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De Conseil d'Administration le 26/05/2024 18:10


144e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 144e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Samedi 18 mai à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits et à vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De L'équipe des Nuits le 12/05/2024 11:00


Nouvelles des Podiums du joli mois d'avril


Bonsoir à toustes !

En ce début de printemps, c'est la nouvelle pousse des sélections nouveau format qui fait sa germination !

Vous pouvez donc voter pour le thème du prochain trimestre de lectures, ici, entre le personnage Hagrid, la catégorie Romance ou le genre Aventure/action, jusqu'au 30 avril !

Egalement jusqu'au 30 avril, vous pouvez lire ici les textes de la Sélection Enfances, puis voter ! Nous vous encourageons fortement à laisser un petit mot après votre lecture, cela motive et encourage toujours, et donne corps à notre volonté de favoriser les échanges autour des textes sélectionnés.

De jolies récompenses sont prévues grâce aux créations graphiques de lilychx ! Rendez-vous au début du joli mois de mai...


De L'Equipe des Podiums le 03/04/2024 00:05


143e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 143e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Vendredi 12 avril à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits. C'est ici pour vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
À très bientôt !

 


De L'équipe des nuits le 31/03/2024 15:51


Journées Reviews de mars !


Aux membres d'HPF,

Les prochaines Journées Reviews auront lieu du vendredi 22 au lundi 25 mars. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page jusqu'au jeudi 21 mars.

A bientôt !


De Journées Reviews le 17/03/2024 18:35


142e Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 142e édition des Nuits d'HPF se déroulera le Samedi 23 mars à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits. C'est ici pour vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
À très bientôt !

 


De L'équipe des nuits le 12/03/2024 11:27


L'Autre par alixe

[40 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.

Seuls les 5 premiers tomes de la série d'origine ont été pris en compte.
- L'AUTRE -


III : Matin de Noël


La première fois que je m'assis pour travailler à la même table que l'Autre dans la salle commune, juste après ma conversation avec Hermione sur le terrain de Quidditch, mon double me fusilla du regard. Mais il dut avoir un échange silencieux avec son amie car, après l'avoir dévisagée un moment, il se replongea dans son parchemin et ne fit plus attention à moi.

Ron, par contre, fut moins accommodant.

"Qu'est ce que tu fais là, lança-t-il, quand il constata que l'Autre avait laissé tomber.
- Il travaille avec nous, répondit Hermione.
- Et depuis quand ?
- Depuis aujourd'hui, répondit-elle avec une patience étonnante. Simon, tu as commencé ton devoir de métamorphose, au moins ? me demanda-t-elle.
- J'ai fait le brouillon", répondis- je, en le sortant de mon sac.

Elle le prit, regarda ce que j'avais écrit, et commença à l'annoter.
"Parce qu'en plus, tu l'aides ? explosa Ron. Tu ne vois pas qu'il s'intéresse à toi juste pour copier ?
- Comme d'autres", répliqua Hermione en lui lançant un regard acéré.

Ron rougit et se replongea dans son livre. Mais il levait régulièrement les yeux, se partageant entre des regards furieux dans ma direction et d’autres troublés du côté de sa camarade. Moi, je commençais à comprendre ce qu'il me reprochait vraiment. Cela m'aurait beaucoup étonné deux heures plus tôt, mais ma récente conversation avec cette Hermione-ci m'avait fait découvrir une sensibilité que je n'avais jamais décelée chez la mienne, expliquant l'attirance qu'elle pouvait éveiller chez ses camarades masculins.


oO§0§Oo


Au cours des semaines qui suivirent, je tâchai de m'adapter à mon nouvel environnement. Pour mieux comprendre le monde où je vivais désormais, je me mis à lire la Gazette d'Hermione. Il y eut d'autres mauvaises nouvelles, qui heureusement ne concernaient personne vivant à Poudlard. Et, comme les autres, j'appris à continuer à vivre comme si de rien n'était.

Quand il y avait des travaux pratiques à effectuer, je me mettais avec Neville. Ma présence semblait le mettre en confiance, et il ne se débrouillait pas trop mal. Parfois, j'avais presque l'impression de retrouver mon vieux copain. J'aimais bien travailler avec Hermione aussi, car cela me permettait de gagner beaucoup de temps. Par contre, ses incessantes disputes avec Ron étaient fatigantes. L'Autre paraissait y être résigné.

Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que les sentiments jaloux que Ron ressentait pour Hermione étaient réciproques. Une dizaine de jours après ma première discussion avec elle, je surpris le regard désolé de ma nouvelle amie après une vacherie que Ron lui avait servie.

La savoir amoureuse ne m'étonna pas outre mesure. Par contre, j'avais du mal à comprendre ce qui pouvait l'attirer chez l'irascible rouquin, alors qu'elle avait un Harry Potter sous la main. Sans doute me manquait-il un troll pour voir ce que cette intellectuelle au grand cœur trouvait de si attirant à ce grand ballot.

Une fois de plus, je me demandai si les personnes de ce monde étaient vraiment les mêmes que celles du mien. Etait-ce seulement les circonstances qui révélaient un trait de caractère dissimulé, ou étaient-ils foncièrement différents ? Cet Autre était-il vraiment un autre moi, élevé par mon oncle et ma tante, ou aurai-je réagi autrement dans les mêmes circonstances ?

Mes rapports avec l'Autre n'avaient pas tellement évolué depuis mon arrivée dans ce monde. Même quand nous nous retrouvions à la même table pour travailler avec Hermione, nous ne nous parlions pas. Heureusement, notre amie commune n'essayait pas de nous forcer la main, et entretenait obligeamment deux conversations en parallèle, malgré les sarcasmes de Ron.

Rogue, le prof de potions, intervint également dans notre relation, mais de façon infiniment moins discrète et résolument odieuse. Après avoir constaté qu'il pouvait difficilement me prendre en faute car j'étais assez balèze dans sa matière, il s'acharnait sur l'Autre à longueur de cours, en me prenant à témoin de l'ignorance de mon "cousin" quand ce dernier n'arrivait pas à répondre à ses questions tordues, et soulignant sans cesse sa maladresse lors des travaux pratiques.

Au sortir des cachots, l'Autre, profondément humilié, me fuyait encore plus que d'habitude, et je ne lui courais pas après, troublé d'avoir été témoin de la pitoyable déconfiture d'un individu portant mon nom et ayant mon visage.

oO§0§Oo


Insidieusement ces séances, ajoutées à la morosité ambiante, me sapaient le moral. Un soir, n'y tenant plus, je suis retourné dans la salle magique qui m'avait propulsé ici. J'y suis resté toute la nuit, mais rien ne s'est passé. Au petit matin, épuisé et transi, car il faisait un froid polaire dans ce lieu, j'ai regagné ma salle commune avec découragement. Trois nuits de suite, j'ai tenté ma chance, avant d'admettre que je ne rentrerai pas chez moi de cette façon.

Hermione se rendis compte que quelque chose n'allait pas et je subis de sa part un interrogatoire en règle. J'eus beaucoup de mal à la convaincre de tout allait bien et que je n'avais pas l'intention de faire de bêtise. Elle affirma comprendre ce que je ressentais, ce qui était sans doute vrai, car ses questions montraient qu'elle me connaissait de façon troublante.

Sa compassion me toucha et me vexa en même temps. J'avais l'impression d'être aussi pitoyable que l'Autre, avec ses yeux de cocker triste. Cela fouetta ma fierté et je décidai de me secouer, et de mettre un point d’honneur à rester moi-même, sans sombrer dans le même marasme que mon double.

J'utilisai donc la potion glaçante que j'avais achetée chez Zonko pour la mettre sur les bancs des Serpentards et des Serdaigles dans la Grande Salle. Cela donna un peu d'animation au repas. Deux jours plus tard, je lançai discrètement deux bombabouses devant la classe de Rogue. Je pris soin de faire cela un jour où je n'avais pas cours de potions, et en utilisant la cape d'invisibilité piquée dans le coffre de l'Autre.

J'observai la réaction de Ginny lors de ces deux blagues. Elle parut apprécier. Quand, une semaine plus tard, toute la table des Poufsouffles se mit à parler d'une voix suraiguë pendant cinq minutes, et je me rappelais avoir vu la description d'un produit produisant cet effet dans un prospectus à l'en-tête des Sorciers Facétieux. J'avais été surpris et heureux d'apprendre que c'était le magasin de Fred et Georges. Visiblement, dans ce monde-ci, ils avaient trouvés des fonds pour ouvrir leur propre boutique.

Je trouvai que Ginny avait l'air particulièrement satisfaite pendant l'épisode vocal des Poufsouffles. Je pariai donc sur le fait qu'elle en était l'instigatrice. Cela me parut une bonne entrée en matière pour discuter avec elle.

oO§0§Oo


Je l'abordai un jour à la bibliothèque.
"Bonjour Ginny.
- On se connaît ? répondit-elle, pas très engageante.
- Mais oui, je suis le type que ton frère déteste.
- Pour une fois, Ron a peut-être raison", lança-t-elle.

Je me demandai pourquoi elle faisait preuve d'autant d'animosité à mon égard. Parce que j'étais la copie du mec pour qui elle en pinçait sans espoir ? Je m'assis à ses côtés.

"La place est prise, grogna-t-elle.
- J'ai vu, répliquai-je. Je viens de la prendre. C'était toi la poudre de Soprano ?
- La poudre de quoi ?
- Ne me dis pas que tu ne connais pas par cœur le catalogue de tes frères. Au fait, comment fait-on pour commander chez eux ? Je n'ai pas vu leurs produits à Pré-au-Lard."

