort d’Impassibilité sur la pièce.
La porte s’est à nouveau ouverte, bien plus tard. Seulement deux personnes sont sorties de la pièce. Hermione était en larmes, et Ron n’en menait pas large non plus. Ils ont refusé de me dire ce que tu leur avais dit pendant ces deux heures, mais j’ai compris. Est-ce que Tu-Sais-Qui vaut vraiment la peine que tu quittes tout ce qui faisait ta vie, tes amis, tes protecteurs, moi aussi ? Je suis toujours persuadée que non, mais on ne peut pas avoir le même avis sur tous les sujets. Alors que j’avais envie de m’enfermer dans ma chambre, de pleurer aussi longtemps que je pourrais, ou bien de partir à ta recherche, j’ai collé un sourire fabriqué sur mon visage et j’ai répondu à tous ceux qui me demandaient où tu étais allé que tu avais renversé un verre de Jus de Citrouille Indétachable (tu sais, cette autre magnifique invention des jumeaux) sur ton costume et que tu cherchais une autre chemise.

A cause de la menace de Tu-Sais-Qui, tous les invités étaient partis à dix-neuf heures. Il ne restait que nous, la famille Delacour, les nouveaux Mr et Mrs Weasley, et puis Hermione, Tonks, Lupin, Maugrey et Shackelbot. C’est là qu’ils ont fini par remarquer que tu mettais du temps pour changer de chemise. J’ai du mal à m’expliquer leur absence totale de réactivité. Je crois que les uns et les autres étaient fatigués et débordés par l’organisation de ce mariage, tu les excuseras de t’avoir oublié un instant. En tout cas, pour régler le problème, Ron et Hermione se sont levés et ils ont annoncé avec un air solennel que tu t’étais lancé à la poursuite de Tu-Sais-Qui. Et que pour nous protéger tous, tu ne prendrais plus contact avec le monde des sorciers. Hermione nous a fait tout un discours compliqué d’où il ressortait que c’était quelque chose que tu devais accomplir seul, que nous ne devions pas essayer de t’aider. Pendant cinq minutes, tout le monde s’est révolté, a protesté qu’on ne pouvait pas te laisser risquer ta vie comme ça, que tu ne pouvais pas rester seul, mais ce n’était que pour la forme. Ils s’étaient tous déjà résignés à te laisser avancer seul avec ton destin.

Et voilà une semaine que tu es parti, les derniers vestiges du mariage ont disparu, Papa a repris sa mine soucieuse et rentre de plus en plus tard, Maman a recommencé à emmener sa pendule partout avec elle. Moi, j’ai passé les derniers jours dans un état d’énervement extrême. Je suis en colère contre ma famille qui a accepté ton caprice sans rien dire, et surtout contre toi et tes décisions stupides. Hermione m’a dit que tu avais des raisons de ne pas vouloir qu’elle me révèle le contenu de votre discussion dans le cagibi. Je n’en voie pas de valable ! J’ai le droit de savoir quelles décisions tu as prises, quels sont tes projets, tes idées !
Mais aussi, quelle idée stupide de vouloir me protéger ! Contre quoi ? Je ne risque pas plus en tant que ta petite amie qu’en tant que la sœur de ton meilleur ami. Et puis je serais plus en sécurité avec toi qu’ici. J’ai le droit de faire des choix moi aussi, et mon choix serait de t’accompagner.
Surtout, je ne comprends pas pourquoi tu ne veux plus voir personne ! Tu penses que tu arriveras à t’en sortir tout seul ? Tu as besoin de l’aide des autres pour réussir à vaincre Tu-Sais-Qui ! Et ce n’est pas parce que tu n’es plus là que les attaques de Mangemorts vont cesser.

Alors, comme je ne peux pas me soumettre complètement à cette décision, je demande –j’exige– que nous entretenions une correspondance. Pas besoin de longues lettres, ni d’échanges fréquents. Laisse moi juste me confier un peu à toi, te raconter ce qu’il se passe de notre côté, et donne moi un peu de tes nouvelles.