Elle hésita à me répondre, mais son sens de la famille l'emporta :
"Je te passerai des bons de commande, répondit-elle. C'était toi les bombabouses et la potion glaçante ?
- Tu as trouvé ça drôle ?
- Les bombabouses, t'étais pas obligé de les mettre le jour où j'avais cours dans les cachots. On a profité de l'odeur pendant deux heures ! En plus, c'est Luna qui a dû tout nettoyer car elle a eu le malheur d'être en retenue avec Rogue ce jour-là.
- J'essaierai de m'améliorer la prochaine fois, répondis-je, conciliant. Je débute ici, moi. Si tu as des conseils, je suis preneur.
- Pourquoi c'est moi qui devrais t'aider ?
- Je suis certain que tu es une spécialiste de la question."

Elle me regarda comme pour me dire "Tu crois que je ne te vois pas venir avec tes flatteries" et se replongea dans son livre. J'ouvris les miens et fis mes devoirs à côté d'elle.

Elle ne protesta pas quand je la raccompagnai vers la tour de Gryffondor. Elle en profita même pour me poser une question qui visiblement la préoccupait :
"Tu es vraiment de la famille de Harry ?" me demanda-t-elle.
Je me creusai la tête pour savoir quel détail la faisait douter.
"Nous sommes des cousins assez éloignés, répondis-je prudemment. Mais nos histoires de famille n'intéressent vraisemblablement personne.
- Je ne savais pas qu'il restait des Potter", insista-t-elle.

Devais-je inventer sur le champ une histoire d'héritage et de vendetta ? Mais je risquais de gaffer, et Ginny avait suffisamment l'habitude des délires de ses frères pour ne pas être dupe. Je me raccrochai donc à mon histoire du premier jour.

"Cela fait deux générations que nous sommes en Australie, expliquai-je. Très peu de gens en Angleterre se rappellent de nous.
- Ah oui, c'est vrai, tu l'avais dit quand tu es arrivé, mais j'avais oublié, admit-elle. Cela explique pourquoi Dumbledore ne vous a pas confié Harry, quand ses parents sont morts. Cela me turlupinait.
- Oh... Eh bien, oui, je suppose qu'il ne voulait pas l'envoyer à l'étranger.
- Cela aurait mieux valu ! dit Ginny d'un ton farouche. C'est honteux de l'avoir laissé là-bas et de l'y renvoyer chaque été.
- C'est si terrible que ça ? m'étonnai-je.
- Oui, ils sont bêtes et méchants, s'échauffa-t-elle. Et ils ne le nourrissent même pas correctement. Il faut voir comment il est, quand il arrive de chez eux. Maigre comme un clou avec une tête à faire peur ! Si au moins on avait le droit de les ensorceler un peu, ce ne serait pas un mal !"

Je la regardai avec étonnement. Je ne l'avais jamais vue aussi enflammée. Elle devait drôlement en pincer pour l'Autre pour s'exciter ainsi, rien qu'en évoquant ses ennuis. Je fus presque jaloux de l'intensité des sentiments qu'elle lui portait. Et déstabilisé, surtout.

Mais que diable chez mon double éveillait ainsi sa passion ? Ses malheurs ? Je n'enviais pas spécialement l'Autre s'il n'était aimé que par pitié. Je crois que je préférerais ne pas avoir de succès auprès des filles plutôt que d'être apprécié pour une aussi mauvaise raison.

Peut-être était-ce pour cela que Ginny ne l'intéressait pas, après tout.

oO§0§Oo


Les semaines suivantes, je me rapprochai peu à peu de Ginny. Elle restait circonspecte, mais je la faisais rire malgré elle. Je lui soumis plusieurs plans de blague qu'elle améliora, et finalement, elle accepta de les réaliser avec moi. C'est ainsi que le bureau de Binns siffla pendant toute une journée, que tous les télescopes montrèrent des images humoristiques le temps que Sinistra arrive à les désenchanter et que, clou du spectacle, Miss Teigne nous fit admirer son pelage rose bonbon pendant trois jours.

Tout cela m'occupait suffisamment pour que j'arrive à oublier que j'étais loin de chez moi pendant de longs moments. Un samedi, cependant, j'eus l'impression d'étouffer dans le château, et l'envie me vint de bouger un peu. J'attirai Ginny à l'écart :
"Ça te dirai une balade dans la Forêt interdite ?
- Drôlement romantique, dis donc", grinça-t-elle.

Elle avait rompu avec Dean quelques jours auparavant et, de ce fait, elle n'était pas à prendre avec des pincettes.

"Je ne te drague pas, répliquai-je, sincère. Je cherche juste quelqu'un avec qui partager de bons moments.
- Aller dans la Forêt interdite me parait plus synonyme de "gros ennuis" que de "bons moments", répliqua-t-elle.
- Tu as peur ?
- Je ne suis pas stupide, c'est tout. Dans la forêt, il y a des centaures agressifs et des acromentulas carnivores…. Je ne vois pas l'intérêt d'aller les déranger !
- Je parie que tu n'y as jamais mis les pieds, la provoquai-je.
- Tu as perdu ton pari, répliqua-t-elle. Ça tombe bien, je cherchais quelqu'un pour me faire mon devoir de potions.
- Tu es vraiment allée dans la forêt ? fis-je semblant de douter pour l'agacer.
- Parfaitement, et j'y ai même chevauché un Sombral, si tu veux tout savoir !"
- Tu peux les voir ? demandai-je sans réfléchir.
- A l'époque non, mais maintenant, oui", soupira-t-elle.

Merde ! Je préférai ne pas savoir qui elle avait vu mourir. J'arrêtai immédiatement de la taquiner.

"Je t'aide pour ta potion, et on fait une promenade autour du lac ensuite, lui proposai-je.
- D'accord, accepta-t-elle. Quelles sont les propriétés de la pierre de lune ?"

Après lui avoir fourni les renseignements nécessaires, nous avons mis nos capes les plus chaudes et nos écharpes, et nous avons fait le tour du lac. Ce ne fut ni une promenade romantique, ni une épopée héroïque, mais ce fut très agréable, et j'étais heureux d'avoir une amie, même si je ne pouvais pas lui confier la vérité. Elle ressemblait suffisamment à ma Ginny pour que je me sente bien avec elle.

Quand nous revînmes dans la salle commune, les joues rouges et les cheveux ébouriffés, j'eus l'impression que l'Autre me lançait un regard furieux. Je me demandai ce que me valait ce traitement de faveur.

oO§0§Oo


Je compris de quoi il en retournait deux semaines plus tard. Dans la journée, je m'étais de nouveau promené avec Ginny, qui avait pas mal de temps libre depuis qu'elle était célibataire. J'étais ravi qu'elle me le consacre, mais en même temps, j'étais un peu inquiet. Je craignais qu'elle reporte sur moi son affection pour l'Autre du fait de notre ressemblance, même si je m'évertuais à ne pas éveiller sa compassion.

J'avais pensé avoir à ce sujet une conversation à cœur ouvert avec elle, puis j'avais opté pour une stratégie plus subtile. J'avais entrepris de draguer ouvertement Lavande. De toute façon, j'étais vraiment curieux de savoir comment elle embrassait dans ce monde-ci.

J'étais remonté dans mon dortoir pour poser ma cape. Alors que je jetais un sort de séchage sur mon vêtement avant de le ranger, la porte s'ouvrit et l'Autre entra. Je pensai qu'il allait redescendre quand il réaliserait que nous étions seuls, car il fuyait en général les tête-à-tête avec moi. Mais cette fois, au contraire, il ferma soigneusement la porte et s'adossa au battant.

"A quoi tu joues, m'apostropha-t-il.
- Hein ? Tu parles de quoi, répondis-je, réellement perdu.
- De ton petit jeu avec Ginny et Lavande", cracha-t-il.

Mais de quoi il se mêlait celui-là ? Il n'était tout de même pas… jaloux ? Si ? Bon, cela changeait la donne. Je tâchai de vérifier mon hypothèse.
"Pourrais-tu m'expliquer en quoi cela te regarde ?" demandai-je.

Il rougit et sembla chercher désespérément une excuse valable.

"Ginny est comme une sœur pour moi, finit-il par prétendre, alors je ne permettrai à personne de lui faire du mal."
Bon, manifestement, c'était pour Ginny qu'il s'inquiétait et il se fichait désespérément de Lavande. Décidemment, pensai-je, on ne se ressemble pas tant que ça.

"Ginny a déjà six frères, lui rétorquai-je, et je doute qu'elle apprécie que tu te mêles de sa vie privée.
- Pourquoi tu lui fais ça ? me demanda-t-il, tentant de faire dévier la conversation.
- Ça te gêne ? Si tu es intéressé par elle, t'as qu'à le lui dire, le provoquai-je.
- Je ne suis pas intéressé par elle ! nia-t-il avec une véhémence des plus suspectes.
- A qui essaies-tu de mentir, lui demandai-je. A toi ou à moi ?
- Je ne mens pas !
- Harry, tu te rappelles qui je suis ?" lui demandai-je, étonné d'avoir réussi à l'appeler par mon prénom.

Il soutint un instant mon regard, avant d'abandonner.

"Le dis pas à Ron, finit-il par lâcher. Les choses sont assez compliquées comme ça.
- Tu ne te déclares pas auprès de Ginny à cause de Ron ? m'exclamai-je, refusant d'admettre qu'un type se baladant avec mon apparence puisse être aussi lamentable.
Non ! répondit-il vivement. Enfin…, c'est surtout que je ne pense pas qu'elle s'intéresse à moi. Elle était avec Dean il n'y a même pas deux semaines. Cela ne fait pas très longtemps qu'on se parle, alors je ne voudrais pas tout gâcher. C'est une amie formidable, tu sais !
- Je sais, répondis-je avec sincérité. Mais je pense quand même que tu devrais tenter ta chance.
- Tu crois ? demanda-t-il avec espoir.
- Sûr et certain. Pourquoi crois-tu que je suis aussi explicite dans mes relations avec Lavande ? Je voulais juste éviter qu'elle se trompe de Potter.
- Oh !"