J’attends ta réponse !
Avec tout mon amour, Ginny »


Harry sourit. C’était exactement sa Ginny. Vive, décidée, directe.
Il se demanda un instant pourquoi il n’avait jamais reçu cette lettre, puis il se souvint du sort qu’il avait demandé à Hermione de lancer, juste avant qu’il transplane du Terrier.
Il se souvint du mariage. C’était la dernière fois qu’il l’avait vue. Et effectivement, il avait passé la journée à l’éviter, parce qu’il savait que s’il croisait trop longtemps son regard, ou que s’il lui parlait, il ne résisterait pas à la tentation de la prendre dans ses bras et de l’embrasser. Il se rappela aussi la longue discussion qu’il avait eu avec Hermione et Ron. Quand il avait dit qu’il partirait tout seul, ils avaient répondu la même chose que Ginny : « Et si on n’a pas envie de te laisser partir ? ». Peut-être qu’il aurait mieux fallu qu’ils le retiennent. Mais dans ce cas là, il était presque certain que Voldemort l’aurait attaqué au Terrier, que les Weasley seraient tous morts dans une attaque dont il était seul la cible.
Pressé d’avoir à nouveau l’illusion que Ginny était à ses côtés, il prit la seconde lettre.


« Cher Harry,
Je ne t’ai pas écrit depuis longtemps. Un peu moins de deux ans. Quand Coquecigrue est revenu avec ma première lettre, j’ai présumé que tu avais fait en sorte de te rendre introuvable. En fait, je soupçonne Hermione de t’avoir aidé à lancer cet enchantement même si elle nie fermement. Bref, tu t’es arrangé pour que je ne puisse pas contester ta décision, de quelque manière que ce soit. Te voilà complètement coupé du monde.
Ici, on a donc peu de nouvelles de toi. Des témoignages vagues. Certains t’auraient aperçu près d’un village qui s’appelle Little Hangleton, d’autres en Roumanie ou au Portugal. Personne ne sait vraiment ce que tu deviens, ni en quoi consiste ce qui t’occupe tellement et qui t’oblige à voyager. Hermione et Ron en ont peut-être une idée, mais ils ne veulent rien dire.

Je sais donc qu’il est inutile de t’écrire puisque tu ne recevras pas ces lettres. Alors pourquoi reprendre la plume, après presque deux années de silence ? Et bien cette fois, Harry, j’ai un besoin vital d’avoir quelqu’un à qui me confier, quelqu’un d’extérieur, qui ne me répondra pas, qui n’essaiera pas de me donner des conseils, mais qui est prêt à m’écouter. Même si tu ne liras réellement ces lettres que dans une éternité –peut-être jamais–, quand je t’écris, j’imagine que tu es là, le dos appuyé contre le canapé, un numéro de Balai Magazine dans les mains, bloqué depuis un quart d’heure sur le même article que tu ne lis pas. Tu fais semblant d’être perdu dans la contemplation d’un Nimbus 2003, mais ton attention est tournée vers moi, vers ce que je te dis. Ce n’est sans doute pas comme ça que tu agirais si tu étais réellement là, mais c’est tellement réconfortant pour moi d’imaginer ça.

J’ouvre une parenthèse, Charlie s’est marié il y a deux mois, avec une membre du Département de Régulation des Créatures Magiques. Elle s’appelle Laura Boot, c’est la grande sœur d’un élève de Serdaigle qui était de ton année –Terry Boot. Elle est adorable, mais elle est tellement passionnée par les créatures magiques que Maman pense qu’elle et Charlie préfèreront élever des dragons que des enfants. Ca a ramené un peu de joie à la maison, mais l’euphorie a été de courte durée.

J’en viens donc au motif –assez triste– qui me pousse à écrire cette lettre. Ca ressemble à une mauvaise blague…
J'ai un cancer.
Tu as été élevé par des Moldus, tu dois donc savoir ce qu'est un cancer –le Médicomage m'a dit que cette maladie était très répandue dans le monde moldu. Une histoire débile, j'avais été mordue par un Doxy. Maman m'a emmené à Ste Mangouste. Ils m'ont soigné, mais ils ont tenu à faire quelques examens supplémentaires pour être certains que je n'avais pas été trop infectée. Par hasard, c'est un Médicomage spécialiste des maladies moldues –Elias Karty– qui a été chargé d'analyser mon échantillon de sang. Et c'est comme ça qu'ils ont découvert que j'avais cette…maladie. C'est ridicule n'est-ce pas ? Moi, une sorcière, je vais mourir d'une bête maladie moldue. Le Médicomage m'a dit que mon cancer était à un stade trop avancé pour que ma magie ou des soins magiques puissent m'aider.

Je vais mourir de cette maladie, d'ici un an ou deux.

Ca n'a aucun sens ! Je n'arrive pas à comprendre ! Je vais vraiment mourir ? Si tôt ? A cause… à cause de quelque chose qui est à l'intérieur de moi ? C'est stupide ! Tuée par un Mangemort, tuée par une créature magique, d'accord, mais tuée par moi-même ? Ce n'est pas compréhensible. Harry, reviens vite, je t'en supplie ! Fini ce que tu a à faire et reviens me voir. J'ai besoin de toi. Il faut que tu me dises que c'est faux, que je ne suis pas malade, que c'était une mauvaise plaisanterie, que je ne peux pas mourir si jeune.

Dépêche toi !
Avec tout mon amour, Ginny »


A certains endroits, l’encre avait été effacée par des larmes, mais Harry n’aurait pu dire s’il s’agissait des siennes ou de celles de Ginny. Un cancer ! Jamais il n’aurait pensé qu’en ces temps de guerre, il puisse y avoir une autre cause de mort qu’un combat contre des Mangemorts. Et pourtant, un simple cancer…
Ginny semblait tellement désespérée ! Harry s’en voulait terriblement de l’avoir laissée seule. Il aurait dû rester, il aurait dû être là pour la soutenir…
Il parcourait rapidement toutes les lettres, et elles disaient toutes la même chose. « Je ne comprends pas », « Je vais mourir », « reviens vite ». Harry se maudit d’avoir voulu qu’Hermione lance se stupide sort qui le rendrait indétectable même pour les hiboux. Il voulait retourner un parchemin, prendre une plume et écrire « J’arrive », mais c’était trop tard.
Ses mains tremblaient, les lettres glissèrent entre ses doigts et allèrent s’étaler tout autour de lui sur le sol râpé et desséché. Il ne resta plus que la toute dernière, datée de trois semaines auparavant.


« Cher Harry,
Il est très probable, certain même, que ce soit ma dernière lettre. Mon état s’est aggravé. Je viens d’être transférée à Ste Mangouste, au service des Maléfices Chroniques. C’est ce qui correspondait le mieux à ma maladie, parait-il. Elias m’a installée dans une chambre individuelle. Je sais qu’il a fait ça pour m’assurer plus de confort, plus de calme, mais je ne supporte pas ce silence, cette absence de mouvement qui règne dans ma chambre. C’est comme si j’étais déjà morte.
L’autre jour, il (Elias) est venu s’asseoir sur le bord de mon lit, et il m’a annoncé qu’il ne me restait plus que quelques jours. Il a essayé de garder un sang-froid professionnel, mais il avait l’air traumatisé, il a versé quelques larmes en serrant ma main très fort. Je n’ai pas vraiment compris pourquoi. Il devrait être heureux, il vit et il va vivre encore longtemps. Ce n’est pas lui qui va s’éteindre dans une semaine dans cet endroit impersonnel, froid. Et c’est comme ça avec tout le monde. Tous les gens qui viennent me voir ont un air terriblement triste. Ca m’énerve. C’est moi qui ai des raisons d’être triste, et pourtant je dois sourire, je dois les réconforter. Au lieu de me noyer sous leurs larmes, est-ce qu’ils ne pourraient pas être joyeux, me faire profiter des derniers instants de ma vie ? Mais je ne peux pas leur dire ça, alors je te le dis à toi, Harry. Toi tu peux me comprendre, tu sais à quel point il est insupportable de voir des gens s’apitoyer sur ton sort.

Harry, une dernière fois, je t’en supplie, reviens me voir. Où que tu sois, dépêche toi avant qu’il ne soit trop tard. Je ne veux pas mourir avant de t’avoir revu. C’est trop cruel. Je ne peux pas mourir maintenant. C’est impensable. Je n’ai rien fait de ce que j’avais prévu. Je voulais aller à Moscou. Je voulais visiter l’école de Beauxbâtons. Je voulais passer des après-midi avec toi à se reposer près du lac de Poudlard. Je voulais habiter avec toi un minuscule appartement londonien. Je voulais avoir des enfants, je voulais travailler dans un organisme utile, peut-être devenir Médicomage ou Auror. Ma vie jusqu’ici n’a servi à rien, je ne peux pas mourir comme ça.

Je ne veux pas Harry ! Je ne veux pas arrêter d’exister, de ressentir. Je veux encore jouer au Quidditch, je veux sentir le parfum de violette de Maman, entendre le rire des jumeaux ou voir l’air pincé de Percy. Je suis morte de peur, Harry. J’ai peur de quitter ce monde. Je voulais mourir brusquement, pour ne pas avoir le temps d’y penser. Cette mort-là est trop horrible. Je suis enfermée, je passe mes journées à penser à ce qui va m’arriver. Je suis terrorisée. Je t’en conjure, reviens vite ! J’ai besoin de toi, j’ai besoin que tu me protèges de cette horreur qui s’étend en moi et qui me tue. Je… »

Là, l’écriture devenait serrée, brouillonne, illisible. L’écriture ronde et propre de Ginny revenait un peu plus loin.