Il médita un peu sur cette nouvelle idée. Puis il me demanda, un peu gêné :

"Et toi, cela ne t'ennuierait pas si moi et Ginny…
- Dans mon monde, Ginny est ma meilleure amie. Comme toi et Hermione.
- Ah, très bien."

Il hésita un moment, puis me demanda avec curiosité :

"Mais qu'est ce que tu trouves à Lavande ?
- Elle embrasse bien.
- T'as déjà expérimenté ? demanda-t-il, un peu décontenancé.
- Pas avec celle-ci. Mais cela ne devrait plus tarder, l'assurai-je
- Je vois, dit-il d'un ton incertain, comme s'il hésitait entre être choqué par mon attitude ou en rire.

- Et toi, lui demandai-je en retour. T'es sorti avec qui, ici ?
- Euh, bredouilla-t-il. J'ai pas trop le temps pour cela… Un peu avec Cho Chang l'année, dernière, mais cela ne s'est pas trop bien terminé.
- T'as bon goût, évaluai-je. Elle est vraiment mignonne. Mais chez moi, elle sort avec un certain Cédric Diggory. Alors, j'ai pas tenté ma chance.
- Ici aussi, elle a préféré Cédric", dit-il soudain rembruni.

C'était donc comme cela que cela avait fini. Mais c'était bizarre, il ne me semblait pas l'avoir vue en compagnie de Diggory, ici. D'ailleurs, je ne me rappelai pas avoir vu Diggory du tout, ces dernières semaines.

Ron entra à ce moment dans le dortoir. Il nous dévisagea, comme surpris de nous y trouver tous les deux. Peut-être s'était-il attendu à voir du sang sur les murs. Je fis un signe de tête en direction de l'Autre et je m'apprêtai à redescendre dans la salle commune, pour faire mes devoirs. Au moment où je passai devant lui, Ron me dit :

"Au fait, euh… Simon. J'aimerais que tu arrêtes de tourner autour de ma sœur."
Je m'arrêtai et le regardai dans les yeux.
"Ginny est assez grande pour s'occuper d'elle toute seule. Tu n'as aucunement le droit de te mêler de sa vie privée. Elle sort avec qui elle veut.
- C'est ma sœur !
- Et alors ?
- Tu ne peux pas comprendre, toi. Toi, tu n'en as pas.
- Ron !" intervint l'Autre.

Ron mit quelques secondes à comprendre quelle gaffe il avait commise. Mais moi, j'étais trop agacé par son attitude pour être peiné en pensant à ma famille.
"Tu ferais mieux de t'occuper de ta propre vie sentimentale au lieu de gâcher celle des autres", lançai-je à Ron avant de sortir de la pièce.

Si l'Autre n'avait pas compris ce qu'il avait à faire, son cas était désespéré.

oO§0§Oo


Il ne me fallut qu'une semaine supplémentaire pour constater que Lavande embrassait sensiblement de la même manière d'un monde à l'autre. Sa conversation était également celle dont je me rappelai. La seule différence avec l'autre Lavande, c'était son niveau en défense contre les forces du Mal. Elle était presque meilleure que moi. Mais sans doute était-ce une question d'entraînement. Après tout, l'Autre y excellait, et il semblait être une référence pour toute la classe.

Au début du mois de décembre, on nous demanda d'indiquer si nous allions rester pour les vacances ou non. Je n'aurais jamais imaginé rester à Poudlard pour Noël, mais je ne voyais pas très bien où je pouvais aller. Mettre mon nom dans la colonne des restants me rendit mélancolique pour la journée.

Deux jours plus tard, j'entrai dans le dortoir alors que Ron et l'Autre étaient en pleine discussion.

"C'est dégueulasse, disait le rouquin. Il n'a pas le droit de te forcer à rester ici alors que tu es invité par mes parents.
- Dumbledore doit avoir de bonne raison, répondit l'Autre, comme s'il cherchait à s'en convaincre.
- Ecoute, vieux, t'en fais pas. Je vais rester avec toi et on va bien s'amuser.
- Non, Ron, ne fait pas ça. Tes parents vont être déçus. Déjà que c'est dur pour ta mère que Percy ait refusé de se joindre à vous. Tu peux pas lui faire ça…
- Mais je ne peux pas te laisser moisir ici tout seul, opposa Ron. Hermione aussi rentre dans sa famille. Tu vas périr d'ennui pendant deux semaines. Non, c'est décidé, je reste avec toi."

Bon, je n'aimais pas tellement Ron, mais je devais admettre qu'il se montrait bon camarade pour l'Autre. Cependant, cette grandeur d'âme ne servit à rien. Ron partit avec les autres le vingt-quatre décembre au matin, pestant contre les décisions arbitraires des parents, et promettant à l'Autre de lui envoyer un hibou tous les deux jours.

Après la disparition des dernières calèches, nous sommes lentement rentrés dans le hall. Rusard a surgi brusquement et nous a informés que le Directeur voulait nous parler à tous les deux.

"C'est pas trop tôt, grommelai-je, considérant que cela faisait près de dix semaines que j'étais arrivé, et que Dumbledore ne m'avait pas reparlé depuis le premier soir.
- Il a peut-être trouvé le moyen de te renvoyer chez toi, me répondit l'Autre, sans que je puisse déterminer si c'était la gentillesse ou l'espoir de se débarrasser de moi qui motivait cette remarque.
- Je préfère ne pas trop y compter", répliquai-je, mais je ne pus empêcher cet espoir de me gonfler la poitrine.

Le bureau du directeur était conforme à mes souvenirs. J'y avais été appelé deux fois au cours de ma scolarité, pour des blagues qui avaient été plus loin que prévu. Il nous fit asseoir en souriant avec bienveillance, mais je le trouvais plus vieux et plus fatigué que dans mes souvenirs.
"Eh bien jeunes gens, tout se passe bien ?
- Avez-vous trouvé le moyen de le renvoyer chez lui ? demanda l'Autre, sans ambages.
- Hélas non, répondit le vieil homme mettant immédiatement fin à mes espérances. J'ai fait quelques recherches, mais comme je vous l'ai dit dès le premier jour, les livres qui évoquent des mondes parallèles sont rarement dignes de foi. Par ailleurs, le, professeur Flitwick a étudié la salle que vous nous avez indiquée. Il n'a pu déterminer la façon dont elle fonctionne. Nous ne savons donc pas si c'était le hasard, la volonté délibérée d'un sorcier, ou toute autre cause nous échappant qui vous avait amené ici Je suis vraiment désolé, Monsieur Potter, mais vous allez devoir profiter encore un peu de notre hospitalité."

Alors que je tâchais de dissimuler ma profonde déception, le directeur reprit :
"Monsieur Potter, j'ai eu l'occasion de discuter de votre arrivée avec quelques amis qui ont, tout comme moi, à cœur de mettre fin aux agissements de Voldemort."

Le regard entendu qu'il échangea avec l'Autre me fit deviner que ce dernier savait pertinemment de quels amis il s'agissait.

"Nous en avons conclu que votre présence est propre à inquiéter celui qui se fait appeler le Seigneur des Ténèbres. Il apparaît maintenant que nous aurions été avisés de la dissimuler aux yeux de tous. C'est malheureusement trop tard car nous savons de source sure qu'il a déjà été mis au courant de votre existence. Il n'a pas donné de directive spéciale à votre égard, mais nous préférons prendre toutes les précautions nécessaires pour garantir votre sécurité. C'est pour cette raison que ni vous ni Harry n'avez été autorisés à quitter Poudlard.

L'Autre intervint :

"Sait-on comment Voldemort a été averti ? Aurions-nous été trahis ? demanda-t-il, d'une voix accusatrice, comme s'il avait une idée de l'identité de celui qui aurait pu se rendre coupable d'une telle action.
- Harry, répondit Dumbledore d'une voix apaisante, il y a près de trois cents élèves dans cette école qui échangent librement du courrier avec leur famille. Nous ne pouvions d'aucune façon garder son arrivée secrète. A ce propos, je vous dois des excuses, Monsieur Potter. J'aurais dû penser au risque potentiel que votre patronyme vous fait courir et vous contraindre à changer de nom et d'apparence dès votre arrivée."

Je secouai la tête. Cela ne m'était pas agréable de savoir que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom avait entendu parler de moi, mais me déguiser pour lui échapper me semblait bien lâche, comme attitude. Et puis, après tout, je ne courrais pas plus de risques que l'Autre.

"J'ai remarqué que vous êtes les seuls de la maison Gryffondor à rester parmi nous, continua le directeur, sur un ton plus léger. J'espère que vous en profiterez pour mieux vous connaître."

Nous avons de concert haussé les épaules, sans nous engager à quoique ce soit. Cela ne parut pas déranger Dumbledore, qui nous raccompagna à la porte avec un sourire, tout en nous assurant qu'il faisait son possible pour que je puisse rentrer chez moi.

Nous rejoignîmes notre tour dans un silence maussade. Alors que nous arrivions à proximité de notre tour, je ne pus m'empêcher de demander à l'Autre :
"Tu crois qu'il va vraiment essayer de me faire rentrer chez moi ?"

Mon double a pris le temps de la réflexion avant de me répondre :
"Je pense que oui. Ta présence est un élément perturbateur dans la situation, qui est déjà très complexe. Dumbledore ne doit pas apprécier davantage que Voldemort de t'avoir dans les jambes."

La répartie était brutale, mais elle me rassura davantage qu'une réponse vague, émise dans le seul but de me réconforter. Si Dumbledore avait intérêt à ce que je parte, j'avais peut-être une chance de revoir un jour les miens.

oO§0§Oo


Nous nous sommes installés dans la salle commune. L'Autre a pris un livre, et moi la Gazette du sorcier qu'Hermione m'avait donnée le matin avant de partir, après l'avoir déchiffrée de la première à la dernière ligne.

A l'heure du déjeuner, nous avons constaté que nous n'étions que huit à être restés à Poudlard. Nous avons mangé sans entrain, puis les plus jeunes sont allés jouer dans la neige. Je les ai suivis dehors et je suis allé faire un tour dans le parc. L'Autre avait dû faire la même chose, car il était aussi mouillé et transi que moi quand nous nous sommes retrouvés dans le dortoir.

Nous avons dîné et nous sommes couchés sans avoir échangé plus de cinq phrases.

oO§0§Oo


Le lendemain matin, je fus réveillé par une explosion. Je bondis de mon lit, mais l'Autre me rassura :
"T'inquiète, c'est le cadeau des jumeaux."

Je chaussai mes lunettes et le regardai. Son lit était couvert de paquets, qu'il était en train de déballer. Je me demandai si j'allai rester à le regarder ouvrir ses cadeaux comme un imbécile ou descendre au plus vite dans la salle commune pour tenter d'oublier qu'il n'y aurait rien pour moi, tout comme il n'y avait jamais de hibou se posant devant mon assiette à l'heure du courrier. Mais il me dit :
"Tu n'ouvre pas tes cadeaux ?"

Je constatai avec surprise que plusieurs emballages multicolores avaient été posés au pied de mon lit. Je les saisis avec circonspection, me demandant qui me les avait envoyés. Pendant un moment, je craignis que l'Autre ne m'ait offert quelque chose. De mon côté, je n'avais rien prévu pour lui, et ce serait embarrassant. Mais, heureusement, il ne faisait pas partie de mes bienfaiteurs.

Dans le premier paquet, je découvris un pull couleur chocolat, manifestement tricoté à la main, avec un grand S émeraude sur le devant. Alors que je le contemplai avec circonspection, l'Autre m'expliqua, en brandissant un pull émeraude, barré d'un grand H brun :
"Ça, c'est de Molly. Quelqu'un a dû lui parler de toi. Il doit y avoir un gâteau, avec."

Il y en avait bien un. Hermione m'avait envoyé des livres, Ginny un assortiment de farces et attrapes, et même Ron s'était fendu d'un paquet de Bertie Crochue. Lavande m'avait envoyé une gourmette gravée d'une inscription sentimentale. J'espérai qu'elle n'attendait pas que je la porte en permanence.

Je demandai à l'Autre :
"Tu as envoyé un cadeau à Ginny ?
- Hum, oui. Du parchemin parfumé. Tu crois qu'elle va aimer ? me demanda-t-il d'une voix inquiète.
- Elle sera très touchée, l'assurai-je, tout en pensant par devers moi qu'elle aurait sans doute préféré quelque chose de moins tarte.

- Et toi, tu as prévu quelque chose pour Lavande ? demanda-t-il poliment.
- Non, pas encore. Je pensais profiter des vacances pour faire un tour à Pré-au-Lard. Je le lui donnerai à la rentrée. Je pense acheter quelque chose à Hermione et Ginny, aussi."

Il a hoché la tête, et nous nous sommes préparés à descendre déjeuner. En ressortant de la Grande Salle, il m'a dit :
"Je pense que je vais faire un tour en balai. Tu… cela te dirait de voler un peu ?
- Et comment ! m'écriai-je.
- Je vais demander à Madame Bibine de te prêter un balai, alors, dit-il en retournant dans le réfectoire, où la prof de vol déjeunait en compagnie du professeur Flitwick. Il revint avec un grand sourire et une petite clé.
"Je lui ai dit que j'allais te prêter mon Eclair de feu, alors elle m'a prêté un Nimbus 2000. C'est toujours mieux que les cageots qui sont mis à la disposition des première année pour les cours."

On est allés chercher les balais puis on s'est rendus sur le stade de Quidditch. L'Autre a sorti un Vif d'or de sa poche :
"Cadeau de Ron et Ginny", a-t-il commenté.

Il l'a lancé et on a décollé. Nous avons un moment tourné en rond, avant de nous mettre en chasse, après avoir repéré notre proie au même instant. L'Autre était plus loin de la boule dorée au début de la course, mais son balai était un peu plus rapide, car finalement, il avait gardé son Eclair.

On s'est très vite retrouvés botte à botte, fonçant à toute allure. Le Vif est parti en zig-zag, ce qui a équilibré les performances de nos balais, car ce n'était plus leur vitesse qui comptait, mais notre aptitude à les manœuvrer.

J'avais fait de nombreux duels d'attrapeurs lors des matchs que j'avais joués, mais je n'avais jamais été opposé à un adversaire capable d'anticiper à ce point mes réactions. J'essayais plusieurs fois de le déborder par un côté, ou de passer au-dessus de lui, mais il contrait sans problèmes mes manœuvres. De son côté, il tentait également de me surprendre, mais je savais ce qu'il avait en tête, rien qu'en observant la position qu'il adoptait sur son balai.

Il a fini par me couper la route. J'ai réussi à l'éviter de justesse et nous avons perdu le Vif de vue. Mais nous avons continué à voler de concert, enivrés par la vitesse et les acrobaties que nous effectuions. Il a pris un peu d'avance sur moi et j'ai tenté de le rattraper. Puis il m'a foncé dessus, et ça a été à mon tour de chercher à le semer.

Finalement, le Vif nous est repassé sous le nez, et nous l'avons repris en chasse. Après maintes péripéties, piqués, chandelles et feintes de Wronsky, c'est moi qui l'ai attrapé, mais cela s'est joué à un cheveu.

Nous sommes redescendus à terre, essoufflés et jubilants. Pour la première fois depuis mon arrivée, notre proximité ne nous a pas mis mal à l'aise. Au contraire, nous étions heureux de partager ce moment de pur bonheur.

On est restés un moment assis sur les gradins, à reprendre notre souffle. Je ne l'avais jamais vu aussi détendu. A ce moment là, il ressemblait vraiment à l'image que j'avais de moi. Et étonnamment, cela ne me perturba pas le moins du monde.

"J'irais bien à Pré-au-Lard, maintenant, me proposa-t-il. Que dirais-tu d'une petite Bièraubeurre.
- C'est une bonne idée, m'exclamai-je. Et moi, je ferais bien quelques courses. Tu crois que les magasins sont ouverts ?
- Je crois qu'ils le sont ce matin. Si on ne traîne pas, tu pourras acheter tes petits cadeaux."

On s'est dépêché de remonter dans notre dortoir. On s'est changé en vitesse, et il a fouillé dans son coffre.
"Je prends la cape ? m'a-t-il demandé, dubitatif.
- On ne tiendra pas tous les deux dessous, lui ai-je fait remarquer.
- C'est ce que je pensais. De toute façon, je vais prendre la carte.
- La carte ? Tu veux dire la carte du Maraudeur ?
- Oui. Tu la connais, bien sûr.
- Comment l'as-tu récupérée ? demandai-je, curieux.
- Ce sont les jumeaux Weasley qui l'ont piquée chez Rusard. Ils me l'ont donnée il y a trois ans.
- C'est marrant. Chez moi aussi, ils l'ont retrouvée au même endroit. Quand ils me l'ont montrée, ils n'en revenaient pas que je connaisse la formule pour l'activer. Et maintenant, à chaque fois qu'ils croisent mon père à King's Cross, c'est tout juste s'ils ne bavent pas d'admiration. Et juste avant que je… euh, j'arrive ici quoi, ils me l'ont donnée car c'était leur dernière année d'école."

On s'est souri.
"Pratique, hein ? m'a dit l'Autre.
- Tu l'as dit, bouffi", je lui ai fait, en clignant de l'œil.

Vérifiant soigneusement que personne ne se trouvait sur notre passage, nous avons pris le souterrain gardé par la sorcière borgne. Cela me fit drôle de voir sur la carte deux points Harry Potter cheminer de concert vers le passage secret.

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Nous avons commencé par les courses, car les magasins n’allaient pas tarder à baisser le rideau. Heureusement, parmi les rares d’ouverts, il y en avait un qui vendait un peu de tout. L’Autre m’avait de nouveau donné de l’argent, m’assurant qu’il en avait plein, sans paraître vouloir entrer dans les détails. J’avais ainsi pu acquérir une bague fantaisie pour Lavande, un nécessaire à balai pour Ginny, des plumes de première qualité pour Hermione, une carte de Noël pour remercier Mrs Weasley, et des sucreries pour Neville, Ron et l’Autre.

Nous sommes ensuite allés aux Trois Balais, prendre notre Bièreaubeurre. En chemin, nous avons croisé des familles qui se promenaient. Je me sentis un peu nostalgique en voyant les gosses qui étalaient fièrement leurs cadeaux de Noël : robes de Merlin, mini balais, hiboux gonflables...

L’Autre avait dû surprendre mon expression, car il me demanda, une fois installés devant notre boisson :
"C’était comment les Noëls avec tes parents ?
- Oh, assez classique, je suppose, répondis-je évasivement.
- C'est-à-dire ?" insista-t-il.