« Excuse moi pour tout à l’heure, Harry. J’ai eu un accès de frayeur, mais ça va mieux. Ce n’est plus la peine que j’espère, tu ne reviendras pas. En tout cas, pas avant que moi, je ne sois partie. J’aurais tellement voulu voir ton visage encore une fois. Tant pis.
Par moments, Harry, j’aimerai douter de toi. J’aimerai penser que tu ne seras pas assez fort, que tu ne pourras pas vaincre Tu-Sais-Qui. J’aimerai penser que c’est lui qui gagnera votre combat. Comme ça, je pourrai me réconforter en me disant que tu partiras toi aussi, et que bientôt tu viendras me rejoindre là-bas. S’il y a un là-bas. Seulement je sais parfaitement que tu es plus fort que Lui. Tu le vaincras. Et tu vivras, encore des années durant. Quand tu viendras me rejoindre, tu seras accompagné d’une femme et de plusieurs enfants.
Et je ne t’en voudrais pas. Harry, je veux absolument que tu profites de ta vie, que tu l’occupes, que tu lui donnes une utilité. Je te demande de vivre pour moi, qu’une maladie stupide empêche de faire tout ça. Je ne veux pas que tu te morfondes. Enfin, tu as peut-être déjà trouvé quelqu’un d’autre, une fille plus utile. Une fille qui aurait eu le courage de venir avec toi-même si tu n’étais pas d’accord, une fille qui aurait fouillé mer et terre pour te retrouver. Je m’en veux beaucoup de ne pas avoir cherché davantage à te revoir, d’avoir abandonné si vite. Je voulais respecter ta décision. Je n’aurais peut-être pas du.

J’ai pensé à mille choses que je voulais te laisser, te dire avant de partir irrémédiablement. Je voulais te dire que je t’avais toujours aimé ou d’autres bêtises destinées à te réconforter. Mais je suis lassée de réconforter tout le monde autour de moi. C’est moi qui vais mourir, j’ai bien le droit de tout dire, même si ces paroles sont blessantes. Après tout c’est la dernière chance que j’ai de les dire.
Tu es un idiot, Harry. Tu n’as pas du tout compris comment marchait le monde. Tu ne peux pas mettre la vie en pause, partir pendant des années pour régler certains problèmes, et revenir en espérant tout retrouver comme avant. Je crois qu’en t’éloignant de nous, tu pensais nous mettre dans une bulle de verre, à l’abri de la guerre. Mais nous étions tout autant en danger avec toi que sans. Et il n’y a pas que Tu-Sais-Qui et les Mangemorts qui tuent ! Quoi que tu fasses, tu ne pouvais pas nous protéger des autres causes de mort. Oui Harry, les gens mourraient aussi avant que Tu-Sais-Qui ne soit là, et ils mourront encore quand tu l’auras vaincu. Tu ne peux pas sauver tout le monde. Je ne dis pas qu’il ne faut pas combattre Tu-Sais-Qui et ses partisans, mais il ne faut pas faire que ça. Les amis sont plus importants que les ennemis, non ? Alors plutôt que te battre inlassablement contre eux, tu devrais prendre un peu de temps pour vivre vraiment, pour passer du temps avec les gens que tu aimes. Pour moi, c’est trop tard.

Adieu
Avec tout mon amour, Ginny »

La dernière lettre s’échappa de sa main et alla rejoindre les autres sur le sol. Il n’y en avait plus d’autres. C’était trop tard. Il était rentré trop tard. Elle était partie.
C’était comme si mille Botrucs essayaient de lui arracher son cœur. Ginny était morte sans lui. Il l’avait abandonnée. Il s’était dit qu’il partait pour la protéger, pour pouvoir après lui offrir une vie sans danger, mais il avait oublié que Voldemort n’était pas le seul à savoir tuer. Il avait voulu la sauver, la protéger, et il l’avait seulement abandonnée.

A travers un brouillard de larmes, il aperçu une forme qui avançait vers lui. Elle était faite de vent, d’air, de rien. En marchant –ou plutôt en flottant– elle repoussait les lettres vers lui. Elles se rangèrent en un tas bien propre aux pieds d’Harry. Avec un air hébété, il vit cette grande volute de fumée à forme humaine s’approcher encore et s’asseoir à côté de lui, transportant un parfum de fleur. C’était Ginny, il en était certain. Il n’aurait sû dire pourquoi, mais il savait que c’était elle, c’était son esprit. La forme se tourna vers lui.