Ne voulant pas remuer le couteau dans la plaie, je tâchai de ne pas trop entrer dans les détails mais il insista, me demandant des précisions. Finalement, je lui racontai le grand sapin que Maman décorait à Godric's Hollow, les plaisanteries de Papa, l'excitation de Rose, le moment échevelé où l'on ouvrait tous nos cadeaux et les embrassades qui s'ensuivaient.

"Généralement, le soir du réveillon, nous invitions les meilleurs amis de mes parents.
- Sirius ? demanda l'Autre.
- Oui. Sirius, sa famille et les autres.
- Sa famille ? s'exclama-t-il.
- Oui, il s'est marié il y cinq ans. Et il a une petite fille de deux ans, Alys."

L'Autre, plongea le nez dans sa chope, et je regardai autour de moi pour lui laisser le temps de se remettre.

"Et Remus, qu'est-ce qu'il est devenu, finit-il par me demander, après s'être raclé la gorge
- Il travaille au Ministère, dans le service de la régulation des créatures magique, lui appris-je.
- Ils acceptent les loups-garous au Ministère ? s'étonna l'Autre.
- Il ne doit pas y en avoir beaucoup, reconnus-je. Mais papa a pas mal d'influence, entre notre fortune et le fait qu'il connaisse plein de monde…
- Papa… Ton père, il fait quoi comme métier ?
- Il ne travaille pas vraiment. Il gère notre fortune, notamment en trouvant des inventeurs et en s'associant à eux. Il les finance, et ensuite récupère une partie de leurs gains.

- Ça doit être intéressant ! Et ta mère, elle fait quoi ?
- De la recherche. Elle a beaucoup travaillé dans le domaine de l'Ancienne magie. Elle a d'ailleurs un moment collaboré avec Severus Rogue. Cela agaçait beaucoup mon père et Sirius. D'après ma mère, c'est l'un des meilleurs dans le domaine des potions, alors elle avait besoin de lui pour retrouver des préparations anciennes dont les recettes avait été perdues. Je l'ai vu une ou deux fois. Il est assez froid, mais ce n'est pas non plus le connard que nous avons en potions.
- Rassure-moi, il n'est pas marié, lui !
- Je ne crois pas. Mais à vrai dire, je ne m'en suis jamais préoccupé. Et Maman ne nous parlait pas tellement de lui, pour épargner Papa."

Il hocha la tête et se concentra sur le fond de son verre. Je sentais qu'il voulait poser une question, mais qu'il ne savait pas trop comment la formuler.

"Ils… ils voient toujours Pettigrow ? parvint-il à demander.
- Oui, confirmai-je. Il est… sympa."

Je préférai ne pas en dire davantage sur lui, après ce qui m'avait été révélé par Hermione. Mais j'en avais manifestement déjà trop dit car le visage de l'Autre se crispa.
"Sympa ! grinça-t-il. Ce sale rat !"

Il fut très désagréable pour moi de contempler mes propres traits déformés par la fureur et la haine. Je repris une lampée pour ne plus avoir à le regarder. Je voulais changer de conversation mais, comme cela arrive souvent dans ce genre de moment, aucun sujet ne me vint à l'esprit. Il y eut entre nous un silence gêné.

Un cri se fit entendre au dehors. Je tournai la tête vers la porte avec curiosité, pendant que l'Autre se figeait. Il y eut d'autres cris, et la porte s'ouvrit à la volée. Un homme paniqué entra en trombe, en hurlant :

"Les Mangemorts ! Les Mangemorts attaquent !

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IV : Dans la salle commune

L'annonce que des Mangemorts avaient envahi Pré-au-Lard provoqua une panique immédiate. Tout le monde se leva, et courut vers la sortie. Bon gré mal gré, l'Autre et moi dûmes suivre le mouvement, ne serait-ce que pour ne pas nous faire écraser par la foule.

Une fois dans la rue, nous constatâmes que c'était le chaos. Les gens couraient dans tous les sens. Il n'y avait pas de Mangemorts à proximité, mais on apercevait plus loin des silhouettes noires s'en prenant à des sorciers qui se défendaient maladroitement. Il fallait fuir. Si nous arrivions à regagner le passage secret vers Poudlard, nous serions en sécurité.

"Honeydukes", me souffla l'Autre, dont les pensées avaient visiblement suivi le même cheminement.

Il rabattit le capuchon de sa cape d'hiver jusqu'à ses sourcils, m'enjoignant d'un geste de faire de même. Puis nous courûmes en rasant les murs dans la direction du magasin de sucreries. Nous l'avions presque atteint quand un homme, au visage dissimulé par une cagoule, déboucha d'une rue transversale, sa baguette tendue dans notre direction. Mon esprit paniqué se bloqua, mais l'Autre me saisit par l'épaule et nous jeta à terre.

Le sort passa au dessus de nous dans un sifflement effrayant. Rien à voir avec les entraînements dispensés en cours. Je compris instantanément que je n'avais pas le niveau pour me défendre contre de telles attaques. Je me sentis terrifié comme je ne l'avais jamais été.

L'Autre s'était déjà redressé et, campé sur ses genoux, lançait un Experlliamus d'une voix assurée, contrant le nouveau sortilège que notre assaillant s'apprêtait à nous envoyer. La baguette du Mangemort vola dans notre direction mais l'Autre ne prit pas la peine de la ramasser. Il finit de se relever et m'empoigna pour m'obliger à faire de même.

Nous avons continué notre chemin vers Honeydukes. Une autre silhouette masquée se dressa sur notre route, et mon double la stupefixa, sans même ralentir son allure, comme s'il avait fait ça toute sa vie.

Notre course folle ne s’arrêta que devant l’enseigne du confiseur. Nous nous sommes rués dans le magasin déserté et avons dévalé comme des fous l'escalier menant à la réserve, avant de nous engouffrer dans le souterrain.


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Bien que désormais hors de danger, nous avons continué de courir près de la moitié du chemin, avant de nous arrêter et de nous adosser aux murs suintants pour reprendre notre souffle.

A la lueur de nos baguettes, l'Autre avait une tête épouvantable, et je ne devais pas faire meilleure figure. On s'est regardés longuement, mesurant la peur que nous avions eue, notre soulagement d'être à l'abri, et notre chance de nous en être tirés à si bon compte.

Tout à coup, il se redressa et s'écria :
"Il faut que nous alertions les professeurs, ils pourront peut-être aider les autres !"

Sans attendre ma réponse, il repartit à vive allure dans le boyau tortueux. Les jambes flageolantes, j'eus du mal à gravir la volée de marches qui concluait le souterrain. Avant d'ouvrir la porte dérobée se trouvant derrière la statue, l'Autre épousseta machinalement et inutilement sa cape.

Une fois dans le couloir, nous nous sommes dépêchés de prendre la direction du bureau de Dumbledore. Mais à peine avions nous parcouru une dizaine de mètres que Rogue s’est dressé devant nous. Il ouvrit la bouche, l'air vipérin, mais l'Autre prit la parole sans lui laisser le temps d'en placer une :

"Professeur, s'écria-t-il, il y a une attaque de Mangemorts à Pré-au-Lard ! Il faut aller les aider ! Il faut prévenir le Ministère !
- Potter et Potter ! D'où sortez-vous ? Cela fait une heure qu'on vous cherche partout.
- Je vous dis qu'il faut aller à Pré-au-Lard ! répéta l'Autre.
- Merci, Monsieur Potter, je ne suis pas sourd. Et je vous prierais de me parler sur un autre ton."

Pendant que l'Autre tentait de se contenir, désespérant de se faire comprendre, je tentai ma chance :
"Professeur, on se bat à Pré-au-Lard. Savez-vous si le Ministère a été prévenu ?
- Cela ne vous regarde pas. Par contre, j'aimerais que vous m'expliquiez comment vous êtes au courant et d'où vous sortez."

L'Autre ne parut pas plus enclin que moi à répondre à cette délicate question. S'il avait fallu avouer notre escapade pour venir en aide aux sorciers en danger, je l'aurais fait volontiers. Mais je venais de réaliser que Rogue savait sans doute déjà ce qui se passait au village. Dans le cas contraire, il aurait réagit différemment à nos mises en garde.

"Il y a plus important ! plaida l'Autre qui n'avait manifestement pas compris que ce débile graisseux était en train de jouer un petit jeu pervers avec nos nerfs. Vous ne comprenez pas !
- C'est vous qui n'avez pas l'air de comprendre, Potter. Une fois de plus, vous étiez là où vous n'aviez rien à faire. Tout le monde se met en quatre pour garantir votre sécurité, et vous allez baguenauder là où cela vous chante. Et l'autre exemplaire ne vaut pas mieux, ajouta-t-il en me regardant avec dédain. Monsieur Potter surnuméraire, m'apostropha-t-il, avez-vous apprécié votre promenade ?"

Sans attendre ma réponse, il reporta son attention vers mon double :
"Mais peut-être que c'était intentionnel de votre part, Potter, cracha-t-il haineux. Vous vouliez peut-être vous débarrasser de lui comme de l'autre cabot…
- JE VOUS INTERDIS DE PARLER AINSI DE SIRIUS !" hurla l'Autre, en s'avançant vers le prof.

Je n'avais rien compris à leurs sous-entendus, mais je rattrapai mon double par le pan de sa cape, avant qu'il n'ajoute le proficide à la liste de nos infractions de la journée.

"Nous sommes désolés, Professeur, dis-je tâchant de calmer le jeu. Nous ne voulions pas vous inquiéter.
- Un Potter qui s'excuse, on aura tout vu", persifla Rogue.

Il était vrai que la contrition ne m'était pas naturelle et que m'y plier me demandait de gros efforts. Je m'y efforçais cependant quand je me savais en tort, car Maman répétait souvent que reconnaître ses fautes n'était pas un aveu de faiblesse mais un acte de courage.

"Merlin soit loué, vous les avez retrouvés ! fit la voix de McGonagall dans mon dos. Mais où étiez vous donc passés, Messieurs ? Nous vous avons cherchés partout. Nous craignions qu'ils aient réussi à pénétrer dans Poudlard pour vous capturer.
- Les Mangemorts n'ont pas besoin de se donner cette peine, Minerva, commenta onctueusement Rogue. Nos Potter à la puissance deux n'ont besoin de personne pour se jeter dans leurs bras, de leur plein gré. Devinez où ils étaient !"

La vieille chouette nous dévisagea et s'écria :
"Vous n'étiez quand même pas à Pré-au-Lard ?"

Mais nos vêtements en désordre, nos chaussures boueuses et nos mines défaites l'obligèrent à se rendre à l'évidence. Sa bouche se pinça, son regard se durcit, et son teint se colora. C'était encore pire que le jour où Hagrid, le Garde-chasse, m'avait récupéré au sommet d'un arbre dans la Forêt interdite.

"Monsieur Potter… et vous, Monsieur Potter ! Vous me décevez terriblement, lança-t-elle d'une voix glaciale. Je ne vous aurais jamais cru capables d'une telle… inconscience. Vous rendez vous compte que vous auriez pu être capturés, tués… "

Elle s'interrompit, comme si les mots lui manquaient.

"Vous êtes consignés jusqu'à la fin des vacances dans votre tour, reprit-elle d'une voix sifflante. Vos repas vous seront portés là-bas. Et je retire cent points à Gryffondor. Cent points chacun", précisa-t-elle.

Notre sablier allait être à zéro. On allait se faire massacrer par nos camarades, quand ils rentreraient de vacances.

"Je pense qu'une interdiction de Quidditch jusqu'à la fin de l'année serait une bonne mesure de rétorsion, proposa l'autre salaud.
- Quand j'aurai besoin de votre aide pour punir mes élèves, je vous ferai signe, Severus, lui répliqua fraîchement McGonagall. A moins que vous n'ayez été nommé Grand Inquisiteur sans que j'en soie avertie ?"

L'Autre me tira discrètement par la manche, et je le suivis vers notre tour, laissant les professeurs échanger des répliques acerbes.

oO§0§Oo


Arrivés à destination, nous grimpâmes péniblement dans notre dortoir. Je laissai tomber au sol le sac qui contenait mes courses et que je tenais toujours à la main, à ma grande surprise.

Je me suis effondré sur mon lit, sans même retirer mes chaussures, et j'ai posé mon avant-bras sur mes yeux, après avoir retiré mes lunettes. Dans ma tête, je réentendais les cris de panique et de douleur, et je me rappelais de ma peur et du sentiment d'impuissance qui m'avaient saisi quand j'avais éprouvé la force du sortilège qui nous avait manqué de si peu. Puis, je me remémorai la voix calme et posée de l'Autre quand il avait désarmé nos adversaires. Comment avait-il fait pour garder son sang-froid, alors que sa vie était en jeu ?

Il n'y avait qu'une réponse possible : ce n'était pas la première fois qu'il se battait dans ces conditions. Il me parut plus différent de moi que jamais. Je jetai un œil dans sa direction. Lui aussi était sur son lit, assis, le front posé sur ses genoux relevés, ses bras enserrant ses jambes. Pleurait-il ?

Un long moment passa. J'avais dû m'endormir. Je me redressai à contrecoeur pour retirer ma cape et mes chaussures. L'Autre était couché en chien de fusil sur son lit. J'eus l'impression qu'il dormait. Je tâchai de faire le moins de bruit possible, pour ne pas le déranger.

Une fois plus à l'aise, j'hésitai un moment sur ce que je voulais faire. Devais-je commencer par prendre une douche ? Descendre aux cuisines pour me trouver de quoi manger ? Non, ça c'était interdit. Mais peut-être qu'un plateau nous attendait dans la salle commune, puisque nous avions raté le déjeuner.

Ma faim l'emporta et je me dirigeai à pas de loup vers la porte. Un gémissement interrompit ma progression. Je me tournai vers l'Autre, qui semblait faire un cauchemar. Devais-je le réveiller ? Avant que je n'aie pu m'y décider, il s'assit sur son lit en hurlant. Je sursautai, et m'approchai de lui, pour demander ce qui se passait. Je me rendis compte, à ses yeux écarquillés mais troubles, qu'il dormait toujours, et que son rêve n'était pas des plus plaisant.

Je le saisis par l'épaule et le secouai.

"Hé, c'est juste un rêve, réveille-toi"

Ses yeux papillonnèrent et il me fixa, encore un peu vaseux. Puis il grimaça, et porta les mains à son front.
"Il est heureux de ce qui s'est passé ! dit-il. Ce carnage l'a amusé !
- Hein ? Mais de qui tu parles ? demandai-je.
- Voldemort ! Il est content en ce moment.
- C'était juste un mauvais rêve, tentai-je de le calmer.
- Non, c'était la réalité. J'ai oublié de faire mon occlumancie avant de m'endormir", m'indiqua-t-il.
- Ton quoi ?"

Il me dévisagea, comme s'il hésitait sur ce qu'il allait me dire, et finit par soupirer :
"Mon occlumancie. A cause de ma cicatrice, Voldemort et moi sommes liés et parfois, je ressens ses émotions. Inutile de te préciser que c'est à vomir.
- Pas sur moi, s'il te plait", répliquai-je, me réfugiant dans le mauvais humour.

Je ne me sentais pas capable de faire face à d'autres horreurs, ce jour-là.

"T'as pas faim, je suppose", continuai-je, bien décidé à reprendre pied dans un monde plus normal.
- Si ! répondit-il, comme étonné d'être encore tributaire d'une sensation aussi triviale. Je meurs de faim. Il est quelle heure ?
- Près de seize heures. J'espère qu'ils ont prévu de nous nourrir correctement. Sinon, interdiction ou pas, je file aux cuisines. Tu me prêterais ta cape ?
- Si tu veux, mais fais gaffe quand même, m'avertit-il. Rogue sait que j'en ai une, et le directeur voit à travers.
- C'est celle de ton père ou une autre ? demandai-je.
- Celle de mon père. C'est Dumbledore qui me l'a donnée. Je ne sais pas comment elle est parvenue en sa possession, par contre.
- C'est bien qu'il te l'ait rendue, appréciai-je, me rappelant de ma joie et de ma fierté quand Papa me l'avait donnée au début de ma troisième année.
- Oui, elle m'est très utile", admit-il, reprenant un peu de poil de la bête.

Je repartis vers la porte du dortoir, et trébuchai sur le sac que j'avais laissé tomber en arrivant. Cela me rappela mes achats. Je plongeai la main dedans et sortis un petit paquet.
"Tiens, dis-je à l'Autre en le lui tendant. Joyeux Noël !"

Il me fixa, mais au lieu de tendre la main pour saisir mon présent, il se retourna, me laissant désorienté, mon cadeau à bout de bras. Il alla fouiller dans les poches de sa cape, jetée au pied de son lit, et en sortit un sachet. Aussi embarrassé que je devais le paraître, il me le tendit gauchement et nous avons fait l'échange. Il m'avait offert des chocogrenouilles.

"J'ai pensé que tu aimerais", dit-il, visiblement embarrassé.

"Je sais, répondis-je. J'ai pensé pareil", spécifiai-je, alors qu'il découvrait les chocogrenouilles que je lui avais achetées.

Nous avons tous les deux mordu dans notre friandise préférée. Lui aussi commençait par les pattes arrières.

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Une collation froide nous attendait sur une table basse de la salle commune. Une fois notre repas terminé, l'Autre parut à bout de nerfs. Il allait et venait dans la pièce, regardait par la fenêtre, revenait vers la porte, comme s'il hésitait à passer outre l'interdiction de sortir. Puis il refaisait un tour. De mon côté, j'avais pris un livre, mais ses déambulations m'empêchaient de me concentrer sur ma lecture.

Au bout d'une heure, alors que je m'apprêtais à lui enjoindre de s'asseoir, un elfe apparut dans la pièce avec un pop sonore.
"Dobby, s'exclama l'Autre, lui sautant presque dessus. Tu sais ce qui se passe dehors ? Il y a eu des victimes ? Les Aurors ont-ils pu intervenir ?
- Monsieur Harry Potter ! Dobby est heureux de voir que Harry Potter va bien. Dobby a été très inquiet quand il a su que Harry Potter était sorti aujourd'hui. Mais maintenant Dobby est rassuré. Harry Potter va bien. Et le cousin de Harry Potter aussi !

- Dobby, quel est le bilan de l'attaque ? demanda sèchement l'Autre.
- Dobby n'a pas le droit de parler à Harry Potter, répondit la créature en se tordant les mains. Le professeur qui sent le soufre et l'armoise a bien insisté. Et il a fait très peur à Dobby et à Winky avec ses yeux méchants ! Mais Dobby est un elfe libre grâce à Harry Potter, continua l'elfe en se redressant fièrement. Alors Dobby peut dire ce qu'il veut. Il n'a même pas besoin de se pincer les oreilles dans le four, après", affirma-t-il, mais son ton était un peu hésitant quand même.

Un elfe libéré par mon double ? Effectivement, il portait des vêtements. Enfin, si l'on pouvait qualifier de vêtements les trois bonnets mal tricotés posés de guingois sur sa tête, les chaussettes dépareillées qui ornaient ses pieds et le pagne rose bonbon qui jurait affreusement avec le reste.