« Ne garde pas la bouche ouverte comme ça, tu vas gober des mouches. »
Harry entendit un sourire dans sa voix.
« Ginny ? C’est… c’est vraiment toi ? Est-ce que j’ai une hallucination ?
_Peut-être. Je n’en sais rien. Tu as sans doute une hallucination, mais je suis sans doute un peu ici aussi. J’attends qu’on m’accepte là-bas. Ca ne devrait plus tarder.
_Tu n’es pas un fantôme ?
_Oh non ! On m’a proposé d’en devenir un, mais je ne voulais pas. Tu imagines, rester dans ce monde mais sans pouvoir vivre réellement. C’aurait été trop horrible.
_Ginny… Excuse moi, je suis vraiment désolé de ne pas être rentré à temps…
_Ca n’a plus aucune importance. Ne t’inquiètes pas, je sais qu’il fallait que tu partes. Tu imagines le nombre de personnes qui seraient mortes si tu étais resté avec nous ? C’était mieux comme ça. »

Il y eu un silence, seulement rompu par les reniflements d’Harry.
« Dis, tu vas rester encore longtemps à pleurnicher comme ça ?
_Quoi ?
_Arrête de te lamenter sur ma mort et de t’en vouloir pour quelque chose que tu ne peux pas changer ! Profites des gens qui sont encore en vie, plutôt ! Il y en a plein dans cette maison biscornue en bas, qui s’inquiètent pour toi. Maman n’arrête pas de pleurer et Hermione est persuadée que tu vas te suicider. »
Il y eu un nouveau silence.

« Harry, ôte moi d’un doute, tu n’y as pas pensé quand même ?
_Si…
_Tu n’as pas compris ce que je t’ai dit dans ma lettre ! Ce n’était pas un regret, c’était un ordre ! Je veux que quand tu me rejoindras là-bas, tu sois suivi de plein de gens qui t’aimeront et que je ne connaîtrais pas. Des nouveaux amis, des enfants orphelins à cause de Voldemort que tu auras recueilli, ou qui tu veux, mais d’autres personnes que ma famille et Hermione. Je veux que tu sois à nouveau heureux. Allez, bouge toi ! Ne restes pas planté là à me regarder avec ces yeux écarquillés ! Vis ! Profite de ce monde meilleur que tu nous a offert ! Vis tout ce que je n’ai pas pu vivre, et rejoins moi dans quelques décennies pour me raconter tout ce que tu auras vécu. »

Harry sourit à travers ses larmes. Il ramassa les lettres de Ginny, mais quand il se tourna vers l’endroit où était assise cette forme étrange un instant auparavant, elle avait disparu, emportée par une bourrasque. Un courant d’air lui apporta un « Je t’aime » murmuré. Il aurait voulu la retenir encore, la garder auprès de lui quelques instants, mais ce n’était plus possible. Malgré tout ce qu’elle lui avait dit, il ne pouvait s’empêcher d’être à nouveau désespéré. Il ne pouvait pas effacer tant de tristesse en un clin d’œil. Il voulait seulement rester là, sur cette colline desséchée par le vent, et pleurer encore tant qu’il le pouvait.
Et puis soudain, sans raison, il fut prit d’une intense frayeur. Il eu l’impression que comme Ginny, tous les Weasley et Hermione allaient lui échapper, qu’ils allaient s’évaporer sans qu’il puisse y faire quoi que ce soit. Peut-être qu’ils étaient déjà partis, qu’ils avaient déjà disparu. Il dévala le chemin qui menait au Terrier. Et s’il trouvait la maison vide, comme la chambre de Ginny. Il ne voulait pas laisser d’autres personnes qu’il aimait partir, il avait trop perdu de temps loin d’eux, ils pouvaient s’en aller d’une seconde à l’autre.
Les paroles de Ginny prenaient un sens, il percevait tout le caractère éphémère de la vie. Il poussa violemment la porte, couru dans la cuisine.

Cette fois, ce n’était pas une simple illusion, ils étaient tous là, vivants. Hermione se tenait debout devant lui, l’air effaré.
« Harry, qu’est-ce qui se passe ? »

Il la prit dans ses bras, la serra contre lui autant qu’il le pouvait, en murmurant : « Je restes maintenant. C’est promis, je vais rester avec vous, je ne m’en vais plus nulle part ! ».
Vous devez s'identifier (s'enregistrer) pour laisser une review.