"Eh bien ! le pressa l'Autre.
- Dobby est désolé de faire de la peine à Harry Potter, mais il y a eu trois morts aujourd'hui à Pré-au-Lard. Dobby déteste les Mangemorts, même s'il devait les recevoir avec les honneurs chez son ancien maître. Dobby est bien content d'avoir été libéré !
- Et bien sûr, aucun Mangemort n'a été arrêté, dit l'Autre d'une voix sombre, sans prêter attention aux digressions de la créature.
- Non, Monsieur Harry Potter, répondit l'elfe d'une voix contrite. Dobby est très triste de faire de la peine à monsieur Harry Potter. Dobby se pincera quand même les oreilles dans le four.

- Laisse tes oreilles tranquilles, soupira mon double. Il n'y a pas eu d'autres attaques, aujourd'hui ?
- Pas à la connaissance de Dobby. Mais Dobby peut essayer de se renseigner, si Monsieur Harry Potter le lui demande.
- Non, Dobby. Je ne veux pas que tu aies des ennuis à cause de moi. Mais si tu entends parler d'autres choses durant les jours prochains, tu me le diras, d'accord ?
- Monsieur Harry Potter peut compter sur moi. Comme je le dis toujours à Winky, que serait devenu Dobby sans Harry Potter ?
- Merci Dobby. Et je t'interdis de te pincer les oreilles ou quoi que ce soit d'autre.
- Merci Harry Potter. Harry Potter est tellement gentil avec Dobby !"

Il fallut encore dix minutes à l'Autre pour se dépêtrer de la petite créature verte. Je fus surpris de la gentillesse et de la patience qu'il exerçait au bénéfice de l'être velu. Bien sûr, nous ne maltraitions pas nos elfes à la maison, mais je n'avais jamais fait spécialement attention à eux, ne les considérant plus, depuis longtemps, comme très intéressants. Je me demandai comment mon double avait pu être amené à libérer celui-là et surtout qui pouvaient être ses propriétaires, si familiers avec des Mangemorts.

Quand nous nous retrouvâmes à nouveau seuls, il reprit ses sombres ruminations sans un seul commentaire. Mais comme il s'était affalé dans un fauteuil, je pus reprendre ma lecture.

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Le lendemain matin, nous étions en train de prendre notre petit-déjeuner dans notre salle commune, quand un tapotement insistant attira notre attention vers la fenêtre. Un petit hibou excité tentait de rentrer. L'Autre bondit de sa chaise en s'écriant :
"C'est Coq !"

Il me fallut quelques secondes pour me rappeler que c'était le nom du hibou de Ron. Dans un premier temps, je me renfrognai car je n'aimais pas spécialement l'heure du courrier : outre les mauvaises nouvelles dont la Gazette d'Hermione était porteuse, savoir qu'il n'y avait aucune chance que je reçoive mes habituels paquets maternels me déprimait.

Alors que l'Autre peinait à mettre la main sur le volatile excité qui voletait en tous sens dans la pièce, une chouette blanche s'engouffra par la fenêtre restée ouverte.

"C'est Hedwige, me lança l'Autre, qui détachait à présent les parchemins apportés par Coq. Je l'ai confiée à Hermione pour que nous puissions communiquer. Hedwige, va voir Simon !"

La jolie chouette me tendit obligeamment la patte. Je m'aperçus avec stupéfaction, qu'une des missives était à mon nom. L'Autre m'en tendit une autre, en me disant :
"Tiens, c'est pour toi !"

J'eus chaud au cœur en constatant que Ginny et Hermione m'avaient écrit. Toutes les deux espéraient que j'avais passé un bon Noël et souhaitaient que le reste de mes vacances soient plaisantes. Aucune allusion n'était faite aux événements de Pré-au-Lard. Les hiboux étant sans doute partis, avant que la nouvelle ne soit propagée.

Nous avons passé une grande partie de la matinée à répondre à nos correspondants. Après que le courrier fut parti, emporté par les hiboux, l'Autre m'indiqua :
"J'ai expliqué à Ron que nous étions consignés, et je lui ai demandé de nous renvoyer Coq au plus vite. J'ai aussi demandé à Hermione de nous faire parvenir chaque jour la Gazette une fois qu'elle l'aurait lue. Il ne faut pas compter sur les profs pour nous mettre au courant de ce qui se passe dehors ! conclut-il d'un ton amer. Je suppose que Dumbledore nous en dirait plus, ajouta-t-il cependant. Mais il doit être complètement débordé."

Faute d'autre occupation, nous nous sommes attelés à nos devoirs. Nous ne nous sommes pas installés à la même table, mais sommes restés assez proches pour nous parler sans avoir à élever la voix.

Le temps que le déjeuner nous soit amené par l'elfe libre et bavard, notre devoir de sortilège était presque terminé, L'après-midi, j'aidai l'Autre à faire son devoir de potions et nous avons prévu de faire ensemble notre métamorphose le lendemain.

Le jour suivant, nous avons terminé tous nos devoirs écrits et avons décidé de commencer les exercices pratiques. En enchantements, nous nous sommes entraînés à faire apparaître des petits objets. C'était un exercice difficile, et il nous fallut toute notre concentration pour y arriver. Mais travailler à deux était très stimulant, et nous avions fait beaucoup de progrès au cours de l'après-midi.

"On arrête ? proposa l'Autre, alors que le soir tombait. J'en peux plus, pour aujourd'hui.
- Bonne idée, répondis-je. J'ai jamais autant travaillé en dehors des périodes scolaires.
- On voit que t'as jamais passé de vacances avec Hermione, commenta-t-il en souriant. Tu sais ce qu'elle m'a offert l'année dernière pour Noël ? Un agenda qui me disait les devoirs et révisions que je devais faire. A la fin de l'année, il ne faisait que répéter "vous êtes en retard dans vos révision". C'est bête, je l'ai oublié dans le Poudlard Express en juin dernier."

Je souris, et nous nous sommes regardés, incertains. Cela faisait deux jours que nous ne parlions de rien d'autre que de notre travail scolaire. Il sembla hésiter, puis me demanda :
"Tu aimes les échecs ?
- Oui, j'aime bien, répondis-je. Tu as un échiquier ?
- Non, mais je crois que Ron a laissé le sien ici. Sinon, on prendra celui de Seamus."

Il monta au dortoir et redescendit avec un jeu. Il ne nous fallut pas très longtemps pour nous apercevoir que j'étais bien meilleur que lui. Il avait le même niveau que ma sœur Rose, qui allait sur ses onze ans.

"Tu joues depuis longtemps ? me demanda-t-il, visiblement dépité alors je bloquais une de ses attaques.
- Oui, c'est mon père qui m'a appris quand j'étais tout gosse, lui expliquais-je. Je joue souvent avec Remus aussi. Et toi ?
- C'est Ron qui m'a montré quand je suis arrivé ici en première année. Je n'avais jamais vu d'échecs sorciers avant. Ni joué aux échecs moldus, d'ailleurs. C'est pas le genre de mon oncle et ma tante. Ils ne doivent pas considérer comme normal de passer des heures à réfléchir."

C'était la première fois qu'il évoquait ceux qui l'avaient élevé devant moi, mais je savais par Hermione et Ginny, qu'ils ne s'étaient pas très bien conduits avec lui. Il s'était d'ailleurs rembruni et regardait rêveusement par la fenêtre.

"C'est à toi", lui rappelai-je.

Il se re-concentra sur la partie, et nous avons joué en silence jusqu'à ce que je le mette échec et mat.

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Le lendemain matin, Coq et Hedwige revinrent avec un courrier conséquent. Il y avait des lettres et les Gazettes des trois derniers jours. L'Autre s'est jeté dessus et j'ai lu par dessus son épaule.

Dans le journal daté de la veille, on faisait état de trois décès à Pré-au-Lard et d'une dizaine de blessés, dont deux graves. Diverses déclarations émanaient du Ministère, mais je jugeai que ce n'était que des effets d'annonce. En effet, dès que les Aurors étaient intervenus, les Mangemorts s'étaient retirés, et aucun d'entre eux n'avait été appréhendé. Visiblement, il avait fallu plus d'une demi-heure aux Aurors pour arriver sur place, ce qui avait largement laissé le temps aux criminels de semer le désordre et la désolation,

Des lignes étaient soulignées à l'encre rouge d'un trait rageur. C'était la partie rapportant l'interview de Madame Rosemerta, qui révélait la présence de Harry Potter dans son pub au moment du drame, accompagné d'un garçon qui lui ressemblait beaucoup. Le journaliste se demandait avec anxiété si Celui-qui-a-survécu avait été enlevé par les Mangemorts, et si l'opération n'avait pas été organisée dans le seul but de le capturer.

"Tu vas voir, on va dire que c'est de ma faute, tout ça, grommela Harry. Et je parie qu'Hermione m'engueule dans sa lettre !"

C'était bien le cas si j'en jugeais par son air revêche, alors qu'il lisait le parchemin accompagnant les journaux.
"C'est pour toi aussi", me précisa-t-il en me le passant.

Je lus en diagonale les indignations moralistes de notre amie. Le courrier venant des Weasley ne parut pas plaire davantage à l'Autre.
"Molly a lu la Gazette aussi, soupira-t-il. Tu veux savoir ce qu'elle en dit ?
- Si c'est la même chose, je crois que j'ai compris l'idée générale", déclinai-je.

Il prit le dernier parchemin, qui le fit enfin sourire.
"Ron me demande si la Bièraubeurre était bonne. Il me promet de m'écrire le plus souvent possible. Il faut qu'on lui renvoie Coq, car Errol, leur autre hibou, est un peu lent.
- Rien de Ginny ? demandai-je pour le taquiner. Tu dois être déçu.
- Et Lavande, elle ne t'écrit pas ? me rétorqua-t-il.
- Oh mince ! m'écriai-je. J'ai complètement oublié d'écrire à Lavande. Je ne l'ai même pas remercié pour son cadeau. Tu crois qu'elle me pardonnera si je lui dis qu'on n'a pas eu le droit d'envoyer des hiboux à cause de l'attaque ?"

L'Autre a haussé les épaules, comme s'il ne connaissait pas la réponse ou qu'il s'en fichait. Il a pris une feuille pour répondre à ses amis, et j'en ai fait autant pour m'excuser auprès de Lavande. J'en ai profité pour écrire un mot de remerciement à Molly Weasley pour le pull et le gâteau. Mais au moment d'envoyer notre courrier, nous nous rendîmes compte que nous n'avions pas assez de messagers. Nous avons décidé de renvoyer Coq chez les Weasley, Hedwige chez Hermione et d'attendre le retour de Dobby à midi pour lui demander de monter à la volière pour poster mon message pour ma petite amie. L'elfe parut extasié à l'idée de rendre ce service au cousin de Harry Potter.

En début d'après-midi, l'Autre suggéra de faire quelques exercices pratiques pour notre cours de défense contre les forces du Mal. Je compris qu'il désirait que je m'entraîne à me protéger un peu mieux des attaques. Il est vrai que je ne m'étais particulièrement peu distingué trois jours auparavant. Sans son intervention, je me serais fait tuer.

Je repoussai fermement cette pensée désagréable et acceptai l'offre qui m'était faite. Mon père m'avait appris à ne pas m'appesantir sur mes erreurs passées et ne me concentrer que sur la façon de ne pas les répéter.

Je constatai avec étonnement qu'il était un très bon professeur. Il savait m'encourager, tout en m'incitant à recommencer l'exercice jusqu'à ce que des progrès soient perceptibles. J'améliorai ainsi beaucoup mon Protego et mon Experlliamus. Si un jour je rentrais chez moi, mon entourage n'allait pas en revenir.

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"J'aimerais bien travailler mon Stupefix et mon Patronus, confiai-je à l'Autre, pendant que nous dînions près du feu.
- Le problème du Stupefix, c'est qu'il va falloir que je te serve de cobaye, ce qui n'est pas très agréable, me répondit-il. Pour le Patronus, c'est un entraînement très personnel. Il faut que tu trouves un souvenir heureux, et que tu te concentres dessus.
- Ça fait longtemps que tu sais le faire ? lui demandai-je, un peu jaloux.
- C'est Remus Lupin qui me l'a appris pendant ma troisième année. Il a été notre professeur de défense contre les forces du Mal pendant un an. Il était urgent que j'apprenne à me défendre contre les Détraqueurs, car je réagissais très mal à leur présence.
- Heureusement, il n'y en a pas souvent dans le coin.
- Il y en avait en permanence, me contredit-il. Ils étaient supposés garder Poudlard car Sirius s'était enfuit d'Azkaban et tout le monde croyait qu'il voulait me tuer.
- J'arrive pas à imaginer qu'on ait cru une chose pareille", m'exclamai-je.

L'Autre haussa les épaules et m'expliqua :
"Tout le monde pensait que c'était lui le Gardien du secret de mes parents. Personne n'avait imaginé qu'il ait pu charger Pettigrow de le devenir à sa place et que ce n'était pas lui le traître.
- Mais pourquoi tes parents ont-ils eu besoin d'un Gardien du secret ?" m'étonnai-je.

Je n'avais aucune envie de parler de la traîtrise de Peter. C'était trop dérangeant pour moi. Il soupira, et resta un moment silencieux, les yeux dans le vide. Je pensais qu'il ne me répondrait pas quand il se décida :
"Avant ma naissance, il y a eu une prophétie d'énoncée. Elle indiquait qu'un enfant, qui devait naître quelques mois plus tard, aurait le pouvoir de tuer le Seigneur des Ténèbres. Nous étions deux à correspondre à cette prédiction, alors les deux familles ont été particulièrement protégées.
- Cela veut dire que c'est toi qui devras tuer… Tu-Sais-Qui ? hésitai-je à comprendre.
- Exactement, soupira mon double.
- Mais… et l'autre, celui qui correspondait aussi ?

- Il ne correspond plus. La prophétie parlait d'une marque que le Seigneur des Ténèbres devait infliger à celui qui devrait l'affronter. C'est moi qui la porte, maintenant."

Et du doigt, il me désigna sa fameuse cicatrice.

"Et tout le monde sait que tu vas tuer Tu-Sais-Qui ? demandai-je.
- D'abord, je ne suis pas sûr d'y arriver. Et ensuite, heureusement, peu de personnes sont au courant. Voldemort le sait, Dumbledore, aussi. J'en ai parlé à Ron et Hermione… et à toi."

Nous sommes restés un moment sans parler. C'était fou. Comment pouvait-il espérer vaincre le Seigneur des Ténèbres ? Même s'il était un crack en défense contre les forces du Mal, il était moi, non ? Et je ne m'imaginais pas vaincre ce mage noir. A moins que ce dernier ne soit différent que celui qui avait sévi dans mon monde avant ma naissance, et qui avait terrifié la génération de mes parents. Mais ici aussi, le terrible personnage effrayait la communauté sorcière et paraissait redoutable.

Je contemplai l'Autre, qui triturait sa nourriture du bout de sa fourchette, manifestement l'appétit coupé. Avait-il peur ? Sans doute. Son sang-froid m'avait impressionné quelques jours auparavant pendant l'attaque, mais là… Je songeai que je n'aurais pas résisté à une telle pression. Mais était-il réellement mon double ?

"Tu crois que toi et moi, on est la même personne ? finis-je par lui demander.

Cela le tira de ses réflexions.

"C'est ce que Dumbledore a dit, non ? répondit-il.
- Mais il n'avait pas l'air de connaître grand-chose aux mondes parallèles.
- T'en penses quoi, toi ? me demanda-t-il. Car, après tout, tu es le seul à pouvoir faire la comparaison entre ici et chez toi.
- Eh bien… Des fois la ressemblance est telle que j'ai pas l'impression d'être parti. Mais à d'autres moments… Les gens ne réagissent pas pareil, on n'a pas Tu-Sais-Qui… Je ne remets pas en cause l'idée qu'on vient de mondes qui se ressemblent, mais toi, je te trouve quand même très différent de moi. D'accord, on est pareils physiquement, mais pour le reste...
- Nous sommes tous les deux à Gryffondor, fit-il remarquer.
- C'est vrai", concédai-je.

Il sembla frappé par une idée.

"Est-ce que le Choixpeau t'a proposé Serpentard ? me demanda-t-il.
- Serpentard ? Bien sûr que non, répondis-je choqué. Tu veux dire qu'à toi..."

Il confirma de la tête.
"Alors, on est différents, tranchai-je.
- D'après Hermione, pas tant que ça, m'opposa-t-il. Elle dit que notre enfance a été assez radicalement opposée pour que nous réagissions de façon distincte, sans que cela ne prouve pour autant une différence profonde entre nos deux personnalités."

Ainsi, lui et Hermione avaient parlé de moi derrière mon dos. Je me sentis un peu blessé. Hermione ne m'avait-elle fréquenté que pour juger de ma ressemblance avec son ami ? Elle devait s'inquiéter pour lui. Se demander si ma présence n'était pas une épreuve supplémentaire, s'ajoutant à ses autres ennuis. Finalement, je lui étais indifférent. C'était l'Autre, qui comptait pour elle.

Je me secouai. C'était logique, non ? Elle ne me connaissait que depuis quelques semaines, alors que l'Autre était son ami depuis des années. Ils avaient même combattu un troll ensemble. Fallait-il que je me sente seul pour m'inquiéter de savoir si elle se faisait du souci pour moi.

"Ils sont comment… tes parents, me demanda l'Autre, en trébuchant sur les mots.
- Que veux-tu savoir ?
- S'ils sont comme les miens."

Je lui lançai un regard d'incompréhension. Il ne devait pas avoir tellement de souvenirs d'eux, s'ils étaient morts alors qu'il n'avait qu'un an.

"Je veux dire… leur jeunesse, leurs amis…, spécifia-t-il Est-ce que nous avons la même famille ? Est-ce que notre seule différence est Voldemort ?
- Que sais-tu de tes parents, demandai-je, ne sachant pas très bien par où commencer.
- Eh bien, ils se sont rencontrés ici. Ils n'étaient pas très amis en cinquième année. Ils sont sortis ensemble à partir de la septième année. Les maraudeurs, la cape, la carte, Servilo, Sirius qui s'est enfui chez mon père à seize ans, les balades au clair de lune avec Remus sous leur forme animale…"

Il s'interrompit, manifestement désolé de n'avoir rien d'autre à en dire.

"Attends ! reprit-il soudain. Je vais te chercher mon album photo."

Il fila dans le dortoir et en redescendit un épais album, qu'il me confia avec une certaine solennité. Sans doute ce livret était-il extrêmement précieux pour lui.

Je me rendis compte, avec étonnement, que je connaissais tous les clichés. Je les avais vus de nombreuses fois, chez nous, chez Sirius, Peter et Remus. Et l'on m'avait raconté cent fois dans quelles circonstances elles avaient été prises. J'entrepris de dire à l'Autre tout ce que je savais.

Nous avons parlé toute la nuit.


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